Consequences Du Systeme De Cour Etabli Sous Francois 1er Premie

Chapter 5

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SERVICE DES FEMMES AJOUTÉ À CELUI DES HOMMES DANS LA MAISON ROYALE.

Le plus grand, le plus notable changement de ceux qui furent introduits dans la maison du roi, celui qui entraîna le plus de conséquences, fut la composition de la maison de la reine, de celle de la duchesse d'Angoulême, mère du roi, de celle de Marguerite de Valois sa soeur, et des autres princesses de la maison royale, maisons qui furent annexées à celle du roi. Anne de Bretagne avait introduit un service de _femmes_ et de _filles d'honneur_ dans sa maison; la duchesse d'Angoulême, à son exemple, avait aussi établi un service de femmes près d'elle. Dès avant l'avènement de François au trône, cette complaisante mère avait eu soin de s'entourer d'une multitude de filles jeunes et belles; mais, différente d'Anne de Bretagne, qui élevait son jeune cortége à la vertu, la duchesse d'Angoulême dressait ses élèves à tous les vices propres à séduire et captiver son fils. On peut se faire une idée de leur esprit et de leurs moeurs, par le recueil des contes de la reine de Navarre, intitulé l'_Heptameron_; on y voit quel était le sujet habituel de leurs entretiens. Pour connaître à fond les moeurs de ces femmes, il suffit de savoir que les maîtresses du roi étaient au premier rang dans la maison de la reine: Françoise de Chateaubriant, la première d'entre elles, était dame d'honneur de sa première femme, madame Claude de France, fille de Louis XII[43]. La duchesse d'Étampes était dame de sa seconde femme, Éléonore d'Autriche, soeur de Charles-Quint: elle donna à _laver_ à ce prince quand il passa en France; honneur qui lui était fort envié par Diane de Poitiers, maîtresse de Henri, fils du roi, après avoir été la sienne.

[Note 43: Manuscrits de la Bibliothèque du roi.]

François Ier quadrupla près de la reine le nombre des femmes que le service d'Anne de Bretagne avait réunies près d'elle: il en remplit les maisons des princesses; il augmenta le nombre des officiers qui en faisaient partie; il étendit à leurs offices les priviléges réservés à ceux de sa maison proprement dite[44]. Les maisons des princesses devinrent la société intime du roi; et l'esprit qui le gouvernait n'émanait pas moins de ces maisons que de celle de la reine.

[Note 44: Septembre 1522. Déclaration de François Ier, que les officiers domestiques de madame sa mère jouissent de semblables priviléges que les siens.--Mêmes priviléges octroyés à ceux de la reine de Navarre, sa soeur, 1525 et 5 décembre 1541.--Mars 1542. Déclaration que les officiers domestiques et commensaux soient exempts de toutes contributions, emprunts, impositions.--1543. Même déclaration en faveur des officiers de la reine.]

Les femmes ajoutées au service d'honneur de la reine et des princesses de la maison royale donnèrent un immense accroissement à la cour; elles y portèrent un intérêt nouveau, qui se compliqua avec l'intérêt ancien; elles donnèrent aux courtisans un autre mouvement, une autre direction; elles exaltèrent, concentrèrent l'esprit de courtisan: ce fut un élément nouveau qui fit travailler et fermenter tous les autres. Le roi devint le noble sujet des dames; et dès lors il fallut que la cour, comme le roi lui-même, prît un autre aspect et un autre caractère. Nous reviendrons, et longuement peut-être, sur cet aperçu.

L'établissement des femmes à la cour rappelle ici un grand officier que nous avons indiqué dans la nomenclature de ceux qui ont composé la maison de François Ier; c'est le grand-aumônier du roi, Antoine Sanguin; il était oncle de la duchesse d'Étampes, sa maîtresse. Le roi le fit _grand-aumônier de France_[45], au lieu de grand-aumônier du roi; il le fit cardinal de Meudon, et sembla vouloir couvrir de l'autorité d'un prince de l'église, l'incontinence et l'adultère, seuls principes auxquels le prélat devait son élévation aux dignités.

[Note 45: «Le grand-aumônier, dit Dumont (Cérémonial diplomatique, t. I, p. 436), n'a pris le titre de _grand-aumônier de France_ que sous François Ier, en vertu des lettres du 7 août 1543. Auparavant il n'avait d'autre titre que celui d'_aumônier du roi_.»

Dumont est inexact sur ce dernier point. Geoffroy de Pompadour a été qualifié, en 1486, de _grand-aumônier du roi_, et non simplement d'_aumônier du roi_. Ainsi le changement opéré par François Ier a consisté à qualifier de _grand-aumônier de France_ le même ecclésiastique qui n'avait que le titre de _grand-aumônier de la maison_. Voici ce que dit sur ce sujet Anselme, dans l'Histoire générale de la maison de France (tome VIII, page 223): «Geoffroy de Pompadour est le premier qui a été qualifié _grand aumônier du roi_, en 1486, sous le règne de Charles VIII. Ses successeurs en cette charge ont continué à prendre la même qualité, jusqu'à Antoine Sanguin, dit le cardinal de Meudon, qui en fut pourvu par le roi François Ier, en 1543, sous le titre de _grand aumônier de France_: ce qui a été suivi par tous ceux qui en ont été revêtus après lui.»

Il est certain, au reste, que, sous le titre de grand-aumônier de France, on n'a jamais vu ni pu voir un grand officier de la couronne. La scandaleuse affaire du cardinal de Rohan, _grand-aumônier de France_, au sujet d'un collier de la reine Marie-Antoinette, donna lieu à examiner (en 1787) si, en qualité de _grand-aumônier_, le cardinal de Rohan avait le droit d'être jugé, comme les grands officiers de la _couronne_, au parlement, chambres et _pairs assemblés_. Il fut jugé comme grand officier de la maison seulement, dans les chambres assemblées. (Voyez l'État de la France. 1736, tome I, page 63.)]

CINQUIÈME DÉVELOPPEMENT.

CHANGEMENTS DANS L'ORGANISATION DE LA MAISON.

Nous venons de voir, 1° les éliminations d'anciens offices faites par François Ier; 2° les anciens offices qui entrèrent dans la composition de sa maison; 3° les nouveaux offices qu'il y ajouta; 4° les nouvelles maisons qu'il annexa à la sienne, et les nouveaux éléments qu'il fit entrer dans la composition de ces maisons. Voyons maintenant quelques détails d'organisation.

Nous avons indiqué un changement qui mérite d'être observé avec attention, parcequ'il eut de grandes conséquences; le voici. D'abord sous le règne de François Ier s'établirent des différences de considération très marquées entre les services dont les grands s'étaient jusque là également honorés; ces services étaient tous indépendants les uns des autres; les seconds dans chaque service étant suppléants des premiers, et non leur subordonnés. Mais sous François Ier des infériorités d'extraction s'adaptèrent aux infériorités de places; alors les services se distinguèrent en supérieurs et en inférieurs, et bientôt en chefs et en subordonnés. En second lieu, entre les services jusque là attribués aux gentilshommes exclusivement, une partie fut déclarée incompatible avec la noblesse et délaissée à la roture, ce qui marqua dans la maison du roi une distinction entre le service d'honneur et le service ordinaire.

Louis XII avait laissé en mourant une maison peu nombreuse, mais honorablement composée. Le premier état qui fut formé des officiers de François Ier lui-même, présente des noms aussi illustres pour les moindres offices que pour les plus grands. Du Tillet nous apprend que «le comte de La Rochefoucauld estoit simple panetier; son frère, sieur de Barbesieux, les sieurs de Gyé, Clermont de Dauphiné, de La Palice, de Pyennes, et le vicomte de Lavedan, eschansons; les sieurs de Clermont-Lodève et de Montpezat, vallets tranchans; les sieurs de Bazillac, de Panjalz et de Granzay, mareschaux-des-logis, et autres, d'ancienne et riche noblesse, se tenoient advancez et honorez de servir à petits gages.» Peut-être tous les officiers n'étaient pas des seigneurs aussi considérables. De tout temps, dit encore Du Tillet, il s'est trouvé parmi ces officiers de grand nom et de grande fortune, quelque _gentilhomme peu riche_, placé par la bienveillance du prince, soit pour récompense de quelque service, soit à l'occasion de quelque circonstance heureuse, soit à la suite d'une éducation commune dont le souvenir était resté agréable au prince. _Mais ces faveurs ne rebutoient les riches et de plus grande étoffe_, parcequ'elles étaient rares et bien placées; elles prouvaient qu'un gentilhomme, aidé de considération personnelle, n'était point au-dessous d'un office de la cour, comme la composition générale prouvait qu'aucun seigneur ne se croyait au-dessus, _et qu'il n'y a aucun petit lieu au service des rois et roynes_.

Sous François Ier ce système changea. Du Tillet, qui écrivait du temps de Charles IX, et usait de ménagements, en a cependant indiqué les causes. Les profusions de François Ier attiraient les hommes _avides de mauvais gain_, au lieu de ceux _qui avoient à coeur le devoir et l'honneur du service_. Les favoris du prince profitèrent de la multiplicité des offices pour introduire au service de la cour leurs créatures et leurs propres serviteurs. Bientôt la confusion du grand nombre et le mélange des personnes inspirèrent aux seigneurs du dégoût pour des emplois que le prince avait avilis.

Quand les seigneurs ne tinrent plus à honneur égal tout service du roi, il fallut distribuer les offices suivant la gradation des personnes, et dès lors ils se classèrent en plus honorables et moins honorables, les officiers se divisèrent en grands officiers chefs de service, et simples officiers subordonnés aux premiers; au lieu d'être seulement distingués en officiers et grands officiers qui, suppléants les uns des autres et non subordonnés, se tenaient pour égaux en honneurs.

En distinguant ainsi entre les plus honorables et de moins honorables, on avisa que l'office de _valet de chambre_, jusque là rempli par un gentilhomme, ne devait pas être compris entre les honorables, ni les valets de chambre dans les _honneurs_. Cependant le valet de chambre du roi, homme de confiance particulière, ne descendait alors, non plus qu'aujourd'hui, à aucun service bas ou répugnant. Par exemple, il ne faisait pas la barbe; les barbiers du roi étaient des serviteurs à part _qui estoient couchés dans l'état_ de la maison[46]. (Qu'on me passe ces détails; je touche ici à un point d'histoire auquel on ne tardera pas à trouver de l'importance). D'ailleurs le mot de _valet_ n'avait point le même sens qu'aujourd'hui; le titre de valet ou varlet n'avait été donné jusque vers le règne de François Ier qu'à de jeunes hommes de condition noble. Valet vient de varlet, varlet de virlet; virlet est un diminutif de vir. Long-temps on a dit indifféremment valet ou varlet, valeton ou varleton. Que varlet soit ou non une altération de virlet, et un diminutif de _vir_, toujours est-il certain que le mot de _varlet_ ou _virlet_, dans nos anciens romans, se disait d'un jeune homme, varleton d'un plus jeune encore; mais tous de condition noble, même des enfants de prince et de fils de roi. En effet, les jeunes hommes sont, dans l'intérieur des familles, les serviteurs naturels des vieux. Aussi voit-on les _virlets_ ou _varlets_ appliqués à divers services de la maison: le varlet qui avait soin des armes, qui portait l'écu en campagne, c'était le valet _scutifer_ on l'escuyer; le varlet _dapifer_, c'était le valet tranchant; le _varlet_, sans autre titre, était à toutes mains, écuyer en campagne, tranchant dans le château. Du Tillet dit que le mot de _valet_ signifiait _écuyer_; ces mots ne sont pas absolument synonymes comme il l'a cru. Le valet n'était pas toujours écuyer, mais l'écuyer était valet: valet était le terme générique, écuyer était spécial. Mais Du Tillet dit avec raison: «_Ce titre estoit honorable et ne convenoit à roturier_[47]. Guy de Lusignan, sire d'Archiac, se dit vallet en 1292. Par autre titre de juin 1269, Gérard Chabot, sire de Roix, et Sebranz Chabot, se dient vallets. Par autre de 1246, Guillaume Mangot, sieur de Surgières, se dit vallet; encore sont nommés _vallets tranchans_ pour escuyers tranchans.» Nous avons vu les Clermont-Lodève, les Montpezat, _valets tranchants_ dans le premier état de la maison de François Ier. Les valets de nos cartes à jouer portent tous des noms illustres du temps de Charles VI.

[Note 46: Du Tillet.]

[Note 47: Recueil des rois de France, page 418.]

Pourquoi donc sous le règne de François Ier le titre de valet de chambre du roi devint-il insupportable à la noblesse? Le prétexte qu'elle donna fut que ce titre était avili par sa prostitution aux _valets de la garde-robe_ ou vestiaire du roi, dont le service se bornait au soin du linge et des habits du prince et ne les approchait jamais de sa personne. Le motif véritable était l'intérêt de cette multitude _effrénée_ de gentilshommes de la chambre que le roi avait créés à son avènement, et qui avaient besoin de se partager quelques attributions de l'office de valet de chambre. La faveur que la vanité du roi accordait aux créatures de sa vanité, le détermina à condescendre à leur répugnance pour la place de valet de chambre, et cette place fut éliminée du service d'honneur, ce qui marqua la distinction de ce service et du service ordinaire, distinction qui était fort ancienne au fond, mais qui n'avait pas encore pris son nom, et n'avait pas encore été précisément déterminée.

L'élimination de la place de valet de chambre donna lieu à quelque embarras et à de nouvelles décisions. La noblesse, déchargée d'une place que son titre lui faisait regarder comme indigne d'un gentilhomme, ne voulut pourtant pas qu'on pût en conclure qu'elle avait jugé le service de la personne du roi indigne de ses empressements. Les officiers du service d'honneur demandèrent donc la faculté de prendre le service du valet de chambre quand ils le jugeraient à propos; les gentilshommes de la chambre obtinrent la faveur de passer la chemise au roi quand ils seraient présents à son habillement. Cette préférence était une véritable dégradation de la place de valet de chambre; on la sauva en décidant que le grand-chambellan aurait la même préférence sur le gentilhomme de la chambre, le prince du sang sur le grand-chambellan, le prince de la famille royale sur le prince du sang, l'héritier présomptif de la couronne sur tout le monde. Le service d'honneur se composa donc, et du service d'ostentation qui lui était propre, et de la partie du service habituel qu'il pouvait avoir occasion de rendre.

D'un autre côté, le roi, ne pouvant plus faire qu'un service dépouillé de ses anciens honneurs fût compris dans le service d'honneur, et qu'ayant été répudié par les nobles il continuât d'être réputé noble, et ne voulant pourtant pas que le service de sa personne cessât d'être un honneur et cessât d'être un service noble, trouva l'expédient de le faire _anoblissant_; et comme la noblesse avait estimé que le mot de _valet_ était tombé au-dessous de celui d'_écuyer_, le roi cumula ce titre d'_écuyer_ sur celui de valet de chambre, fit le valet de chambre non seulement _noble_, mais _écuyer_, et ordonna qu'il ferait son service _l'épée au côté_: cette décoration, ce titre, marquèrent plus précisément le genre de service jusqu'où pouvait descendre le valet de chambre du roi, et où commençait un service d'un ordre inférieur.

Ce qui se fit pour le valet de chambre eut lieu pour les huissiers de la chambre, pour les valets de la garde-robe, pour les porte-manteaux, pour les officiers de la bouche et du gobelet, des levrettes de la chambre, des faucons et éperviers du cabinet, lesquels tenaient des places intermédiaires entre le service d'honneur qui touchait à la personne du roi et le service purement matériel.

Dans ce nouvel arrangement le service du roi se trouva composé de quatre ordres de personnes: le _service d'honneur_, le _service noble_, le _service anoblissant_, le _service roturier_[48].

[Note 48: Il n'est pas exact de dire que toute espèce de service près du roi ou de la reine fût, comme l'a dit madame Campan, un _service d'honneur_, entrât dans le service d'honneur, ou que le service d'honneur s'étendît à tous les détails du service nécessaire du roi ou de la reine. Cette proposition n'a besoin que d'être énoncée pour être hors de doute. Il est triste que madame Campan ait voulu prouver que la vanité de cour tenait à honneur les services les plus bas, et qu'elle en ait donné pour exemple le service que la dame d'honneur fait près de la reine malade et alitée. Quand la reine prenait médecine, dit-elle, c'était la dame d'honneur qui devait retirer le bassin du lit. Madame Campan oubliait que rien ne peut être bas dans les services rendus aux malades. Au fait, le service d'honneur, qui peut s'étendre à tout ce qui marque du respect et du zèle pour le prince, n'a jamais compris ce qui est bas et répugnant. Le service d'honneur passe la chemise au roi et ne lui met pas les bottes; il donne à laver les mains et ne fait point la barbe; il donne un mouchoir blanc et ne relève point le linge sale; il présente un verre d'eau et ne donne point à laver la bouche, etc. Mais il ne suffit pas que le service n'ait rien d'avilissant pour constituer le service d'honneur; il faut de plus que l'importance des personnes qui le remplissent en fasse un honneur pour la personne du roi. Ce mot de service d'honneur désigne un service rendu en honneur de la majesté royale, pour honorer la personne du roi, par des personnes qui elles-mêmes reçoivent les honneurs de cour.

Madame Campan aurait pu se récrier ici, et demander comment concevoir que le service d'un sujet honore le roi; qu'un sujet, quel qu'il soit, se croie en droit de dire qu'il fait au roi l'_honneur_ de le servir? Sans doute on ne peut pas dire qu'un sujet fait au roi l'honneur de le servir, mais on peut dire qu'il lui porte honneur en le servant.

Corneille a dit:

Je sais ce que l'on doit de respect et d'honneur Aux vertus, au courage, et surtout au malheur.

On peut dire dans le même sens: Je sais ce que l'on doit de respect et d'honneur à la majesté royale.

Du Tillet s'exprime ainsi au sujet du service des grands officiers de la maison du roi: «Encore que les rois eussent les grands officiers de leur maison pour leur service ordinaire, quelquefois, _pour honorer la solennité de leur sacre et couronnement_, ils faisoient servir lesdits offices, lesdits jours, par autres de plus haute étoffe et éminence.» Et Du Tillet cite les princes du sang. Voilà bien le service du roi, honorant le roi, lui rendant honneur, lui portant honneur, ajoutant aux honneurs de la solennité qui en réunit le plus de tout son règne. D'un autre côté on conçoit très bien comment un service qui honore le roi, qui ajoute aux honneurs dus au roi, est en même temps un service honorable pour celui qui le rend; et pourquoi l'on dit à la cour, qu'un grand cède à un plus grand les honneurs du service: c'est qu'il est honorable de faire ce qu'il n'appartient pas à tout le monde de faire. Il n'appartient pas à tout le monde d'ajouter par son service à la grandeur et à la majesté royale. C'est donc une expression très juste d'appeler _honneur du service_ l'exercice de quelque partie du service d'honneur. De sorte que le mot de service d'honneur exprime un service qui honore celui qui le reçoit et celui qui le rend, au lieu que les _honneurs du service_ ne désignent que les honneurs dont jouit celui qui le fait: dans cette locution, le _service d'honneur_, l'honneur est pour le roi; dans cette autre, _les honneurs_ du service, l'honneur est pour l'officier qui le fait.]

SIXIÈME DÉVELOPPEMENT.

ORGANISATION DE LA COUR PROPREMENT DITE, SOUS FRANÇOIS Ier.

Nous savons ce qu'était la _maison du roi_ sous François Ier, et ce qu'elle devint sous ses successeurs. Nous avons remarqué que la _maison du roi_ n'était pas la _cour_, mais seulement une partie, ou, si l'on veut, le fond de cette _cour_. La _maison d'honneur_ se compose des officiers du service d'_honneur_, c'est la _domesticité_ élevée; la _cour_ se compose, et de cette domesticité, de ce service, de ces officiers, et de plus, des grands admis dans des relations de société avec le prince, et qu'on appelle courtisans. On écrivait autrefois _court_ et non cour; c'est de là qu'est venu _courtisan_. _Court_ est-il venu de _cortex_, cortége, comme le croit Roquefort; ou de _cohors_, comme le croit Saumaise, qui fait venir _cohors_ de _coorti_, élevés ensemble; ou de _curtis_, cour, enceinte des édifices et bâtiments dépendant d'un manoir, _atrium rusticum_, comme le croit Ducange? Peu importe l'étymologie: dans toutes se retrouve une même idée; c'est que la cour est l'assemblage des personnes qui entourent ou ont la permission d'entourer le roi dans son palais. Or est-il que ces personnes ne se réduisent pas aux officiers de la maison. Voyons donc ce que devint la _cour_ quand la maison fut formée.

Cette maison, comme nous l'avons vu, réunissait plusieurs maisons, et plusieurs de ces maisons un nombreux service de femmes et de filles d'honneur. Ces femmes firent donc partie de la cour, et dès lors les femmes des officiers, celles des courtisans sans offices y eurent accès. Dès que les femmes purent y être admises, il fut difficile aux seigneurs du caractère le plus grave ou le plus farouche d'en rester éloignés. Une fête annoncée à la cour, exaltait l'imagination de toutes les jeunes femmes; la vivacité, l'importunité de leurs sollicitations, se joignaient aux invitations du monarque pour déterminer la gravité ou vaincre les répugnances du chef de la famille. Mais le grand nombre des seigneurs n'avait pas besoin de sollicitations. Le concours des femmes s'augmentant sans cesse par l'attrait de la cour, l'attrait de la cour s'accrut par le concours des femmes; leur présence, ajoutée à tout ce que la magnificence royale donnait d'éclat, et à ce que la munificence royale montrait d'utile, y fit affluer tous ceux qui pouvaient espérer d'y être admis. Ils voyaient là des jouissances et des avantages qu'ils ne pouvaient trouver ni chez eux ni chez leurs égaux; la réunion de tous les plaisirs qui captivent l'imagination, avec tous les intérêts qui occupent les esprits sérieux; réunion qui explique pourquoi la cour qui ne rend pas toujours contents ceux qui la fréquentent, les empêche de l'être ailleurs[49]. Le haut clergé se pressa à l'entrée de cette cour; les cardinaux, les archevêques, les évêques y étaient en foule.

[Note 49: La Bruyère.]

Une cour si nombreuse demandait, comme la maison, un arrangement: l'ordre en tout vaut mieux que la confusion. Mais pour éviter la confusion dans une cour, il n'est pas nécessaire d'y mettre tout à l'étroit, d'y tout assujétir avec rigidité, de marquer à chacun sa place, à chaque action, son commencement et sa fin, à chaque mouvement sa direction: un tel ordre est celui d'un cloître. Dans une cour l'ordre s'indique de lui-même; chacun en prend bien vite le sentiment, quand le prince l'éprouve et s'y conforme; mais quand le prince se sent disposé à l'oublier, ou n'en a qu'un faible discernement, il veut des barrières entre lui et les observateurs par qui il craint d'être vu de trop près, ou les compagnons qu'il se donne dans ses désordres, et dont il craint les familiarités: ces barrières sont posées par le _cérémonial_ et l'_étiquette_.

Deux soins occupèrent François Ier dans l'ordonnance de sa cour: le premier de séparer le roi des grands; le second, de séparer les grands qui feraient partie de sa cour, de tout ce qui n'en serait pas.