Chroniques de J. Froissart, tome 11/13
Part 8
[302] La petite armée, 100 hommes d’armes et 300 archers, que Jean Bourchier avait amenée avec lui d’Angleterre en venant prendre le gouvernement de la ville de Gand (_Rec. Off._, _Queen’s Rem._, _Army_ 40/11; _Issue Rolls_ 209, m. 20; 210, m. 28) et qui, embarquée à Harwich, avait dû, sous la conduite de J. Orewell, passer par la Zélande pour arriver à Gand (_Rec. Off._, _Issue Rolls_ 209, m. 22), n’était pas suffisante pour fournir des renforts aux Gantois, maîtres de Damme depuis le 17 juillet, «qui villam illam jam noviter ceperunt» (_Rec. Off._, _French Rolls_ 330, m. 39). Aussi dès cette date Ackerman s’était-il adressé au roi d’Angleterre (_Rec. Off._, _Issue Rolls_ 209, m. 19, 20; 210, m. 6), qui était alors en Écosse. En l’absence du roi, le conseil n’en décide pas moins de renforcer les garnisons de Gand et de Damme, menacées par le roi de France. Des emprunts sont contractés à cet effet (_Ibid._ 210, m. 2, 23); des hommes et des bateaux sont retenus; des approvisionnements sont ordonnés par Robert Knolles, W. Walworth et Nic. Brembre, maire de Londres (_Ibid._ 209, m. 22, 25, 26; 210, m. 6, 9). Mais des retards se produisent, et Ackerman est forcé d’évacuer Damme.
Au bout d’un mois, il se lasse d’attendre, et, sous prétexte de surprendre l’armée française, il sort un soir de la ville avec sa compagnie de Gantois et s’achemine au plus vite vers Gand[303]. Les capitaines de Damme s’aperçoivent bientôt de la fuite d’Ackerman et entrent en pourparlers avec les gens du roi. P. 244, 245, 427, 428.
[303] C’est à Gavre qu’Ackerman se réfugie le 27 août (Meyer, fol. 204; _Ist. et cr._, t. II, p. 365).
Les Gantois qui veulent rejoindre Ackerman sont poursuivis, tués ou faits prisonniers[304]. Pendant ce temps, l’assaut est donné, et les Bretons et les Bourguignons entrent dans la ville. Dépités de ne pas y trouver le butin qu’ils espèrent, ils mettent le feu partout, malgré les ordres du roi et du duc de Bourgogne[305]. P. 245, 246, 428.
[304] La _Chronographia_ (t. III, p. 76) parle de 4,000 morts; on trouve ailleurs le chiffre de 600 (_Ist. et cr._, t. II, p. 365).
[305] Le roi entre à Damme le 30 août d’après Meyer (fol. 204), le 28 d’après la _Chronographia_ et le _Religieux de Saint-Denis_, le 27 d’après la _Chronique de P. Cochon_. La ville, après l’assaut, fut pillée et brûlée; les habitants furent égorgés en partie (_Relig. de Saint-Denis_, t. I, p. 376-379).
Après la prise de Damme, le roi se rend à Ertvelde[306], tout près de Gand, tandis que les gens d’armes, entrant sur le territoire des Quatre-Métiers, saccagent, pillent et brûlent les villages et les bourgs pour les punir de leur alliance avec les Gantois[307].
[306] Le roi séjourna à Ertvelde du 1er au 10 septembre. Pendant ce temps, ses troupes pillèrent, saccagèrent et brûlèrent tout le pays des Quatre-Métiers. Les forteresses, entre autres celle d’Ertvelde, furent abattues (Meyer, fol. 204; _Ist. et cr._, t. II, p. 366) et de nombreuses exécutions furent faites sans pouvoir réussir à abaisser l’orgueil des Flamands (_Relig. de Saint-Denis_, t. I, p. 380-385). Quelques chevaliers français, s’étant avancés jusqu’à Gand, risquèrent d’être noyés par les inondations produites par la destruction des écluses (_Chr. des Quatre Valois_, p. 312; _Chr. de P. Cochon_, p. 178).
[307] D’Ertvelde, le 7 septembre, le roi écrivit de nouveau aux Gantois pour les engager à faire leur soumission au duc de Bourgogne, leur promettant le pardon et le maintien de leurs franchises (trad. fr. de l’original flamand, publiée par Kervyn, t. X, p. 562-563).
Cela fait, on doit se diriger sur Gavre, puis sur Gand. Mais, pendant le séjour du roi à Ertvelde, une ambassade hongroise, conduite par Jean, évêque de Warasdin, vient chercher le nouveau roi de Hongrie, Louis de Valois, frère du roi, qui vient d’épouser par procuration Marie de Hongrie[308]. On se hâte d’interrompre l’expédition pour rentrer à Paris. P. 246, 247, 428, 429.
[308] Le 3 septembre, pendant son séjour à Ertvelde (_Ist. et cr._, t. II, p. 352), le roi reçut de la reine de Hongrie, qui cherchait un appui contre Charles de Durazzo, une nombreuse ambassade composée de trois ducs, deux comtes, deux évêques accompagnés de 400 chevaux (_Chr. de P. Cochon_, p. 178); Meyer parle seulement d’un évêque, d’un duc et de deux comtes (fol. 205). Cette ambassade apportait au jeune prince Louis, frère du roi, la couronne de Hongrie (_Ist. et cr._, t. II, p. 365) que lui donnait son mariage avec Marie de Hongrie. Voy. plus haut, p. LVI, note 279.
Le 12 septembre, le roi quitte Ertvelde et licencie l’armée, sans faire le siège de Gand; il passe par Creil[309], où il rencontre la reine; il arrive enfin à Paris[310] et préside au départ de son frère Louis pour la Hongrie[311]. P. 247, 248, 429.
[309] C’est le 10 septembre que le roi quitte Ertvelde; il est le 15 à Lille, le 17 à Arras, le 25 à Creil (_Séjours_, p. 27).
[310] Le roi n’arrive à Paris que le 28, ayant passé par Luzarches et Saint-Denis.
[311] Un passage assez obscur de la _Chronique de P. Cochon_ (p. 178) a fait supposer à M. Jarry (_loc. cit._, p. 23) que le prince Louis avait quitté Paris le 17 septembre pour se rendre en Hongrie. La chose semblait tout d’abord assez invraisemblable, puisqu’à cette date le roi, qui voulait présider au départ de son frère, n’était pas encore de retour; elle devient inadmissible, si l’on remarque que, le mardi 3 octobre, à Paris le duc de Bourgogne «donne a mangier a mons. de Valois et aux chevaliers de Hongrie» (_Itinéraires_, p. 181). Il est permis de supposer que le roi, le prince Louis et le duc de Bourgogne, après avoir quitté Paris le 18 octobre sur la nouvelle encore assez vague du mariage de Sigismond et de Marie de Hongrie, firent route ensemble jusqu’à Troyes, où ils restèrent du 29 octobre au 7 novembre, attendant la confirmation de cet événement. Ils étaient de retour à Paris le 23 novembre.
Le mariage fictif de Louis de Valois ne laisse pas de porter ombrage à l’empereur Wenceslas, qui, depuis longtemps[312], a jeté les yeux sur Marie de Hongrie pour en faire la femme de son frère Sigismond[313], marquis de Brandebourg. Soutenu par un parti assez important en Hongrie, il force par les armes la reine Élisabeth à lui donner en mariage sa fille, la reine Marie. P. 248 à 250, 429, 430.
[312] Voy. plus haut, p. LVI, note 278.
[313] Le prince _Sigismond_ (et non _Henri_, comme le nomme Froissart) surprit avec 20,000 hommes la reine Élisabeth et sa fille Marie dans un château où elles s’étaient réfugiées et leur arracha une promesse de mariage (_Ist. et cr._, t. II, p. 366 et 387; Jarry, _loc. cit._, p. 23).
Cette nouvelle parvient à Troyes au comte de Valois, qui, déjà, s’achemine vers son nouveau royaume[314]. Il retourne aussitôt à Paris, tandis que les ambassadeurs hongrois qui l’accompagnent se dirigent vers leur pays, tout surpris par ces événements[315]. On se console facilement de l’échec de ce mariage, en pensant combien lointaine est la Hongrie et combien préférable est une union avec l’héritière du seigneur de Milan, Valentine Visconti[316]. P. 250, 251, 430.
[314] La nouvelle prématurée du mariage de Sigismond et de Marie de Hongrie, qui n’eut toutefois lieu qu’en juin 1386, arriva à la cour de France le 16 octobre 1385 (_Chronographia_, t. III, p. 77). Voy. plus haut, p. LXII, note 311.
[315] La _Chronique de P. Cochon_ (p. 178) fait allusion à l’impression des ambassadeurs hongrois, «qui s’en rallerent... tous courchiez.»
[316] On ne s’occupa pas effectivement des nouvelles fiançailles du prince Louis avant le 18 mai 1386, date à laquelle Jean la Personne partit pour Milan à l’effet de négocier cette union (Jarry, _loc. cit._, p. 29).
Pendant le siège de Damme, le duc de Bourbon, maître de nombreux forts en Poitou et en Limousin, s’arrête au siège de Verteuil[317], défendu par un Anglais, André Privart, et par un Gascon, Bertrand de Montrivet. Ce dernier est tué; la garnison attend encore quinze jours pour rendre la ville et se retire à Bouteville[318], dont Durandon de la Parade est devenu capitaine. Les Français réparent les fortifications de Verteuil, puis vont se reposer à Charroux[319], où se trouve une grosse abbaye. Le duc de Bourbon reste ensuite huit jours à Limoges, d’où il gagne Paris. P. 251 à 253, 430, 431.
[317] Le siège de Verteuil commença en août 1385, après celui de Montlieu, comme le prouve une lettre de Bergerac datée du 28 août, demandant aide contre les Anglais au duc de Bourbon _qui assiège Verteuil_ (_Jurades de Bergerac_, I, 108). Il fut long et dura jusqu’aux premiers jours d’octobre (Guérin, _Arch. hist. du Poitou_, t. XXI, p. 290, note 1). Cabaret d’Orville a donné de longs détails sur ce siège, où il conte notamment le combat singulier qui eut lieu dans une mine entre Renaud de Montferrand et le duc de Bourbon (_Chr. du bon duc Loïs de Bourbon_, p. 144-154). Verteuil, avant de tomber entre les mains des Anglais en 1383, appartenait à Geoffroy de la Rochefoucauld, à qui le roi avait promis de le rendre dans le cas où il serait _racheté_ (Guérin, _loc. cit._).
[318] Au cours du siège de Verteuil, en octobre 1385, un chevalier, Jean Buffet, et un écuyer, Arnauton des Bordes, auquel le roi venait de rendre le château de Montlieu (voy. plus haut, p. LVIII, note 289) tentèrent une attaque contre le château de Bouteville. Ils furent repoussés; Jean Buffet fut tué et Arnauton de Bordes fait prisonnier avec plusieurs de ses gens (Guérin, _loc. cit._, p. 254, note 2).
[319] Le duc de Bourbon était à Charroux en novembre 1385 (_Arch. nat._, JJ 128, fol. 52 vº, cité par Guérin, _loc. cit._, p. 254, note 2).
CHAPITRE XXII.
_1385, 8 juillet._ CHEVAUCHÉE EN NORTHUMBERLAND DES ARMÉES FRANÇAISE ET ÉCOSSAISE.--_14 juillet._ CONVOCATION DE L’ARMÉE ANGLAISE A NEWCASTLE.--_6 août._ LE ROI RICHARD ENTRE EN ÉCOSSE.--_4-14 août._ JEAN DE VIENNE ÉVITE LE COMBAT; SA CHEVAUCHÉE EN ANGLETERRE.--_10-20 août._ CHEVAUCHÉE DE L’ARMÉE ANGLAISE EN ÉCOSSE; SON RETOUR EN ANGLETERRE.--_Septembre-novembre._ DISSENTIMENTS ENTRE FRANÇAIS ET ÉCOSSAIS.--_5 décembre._ DE RETOUR EN FRANCE, JEAN DE VIENNE DISSOUT L’ARMÉE D’ÉCOSSE (§§ 467 à 488).
Le roi d’Écosse est enfin venu à Édimbourg et, poussé par ses fils, consent à chevaucher en pays anglais en compagnie de l’amiral Jean de Vienne et des chevaliers français. Il fait son mandement, auquel répondent plus de 3,000 hommes, tous à cheval[320]. P. 253, 254, 431.
[320] D’après le _Religieux de Saint-Denis_ (t. I, p. 366), le roi d’Écosse, après avoir conclu une trêve de trois semaines avec les Anglais, ne fut prêt à entrer en campagne avec Jean de Vienne que le 8 juillet. Son armée comprenait, dit-on, 1,000 lances et 30,000 combattants (_Jean de Vienne_, p. 191). Le départ pour le Northumberland eut lieu immédiatement.
On équipe le mieux possible les chevaliers écossais avec des armures envoyées de Paris, et Jean de Vienne donne le signal du départ. L’armée entre en Northumberland, passe par Melros et par Roxburgh, qu’elle renonce à prendre; puis, descendant la Tweed, s’empare de deux châteaux. P. 254 à 256, 431, 432.
Elle arrive devant un autre château, nommé Werk, qui appartient à Jean de Montagu[321]. Malgré la vigoureuse résistance du capitaine Guillaume de Leyburn[322], Werk est pris par les Français, qui le démantèlent[323]. P. 256, 257, 432.
[321] Jean de Montagu, comte de Salisbury, figure dans l’armée de Richard II à la tête de 30 hommes d’armes et de 30 archers (_Rec. Off._, _Issue Rolls_ 209, m. 22).
[322] Nous retrouvons ce Guillaume de Leyburn en 1386, comme témoin, dans un acte de Rymer (t. VII, p. 532).
[323] C’est sans doute ce château que le _Religieux de Saint-Denis_ (t. I, p. 366) désigne sous le nom de _Dovart_. Il ne peut s’agir de _Dunbar_, qui était en pays écossais.
Cela fait, Jean de Vienne et ses compagnons s’acheminent vers Alnwick et brûlent et pillent un certain nombre de villages des alentours[324]; ils parviennent jusqu’à Bothal[325], qu’ils n’assiègent pas, et jusqu’à Morpeth, à mi-chemin entre Berwick et Newcastle. Là, ils apprennent que le duc de Lancastre, les comtes de Northumberland et de Nottingham, Jean de Nevill, accompagnés de nombreux barons et de l’archevêque d’York, Alexandre de Nevill, ainsi que de l’évêque de Durham, Jean de Fordham, marchent à leur rencontre.
[324] Le _Religieux de Saint-Denis_ insiste tout particulièrement sur les cruautés et les déprédations de l’armée française. Ces accusations sont démenties par les historiens anglais (cf. _Jean de Vienne_, p. 194).
[325] Ce château, situé sur la rive gauche du Wantsbeck, est proche de Morpeth.
Pour mieux soutenir le choc[326], l’armée française rentre dans le pays de Berwick et prend le chemin de Dunbar[327]. P. 257, 258, 432, 433.
[326] Il y avait huit jours que l’expédition de Jean de Vienne était en route quand on apprit l’arrivée de l’avant-garde anglaise. L’amiral ne put obtenir de ses alliés qu’on livrât bataille, et dut rétrograder.
[327] Le _Religieux_ (t. I, p. 368) prétend qu’une fois revenu en Écosse, Jean de Vienne, outré de la mauvaise foi de ses alliés, renonça momentanément à leur concours et, vers la fin du mois de juillet, se mit à courir le pays avec ses gens, en usant de la plus grande prudence.
Le roi d’Angleterre, connaissant la venue des Français en Écosse, a fait depuis longtemps ses préparatifs[328] et rassemblé son armée[329]. Il s’avance le long des côtes anglaises, en compagnie de ses deux oncles, les comtes de Cambridge[330] et de Buckingham[331], et de ses deux frères, Thomas Holand, comte de Kent, et Jean Holand[332]. Avec eux sont les comtes de Salisbury, d’Arondel[333], d’Oxford, de Pembroke, de Stafford[334], de Devonshire, Thomas Le Despenser et autres barons et chevaliers[335], en tout 4,000 lances et 50,000 archers, sans compter les 2,000 lances et les 20,000 archers qui opèrent à la frontière d’Écosse sous les ordres du duc de Lancastre[336], du comte de Northumberland[337], du comte de Nottingham[338] et autres. P. 258, 259, 433, 434.
[328] Le roi s’occupe activement de cette campagne d’Écosse: il contracte pour en couvrir les frais différents emprunts envers la municipalité de Londres, les villes, les abbés, les grands seigneurs et les riches particuliers du royaume (_Rec. Off._, _Issue Rolls_ 209, m. 18, 19, 23, 25, 26; 210, m. 1, 2, 4, 7, 16, 20); il assure la garde des ports de Sandwich et de Rye menacés par l’invasion française (_Ibid._ 209, m. 20; _Lord Treas. Rem._, _For. Acc._ 2) et, faisant de nouveau appel à ses sujets, il donne des instructions multiples relatives aux transports, aux chevaux, au fourrage, aux vivres, au vin nécessaires à l’armée (_Ibid._, _Issue Rolls_ 209, m. 11, 12, 19; _Patent Rolls_ 320, m. 3, 6; _Lord Treas. Rem._, _For. Acc._ 2). La réunion des vassaux est fixée à Newcastle le 14 juillet (Rymer, t. VII, p. 473-474). De nombreux scribes sont employés nuit et jour à l’expédition des ordres (_Ibid._, _Issue Rolls_ 209, m. 19). Après avoir échangé des messages avec le duc de Lancastre, qui, parti en avant, se trouve auprès de l’archevêque d’York et du comte de Northumberland (_Ibid._ 209, m. 2, 15, 16), Richard II part, emmenant avec lui son médecin, Jean Middelton, et son porte-étendard, Nic. Saversfeld (_Ibid._ 209, m. 18; _Patent Rolls_, 321, m. 36).
[329] Les chiffres donnés par Froissart dans l’énumération des forces anglaises semblent quelque peu exagérés, si l’on se reporte d’une part à l’état de l’armée tel qu’il fut établi à Durham le 17 juillet, avant l’entrée en Écosse (_Estatutz, ordenances et custumes a tenir en l’ost_, _Bibl. nat._, ms. lat. 6049, fol. 28-30), et de l’autre aux renseignements offerts par le _Record Office_.
[330] Le comte de Cambridge avait à sa solde 200 hommes d’armes et 400 archers (_Rec. Off._, _Issue Rolls_ 209, m. 13).
[331] Thomas, comte de Buckingham, connétable d’Angleterre, avait à sa solde 400 hommes d’armes et 800 archers (_Rec. Off._, _Issue Rolls_ 209, m. 16).
[332] Jean Holand avait à sa solde 100 hommes d’armes et 160 archers (_Rec. Off._, _Issue Rolls_ 209, m. 13).
[333] Richard, comte d’Arondel, avait à sa solde 6 chevaliers bannerets, 24 chevaliers, 69 écuyers et 150 archers (_Rec. Off._, _Issue Rolls_ 209, m. 13).
[334] Le comte de Stafford avait sous ses ordres 120 hommes d’armes et 180 archers (_Rec. Off._, _Issue Rolls_ 209, m. 13).
[335] Parmi ces chevaliers citons W. Drayton à la tête de 15 hommes d’armes et de 20 archers; Jean d’Évreux, chevalier banneret, à la tête de 46 hommes d’armes et de 70 archers; Mathieu de Gournai, chevalier banneret, à la tête de 20 hommes d’armes et de 20 archers; Thomas Trivet à la tête de 20 hommes d’armes et de 20 archers, etc. Ajoutons un grand nombre de chevaliers gallois venus exprès pour cette campagne (_Rec. Off._, _Issue Rolls_ 209, m. 14, 16, 24).
[336] Le duc de Lancastre, dont l’engagement était de quarante jours, comptait sous ses ordres 800 hommes d’armes et 1,200 archers (_Rec. Off._, _Issue Rolls_ 209, m. 13, 22).
[337] Le comte de Northumberland avait sous ses ordres à Newcastle 600 hommes d’armes et 1,200 archers (_Rec. Off._, _Issue Rolls_ 209, m. 22, 24).
[338] Le comte de Nottingham, maréchal d’Angleterre, avait sous ses ordres 180 hommes d’armes et 150 archers (_Rec. Off._, _Issue Rolls_ 209, m. 13).
L’armée royale, pressentant qu’une action décisive va avoir lieu, arrive à marches forcées à Saint-Jean-de-Beverley, où elle loge. P. 259, 434.
Querelle entre Jean Holand et Raoul[339] de Stafford. Ce dernier est tué. P. 260 à 263, 434, 435.
[339] _Raoul_ (et non pas _Richard_, comme le nomme Froissart) de Stafford, fils du comte de Stafford, avait sous ses ordres 7 hommes d’armes et 12 archers (_Rec. Off._, _Issue Rolls_ 209, m. 16).
Plainte du comte de Stafford auprès du roi, qui lui promet justice[340]. P. 263 à 265, 435, 436.
[340] Jean Holand eut ses biens confisqués (Walsingham, t. II, p. 129); il ne fut sauvé du dernier supplice que grâce à l’intervention de la veuve du Prince Noir (Kervyn, t. X, p. 566).
Poursuivant son chemin vers l’Écosse, le roi d’Angleterre, à la tête d’une armée de 7,000 hommes d’armes et de 60,000 archers, passe par Durham[341] et Newcastle[342], et s’arrête quelque temps à Berwick[343], où il est bien reçu par le capitaine Mathieu Redman. De là il traverse la Tweed[344], arrive à Roxburgh et à Melros, dont il brûle et détruit l’abbaye. Jean de Vienne fait tous ses efforts pour décider les Écossais à combattre. P. 265, 266, 436.
[341] Après être passé par York, dont la garnison avait reçu l’ordre de venir au-devant de lui (_Rec. Off._, _Issue Rolls_ 209, m. 18), le roi d’Angleterre arrivait à Durham le 17 juillet 1385. C’est là qu’il fit proclamer le règlement de l’armée auquel il est fait allusion plus haut, p. LXVI, note 1.
[342] A Newcastle, où le roi dut séjourner quelque temps, sont organisés les transports de vivres pour l’Écosse par voie de terre et de mer (_Rec. Off._, _Issue Rolls_ 209, m. 13, 25; 210, m. 10; _Patent Rolls_ 321, m. 40, 44).
[343] Depuis la Saint-Jean (24 juin 1385), Henri de Percy, fils du comte de Northumberland, avait été chargé de la garde de Berwick avec 60 hommes d’armes et 320 archers (_Rec. Off._, _Issue Rolls_ 209, m. 7). Dans la chevauchée du roi en Écosse, il commandait à 3 chevaliers bannerets, 36 chevaliers, 310 écuyers et 800 archers (_Ibid._ 210, m. 21).
[344] En passant la frontière, Richard envoya à Jean de Vienne une lettre de menaces, à laquelle l’amiral répondit en proposant un combat où 10, 100 ou 500 Français se mesureraient à 30, 300 ou 1,000 Anglais. Le roi refusa (_Relig. de Saint-Denis_, t. I, p. 384-386) et entra vers le 6 août (_Jean de Vienne_, p. 200) en Écosse, où il trouva partout la ruine et la famine (Walsingham, t. II, p. 131). A la même date, il créait le comte de Buckingham duc de Glocester et le comte de Cambridge duc d’York (Rymer, t. VII, p. 481-482).
Devant les mauvaises dispositions de ses alliés, l’amiral renonce à mettre en face de la nombreuse armée ennemie ses 2,000 lances et ses 30,000 autres combattants mal armés. Il laissera donc les Anglais faire leur chevauchée, et ce durant il ira ailleurs tenter même aventure[345]. P. 266, 267, 436, 437.
[345] N’ayant pu décider ses alliés à combattre, Jean de Vienne se résout à faire une chevauchée en pays anglais. Sachant que l’armée ennemie n’est qu’à quelques milles d’Édimbourg, il passe, le 3 août, une dernière revue de ses troupes (_Jean de Vienne_, p. CII-CXXXII) et se dirige, à la faveur de la nuit, vers la frontière d’Écosse (_Relig. de Saint-Denis_, t. I, p. 390).
Les Écossais se dirigent vers le sud, détruisant tout sur leur passage et cachant dans les forêts leurs objets précieux; ils parcourent ainsi la terre de Mowbray[346], appartenant au comte de Nottingham, le comté de Stafford[347], les terres des seigneurs de Graystock et de Musgrave, et prennent le chemin de Carlisle[348]. P. 267, 268, 437, 438.
[346] Le domaine très étendu de Mowbray avait comme ville principale Thirsx, placée au nord-ouest d’York.
[347] Kervyn (t. XXV, p. 330) a tracé l’itinéraire probable de Jean de Vienne depuis les monts Cheviot jusqu’aux murs d’York et de Carlisle. Avec lui, il nous est difficile d’admettre que l’amiral ait pu s’avancer jusqu’au comté de Stafford. Il n’en avait pas le temps, étant revenu dix jours après à Édimbourg, où il signait, le 15 août, un mandement de paiement de gages (_Jean de Vienne_, p. CXLV-CXLVI). Froissart a dû confondre le domaine de Clifford avec le comté de Stafford.
[348] Influencé par ses souvenirs littéraires, Froissart semble confondre ici avec _Caer-Léon_ la ville de _Carlisle_, qu’il place en pays de Galles et dont il fait le séjour légendaire du roi Arthur. Remarquons cependant avec M. Longnon, dans son introduction de _Méliador_ (t. I, p. LVII), qu’au moyen âge «la terre de Galles des traditions arthuriennes s’étend, bien au delà du pays de Galles actuel, sur tous les pays demeurés jadis au pouvoir des Bretons.»
Pendant ce temps, le roi d’Angleterre occupe Édimbourg, où il reste cinq jours, et livre tout aux flammes[349]. Il prend ensuite et brûle la ville et l’abbaye de Dunfermlin. De là, l’armée royale vient mettre le siège devant Stirling, dont elle ne peut s’emparer, et ravage les domaines de Robert Erskine. P. 268, 269, 438, 439.
[349] Le roi fut surpris du départ des Français et entra dans Édimbourg sans coup férir (_Relig. de Saint-Denis_, t. I, p. 390).
Après avoir passé la Tay, elle brûle les villes de Saint-Johnston[350] et de Dundee; ses éclaireurs s’avancent même jusqu’à Aberdeen, sans rien tenter contre la ville. P. 269, 270, 439.
[350] Aujourd’hui Perth, sur la Tay. La ville ancienne devait son nom à son église Saint-Jean.
L’expédition de Jean de Vienne, portant la misère et la ruine dans des pays qui jamais, jusque-là, n’ont souffert de la guerre, est enfin arrivée devant Carlisle, défendu par Louis de Clifford[351], Guillaume[352] de Nevill, Thomas Musgrave et son fils, David Holegrave[353], Dagorisset[354] et autres chevaliers. Le siège commence. P. 270, 271, 439, 440.
[351] Louis de Clifford fut chargé spécialement par le roi, le 12 juin 1385, de la garde de la reine mère durant la campagne d’Écosse (Rymer, t. VII, p. 474); il signa, en mai 1390, une protestation adressée au pape contre les abus de la cour de Rome et fit partie, en 1393, de l’ambassade anglaise chargée de négocier la paix avec la France (_Ibid._, p. 675 et 739).