Chroniques de J. Froissart, tome 11/13
Part 5
[157] Le duc de Bretagne, qui favorisait secrètement les Anglais, «leur fist roe de chareite» (_Chr. de P. Cochon_, p. 174) et proposa son intervention. Il remontra au roi combien la saison était mauvaise pour guerroyer et combien la victoire était douteuse. Malgré l’opposition de Pierre de Villiers, on entama des pourparlers avec les assiégés (_Relig. de Saint-Denis_, t. I, p. 286-290).
La journée se passe donc sans combattre. On apprend la nouvelle de la prise d’Audenarde par François Ackerman[158]. P. 147, 148, 382.
[158] Il était impossible qu’on pût avoir à Bourbourg, le lundi 14 septembre, connaissance de la prise d’Audenarde par Ackerman, si on donne à cet événement la date du 17 septembre que lui attribue Meyer.
Le lundi, l’assaut qu’on espérait toujours est définitivement ajourné. Le roi, entouré des ducs de Berri, de Bourgogne, de Bourbon et de Bretagne, du comte de Flandre et du connétable, reçoit dans sa tente les envoyés des Anglais, quatorze chevaliers et écuyers, parmi lesquels se trouvent Guillaume Elmham et Thomas Trivet. Le duc de Bretagne plaide la cause des assiégés, qui finalement obtiennent de pouvoir quitter Bourbourg avec armes et bagages, et s’engagent de plus à évacuer Gravelines[159].
[159] Les négociations marchèrent vite, grâce au duc de Bretagne, qui en était chargé et qui, en cette occasion, montra bien «qu’il estoit mieus Englois que Franchois» (_Chr. de P. Cochon_, p. 174). En attendant que la paix fût définitivement signée, les Anglais furent autorisés à quitter la ville avec armes et bagages et tout le butin qu’ils avaient fait (_Relig. de Saint-Denis_, t. I, p. 294). Kervyn a donné les termes de la capitulation de Bourbourg, en date du 14 septembre, d’après l’original des Archives de Bruxelles (t. X, p. 514-515). Le roi ne sut pas mauvais gré au duc de Bretagne de son intervention, puisque le 28 décembre 1383 il le gratifia de 4,000 francs d’or par mois (Dom Morice, _Mémoires pour servir de preuves_, t. II, col. 444) et lui fit remise des sommes dues en vertu du dernier traité (_Ibid._, _Hist. de Bretagne_, t. I, p. 288).
Ce traité est mal accueilli par une certaine partie de l’armée[160]. P. 149, 150, 382, 383.
[160] Le _Religieux de Saint-Denis_ (t. I, p. 294) parle du mécontentement des gens de guerre et des imprécations qu’ils lancèrent contre le duc de Bretagne.
Le mardi, les Anglais font leurs préparatifs de départ; le mercredi, ils quittent Bourbourg et arrivent à Gravelines, qu’ils livrent aux flammes[161]; le lendemain, ils sont à Calais, attendant un vent favorable pour retourner en Angleterre.
[161] Gravelines, assiégée par Jean de Vienne, fut évacuée sans qu’il en eût tout d’abord connaissance. Quand, averti secrètement, il pénétra dans la ville, les Anglais, fidèles à la convention proposée par le duc de Bretagne, s’étaient éloignés avec tout leur butin (_Relig. de Saint-Denis_, t. I, p. 272-276). Voy. plus haut, p. XXXII, note 45.
Le jeudi matin, le roi entre dans Bourbourg, que les Bretons se mettent à piller[162]. Le vendredi, l’ordre du départ est donné et le roi fait ses adieux au duc de Bavière[163] et au comte de Savoie[164]. Le duc de Bourgogne se rend à Saint-Omer avec le comte de Flandre[165]. Le seigneur de Torci[166] et quelques chevaliers de Picardie occupent Gravelines, qu’ils fortifient de nouveau; les pays voisins commencent peu à peu à se repeupler[167]. P. 150 à 152, 383, 384.
[162] Les Anglais avaient tout emporté; les églises seules offraient encore quelques ressources aux pillards (_Relig. de Saint-Denis_, t. I, p. 294).
[163] Le roi donna «de beaus dons... au comte» Frédéric (_Ist. et cr._, t. II, p. 322).
[164] Le comte Amé de Savoie, qu’une chronique flamande nomme le «Rouge duc» (_Ist. et cr._, t. II, p. 322), reçoit en don du roi, pour avoir servi en Flandre, l’hôtel récemment acheté au duc de Berri «vers l’eschielle du Temple» (_Arch. nat._, JJ 123, fol. 98 vº).
[165] Contrairement à ce que dit Froissart, le duc de Bourgogne ne quitta pas le roi. Les 20 et 21 septembre, ils gîtent ensemble à l’abbaye de Ravensberghe, le 22 à l’abbaye de Blandecques, près de Saint-Omer, puis s’acheminent vers Compiègne, où ils arrivent le samedi soir 3 octobre (_Itinéraires_, p. 160).
[166] Le 26 novembre, le sire de Sempi fut préposé par le roi à la garde de Gravelines (_Ist. et cr._, t. II, p. 330 et 344).
[167] Le retour de Flandre des gens d’armes français (septembre et octobre 1383) fut signalé comme toujours par des pillages et des dommages de toute nature imposés aux habitants (_Arch. nat._, JJ 126, fol. 7 vº et 129).
L’expédition de l’évêque de Norwich a donc échoué[168]. Cet insuccès fait la joie du duc de Lancastre, dont elle avait contrarié les projets en Espagne et en Portugal. Les chevaliers qui reviennent de Flandre sont mal reçus en Angleterre et accusés d’avoir vendu à la France Bourbourg et Gravelines. Hugues de Calverley, dont on eût mieux fait de suivre les conseils, n’est pas inquiété; mais Thomas Trivet et Guillaume Elmham sont jetés en prison jusqu’à l’apaisement général[169].
[168] A la date du 9 octobre 1383, un envoyé royal vient spécialement de Londres à Calais, pour s’occuper du retour de l’évêque de Norwich (_Rec. Off._, _Issue Rolls_ 203, m. 2).
[169] Un procès fut intenté en Angleterre, en 1384, aux chefs de l’expédition anglaise. Kervyn en a publié, d’après un ms. du Musée Britannique (Cotton, Titus, E II), un long extrait (t. X, p. 517-533). L’évêque de Norwich fut condamné à restituer 5,000 francs indûment reçus des Français; son temporel fut saisi (il était encore entre les mains du roi le 20 septembre 1385, _Rec. Off._, _Patent Rolls_ 321, m. 31). On lui laissa cependant (8 juillet 1384) la faculté de faire les réparations nécessaires à ses maisons (_Rec. Off._, _Patent Rolls_ 319, m. 37). Guillaume Elmham dut restituer de même 3,400 francs; Thomas Trivet, ainsi que Guillaume de Faringdon, restituèrent chacun 1,400 francs.
Les deux royaumes se disposent à conclure une trêve, qui, malgré l’opposition du comte de Flandre, s’étendra aussi aux Gantois. P. 152, 153, 384.
A la prière du duc de Bretagne, en effet, des plénipotentiaires anglais, parmi lesquels figurent le duc de Lancastre, le comte de Buckingham[170], Jean Gilbert, évêque de Hereford, Jean Holand et Thomas de Percy, arrivent à Calais, où ils se rencontrent avec le duc de Berri, le duc de Bourgogne, Pierre de Montaigu, évêque de Laon, et Pierre de Giac, chancelier de France[171]. Les envoyés d’Espagne se font attendre quelque temps[172]. La réunion des plénipotentiaires a lieu près de Wissant, au village de Leulinghem. Après plus de trois semaines de pourparlers[173], on ne peut se mettre d’accord pour conclure la paix, les Français demandant la restitution de toutes les forteresses occupées par les Anglais depuis Calais et Guines jusqu’à l’embouchure de la Gironde.
[170] Rymer (t. VII, p. 413-414) donne, à la date du 4 novembre 1383, les noms des douze plénipotentiaires anglais, parmi lesquels ne figure pas le comte de Buckingham. Ce sont: le duc de Lancastre, oncle du roi; le comte Henri de Derby, son cousin; Jean Gilbert, évêque de Hereford; Jean Holand, frère du roi; Guillaume de Beauchamp, Thomas de Percy, ses cousins; Jean de Cobham, Jean Marmyon, Jean d’Évreux, chevaliers; Gautier Skirlawe, Jean Shepey, clercs; Jean Phelippot, chevalier. Plusieurs comptes relatifs au voyage de ces ambassadeurs se retrouvent au Record Office (_Lord Treas. Rem._, _For. Acc._ 2; _Issue Rolls_ 203, m. 7, 8, 9, 10, 13, 16).
[171] Les douze plénipotentiaires français sont aussi mentionnés dans Rymer (t. VII, p. 414-415), à l’occasion des sauf-conduits qui leur furent accordés. Parmi eux n’est pas compris le duc de Bourgogne, non plus que le chancelier de France. C’étaient les ducs de Berri et de Bretagne; le comte de Flandre; Pierre de Montaigu, évêque de Laon; Nicolas du Bosc, évêque de Bayeux; Pierre de Thuri, évêque de Maillezais; le comte Jean de Sancerre; Raoul de Raineval; Arnaud de Corbie, premier président en Parlement; Anseau de Salins; Jean le Mercier et Jean Tabari, secrétaire. Ces ambassadeurs pouvaient emmener avec eux à Calais jusqu’à 500 personnes. Un mandement de Charles VI, en date du 10 novembre 1383, attribue à l’évêque de Bayeux 12 francs par jour durant son voyage en Picardie qu’il doit employer à traiter de la paix avec les Anglais (_Bibl. nat._, ms. fr. 20880, pièces nos 52 et 53).
[172] Ce n’est que le 22 janvier 1384 que le roi de Castille donna pouvoir de traiter à don Pedro Lopez de Ayala, seigneur de Salvatierra, et à Pedro Lopez, docteur ès décrets, qui étaient déjà en France (Lopez de Ayala, _Cronicas_, t. II (1780), p. 187, note 1).
[173] De nombreux messagers anglais se succédèrent jusqu’à la conclusion de la trêve entre la cour de Londres et Calais (_Rec. Off._, _Issue Rolls_ 203, m. 8, 9, 10 et 11). Ce fut Roger Elmham, un des clercs du sceau royal, que Gautier Skirlawe, garde du sceau, un des plénipotentiaires, chargea de la rédaction du traité; il toucha de ce chef la somme de 6 livres 13 s. 4 d. (_Ibid._, m. 16).
Vers cette époque[174] meurt Wenceslas de Bohême, duc de Luxembourg et de Brabant. P. 153 à 155, 384, 385.
[174] Wenceslas mourut le 7 décembre 1383 et fut enterré près de Luxembourg, dans l’abbaye d’Orval, que Froissart appelle Waucler (Kervyn, t. XXV, p. 150-151).
Un des obstacles à la conclusion de la paix est l’attitude du comte de Flandre, qui, malgré l’expresse volonté des Anglais, ne veut pas que les nouveaux traités soient applicables aux Gantois. Ces derniers, en effet, continuent à tenir en échec les troupes du comte: leur garnison d’Audenarde pille et brûle Maire[175] et les faubourgs de Tournai; à la Noël, ils osent même lever les rentes sur les domaines du seigneur d’Escornai. P. 155, 156, 385, 386.
[175] Aujourd’hui faubourg de Tournai.
Finalement, une trêve est conclue entre la France, l’Espagne, la Galice, la Castille et l’Écosse d’une part et l’Angleterre et les Gantois de l’autre, trêve qui prendra fin à la Saint-Michel (29 septembre) 1384[176].
[176] La trêve de Leulinghem fut signée le 26 janvier 1384 (Rymer, t. VII, p. 418-421), «d’entre les Franchois et les Anglois et leurs allyés, pour ung an; et y furent les Gantois et leurs allyés nommément declairés, et tout sur fourme de paix. Et tout ce temps durant pouoient icelles trois nations marchander, aler et venir devers l’un l’autre paisiblement» (_Ist. et cr._, t. II, p. 336). Elle devait prendre fin le 29 septembre 1384, et fut prolongée jusqu’au 1er mai 1385 (Walsingham, t. II, p. 110 et 115).
En retournant chez lui, le comte de Flandre tombe malade à Saint-Omer, où il meurt le 28 janvier 1384[177]. On l’ensevelit à Lille dans l’église Saint-Pierre, où l’on transporte aussi le corps de la comtesse, sa femme, morte cinq ans auparavant[178]. P. 156 à 158, 386.
[177] C’est le 30 janvier que mourut le comte de Flandre. Il était mécontent de la nouvelle trêve qui respectait l’état de belligérants des Gantois; «tellement s’en melanconia que il en devint malade» (_Ist. et cr._, t. II, p. 336) pendant quinze jours, et mourut. Il avait dicté la veille son testament (Kervyn, t. X, p. 534). Meyer prétend qu’il fut blessé à mort par le duc de Berri au courant d’une discussion (fol. 200).
[178] La comtesse de Flandre, Marguerite de Brabant, était morte en 1368, par conséquent plus de cinq ans auparavant.
Description détaillée des obsèques[179]. Le duc de Bourgogne pourvoit la Flandre de garnisons[180]. P. 158 à 164, 387 à 390.
[179] Le corps du comte resta exposé dix-neuf jours à l’abbaye de Saint-Bertin, puis sept jours à l’abbaye de Looz. La description des obsèques se trouve dans de nombreux mss. Voy. Kervyn, _Froissart_, t. X, p. 541-542, et t. XXI, p. 261-268, et _Ist. et cr._, t. II, p. 338-341 et 346-349.
[180] Le duc de Bourgogne était à Lille le 17 février 1384, et resta en Flandre tout le mois de mars et tout le mois d’avril. Il en partait le 11 mai (_Itinéraires_, p. 164-166) pour retourner auprès du roi.
CHAPITRE XX.
_1384._ LA TRÊVE DE LEULINGHEM EST CONFIRMÉE EN ÉCOSSE.--_25 mai._ PRISE D’AUDENARDE PAR LE SEIGNEUR D’ESCORNAI.--_20-21 septembre._ MORT DU DUC D’ANJOU.--_1385, avril._ PRÉPARATIFS DE L’EXPÉDITION D’ÉCOSSE.--_21 mai._ LOUIS II D’ANJOU REÇOIT DU PAPE L’INVESTITURE DU ROYAUME DE SICILE ET DE JÉRUSALEM.--_Juin-août._ COMMENCEMENT DE LA CAMPAGNE DU DUC DE BOURBON DANS LE CENTRE (§§ 407 à 439).
Les seigneurs français, présents au traité de Leulinghem, se sont chargés de prévenir les Écossais de la conclusion de la trêve. Mais, pour une raison ou une autre, ils diffèrent de le faire. Aussi les hostilités continuent-elles aux frontières d’Écosse[181]. Peu après Pâques, les comtes de Northumberland et de Nottingham envahissent le territoire écossais avec 2,000 lances et 6,000 archers; ils brûlent tout sur leur passage jusqu’à Édimbourg[182].
[181] Durant l’année 1383, les hostilités n’avaient pas cessé aux frontières d’Écosse où le comte de Northumberland dut intervenir à différents titres (_Rec. Off._, _Issue Rolls_ 201, m. 8, 9, 14; 203, m. 9; voy. aussi Walsingham, t. II, p. 115). Dès les mois de décembre 1383 et janvier 1384, on fait de nouveaux préparatifs de campagne, et le comte de Northumberland retient 100 hommes d’armes et 200 archers (_Rec. Off._, _Issue Rolls_ 203, m. 11, 13 et 15).
[182] En mars 1384, le duc de Lancastre, les comtes de Cantorbéry et de Buckingham sont en Écosse où ils guerroient (_Rec. Off._, _Issue Rolls_ 203, m. 15, 17, 19, 22; _Queen’s Rem._, _Army_ 40/7). Le duc de Lancastre part bientôt pour assister à Calais aux conférences qui doivent aboutir à une prolongation de la trêve, jusqu’au 1er mai 1385 (Walsingham, t. II, p. 115; _Rec. Off._, _Issue Rolls_ 208, m. 16); avant son départ, il a nommé le comte de Northumberland garde des marches (_Ibid._, 206, m. 15) et fait payer les troupes par les soins de J. Hermesthorp (_Ibid._, 206, m. 17).
Les barons d’Écosse font leurs préparatifs de défense. A ces nouvelles, la cour de France se hâte d’envoyer en Écosse, pour signifier la trêve, Guichard de Marsai[183], Pierre Fresnel[184] et un sergent d’armes du roi, Jean Champenois[185]. P. 164 à 166, 390.
[183] Guichard de Marsai (et non _Aimart de Massy_, comme l’appelle Froissart), chevalier, venait de faire la campagne de Flandre (_Arch. nat._, JJ 126, fol. 80); il reçut, dès le 13 février 1384 (Rymer, t. VII, p. 423), des lettres de sauf-conduit pour lui et ses compagnons, qui lui accordèrent jusqu’à 40 personnes pour l’accompagner (_Rec. Off._, _French Rolls_ 328, m. 5 et 10).
[184] Maître Pierre Fresnel, conseiller du roi, devint plus tard, en 1390, évêque de Meaux.
[185] Jean Champenois, écuyer, sergent d’armes du roi Charles V, qui l’avait chargé plusieurs fois de missions en Écosse, avait été nommé, le 16 avril 1381, maître et garde du Clos des Galées de Rouen (Terrier de Loray, _Jean de Vienne_, p. LXIX-LXXII). C’est en cette qualité que nous le retrouvons jusqu’au 23 octobre 1383 (_Ibid._, p. LXXIV et suiv.). En décembre 1384, le maître du Clos des Galées de Rouen est Jean Choque, dit de France (_Ibid._, p. LXXXIV).
Quelques chevaliers et écuyers français, apprenant cependant que la guerre recommence aux frontières d’Écosse, s’embarquent à l’Écluse pour aller tenter fortune. Citons parmi eux Jean de Blaisi[186], Geoffroi de Charni[187], Jacques de Montfort[188], Jean de Noyelles[189] et Sauvage de Villiers[190].
[186] Jean de Blaisi, chevalier, seigneur de Mauvilli, retourna plus tard en Écosse avec Jean de Vienne; il figure dans une revue à Édimbourg, le 3 août 1385, avec 4 autres chevaliers et 21 écuyers (_Jean de Vienne_, p. CII). Il avait assisté, en mai-juin 1378, au siège de Pont-Audemer, et avait été nommé, le 9 novembre de la même année, capitaine de Condé en Normandie, aux gages de 400 livres par an. Le 1er août 1381, il figure dans une revue tenue à Créci-en-Brie; devenu chambellan du roi, il est envoyé en Bretagne en 1386 pour s’occuper, avec Morelet de Montmort, des bateaux destinés à L’Écluse. Enfin, le 5 juin 1391, nous le trouvons commissaire sur le fait de «la vuide» des forteresses occupées par les ennemis du royaume en Rouergue, Velay, Gevaudan et Auvergne (_Bibl. nat._, _Pièces orig._ vol. 359).
[187] Messire Geoffroi de Charni, sire de Montfort, banneret, figure dans une revue à Édimbourg, le 3 août 1385, avec 10 chevaliers bacheliers et 85 écuyers (_Jean de Vienne_, p. CIX).
[188] Jacques de Montfort apparaît comme écuyer dans la revue de Geoffroi de Charni du 3 août 1385 (Jean de Vienne, p. CX).
[189] Jean, autrement dit le Breton de Noyelles, écuyer, figure dans une revue à Amiens, le 27 avril 1385, avec 14 autres écuyers (_Jean de Vienne_, p. CXX).
[190] Sauvage de Villiers, chevalier, fit partie de l’expédition d’Écosse (_Jean de Vienne_, p. CXXXI). Il avait pris part, en 1378, à la campagne de Normandie. Nous le retrouvons chambellan du roi en 1390 et capitaine du château de Touques de 1397 à 1402. Son fils, Sauvage de Villiers, est écuyer, échanson du roi en 1391 (_Bibl. nat._, _Pièces orig._ vol. 3021).
D’autre part, les messagers que le roi de France envoie en Écosse sont bien accueillis en Angleterre et s’acheminent, accompagnés de deux sergents d’armes, vers le théâtre de la guerre[191]. P. 166 à 168, 390, 391.
[191] Ce fut Thomas Blount, chevalier de la chambre du roi d’Angleterre, qui eut mission (16 mars 1384) d’accompagner jusqu’en Écosse Guichard de Marsai et ses compagnons (_Rec. Off._, _Issue Rolls_ 203, m. 21 et 206, m. 9).
Les chevaliers partis de l’Écluse arrivent à Montrose, en Écosse, et se rendent à Dundee, puis à Saint-John-Stone. Là, apprenant que les Anglais ne sont plus sur le territoire écossais, ils envoient deux d’entre eux à Édimbourg, auprès du roi d’Écosse, pour l’assurer de leur concours. Ils sont bien accueillis par les seigneurs, partisans de la guerre. Le roi, au contraire, qui vient de recevoir les ambassadeurs français chargés de dénoncer la trêve, ne veut pas entendre parler de continuer les hostilités. P. 168 à 170, 391, 392.
Secrètement appelé par le comte Guillaume de Douglas et ses amis, le reste des chevaliers français quitte Saint-John-Stone, se dirige sur Édimbourg, puis sur Dalkeith. Tout près de là est le lieu de réunion des chevaliers écossais, plus de 15,000, auxquels ils se joignent, désireux de faire payer cher aux Anglais la chevauchée qui vient d’avoir lieu en Écosse.
Ils entrent donc sur les terres des comtes de Northumberland et de Nottingham, qu’ils pillent et saccagent sans être inquiétés. P. 170, 171, 392.
Furieux, les Anglais veulent rentrer en campagne, bien que le duc de Lancastre et le comte de Cambridge préfèrent voir l’apaisement se faire, pour s’occuper de leur expédition en Espagne. Le roi d’Écosse n’approuve pas ses barons; les ambassadeurs français qui sont auprès de lui, Guichard de Marsai et Pierre Fresnel, pour dégager leur responsabilité, envoient au roi d’Angleterre un de leurs hérauts. P. 171, 172, 392, 393.
Le héraut excuse le roi d’Écosse, qui demande la confirmation de la trêve, dont il n’a eu que trop tard connaissance. P. 172 à 174, 393, 394.
Les Anglais, ne se sentant pas à l’abri de tout reproche, accueillent cette demande: la trêve est confirmée entre l’Écosse et l’Angleterre[192]; les ambassadeurs français peuvent retourner dans leur pays[193]. P. 174, 175, 394.
[192] Dès le 7 juin 1384, des lettres étaient envoyées au comte de Northumberland, aux évêques de Durham et de Carlisle et à maître Jean Waltham, pour s’occuper de la paix avec les envoyés du roi d’Écosse (_Rec. Off._, _Issue Rolls_ 206, m. 6 et 9); en juillet, la convention était signée (_Ibid._, _Lord Treas. Rem._, _For. Acc._ 2) et la trêve proclamée (_Ibid._, _Issue Rolls_ 208, m. 7). Mais, dès le mois de novembre 1384, les hostilités reprenaient, et les Écossais s’emparaient de Berwick (_Rec. Off._, _Issue Rolls_ 208, m. 20, 21), dont le comte de Northumberland avait la garde (_Ibid._, 206, m. 4). Accusé de négligence, le comte fut condamné par le Parlement; le roi lui fit grâce, malgré le duc de Lancastre. Le comte se rendit de nouveau maître de Berwick (Walsingham, t. II, p. 118).
[193] Le sauf-conduit de Guichard de Marsai, de Pierre Fresnel et de Jean Champenois, pour retourner en France, est daté du 27 juin 1384; avant leur départ, ils reçoivent du roi, tant en argent comptant qu’en objets précieux, la somme de 100 marcs (_Rec. Off._, _Issue Rolls_ 206, m. 9 et 10).
A cette nouvelle, les chevaliers français, venus en Écosse, font leurs adieux aux seigneurs du pays, leur promettant à la première occasion de venir se joindre à eux pour combattre les Anglais. Le vent les pousse à Briel[194], en Zélande, où les Normands leur enlèvent leurs barques et leurs armes. P. 175 à 178, 394, 395.
[194] Ville de la Zélande, à l’embouchure de la Meuse.
Grâce à l’intervention de Jacques d’Ostringh[195], écuyer du comte de Blois, ils peuvent s’embarquer pour Schoonhove, d’où ils gagnent la France par le Brabant et le Hainaut. P. 177, 178, 395, 396.
[195] Ce nom ne se trouve que dans deux manuscrits.
A leur arrivée, ils racontent leur expédition à l’amiral Jean de Vienne. Il est d’avis que c’est par l’Écosse qu’à la prochaine reprise de la guerre[196] on pourra le mieux entamer les Anglais. Les ducs de Berri et de Bourgogne partagent cette opinion que vient confirmer aussi Guichard de Marsai qui est de retour. P. 178, 179, 396.
[196] Au courant de l’été 1384, de nouvelles conférences en vue de la paix eurent lieu à Calais, qui durèrent de juin à la fin de septembre (_Rec. Off._, _Issue Rolls_ 206, m. 6 et 10). Le duc de Lancastre, le comte de Buckingham, Jean Holand, l’évêque de Hereford et autres ambassadeurs représentaient l’Angleterre. Le duc de Berri et le duc de Bourgogne, nommés lieutenants du roi en Picardie pour traiter de la paix (_Arch. nat._, JJ 128, fol. 163 vº et X2a 11, fol. 95), étaient secondés par Jean de Vienne et Jean le Mercier. Sûrs de l’appui de la Castille et de l’Écosse, les Français se montrèrent exigeants et réclamèrent l’évacuation de Calais et des autres places occupées par les Anglais. Les négociations échouèrent, et la trêve fut prolongée seulement jusqu’au 1er mai 1385 (_Jean de Vienne_, p. 179-181), époque à laquelle la guerre devait recommencer. Une des conséquences de la prolongation de la trêve fut, en janvier 1385, un échange de prisonniers (_Rec. Off._, _French Rolls_ 327, m. 7).
La trêve[197] avait laissé en la possession des Gantois la ville d’Audenarde et la terre du seigneur d’Escornai. Ce dernier, résolu à se venger malgré la trêve, profite de la présence de François Ackerman à Gand pour mettre son projet à exécution. P. 179, 180, 396, 397.
[197] Le duc de Bourgogne, qui, le 18 février 1384, avait conclu, avec les Gantois, une trêve particulière (Kervyn, t. X, p. 543), reçut en grâce, le 10 mai, les villes de Flandre, moyennant un subside payable jusqu’à la soumission d’Audenarde et de Gand. Cette imposition, levée pendant quatre mois, produisit plus de 50,000 livres (Le Glay, _Chr. rimée_, p. 148-151). Il est à remarquer que les villes de Flandre continuaient à ne pas reconnaître le pape Clément (_Ist. et cr._, t. II, p. 362).