Constantinople de Byzance à Stamboul.
Part 20
Mehmed agha, fils d’Abdul Mouïn et architecte du sultan Ahmed Ier, qui a construit quantités de mosquées et d’autres monuments, des chapelles, des ponts, des turbés, et plus de cent fontaines, jouissait d’une grande réputation. Un de ses amis, Djaffer effendi, lui a consacré, ainsi qu’il était d’usage alors, une biographie intéressante comprenant aussi un aperçu de ses œuvres (Ménakibnamé). Nous empruntons à ce travail, dont nous avons eu le manuscrit sous les yeux, les détails suivants.
Mehmed agha, originaire de Roumélie (Turquie d’Europe), arriva à Constantinople en l’an 970, vers la fin du règne de Suléïman et fut enrôlé dans le corps des janissaires comme _adjemi-oglan_ (apprenti). Cinq ans plus tard, il était nommé gardien dans le jardin du tombeau de Suléïman. Sa destinée le portait plutôt, semblait-il, vers la musique que vers l’architecture où il devait s’illustrer. Mais un rêve qu’il fit un soir le détourna de sa vocation. Il en avait demandé l’explication à un vieux et vénérable chéikh, qui lui recommanda d’abandonner la musique comme un péché. C’est alors qu’il brisa tous ses instruments, résigné à chercher ailleurs l’application de ses facultés intellectuelles et de ses goûts artistiques. Il se tourna vers l’architecture, après avoir consulté le même vieillard qu’autrefois, lequel, cette fois, lui représenta cette carrière comme vraiment digne de lui, puisqu’il s’agissait de contribuer à une œuvre publique et saine, telle que l’édification de forts, fontaines et mosquées. Mehmed agha entra alors dans les ateliers du palais où il s’adonna à l’étude de l’architecture et du travail sur nacre (977).
A cette époque, Kodja Sinan vivait encore. Il visitait fréquemment ces ateliers et eut l’occasion d’admirer le talent de Mehmed agha. Il l’encouragea et l’engagea à préparer une œuvre pour être présentée au sultan Murad III. Mehmed agha se mit au travail et fit un pupitre finement ouvragé, que Ahmed pacha, porte-armes de Sa Majesté, se chargea de présenter au Souverain. Celui-ci en récompense lui décerna le titre de _Bévab_ (portier du Palais) (998).
De retour à Constantinople, après un voyage qu’il fit en Égypte et en Roumélie pour inspecter les frontières, il fabriqua un carquois qu’il présenta à Sa Majesté. Ce nouveau travail lui valut une nouvelle distinction. Le Sultan le nomma _Mouhsir-bachi_ (chef-procureur) près du juge de Stamboul; lorsque Hussrev pacha fut nommé beylerbey de Diarbékir, Mehmed agha fut envoyé en qualité de _Mussellim_ (transmetteur de pouvoirs). A son retour, il occupa les fonctions de _Capou-Kéhia_ de ce pacha, jusqu’à l’époque où Hussrev pacha fut nommé au gouvernement de Damas; Mehmed agha l’y accompagna et fut chargé de l’administration du Hauran. Des bandes de brigands infestaient alors le pays et attaquaient la caravane sacrée. Mehmed agha réussit à les anéantir. Ce succès indisposa à son égard Hussrev pacha, dont la jalousie croissante obligea Mehmed agha à retourner à Constantinople. Il y rentra et fut en 1006 nommé administrateur des eaux, poste qu’il conserva pendant huit ans.
A la mort de Mimar Sinan, Davoud agha devint architecte du sultan; Ahmed agha surnommé Dalguitch, camarade de Mehmed agha, succéda à celui-ci. Et à la mort d’Ahmed agha, ce fut Mehmed agha qui fut élevé au poste d’architecte en chef du Sultan, en l’an 1015 de l’Hégire, mercredi VIIIe jour de Djemazi-el-akir.
Outre les nombreux édifices et mosquées qui attestent sa puissance de travail, Mehmed agha a eu l’honneur d’être envoyé à La Mecque afin d’y réparer la Kaaba.
Cet artiste fut un homme pieux, fidèle à tous les préceptes de la religion, et charitable à ce point qu’il destinait aux pauvres tous les bénéfices qu’il retirait de ses travaux.
D’après _Hadikatul-Djevami_, sa maison se trouvait en face de la mosquée construite par lui-même sur l’emplacement du Mesdjid de Zeïni effendi, Mesdjid qui fut brûlé pendant l’incendie de Djibali.
MONUMENTS DE L’ÉPOQUE BYZANTINE[90]
[90] Les astérisques renvoient au tableau suivant, où sont indiqués les monuments musulmans contemporains de la même époque.