Constantinople de Byzance à Stamboul.
Part 4
Lorsque les Ottomans eurent occupé tous les quartiers de la ville et rétabli l’ordre en désarmant les dernières résistances, le sultan Mehmet II fit une entrée triomphale dans la ville conquise. Il y pénétra par la porte de Charisios avec son escorte et, par les grandes rues et les places ornées de statues, se rendit à Sainte-Sophie. Là, il descendit de cheval et entra dans le temple[16]. Après avoir contemplé cette merveille du monde, il donna l’ordre de la transformer en mosquée. Puis, il visita les palais impériaux qui étaient pour la plupart depuis longtemps déserts. Ces ruines le remplirent d’une profonde tristesse et on raconte qu’il récita ce distique persan: «Le hibou chante le Nevbet[17] sur le tombeau d’Afrasiab, l’araignée fait le service de «Perdedar»[18] dans le palais de l’empereur.»
[16] On raconte dans plusieurs histoires et dans les guides que le Sultan entra à cheval dans l’église de Sainte-Sophie le jour même de la prise de Constantinople, et qu’il foula des monceaux de cadavres. Il aurait appuyé sa main tachée de sang contre une colonne que l’on montre encore aujourd’hui. Mais, en supposant mortes toutes les personnes que l’église pouvait contenir, la hauteur de leurs cadavres n’aurait pu être que de 50 centimètres; le Sultan étant sur un cheval d’un mètre et demi de hauteur, n’aurait jamais atteint la hauteur d’une dizaine de mètres à laquelle se trouve cette prétendue tache de sang.
[17] L’air de tambour que l’on joue tous les jours pour célébrer l’indépendance.
[18] Celui qui écarte les tentures des portes pour laisser passer les visiteurs.
Le Sultan fit rechercher le ministre byzantin, Lucas Notaras, qui parut bientôt et lui offrit le trésor impérial. Aux reproches qui lui furent adressés pour ne pas avoir consacré ces sommes au bien du pays, Notaras répondit qu’il les avait gardées pour les remettre à sa Majesté. Le Sultan, que cette hypocrisie irritait, lui dit:
--Puisque vous vouliez m’offrir ce trésor, pourquoi l’avez-vous gardé si longtemps?
--Des lettres, envoyées par vos pachas, nous engageaient à résister.
Le grand vizir Halil pacha[19], soupçonné depuis longtemps, fut alors jeté dans la forteresse des Sept-Tours. Quant à Notaras, il eut sa grâce et le Sultan lui demanda la liste des grands fonctionnaires byzantins à qui il accorda des brevets.
[19] Halil fut exécuté par ordre du Sultan qui, outre sa trahison, n’avait pas oublié que ce même grand vizir l’avait fait descendre du trône du vivant de son père Mourad. Cet exemple de l’exécution des premiers ministres fut souvent suivi par les souverains.
Le corps de l’Empereur fut reconnu à ses brodequins pourpres portant des aigles brodés d’or. Le pillage dura deux jours. Bientôt le calme se rétablit dans la ville et le vendredi troisième jour de la conquête, la prière du vendredi (_djouma namazi_) eut lieu dans l’église de Sainte-Sophie, transformée à la hâte en mosquée. Le Sultan, cimeterre en main, monta lui-même sur le Minber et dit la Kotba. On lit dans quelques manuscrits que, ce jour-là, un prêtre grec sortit des sous-sols de l’église où il était resté caché pendant trois jours, embrassa l’islamisme et montra au Sultan le trésor de l’église.
Ce jour même, le Sultan envoya des ambassadeurs aux Génois de Galata. Un nouveau traité fut signé entre les Génois et les Ottomans, traité par lequel les Génois s’engageaient à démolir la partie supérieure des murs de Galata.
Pour célébrer la conquête, le Sultan réunit l’armée en un grand banquet sur les hauteurs de Kassim pacha[20]; son enthousiasme était tel qu’il offrait de sa main les mets et les fruits à ses vizirs. Comme ces derniers s’en défendaient, le Sultan leur répéta la parole du Prophète: «Le Seigneur d’un peuple, c’est celui qui le sert.» Il récompensa par des cadeaux les chefs de l’armée.
[20] L’endroit où eut lieu cette fête s’appelle Ok Meidan (champ des flèches). Ce nom lui vient des exercices de tir à l’arc qu’on avait l’habitude d’y faire depuis le banquet jusqu’à ces derniers temps.
Les fêtes[21] durèrent plusieurs jours. Quelque temps après, le Sultan envoya une lettre et des présents au sultan d’Égypte, pour lui annoncer la conquête de Constantinople.
[21] Quelques auteurs européens prétendent que les musulmans, pendant cette fête, burent à l’excès, chantèrent et se livrèrent à toutes sortes de débauches. Ces historiens ne prennent pas en considération que les musulmans, surtout au moyen âge, ne touchaient jamais aux boissons alcooliques qui leur étaient absolument interdites par leur religion.
Mehmet laissa aux chrétiens le libre exercice de leur culte ainsi que plusieurs églises; il nomma un patriarche.
Il invita ensuite les Ottomans à venir habiter et peupler la ville. Les différents quartiers furent attribués suivant les divers départements dont les nouveaux habitants étaient originaires.
Comme emblème officiel de l’État, le Sultan adopta le croissant, insigne de l’antique Byzance, auquel il ajouta une étoile.
CHAPITRE II
TOPOGRAPHIE DE LA VILLE ANCIENNE
I.--LES RÉGIONS
Constantinople ne comprenait d’abord que cinq collines. Mais, vu l’extrême rapidité avec laquelle la population augmenta, Théodose II jugea nécessaire d’entourer d’une seconde ceinture de murailles les quartiers qui se trouvaient en dehors de la première enceinte, construite par Constantin le Grand. Tous ces quartiers qui occupaient l’espace compris entre les murs constantiniens et les murs théodosiens furent appelés d’abord χώρα (la campagne) et aussi ἐξωκιόνιον.
Voici quelle était l’origine de ce nom. Les gardes goths, ariens comme leur empereur Constance, avaient voulu par la suite rester fidèles à l’arianisme. Théodose Ier, protecteur de l’orthodoxie, ne leur permit d’habiter qu’en dehors des murs. Comme à l’intérieur des murs constantiniens se dressait une colonne (Kion) de Constantin, les Goths furent appelés Exokionites, «ceux qui habitent en dehors de la colonne», et leur camp, Exokionion. Cette partie de la ville, assignée aux sept corps gothiques, fut divisée en sept quartiers appelés (d’après M. Dethier) Deuteron, Triton, Pempton, Hebdomon, etc.[22] Plus tard, quand l’émigration des peuples des Balkans, fuyant devant Attila, vint augmenter la population de ces quartiers extérieurs. Le préfet Anthémius, sous le règne de Théodose II, entoura cette partie de la cité d’une nouvelle muraille. Après la construction des murs théodosiens, la ville comprit sept collines; semblable à Rome, elle fut divisée, dans sa partie ancienne construite par Constantin, en quatorze régions, quartiers ou arrondissements. Chaque région était gouvernée par un curator ou régionarchis, ayant sous ses ordres un diangeleas (officier d’ordre), cinq deutereuontai ou topoteretai (gardiens de nuit).
[22] Cf. Dr Mordtmann, _Esquisse topographique de Constantinople_.--Dethier, _Le Bosphore et Constantinople_.
RÉGION I.--La première région commençait à la porte de Sainte-Barbe et, passant au sud-est de l’Hippodrome, s’étendait jusqu’à Saint-Serge et Bacchus. Le rocher de l’Acropole, qui portait jadis un temple dédié à Jupiter, l’Augustéon et l’Hippodrome la séparaient de la deuxième et de la troisième région. Elle contenait 29 rues, 118 maisons, 2 emboloi (rues à portiques), 4 bains publics, 2 bathra (endroits où l’on distribuait du pain au peuple).
RÉGION II.--La deuxième région comprenait l’Acropole, le Sénat, l’église de Sainte-Sophie, celle de Sainte-Irène et l’Augustéon; elle comptait 34 rues, 98 maisons, 4 marchés couverts, 4 bathra.
RÉGION III.--La troisième région commençait aux thermes de Zeuxippe, renfermait l’Hippodrome et la partie sud de la rue centrale appelée Mésè (_Divan Yolou_), et descendait jusqu’à la mer. Le port Sophien ou Portum Novum, appelé actuellement _Cadriga limani_, faisait partie de cette région. Elle comprenait 7 rues, 98 maisons, 4 rues à portiques et 4 bathra.
RÉGION IV.--La quatrième région était bordée sur un petit parcours par la rue principale; elle descendait jusqu’à l’échelle de Timasus, au bord de la Corne d’Or, en suivant les murs. Cette région comprenait le Miliaire[23], l’église de Saint-Jean-l’Apôtre, le Diippion, les Chalcopratia, 32 rues, 375 maisons, 4 marchés (rues à portiques).
[23] Le Miliaire, qui était une des portes terrestres de l’ancienne petite ville de Byzas, a été indiqué dans le plan de M. Labarte au milieu de l’Augustéon (l’espace compris entre le sénat, l’hippodrome et Sainte-Sophie). Mais le Dr Mordtmann prouve que la place du Miliaire doit être cherchée à l’ouest de Sainte-Sophie, au nord des Thermes de Zeuxippe et au commencement de la rue centrale.
RÉGION V.--La cinquième région était limitée d’un côté par la troisième et de l’autre par la quatrième. On y trouvait, au bord de la Corne d’Or, le Portus Prosphorianus et l’échelle de Chalcédoine (_Sirkedji-Iskelessi_) où se déchargeaient les denrées alimentaires; le Stratégium, (emplacement de la Sublime Porte) était situé dans cette région.
RÉGION VI.--La sixième région occupait tout l’espace compris entre la deuxième et la troisième colline, depuis le forum de Constantin jusqu’à la Corne d’Or. Le port et l’échelle de Neorium se trouvaient dans cette région. Les quartiers de la cinquième et de la sixième région furent assignés plus tard aux colonies génoise et vénitienne.
RÉGION VII.--La septième région était limitée au nord par la rue centrale et s’étendait depuis le forum de Constantin jusqu’au forum Tauri. Au sud, elle descendait jusqu’à la Propontide et renfermait le port de Contoscalion.
RÉGION VIII.--La huitième région occupait tout le plateau de la troisième colline, depuis le forum de Constantin jusqu’aux hauteurs de la Corne d’Or. Elle n’aboutissait pas à la mer. Du côté de la Corne d’Or, les pentes raides de la troisième colline la séparaient de la sixième région, qui comprenait les quartiers des Vénitiens. A l’est, elle s’étendait jusqu’au Macros Embolos (_Ouzoun-tcharchi_).
RÉGION IX.--La neuvième région, qui se trouvait sur le versant méridional de la troisième colline, était séparée de la septième région par la rue portant actuellement le nom de _Tavchan-Tach Yocouchou_ et bordée à l’ouest par la rue principale qui descendait du quartier Philadelphium au forum Bovis et de là au port Théodosiaque, situé dans la douzième région.
RÉGION X.--La dixième région comprenait tous les quartiers situés sur le versant occidental de la troisième colline. C’était la région extrême près des murs constantiniens. Elle touchait du côté de l’occident à la rue principale et avait comme limite la colonne de Marcien (_Kiz-Tachi_), le Nympheum Majus (probablement _Sou-Terazisi_) et le plateau où s’élevait l’église des Saints-Apôtres et qui faisait partie de la onzième région.
RÉGION XI.--La onzième région était située sur le versant occidental de la quatrième colline et descendait jusqu’à la vallée du Lycus. Elle s’étendait jusqu’au forum Bovis (_Ak-Seraï_) où la douzième, onzième et neuvième régions se rencontraient. La vallée du Lycus séparait la onzième région de la douzième. Comme la huitième, la onzième ne touchait pas à la mer.
RÉGION XII.--La douzième région, qui était bordée par le petit fleuve du Lycus, touchait du côté de l’ouest aux murs de Constantinople. Elle comprenait tous les quartiers de la septième colline qui s’étendaient jusqu’aux bords de la Propontide. Le grand port de Théodose (_Vlanga_) et la colonne d’Arcadius faisaient partie de cette région.
RÉGION XIII.--La treizième région se trouvait sur la pointe séparée de la ville par la Corne d’Or et qu’on appelait Sycae (figuiers), l’actuelle _Galata_.
RÉGION XIV.--La quatorzième région comprenait les quartiers des Blaquernes et se trouvait hors des murs constantiniens. Cette région était séparée de la dixième région par des terrains vagues qui longeaient les rives de la Corne d’Or.
II.--LES RUES ET LES FORUMS
Sur la première colline de la ville s’élevait l’ancienne Acropole construite par Sévère. Dans l’antiquité, on y donnait les jeux publics. Après la conquête de Constantinople, les Turcs y construisirent le Serai actuel (_Top Kapou_ ou _Seraï Djedid_).
Une grande rue principale, appelée Mésè, traversait la ville d’un bout à l’autre. Cette rue commençait à l’Augustéon, grande place, sorte d’atrium public, à côté de Sainte-Sophie, entouré de portiques à doubles colonnades, où l’on vendait des livres et qui garantissaient les passants contre le soleil et la pluie. Du côté oriental de l’Augustéon se trouvaient les murs du palais avec la grande porte de Chalké et la porte dite Monothyros. Les colonnades construites par Constantin ayant été détruites avec le temps, Justinien les avait reconstruites. Le sol était pavé de grands blocs de pierre. Cette rue passait du côté nord par l’Hippodrome et, suivant la direction de la rue actuellement nommée _Divan Yolou_, débouchait dans le forum de Constantin, au milieu duquel se dressait la colonne de Constantin, aujourd’hui _Tchemberli-Tach_ ou colonne cerclée, ou colonne brûlée; ce dernier nom lui venait de ce qu’elle avait été la proie des flammes dans un grand incendie.
La rue principale, après avoir traversé ce forum, prenait la direction de la grande place appelée forum Tauri, place de _Bayazid_ et _Seraskiérat_.
Ce forum contient actuellement la grande tour du feu, _Seraskiérat_, qui remplace, d’après M. Dethier, la célèbre colonne de Théodose Ier, conservée jusqu’à Selim Ier et renversée par la tempête, et le monument nommé Tétradysion qui datait de Théodose II. M. Dethier, qui visita les fouilles qu’on a faites pendant la construction du Seraskiérat, a découvert un fragment qui lui a permis de restituer la statue de Théodose II. Il écrit à ce propos: «Cette statue ne pourra plus être que celle de Théodose II, car la statue de Théodose Ier, sur le forum Tauri (comme celle sur l’Augustéon), était à pied et placée sur la colonne spirale.»
Une grande partie de la rue Mésè était garnie de colonnes et d’arcades en plein cintre (selon le système de construction de l’époque), dont l’abri permettait l’étalage des étoffes et des marchandises précieuses[24].
[24] Ces portiques s’appelaient ἔμβολοι. On voit encore de nos jours des colonnades semblables dans la grande rue de _Chahzadé_ qu’on appelle _Direhler Arassi_ et dans plusieurs villes de Syrie.
Le forum Tauri qui était, et qui est encore aujourd’hui une des plus grandes places de Constantinople, se trouvait au centre de la ville. Deux grandes rues descendaient de cette place vers la Corne d’Or; deux autres venaient du côté de Sainte-Sophie, l’une passant par le forum de Constantin et l’autre traversant le petit forum de Théodose et le forum Artopolion. Quelques parties couvertes de ces rues ont sans doute été englobées dans le bazar actuel (_Tcharchi_); du côté occidental du forum Tauri, une rue suivait la direction de l’aqueduc de Valens (_Bosdogan-Kemeri_) et conduisait à l’église des Saints-Apôtres (_Fatih_).
La rue principale ou rue triomphale, qu’empruntait toujours le cortège impérial, menait au quartier du Philadelphium (_Chahzade-Bachi_) et aboutissait à un petit forum appelé forum Amastrianon; là, elle se divisait en deux rues, dont l’une montait à l’église des Saints-Apôtres et l’autre, passant près de la citerne de Phocas, descendait au forum Bovis (_Ak-Seraï_).
Les deux rues conduisant à l’église des Saints-Apôtres se réunissaient après avoir traversé la place, et conduisaient à la porte de Charisios (_Edirne-Kapoussou_). La rue qui descendait au forum Bovis en suivant la route actuelle du tramway, rejoignait au forum Tauri celle qui descendait du forum Amastrianon. Du forum Bovis, partaient plusieurs rues qui aboutissaient aux nombreuses portes de la ville. L’une, suivant la rue actuelle du tramway, conduisait à la porte Saint-Romain; une autre, gravissant la septième colline, arrivait au forum d’Arcadius (_Avrat Bazari_), au milieu duquel s’élevait la colonne de ce nom. D’après le livre des Cérémonies, l’Empereur, en suivant la grande rue, depuis le palais jusqu’au forum de Constantin, était tenu de faire les stations suivantes:
1º Grilles de la porte de Chalké; 2º Zeuxippe ou Achille (bain); 3º L’Augustéon; 4º Les voûtes du Milion; 5º Saint-Jean Théologos; 6º Portique près du palais de Lausus; 7º Prétoire; 8º Anti Forum.
Du forum de Constantin au Philadelphium:
1º Macros Embolos de Maurien; 2º Les boulangeries (Artopolia); 3º Forum Tauri; 4º Église de la Vierge Diaconissa; 5º Modios; 6º Philadelphium.
Du Philadelphium jusqu’à l’église de la Zoodochos Pigi (source vivifiante):
1º Philadelphium; 2º Amastrianon; 3º Forum Bovis; 4º La rue centrale (mésè) du Xérolophos; 5º Première voûte de Xérolophos; 6º Église de Saint-Kallinique; 7º La Monnaie; 8º Exakionion; 9º Carrefour des trois rues où se trouve l’église de Saint-Onésime;
Il tourne ensuite à droite et passe par:
10º L’église de Saint-Jacques-le-Perse; 11º L’église de Saint-Mocius; 12º L’aqueduc; 13º Le portique où est dressée la colonne (Sigma); 14º L’église de la Zoodochos Pigi (_Balouklou_).
La partie de la Mésè qui se trouvait entre le forum de Constantin et le forum Tauri était appelée Artopolia (les boulangeries). A l’entrée, s’élevaient deux statues colossales, dont l’une a été retrouvée en 1870, et transportée à Sainte-Irène. Le docteur Mordtmann pense, d’après les auteurs anciens, comme la chronique pascale, Théophane et Cédrenus, que les bazars byzantins se trouvaient entre le forum de Constantin et la grande basilique, tandis qu’aujourd’hui ils se trouvent vers le nord-ouest de ce forum.
Du forum d’Arcadius, la rue principale conduisait de la première enceinte de Constantinople à la Porte Dorée, actuellement _Essé-Kapousou_. (Porte de Jésus.)
Un embranchement de cette rue passait par l’église de Saint-André (mosquée _Kodja Moustapha Pacha_); un deuxième, passant par l’église de la Peribleptos (_Soulou Monastir_), conduisait à la Porte Dorée des murs théodosiens (_Yedi Koulé Kapoussou_). Une autre rue parallèle allait du forum Bovis à l’église Saint-Jacques-le-Perse (_Hekim-Oglou Djamissi_) et traversait le quartier d’Exokionion. Le nom d’Exokionion (hors de la colonne) se changea plus tard en _Exi Marmara_, que les Turcs traduisirent par _Alti Mermer_ (six marbres).
Ce quartier était sur le chemin de la porte de Pigi ou Pegana (_Silivri Kapoussou_). D’autres rues faisaient communiquer entre elles les principales artères. Une rue partant de la porte de Plateia ou porte Mesa (_Oun Kapani_), se dirigeait vers le Philadelphium, réunissant ainsi cette partie de la rue principale à la rive de la Corne d’Or. Un autre embranchement montait vers l’église des Saints-Apôtres, parallèlement à la première enceinte de la ville. Cette rue, passant à l’ouest de l’église des Saints-Apôtres, descendait dans la vallée du Lycus (_Yeni Bagtche_) et de là, par de petites ruelles tortueuses, arrivait au forum d’Arcadius. D’autres rues longeaient les murailles de la Propontide et de la Corne d’Or.
Le quartier des Vénitiens était séparé de la ville par un mur dont on voit encore quelques vestiges et qui amena plus tard les Ottomans à appeler ce quartier _Tahta Kalé_ (sous les murs). Plusieurs topographes ont traduit à tort «la tour en bois». A l’est du quartier des Vénitiens se trouvait celui des Amalfitains et des Pisans. Celui des Amalfitains ne dépassait pas la porte de Saint-Marc (_Yeni Djami_); celui des Pisans s’étendait jusqu’à la porte du Neorium (_Bagtche Kapoussou_). Là, commençait le quartier des Génois qui allait jusqu’à la porte d’Eugène, tout près du couvent Apologotheton (_Turbé d’Abdul Hamid I_), où s’élevaient les murs limites de la ville.
Le long de la Corne d’Or, une large bande de terrains s’étendait entre les murs et le port.
Un grand nombre d’autres rues, très étroites et tortueuses, bordées de maisons à encorbellement, donnaient à la ville un caractère fort original.
Outre la Corne d’Or, la ville possédait encore d’autres ports.
On peut citer, sur la Propontide, le port de Julien ou Sophien (_Kadriga Limani_) et le port de Théodose ou d’Eleuthère (_Vlanga Bostani_[25]).
[25] Le nom de Vlanga ou Blanca provient selon les uns d’une princesse nommée Bianca, qui y avait son palais, et selon les autres de Blaquos qui aurait transformé l’ancien port en un jardin potager.
Ces deux ports ont été comblés par les terres apportées par les eaux et par les déblais des fondations nouvelles. Sur l’emplacement du dernier se trouve aujourd’hui un jardin maraîcher qui produit une grande quantité de légumes.
Ce port se trouve à l’embouchure de la vallée du Lycus qui commence sur les collines voisines des murailles. Il naît en dehors de la ville et en est séparé par une poterne située près de la porte de Sainte Cyriaque (_Soulou Koulé Kapoussou_) actuellement murée. Les eaux continuent leurs cours entre la colline où se trouvait l’église des Saints-Apôtres et celle de Xérolophos. Puis passant par le forum Bovis (_Ak Serai_), le fleuve arrivait à Vlanga où il se jette à la mer. Les terres apportées par les eaux avaient déjà, au temps des Byzantins, comblé une partie du port de Théodose. L’entrée de ce port était gardée par des grilles en fer fixées à deux tours. Une de ces tours, nommée Contoscopium, servait à la surveillance du port. Il est probable que, pendant le siège de Constantinople, les navires génois, venant au secours des Byzantins, sont entrés dans un de ces ports.
III.--LES ENVIRONS DE BYZANCE
Des champs, des jardins potagers, des prairies entouraient la ville. Le peuple venait s’y promener. On y voyait de nombreux monastères souvent désignés sous le nom d’_ayasma_ (lieu sacré). Le monastère appelé actuellement _Baloukli_ renfermait lui aussi une source sacrée. Les empereurs, qui habitaient le palais des Blaquernes, villégiaturaient en été dans les jardins de ces monastères[26].
[26] Ce monastère contient une curieuse image de sainte Irène. Quand on creusa les fondements de l’église actuelle en 1833, on découvrit les fondements de l’ancienne basilique.
Hors de la porte de Xyloporta, un village nommé Cosmidion (_Eyoub_) s’étendait jusqu’au fond de la Corne d’Or. D’après plusieurs cartographes du moyen âge, ce village possédait une jolie église, plusieurs châteaux et des fontaines. Un cirque en bois (xylokerkos) s’élevait à côté du monastère des saints Cosme et Damien: c’est probablement de là que vient le nom de Cosmidion. C’est un lieu sacré pour les musulmans; ils y trouvèrent en effet le tombeau d’Aba-Eyoub-Ansari, un des compagnons du Prophète, qui vint à Byzance et y mourut pendant la première grande campagne arabe, en 672 après J.-C. Tous les musulmans cherchent à faire déposer leur dépouille mortelle dans les immenses cimetières qui entourent le tombeau du saint.
L’autre rive de la Corne d’Or était peuplée également. Il y avait à Galatiani (_Sutludje_), un ayasma réputé pour guérir la stérilité et rendre abondant le lait des nourrices: de là son nom de Galatiani.