Chroniques de J. Froissart, tome 10/13

m. 2); le 10, il chargeait de le représenter, pendant son absence,

Chapter 111,967 wordsPublic domain

son frère le duc de Lancastre et le comte Richard d’Arundell (_Early Chanc._ Rolls 325, m. 7).

[135] Matthieu de Gournai commandait à 250 hommes d’armes et à 250 archers (_Rec. Off., Issue Rolls_ 302, m. 20 et 24). Le 1er mars 1381, il recevait son sauf-conduit (_Early Chanc._ Rolls 325, m. 13); ses compagnons le 4. Le 8 mai, il obtenait la remise d’un procès (_Privy Seals_ 470, nº 1770) et, le 9, la confirmation du don de Tortas (_Ibid._, nº 1794).

[136] Thierri, dit le Chanoine de Robersart, était à la tête de 100 hommes d’armes et de 100 archers (_Rec. Off., Issue Rolls_ 302, m. 20 et 24).

[137] Il s’agit bien ici de Raimond et non de Jean de Castelnau, comme l’indiquent certains mss., ce personnage étant désigné dans la suite par le titre de _seigneur_ de Castelnau, qui convient seul à Raimond, l’aîné.

[138] Guillaume de Beauchamp, dernier fils du comte de Warwick, recevait une pension de 200 marcs les 3 décembre 1380 et 20 février 1381 (_Rec. Off., Privy Seals_ 467, nº 1485, et 469, nº 1606); il emmenait en Portugal 250 hommes d’armes et 250 archers (_Ibid., Issue Rolls_ 302, m. 20 et 24).

[139] Le syndic de Latrau commandait à 100 hommes d’armes et à 100 archers (_Rec. Off., Issue Rolls_ 302, m. 20 et 24). Le 4 mai 1381, on lui faisait une avance de 200 livres sur sa solde (_Ibid._, 303, m. 2); le 18 mai, le roi d’Angleterre lui confirmait une rente de 200 écus à Bordeaux, dont il donnait quittance le 23 (_Ibid., Privy Seals_ 470, nº 1794, et _Close Rolls_, 227, m. 6 vº).

[140] Richard Talbot, qui était allé en France en 1359 (Rymer, t. VI, p. 137) et avait accompagné en Italie Lionnel, duc de Clarence, lors de son mariage avec Yolande Visconti (_Ibid._, p. 587), participe, en 1385, aux expéditions de Portugal et d’Écosse (_Ibid._, t. VII, p. 454 et 475).

[141] Thomas Simond avait avec lui 20 hommes d’armes et 20 archers (_Rec. Off., Issue Rolls_ 302, m. 20 et 24). Il fit plus tard, en 1386, partie de l’expédition de Castille (Rymer, t. VII, p. 491).

[142] Miles de Windsor, fils de Guillaume de Windsor, devait, en 1386, suivre le duc de Lancastre en Castille (Kervyn, t. XI, p. 455).

[143] Peut-être faut-il lire ici, comme plus loin (p. 159), Jean de Cavendisch.

[144] Aux noms donnés par Froissart, il faut ajouter les suivants: l’évêque de Dax (Jean Guitier), avec 70 hommes d’armes et 70 archers, Thomas Fichet, avec 40 hommes d’armes et 40 archers, et les barons espagnols Fernand Rodrigues et Jean Alphonse, avec 50 hommes d’armes et 50 archers (_Rec. Off., Issue Rolls_ 302, m. 20 et 24, et _Early Chanc. Rolls_ 325, m. 12).

[145] Jean-Fernandez avait avec lui 120 hommes d’armes et 120 archers (_Rec. Off., Issue Rolls_ 302, m. 20 et 24).

[146] Ce chiffre est tout à fait au-dessous de la réalité et ne doit s’appliquer qu’aux troupes que le comte de Cambridge commandait personnellement. L’expédition comptait 1,500 hommes d’armes et 1,500 archers, réduits, au moment du départ, à 1,379 hommes d’armes et 1,483 archers, sans compter les chefs, 4 chevaliers bannerets et 37 bacheliers (_Rec. Off., Accounts Queen’s Rem._ 39/17).

Pendant ce temps, le duc de Lancastre arrive à Berwick[147], obtient un sauf-conduit du roi Robert et s’achemine par Roxburgh vers l’abbaye de Melrose, où il attend que les Écossais soient réunis au Lammerlaw, pour entamer les négociations, qui durent plus de quinze jours. P. 91 à 94, 327, 328.

[147] Les nouveaux pouvoirs du duc de Lancastre, pour réformer les attentats commis contre les trêves d’Écosse, datent du 1er mai 1381 (Rymer, t. VII, p. 288). Parmi les chevaliers qu’il emmenait figure Robert Rous, ancien capitaine de Cherbourg, aux gages d’une livre par jour (_Rec. Off., Lord Treas. Rem., For. Rolls_, nº 2); avec lui étaient aussi l’évêque de Hereford, Jean Gilbert, et maître Jean Waltham (_Ibid., Warr. for issues_, bundle 5).

Une révolution éclate en Angleterre, qui met le royaume bien près de sa perte. Les serfs des comtés de Kent, d’Essex, de Sussex et de Bedford se soulèvent et prétendent être payés de leur travail[148].

[148] La cause déterminante de l’insurrection fut la perception de l’impôt personnel, qui, fixé à 4 deniers par personne en 1380 et modifié en 1381, n’avait pas donné ce qu’on espérait. Jean Leg, chargé de la perception, avait exaspéré par ses abus les populations déjà épuisées par les impositions des années précédentes (Knyghton, dans _Hist. angl. script. ant._, t. II, col. 2632-33).

Ils sont poussés à cet esprit de révolte par un prêtre de Kent, Jean Ball[149], puni, à plusieurs reprises, par l’archevêque de Cantorbéry, qui prêche l’égalité de tous les hommes[150], excite le peuple à la haine des riches et des nobles et engage ses auditeurs à aller à Londres demander justice au roi. Les habitants de Londres murmurent de leur côté et appellent à eux les gens des provinces. P. 94 à 97, 328, 329.

[149] Déjà soumis à la justice ecclésiastique à la fin du règne d’Édouard III, Jean Ball, chanoine excommunié, fut poursuivi de nouveau en décembre 1380 par l’archevêque de Cantorbéry (_Ordonn. royale_, citée par Kervyn, t. IX, p. 561), qui dirigea contre lui un mandement, à la date du 26 avril 1381. Jean Ball était en prison à Maidstone, quand il fut délivré par les bandes de Wat Tyler (Knyghton, col. 2634), sans doute le 11 juin 1381, comme il le prédisait lui-même (Walsingham, t. II, p. 32).

[150] Partisan des doctrines de Wiclef, Jean Ball prêchait contre la dîme: personne, selon lui, ne pouvait espérer gagner le ciel s’il était né hors mariage (Walsingham, t. II, 32).

Cet appel est entendu; les gens de Kent, d’Essex, de Sussex, de Bedford et des pays environnants, au nombre de 60,000, se dirigent sur Londres. Ils ont pour chefs Jean Ball, Jack Straw[151] et Wat Tyler[152], un couvreur en tuiles, le plus populaire des trois. A leur approche, les habitants de Londres, sauf ceux qui partagent ces idées, ont peur et songent à fermer leurs portes; mais, craignant l’incendie des faubourgs, ils laissent pénétrer dans leur ville ces bandes de paysans, qui, venues parfois de cent lieues, ne savent guère ce qu’ils veulent et ne demandent qu’à voir le roi. Effrayés, les nobles s’apprêtent à la lutte.

[151] Jack Straw, qui était à la tête des insurgés de l’Essex, a été confondu par plusieurs historiens, entre autres par Knyghton (col. 2636), avec Wat Tyler; mais un acte de Rymer (t. VII, p. 311) les distingue positivement.

[152] Les historiens ne sont pas d’accord sur l’origine de Wat Tyler, les uns le faisant venir d’Essex, les autres de Kent: en réalité, il y eut, parmi les insurgés, deux personnages de ce nom (voy. Bémont, dans _Histoire générale_ de MM. Lavisse et Rambaud, t. III, p. 388, note 1). Un Wat Tyler est signalé comme «manens in Ketleston, from which we may perhaps infer that he was not a resident in the district» (Powell, _The Rising in East Anglia in 1381_, p. 34-35).

Le jour de leur arrivée à Londres, les gens de Kent rencontrent en chemin la mère du roi[153], qui revenait de Cantorbéry. Molestée par eux, elle se hâte de se rendre auprès de son fils. Elle le trouve entouré de son conseil, du comte de Salisbury, de l’archevêque de Cantorbéry[154], de Robert de Namur, de Jean de Gommegnies et d’autres qui, depuis longtemps déjà, avaient connaissance de ce mouvement populaire et auraient dû y pourvoir[155]. P. 97 à 99, 329 à 331.

[153] Jeanne de Kent, princesse de Galles, malgré un premier mariage contracté avec Thomas Holand, avait été forcée, pendant l’absence de son mari, à épouser le comte de Salisbury. Ce second mariage fut déclaré nul par le pape. Veuve de Thomas Holand, en décembre 1381, elle avait été recherchée et épousée par le prince de Galles, père de Richard II.

[154] Simond de Sudbury, archevêque de Cantorbéry depuis le mois de mai 1375.

[155] C’est à tort que Froissart reproche au roi de ne pas avoir pris de précautions contre l’émeute menaçante. Les mesures prises à cet égard furent même en partie causes de l’échec du comte de Buckingham en Bretagne, car les renforts qu’il attendait durent rester en Angleterre et furent rappelés à Londres dès le commencement des troubles. C’est ainsi que Thomas Felton et autres chevaliers, engagés dès le 1er mars 1381, retournent auprès du roi (_Rec. Off., Lord Treas. Rem., For. Acc._ 5, m. 11 rº et 20 vº; _Issue Rolls, 4 Rich._ II, m. 20).

C’est le lundi 10 juin 1381 que les bandes commandées par Jean Ball, Wat Tyler et Jack Straw entrent à Cantorbéry et envoient des émissaires dans les autres comtés pour leur donner rendez-vous le jour de la Fête-Dieu (13 juin) ou le lendemain, sous les murs de Londres; elles pillent les abbayes de Saint-Thomas et de Saint-Vincent[156], et, le lendemain, prennent le chemin de Rochester, abattant les maisons des gens de loi et entraînant à leur suite les habitants des villages.

[156] Kervyn (t. XXIV, p. 164) estime que Froissart, ici comme ailleurs, désigne ainsi à tort l’abbaye de Saint-Augustin.

Arrivés à Rochester, les insurgés, bien accueillis par la population, s’emparent de Jean Newton[157], capitaine de la ville, et l’emmènent avec eux sous menace de mort.

[157] Walsingham (t. II, p. 464) fait jouer à Jean Newton un certain rôle le jour de la mort de Wat Tyler. Insulté et menacé par le chef des insurgés, il va être frappé, quand s’interpose le maire de Londres, Guillaume Walworth.

Dans toutes les autres parties de l’Angleterre, jusqu’à Lynn[158] et à Yarmouth[159], les mêmes violences se produisent, et des chevaliers tels que Thomas de Morley[160], Étienne de Hales[161] et Étienne de Cosyngton sont contraints de marcher avec les révoltés. P. 100 à 102, 331, 332.

[158] King’s Lynn, port du Norfolkshire sur la mer du Nord.

[159] Port du Norfolkshire sur la mer du Nord.--D’après une note communiquée par notre confrère Petit-Dutaillis, note qu’il a bien voulu extraire pour nous de la thèse manuscrite du regretté André Réville, qu’il doit bientôt publier, _sur le soulèvement des paysans d’Angleterre... dans les comtés de Hertford, Suffolk et Norfolk en 1381_, la révolte s’étendit plus au nord encore que la ligne de démarcation que lui assigne Froissart. Les positions de la thèse d’André Réville ont été publiées en 1390 (_Positions des thèses soutenues par les élèves de la promotion de 1890, pour obtenir le diplôme d’archiviste-paléographe_, p. 139-148).

[160] Ce chevalier, que Walsingham nomme _Guillaume_ de Morlee, fut envoyé avec Jean Brewes à Londres, par les insurgés de Norfolk, pour demander au roi les lettres d’affranchissement (t. II, p. 6). En 1405, il fait partie d’une expédition contre la France (Rymer, t. VIII, p. 403); en 1406, il intervient dans l’acte par lequel le roi règle sa succession (_Ibid._, p. 463).

[161] Ce personnage figure aussi dans Walsingham (t. II, p. 5) parmi les chevaliers «qui eos sequi compulsi sunt,» à côté de Jean Brewes et Robert de Salle. Le fait ne semble pas prouvé pour ce dernier (Powell, _The Rising in East Anglia in 1381_, p. 31).

Les insurgés partent de Rochester et s’acheminent vers Londres; ils passent la rivière à Brentford[162], puis s’établissent sur la montagne de Blackheath[163], à quatre lieues de Londres. Le maire, Jean Walworth[164], et les notables font fermer et garder la porte du pont de la Tamise. Plus de 30,000 habitants partagent les idées des émeutiers.

[162] Froissart a évidemment confondu ici Brentford sur la Tamise avec Dartford sur la Darent, où la tradition place la première explosion de colère des paysans à propos des vexations des collecteurs de la _poll-tax_. Pour aller de Rochester à Blackheath, on passe en effet par Dartford et non par Brentford.

[163] Ce nom est porté aujourd’hui par une petite localité des environs de Greenwich, dont le parc est encore borné de bruyères au sud et au sud-est.

[164] Le prénom du maire de Londres était _Guillaume_ et non pas Jean, comme en témoignent les documents officiels du _Record Office_ (_Patent Rolls_ 311, nos 4 vº et 5) et un procès-verbal des _Guildhall Records_ (_Letter Book_ H, fol. 133).

Ces derniers députent Jean Newton vers le roi, pour lui demander de venir les trouver et pour se plaindre du mauvais gouvernement du royaume. Le roi leur promet de venir les voir le lendemain jeudi 13 juin. P. 102 à 104, 332, 333.

Le comte de Buckingham ne quitte pas, durant tout ce temps, le pays de Galles, où sa femme[165], fille du comte de Northampton, possède des terres[166]. Le bruit court cependant à Londres qu’il accompagne les émeutiers, et cela à cause d’un certain Thomas, de Kent, qui lui ressemble.

[165] Éléonore de Bohun, fille du comte de Hereford et Northampton, avait épousé Buckingham en 1374.

[166] A son retour de Bretagne, le comte de Buckingham avait appris le mariage de son neveu Henri de Lancastre avec sa belle-sœur, Marie de Bohun, qu’il espérait voir entrer en religion, pour être maître de toute la fortune revenant à sa femme. Il en fut fort mécontent «and never after loved the ducke of Lancaster as he had hitherto done». C’est ainsi que Johnes s’exprime dans un passage qu’il est seul à reproduire (t. I, p. 623-624). Dans ce passage, Froissart donne aux deux sœurs, filles du comte de Northampton, les noms fautifs de Blanche et d’Isabelle, au lieu d’Éléonore et de Marie.

Le comte de Cambridge et ses barons, craignant de voir arrêter leur expédition par cette révolution, mettent à la voile malgré le vent et sont obligés de jeter l’ancre devant Plymouth.

Le duc de Lancastre, malgré les craintes qu’il ressent pour lui-même du mauvais état des choses, car il se sait peu aimé, n’en continue pas moins à traiter avec les barons écossais, les comtes de Douglas, de Moray, de Sutherland, Thomas d’Erskine[167] et autres, qui se montrent d’autant plus difficiles qu’ils sont au courant de ce qui se passe. P. 104 à 106, 333.

[167] Thomas d’Erskine, que nous voyons en 1357 prisonnier des Anglais (Rymer, t. VI, p. 35), intervient au traité de la rançon du roi David, le 3 octobre 1357 (_Ibid._, p. 48). Il va en Angleterre en 1366 et 1367 (_Ibid._, p. 534 et 576) avec 12 chevaliers et a un duel retentissant avec Jean de Douglas en 1367 (_Ibid._, p. 582, 583); en 1369, il se rend en France et en Angleterre (_Ibid._, p. 614) et intervient aux trêves qui sont signées pour quatorze ans (_Ibid._, p. 632). Nous le retrouvons ici négociant de nouvelles trêves, de même qu’en 1384 et 1390 (Rymer, t. VII, p. 434 et 683).

Le jour de la Fête-Dieu arrive (13 juin); le roi entend la messe et, accompagné des comtes de Salisbury, de Warwick, d’Oxford et de quelques chevaliers, il se dirige en bateau vers la rive droite du fleuve, du côté de son château de Rotherhithe[168]. Plus de 10,000 hommes l’accueillent par des cris; très effrayé, il n’aborde pas, et rentre au château de Londres.

[168] Cette ancienne résidence royale a donné son nom à un quartier du Londres actuel.

Furieux de leur déconvenue, les émeutiers envahissent les faubourgs de Londres, saccagent les maisons des gens d’église et de cour, abattent la prison des Maréchaussées[169], délivrent les prisonniers et se présentent aux portes de la ville.

[169] La prison de Marshalsea, qui est démolie aujourd’hui, était située dans le quartier de Southwark, près de l’emplacement où fut bâtie au XVIe siècle l’église actuelle de Saint-George. Elle existait encore en 1826; Dickens y a placé le lieu d’action de son roman _Little Dorrit_.

Le peuple leur ouvre les portes[170]; et ces gens affamés se jettent sans mesure sur les vivres et sur les boissons qu’on leur donne pour les apaiser.

[170] Les insurgés entrèrent du côté d’Aldgate et de Southwark (_Guildhall Records, Letter Book_ H, fol. 133).

Jean Ball, Jack Straw et Wat Tyler, avec une troupe de plus de 30,000 compagnons, brûlent l’hôtel de Savoie[171], propriété du duc de Lancastre, la maison des Hospitaliers connue sous le nom de Saint-Jean de Clerkenwell[172]; puis parcourent les rues, tuent les Flamands[173] qu’ils aperçoivent, forcent et pillent les habitations des Lombards; enfin, rencontrant un riche homme, Richard Lyons[174], qui avait autrefois, pendant les guerres de France, battu Wat Tyler, son valet alors, ils lui coupent la tête, qu’ils promènent en trophée par toute la ville. P. 106 à 108, 333, 334.

[171] L’hôtel de Savoie, construit au milieu du XIIIe siècle, sous le règne de Henri III, par Pierre de Savoie, oncle de la reine, était bientôt devenu la propriété de la maison de Lancastre. Longtemps après l’incendie de 1381 (1505-1511), on bâtit sur son emplacement la Savoy-Chapel, restaurée en 1864.

[172] Ce quartier de Londres possède encore la crypte de l’église Saint-John. D’après Walsingham (t. I, p. 457) l’incendie dura sept jours.

[173] Cette haine du peuple anglais pour les étrangers, et surtout pour les Flamands, a été tout particulièrement signalée par A. Réville (_Positions... de la promotion de 1890_, p. 144, 145 et 146). Les Flamands, massacrés le vendredi 14 _et non le jeudi_, étaient au nombre de 40 (_Guildhall Records, Letter Book_ H, fol. 133).

[174] Impliqué en 1376, en même temps que Latymer, dans une affaire de concussion, Richard Lyons, après avoir vainement essayé de se faire bienvenir du prince de Galles en lui envoyant un baril plein d’or, avait été condamné à la prison perpétuelle, en la Tour de Londres, «pur certaines mesprisons par lui faitz dont il est convict» (Rymer, t. VII, p. 113-114), puis gracié (Knyghton, col. 2636; cf. aussi un passage d’une chronique anonyme publié par Kervyn, t. VIII, p. 469). C’est sans doute en suivant Latymer en France, lors de l’expédition de Buckingham (1380-1381), qu’il avait eu pour valet un Wat Tyler. Richard Lyons fut décapité le jour suivant, vendredi 14. Son château d’Overhall avait été détruit par les insurgés de Suffolk (Powell, _The Rising in East Anglia in 1381_, p. 10).

Le soir, les insurgés campent sur la place Sainte-Catherine[175], devant la Tour et le château de Londres; ils veulent, disent-ils, que le roi écoute leurs doléances et que le chancelier rende compte de tout l’argent qui, depuis cinq ans, a été levé dans le pays.

[175] En aval de la Tour de Londres; le nom est resté aux Saint Katherine’s Docks.

Le roi et son conseil, se tenant dans la Tour de Londres, sont prêts à écouter l’avis de Walworth, qui veut à minuit tomber sur tout ce monde et le massacrer. Robert Knolles a plus de 120 compagnons sous ses ordres; de même Perducat d’Albret. Avec ses chevaliers, les notables de la ville et leurs valets, le roi peut opposer au moins 7 ou 8,000 hommes aux 60,000 émeutiers. Mais le peuple de Londres n’est pas sûr; mieux vaut, comme le conseillent le comte de Salisbury et d’autres, accorder ce que demandent ces gens. On n’attaque donc point. P. 108 à 110, 334, 335.

Le vendredi matin, le peuple demande à parler au roi; il menace d’assiéger le château. Le roi leur fait dire par le maire d’aller hors de Londres, à Mile-End[176], où il ira les trouver et leur accordera ce qu’ils réclament.

[176] Ce nom, donné alors à une grande plaine, a été conservé à une rue située à l’extrémité est de Londres.

Les émeutiers quittent donc peu à peu la ville, mais non pas tous. Aussitôt que le roi, ses deux frères et les barons de sa suite sont sortis, 400 bandits, conduits par Jean Ball, Jack Straw et Wat Tyler, pénètrent dans les chambres du château[177] et massacrent l’archevêque de Cantorbéry, Simond de Sudbury, chancelier d’Angleterre; de même sont tués le grand prieur des Hospitaliers[178], un frère mineur, médecin du duc de Lancastre[179], et Jean Leg[180], sergent d’armes du roi; les quatre têtes sont placées sur le pont de Londres[181].

[177] Walsingham dit que le roi avait permis aux insurgés d’entrer dans la Tour (t. I, p. 458).

[178] Robert de Hales, trésorier du roi, dont le palais de Hybery, situé à deux lieues de Londres, fut détruit complètement (Knyghton, col. 2636).

[179] Ce frère mineur se nommait Guillaume Appelton (_Guildhall Records, Letter Book_ H, fol. 133).

[180] Jean Leg, chargé, en 1380, de lever l’impôt de la _poll-tax_, était, en 1370, sergent d’armes du roi; il avait dû, à cette époque, s’occuper de rassembler des bateaux pour l’expédition de Robert Knolles en France (Rymer, t. VI, p. 659). En 1373, on lui avait confié la garde des deux fils de Charles de Blois (_Ibid._, t. VII, p. 26).

[181] A ces noms, il faut ajouter un certain Richard Somenour, qui, avec les autres, fut décapité sur le Tower hill, où avaient lieu les exécutions pour crime de haute trahison (_Guildhall Records, Letter Book_ H, fol. 133).

Les misérables entrent aussi dans la chambre de la mère du roi, dont ils mettent le lit en pièces; la malheureuse femme, à demi morte de peur, est transportée en bateau à la Tour royale, à la Garde-robe de la reine[182], où elle reste toute la journée et la nuit suivante[183]. P. 110 à 112, 335, 336.

[182] La Tour royale, où était la Garde-robe de la reine, était située sur la rive gauche de la Tamise, non loin du pont actuel des Blackfriars.

[183] Le procès-verbal des _Guildhall Records_, qui semble ici incomplet intentionnellement (il ne parle pas des chartes octroyées par le roi à Mile-End), reste muet aussi sur les outrages faits à la reine mère, qui se serait rendue de la Tour à la Garde-robe non pas en bateau, mais en suivant le roi en char.

Le roi s’avance avec une faible escorte sur la place de Mile-End, où l’abandonnent ses deux frères et Jean de Gommegnies. Il s’adresse alors au peuple, et, après des pourparlers, il promet l’abolition du servage; chaque village aura sa charte d’affranchissement et sa bannière; tout est pardonné. L’apaisement se fait, les insurgés rentrent à Londres, et, à mesure que sont écrites les chartes[184], ils les emportent et rentrent dans leurs pays. Tous cependant ne partent pas; près de 30,000 restent à Londres avec Wat Tyler, Jack Straw et Jean Ball, attendant une occasion de pillage[185].

[184] Ces lettres, dont la teneur est donnée par Walsingham (t. I, p. 467), sont datées du 15 juin: non seulement elles affranchissent les serfs, mais encore leur pardonnent tous leurs crimes et délits.

[185] Sous le prétexte de discuter les termes des chartes d’affranchissement (Walsingham, t. I, p. 463).

Le roi, voyant la rébellion un moment apaisée, se rend à la Tour royale pour rassurer sa mère: il y passe la nuit du vendredi. P. 112 à 114, 336.

Les mêmes scènes de désordre se présentent ailleurs, à Norwich[186], entre autres, où les bandes de Lynn, de Cambridge et de Yarmouth, conduites par Guillaume Lister[187], ne pouvant persuader au capitaine de la ville, Robert Sall[188], de venir avec elles, le tuent lâchement, le jour même de la Fête-Dieu, alors qu’à Londres on brûle l’hôtel de Savoie et qu’on brise les portes de la prison de Newgate[189]. P. 114 à 116, 336, 337.

[186] D’après A. Réville, c’est le 17 juin que la bande de _Geoffrey_ Listere, «recrutée dans la région de Holt et de North Walsham,» marcha sur Norwich (_Positions de thèses..._, p. 145). Au dire de Walsingham (t. II, p. 5), le nombre des chevaliers entraînés par les insurgés fut considérable en Norfolk.

[187] _Geoffroy_ Listere, un teinturier de Norwich, qui «apud North Walsham et nomen et potestatem regiam exercebat» (_Chr. a monacho Sancti Albani_, p. 310), était réellement de Felmingham (Powell, _The Rising in East Anglia in 1381_, p. 27).

[188] C’est en refusant de suivre les insurgés que Robert Sall fut tué (_Chr. a monacho Sancti Albani_, p. 305). Frappé tout d’abord par Henry Rise, il fut achevé par Adam Blak, William Broom, etc. (_Communication de M. Petit-Dutaillis, d’après les papiers d’André Réville_). Les rôles municipaux de Norwich consultés par A. Réville ne disent nullement que Robert Sall fût _capitaine_ de la ville. Fait chevalier par Édouard III, Robert Sall représentait au Parlement le comté de Norfolk (Powell, _The Rising in East Anglia in 1381_, p. 29).

[189] La principale prison de Londres porte encore aujourd’hui ce nom.

Le samedi matin, 15 juin, le roi quitte la Tour royale, va à Westminster faire ses dévotions, mais n’ose entrer à Londres; arrivé près de l’abbaye de Saint-Barthélemi[190], il tombe, à Smithfield[191], au milieu des partisans de Wat Tyler, qui, au nombre de 20,000, munis de leurs nouvelles bannières, s’apprêtent à piller la ville, avant que les autres bandes, conduites par Guillaume Lister et Thomas Baker[192], ne soient arrivées des autres comtés.

[190] Il ne reste aujourd’hui du prieuré de Saint-Barthélemi que l’église, bien modifiée au XVIe siècle.

[191] Sur la place de Smithfield se donnaient autrefois les tournois et se tenait la foire de Saint-Barthélemi; on y faisait aussi les exécutions capitales.

[192] Ce Thomas Baker n’est autre sans doute que Roger Bacon, lieutenant de G. Listere, qui «déchire la charte des privilèges de Yarmouth, vide la prison, massacre trois prisonniers, pille les collecteurs des coutumes royales» (A. Réville, _Positions des thèses... de 1890_, p. 145). Ce Bacon était chevalier (Powell, _The Rising in East Anglia in 1381_, p. 26).

Wat Tyler s’avance au-devant du roi, se prend de querelle avec un des écuyers et est frappé par le maire de Londres, Jean Walworth: un écuyer, Jean Standish[193], descend de cheval et l’achève. La foule se montre hostile et va faire un mauvais parti au roi, quand des renforts lui arrivent, 7 à 8,000 hommes, amenés par Robert Knolles, Perducat d’Albret, les neuf échevins fidèles et Nicolas Brembre. Fort de cet appui, le roi crée trois nouveaux chevaliers[194]: Jean Walworth, Jean Standish et Nicolas Brembre[195], et fait redemander aux insurgés, par ces trois chevaliers, les bannières qui leur avaient été distribuées. Les bannières sont rendues, déchirées sur place, et la foule rentre sans résistance dans Londres, au grand déplaisir de Robert Knolles, qui eût voulu tuer tout ce monde[196]. Le roi rentre à la Tour royale pour revoir sa mère. Défense est faite à quiconque n’est pas natif de Londres ou n’y demeure pas depuis un an d’y séjourner plus tard que le dimanche suivant, sous peine de mort. Chacun s’en retourne donc dans son pays[197]. Jean Ball[198] et Jack Straw[199], découverts dans leur cachette, sont décapités, ainsi que Wat Tyler[200]. Ces exécutions arrêtent la marche des bandes qui, appelées par les gens du Kent, se disposaient à venir à Londres. P. 116 à 124, 337 à 340.

[193] Ce jeune écuyer du roi ne peut sans doute pas être le même que le Jean Standisch, qui était chargé, en 1346, de conduire à la Tour de Londres un prisonnier écossais (Rymer, t. V, p. 534), d’autant que son vrai prénom est _Raoul_ et non _Jean_ (voy. la note suivante).

[194] Les noms ne sont pas les mêmes dans le procès-verbal, où il est dit que le roi «dictum majorem et dominum Nicholaum Brembre et dominum Johannem Phelipot, pridem majores dictæ civitatis, dominum Robertum Launde ordine militari suis propriis manibus decoravit» (_Guildhall Records, Letter Book_ H, fol. 133). On lit dans Knyghton (col. 2637): «Tunc rex dicto Johanni de Walworth et Radulpho de Standiche vicem rependens, ipsos cum aliis .IIII. burgensibus de civitate militari cingulo sublimavit, scilicet dominos Johannem Philipote, Nicholaum de Brembre, et Johannem Lande, Nicholaum Twyford.»

[195] Nous voyons Nicolas Brembre prêter de l’argent au roi «in magnis et urgentibus necessitatibus,» probablement en 1381 (Rymer, t. VII, p. 459); il est membre du conseil du roi en 1388 (_Ibid._, p. 566).

[196] Dans la compagnie du roi se trouvait encore un jeune chevalier de Hainaut, compagnon de Robert de Namur, Henri de Sansselles, que Johnes cite dans une addition à notre texte (t. I, p. 663, en note). Froissart l’a nommé plus haut p. 103.

[197] Le roi, qui avait, le jour même du 15 juin, ajourné le Parlement (Rymer, t. VII, p. 311), donne la garde de la cité de Londres à Guill. Walworth, le maire, Robert Knolles, Jean Philipot, Nicolas Brembre et Robert Launde (_Rec. Off., Patent Rolls_ 311, m. 5), auxquels il adjoint, le 20 juin, Robert Bealknapp et Guillaume Cheyne (_Ibid._, m. 4 vº). A cette date, de nombreuses arrestations sont faites à Londres et ordre est donné à Robert d’Asheton, capitaine de Douvres et garde des Cinq-Ports, à Jean de Clynton, à Thomas Trivet et à Ét. de Valence de s’armer contre les rebelles (_Ibid._).

[198] Arrêté, non pas à Londres, le 15 juin, mais plus tard à Coventry, Jean Ball fut jugé à Saint-Albans, vers le 15 juillet, par Robert Tresilian et condamné à être écartelé, puis pendu; son corps, coupé en quatre morceaux, fut exposé en différents quartiers de la ville (Walsingham, t. II, p. 34; Knyghton, col. 2644). Il avait avoué qu’il avait été poussé à la rébellion par des personnes «of the highest rank and power» (Johnes, t. I, p. 664, en note).

[199] Jack Straw fut pris à Londres: amené devant le maire, il fit sa confession, où il indiqua que son projet était de supprimer le roi, les nobles et les ordres religieux, sauf les frères mendiants, et de s’emparer du pouvoir en nommant un roi à la tête de chaque comté (Walsingham, t. I, p. 9-10; _Chr. a monacho Sancti Albani_, p. 308-310). Il fut décapité.

[200] Wat Tyler avait été tué à Smithfield, par Guillaume Walworth, le 15 juin.

En Écosse, le duc de Lancastre a conclu une trêve de trois ans[201]; muni d’un sauf-conduit donné par les barons écossais, il veut entrer à Berwick, mais l’entrée de la ville lui est interdite par le capitaine Matthieu Redman[202], au nom du duc de Northumberland, qui a donné ordre de ne laisser pénétrer qui que ce fût dans les villes[203].

[201] C’est le 18 juin 1381 que la nouvelle trêve fut signée entre le duc de Lancastre et Jean, comte de Carrick, fils aîné du roi; elle devait prendre fin le jour de la Purification (2 février 1383), et fut proclamée le 10 février 1382 (Rymer, t. VII, p. 312 et 344).

[202] En 1373, Matthieu Redman intervenait au traité d’alliance entre l’Angleterre et le Portugal, et, en 1375, négociait une trêve en Bretagne (Rymer, t. VII, p. 19 et 78).

[203] D’après Knyghton (col. 2641), qui est très sensiblement partial en sa faveur, le duc de Lancastre reçut du duc de Northumberland un envoyé par lequel il lui fit dire qu’il ne pouvait le recevoir dans le château de _Bamborough_, avant de savoir si le roi était bien disposé pour lui. Le duc de Northumberland avait du reste été chargé de la garde des frontières d’Écosse, au sujet desquelles Thomas Seyvill lui était envoyé en juillet 1381 (_Rec. Off., Lord Treas. Rem., For. Rolls_, nº 2). Une addition de Johnes (t. I, p. 664, en note) montre que cette interdiction était spéciale au duc de Lancastre, compromis par les révélations de Jean Ball et de ses complices.

Le duc dissimule la colère qu’il ressent de cet affront et se retire à Roxburgh, dont le châtelain lui appartient. P. 124 à 127, 340, 341.

Ignorant de ce qui se passe exactement en Angleterre, le duc demande alors aux barons d’Écosse de le recevoir dans leur pays; ils viennent le chercher avec 500 lances et l’accompagnent à Édimbourg, où, logé au château, il attend de meilleures nouvelles d’Angleterre.

Le bruit court cependant que le duc a trahi le roi et a embrassé le parti écossais; propos haineux et mensongers propagés par les mêmes hommes qui, à Londres, brûlent l’hôtel de Savoie, propriété du duc[204]. P. 127 à 129, 341, 342.

[204] Les châteaux du duc à Leicester et à Tutbury avaient été saccagés; sa femme, la duchesse Constance, fuyant l’émeute, s’était vu refuser l’entrée de son château de Pontefract et avait été contrainte de se réfugier à Knaresborough. Knyghton prétend (col. 2642) qu’ému par tous ces désastres, où il voyait un châtiment de Dieu, le duc aurait à ce moment fait vœu de renoncer à sa vie de désordre et d’éloigner sa maîtresse Catherine de Swinford. Il l’épousait néanmoins en 1396, deux ans après la mort de la duchesse Constance.

Quand le calme est rétabli, que Baker à Saint-Albans[205], Lister à Stafford[206], Tyler, Ball et Straw à Londres ont payé de leurs vies leur rébellion, le roi décide qu’il parcourra son royaume pour punir les coupables et reprendre les lettres d’affranchissement qu’il n’avait accordées que contraint et forcé. Il part pour le comté de Kent avec 500 lances[207], et arrive à Ospringe[208]: sept des coupables sont pendus, les lettres sont déchirées. Les mêmes exécutions (plus de 1,500) ont lieu à Cantorbéry, à Sandwich, à Yarmouth, à Orwell[209] et ailleurs[210].

[205] Froissart parle à peine de la révolte de Saint-Albans, où la lutte fut vive entre les rebelles commandés par William Grindecob et l’abbé Thomas de la Mare (Walsingham, t. I, p. 467-479). Roger Bacon, qui fut un des chefs de l’insurrection en Norfolk, fut jugé et emprisonné à la Tour de Londres; finalement, il fut amnistié à l’occasion du mariage du roi (Powell, _The Rising in East Anglia in 1381_, p. 39).

[206] Fait prisonnier par l’évêque de Norwich, Henri Spencer, qui s’était mis à la tête des chevaliers de son comté, Lister fut pendu (Walsingham, t. II, p. 8) avec douze complices (Johnes, t. I, p. 664, en note).

[207] Dans cette armée figurait Thomas Trivet «et certains hommes d’armes et archiers chivalchant en sa compaignie» (_Rec. Off., Issue Rolls 304_, m. 2; _Warr. for issues_, bundle 5).

[208] Village du comté de Kent.

[209] Village du comté de Cambridge.

[210] Aussitôt l’émeute apaisée à Londres, le roi était parti pour le Kent, sous prétexte d’un pèlerinage à Cantorbéry, accompagné des comtes de Salisbury, de Suffolk et de Devonshire. Il passe par Rochester où, après enquête faite par J. Newton, de nombreux rebelles sont exécutés; de même à Ospringe et à Cantorbéry (Johnes, t. II, p. 667-668). Le roi se rend alors en Essex, d’où, en date du 23 juin et jours suivants, il envoie à tous les comtés d’Angleterre une proclamation déclarant que les rebelles n’ont point agi par son ordre, comme ils veulent le faire croire, et doivent être poursuivis partout où on les trouvera (_Rec. Off., Patent Rolls 312_, m. 39 vº); des commissaires sont nommés pour chaque comté; le duc de Lancastre est un de ceux du comté d’York; le comte de Buckingham un de ceux du comté d’Essex. De Waltham-Abbey, le roi va à Havering-at-Bower, où de nombreux ordres d’arrestations sont donnés (_Ibid._, m. 33 vº) à partir du 28 juin; le 2 juillet, de Chelmsford, il révoque ses lettres d’affranchissement (Rymer, t. VII, p. 317) et continue ses enquêtes (_Rec. Off., Patent Rolls 312_, m. 33 vº). Revenu à Londres pour quelques jours, le 8 juillet, il s’occupe d’organiser la résistance contre les rebelles dans les différents comtés (_Issue Rolls 303_, m. 9). Le 15, il est à Saint-Albans, où il ordonne plusieurs enquêtes (_Patent Rolls 312_, m. 29 vº), et assiste au supplice de Jean Ball; le 16, il convoque, pour le lundi 16 septembre, le Parlement (_Close Rolls 228_, m. 40 vº; _Issue Rolls 303_, m. 10), que, plus tard, il proroge aux premiers jours de novembre (_Close Rolls 228_, m. 39 vº; _Issue Rolls 303_, m. 14); le 20, étant toujours à Saint-Albans, il reçoit, avant de se rendre à son château de Berkhampstead, le serment de fidélité des gens du Hertford (Walsingham, t. II, p. 39). Il s’occupe enfin, d’accord avec les évêques de Norwich et d’Ely et le comte de Suffolk, des enquêtes et des poursuites à faire dans le Norfolk et le Suffolk (_Rec. Off., Issue Rolls 303_, m. 11; _Lord Treas. Rem., For. Rolls_, nº 2).

Le roi envoie alors un de ses chevaliers, Nicolas Carnefelle, vers le duc de Lancastre, pour lui donner ordre de revenir[211]. Le duc obéit, quitte Édimbourg et va à Roxburgh remercier de leur bon accueil les barons écossais, qui l’accompagnent jusqu’à Melrose; puis il s’achemine vers Londres par Newcastle, Durham et York[212].

[211] Dès le commencement de l’insurrection, le roi avait envoyé au duc de Lancastre Jean Orewell, porteur d’une «quadam billa facta per communes qui insurrexerunt contra pacem» (_Rec. Off., Lord Treas. Rem., For. Rolls_, nº 2). Se sentant soupçonné de pactiser avec les rebelles (Johnes, t. I, p. 664, en note), ou tout au moins avec les barons écossais, qui lui avaient offert des troupes pour marcher contre les révoltés (Walsingham, t. II, p. 42), le duc écrit au roi pour lui expliquer sa «migrationem in Scotiam.» Richard, sur les conseils du comte de Warwick (Johnes, t. I, p. 668), invite à revenir son oncle, qu’il déclare lui être toujours resté fidèle, contrairement aux bruits qui ont couru (3 juillet 1381.--Rymer, t. VII, p. 318), lui donne un sauf-conduit (_Rec. Off., Patent Rolls 312_, m. 35) et, à la date du 5 juillet, ordonne au duc de Northumberland de lui faire escorte (Rymer, t. VII, p. 319).

[212] D’après la rédaction de Johnes (t. II, p. 668), c’est à Newcastle que le duc de Lancastre rencontra le comte de Northumberland, avec lequel il se réconcilia. D’York, en passant par Rothingham et Leicester, le duc arriva à Reading, où il trouva le roi (Knyghton, col. 2641).

A cette époque, meurt Guichard d’Angle, comte de Huntingdon, aux obsèques duquel assistent le roi et toute la cour[213]. P. 129 à 132, 342, 343.

[213] Froissart revient ici avec des détails complémentaires sur la mort de Guichard d’Angle, dont il a déjà parlé (t. IX, p. 236; voy. la note 2 de la p. XCVIII).

De retour en Angleterre, le duc de Lancastre expose au roi ce qu’il a fait au sujet des trêves d’Écosse, mais garde en son cœur rancune au comte de Northumberland, qui lui a fermé les portes de Berwick. Les fêtes de l’Ascension (15 août) arrivent; le roi tient cour plénière à Westminster. Désireux d’aller à Reading[214], à Oxford et à Coventry châtier les rebelles, comme en Sussex et en Kent, il crée de nouveaux chevaliers: le jeune comte Jean de Pembroke[215], Robert Brembre[216], Nicolas Twyford[217] et Adam Fraunceys[218]. A cette solennité assistent de nombreux barons. En leur présence, le duc de Lancastre reproche son action au comte de Northumberland et le défie. Le roi s’interpose et justifie le comte, qui n’a agi que par ses ordres. Ses ordres étaient formels; on a seulement oublié de faire une exception en faveur du duc, la faute en est à un scribe négligent. Ces explications et les supplications des barons décident le duc à faire la paix avec le comte[219]. Le roi part le surlendemain avec 500 lances et 500 archers, pour de nouvelles exécutions[220]. P. 132 à 135, 343, 344.

[214] Capitale du comté de Berks.

[215] Jean de Pembroke, que nous retrouvons en 1386, dans Froissart (Kervyn, t. XXII, p. 341-342), chargé de la défense d’Orwell et de Sandwich, mourut très jeune encore en 1386, à Woodstock, mortellement blessé dans un tournoi.

[216] Il s’agit ici non pas de Robert _Brembre_, mais de Robert _Launde_, qui figure plus haut (p. XXXIV, note 197), et que Knyghton nomme à tort _Jean_ Launde.

[217] Nicolas Twiford, orfèvre de Londres, est chargé, en 1370, d’un essai d’or (Rymer, t. VI, p. 611); en 1389, il était maire de Londres et un des collecteurs du roi en cette ville (_Ibid._, VII, p. 634 et 646).

[218] Adam Fraunceys, marchand de Londres, fut chargé de l’essai de l’or de la rançon du roi Jean, en janvier 1361 (Rymer, t. VI, p. 307); le 22 juin 1372, il est un de ceux qui prêtent de l’argent à la reine Marguerite d’Écosse (_Ibid._, p. 727). En 1405, mentionné comme chevalier, il est collecteur pour le Middlesex (_Ibid._, t. VIII, p. 413); il devint plus tard maire de Londres (_Ibid._, t. XI, p. 29).

[219] D’après Walsingham (t. II, p. 44-45), le duc et le comte comparurent devant le roi à Berkhampstead. Le comte fut d’abord arrêté, puis relâché sous caution des comtes de Warwick et de Suffolk, à condition de se présenter devant le Parlement au commencement de novembre. Le duc de Lancastre, craignant un mauvais accueil à Londres, différa toujours sa comparution, et, l’affaire n’aboutissant pas, le roi força les deux adversaires à se réconcilier.

[220] Le 18 août 1381, le roi avait donné pouvoir au duc de Lancastre pour faire les enquêtes sur l’insurrection (Rymer, t. VII, p. 323; _Rec. Off., Pat. Rolls 312_, m. 26 vº). La répression continua. Le 20, on arrêta un drapier de Londres, Stephen Hull, accusé d’avoir participé à l’incendie de l’hôtel de Savoie (_Rec. Off., Close Rolls 228_, m. 40); le 30, le roi demande le rôle des sentences prononcées dans les divers comtés contre les insurgés (_Ibid._); le 14 septembre, on instruit le procès des gens d’Essex accusés d’avoir pillé et brûlé les domaines de la reine mère (_Id., Pat. Rolls 312_, m. 23 vº). Enfin, le Parlement s’ouvre à la Toussaint (_Rotuli Parliamentorum_, t. III, p. 98). Les lettres d’affranchissement sont révoquées et une amnistie, à laquelle de nombreuses exceptions sont faites, est accordée aux communes rebelles, en échange d’une taxe sur les «leynes, peaulx, lanutz et quirs,» votée difficilement pour cinq ans par le Parlement (_Id._, p. 103) dans les commencements de 1382. A cette date, on peut considérer l’insurrection comme finie.

Le vent se montre enfin favorable, et le comte de Cambridge cingle vers Lisbonne. Sa flotte est assaillie le troisième jour par une tempête terrible, qui sépare les navires. Le comte de Cambridge et la majeure partie de son expédition entrent dans le port de Lisbonne[221], ignorant ce que sont devenus les chevaliers gascons Castelnau, la Barthe, le syndic de Latrau et quarante hommes d’armes.

[221] Le comte de Cambridge n’arriva à Plymouth qu’après le 12 mai 1381, date où fut faite la montre des troupes partant pour le Portugal (Rymer, t. VII, p. 305). D. Nuñez (t. I, p. 319) dit qu’il arriva à Lisbonne le 19 juillet 1381; nous avons cependant un état de solde daté du 2 août, où il est parlé du départ prochain des Anglais (_Rec. Off., Issue Rolls 303_, m. 12). Les bateaux qui emportaient les 3,000 hommes de l’expédition étaient au nombre de quarante et provenaient: sept de Bristol, quatre de Plymouth, un de Lynn, onze de Dartmouth, deux de Bayonne, treize de Lisbonne et deux d’Oporto, comptant en plus près de 1,200 marins (_Rec. Off., Accounts, Queen’s Rem._ 39/17).

Le roi Ferdinand, qui caresse le projet de marier sa fille[222] avec le jeune fils du comte de Cambridge[223], accueille avec joie les chevaliers anglais, qui, au milieu de toutes les réjouissances qu’on leur prodigue[224], songent à leurs compagnons perdus, jetés peut-être par la mer sur les côtes mauresques. Les chevaliers gascons, en effet, ballottés sur les côtes du Maroc et du royaume de Tlemcen, risquent, pendant quarante jours, d’être pris par les Sarrasins. Le vent les ramène enfin dans la mer d’Espagne. Ils se dirigent d’abord sur Séville, où, sur la foi de marchands rencontrés en mer, ils croient que le roi de Castille est assiégé par le roi de Portugal et les Anglais. Détrompés par la vue tranquille de la ville, ils arrivent à Lisbonne et entrent au port, juste au moment où, les croyant morts, leurs compagnons célèbrent un service funèbre en leur honneur dans l’église Sainte-Catherine[225]. La joie est grande de leur retour. P. 135 à 139, 344, 345.

[222] Béatrice de Portugal (voy. la note suivante).

[223] _Édouard_ et non _Jean_, comme le nomme Froissart, n’eut jamais pour femme que Philippine de Mohun. Ses fiançailles, décidées depuis longtemps avec Béatrice de Portugal (voy. plus haut, p. XXII, note 127), furent rompues en 1383 (voy. p. LVIII, note 369) par le mariage de cette princesse avec le roi Jean de Castille.

[224] Le comte de Cambridge fut logé à San Domingo. Les Anglais n’ayant pas amené de chevaux avec eux, le roi Ferdinand s’occupa de leur en procurer et fit don au comte de Cambridge de douze chevaux, et à la comtesse de douze mules richement garnies (D. Nuñez, t. II, p. 319-320).

[225] L’église actuelle de Sainte-Catherine, bâtie sur la colline de même nom, domine le côté ouest du port.

CHAPITRE XIV.

_1381, juillet_. LE COMTE DE FLANDRE ASSIÈGE DE NOUVEAU GAND.--MORT DE GAUTHIER D’ENGHIEN.--_Octobre_. CONFÉRENCES D’HAERLEBEKE.--_1382, janvier._ MEURTRES DE SIMON BETTE ET DE GILBERT DE GRUTERE; PUISSANCE DE PHILIPPE D’ARTEVELDE. (§§ 228 à 234[226]).

Philippe d’Artevelde, une fois maître du pouvoir à Gand[227], suit les conseils de Pierre du Bois, qui le pousse à la cruauté, et fait tuer douze des meurtriers de son père; il consolide sa puissance en s’appuyant surtout sur les gens sans aveu. Du reste, tous les partis sont d’accord dans la ville et se soutiennent mutuellement.

[226] Nous nous sommes arrêté dans ce paragraphe à la fin de la l. 12 de la p. 152.

[227] Ce n’est que plus tard, le 24 janvier 1382, d’après Meyer (fol. 180 rº), que Philippe d’Artevelde fut nommé _rewaert_ de Gand, après le meurtre de Gilles le Foulon. C’est à cette date que nous trouvons la mention de sommes touchées par Philippe d’Artevelde (_Rekeningen_, p. 278 et 310).

Tandis que le doyen des tisserands, chez qui on trouve de la poudre de mine toute mouillée, est accusé de trahison et mis à mort[228], le comte de Flandre s’apprête à faire de nouveau le siège de Gand et convoque ses vassaux. Sa mère, la comtesse d’Artois, vient de mourir[229]. P. 139 à 141, 345.

[228] Ce doyen des tisserands, accusé de trahison, se nommait Liévin Walrave (Meyer, fol. 179 rº).

[229] Marguerite, comtesse de Flandre, fille du roi Philippe le Long, avait toujours exercé sur son fils une influence utile à la France. Elle ne mourut que l’année suivante, en 1382. Son corps fut transféré à Saint-Denis le 9 mai 1382 (_Religieux de Saint-Denis_, t. I, p. 158); les obsèques, auxquelles le roi Charles VI assista, eurent lieu le 18 mai (_Chronographia_, t. III, p. 36). Les diverses chroniques ne parlent que plus tard de la présence d’Artésiens dans l’armée du comte.

Gauthier d’Enghien se garde de manquer à l’appel et, durant le siège de Gand, il se distingue dans maintes escarmouches, lui et ses chevaliers de Hainaut. C’est ainsi qu’un dimanche de juin, il prend et brûle la ville de Grammont, y tue plus de 500 hommes, et vient recevoir les félicitations du comte sous les murs de Gand[230]. P. 141, 142, 346.

[230] Ce nouveau siège de Gand commença dans les premiers jours de juillet 1381 et le sac de Grammont, qui le précède, doit sans doute être daté du 30 juin, dimanche suivant la Saint-Jean (_Ist. et chr._, t. II, p. 245). D’après certaines chroniques le siège ne dura guère que trois semaines; d’après d’autres, le comte le leva vers le 1er octobre.

Un mois après, un jeudi, accompagné de plusieurs chevaliers, il est surpris par une embuscade de Gantois et massacré[231]. Avec lui sont tués le seigneur de Montigni, son fidèle compagnon, le bâtard d’Enghien, son frère, et Gilles du Trisson. Blessé grièvement, Michel de la Hamaide, cousin de Gauthier d’Enghien, n’est sauvé que grâce à Hustin du Lai. Le corps du seigneur d’Enghien est rendu par les Gantois contre paiement de 1,000 francs: on l’enterre à Enghien[232]. P. 142 à 145, 346, 347.

[231] La date de la mort de Gauthier d’Enghien, qui varie suivant les chroniques, est fixée vraisemblablement par Meyer au jeudi 18 juillet 1381.

[232] Gauthier d’Enghien fut enterré, non pas à Enghien, mais dans une chartreuse près de Bruges, en octobre 1381. Il fut payé pour ses obsèques à «sire François, l’aumônier et capellain Monseigneur,» la somme de 60 livres (_Arch. du Nord_, pièce citée par Le Glay, _Chr. rimée_, p. 102).

Désespéré de la mort de Gauthier d’Enghien, le comte lève le siège de Gand et s’en retourne à Bruges, après avoir établi des garnisons dans les villes voisines. Il ne peut obtenir des Liégeois qu’ils renoncent à ravitailler les Gantois; il est plus heureux auprès du duc de Brabant. Le duc Aubert transmet ses ordres à son bailli de Hainaut, Simon de Lalaing[233], qui les fait exécuter en Hainaut, mais non en Hollande et en Zélande[234].

[233] Voy. une généalogie de la maison de Lalaing dans les _Pièces originales_ de la _Bibl. nat._, vol. 1622.

[234] La levée du siège de Gand fut pour les habitants de cette ville le commencement d’une période de troubles et d’anarchie. Pour bien accentuer leur séparation complète du reste de la Flandre, les Gantois se déclarèrent urbanistes et nommèrent un évêque de cette opinion (voy. plus loin, p. LXXII; _Ist. et chr._, t. II, p. 175); et, sous la conduite de Gilles le Foulon, ils se livrèrent au pillage de la campagne environnante; mais, harcelés sans cesse par les garnisons voisines, ravitaillés imparfaitement par leurs amis de Hollande et du Liégeois, pressés par le duc Aubert de faire la paix, ils s’y seraient résolus dès septembre 1381, si les exigences du comte, qui ne cherchait qu’à différer, n’avaient pas été si grandes (Meyer, fol. 179 vº). Après de nouvelles hostilités et malgré les résistances du parti révolutionnaire, les conférences de Haerlebeke eurent lieu du 30 septembre au 2 octobre et du 5 au 7 octobre 1381 (_Rekeningen_, p. 272-273). Elles avaient été précédées d’autres conférences tenues à Oedelem, près de Bruges, le 8 juin, et du 13 au 20 août (_Ibid._, p. 186 et 271).

Cependant, des conférences s’ouvrent à Haerlebeke, où le comte et les villes de Flandre envoient des représentants[235], comme aussi les pays de Brabant, de Hainaut et de Liège. Les Gantois sont au nombre de douze, parmi eux Gilbert de Grutere[236] et Simon Bette. La paix, désirée par tous les gens paisibles, est décidée sous certaines conditions; et les Gantois rentrent dans leur ville. Gilbert de Grutere et Simon Bette annoncent à leurs amis que bientôt la paix sera signée, joyeuse pour les honnêtes gens, mais funeste pour les mauvais citoyens. P. 145 à 147, 347, 348.

[235] Les représentants du comte aux conférences de Haerlebeke furent messire de la Gruthuse, Josse de Halewin, messire Jean de Halewin, maître Pierre de la Zeppe, le receveur et Gilles le Souton, «envoyés par deux fois ou mois d’octobre l’an IIIIxx et I à Haerlebeke pour tenir journée contre chiaus de Gand.» Les frais de cette ambassade montèrent à 142 livres, 13 sous, d’après un compte des archives de Lille, cité par Le Glay (_Chr. rimée_, p. 102).

[236] Gilbert de Grutere n’assista qu’aux dernières conférences, du 5 au 7 octobre (_Rekeningen_, p. 272).

Informé de ce qui se passe et voyant dans les paroles de Gilbert de Grutere et de Simon Bette une menace pour lui, Pierre du Bois, d’accord avec Philippe d’Artevelde, convoque ses gens pour le jour où le traité doit être rendu public dans la halle de Gand. P. 147 à 149, 348, 349.

Le jour dit, à neuf heures du matin, les échevins et les notables de la ville se réunissent pour entendre ceux d’entre eux qui sont allés à Haerlebeke. Gilbert de Grutere et Simon Bette prennent la parole et expliquent comment, grâce à l’intervention des ducs de Brabant et de Bavière, le comte consent à la paix, sous la condition que dans les quinze jours on lui livre 200 otages, qu’il désignera lui-même, pour aller à Lille se mettre à sa merci. Pierre du Bois se montre alors et reproche à Gilbert Grutere d’avoir trahi la ville en disposant ainsi de la vie de 200 de ses concitoyens: tirant sa dague, il le frappe à mort; Philippe d’Artevelde poignarde de son côté Simon Bette. Une émeute semble poindre; elle se calme bientôt, tandis que le comte, apprenant à Bruges ces deux meurtres, jure de se venger[237]. P. 149 à 151, 349, 350.

[237] D’après le _Memorie Boek_ de Gand, cité par Kervyn (t. IX, p. 566), un mouvement populaire se produisit le 26 janvier 1382. Simon Bette, premier échevin de la Keure, ne périt que le jeudi 30.

Les Gantois pleurent tout bas ces deux victimes, mais ils sont terrorisés[238] et continuent à souffrir de la guerre, exposés à être faits prisonniers par les garnisons qui les guettent, et ne recevant plus de vivres ni du Brabant ni du Hainaut. P. 151, 152, 350.

[238] Maître de la ville, Philippe d’Artevelde édicte de nouvelles lois et fait nommer quatre tribuns: Pierre du Bois, Jacques le Riche, doyen des tisserands, Jean de Heyst et Rasse Vande Voorde (Meyer, fol. 180 vº). Voy. Kervyn, t. IX, p. 566-567.

CHAPITRE XV.

_1382, 24 février._ RÉVOLTE A ROUEN.--_1er mars._ ÉMEUTE DES MAILLOTINS.--_14 janvier._ MARIAGE DU ROI RICHARD II ET D’ANNE DE BOHÊME.--_22 février._ LE DUC D’ANJOU ARRIVE A AVIGNON.--_13 juin._ IL PART POUR L’ITALIE.--_14 octobre._ IL PÉNÈTRE SUR LE TERRITOIRE NAPOLITAIN.--_Mai-juin._ CHEVAUCHÉE DES ANGLAIS EN ESTRAMADURE.--_Août._ COMMENCEMENT DES POURPARLERS DE PAIX ENTRE LE PORTUGAL ET LA CASTILLE.--_Octobre._ DÉPART DU COMTE DE CAMBRIDGE (§§ 234[239] à 262).

Les Parisiens, eux aussi, s’insurgent à la même époque contre le roi, qui veut rétablir les aides et autres impôts dont la suppression, accordée par feu Charles V, avait été confirmée lors du couronnement à Reims[240].

[239] Ce paragraphe ne commence dans ce chapitre qu’à la ligne 13 de la page 152.

[240] La suppression des aides accordée à Paris le 15 novembre 1380 (voy. plus haut, p. V, note 23) avait été accueillie avec joie. La fin du règne de Charles V fut en effet marquée par une augmentation sensible des impôts, dont on souffrit vivement: «Dyablement y ait part,» disait en parlant du feu roi un homme du peuple, «quant il a vescu si longuement, car il nous feust mieulx, s’il feust mort passé a.X. ans!» (_Arch. nat._, JJ 136, fol. 13 vº). «Maudite soit l’heure que il fu onques nez ne sacrez!» disait un autre (_Ibid._, JJ 144, fol. 169 vº). Aussi, quand le 4 mars 1381 «ont esté mandé à Paris les gens des trois estas de la Languedouyl et a esté assemblée à Paris pour avoir ayde pour le fait de la guerre» (_Ibid._, X1a 1471, fol. 443), les États refusèrent l’aide. De même à Compiègne et à Senlis. Le roi dut se contenter d’une taille accordée à Paris et dans le diocèse de Sens et de subsides du clergé obtenus par le pape en septembre 1381. Après un accord fait avec le prévôt des marchands et les bourgeois de Paris en janvier, il est décidé qu’au 1er mars prochain un impôt sera perçu sur le vin et sur le sel et 8 deniers (12, d’après d’autres chroniques) par livre de toute marchandise (_Chronographia_, t. III, p. 3-8). L’ordonnance est publiée au mois de janvier à huis-clos au Châtelet; on afferme les impôts, et le dernier jour de février on a recours à une ruse pour l’annoncer au peuple (_Religieux de Saint-Denis_, t. I, p. 134).

Le roi et son conseil sont forcés de se réfugier à Meaux[241]; le peuple de Paris prend les armes[242], massacre les collecteurs, ouvre les portes des prisons[243], pille les maisons[244] et délivre Hugues Aubriot[245], ancien prévôt du Châtelet, condamné à la prison pour ses méfaits dignes du feu: il se hâte de fuir en Bourgogne.

[241] Les détails donnés par Froissart sur la révolte des Maillotins sont assez confus et incomplets; ils doivent être rectifiés et complétés par d’autres chroniques, principalement par la _Chronographia regum francorum_, p. p. M. H. Moranvillé. Lorsque, le 1er mars 1382, la révolte éclata au sujet du recouvrement de l’impôt, la cour, forcée de fuir à la hâte, se réfugia non pas à Meaux, mais à Vincennes (_Œuvres d’Eustache Deschamps_, t. III, p. 139), où était le roi, qui n’alla à Meaux qu’en avril, après la répression de l’émeute de Rouen (Petit, _Séjours de Charles VI_, p. 13).

[242] Le peuple s’empare à l’hôtel de ville de douze mille maillets de plomb, que Hugues Aubriot avait autrefois fait faire en prévision d’une guerre (_Chronographia_, t. III, p. 23); les insurgés, au nombre de 4,000, se rassemblent sur la place de Grève.

[243] L’émeute avait des partisans, même parmi les sergents du guet: l’un d’eux, Jean Évrart, «fut un des principaulx rompeurs et briseurs de noz prisons du Chastellet» (_Arch. nat._, JJ 138, p. 123).

[244] Les Maillotins tuent plusieurs gens de justice (_Chronographia_, t. III, p. 23-24), portent le pillage «à Montmartre, à Sainte Katherine, à Saint Éloy et en l’ostel» du duc d’Anjou (_Arch. nat._, JJ 136, fol. 1 vº). Le peuple profite du désordre pour tuer et piller de nouveau. Les Juifs ne sont pas épargnés à Paris (_Ibid._, JJ 122, fol. 55, et JJ 136, fol. 114), non plus qu’à Mantes (_Ibid._, JJ 122, fol. 96 vº) «et en aucunes autres villes» (_Ibid._, JJ 136, fol. 113): on les tue, on les robe «de toutes leurs chevances tant d’or, d’argent, de joyaux et autres meubles, comme de leurs lettres et obligations en quoy leurs debteurs estoient tenuz à eux» (_Ibid._).

[245] Bourguignon d’origine, Hugues Aubriot intervient en 1360 (Froissart, t. V, p. LXVII, note 2) avec six autres bourgeois au traité par lequel le roi d’Angleterre s’engage à respecter la Bourgogne, moyennant une somme garantie par les dits bourgeois. Bailli de Dijon en 1362 (Moranvillé, _Étude sur Jean le Mercier_, p. 85, note 2), il l’est encore en 1366 (Petit, _Itinéraires_, p. 469). Charles V le fait alors venir auprès de lui. Prévôt de Paris en 1367, il embellit et assainit la ville, mais indispose contre lui les clercs de l’Université par ses règlements de police. Il est créé chevalier par le roi et devient maître des comptes en 1378 (_Arch. nat._, P 2295, fol. 529). Aux obsèques de Charles V, il entre en lutte ouverte avec l’Université (_Chr. des Quatre Valois_, p. 288); accusé d’hérésie, de liaison avec des Juives et d’autres crimes encore (_Religieux de Saint-Denis_, t. I, p. 102-104), il est arrêté, obligé de désavouer ses erreurs (_Chronographia_, t. III, p. 5) le 17 mai 1381 et condamné à la prison perpétuelle. Délivré le 1er mars 1382 par les Maillotins, qui veulent en faire leur chef, il s’enfuit d’abord en Bourgogne, puis à Sommières en Languedoc, où le pape lui assigne résidence (voy. la notice de Le Roux de Lincy, _Bibl. de l’Éc. des chartes_, t. XXIII, p. 173-213, et _Ist. et chr. de Flandre_, t. II, p. 255-256). D’après les _Grandes Chroniques_ (t. VI, p. 475), il «demoura toujours prevost de Paris» jusqu’à sa condamnation. Une quittance (_Bibl. nat., Clair._ vol. 7, nº 139) en date du 9 novembre 1375 nous apprend quels étaient les gages d’Aubriot, qui, pour le terme de la Toussaint, reçoit 150 livres, 2 sols et 7 deniers.

Effrayé de cette émeute, le roi se décide à envoyer aux Parisiens le sire de Couci[246], pour traiter avec eux. P. 152, 153, 350.

[246] L’intervention d’Enguerran de Couci eut lieu deux fois: d’abord le 1er mars 1382, et plus tard au mois d’avril, après la répression de l’émeute de Rouen. Froissart supprime tous les faits qui se sont passés entre ces deux dates. Le 1er mars 1382, à la première nouvelle de la révolte, le roi envoie le duc de Bourgogne et le sire de Couci pour apaiser le peuple. Sur le refus du roi de supprimer les impôts, les troubles continuent: on ouvre les prisons du Châtelet, dont on incendie les papiers, de Sainte-Geneviève et de Saint-Germain. L’émeute dure jusqu’au 4 mars. Après des pourparlers assez longs, le roi finit par obtenir des bourgeois, terrorisés par le peuple et les troupes menaçantes du duc d’Anjou, la punition des coupables. Dans la nuit du 10 au 11, on arrête un grand nombre de Maillotins qui, du 12 au 15, sont décollés ou pendus, à l’indignation croissante des Parisiens. La paix semble rétablie, sans que le roi ait obtenu de subsides: il part pour Rouen (_Chronographia_, t. III, p. 24-30).

Sans autre suite que sa domesticité ordinaire, le sire de Couci se rend à Paris, descend à son hôtel et entre en négociations avec les chefs des émeutiers. En échange de la suppression des aides, ceux-ci s’engagent à payer chaque semaine à un receveur spécial du roi la somme de 10,000 francs, destinée uniquement à la solde des gens d’armes. Le roi, espérant mieux de l’avenir, accepte ce marché, mais reste éloigné de Paris[247]. P. 153 à 155, 350, 351.

[247] Après son départ de Rouen, le roi s’arrête à Compiègne, où il convoque vers le milieu d’avril (_Religieux de Saint-Denis_, t. I, p. 148) les trois États de la province de Reims, qui ne lui accordent pas entièrement ce qu’il désire (_Chronographia_, t. III, p. 32). Il demande alors aux Parisiens sur quelle aide il peut compter de leur part. Le sire de Couci part de Meaux, où est le roi (20 avril), pour chercher une réponse. Paris offre 12,000 francs pour les besoins personnels du roi. Le 18 mai, une conférence a lieu à Saint-Denis entre les représentants du roi, à la tête desquels se trouve le président au Parlement Arnaud de Corbie, et ceux de la ville, dirigés par l’avocat Jean Desmarès. Moyennant une amnistie générale remontant au 1er mars et la renonciation à toute aide, la ville accorde au roi une taille de 80,000 francs (le _Religieux de Saint-Denis_ dit 100,000), dont 12,000 pour le roi et 8,000 pour les réparations de la ville; les 60,000 autres, destinés à la solde des gens de guerre, doivent rester entre les mains d’un receveur spécial (_Chronographia_, t. III, p. 36-37). «Et par ce furent pour lors paix et accort entre le roi et eulx» (_Chr. des Quatre Valois_, p. 302). Le roi, mécontent de cette solution, ne fit son entrée à Paris que le 1er juin et se hâta d’aller ensuite à Maubuisson (p. 303).

Même insurrection à Rouen au sujet des aides; meurtres du châtelain et des collecteurs. Craignant que l’exemple ne soit contagieux pour les autres villes, le roi arrive à Rouen, apaise la révolte et obtient pour chaque semaine une somme qui sera payée à un receveur spécial[248]. P. 155, 156, 351.

[248] L’émeute de Rouen précéda celle de Paris et commença le lundi 24 février, jour de la Saint-Mathias, «pour ce que le roy et son conseil revoudrent avoir toutes les aides comme devant» (_Chronique de Pierre Cochon_, p. 163), et dura trois jours, pendant lesquels il y eut «infractions de prisons, maisons rompues, murtres, larrecins, monopoles, conspiracions, assemblées, sons de cloches, portes fermées, pors d’armes, crimes de lese majesté, infractions de sauvegarde, sacrileges et infractions d’eglises et lieux saints, et autres maulx et inconveniens» (_Arch. nat._, JJ 122, fol. 56 vº). Les Rouennais, ayant à leur tête un drapier du nom de Jean le Cras (_Religieux de Saint-Denis_, t. I, p. 130), obtiennent par la force du chapitre de Notre-Dame et des religieux de Saint-Ouen le renoncement à leurs droits (_Ibid._, p. 164-165; _Chr. des Quatre Valois_, p. 298), puis envoient demander au roi des lettres de rémission. Le roi part de Vincennes le 17 mars et séjourne à Pont-de-l’Arche du 23 au 27 (Petit, _Séjours de Ch. VI_, p. 13). Avant de faire une entrée triomphale à Rouen, il fait mettre à mort les plus compromis des émeutiers et déposer toutes les armes au château, puis, proclamant son pardon, il entre dans la ville le samedi 29, veille des Rameaux, et y reste jusqu’au 6 avril, jour de Pâques. Le maire de la ville est suspendu et sa mairie mise entre les mains du bailli de Rouen (_Chr. de Pierre Cochon_, p. 166). «Le roy estant à Rouen, fut par les barons et prelas et bourgois de Normendie acordée l’imposicion eu cas que les autres provinces du royaume de France l’acorderoient» (_Chr. des Quatre Valois_, p. 301).

Désireux de conquérir le royaume, dont le pape Clément l’a déclaré héritier, le duc d’Anjou prépare sa campagne d’Italie[249]. Ne négligeant rien pour se faire bienvenir des Parisiens, dont il espère obtenir des subsides, il s’entend avec le duc de Savoie[250], qui, moyennant 500,000 florins, lui fournira mille lances pour un an. Le duc, de son côté, engage à sa solde 9,000 hommes d’armes[251] et s’occupe de tous les préparatifs nécessaires à un long voyage. P. 156, 157, 351, 352.

[249] Les hésitations du duc d’Anjou furent grandes avant de se décider à aller en Italie. Malgré la prise d’Arezzo par Charles de la Paix, que le pape Urbain avait reconnu roi de Sicile, malgré les appels de la reine Jeanne (4 juin 1381), qui lui promettait de le faire couronner roi dès son arrivée en Italie (_Bibl. nat., coll. Dupuy 845_, 2e partie, fol. 26), malgré l’entrée à Rome (8 juin) de Charles, qui se fait couronner par Urbain et s’empare de Naples (16 juillet), le duc attend toujours, «illam guerram arripere trepidans» (_Chronographia_, t. III, p. 15 et 20). Dans un conseil du roi tenu à Créci les 26-28 juillet (_Journal de Jean le Fèvre_, p. p. H. Moranvillé, t. I, p. 8), il avait été alloué au duc 60,000 francs sur les aides; le roi lui donnait de plus 50,000 francs en pièces d’argenterie, «subsides auxquels il convient de joindre 32,000 francs que Louis s’était appropriés à la mort de son frère» (Valois, _La France et le grand schisme d’Occident_, t. II, p. 14-15). Décidé pour le moment à envoyer des secours pécuniaires à la reine Jeanne (_Journal de Jean le Fèvre_, t. I, p. 9-10), il apprend le 25 septembre qu’assiégée dans Castel Nuovo, elle s’est rendue à Charles de la Paix après la défaite de son mari, Othon de Brunswick; tout le pays, devenu urbaniste, s’est soumis au nouveau roi (Valois, _La France et le grand schisme_, t. II, p. 11-12). Le duc semble renoncer à ses projets définitivement; mais, à la fin d’octobre, il cherche à se renseigner auprès du pape sur les dispositions des Provençaux à son égard; enfin, le 8 janvier 1383, il s’engage à risquer l’entreprise malgré tout et envoie à Avignon son chancelier Jean le Fèvre (_Journal de Jean le Fèvre_, t. I, p. 11-14).

[250] Avant de partir pour l’Italie, le duc d’Anjou avait essayé, mais en vain, de contracter une alliance avec les Bolonais, les Florentins et les Génois. Ses ambassadeurs avaient été plus heureux avec les Visconti de Milan. Un projet de mariage avait été ébauché entre Louis, fils aîné du duc d’Anjou, et une des filles de Bernabo. Ce dernier s’engageait à payer pendant six mois la solde de 2,000 lances, commandées par un de ses fils. Même réussite auprès d’Amédée, comte de Savoie, auquel le duc abandonnait sur son futur royaume le Piémont et quelques villes. Le comte, en échange, suivait le duc en Italie avec 1,200 lances (Valois, _La France et le grand schisme_, t. II, p. 29-35).

[251] La majeure partie des troupes recrutées par le duc d’Anjou se composait des «gens d’armes de Bertram du Guesclin, qui encore se tenoyent ensemble» (_Ist. et ch. de Flandre_, t. II, p. 173).

Pendant que le comte de Cambridge et ses gens se reposent à Lisbonne, on célèbre le mariage de Jean[252], fils du comte de Cambridge, et de Béatrice, fille du roi de Portugal, tous deux âgés de dix ans ou à peu près. Les enfants sont couchés nus dans le même lit.

[252] Les fiançailles d’_Édouard_, et non de _Jean_, fils du comte de Cambridge, avec la princesse Béatrice, furent solennellement célébrées. Couchés dans le même lit, _suivant la coutume anglaise_, ils furent bénis par l’évêque de Lisbonne et reçurent le serment de fidélité des nobles de Portugal (D. Nuñez, _Cronicas_, t. II, p. 321).

Après les fêtes du mariage[253], le roi assigne comme garnison au comte de Cambridge et à ses gens la ville d’Estremoz[254]; aux chevaliers anglais et gascons Villa Viçosa[255], leur recommandant de ne faire aucune chevauchée sans sa permission. Pendant ce temps, le roi de Castille[256], séjournant à Séville, fait venir des renforts de France. P. 157 à 159, 352.

[253] Les troupes anglaises se livrèrent à Lisbonne à des excès et à des désordres sans nombre; se conduisant en hommes qui viendraient, non pas défendre le pays, mais le ruiner, ils pillaient les villes et violaient les femmes (F. Lopes, dans la _Collecâo de libros ineditos_ de José Correa de Serra, t. IV, p. 413). Le roi de Portugal chercha alors à les éloigner; il aurait voulu les voir s’établir sur les rives de la Guadiana, à la frontière même; mais ils restèrent à Villa Viçosa, où ils continuèrent à exaspérer les populations, qui ne pouvaient se venger d’eux qu’en cachette (D. Nuñez, t. II, p. 323-324).

[254] Portugal, prov. d’Alentejo.

[255] Portugal, prov. d’Alentejo, près de la frontière d’Espagne.

[256] Après la prise d’Almeida, le roi de Castille était venu à Coca. Le 9 décembre 1381, il est à Madrigal; le 31 à Avila (Ayala, t. II, p. 155).

Désireux de ne pas rester inactifs dans leur garnison de Villa Viçosa, le Chanoine de Robersart et les autres chevaliers gascons et anglais[257] envoient un des leurs, Jean de Sandwich, demander au roi l’autorisation de faire une chevauchée en pays ennemi. Refus du roi. Les chevaliers décident d’agir quand même, et, avec 400 hommes d’armes et 400 archers, ils partent un jour, sous les ordres du Chanoine, pour aller assiéger le château de Higuera[258], défendu par les frères Pierre et Barthélemi Gouse[259]. P. 159 à 161, 352, 353.

[257] Les chevaliers qui accompagnent le Chanoine de Robersart ont déjà été énumérés plus haut, p. XXIV-XXV. Froissart ajoute seulement ici les noms de Raymonnet de Marsan et de Jean Soustrée, que Johnes appelle Sounder. Ce chevalier, que les historiens désignent simplement comme un bâtard d’Angleterre (F. Lopes, t. IV, p. 448; D. Nuñez, t. II, p. 319), devait être un bâtard de Thomas de Holand (cf. Kervyn, t. XI, p. 389, et t. XII, p. 96). Ce n’est donc que par extension qu’il pouvait être considéré comme frère bâtard du roi, ce dernier ayant pour mère Jeanne de Kent, qui avait précédemment épousé Thomas de Holand.--C’est par erreur que Froissart donne ici le prénom d’_Adam_ à _Thomas_ Simond.

[258] Higuera-la-Real, bourg d’Espagne, prov. de Badajoz.

[259] Ces deux frères ne figurent pas dans les chroniques espagnoles et portugaises.

L’assaut est donné, où se distingue tout particulièrement un jeune écuyer de Hainaut nommé Froissart Meulier[260]. Les Espagnols, ayant perdu un de leurs chefs, Barthélemi Gouse, parlementent[261] et livrent le château, où ils laissent leurs armes et bagages. Ils se dirigent vers Xérès[262], espérant y trouver le grand maître de Saint-Jacques[263], qui, de son côté, à la tête de 400 hommes d’armes, cherche les Anglais pour les combattre. P. 161 à 163, 353, 354.

[260] Un Froissart _le_ Meulier est cité dans un document de 1517 comme ancien propriétaire d’un pré (_Monuments pour servir à l’histoire des provinces de Namur, de Hainaut et de Luxembourg_, t. III, p. 626).

[261] D’après Froissart, ce fut à Matthieu de Gournai, connétable de l’armée, et à Guillaume de _Windsor_, maréchal de l’armée, que se rendit ce château. Il faut évidemment lire _Beauchamp_ au lieu de _Windsor_, Guillaume de Beauchamp étant alors maréchal de l’armée (voy. p. XXIV), et Guillaume de Windsor se trouvant à cette époque en Angleterre (cf. plus loin, p. L, note 273).

[262] Jerez de los Caballeros, ville d’Espagne, prov. de Badajoz.

[263] Don Fernando Osorès, d’après F. Lopes.

Les Anglais laissent une garnison à Higuera et retournent en trois routes à Villa Viçosa. La route commandée par le Chanoine de Robersart aperçoit en chemin, entre Olivenza[264] et Alconchel[265], les gens du grand maître de Saint-Jacques, qui, malgré leur nombre, n’osent attaquer. P. 163, 164, 354, 355.

[264] Ville forte d’Espagne, prov. de Badajoz.

[265] Bourg d’Espagne, prov. de Badajoz.

Tout l’hiver se passe sans nouvelle chevauchée[266]. Le roi Jean de Castille demande alors secours au roi de France, qui lui envoie Olivier du Guesclin et autres chevaliers[267] de toutes les provinces de France. Ces nouvelles troupes traversent l’Aragon pour se rendre auprès du roi Jean. P. 164, 165, 355.

[266] Durant cet hiver, nous trouvons la mention de l’envoi en Angleterre de deux messagers, Guillaume Bettenham, écuyer de Guillaume de Beauchamp, et Alph. Seyns, espagnol, «ad prosequendum versus dominum regem et consilium suum quedam negocia tangencia moram dicti Willelmi et aliorum militum de comitiva sua in guerra regis ibidem» (_Rec. Off., Issue Rolls 304_, m. 14; _Warr. for issues_, bundle 5). Ils reviennent en Portugal avec des lettres pour le comte de Cambridge. Vers le milieu de l’année 1382, une autre ambassade, où figure le chancelier de Portugal, se rend auprès du duc de Lancastre (_Ibid., Issue Rolls 305_, m. 14).

[267] Froissart nomme plus loin (p. 198-199) quelques-uns des chevaliers qui accompagnèrent Olivier du Guesclin en Castille.--En automne 1381, le roi de Castille avait reçu la visite de Charles de Navarre, autorisé par le roi de France (_Arch. nat._, PP 109, p. 522) à se rendre en Castille et en Navarre avec tous ses gens. En passant par Montpellier (24 à 27 octobre), Charles avait reçu de nouveau du duc de Berri la seigneurie de la terre de Montpellier (_Petit Thalamus_, p. 402-403).

Grâce aux négociations de Simon Burley[268], le mariage du roi d’Angleterre et d’Anne de Bohême est décidé. La sœur du roi des Romains[269], accompagnée du duc de Tesschen[270] et de nombreux chevaliers, s’achemine vers Bruxelles, où elle est reçue avec joie par le duc et la duchesse de Brabant[271] et séjourne plus d’un mois par crainte des bateaux normands qui croisent en vue des côtes.

[268] Les gages de Simon Burley pour ses voyages en Flandre et en Bohême sont ordonnancés à la date du 28 février 1382 (_Rec. Off., Warr. for issues_, bundle 5).

[269] Froissart donne à tort au roi des Romains le nom de _Charles_, au lieu de _Wenceslas_.

[270] A côté du duc de Teschen et de ses deux compagnons Conrad de Kreyg et Pierre de Vaterbery, qui devaient remporter l’argent octroyé à Wenceslas à l’occasion du mariage (_Rec. Off., Issue Rolls 304_,