Part 15
I.--_Les mots à_ =_l_= _simple_ ont gardé leur _l_ dans la prononciation ou l’ont repris s’ils l’avaient perdu. Ce sont: l’adjectif numéral _mi_l; des adjectifs venus d’adjectifs latins en _-ilis_, _puéri_l, _viri_l, _volati_l, _subti_l, _bissexti_l, _vi_l, _civi_l; le vieux pronom _ci_l; des substantifs également venus du latin: _fi_l (avec _profi_l et _morfi_l), _si_l, _exi_l, _pisti_l; et quelques mots étrangers, _ani_l, _tori_l, _alguazi_l, avec _béry_l[636].
II.--_Les mots à_ _=l=_ _mouillé_, d’origines variées ou inconnues, se sont au contraire tous altérés. Car autrefois l’_l_ final unique se mouillait fort bien[637]; mais cette prononciation a disparu progressivement, soit par l’affaiblissement du son mouillé, qui a amené la chute de la consonne, soit par changement de l’_l_ mouillé en _l_ simple[638]. Cette seconde catégorie se divise donc elle-même en deux groupes:
1º Dans la plupart des mots, on ne prononce plus l’_l_ depuis longtemps: ce sont _bari_(l), _charti_(l), _cheni_(l), _courbari_(l), _courti_(l), _couti_(l), _douzi_(l) ou _doisi_(l), _feni_(l), _fourni_(l), _fraisi_(l), _fusi_(l), _genti_(l), _nombri_(l), _outi_(l), _sourci_(l), et plus récemment _persi_(l), malgré le voisinage de formes mouillées toujours usitées, comme _bari_ll_et_, _outi_ll_er_, _fusi_ll_er_, _sourci_ll_er_, etc.[639].
_Genti_(l), qui appartenait d’abord à la première catégorie, à _l_ sonore (latin _gentilis_), est passé ensuite à la seconde, _avec_ _=l=_ _mouillé_, après quoi il a également amui son _l_[640]; toutefois, au singulier de _gentilhomme_, un _yod_ est demeuré nécessairement entre l’_i_ et l’_o_ (gentiyom).
2º Au contraire, _ci_l, _péni_l, _brési_l, _torti_l (pour _tortis_, sous l’influence de _torti_ll_er_), ont passé au groupe des mots à _l_ non mouillé; _péri_l aussi, quoiqu’il y ait encore quelques exceptions; _avri_l de même, après s’être prononcé _avri_ au XVIIᵉ siècle, et _avriy_ au commencement du XIXᵉ.
Il n’y a plus d’hésitation que pour quatre substantifs: _babil_, _grésil_, _gril_ et _mil_ (avec _grémil_). Non qu’on puisse y conserver le son mouillé, ou plutôt le _yod_, car il s’y entend de moins en moins, et ne saurait tarder à disparaître, malgré le voisinage de formes mouillées, comme _babi_ll_er_, _grési_ll_er_, _gri_ll_er_: la seule question est de savoir s’ils se prononceront définitivement avec ou sans _l_, car les deux coexistent. Il est probable que le son _il_ l’emportera dans _mi_l et _babi_l, comme dans _péri_l et _avri_l. Mais _grési_(l), et surtout _gri_(l), sans _l_, paraissent avoir des chances sérieuses[641].
2º L’L intérieur.
_Dans le corps des mots_, l’_=l=_ se prononce aujourd’hui partout, notamment dans _pou_l_pe_, _sou_l_te_ et _indu_l_t_, où il a revécu, grâce à l’orthographe, après une éclipse plus ou moins longue[642]. Il faut excepter _fi_(l)_s_ et _au_(l)_x_, pluriel de _ail_[643]. Je ne parle pas de _au_(l)_ne_, qui a cédé la place à _aune_, ni de _fau_(l)_x_, graphie assez ridicule pour _faux_, adoptée néanmoins par V. Hugo et quelques poètes, de ceux qui prétendent aussi écrire _lys_ pour _lis_[644].
Dans le parler populaire ou simplement rapide, l’_l_ intérieur tombe souvent, mais il sera bon de faire un petit effort pour le conserver. Ainsi, dans les mots en =_-lier_=, le peuple fait souvent tomber l’_l_, et prononce par exemple _escayer_, et surtout _souyer_, et cela depuis des siècles; de même _bi-yeux_ et _mi-yeu_, pour _bi-lieux_ et _mi-lieu_, _un yard_ pour _un liard_. Il faut éviter avec soin cette prononciation, et ne pas confondre _sou_-l_ier_ avec _souiller_ (souyé), quoique ces mots puissent parfaitement rimer ensemble[645].
Il n’en est pas tout à fait de même de _que_(l)_qu’un_, et surtout _que_(l)_qu_(e)_s-uns_, _que_(l)_qu’ chose_, et _que_(l)_qu’ fois_, qu’on entend le plus ordinairement dans la conversation courante, et cela depuis des siècles. Cette prononciation, parfaitement conforme au génie de la langue, qui admet mal le groupe _lq_, ne saurait être condamnée rigoureusement; mais ce n’est tout de même pas une raison pour la conseiller à l’exclusion de toute autre, comme le font les phonéticiens purs?
Où ira-t-on, si l’on entre dans cette voie? On dit aussi, dans la conversation, _capab_(le), _impossib_(le), _discip_(le), _muf_(le), au moins quand on parle vite, et surtout devant une consonne, nous l’avons vu à propos de l’_e muet_, et même quelquefois sans cela. Mais que ne dit-on pas? On dit non seulement _c_(el)_a_, qui est admis, mais _c_(el)_ui qui_ et _c_(el)_ui-ci_[646]; et aussi _j_(e l)_ui ai dit_, et même _j_(e lu)_i ai dit_; et non seulement _i_(l) _vient_, ou _ainsi soit-i_(l), mais aussi _e_(lle) _vient_ ou _e_(lle) _n’ vient pas_ (voire _a vient_!); et aussi _que_(l) _sale métier_, et (il) _y a du bon_, et (il n’)_y en a plus_ (ou _pus_); et non seulement _s’i_(l) _vous plaît_, mais _s’i_(l v)_ous plaît_[647], et _s’_(il v)_ous plaît_, et même _s’_(il) _te plaît_ et _s’_(il vous) _plaît_. Tout cela est admissible, ou du moins tolérable, à la grande rigueur. Mais va-t-on le conseiller aussi[648]?
Assurément, si l’on disait toujours _que_(l)_qu’ fois_, il faudrait bien en passer par là, et nos phonéticiens auraient raison; mais il s’en faut bien qu’on le dise toujours, pas plus qu’on ne dit toujours _çà_ pour _cela_: ces choses-là dépendent des lieux et des personnes à qui l’on parle. De telles formes sont donc simplement tolérables dans la conversation familière, mais nullement à proposer comme modèles[649].
3º L’L double après un i.
L’_l double_ se prononce, suivant les cas, de trois manières, comme un _l_ simple, comme deux _l_, et comme l’_l_ mouillé: c’est-à-dire bien entendu le _yod_.
Quand l’_l_ double est final, il se prononce simple, comme les autres consonnes, même après _i_: _bi_l(l) et _mandri_l(l), comme _footbal_(l) ou _atol_(l). C’est donc une erreur de mouiller _mandril_(l).
Quand l’_l_ double n’est pas final, sa prononciation dépend d’abord de la voyelle qui précède, suivant que cette voyelle est ou n’est pas un _i_, car si c’est un _i_, l’_l_ double est généralement mouillé.
* * * * *
L’_l_ double est d’abord mouillé, sans exception, dans les groupes _-aill-_, _-eill-_, _-euill-_, _-ouill-_, à commencer par les finales muettes en _=-aille=_, _=-eille=_, _=-euille=_ et _=-ouille=_, qui correspondent aux finales masculines en _-ail_, _-eil_, _-euil_, _-ouil_: _éca_ille et _bata_ill_e_, _abe_ill_e_ et _ose_ill_e_, _feu_ill_e_ et _cue_ill_e_, _grenou_ill_e_, etc. Il en est de même dans le corps des mots, aussi bien qu’à la fin, d’autant plus que le groupe _=-ill-=_ intérieur dérive presque toujours d’une finale mouillée[650].
Ainsi l’addition de l’_i_ entre l’une des voyelles _a_, _e_, _ou_ et l’_l_ double supprime toute hésitation. C’est pourquoi la prononciation de _nouille_, autrefois écrit _noule_, a pu se fixer au son mouillé, tandis que _semoule_, longtemps mouillé, est retourné au son _oule_ non mouillé, par réaction orthographique et faute d’_i_.
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Le cas est moins simple quand le groupe _=-ill-=_ n’est pas précédé d’une voyelle, car alors l’_i_ se prononce, et la question de savoir si l’_l_ double est mouillé reste entière.
I. =Les finales muettes en ILLE.=--Ces finales sont presque toutes mouillées, comme les finales en _=-aille=_, _=-eille=_, _=-euille=_ et _=-ouille=_, étant donné que les finales non mouillées sont presque toutes en _=-ile=_ avec un seul _l_. Pourtant il y a des exceptions, quoiqu’elles tendent progressivement à disparaître, par l’effet de l’analogie[651].
1º Commençons par les verbes. On peut dire que _scinti_(l)_le_ non mouillé ne se défend plus guère; mais il n’y a pas si longtemps qu’il a mouillé ses _l_, et l’on conserve toujours à côté de lui _scinti_l-l_ation_, où les deux _l_ sont distincts.
Nous assistons actuellement à la transformation de _osci_(l)_le_ et _vaci_(l)_le_ en _osciye_ et _vaciye_, qui est bien près d’être achevée, surtout pour _vaci_(l)_le_, quoique _osci_l-l_ation_ et _vaci_l-l_ation_ soient aussi à peu près intacts. On doit encore conseiller _osci_(l)l_e_; on peut même conseiller _vaci_(l)l_e_, mais il ne faut pas se dissimuler que ce seront bientôt des archaïsmes. Et naturellement la conjugaison entière de ces verbes se trouve altérée de la même manière par réaction analogique.
Il y a encore un autre verbe qui est déjà touché légèrement, c’est _titi_(l)_le_.
Le seul verbe qui résiste absolument, parce qu’il est d’usage très courant, et même populaire, et appris par l’oreille autant que par l’œil, c’est _disti_(l)l_e_; on ne prononce même généralement qu’un _l_ dans _disti_(l)l_er_, et, par suite, _disti_(l)l_erie_ et _disti_(l)l_ation_.
2º En dehors des verbes, la prononciation non mouillée n’est guère plus répandue dans les finales en _=-ille=_. Cette prononciation ne se maintient que dans trois ou quatre mots extrêmement usités, ou, au contraire, dans un certain nombre de noms plus ou moins savants.
Les mots savants sont protégés précisément par un emploi assez restreint, ou du moins peu populaire: _papi_(l)l_e_, _pupi_(l)l_e_, _si_(l)l_e_, _sci_(l)l_e_, _baci_(l)l_e_, _vertici_(l)l_e_, _codici_(l)l_e_ et _myrti_(l)l_e_[652]. Les dictionnaires y ajoutent encore _fibri_(l)l_e_, mais ils feront bien de se corriger sur ce point. _Pupi_(l)l_e_ lui-même est déjà très atteint, et _myrti_(l)l_e_ n’est pas assez rare pour se défendre encore bien longtemps.
Mais, d’autre part, les mots d’usage tout à fait général et très courant se conservent plus sûrement encore que les mots savants, étant appris par l’oreille et non par l’œil; seulement ici ils sont tout juste trois, à savoir: deux adjectifs, _mi_(l)_le_ et _tranqui_(l)_le_[653], et un substantif, _vi_(l)_le_, avec _vaudevi_(l)_le_, dont l’étymologie est toujours contestée[654].
II. =Le groupe ILL intérieur.=--La finale en _=-ille=_ étant mouillée presque partout, toutes celles qui se rattachent plus ou moins à celle-là le sont également: _fusi_ll_ade_ et _outi_ll_age_, _sémi_ll_ant_ ou _bri_ll_anter_ (avec _casti_ll_an_ et _sévi_ll_an_), _corbi_ll_ard_ ou _babi_ll_arde_, _gaspi_ll_er_, _habi_ll_ement_ et _arti_ll_erie_, _bi_ll_et_ ou _fi_ll_ette_, _torpi_ll_eur_ et _péri_ll_eux_, _pavi_ll_on_, etc., et tous leurs dérivés.
Ont encore l’_l_ double mouillé quelques mots à finales plus rares: _ti_ll_ac_, _cabi_ll_aud_, _genti_ll_esse_, _ti_ll_eul_ et _fi_ll_eul_, _gri_ll_ot_, tous les mots qui commencent par _=quill-=_, ou encore des dérivés comme _bi_ll_ebaude_, et aussi _bi_ll_evesée_, sur qui les avis se partagent, bien à tort[655].
On peut y joindre l’_l_ double espagnol, notamment la finale _=-illa=_; malheureusement, à côté de _manzani_ll_a_, _guéri_ll_a_, _cuadri_ll_a_ ou _banderi_ll_ero_, qu’on prononce d’ordinaire correctement, on a trouvé plus savant et plus distingué de séparer les consonnes dans _chinchi_l-l_a_ (qui devient souvent _chinchi-la_) et _camari_l-l_a_: c’est une grave erreur, dont on pourrait bien aussi se corriger, puisque l’espagnol est toujours là[656].
On remarquera que la finale _=-ier=_, qu’on trouve dans un assez grand nombre de mots à la suite de l’_l_ double mouillé, ne change plus rien à la prononciation, qui est la même que si la finale était _=-er=_, de même qu’après _=gn=_: ainsi _quinca_illi_er_, _éca_illi_ère_, _vani_lli_er_, _manceni_lli_er_, _cornou_illi_er_, à côté de _ore_ill_er_, et _poula_ill_er_, qui avaient aussi un _i_, et l’ont perdu, tandis que les autres gardaient le leur. Au contraire, les finales verbales _=-ions=_ et _=-iez=_ ajoutent un _yod_ aux _ll_ mouillés, sans quoi il pourrait y avoir confusion de temps: _nous travaillions_ se prononce donc _nous trava_y-y_ons_, à côté du présent _trava_-y_ons_[657].
D’autre part, on a pu voir qu’il n’y avait point de finales mouillées après la voyelle _u_. Mais en _=-uille=_, cas particulier de _-ille_, nous connaissons déjà _aigui_ll_e_. On retrouve le même groupe _=ui=_ suivi de l’_l_ double mouillé dans _cui_ll_er_, et il est surprenant que l’_i_ ne se soit pas détaché de l’_u_ dans ce mot[658].
Au contraire, c’est _u_ qui se change en _ui_, très malencontreusement, et depuis bien longtemps, dans _ju-illet_, où l’_i_ ne devrait servir qu’à mouiller les _ll_, comme dans les finales en _-euille_ et _-ouille_. Ce qui le prouve bien, c’est que beaucoup de personnes prononcent encore _juliet_, qui est le faux mouillage: ce sont les mêmes qui prononcent _alieurs_. Mais la vraie prononciation est _ju-yet_[659].
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En somme, le groupe _=-ill-=_ est mouillé à peu près partout à l’intérieur des mots; les exceptions sont les suivantes:
1º Les dérivés de _vi_(l)l_e_, _tranqui_(l)l_e_ et _mi_(l)l_e_, à savoir: _vi_(l)l_age_, _vi_(l)l_ette_, avec _vi_l-l_a_ et _vi_l-l_égiature_, où sonnent deux _l_, comme dans les mots latins; _tranqui_(l)l_ité_, _tranqui_(l)l_iser_, _tranqui_(l)l_ement_; _mi_(l)l_ier_, _mi_(l)l_iard_, _mi_(l)l_ième_, _mi_(l)l_ion_, et aussi, par analogie, _bi_(l)l_ion_, _tri_(l)l_ion_, etc., avec _mi_l-l_énaire_, _mi_l-l_ésime_, _mi_l-l_imètre_, etc., où sonnent aussi deux _l_[660].
2º D’autre part, deux _l_ sonnent aussi, par conséquent sans mouillure, dans _pénici_l-l_é_, _vertici_l-l_é_, _sigi_l-l_é_, et les mots en _-illation_ et _-illaire_: _scinti_l-l_ation_, _capi_l-l_aire_ (et _capi_l-l_arité_), _anci_l-l_aire_, etc.; dans _pusi_l-l_anime_, dans _achi_l-l_ée_ et _achi_l-l_éide_[661].
3º De plus, en tête des mots, le préfixe _il-_ reste distinct devant un _l_: _i_l-l_uminé_, _i_l-l_égitime_, etc.; tout au plus peut-on réduire les deux _l_ à un, si l’on veut, dans _i_ll_ustration_, mais, en tout cas, on ne mouille jamais.
4º On ne prononce qu’un _l_ simple dans _li_(l)l_iputien_, qui a peu de chances de se mouiller, et dans _vi_(l)l_anelle_, qui est évidemment protégé par l’analogie de _vi_(l)l_e_ et _vi_(l)l_age_[662].
4º L’L double ailleurs qu’après un i.
Après une voyelle autre que _i_, l’_l_ double fait comme les autres consonnes, et se prononce comme un seul ou comme deux, suivant que le mot est plus ou moins usité. C’est le principe général, déjà vu ailleurs. Mais ici, _la prononciation double l’emporte de beaucoup_, et de nos jours plus qu’autrefois, soit que les mots soient plus savants, soit que l’habitude plus répandue du latin fasse conserver les _ll_, comme nous les conservons en latin[663]. Il n’y a rien d’ailleurs d’absolu, nous l’avons dit, et l’on prononce un _l_ ou deux dans beaucoup de mots, suivant qu’on parle plus ou moins vite.
C’est après un _a_ que l’_l_ double se réduit encore le plus souvent à un. Cela est indispensable dans _a_(l)l_er_, _a_(l)l_eu_, _a_(l)l_iance_, _a_(l)l_o_, _a_(l)l_onger_, _a_(l)l_otir_, _a_(l)l_umer_, _ba_(l)l_et_, _ba_(l)l_ot_, _ba_(l)l_ant_, _ba_(l)l_on_, _ca_(l)l_eux_ (à côté de _ca_l-l_osité_); _da_(l)l_er_, _fa_(l)l_oir_, _ga_(l)l_on_, _ha_(l)l_ali_, _insta_(l)l_er_, _va_(l)l_ée_, _va_(l)l_on_, et leurs familles. Il n’y a aucun inconvénient à en faire autant dans des mots aussi usités que _a_(l)l_aiter_, _a_(l)l_écher_, _a_(l)l_ouer_, et même _a_(l)l_egro_ ou _a_(l)l_egretto_, voire _a_(l)l_égresse_, _a_(l)l_éguer_, _a_(l)l_éger_, _ha_(l)l_ucination_, et quelques autres, encore que les deux _l_ s’y prononcent le plus souvent[664].
Après _e_, _o_, _u_, _y_, les deux _l_ se maintiennent mieux qu’après _a_.
Après _e_, ils ne se réduisent guère que dans _ce_(l)l_ier_, _ce_(l)l_ule_, _exce_(l)l_ent_, et, si l’on veut, dans _pe_(l)l_icule_, _rebe_(l)l_ion_ et _libe_(l)l_é_[665].
Dans les mots commençant par _=col-=_, les deux _l_ ne se réduisent régulièrement que dans _co_(l)l_er_, _co_(l)l_ège_, _co_(l)l_et_, _co_(l)l_ier_, _co_(l)l_ine_, _co_(l)l_ation_, et leurs parents, mais non pas dans les expressions savantes _co_l-l_ation des grades_ ou _co_l-l_ationner des registres_. Il n’y a d’ailleurs aucun inconvénient à y joindre _co_(l)l_ègue_, _co_(l)l_odion_ ou _co_(l)l_yre_, et quelques autres. On prononce aussi uniquement _do_(l)l_ar_, _fo_(l)l_et_, _mo_(l)l_et_, _mo_(l)l_ir_ et _mo_(l)l_usque_, et même, si l’on veut, _so_(l)l_icitude_[666].
Après _u_, ils ne se réduisent pas, sauf tout au plus dans _pu_(l)l_uler_, si l’on veut, ou _ébu_(l)l_ition_[667].
Après _y_, notamment, pour le préfixe _=syl-=_, la réduction est aussi rare que pour le préfixe _il-_.
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Si la tendance populaire, fort naturelle, était ici de réduire les deux _l_ à un seul, en revanche, il y a une autre tendance, également populaire, mais très fâcheuse, qui consiste au contraire à doubler l’_l_ après un pronom: _je_ ll’_ai vu_, _tu_ ll’_as dit_, _j’ te_ ll’_ai dit_. C’est sans doute par analogie avec _il l’a vu_, _il l’a dit_[668]. C’est un des plus anciens et des plus graves défauts de la prononciation parisienne, d’autant plus grave qu’il est extrêmement difficile à corriger.
En tête des mots, on trouve aussi l’_l_ double dans certaines langues, et c’est l’_l_ mouillé; mais _lloyd_ se francise avec _l_ simple, non mouillé[669].
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On a vu, plus haut, que _lh_ représentait dans le Midi l’_l_ mouillé. Ce groupe n’est pas passé dans le français; c’est donc le hasard seul qui a rapproché ces deux lettres dans _phi_l-(h)_ellène_ ou _phi_l-(h)_armonique_, où ils appartiennent à des éléments différents et ne sauraient se mouiller. On ne mouille pas non plus _si_l(h)_ouette_, qui vient d’un nom propre[670].
NOTE COMPLÉMENTAIRE.--On a vu que _il_ se prononçait partout _i_ autrefois, sauf devant une voyelle. C’est ce qui explique une faute d’orthographe qui était très fréquente alors (on la trouve dans Bossuet), et qui consistait à écrire _qui_ pour _qu’il_. On ne répétera jamais assez que c’est précisément à cette faute qu’est due la fortune d’une phrase fameuse de La Bruyère, qui nous paraît toujours surprenante et qu’on imite perpétuellement: _depuis plus de six mille ans qu’il y a des hommes_ et qui _pensent_. La Bruyère voulait dire _et qu’ils pensent_, pas autre chose: sa syntaxe, comme celle de tous ses contemporains, démontre sans contradiction possible que, pour justifier _et qui_, il eût fallu au moins une épithète à _hommes_.
M
1º L’M simple.
On a vu, au chapitre des nasales, qu’_à la fin des mots_ l’_=m=_ ne faisait jadis que nasaliser la voyelle précédente. Cette prononciation, purement française, a disparu progressivement. A part un petit nombre de mots[671], la prononciation étrangère ou latine a prévalu, les mots terminés en _m_ étant en effet presque tous étrangers ou latins: l’_m_ final y est donc séparé de la voyelle, et, par suite, s’y prononce: _madapola_m, _hare_m, _intéri_m, _albu_m[672].
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_Dans le corps des mots_, l’_m_ ne nasalise la voyelle qui précède que quand il est suivi lui-même d’une labiale _b_ ou _p_, ou dans le préfixe _em-_ (pour _en-_), suivi d’un _m_: _ambition_, _em-mener_, _simple_, _nymphe_, _compte_, etc., et aussi _comte_ et ses dérivés[673].
Devant toute autre consonne, l’_m_ se prononce à part: _ha_m_ster_, _déce_m_vir_, _triu_m_virat_[674].
D’autre part, dans le groupe _=mn=_ intérieur, l’_m_ avait cessé autrefois de se faire sentir, par assimilation de l’_m_ avec l’_n_[675]. Cette prononciation, qui a disparu dans la plupart des cas, s’est maintenue dans _da_(m)_ner_ et ses dérivés, ainsi que dans _auto_(m)_ne_, parce que le groupe _am_ ou _om_ s’est d’abord nasalisé: on entend parfois encore _d_an-_ner_. Mais on prononce aujourd’hui l’_m_ et l’_n_ dans _inde_m-ne, _ind_em-n_iser_ ou _inde_m-n_ité_[676], ainsi que dans _auto_m-n_al_, mot savant, aussi bien que dans _calo_m-n_ie_, _a_m-n_istie_, _o_m-n_ibus_ et tous les mots récents[677].
Le peuple laisse volontiers tomber l’_m_ dans les mots en _=-asme=_ et _=-isme=_: _cataplas_m_e_, _catéchis_m_e_, _rhumatis_m_e_; c’est une paresse dont il faut se garder avec soin[678].
2º L’M double.
L’_m double_, entre voyelles non caduques, subit toujours la distinction des mots très usités et des mots plus ou moins savants. Mais ici, plus qu’ailleurs, il y a lieu de faire attention à la voyelle qui précède.
On sait déjà qu’après _e_ initial (même devant un _e muet_), le premier _m_ ne fait que nasaliser la voyelle: c’est le préfixe _en_ qui se maintient en assimilant son _n_ à l’_m_ qui suit: _em_-m_ancher_, _em_-m_énager_, _em_m_ener_, etc., et par suite _rem_-m_ener_, etc.[679]. Mais on prononce deux _m_ dans _e_m-m_énagogue_, mot savant et récent. On n’en prononce qu’un dans les adverbes en _-emment_ (aman), mais deux dans _ge_m-m_ation_ et _pe_m-m_ican_[680].
Après _=a=_, _=i=_ et _=u=_, à part les adverbes en _-amment_, il est très rare qu’on ne prononce pas les deux _m_, sans doute parce que la plupart des mots sont des mots savants. _Épigra_(m)m_e_ même n’empêche pas _épigra_m-m_atique_. _Ga_(m)m_a_ est devenu _ga_m-m_a_. Il n’y a plus guère que _enfla_(m)m_er_, qui résiste absolument, et _gra_(m)m_aire_, qui résiste encore à moitié, mais on dit plutôt _gra_m-m_airien_, et à fortiori _gra_m-m_atical_, sans parler d’_infla_m-m_ation_. C’est à peine si on réduit encore parfois, quand on parle vite, les deux _m_ d’_i_m-m_ense_, _i_m-m_obile_, _i_m-m_oler_, _i_m-m_ortel_; mais pour tous les autres mots en _=im-=_, à peu près jamais[681].
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Cas particulier: beaucoup de personnes nasalisent le préfixe _im-_ dans _i_m-m_angeable_ et _i_m-m_anquable_. Assurément cela est soutenable, mais je ne crois pas que cette prononciation puisse prévaloir, par la raison qu’on ne nasalise pas le préfixe _=im-=_ dans _i_m-m_obile_ ou _i_m-m_odéré_, ni aucun autre de même formation. Sans doute il y a une différence, en ce que les autres mots sont tirés la plupart de formes latines et gardent la prononciation latine, tandis que ces deux-là sont formés directement sur des mots français, devant lesquels on met le préfixe. Mais _inébranlable_, _ineffaçable_, et beaucoup d’autres, sont dans le même cas, sans qu’on ait jamais songé à maintenir la nasale, comme on la maintient par exemple avec liaison dans _enorgueillir_. Il n’y a pas plus de raison pour prononcer _in_-m_angeable_ que pour prononcer _in_-n_effaçable_, et il est très naturel que ces deux mots suivent l’analogie, comme tous les autres[682].
Reste la voyelle _o_, dont le cas est tout différent. Il y a en effet un certain nombre de mots en _-omme_ très usités, dont les dérivés et composés, très usités aussi, ont dû conserver le son de l’_m_ unique: _co_(m)m_ent_, _ho_(m)m_age_, _po_(m)m_ier_, _po_(m)m_ade_, _so_(m)m_et_, _so_(m)m_ier_, _so_(m)m_meil_, etc., et les verbes _no_(m)m_er_, _so_(m)m_er_, _asso_(m)m_er_, _conso_(m)m_er_, avec _asso_(m)m_oir_. Mais déjà _so_m-m_ité_ ne se réduit plus guère; on dit souvent aussi _so_m-m_aire_ et plus encore _so_m-m_ation_[683].
Il reste encore, outre _do_(m)m_age_, les mots composés avec _com-_. Ici, il y a un peu plus de mots d’usage général que de mots plus ou moins savants: on prononce un _m_ dans _co_(m)m_ander_, _co_(m)m_encer_, _co_(m)m_ère_, _co_(m)m_erce_, _co_(m)m_ettre_, _co_(m)m_is_, _co_(m)m_ode_, _co_(m)m_un_ et même _co_(m)m_ende_ et tous leurs dérivés[684]; on en prononce deux dans _co_m-m_émorer_ et ses dérivés, _inco_m-m_ensurable_, _co_m-m_inatoire_, _co_m-m_odat_, _co_m-m_odore_, _co_m-m_otion_, _co_m-m_ittimus_, _co_m-m_uer_, _co_m-m_utateur_; de plus en plus aussi, malgré l’usage antérieur, dans _co_m-m_ensal_, _co_m-m_enter_, _co_m-m_entaire_, _co_m-m_isération_, souvent même dans _co_m-m_andite_, malgré _co_(m)m_ander_.
Toutefois les musiciens prononcent _co_(m)m_a_ et non _co_m-m_a_. Pour _commissure_ et _commissoire_, comme on ne peut pas doubler à la fois l’_m_ et l’_s_, il y a hésitation, mais on double plutôt l’_s_: _co(m)mi_s-s_ure_.
N
1º L’N simple.
L’_=n=_ est la consonne nasale par excellence.
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