Constantinople de Byzance à Stamboul.
Part 6
Parmi les îles habitées, la plus éloignée de la ville s’appelait Prinkipo, _Buyuk ada_. C’est la plus grande et la plus importante: elle est formée de deux grands pics séparés l’un de l’autre par un col; elle a à peu près 8 kilomètres de circonférence et forme un site des plus pittoresques. Au nord-ouest de la ville, se trouvait le couvent appelé Camaraïa (les voûtes) ou monastère d’Irène, construit d’abord par Justin et reconstruit par l’impératrice Irène. Cette dernière, régente pour son fils Constantin, le détrôna, et après lui avoir fait crever les yeux, l’emprisonna dans ce couvent. Elle y avait aussi enfermé sa petite-fille, Euphrosyne, que l’empereur Michel le Bègue (820-829) enleva plus tard pour l’épouser.
L’impératrice Irène, détrônée à son tour par Nicéphore le logothète, fut reléguée d’abord dans ce monastère, puis transférée à Lesbos (Mitylène), où elle mourut en 803. On ramena son corps à Prinkipo et on l’inhuma dans ce même couvent.
Actuellement, du grand couvent de femmes de Prinkipo, on ne voit que des chambres demi voûtées, des restes de cellules, et les murs épais d’un oratoire.
L’impératrice Zoé, fille de Constantin VIII, fut aussi reléguée à Prinkipo par ordre de Michel le Calfat, et la mère d’Alexis Comnène et ses enfants y furent emprisonnés par ordre de Michel Ducas.
Cette île compte encore plusieurs autres monastères, dont les principaux sont reconstruits, tels que celui de Christos et de Saint-Nicolas et celui de Saint-Georges.
Les autres petites îles, quoique non habitées, ont été aussi le théâtre d’événements historiques: Constantin, fils de l’empereur Romain Lécapène, fut exilé en 945 par son père à Terebinthos, située en face du couvent de Saint-Nicolas. Le patriarche Théodose y fut relégué par ordre d’Andronic Comnène en 1183.
Oxya (la pointue), située derrière les îles de Proti et d’Antigoni, vit l’exil de Gébon qui prétendait être fils de l’impératrice Théodora, ainsi que celui de Niképhoritzès, le cruel eunuque, à qui l’on avait auparavant crevé les yeux. On y remarquait un petit oratoire, devenu célèbre et qui avait été bâti par le patriarche Anastase.
Plati (la plate) voisine d’Oxya, fut un lieu de supplices. On y voit encore les ruines d’une ancienne église, élevée en 860 par le patriarche Ignace Rangabé, ainsi que celles des horribles prisons souterraines, véritables tombeaux vivants, dont l’origine remonte à l’époque hellénique, et les vestiges d’un château construit en ces temps derniers par un anglais, sir Henry Bulwer. Par ordre de l’empereur Constantin VIII, le patrice Basile Bardas fut emprisonné dans les oubliettes de Plati.
Les îles des Princes durent à leur voisinage de la capitale d’être souvent pillées par l’ennemi et ravagées par les pirates. Pendant la conquête latine, Dandolo avait recommandé le pillage des îles des Princes comme moyen d’approvisionnement.
«Plusieurs fois encore, dit M. Schlumberger, sous le terrible Andronic Comnène, puis sous Andronic Paléologue le vieux, des aventuriers latins vinrent occuper les îles, après y avoir brûlé couvents et maisons d’habitations. Les corsaires vénitiens de Candie, en arrivant à Prinkipo, brûlèrent toutes les constructions et s’emparèrent de tous les habitants, moines et laïques. Puis, ayant empilé sur leurs navires les plus considérables de leurs captifs, ils allèrent jeter l’ancre en vue de Constantinople. Là, ces infortunés, dépouillés de leurs vêtements, furent pendus par les pieds aux vergues des mâts et déchirés à grands coups de fouet: il fallut que le vieil Andronic vidât son trésor presque épuisé déjà, pour payer à ces forbans les quatre mille pièces d’or de rançon qu’ils réclamaient.»
IV.--LES MURS ET LES TOURS
Constantin avait entouré Constantinople d’une enceinte qui enfermait seulement les cinq collines de la ville. Ces murs commençaient à proximité de Psamatia et arrivaient à l’ancienne porte Dorée, près de la mosquée _Essé-Kapoussou_, dont le nom fut plus tard donné à la porte Dorée de la ville. Ils passaient près du monastère de Dius, traversaient la vallée du Lycus et, après avoir gravi la colline qui partait de l’église des Saints-Apôtres, descendaient à la porte de Platea Mesa (_Oun Kapani_).
Aujourd’hui, on ne rencontre que quelques fondations en ruines de cette muraille. La construction et la garde de ces murs avaient été confiés à 40.000 Goths.
Plus tard, sous Théodose II, il fallut élargir cette enceinte, et protéger les nouveaux quartiers qui s’étaient formés en dehors des murs constantiniens. Le préfet Anthémius bâtit d’abord en 412 un premier mur intérieur, puis en 447, Cyrus Constantin, un autre préfet, doubla la nouvelle muraille qui avait souffert d’un tremblement de terre, et porta le fossé plus loin. Ce sont ces murs que l’on voit encore aujourd’hui. «Ce rempart, dit M. Schlumberger, est bien plus grandiose que celui de Rome, plus poétique et plus sauvage que celui d’Avignon, infiniment plus étendu et plus important que ceux de Carcassonne ou d’Aigues-Mortes.»
L’ensemble de tous les murs qui défendaient la ville formait un triangle. Les murs maritimes ne comportaient qu’une rangée de murs consolidés par des tours, tandis que ceux du côté de la terre étaient les plus importants. Ils consistaient en trois lignes de défense, protégées par des tours octogonales, carrées et hexagonales et par un vaste fossé rempli d’eau.
Les eaux de la Propontide pénétraient dans le fossé jusqu’à la porte de Pigi, et celles de la Corne d’Or jusqu’à un certain point près des Blaquernes. A partir de ces deux points, le terrain était en effet plus élevé que le niveau de la mer, et le fossé n’était plus rempli que par les eaux de pluie. Des diataphrismata (murs, digues) arrêtaient l’eau aux points inclinés, en sorte que la ville se trouvait entourée de tous côtés par les eaux. Des ponts en bois reliaient les rives entre elles. On les détruisait en temps de guerre. Les portes militaires n’avaient pas de ponts. Les ponts en pierre qu’on voit actuellement sont d’une construction postérieure à la conquête de Constantinople.
Les murs théodosiens s’étendaient depuis la côte de la Propontide jusqu’au palais de Blaquernes. La partie située entre Tekfour-Séraï et la Corne d’Or était plus fortifiée que les autres. Le palais des Blaquernes était entouré par quatre rangées de murs. Le mur de l’intérieur avait été construit par Anastase, lors de la reconstruction du palais ou plus probablement par Héraclius, quand il arma la ville en prévision de l’agression des Avares. La quatrième ligne de défense était formée par des murs solidement construits qui touchaient d’un côté au fossé du tribunal et de l’autre à la tour d’Isaac l’Ange.
La colline des Blaquernes était divisée en deux parties par un mur: l’une, avec le palais et le quartier des Caligaria et l’autre, la partie basse de la colline, qui touchait à la Corne d’Or. Cette dernière, comprenant les églises de Notre-Dame des Blaquernes, des Saints-Nicolas et Priscus et de Saint-Pierre et Saint-Marc, n’était défendue que par deux rangées de murs construits sous Héraclius.
Léon V l’Arménien y avait ajouté un second mur destiné à protéger l’église des Saints-Nicolas et Priscus restée hors des murs d’Héraclius. Ce petit quadrilatère, qui contient aujourd’hui un ayasma, est appelé d’après les topographes modernes Pentapyrgion, tandis que d’après les historiens byzantins, le bâtiment de ce nom faisait partie du grand palais bâti sur la Propontide. Les murs avaient 16 kilomètres de longueur et étaient renforcés par plus de 400 grandes tours de formes différentes. La plupart de ces tours sont carrées; quelques-unes sont de forme hexagonale, octogonale ou ronde. Elles avaient à l’intérieur plusieurs étages, auxquels on accédait par des escaliers en pierre, pris dans l’épaisseur des murs. Chaque tour était munie de canons, de grosses pierres et d’autres engins de guerre.
Ces murs, souvent ébranlés par les tremblements de terre et par les assauts des armées ennemies, tombèrent plus d’une fois en ruine et furent réparés au cours des siècles par les différents empereurs byzantins, et principalement par Théophile, qui les reconstruisit de fond en comble, ainsi que l’indiquent plusieurs inscriptions gravées sur les tours. Les murs et les tours ont été à différentes reprises consolidés par les Turcs après la prise de Constantinople. Ce serait donc une erreur de voir dans ces ruines les effets de la guerre. En les observant avec soin, on constate qu’elles proviennent surtout des ravages du temps et des tremblements de terre.
Parmi les tours les plus remarquables, plusieurs sont célèbres par le rôle qu’elles ont joué dans l’histoire. Les tours du Cyclobion, _Yedi-Koulé_ (les sept tours), appelées aussi par les Grecs Pentapyrgion, car le château n’avait alors que cinq tours, furent réparées et reconstruites successivement par les sultans turcs, et servirent longtemps de prison aux ambassadeurs étrangers. Deux de ces tours furent ajoutées en 1470 par Mehmet II. Les deux tours carrées qui protègent la porte Dorée consistent simplement en des blocs de marbre posés les uns sur les autres.
Les prisonniers des légations européennes étaient jusqu’en 1768 enfermés dans les cachots de ces tours. A cette date, M. Obreskow, chargé d’affaires de Russie, qui était en prison, tomba malade et les autres ambassadeurs obtinrent du Sultan que les prisonniers pussent habiter une des maisons qui se trouvaient dans l’enceinte du château fort. Il y avait une dizaine de maisons et une mosquée destinées aux troupes de la garnison, qui comportait l’agha (commandant), le kahia (lieutenant), 6 beuluks bachi (officiers) et environ 50 soldats. Dans la suite, le général Sébastiani, alors ambassadeur de France à Constantinople, amena le Sultan à autoriser M. Obreskow à retourner dans son pays.
Le plan de ce château fort qui figure dans l’ouvrage de Melling, a été dessiné d’après les renseignements fournis par M. Pouqueville aîné, consul général de Janina, qui a été longtemps enfermé dans cette prison. Il nous donne une idée exacte de la disposition des maisons qui existaient alors dans son enceinte.
Près de la porte de Selymbria, on trouve la tour dite de Constantin; on y voit six colonnes de marbre rouge encastrées dans les murs. Un peu plus loin, la tour de Saint-Romain.
A l’endroit où les eaux de la vallée du Lycus pénètrent dans la ville, s’élève une tour appelée par les Ottomans _Soulou Koulé_ (tour mouillée); vient ensuite la tour d’Andronic et la tour de Basile. Puis, sur les murs de Manuel, se trouvent la tour d’Isaac l’Ange et la tour d’Anémas. Cette dernière servait de prison. Son nom provenait, dit-on, de Michel Anémas, fils d’un roi de Candie, qui y fut enfermé sous Alexis Comnène.
La tour d’Isaac l’Ange avait trois fenêtres sur la façade extérieure et un balcon. Les trois autres façades n’avaient qu’une seule fenêtre chacune. De ces fenêtres, celle du sud faisait communiquer l’intérieur de la tour avec la plate-forme des murs, celle du nord servait de communication avec le chemin de ronde de la tour d’Anémas. Tout près de cette tour on voit aujourd’hui les substructions d’un mur qui séparait jadis le palais du quartier des Blanquernes. La tour a servi au dernier empereur de Byzance d’observatoire pour étudier les mouvements de l’ennemi pendant le siège.
A côté des murs maritimes de la Propontide, une des tours les plus célèbres était celle de _Marmara Koulé_, la tour de marbre, dont le pied est baigné par les eaux de la Propontide. Elle servait de prison aux Byzantins. Son origine remonte au temps de la dynastie macédonienne. Dans cette tour, on peut voir la prison des Byzantins mentionnée par Nicétas Acominate. On y voit encore l’ouverture par laquelle on jetait les corps des suppliciés dans la mer. Près de cette tour, il en existait une autre appelée par les Turcs _Arab Koulessi_ et qui servait jadis d’hôtel des monnaies. A l’ouest de cette porte, une échelle nommée _tach iskellessi_ était autrefois utilisée pour le débarquement des empereurs quand ils se rendaient du Grand Palais à Pigi par voie de mer.
La tour des Manganes est souvent citée également par les historiens. Il est assez difficile aujourd’hui d’indiquer d’une façon exacte son emplacement, qui était voisin de l’Acropole.
Parmi les tours qui garnissaient l’enceinte de Galata, il faut citer la tour du Christ qu’on voit encore aujourd’hui, _Galata Koulessi_, et qui avait probablement été construite par Anastase Ier ou par Zénon au Ve siècle. Cette tour, qui est actuellement la plus élevée, avait 40 mètres de hauteur et atteignait une altitude de 150 mètres au-dessus du niveau de la mer. Elle était recouverte d’un toit conique très original. On y montait par un escalier de 140 marches adossées contre le mur de la tour, et divisé en huit paliers. On l’appelait aussi tour des Génois. D’après Melling, elle servait encore en 1751 de corps de garde pour les officiers préposés au maintien de l’ordre public. Au premier signe d’incendie, ou dès qu’un événement extraordinaire se produisait, l’alarme était donnée de la tour, au moyen d’un énorme tambour et, s’il faisait nuit, au moyen de feux allumés au sommet de la tour. La tour exhaussée et réparée plusieurs fois par les Turcs a perdu sa forme primitive. A l’époque où Melling l’a décrite (1703-1730) elle possédait encore son toit conique qui lui donnait un aspect moyenâgeux. Ce toit ayant été brûlé en 1794 fut remplacé par un toit d’une autre forme.
V.--LES PORTES
Parmi les nombreuses portes, on distinguait les portes civiles et les portes militaires. Les premières servaient de passage aux habitants et facilitaient la communication avec les quartiers situés hors de la ville. C’est à elles qu’aboutissaient les routes venant des environs et celles partant des portes de la première muraille constantinienne, qui n’avait pas été rasée, comme on l’a prétendu à tort. Les portes civiles étaient reliées avec l’extérieur par de larges ponts jetés sur le fossé. En temps de guerre, on détruisait ces ponts et on murait la baie des portes.
Les portes militaires, protégées stratégiquement par des tours et d’autres dispositifs, restaient toujours fermées par de lourdes et doubles portes en fer et ne s’ouvraient que pour les contre-attaques ou pour permettre l’entrée des secours. Plusieurs de ces portes militaires, ouvertes pendant la guerre, étaient murées ensuite. Les portes civiles de la muraille théodosienne eurent les mêmes noms que celles de Constantin. On les distinguait seulement entre elles par l’attribut de Vieille et de Nouvelle. Cette appellation a subsisté jusqu’à nos jours et plusieurs portes sont qualifiées de «Nouvelles» (_Yeni_), bien qu’elles soient couvertes d’inscriptions très anciennes. Il est facile aujourd’hui de retrouver l’emplacement de ces portes, qui sont encore fort bien conservées. Mais il est plus malaisé de les désigner exactement par leur nom, car les plans et ouvrages, édités au cours des siècles, ne s’accordent pas sur les noms. Cette confusion a induit en erreur plusieurs auteurs, pour ce qui touche, entre autres, les portes de Charisios et de Caligaria, qui ont été le théâtre de grands événements historiques et qui ont par la suite fait l’objet de longues discussions. Les portes murées, en effet, désorientèrent beaucoup les topographes, qui ne savaient pas au juste quel emplacement assigner à chacune des portes citées par séries dans les ouvrages historiques.
Du côté de la terre ferme les portes avaient les situations suivantes:
1º _Aurea Porta_ (Porte Dorée), (_Yaldizli Kapou_):
Cette porte, percée dans le mur de Théodose, avait autrefois la forme d’un arc de triomphe à trois arcades; celle du centre, destinée au passage du cortège triomphal de l’Empereur, était monumentale. L’entrée de cette porte était ornée de statues parmi lesquelles on remarquait la statue d’Hercule, le supplice de Prométhée et un bas-relief représentant une victoire sur Maxime. La grande rue triomphale qui traversait la ville pour conduire à l’Augustéon, partait de cette porte.
A leur retour de campagne, les empereurs y passaient en triomphe pour pénétrer dans la ville. Exclusivement réservée aux entrées solennelles des empereurs, elle n’était point accessible au peuple, qui traversait le passage ouvert à quelques pas au nord, et qu’on nommait la Petite Porte, tandis que pour l’en distinguer, on appelait Grande Porte la porte comprise dans le château des Sept-Tours.
«D’après les topographes modernes, dit le Dr Mordtmann, la petite porte dorée aurait été ouverte après la conquête ottomane. Mais l’insertion de l’arc construit en briques, au niveau des briques des murs anthémiens, est un témoignage irrécusable de son origine byzantine.
De plus, au-dessous de la voûte se trouve l’aigle byzantine en marbre, emblème que les Turcs n’auraient certainement pas fait figurer là, mais qu’ils ont laissé subsister, de même qu’ils ont respecté les images dans les églises converties en mosquées.»
2º _Porta Pentapyrgii_ (Porte des Cinq-Tours), (_Yedi Koulé Kapoussou_):
Cette porte était la porte civile du château du Pentapyrgion; elle fut appelée plus tard Heptapyrgion (Sept-Tours), après qu’un des Cantacuzène eut ajouté deux autres tours en 1350. Le château des Sept-Tours répond à peu près au style de l’époque byzantine; il était connu alors sous le nom de Cyclobion. La forme actuelle remonte à l’époque du Sultan conquérant.
Au-dessus de la porte, à l’intérieur, on aperçoit une aigle byzantine sculptée sur une plaque et enclavée dans le mur.
3º _Porta Pegana_ (porte de Pigi), (_Silivri Kapoussou_):
Sur la façade Est de la tour méridionale anthémienne de cette porte, on voit l’inscription suivante:
«Cette porte de la fontaine vivifiante, protégée par Dieu, fut réparée avec le concours et aux frais de Manuel Bryenne Leontaris, le loyal serviteur de l’empire des très pieux empereurs, Jean et Marie Paléologue, au mois de mai 6946 = 1438.»
4º _Porta Melandisia_ (_Mevlevi Hané Kapoussou_):
Les nombreuses inscriptions qui la garnissent l’identifient avec l’ancienne porte de _Rhegium_; on l’a aussi nommée porte de la Faction Rouge ou _Porta Roussii_. A l’intérieur de la porte, on voit quelques inscriptions, desquelles le nom de la faction a été enlevé au moyen du ciseau.
«Victoire à la fortune de Constantin, notre seigneur protégé par Dieu et par la [faction rouge].»
C’est la même porte, dit M. Dethier, à laquelle Igor fixa son bouclier en 912, comme signe que les Rhos (Moscovites) reçus hospitalièrement à Eyoub comme mécréants, auraient le droit d’entrer dans la cité.
5º _Porta Ayos Romanos_ (Porte Saint-Romain), (_Top Kapou_):
Cette porte, surtout, est célèbre dans l’histoire; elle a été appelée _Top Kapou_ par les Turcs, parce que le Conquérant avait installé son grand canon en face d’elle.
6º _Porta Aya Kiriaky_ (Porte des Avares), (_Soulou Koulé Kapoussou_):
Cette porte actuellement murée était ainsi appelée du fait que les Avares s’en étaient servis pour entrer dans la ville.
7º _Porta Charisii_ ou _Porta Myriandrii_ ou _Polyandrii_ (porte d’Andrinople), (_Edirné Kapoussou_):
L’emplacement de cette porte a toujours fait l’objet des plus vives controverses. Quelques-uns ont cru qu’elle devait se trouver à la place de la porte d’_Egri Kapou_. Mais plusieurs topographes nous démontrent que cet emplacement est loin d’être correct. Le Dr Mordtmann ayant étudié les différentes inscriptions qui ornent cette porte, la situe au lieu dit aujourd’hui, _Edirne Kapoussou_.
8º _Porte de Constantin_:
Actuellement murée. Elle se trouve à environ quarante pas vers le sud du point où les murs prennent la perpendiculaire, après avoir formé un angle près du palais de Constantin.
_Cerca Porta_ (porte du cirque). Selon quelques chroniqueurs, les Ottomans seraient entrés pour la première fois dans la ville par cette porte, négligée pendant le siège. «Les savants, dit M. Dethier, qui prennent pour paroles d’évangile tout ce que les auteurs contemporains racontent, se sont évertués à trouver cette porte, l’un par-ci, l’autre par-là, sans réfléchir que chaque tour offrait de petites portes de sortie, sans parler d’une quantité de _pylidia_ dans les murailles. Ce n’est pas là le seul récit que de tous temps, même de nos jours, on raconte pour se placer comme invincibles et pour ne pas convenir que l’ennemi a été le vainqueur en règle.» Mais si, selon les topographes modernes, il existait deux portes de Constantin, l’une appelée porte A et l’autre porte B, il faut chercher la porte du cirque ailleurs qu’à l’endroit indiqué sur la carte.
9º _Porta Caligaria_ ou _Ayos Yannis_ (porte de Saint-Jean), (_Egri Kapou_):
Cette porte donnait accès au quartier de Caligaria.
10º _Xylina Porta_ (_Aïvan Seraï Kapoussou_):
Cette porte, qui est la dernière sur les murs terrestres, ne conduisait pas directement dans la ville. Elle ne servait qu’aux communications de la partie littorale de la ville avec la route arrivant du Cosmidion. Elle fut détruite dernièrement, en même temps qu’une tour et une partie des murs qui reliaient le mur héracléen à la mer. Le quartier qui était situé dans la partie du littoral de la ville, entre la mer et les murailles, était appelé τὸ μέροσ τοῦ Κυνηγοῦ, mais il faut bien distinguer cette appellation de celle du théâtre des combats de bêtes fauves situé sur la pointe du Seraï.
11º _Poterne de Saint-Callinique_:
Était célèbre du temps des Byzantins comme lieu d’exécution des condamnés.
A côté de la _Xylo Porta_, il y a une porte qui mène directement à l’Ayasma des Blaquernes. Cette porte n’a été ouverte que lorsque la porte des Blaquernes eut été définitivement close.
VI.--LES PORTES DES MURS MARITIMES DE LA CORNE D’OR
Les murs de la Corne d’Or ne se trouvaient pas tout à fait au bord de la mer. Un assez large espace les séparait du rivage.
En partant de Xylo Porta, les portes de la Corne d’Or étaient situées comme suit:
12º _Porta Palati_ ou _Cynegii_ (porte du palais des Blaquernes), (_Balat Kapoussou_):
Cette porte était appelée jadis _Basilica Porta_ ou Porte impériale. Pendant la conquête, c’était Lucas Notaras qui la défendait. Hamza, amiral Turc, passa par cette porte pour entrer dans la ville.
13º _Porta phari_ (_Fener Kapoussou_):
Sur le promontoire où se trouvait cette porte, s’élevait jadis le phare de la Corne d’Or. C’est à cet endroit seulement que les murs maritimes étaient doublés.
14º _Porta Petrii_ ou _Sidero Porta_ (_Petri Kapoussou_):
Cette porte est mentionnée pour la première fois par l’Alexiade sous le nom de porte de Fer. Les croisés, ainsi qu’une partie des Turcs, pénétrèrent dans la ville par cette porte. De là jusqu’à la porte du Phare, un second mur s’étendait, formant une enceinte intérieure appelée le château de _Petrion_.
Cette enceinte renfermait de nombreux couvents et églises. Il faut bien distinguer le Petrion ou Petria, qui doit son nom à l’église de Saint-Pierre, du quartier de Palea Petra (ancien Petra) siège de nombreuses églises et qui se trouve près de _Balat_ dans le quartier de _Kesmé Kaya_ (rocher argileux).
15º _Porta Aya Teodosi_ (ancienne porte de Sainte-Théodosie), (_Eski Aya Kapoussou_):
Le nom de cette porte vient d’une église qui s’appelait _Aya Theodosia_ (actuellement Gul Djami). Là reposent les restes du seïd Mehmed, Segban-Bachi du Conquérant.
16º _Yeni Aya Kapoussou_:
Cette porte fut ouverte par les Turcs après la prise de Constantinople. On voit encore non loin d’elle les ruines d’une ancienne église byzantine.
17º _Porta Puteae_ (_Djubali Kapoussou_):
Appelée ainsi par les Turcs, du nom d’un chef de l’armée arabe nommé Ali, qui fut fait prisonnier pendant l’invasion arabe.