Part 31
[474] Les poètes ne s’en privent pas, et il n’y a pas lieu de les en blâmer. Ch. Nyrop, rencontrant _paye_ en deux syllabes dans _Cyrano de Bergerac_, admire «la belle intrépidité de Rostand» qui fait «revivre cette prosodie médiévale». Mais cette prosodie n’a jamais disparu, et Ch. Nyrop confond _paye_ avec les finales en _-ée_, _-aie_, _-ue_, _-oue_, qui sont fort différentes. Il va sans dire qu’en pareil cas, il faut nettement distinguer les deux syllabes au moyen du _yod_. Quand Mᵐᵉ Sorel prononce dans Molière:
Mais elle bat ses gens et ne les _pai_(e) point (_Misanthr._, acte II, scène 3).
elle se conforme sans doute à l’usage le plus répandu aujourd’hui, mais elle devrait bien s’apercevoir qu’elle fait un vers faux! Et il est bien possible que _pai-ye point_ la choque, mais c’est _pai-ye point_ qu’il faut dire.
[475] Voir encore p. 163, note 2.
[476] Voir plus haut, page 152 et la note.
[477] Sans parler de _ya_ tout court, qui n’en a qu’une: _ya des gens qui..._, mais ceci est un peu familier!
[478] Si bien que les poètes eux-mêmes, quand ils acceptent ce double hiatus, sont obligés, pour peu qu’ils aient de logique ou d’oreille, de compter les trois mots pour deux syllabes, d’autant plus que l’expression est toujours de style familier. On peut citer Richepin, _Don Quichotte_, acte VII, scène 20:
Au premier choc... _Ça y est!_ patratas! la culbute!
et _la Route d’émeraude_, vers final:
Fais des chefs-d’œuvre... Moi, _ça y est_, j’ai fait le mien.
Jean Aicard a compté le groupe pour trois syllabes, mais il n’y a pas lieu de l’en féliciter.
[479] C’est Corneille qui a rénové en poésie l’usage de compter _hier_ pour une syllabe, usage déjà suranné de son temps, et son autorité a malheureusement justifié les poètes qui l’ont suivi. Pourtant le XVIIIᵉ siècle avait repris les saines traditions, et Voltaire fait toujours _hier_ de deux syllabes (et même _avant-hier_ de quatre). Malheureusement, V. Hugo a cru pouvoir le faire presque indifféremment de deux ou de trois, et la plupart des poètes du XIXᵉ siècle l’ont suivi; mais c’est une erreur certaine: voir sur ce point notre article sur _les Innovations prosodiques dans Corneille_, dans la _Revue d’histoire littéraire de 1913_.
[480] Au XVIIᵉ siècle, on trouvait ce groupe initial dans _Hiérome_, _Hiérusalem_ et _Hiéricho_, mais _hi_ s’y prononçait déjà _j_, comme on l’écrit aujourd’hui: _hi_ ou _hy_ se prononçait alors _j_, même dans _Hyacinthe_ (devenu _jacinthe_ comme nom de fleur), même dans _hiérarchie_ et _hiéroglyphe_, et c’est ce qui explique la prosodie de certains vers classiques, où il faut lire _jérarchie_ et _jéroglyphe_: voir page 250, note 3.
[481] Si les _ll_ mouillés sont suivis d’un _i_, les deux _yods_ primitifs se confondent aujourd’hui: _bailliage_ se prononce comme _pillage_, _voyage_ ou _mariage_, _joaillier_ comme _fouailler_, _médaillier_ comme _médaillé_. Il peut cependant y avoir deux _yods_ dans une même finale, mais séparés par une voyelle: ainsi dans _vieille_ (vyeye) ou _piaille_ (pyaye) ou _qu’il y aille_.
[482] Nous avons vu aussi que l’_i_ final faisait fonction de consonne dans certains noms propres étrangers: _Pompéi_, _Hanoï_, _Shanghaï_: voir page 119, note 2.
[483] L’_u_ a la même fonction devant _y_ dans _C_u_yp_, _Ha_-ü_y_, _Le P_u_y_, _Lh_u_ys_, _L_u_ynes_, _Porrentr_u_y_, _R_u_yter_.
[484] Je ne parle pas de _fabriq_(u)-_ions_ ou _navig_(u)-_ions_, où l’_u_ n’est qu’un signe orthographique.
[485] Les groupes _brui_ ou _trui_ sont, en effet, beaucoup plus faciles à prononcer sans décomposition que _bryer_ ou _tryer_. C’est pourquoi la diphtongue a pu se conserver là où elle existait; mais elle n’a jamais existé dans _dru-ide_ et _flu-ide_, et ne s’y est point formée.
[486] Voir plus loin, aux chapitres du _G_ et du _Q_.
[487] Éviter seulement de prononcer _voui_ pour _oui_, ou de la _vouate_ pour de la _ouate_.
[488] _Souhait_ lui-même, malgré l’_h_, ne fait qu’une syllabe dans l’usage courant, et nous savons que quelques-uns prononcent encore _s_oi_ter_, mais ceci est suranné: voir page 87.
[489] Et encore _tramway_ pas toujours: voir au chapitre du _W_.
[490] La diérèse de _oi_ est d’ailleurs impossible dans l’écriture; quant à celle de _groin_, elle aboutit à _gro-in_, où la prononciation du mot est évidemment altérée. Nous avons déjà vu cela.
[491] Je ne pense cependant pas qu’on aille jusqu’à _cl_ou_aque_, parce que le groupe _cl_ maintient l’_o_ séparé de l’_a_.
[492] Avant Boileau, quelques poètes hésitaient, quoique la majorité fût pour _po-ète_: ainsi Corneille ne connaît que la synérèse, et La Fontaine l’a faite trois fois sur quatre dans ses _Fables_. Le XVIIᵉ siècle faisait encore la synérèse jusque dans _M_o_ïse_ (écrit _Moyse_), _B_o_hême_, _N_o_ailles_ ou _N_o_ël_, et l’on trouverait encore des endroits où l’on prononce _Mouise_ ou _Nouel_, ou même _Noil_ (nwal), qui est encore donné par Mᵐᵉ Dupuis, concurremment avec _poite_, _poisie_ et _Boime_, prononcés par _ouè_.
Mais ces prononciations sont depuis longtemps purement locales. Cependant _Roanne_ se prononce _roine_. _Coëffeteau_ ou _Boësset_ se prononcent aussi par _oi_. _P_o_ey_, _Esp_o_ey_ se prononcent par _oueye_ dans le Midi.
[493] Voir page 62. Pour les groupes anglais _oa_ et _oo_, voir pages 45 et 112.
[494] Le phénomène avait déjà été observé par Dangeau, en 1694.
[495] A l’intérieur des mots, l’_assimilation_ proprement dite est généralement réalisée par l’écriture. De là les consonnes doubles, généralement héritées du latin: _a_cc_omplir_, _a_ff_ecter_, _co_ll_aborer_, _i_mm_erger_, etc., etc.
[496] Il arrive quelquefois, mais rarement, que l’accommodation, au lieu d’être _progressive_, est _régressive_, c’est-à-dire que c’est la seconde consonne qui s’accommode à la précédente, par exemple dans _subsister_ (_ubz_ au lieu de _ups_); mais ceci tient souvent à d’autres causes, comme on verra.
[497] Ici encore, exceptionnellement et par accommodation régressive, _à cheval_ peut devenir _ach_f_al_, jamais _a_j_val_.
[498] Exceptionnellement aussi, une douce devient forte même devant un _m_, dans _tout_ de _même_ (tout _t’_ même).
[499] L’abbé Rousselot, qui a constaté le fait, l’explique en disant (_Précis_, page 86) que c’est la voyelle qui transforme en douce la consonne forte; mais on ne voit pas du tout pourquoi _ou_ changerait _s_ en _z_. Il en est de cet exemple comme des autres: dans un débit rapide, les organes se préparent d’avance à l’émission des sons qui vont suivre, ici l’_s_ doux de liaison, et c’est ce qui adoucit le premier. Comme dit M. Paul Passy, tout son subit, dans une certaine mesure, l’influence des sons voisins: c’est ainsi que la prononciation rapide aboutit encore facilement à _ton_-m_neuve_ pour _tomb_e _neuve_ ou _lan_-n_main_ pour _lend_e_main_.
[500] Voir page 182. C’est exactement le principe opposé qu’on applique sans s’en douter, quand on se fonde uniquement sur l’étymologie: _cela doit être, donc cela est_. Le principe des phonéticiens est certainement le bon, mais il ne faut pas l’appliquer sans distinction ni restriction.
[501] Voir plus haut, page 10.
[502] Sauf en liaison, bien entendu: mais ceci sera l’objet d’un chapitre spécial.
[503] Ces exceptions s’appliquent généralement aux lettres dites étymologiques (souvent fausses d’ailleurs, comme _d_ de _poids_, ou le _g_ de _legs_), que les érudits du XVIᵉ siècle ont introduites dans l’écriture, en guise d’ornements! Le malheur est que, dès le XVIIᵉ siècle, on s’est mis à prononcer, mal à propos, quelques-unes de ces lettres. Mais c’est surtout au XIXᵉ siècle que le développement de l’enseignement primaire, et l’ignorance de beaucoup d’instituteurs, à qui manquait la tradition orale, ont profondément altéré la langue, en faisant revivre ces consonnes, tombées depuis des siècles.
[504] Cette prononciation de la consonne double est exactement la même que celle qui se produit entre deux mots, la première étant finale, la seconde initiale, notamment quand un _e muet_ tombe; et nous avons vu qu’en ce cas la consonne n’est double qu’en apparence. Voir au chapitre de l’_e muet_, page 159, note 4.
[505] Il n’en a pas toujours été ainsi: si aujourd’hui nous ne distinguons plus entre les finales _tère_, _taire_ et _terre_, autrefois on prononçait parfaitement les deux _r_ de _terre_, et peut-être trouverait-on un reste de cette prononciation dans le Midi, qui a conservé l’habitude et la faculté de vibrer!
[506] C’est en effet par le latin que la prononciation des lettres doubles a commencé, au XVIᵉ siècle, pour s’introduire de là dans la langue savante, mais plus tard; pendant longtemps on n’a guère doublé que les _r_, mais on les doublait beaucoup plus souvent qu’aujourd’hui, et même devant l’_e muet_, comme on vient de le voir.
[507] J’ai un jour entendu articuler _do_n-n_er_, et cela est ridicule, assurément; toutefois ce n’est pas une raison pour aller contre l’usage, et le _Dictionnaire phonétique_ de Michaëlis et Passy, aussi bien que le _Manuel phonétique_ de Ch. Nyrop, qui n’admettent presque point de consonnes prononcées doubles, sont certainement en contradiction avec l’usage général pour des centaines de mots.
[508] Pourtant Michaëlis et Passy donnent le choix presque partout.
[509] De même dans _Christophe Colom_(b), qui est complètement francisé, et dans _Dou_(bs) ou _Dussou_(bs).
[510] De même dans le latin _ab_, et dans les noms propres _Moa_b, _Acha_b, _Ma_b, _Cale_b, _Hore_b, _Aureng-Zey_b, _Sennachéri_b, _Jo_b, _Jaco_b. Même dans ces mots, le _b_ ne se prononçait pas toujours autrefois, ou il se prononçait _p_, surtout devant une voyelle. Nous verrons en effet, au cours des chapitres suivants, que les muettes sonores finales se sont d’abord assourdies régulièrement, avant de cesser de se prononcer: c’était l’étape naturelle; et nous retrouverons la trace de ce phénomène dans les liaisons.
[511] Quoique cette prononciation ait été correcte jusqu’au milieu du XVIIᵉ siècle, dans tous les mots commençant par _abs-_, _obs-_, _subs-_, où les grammairiens avaient rétabli récemment le _b_; car, au moyen âge, on écrivait _ostiner_, _oscur_, _astenir_, etc. Le _b_ a toujours été muet dans _de_(b_voir_, où il était absurde, et aussi dans _de_(b)_te_, _dou_(b)_ter_, _pre_(bs)_tre_ et d’autres. Il l’est encore dans certains noms propres, devant un _v_: _Fa_(b)_vier_, _Lefe_(b)_vre_; mais il tend naturellement à y revivre.
[512] Davantage dans quelques noms propres, _A_b-b_as_ et _A_b-b_assides_, _A_b-b_atucci_, _A_b-b_on_.
[513] De même _Aurilla_c, _Caudebe_c, _Porni_c ou _Pernambou_c.
[514] Les composés _bec-d’âne_ et _bec-jaune_ ont conservé la prononciation sans _c_, qui était de règle devant une consonne, mais ils s’écrivent plutôt _bédâne_ et _béjaune_. Le _c_ a revécu dans _be_c-_de-corbin_, _be_c-_de-cane_, _be_c-_de-lièvre_; il s’est toujours prononcé dans _be_c _fin_, _be_c_figue_ (qui est pour _bèquefigue_) et _be_c-_cornu_. Dans _pi_(c)_vert_, le _c_ a disparu aussi de l’écriture.
[515] Naturellement, quand Boileau fait rimer _estoma_c avec _Sidra_c, le _c_ doit sonner.
[516] Mais non dans _cri_c, onomatopée, ni même dans _cri_c _cra_c, ou _de bri_c _et de bro_c, où tous les _c_ se prononcent. L’Académie prétend que _taba_c est familier, comme si le peuple ne disait pas _taba_(c). Le _c_ est également muet dans _Saint-Brieu_(c).
[517] Et plus encore celui de _lombri_c, malgré Michaëlis et Passy, aussi bien que celui de _porc-épi_c.
[518] Il n’en était pas ainsi autrefois. De là la confusion qui a changé la _rue Saint-André-dès-Ar_c_s_ en _rue Saint-André-des-Ar_t_s_. Toutefois d’autres prétendent que _arts_ a remplacé dans ce nom _ars_, brûlé, c’est-à-dire atteint du mal des ardents.
[519] De même _Gobse_c(k), _Brunswi_c(k), _Van Dy_c(k), _Glu_c(k), etc., et aussi _Leco_c(q), _Lesto_c(q), _Vi_c(q) _d’Azyr_.
[520] Il faut excepter quelques noms propres comme _Ran_c.
[521] Le _Dictionnaire général_ trouve encore cette prononciation «familière». Familière ou non, il n’y en a pas d’autre qui soit usitée, quoi qu’il en dise, et malgré Michaëlis et Passy; et je ne sache pas qu’on dise non plus _zinquer_, ni _zinqueur_. On devrait tout simplement écrire _zing_, comme on écrit _zingueur_.
[522] Pourtant le _c_ sonne très rarement dans _porc_ (voir page 363).
[523] Ce dernier mot vient pourtant du germanique _mark_; mais il est francisé sous la forme _marc_, tandis que dans _mark_, monnaie allemande, le _k_ sonne naturellement. Dans _Marc_, nom propre, le _c_ avait cessé de se prononcer, et l’on dit de préférence: _le lion de Saint-Mar_(c), à Venise, ou _Saint-Mar_(c), nom propre; mais on dit _l’Évangile de Mar_c ou de _saint Mar_c, et surtout on fait sonner le _c_ de _Mar_c prénom. De même a fortiori dans _Mar_c-_Aurèle_ ou _Mar_c-_Antoine_, et même _Saint-Mar_c-_Girardin_.
[524] Ni dans _Lecler_(c) ou _Lecler_(cq) ou _Maucler_(c) pas plus que dans l’expression _de cler_(c) _à maître_, qui n’est plus usitée que dans l’administration militaire. Il sonne dans _Our_c(q).
[525] _Contra_(ct) a au contraire perdu son _c_ dans l’écriture, ce qui l’a mis à l’abri.
[526] Au XVIᵉ siècle, _infect_ et _abject_ s’écrivaient souvent _infet_ et _abjet_, et rimaient avec _effet_ et _projet_, dont l’étymologie est la même. C’est la prononciation dite emphatique qui a dû rétablir _ct_ d’abord dans _infect_, puis dans _abject_, à cause du sens. Mais Corneille fait toujours rimer régulièrement _abject_, ou plutôt _abjet_, avec _projet_ ou _sujet_:
Et dans les plus bas rangs les noms les plus _abjets_ Ont voulu s’ennoblir par de si hauts _projets_. (_Cinna_, acte IV, scène 3.)
Il n’y avait là aucune «licence poétique», malgré le reproche que lui faisait déjà Aimé Martin.
[527] Voir livre X, fables 8 et 12, et livre XII, fable 2.
[528] Je ne sais comment il peut se faire que le _Dictionnaire général_ admette _uniquement_--et simultanément--_aspe_(ct) sans _c_ ni _t_, _circonspe_c(t) et _respe_c(t) avec _c_ seul, et _suspe_ct avec _c_ et _t_! Toutes ces variétés de prononciation ne se seraient pas produites si l’on avait pris le sage parti d’écrire tous ces mots comme _effet_, qui est, lui aussi, pour _effect_. Le _c_ est également muet dans _les frères Parfai_(ct).
[529] Il serait si simple de lui ôter son _c_, comme on a fait à _défunt_, pour _défunct_.
[530] Et aussi devant les diphtongues latines _œ_ et _æ_: C_æsar_, comme C_ésar_.
[531] Autrefois on écrivait aussi _cueur_, où le premier _u_ n’était qu’un signe orthographique, qu’on ne prononçait pas.
[532] On trouve d’ailleurs _ck_ devant une voyelle quelconque: _blo_ck_aus_ ou _ge_ck_o_ comme _jo_ck_ey_, _Sto_ck_holm_ comme _Ne_ck_er_.
[533] Où donc Michaëlis et Passy ont-il entendu prononcer ces mots sans _c_? C’était la prononciation du XVIIᵉ siècle, ainsi que _pon_(c)_tuel_; _di_(c)_ton_ et _antar_(c)_tique_ ont duré plus longtemps. Aujourd’hui que la plupart des _c_ étymologiques inutiles ont disparu, comme dans _bienfai_(c)_teur_, _je_(c)_ter_, etc., il n’y a plus d’exceptions. On prononce le _c_ même dans _Fran_c_fort_, sous prétexte que le _k_ allemand de _Frankfurt_ se prononce: à la vérité, puisque le mot est francisé, rien n’empêcherait de prononcer _Fran_(c)_fort_, mais ce n’est pas l’habitude.
[534] On sait qu’_é_g_logue_ et _ci_g_ogne_ étaient autrefois _é_c_logue_ et _ci_c_ogne_; _é_g_ale_, _mi_g_raine_, _é_g_lise_, et depuis bien plus longtemps, n’ont-ils pas remplacé aussi un _c_ par un _g_? De même on a prononcé _se_g_ret_ et _se_g_rétaire_ jusqu’au XIXᵉ siècle: Domergue ne prononce pas autrement; ce n’est qu’au siècle dernier que le _c_ s’est rétabli dans ces mots. Pendant longtemps on a non seulement prononcé, mais écrit _né_g_romant_ et _né_g_romancie_. C’est naturellement aussi un _g_ qu’on entend dans _Jean Se_c_ond_ ou _Se_c_ondat de Montesquieu_. C’est le contraire de _gangrène_, qui s’est prononcée _cangrène_ jusqu’au siècle dernier.
[535] Parce qu’il l’avait aussi dans C_laude_ et C_laudine_.
[536] Le _Dictionnaire général_ joint à ces mots _a_c-c_lamer_, mais cela s’impose encore moins. Michaëlis et Passy n’admettent le _c_ double que dans _gecko_, alors que précisément _ck_ se prononce partout comme un seul _c_. On _peut_ encore prononcer deux _c_ dans les noms latins: _Ba_c-c_hus_, _Bo_c-c_horis_, _Bo_c-c_hus_, _Fla_c-c_us_, _Gra_c-c_hus_, et quelques noms étrangers: _Be_c-c_aria_, _Bo_c-c_ador_, _Bo_c-c_herini_, _Civita-Ve_c-c_hia_, _Pi_c-c_olomini_, _Sa_c-c_hini_, _Se_c-c_hi_, _Vero_c-c_hio_, mais plus dans _Bo_(c)c_ace_, complètement francisé avec un seul _c_.
[537] Au XVIᵉ siècle, on prononçait les deux _c_ comme un seul, même dans ce cas: _a_(c)c_ident_; et cette prononciation s’entend encore dans les pays qui ont l’_a_c_ent_. _Aja_(c)c_io_ se prononce toujours avec un seul _c_.
[538] Voir plus loin, an chapitre de l’_S_.
[539] Le cas de _cqu_ est le même que celui de _ck_.
[540] De même C_ellini_ et _For_c_ellini_, C_en_c_i_ et C_érisoles_, _Bonifa_c_io_, _Aja_cc_io_, avec un seul _c_, C_ialdini_, C_imabué_, C_ivita-Vecchia_, C_on_c_ini_, _Gar_c_ia_, _Man_c_ini_, _Min_c_io_, _Terra_c_ine_, et même _Vin_c_i_, et peut-être C_imarosa_ et _Botti_c_elli_. On prononce le _c_ de même dans C_e_c_il_, C_ellamare_, C_ervantès_ et C_euta_, C_in_c_innati_, C_intra_, C_iudad-Real_.
[541] De même _Abatu_cc_i_, _Ba_cc_hiochi_, _Cardu_cc_i_, _Carpa_cc_io_, _Le_cc_e_, _Lorenza_cc_io_, _Pi_cc_iola_, _Pi_cc_inni_, _Pul_c_i_, _Ri_cc_i_, _Ve_c_ellio_. _Vermicelle_ et _violoncelle_ ont connu longtemps une étape intermédiaire, en se prononçant _vermichelle_ et _violonchelle_, admis par Domergue et Mᵐᵉ Dupuis, et dont on trouve encore des traces, mais fort rares.
[542] Le _=cz=_ polonais se prononce _=tch=_, mais nous ne le prononçons guère ainsi qu’à la fin des noms, comme dans _Mickiewi_cz ou _Sienkiewi_cz: partout ailleurs on le prononce généralement _gz_, et c’est un tort. Notons en passant que le premier _c_ de _Mi_c_kiewicz_ doit se prononcer à part, comme _ts_. Le _cz_ hongrois, qui s’écrit aujourd’hui _c_, doit se prononcer _ts_, et non _gz_, dans Cz_erny_, _Munka_cz_y_, _Ra-ko_cz_y_.
[543] Pour ce mot, voir p. 49. De même _Lame_c(h), _Metterni_c(h), _Muni_c(h), _Zuri_c(h), _Ko_c(h), _Molo_c(h), _Eno_c(h), _Saint-Ro_c(h), _Sacher-Maso_c(h), _Baru_c(h), etc., et aussi _Utre_c(ht) ou _Maëstric_(ht).
[544] Et dans quelques noms propres du Midi, comme _Au_ch, _Fo_ch, _Bu_ch, _Te_ch, _Pue_ch, _Delpe_ch, avec _Monjui_ch, sans compter _Sidi-Ferru_ch, _Marrake_ch et _Ni_ch.
[545] Il est muet aussi dans _Penmar_(ch) francisé.
[546] Ceci vient tout simplement d’une confusion inconsciente entre _acheter_ et _jeter_. En effet, _jeter_ se prononce nécessairement comme _acheter_, quand l’_e muet_ tombe; dès lors, on a la proportion fatale: _j’ajète_ est à _acheter_ comme _je jette_ à _chter_.
[547] De même dans tous les noms propres anciens: _Macc_(h)_abée_, _C_(h)_am_, _C_(h)_anaan_, _Zac_(h)_arie_, _Néc_(h)_ao_, _C_(h)_aldée_, _Epic_(h)_aris_, _C_(h)_arybde_, _C_(h)_aron_, _Anac_(h)_arsis_, _Calc_(h)_as_, etc., etc., avec quelques noms modernes étrangers: _Buc_(h)_anan_, _Buc_(h)_arest_, _C_(h)_andos_.
[548] Et autrefois _métempsyc_(h)_ose_, qui n’a plus d’_h_; pourquoi _psyc_(h)_ologie_ en a-t-il un?
[549] On prononce _co_ dans _Jéric_(h)_o_, _Jéc_(h)_onias_ et _Nabuc_(h)_odonosor_, _Terpsic_(h)_ore_, _Stésic_(h)_ore_, _C_(h)_oéphores_, _Orc_(h)_omêne_ et _Colc_(h)_os_, _Sanc_(h)_oniaton_, _C_(h)_osroès_, _C_(h)_oa_ et _Tyc_(h)_o-Brahé_, et même _La Péric_(h)_ole_, _Picroc_(h)_ole_; mais non dans _Mi_ch_ol_, _San_ch_o_ ou _don Qui_ch_otte_ (francisé de l’espagnol _Quijote_ à _j_ guttural).
[550] Et dans les noms propres anciens en _-chus_, comme _Antioc_(h)_us_, _Malc_(h)_us_, etc., mais non dans Ch_uquisaca_.
[551] De même _Mi_ch_ée_, _Za_ch_ée_, _Si_ch_ée_, aussi bien que _Mardo_ch_ée_, et aussi bien _Psy_ch_é_. Cependant on a longtemps dit _trokée_.
[552] Je n’ai pas, dans ces mots et les suivants, devant _e_ et devant _i_, mis l’_h_ entre parenthèses, à cause du son sifflant que prend le _c_ devant ces voyelles; j’espère néanmoins que le lecteur ne s’y trompera pas.
[553] De même dans _Mi_ch_el_ et _Ra_ch_el_, deux prénoms trop populaires pour s’altérer, et aussi, le plus souvent, dans _Pul_ch_érie_ et _Si_ch_em_. Mais on prononce _ké_ dans la plupart des noms propres anciens: _A_ché_loüs_, _A_ché_ménides_, _A_ché_ron_, _Car_ché_mis_ Ché_ronée_, Ché_ronèse_, Ché_rusques_, _La_ché_sis_, _Pul_ch_er_ (rarement _Pul_ché_rie_) et _Senna_ché_rib_. Autrefois le _ch_ d’_A_ché_ron_ était francisé ainsi que beaucoup d’autres. C’est à la fin du XVIIᵉ siècle que les divergences se produisirent. La _Comédie_, avec Racine, tenait pour _A_ché_ron_ (La Fontaine aussi); l’_Opéra_, avec Lulli et Quinault, tenait pour _A_ké_ron_, qui prévaut aujourd’hui. On prononce aussi _ké_ dans les noms italiens, Ch_érubini_, _Mi_ch_el-Ange_. A la vérité, _Mikel-Ange_ paraît bizarre, car on francise le second mot (pour _Angelo_) et pas le premier, alors que nous avons pourtant _Mi_ch_el_ en français; mais, en réalité, le nom italien s’est francisé en bloc avec la prononciation originelle et en conservant son accent sur la même syllabe _an_: c’est ainsi que sont traités les noms des plus grands hommes, appris par l’oreille et non par l’œil, comme Shakespeare et Gœthe. On prononce encore _ké_ dans Ch_emnitz_ et _Sa_ch_er-Masoch_, mais _ché_ dans _Blü_ch_er_ ou _Schœl_ch_er_.
[554] Excepté _lysima_ch_ie_ (kie). _Mala_ch_ie_ est flottant, tandis que _Vala_ch_ie_ est toujours resté chuintant, malgré _Valaques_.
[555] Pourtant on dit souvent _monakisme_, toujours _masokisme_.
[556] Surtout à côté d’_ar_ch_itectonique_ ou _ar_ch_itriclin_, qui ne sont pas moins savants qu’_ar_ch_iépiscopal_, et qui pourtant chuintent comme les autres. _Arkiépiscopal_ a d’ailleurs l’air prétentieux, à côté d’_ar_ch_evêque_.
[557] On chuinte même dans quelques noms propres anciens, comme _Col_ch_ide_, _A_ch_ille_, _Es_ch_ine_, _Es_ch_yle_, Ch_ypre_, _Ar_ch_iloque_ et _Joa_ch_im_. Il est vrai que ce mot est bien maltraité: beaucoup de personnes prononcent _Joakin_, d’autres _Joakime_, ou plutôt _Yoakime_, surtout en parlant de _Du Bellay_; mais précisément _Du Bellay_ prononçait sans aucun doute son prénom en chuintant; et c’est la vraie prononciation, notamment celle de l’Église.
[558] Ajouter les noms propres anciens: _Ezé_ch_ias_ et _Ezé_ch_iel_, _Mel_ch_ior_ et _Mel_ch_isédec_, Ch_io_ et _Sper_ch_ius_, _Bac_ch_ylide_ et _Ar_ch_ytas_, _Tra_ch_iniennes_, _E_ch_idna_, _A_ch_illas_, et même _A_ch_illéide_ (malgré _A_ch_ille_); le plus souvent aussi aujourd’hui Ch_iites_, Ch_ilon_, Ch_iron_ et _An_ch_ise_; et surtout les noms italiens: _Brunelles_ch_i_, _Cernus_ch_i_, _Baccio_ch_i_, _Fies_ch_i_, _Monaldes_ch_i_, _Ma_ch_iavel_ (d’où _ma_ch_iavélique_ et _ma_ch_iavélisme_), _Sac_ch_ini_, Ch_ianti_, Ch_ioggia_, _Is_ch_ia_, _Civita-Vec_ch_ia_, _Porto-Vec_ch_io_, _Sec_ch_i_, _Veroc_ch_io_, etc., avec ch_i va sano_, ch_i lo sa?_ ou _an_ch’_io_. _Ma_ch_iavel_ (avec ses dérivés) est de ceux qui furent longtemps francisés, ainsi que Ch_iron_, Ch_ilon_, _An_ch_ise_, et bien d’autres, même _Ezé_ch_ias_ ou _Ezé_ch_iel_: de tous ces noms, je ne vois guère qu’_An_ch_ise_ qu’on fasse encore chuinter quelquefois.
[559] D’où _A_c(h)_met_, _Ro_c(h)_dale_ et _Mélan_c(h)_ton_, comme C(h)_loé_, _Méne_c(h)_mes_, C(h)_ristophe_, _Ara_c(h)_né_, _Ere_c(h)_tée_, _Erési_c(h)_ton_; tous ces _h_ devraient disparaître. _Dra_c(h)_me_ se prononçait naguère encore _dragme_; mais cette prononciation est surannée. On chuinte dans _Fe_ch_ner_ ou _Ri_ch_ter_, comme dans _Met_ch_nikoff_.