Part 20
Si l’adjectif n’est pas devant son substantif, il ne se lie plus guère qu’en vers, pour éviter l’hiatus, ou tout au plus dans la lecture. Dans le langage parlé, on dira bien encore, si l’on veut, _j’ai froi_(d) t_aux pieds_, parce qu’il y a là comme une expression toute faite où _froid_ devient substantif, puisqu’on dit de même _le froi_(d) t_aux pieds_. Mais on ne dit pas _le chau_(d) t_aux pieds_; on dira donc _j’ai chau_(d) _aux pieds_, malgré l’hiatus de deux voyelles identiques; on dit même sans liaison _chau_(d) et _froid_, qui est pourtant une expression composée, mais composée de deux substantifs; on dira donc à fortiori _alternativement chau_(d) _et froid_; et de même presque uniquement _il est gran_(d) _et fort_, _un sain_(t) _a pu seul..._, _le secon_(d) _est venu_[917].
En revanche la préposition _à_ requiert ordinairement la liaison de l’adjectif devant son complément, à cause du lien étroit qui les joint: _tou_(t) t_à vous_, _prê_(t) t_à sortir_[918].
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De même que l’adjectif se lie au substantif, l’adverbe de manière se lie nécessairement à l’adjectif. C’est d’abord _tout_, bien entendu; par exemple _il est tou_(t) t_autre_; de même _vraimen_(t) t_aimable_, _tendremen_(t) t_aimé_, _tout à fai_(t) t_extraordinaire_.
On dit de même encore _commen_(t) t_allez-vous?_ à cause du lien intime qui unit les mots; et la liaison n’est pas moins indispensable dans _quan_(t) t_à_, comme elle se faisait autrefois dans _quan_(d) t_et quand_.
Quand le lien est moins intime, l’adverbe se lie encore, mais moins nécessairement: _partou_(t) t_où vous serez_, _tan_(t) t_il est beau_, _tellemen_(t) t_on est serré_; de même pour _autant_ ou _tantôt_ répétés, pour _aussitôt_, _bientôt_, _souvent_, _cependant_; mais on lie nécessairement dans _aussitô_(t) t_après_ ou _bientô_(t) t_après_.
La négation _point_ se lie toujours, étant inséparable de ce qui la suit: _je ne t’ai poin_(t) t_aimé!_
De même le pronom relatif _dont_ et la conjonction _quand_: _quan_(d) t_il viendra_, _don_(t) t_il est_. De même ou à peu près les prépositions _avant_, _pendant_, _devant_ et autres, avec leurs régimes: _avan_(t) t_un jour_, _pendan_(t) t_un jour_, _devan_(t) t_une femme_[919].
III. =Les substantifs.=--Les liaisons que nous venons d’examiner sont à peu près les seules. Par conséquent les _substantifs_ en principe ne se lient plus, sauf en vers, bien entendu. Et encore, même en vers, le _d_ ne se lie guère: _un nœu_(d) _assorti_, _le ni_(d) _est vide_, _blon_(d) _ardent_ s’imposent partout et toujours. Que dis-je? _Le petit cha_(t) t_est mort_, si cher aux ingénues de la Comédie-Française, a bien de la peine à passer. Sans doute c’est ainsi que Molière prononçait; mais aujourd’hui on se demande s’il ne vaudrait pas mieux éviter l’hiatus avec une pause, ou simplement laisser l’hiatus.
Quant au langage courant, il ne lie plus guère ni _d_ ni _t_, même quand le substantif est suivi de son adjectif. Ceci permet de distinguer par exemple _un savan_(t) t_Allemand_, où _savant_ est adjectif, et _un savan_(t) _allemand_, où _savant_ est substantif, distinction qu’on ne fait pas en vers, quand on dit:
_Un sot savan_(t) t_est sot plus qu’un so_(t) t_ignorant_[920].
En prose on évitera tout au plus l’hiatus de deux voyelles identiques: _en quel endroi_(t) t_avez-vous vu_; encore cette liaison convient-elle mieux à la lecture qu’à la conversation[921].
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_Tout_ lui-même, qui se lie si facilement, et même si nécessairement, ne se lie plus dans le langage courant, quand il est substantif: _le tou_(t) _et la partie_, _le tou_(t) _est de savoir_, tandis que le pronom indéfini sujet se lie toujours: _tou_(t) t_est fini_.
Toutefois, ici encore, la préposition _à_, je ne dis plus requiert, mais admet régulièrement la liaison, _nous avons droi_(t) t_à cette faveur_.
De plus la liaison reste nécessaire, comme partout, dans les mots ou expressions composés: d’abord, naturellement, celles où entre le mot _tout_; puis d’autres, comme _gue_(t)-t_apens_, pon__(t) t_aux ânes_, _mo_(t) t_à mot_, _po_(t) t_à eau_, _po_(t) t_au lait_, _po_(t) t_au feu_, _po_(t) t_au noir_, _po_(t) t_aux roses_[922]; et aussi _peti_(t) t_à petit_, _de hau_(t) t_en bas_, _d’un bou_(t) t_à l’autre_, _bou_(t) t_à bout_, _bu_(t) t_à but_, _de bou_(t) t_en bout_, _de bu_(t) t_en blanc_, _de fon_(d) t_en comble_, _de momen_(t) t_en moment_, _de poin_(t) t_en point_[923]; et même _accen_(t) t_aigu_, et _c’est un droi_(t) t_acquis_. Et ainsi _pied_, qui avait perdu son _d_, et pour lequel Malherbe et Ménage n’acceptaient aucune liaison, a repris celles de _pie_(d) t_à terre_, _de pie_(d) t_en cap_, et même _pie_(d) t_à pied_; et l’on distingue _avoir un pie_(d) t_à terre_ (logement) et _avoir un pie_(d) _à terre_ (sens littéral).
En revanche, _cha_(t) _échaudé_ ou _cha_(t) _en poche_ ne sauraient passer pour des mots composés, et la liaison ne s’y fait plus guère, malgré Littré. Elle n’est même plus indispensable dans _au doi_(gt) _et à l’œil_, pas plus que dans _mon_(t) _Etna_, _mon_(t) _Hécla_ ou _mon_(t) _Œta_, où elle est seulement possible[924].
IV. =Après un R.=--Mais il y a surtout une catégorie de liaisons qu’il importe absolument d’éviter, en vers aussi bien qu’en prose: c’est celle des finales où le _t_ est précédé d’un _r_; ou plutôt la liaison s’y fait si naturellement par l’_r_, qu’on n’a nul besoin d’en chercher une autre, qui est depuis longtemps condamnée.
C’est une chose dont on ne convaincra pas facilement la plupart des comédiens! Et je ne parle pas seulement des chanteurs, qui ne croiraient pas vibrer suffisamment s’ils ne criaient pas _Mor_(t) t_à l’impie_! La tradition est pareille à la Comédie-Française, mais elle n’en est pas meilleure, et _prendre par_(t) t_à_, qu’on y entend, ne saurait pas plus passer que _par_(t) t_à deux_, qui serait grotesque.
De même, avec un _d_, _bavar_(d) _impudent_, _regar_(d) e_ffaré_, _abor_(d) _aimable_, _sour_(d) _et muet_, et aussi bien avec un _t_, _ar_t _exquis_ ou même _ar_(t) _oratoire_, _un quar_(t) _au moins_, un _rempar_(t) _infranchissable_, _déser_(t) _immense_, _por_(t) _ouvert_, _ver_(t) _et bleu_, et à fortiori _le sor_(t) _en est jeté_, ne sauraient admettre de liaison en aucune circonstance et sous aucun prétexte.
Même si l’adjectif est devant le substantif, mieux vaut ne pas lier: _un for_(t) _avantage_, _un cour_(t) _espace de temps_. Il en est de même des verbes: _il par_(t) _au matin_, _il conquier_(t) _un empire_, _il est mor_(t) _avant l’âge_.
Ainsi la règle est presque absolue aujourd’hui et on n’y fait plus que fort peu d’exceptions.
L’usage s’est généralisé peu à peu de lier le _t_ de l’adverbe _fort_, par analogie avec _trop_, _tant_ et les autres; on dit donc aujourd’hui généralement _for_(t) t_habile_ ou _for_(t) t_aimable_, mais jamais _le for_(t) t_et le faible_, ni _le plus for_(t) t_en est fait_, ni même _for_(t) t_en gueule_[925].
On lie aussi le _t_, bien entendu, dans les formes interrogatives, qui d’ailleurs sont de moins en moins usitées: _par_(t)-t_il_? _d’où sor_(t)-t_il_? On peut même dire _cela ne ser_(t) t_à rien_, pour éviter la cacophonie de _rarien_, mais jamais _qui ser_(t) t_à table_.
Enfin on dit généralement de la _mor_(t) t_aux rats_, pour le même motif[926].
C’est à peu près tout. Je ne conseille même pas plus _par rappor_(t) t_à_ et _de par_(t) t_et d’autre_, qui se disent très souvent, que _de par_(t) t_en par_(t), qui est devenu fort rare, ou _bor_(d) t_à bord_, _mor_(t) t_ou vif_, _souffrir mor_(t) t_et passion_, _à tor_(t) t_et à travers_, qui ne se disent jamais.
On ne dit pas non plus _du nor_(d) t_au midi_; mais beaucoup de personnes disent _nor_(d)-d_est_ et _nor_(d)-d_ouest_, sans doute par analogie avec _su_d_-est_ et _su_d_-ouest_. Cette assimilation, d’ailleurs fort ancienne, est extrêmement contestable, car le _d_ de _su_d se prononce toujours, et celui de _nor_(d) jamais; aussi le _d_ de _su_d reste-t-il _d_ dans _su_d_-ouest_, fort légitimement; mais à quel titre le _d_ de _nord_ peut-il se prononcer _d_ dans _nor_(d)_-ouest_ ou _nor_(d)_-est_? Sans doute il est possible de traiter le mot composé comme un mot simple, et il est vrai que les marins disent aussi _nordet_, par analogie avec _sudet_; mais en revanche ils disent _noroit_, et même _suroit_, ce qui est remarquable. Je conclus qu’il vaut mieux prononcer _nor_(d)_-ouest_, ce qui entraîne à peu près nécessairement _nor_(d)_-est_.
_LIAISONS DES SPIRANTES_
1º Les chuintantes et les fricatives.
Les _chuintantes_, n’étant jamais muettes à la fin d’un mot, n’ont pas de liaisons.
Les _fricatives_ n’en ont pas davantage. Pourtant il y a une exception, reste de l’ancienne liaison de l’_f_ avec changement en _v_[927]. Voici dans quel cas. Nous avons vu que _neuf_ se prononçait _neu_ fermé sans _f_ devant un pluriel, ce qui doit amener régulièrement une liaison si ce pluriel commence par une voyelle. Or, dans cette liaison, l’_f_ devrait se changer en _v_, comme dans _neu_v_aine_ et _neu_v_ième_. Mais ce phénomène ne se retrouve guère en réalité que dans deux expressions, d’ailleurs extrêmement usitées, et qui pour ce motif se conservent intactes: d’une part, _neu_(f) v_ans_, _dix-neu_(f) v_ans_, etc., d’autre part, _neu_(f) v_heures_. C’est à peu près tout: à peine peut-on dire _neu_(f) v_hommes_; en tout cas il est bien difficile aujourd’hui de dire _neu_(f) v_œufs_ ou _neu_(f) v_enfants_; c’est pourquoi, devant la plupart des pluriels commençant par une voyelle, la liaison, si c’est une liaison, se fait généralement par _f_; plus exactement, on prononce _neu_f, comme si le mot qui suit n’était pas un pluriel: _neu_f _amis_, et même _neu_f _années_, à côté de _neu_(f) v_ans_[928].
2º Les sifflantes, S, X, Z.
Restent les _sifflantes_, _s_ et _z_, et aussi _x_, partout où il remplace l’_s_, c’est-à-dire partout où il ne se prononce pas.
Le cas des sifflantes est au moins aussi important que celui des dentales, et demande à être aussi étudié de près.
Là encore il y a beaucoup de liaisons qui, nécessaires en vers, sont facultatives en prose, d’autres qui sont encore obligatoires partout ou interdites partout.
De plus, les principes généraux sont sur beaucoup de points les mêmes que pour les dentales, ce qui nous permettra de passer plus rapidement sur ces points.
J’ajoute que la liaison se fait toujours en _s_ doux ou _z_: c’est un cas particulier de la prononciation de l’_s_ entre deux voyelles. Le phénomène est si général et si nécessaire, que l’_s_ dur qui sonne à la fin des mots s’adoucit couramment devant une voyelle, quand les mots sont liés par le sens: on dit beaucoup moins _fi_(ls) s_unique_ que _fi_(ls) z_unique_[929].
I. =Les différentes espèces de mots.=--Comme pour le _t_, les _substantifs_ en principe ne se lient guère qu’en vers ou dans la lecture; je parle bien entendu des substantifs singuliers, le pluriel étant l’objet d’un examen spécial.
Même des expressions aussi courantes que la _voix humaine_, _le temps est beau_, ou même un _avis important_, qu’on peut encore lier si l’on veut, s’emploieront plutôt sans liaison dans la conversation courante[930].
La liaison n’est plus guère nécessaire que dans les expressions toutes faites, comme _pa_(s) z_à pas_, _au pi_(s) z_aller_, _de temp_(s) z_en temp_(s), _de temp_(s) z_à autre_, _en temp_(s) z_et lieu_, _do_(s) z_à dos_, _do_(s) z_au feu et ventre à table_, ou encore _la pai_(x) z_et la guerre_, pour éviter un hiatus désagréable. En revanche, il y a des substantifs qui n’admettent jamais aucune liaison, comme _noix_, _nez_ ou _riz_: _ne_(z) _aquilin_, _ne_(z) _au vent_, _nez à ne_(z), _ri_(z) _au lait_.
On peut même dire que tous les noms propres sont dans ce cas: c’est à peine si l’on pourrait dire, dans la conversation, _Pari_(s) z_est grand_.
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Les _adjectifs_ se lient aussi dans les mêmes conditions que pour le _t_, mais il y en a beaucoup moins. On dira donc _ba_s z_étage_ toujours, ou encore _gra_s z_à lard_; mais _ba_(s) z_et profond_ dans la lecture seulement, _ba_(s) _et profond_ dans la langue parlée.
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Il en est de même encore pour les _verbes_. Dans les formes les plus courantes, la liaison est indispensable, et l’on ne conçoit guère les formes des verbes _être_ et _avoir_ sans liaison. Et pourtant elle est déjà moins indispensable dans l’usage à la suite de _nous avons_ et _vous avez_ qu’avec les monosyllabes du singulier, _je suis_, _tu es_, _tu as_, et aussi _nous sommes_, _vous êtes_; elle est même moins indispensable après _tu as_ qu’après _tu es_[931].
Elle est encore évidemment nécessaire devant _y_ et _en_ toniques: _va_(s)-z_y_, _alle_(z)-z_y_, et même avec _e muet_: _songe_(s)-z_y bien_, _donne_(s)-z_en_[932].
La liaison est un peu moins nécessaire, mais c’est encore la prononciation correcte, comme pour le _t_, devant _y_ et _en_ atones, et devant un infinitif: _je veu_(x) z_aller_, _je veu_(x) z_y aller_ ou _vous aime_(z) z_à rire_; moins encore dans _tu va_(s) z_en Suisse_, ou _en_ est préposition. Pourtant beaucoup de personnes diront très naturellement _si tu va_(s) z_à Paris_, pour éviter l’hiatus désagréable de deux voyelles identiques, mais ce n’est point indispensable; pas davantage dans _je rend_(s) _à César_ ou _rende_(z) _à César_. On parlera plus loin des formes à _e muet_ suivi d’un _s_.
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La liaison est encore nécessaire avec les prépositions monosyllabiques, _dans_, _dès_, _sans_, _chez_, _sous_, devant leurs régimes[933]: _dan_(s) z_un jour_, _san_(s) z_amour_, _che_(z) z_elle_, _sou_(s) z_un arbre_; elle est un peu moins indispensable avec _après_ ou _depuis_. Elle est réservée à la lecture avec _ci-inclus_, _non compris_ ou même _hormis_, tout à fait inusitée avec _hors_, _vers_, _envers_, _à travers_, dont nous parlerons tout à l’heure.
La liaison doit se faire aussi correctement avec les mots négatifs _pas_, _plus_, _jamais_, si peu qu’ils soient liés au mot suivant: _je n’aime pa_(s) z_à boire_, _nous n’irons plu_(s) z_au bois_, _jamai_(s) z_on a vu_; de même avec les adverbes de quantité _plus_, _moins_, _très_, _assez_, portant sur le mot qui suit: _plu_(s) z_aimable_, _moin_(s) z_il en fait_, et même, en vers, _asse_(z) z_et trop longtemps_.
Elle se fait naturellement dans des expressions composées, comme _de mieu_(x) z_en mieux_, _de plu_(s) z_en plus_, _de moin_(s) z_en moins_, voire même, si l’on veut, _d’ore_(s) z_et déjà_, sans parler de _vi_(s)-z_à-vis_.
D’autres adverbes, comme _autrefois_, _parfois_, _quelquefois_, _désormais_, _longtemps_, _puis_, se lient encore très correctement, mais plutôt dans la lecture.
La conjonction _mais_ se lie fort bien aussi, même par-dessus une virgule, car les conjonctions monosyllabiques, à moins qu’on ne veuille produire un effet spécial, ne se séparent guère des mots qui les suivent:
_Mai_(s), z_en_ disant cela, songez-vous, je vous prie...[934].
II. =Les pluriels.=--Mais le rôle principal de la liaison ici, celui qu’elle paraît devoir jouer pendant longtemps encore, c’est de marquer le pluriel. Sur ce point, elle ne fléchit guère.
C’est pour cela que les articles pluriels, _les_, _des_, _aux_, ainsi que _ces_, les adjectifs possessifs ou indéfinis, _mes_, _les_, _ses_, _nos_, _vos_, _leurs_, _certains_, _plusieurs_, etc., les adjectifs numéraux, _deux_, _trois_, _six_, _dix_, _quatre-vingt_, se lient encore sans exception, devant un substantif, bien entendu, même précédé de son adjectif: _le_(s) z_amis_, _ce_(s) z_hommes_, _certain_(s) z_auteurs_, _plusieur_(s) z_autres personnes_, _deu_(x) z_aimables personnes_, et même _deu_(x) z_ix_(x) ou _troi_(s) z_em_ (m), et aussi, avec double liaison, _ce_(s) z_aimable_(s) z_enfants_.
Ces liaisons sont si nécessaires que le peuple ajoute volontiers _quatre_ à _deux_, _trois_, _six_ et _dix_: _le bal des Quat_(re) z_Arts_ et même _par quatre_ z_officiers_.
Que dis-je? L’expression _entre quat_(re) z_yeux_ a été l’objet de nombreuses discussions, beaucoup de grammairiens, et notamment Littré, l’ayant admise. Et il est certain que _entre quatre yeux_ est difficile à prononcer, mais _entre quat’yeux_ serait encore plus facile que _entre quat’zyeux_; ce n’est donc pas pour son euphonie que cette expression s’est répandue. En réalité, ce n’est même pas une question de liaison: l’expression vient tout simplement de ce que pour le peuple le mot _œil_ n’a pas d’autre pluriel que _zyeux_, et non _yeux_, qu’il ignore[935].
Si ces mots ne sont pas suivis d’un substantif, la liaison ne se fait plus dans la conversation: ainsi _plusieur_(s) _ont prétendu_, où _plusieurs_ devient pronom; de même _deu_(x) et _deux quatre, troi_(s) et _trois six, ceu_(x) _et celles_, toutes liaisons qui se font fort bien dans la lecture. On peut bien lier aussi _troi_(s) z_avril_, quoique ce soit tout autre chose que _troi_(s) z_ans_; mais ce sera uniquement pour éviter un hiatus désagréable; et l’on dira plus naturellement _deu_(x) _avril_, sans liaison.
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Les pronoms personnels _nous_, _vous_, _ils_, _elles_, et même _les_, devant les verbes ou devant _en_ et _y_, sont à peu près dans la même situation que les adjectifs devant les substantifs. Aussi lie-t-on nécessairement: _nou_(s) z_avons dit, je vou_(s) z_ai vu_, _elle_(s) z_ont fait_, _elle_(s) z_en ont_, _elle_(s) z_y vont_, _je le_(s) z_attends_.
Mais quand ces mots ne sont pas dans cette position, ils ne se lient plus dans la conversation: _pour vou_(s) _et pour nous_, _donne-le_(s) _à mon père_; _donne-le_(s) z_à mon père_ semble tout à fait prétentieux. _Eux_ lui-même ne se lie pas devant le verbe, parce qu’il n’est pas proclitique comme _ils_: _eu_(x) _ont été à Paris_. Toutes ces liaisons se font naturellement dans la lecture.
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Il va sans dire que l’_adjectif_ se lie avec le substantif qui le suit, puisque cette liaison se fait déjà au singulier; mais même les mots qui ne se lient pas au singulier, _adjectifs_ ou _substantifs_, peuvent se lier au pluriel: _grand_(s) z_et forts_, _les saint_(s) z_ont dit_, _les second_(s) z_ont fait_, et aussi _des gen_(s) z_âgés_.
Et ceci pourra servir à l’occasion à marquer une différence de sens, car on distinguera correctement _un marchand de drap_(s) z_anglais_, où _anglais_ est l’épithète de _draps_, et _un marchand de drap_(s) _anglais_, où _anglais_ est l’épithète de _marchand_.
Cette liaison est particulièrement nécessaire dans les mots ou expressions composées qui n’ont pas de singulier comme _Cham_(ps)-z_Élysées_ ou _Éta_(ts)-z_Unis_[936].
Il y a toutefois des mots qui ne pourraient pas supporter la liaison: _on a vu des match_(s) _admirables_[937]. Mais la tendance générale est si forte qu’on ajoute parfois l’_s_ doux même à l’_s_ dur: _les mœur_s z_antiques_, ce qui mène à _mœurse zantiques_.
En pareil cas, c’est l’_s_ dur qui doit prévaloir, bien entendu: puisque l’_s_ final sonne partout, il doit sonner devant une voyelle comme devant une consonne. On dira donc de préférence des _our_(s) s_affamés_, puisqu’on ne dit plus des _our_(s), et de même _des fil_(s) s_aimables_.
On préfère cependant _tou_(s) z_ensemble_, pour éviter la cacophonie de _sansan_. L’_s de tous_ a d’ailleurs une tendance à s’adoucir devant une voyelle, ne fût-ce que par analogie avec celui de _tou_(s) atone et proclitique, qui est forcément doux: _à tou_(s) z_égards_, ceci étant un cas ordinaire de liaison.
Et voici encore une remarque curieuse. De ce que les substantifs et adjectifs qui ne se lient pas au singulier peuvent se lier au pluriel, il résulte cette conséquence inattendue, que les mots qui ont déjà un _s_ final au singulier, et qui, au singulier, ne se lient pas dans la conversation, peuvent le faire au pluriel: _un ca_(s) _intéressant_, _des ca_(s) z_intéressants_, _un repa_(s) _excellent_, _des repa_(s) z_excellents_[938].
On voit même l’_s_ s’intercaler et se lier _nécessairement_ dans _genti_(ls)z_hommes_, soit parce qu’il ne fait qu’un mot, soit par analogie avec _grand_(s) z_hommes_[939].
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La liaison est également nécessaire quand une des conjonctions _et_, _ou_, unit deux substantifs sans article entre eux; et cela non seulement dans les expressions toutes faites qui ont un article en tête, comme _les pont_(s) z_et chaussées_, _les voie_(s) z_et moyens_, _les voie_(s) z_et communications_, mais même entre deux substantifs quelconques sans aucun article, comme _vertu_(s) z_et vices_, _leçon_(s) z_ou devoirs_, _vin_(s) z_et liqueurs_: outre que le lien est ainsi plus étroit, la liaison est nécessaire pour marquer le pluriel en l’absence d’article.
Quand il y a deux articles, la liaison avec la conjonction reste correcte, mais n’est plus nécessaire. On peut donc dire _les messieur_(s) z_et les dames_, ou plus simplement _les messieur_(s) _et les dames_, tout comme _messieur_(s) _un tel et un tel_[940].
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Au contraire, les mots composés ordinaires, j’entends ceux qui ont un singulier[941], sont traités comme les mots simples, et ne peuvent marquer leur pluriel qu’à la fin. Ainsi l’_s_ intérieur du pluriel, quand il y en a un, et même s’il n’y en a pas d’autre, ne s’y prononce jamais, le pluriel se prononçant alors comme le singulier. On dira donc, sans exception, _des orang_(s)-_outangs_, _des char_(s)-_à-bancs_, et tout aussi bien _des ar_(cs)-k_en-ciel_, _des cro_(cs)-k_enjambe_, _des por_(cs)-k_épics_, des _gue_(ts)-t_apens_, _des po_(ts)-t_au-feu_, la consonne _c_ ou _t_ de ces mots, qui en fait sert d’initiale à la seconde syllabe, ne permettant pas l’introduction de l’_s_[942].
On dira même de préférence _les du_(cs) k_et pairs_, parce que _duc_(s) z_et pairs_ ferait supposer qu’il s’agit de deux catégories distinctes. On dira de même sans liaison _des moulin_(s) _à vent_, _des ciseau_(x) _à froid_, _des salle_(s) _à manger_[943]. Dans l’exemple de _salle_(s) _à manger_, nous retrouvons encore la question de l’_e muet_, qu’il faut traiter à part.
III. =L’S après l’E muet.=--En principe, l’_e muet_ a une tendance naturelle à s’élider sans liaison, quand il est suivi d’un _s_. Il est même assez rare que le peuple fasse la liaison de l’_s_ après un _e muet_; il va jusqu’à dire _elle_(s) _ont fait_ ou _vous ête_(s) _un brave homme_.
Pourtant l’_s_ du pronom _elles_ ne peut pas correctement ne pas se lier. Il en est de même, nous l’avons dit, des impératifs devant _en_ et _y_: _donne_(s)-z_en_, _songe_(s)-z_y bien_; et aussi des formes verbales monosyllabiques si usitées, _sommes_ et _êtes_: _nous somm_(es) z_amis_, _vous ête_(s) z_un brave homme_.
Il y a encore deux formes verbales pareilles, _dites_ et _faites_, qui sont dans le même cas: _dite_(s) z_un mot_, _vous faite_(s) z_un beau travail_; on est peutêtre un peu moins exigeant pour _dites_ que pour _faites_, mais ce n’est qu’une nuance[944].
On ne peut pas non plus ne pas lier l’adjectif pluriel placé devant le substantif: _jeune_(s) z_années_. On liera même très bien le substantif pluriel avec l’adjectif qui suit: _les Inde_(s) z_occidentales_, _les Pyrénée_(s)-z_Orientales_, qui sont d’ailleurs un mot composé, _les femme_(s) z_anglaises_[945]; et l’on pourra distinguer aussi _une fabrique d’arme_(s) z_anglaises_, où l’épithète qualifie _armes_, et _une fabrique d’arme_(s) _anglaise_, où l’épithète qualifie _fabrique_.
On dira aussi, sans article, _homme_(s) z_et femmes_, _femme_(s) z_ou enfants_, _sage_(s) z_et fous_, et la liaison restera possible avec l’article, sans être nécessaire.