Chroniques de J. Froissart, tome 09/13

Part 7

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[185] Les préliminaires de la paix eurent lieu à Burgos; elle fut signée en 1379 à San Domingo de la Calzada par les deux rois là réunis. Lopez de Ayala (t. II, p. 102) cite un plus grand nombre de places qui furent livrées comme gages par le roi de Navarre: Los Arcos, St-Vincent, Lerin, etc. Le roi de Castille se réservait par le traité de rester l’ami du roi de France.

[186] Laguardia, dans les Provinces Basques.

Pour payer les gages des Anglais, le roi de Navarre doit envoyer le vicomte de Castelbon[187] emprunter 20 000 francs au roi d’Aragon, qui accorde volontiers le prêt en gardant comme gages les villes de Pampelune, Miranda, Puente-la-Reyna, Corella et Saint-Jean-Pied-de-Port. Les Anglais retournent alors à Bordeaux et de là en Angleterre, et le mariage se fait de Charles de Navarre et de Jeanne, fille du roi de Castille[188].

[187] Avant de servir d’intermédiaire entre le roi d’Aragon et le roi de Navarre, le vicomte de Castelbon avait déjà en 1378 prêté de l’argent à ce dernier, comme le montre un compte des _Archives de la Chambre des Comptes de Navarre_ (Reg. 161): «Otro empriestamo del vizconte de Castelbon para pagar los gages de Mossen Thomas Trevet et para Mossen Ramon de Bagas, 2100 flor.» D’après Lopez de Ayala (t. II, p. 102), c’est le roi de Castille, et non le roi d’Aragon qui, prenant comme gage le château de la Guardia, prêta au roi de Navarre 20 000 _doblas_ pour payer ses mercenaires.

[188] Le mariage entre Charles, fils de Charles le Mauvais, et Éléonore (non pas Jeanne) de Castille, avait eu lieu le 27 mai 1375; voy. plus haut p. XXXVIII, note 104.

La même année meurt[189] le roi Henri de Castille, auquel succède son fils aîné Jean, qui de l’accord des prélats et des barons est proclamé roi d’Espagne, de Castille, de Galice, de Séville et de Cordoue. C’est alors qu’éclate la guerre entre le Portugal et la Castille: nous en reparlerons plus loin; revenons pour l’instant aux affaires de France. P. 118, 119, 313.

[189] Henri de Castille mourut le 30 mai 1379 à San Domingo de la Calzada, à l’âge de 46 ans passés: il fut enterré à Burgos; Froissart donne plus loin (p. LXII) des détails sur les événements qui ont accompagné la mort du roi Henri.

CHAPITRE V.

1379. PRISE PAR LES FRANÇAIS DU CHATEAU DE BOUTEVILLE.--THOMAS TRIVET REVIENT EN ANGLETERRE.--AMBASSADE DE PIERRE DE BOURNESEL; IL EST ARRÊTÉ AU PORT DE L’ÉCLUSE SUR L’ORDRE DU COMTE DE FLANDRE.--RETOUR DU DUC DE BRETAGNE EN ANGLETERRE.--_Juillet._ PAYEMENT DE LA RANÇON DU COMTE DE SAINT-POL.--1379. AFFAIRES DE BRETAGNE.--_4 juillet._ PRISE PAR LES ANGLAIS DE GUILLAUME DES BORDES.--1378-1379. RAVAGES DES GRANDES COMPAGNIES EN AUVERGNE ET EN LIMOUSIN (§§ 83 à 95).

On sait que le seigneur de Mussidan, fait prisonnier à Eymet, avait embrassé le parti français et avait séjourné plus d’un an à Paris. Mais ne trouvant pas auprès du roi l’accueil qu’il attendait, il s’enfuit et retourna à Bordeaux auprès du sénéchal Jean de Neuville[190]. P. 119, 120, 313, 314.

[190] Dès le 9 février 1377, les biens du seigneur de Mussidan avaient été confisqués et donnés en partie à Alain de Beaumont (_Arch. Nat._, JJ 112, fol. 78). Quand après la bataille d’Eymet (1er septembre), il se fut rallié au parti français, il fut bien accueilli à Paris par le roi Charles V (voy. plus haut p. XXXIV, note 90), tandis que les Anglais (4 juin 1378) donnaient à John de Shatton un droit que le seigneur de Mussidan levait autrefois sur les vins à Bordeaux (_Rec. Off., Vasc. Rolls, 1 Rich. II_, m. 2), droit qui lui fut rendu le 4 septembre 1378, après son retour au parti anglais (_Rec. Off., Queen’s Rem., Misc., Realm of Fr. 470/4_).

Des quatre seigneurs dont il a été parlé, les seigneurs de Langoiran, de Mussidan, de Rauzan et de Duras, le premier seul restait donc Français, et fortement menacé par les autres qui étaient ses voisins. Dans une expédition qu’il tente avec 40 lances contre la ville de Cadillac[191], il est blessé à mort par le capitaine de la place, Bertrand Courant, qu’il avait provoqué personnellement. P. 120 à 122, 314.

[191] Gironde, arr. de Bordeaux.

En Saintonge, la garnison anglaise et gasconne, qui occupe le château de Bouteville[192], placé sous les ordres d’Éliot de Plassac, ne cesse de venir piller la campagne sous les murs de la Rochelle et de Saint-Jean-d’Angély. Les seigneurs de Thors, de Pouzauges et autres seigneurs de Poitou et de Saintonge, résolus d’en finir, attirent les Anglais devant la Rochelle. Éliot de Plassac est fait prisonnier, et le château de Bouteville devient français[193]. P. 122 à 124, 315.

[192] Charente, arr. de Cognac.

[193] Le château de Bouteville repris aux Anglais en 1379 ne resta pas longtemps entre les mains des Français: nous voyons en effet en octobre 1385 une tentative malheureuse pour reprendre la place aux Anglais (P. Guérin, _Arch. hist. du Poitou_, t. XXI, p. 254, note 2).

A cette époque Thomas Trivet, Guillaume Elmham et les autres chevaliers qui étaient allés en Espagne servir le roi de Navarre, retournent en Angleterre[194]. Reçus à Chertsey[195] par le roi et ses deux oncles, les ducs de Lancastre et de Cambridge, ils leur donnent des détails sur les affaires d’Espagne et sur la mort du roi Henri, survenue le jour de la Pentecôte (29 mai 1379) ainsi que sur le couronnement de son fils Jean qui a eu lieu à Burgos le 25 juillet; ils parlent aussi des joutes qui furent données à Las Huelgas[196] et dont le vainqueur fut le comte de Roquebertin. Les ducs de Lancastre et de Cambridge approuvent le roi de Portugal d’avoir refusé d’assister à ces fêtes. P. 124 à 127, 315, 316.

[194] Le départ de Thomas Trivet ne dut avoir lieu qu’après le 27 juillet 1379, car un document relatif «al confessor de moss. Thomas Trevet, cavaillero ingles, capitan de Tudela», porte cette date (_Arch. de la Ch. des Comptes de Navarre_, Reg. 161).

[195] Chertsey, sur la Tamise, comté de Surrey, à 18 kil. de Londres.

[196] Monastère près de Burgos.

Charles V, désirant resserrer son alliance avec le roi d’Écosse et voulant attaquer les Anglais dans leur pays même, fait partir comme ambassadeur le seigneur Pierre de Bournesel[197], qui arrive bientôt en Flandre, à l’Écluse[198], et étonne tout le monde par son faste et ses dépenses, tandis qu’il attend un vent favorable à sa traversée. Sa présence est signalée au comte de Flandre par le bailli de l’Écluse, qui l’arrête et le conduit à Bruges devant le comte. Celui-ci l’accueille assez mal devant le duc de Bretagne et lui reproche de n’être pas venu le saluer, étant à l’Écluse si près de Bruges. Malmené d’autre part par les paroles du duc de Bretagne, le seigneur de Bournesel retourne à l’Écluse au plus vite et, craignant d’être pris sur mer par la flotte anglaise, revient à Paris auprès du roi[199]. P. 127 à 130, 316, 317.

[197] Pierre Conrart, seigneur de Bournesel, chevalier et conseiller du roi, que Charles V avait envoyé en ambassade en 1377 auprès du roi de Castille (_Mandements de Ch. V_, nº 1469) reçoit en don le 12 février 1379 les biens de Gui de Veyrac, sans doute à son retour de Flandre. Il part ensuite, avec Enguerrand de Hesdin et le seigneur de Chevreuse, porteur d’un message adressé au duc d’Anjou, que le roi mande auprès de lui pour se défendre des griefs formulés par les habitants du Languedoc (_Bibl. Nat._, ms. fr. 10 238, fol. 126).

[198] L’Écluse, en holl. Sluis, petit port hollandais, relié à Bruges par un canal.

[199] Le mauvais traitement que le bailli de l’Écluse infligea à Pierre de Bournesel donna lieu à une plainte adressée au Conseil du roi, conservée aux _Archives de Lille_ et publiée par M. Kervyn de Lettenhove (t. IX, p. 511-516). Cette plainte communiquée au comte de Flandre ne semble pas avoir été accueillie favorablement, à en juger par les réponses qui accompagnent chaque paragraphe.

Il lui raconte son aventure et lui fait part de l’hostilité du comte de Flandre que cherche à atténuer Jean de Ghistelles, cousin du comte, chambellan du roi. Provoqué en duel par Pierre de Bournesel et bientôt mal vu à la cour, Jean de Ghistelles se retire en Brabant auprès du duc Wenceslas. P. 130 à 132, 317.

Outré contre le comte de Flandre, qui vient d’empêcher le voyage de Pierre de Bournesel en Écosse et garde auprès de lui le duc de Bretagne, le roi de France écrit au comte plusieurs lettres de reproches, le considérant comme un ennemi, puisqu’il retient auprès de lui le duc de Bretagne. Le comte, avant d’aller plus loin, veut s’assurer du concours des Flandres: il part donc pour Gand avec le duc de Bretagne, et là, en présence des délégués des bonnes villes, fait lire par Jean de la Faucille[200] les lettres de menaces que lui a adressées le roi de France, et obtient d’eux la promesse de l’aider avec une armée de deux cent mille hommes. Le comte les remercie, et retourne à Bruges. P. 132 à 134, 317.

[200] Jean de la Faucille, que l’on voit plus loin jouer dans les troubles de Flandre un rôle si prudent, et même présider au paiement des gages des hommes d’armes du comte de Flandre, ayant servi à Audenarde en 1379 (_Chronique rimée_, p. p. Le Glay, 1842, p. 47, en note), ne fut pas moins compromis et emprisonné par le duc Aubert à la réquisition du comte: il fut libéré le 4 janvier 1382 (Orig. des _Arch. de Lille_, mentionné dans la _Chr. rimée_, p. 103). D’autres documents relatifs au même personnage sont encore cités par Le Glay: une lettre du duc de Bourgogne, du 3 mai 1383, remerciant Jean de la Faucille de ses bons services (p. 144); une lettre du roi Charles VI, du 18 mai, prenant Jean de la Faucille sous sa protection (p. 145); une lettre du duc Aubert, du 9 septembre, mandant à Jean de la Faucille qu’il ne pourra se rendre à la journée de bataille par lui assignée (p. 146); une lettre de Charles VI, du 7 février 1384, renvoyant Jean de la Faucille de l’accusation d’avoir participé aux troubles de Flandres (p. 148). Le combat singulier, retardé comme on l’a vu plus haut, eut lieu à Lille le 29 septembre 1384, et Jean de la Faucille succomba (Kervyn, t. XXI, p. 182).

Le roi de France, informé de ces nouvelles, en conçoit encore une plus grande haine contre le comte de Flandre, qui malgré tout soutient le duc de Bretagne. A la fin ce dernier se décide à rentrer en Angleterre, et arrive à Gravelines, où vient le chercher le comte de Salisbury avec 500 lances et 1000 archers; de là il le conduit à Calais, dont Hugues de Calverley était capitaine. Le duc séjourne à Calais cinq jours, puis s’embarque et arrive à Douvres, où il est reçu avec joie par le roi, les ducs de Lancastre et de Cambridge, et le comte de Buckingham[201]. P. 134, 135, 317, 318.

[201] C’est au plus tard au mois d’avril 1379 que le duc de Bretagne retourna en Angleterre, puisque le 4 mai suivant, ses sujets (Dom Morice, _Histoire de Bretagne_, t. I, p. 364) lui écrivaient en Angleterre de revenir.

On sait que le jeune comte de Saint-Pol, Waleran de Luxembourg, avait été fait autrefois prisonnier par un écuyer de Jean de Gommegnies, puis mené en Angleterre, et cédé au roi Édouard. Plus d’une fois le roi d’Angleterre avait proposé d’échanger ce prisonnier contre le captal de Buch, mais le roi de France avait toujours refusé. Le jeune comte de Saint-Pol, prisonnier sur parole au château de Windsor, devient tout à coup amoureux de madame Mathilde[202], sœur du roi. Le mariage est bientôt décidé, et la rançon du comte de 120 000 francs est abaissée par le roi à 60 000[203], qui doivent être payés avant le mariage. Le comte de Saint-Pol s’engage à revenir en Angleterre au bout d’un an, et s’embarque pour recueillir cette somme. Le comte de Flandre, le duc de Brabant et le duc Aubert l’accueillent bien, mais le roi de France, prévenu contre lui[204], et craignant qu’il ne livre aux Anglais son château de Bohain[205], occupe et garde cette place, puis fait enfermer à Mons le chanoine de Robersart, Eustache, seigneur de Vertaing, Jacques du Sart et Gérard d’Obies[206], qu’il accuse d’être les complices du comte de Saint-Pol dans ses mauvais procédés à son égard. On ne peut rien prouver contre eux; ils sont rendus à la liberté, et le comte de Saint-Pol retourne en Angleterre, où il paye les 60 000 francs de sa rançon. Il repasse de nouveau la mer, et, par crainte du roi de France, s’établit à Ham-sur-Heure[207], chez son beau-frère, le seigneur de Morialmé[208], où il reste jusqu’à la mort du roi Charles V[209]. P. 135 à 137, 318.

[202] Mahaut, fille de Thomas de Holand et de Jeanne de Kent, plus tard femme du prince de Galles et mère de Richard II, avait épousé en premières noces Pierre de Courtenai.

[203] Le comte de Saint-Pol, qui était confié à la garde de Simon de Burley (_Rec. Off., Issue Rolls, 2 Rich. II_, m. 1), ne devait payer que 100 000 francs de rançon d’après Rymer (t. VII, p. 224): 50 000, avant son départ de Calais (juillet 1379), et 50 000 qu’il s’engageait à verser en deux termes, de juillet 1379 à juin (Saint-Jean-Baptiste) 1380. Il laissait comme otage son frère Pierre de Luxembourg. Il partit le 22 juillet pour Calais accompagné de John de Codeford et de Robert Rous (_Rec. Off., Lord Treas. Rem., For. Acc. 4_, m. 11 rº et 13 vº).

[204] Le comte de Saint-Pol avait promis hommage de ses terres françaises au roi d’Angleterre, et s’était engagé à lui livrer, 50 jours après son départ de Calais, la ville de Guise, et à défaut son château de Bohain (Rymer, t. VII, p. 225). Charles V chargea Bureau de la Rivière et le seigneur de Couci de confisquer ses biens, «et fut tout mis en la main du roy de France» (_Chr. des Quatre Valois_, p. 281). Une partie des biens du comte de Saint-Pol avait été dès le mois de décembre 1378 inventoriée et confiée à la garde de Martin de Corbie (_Arch. Nat._, JJ 113, fol. 179).

[205] Aisne, arr. de Saint-Quentin.

[206] Une lettre de rémission est accordée par le roi Charles VI le 18 septembre 1381 à Guérart d’Obies et à Thierry de Sommans, partisans du roi d’Angleterre, à la requête du duc de Bourgogne et du comte de Saint-Pol (_Arch. Nat._, JJ 119, fol. 197).

[207] Belgique, prov. de Hainaut, près de Charleroi.

[208] Jean de Condé, seigneur de Morialmé, avait épousé Marie de Saint-Pol, sœur de Waleran de Luxembourg, comte de Saint-Pol.

[209] «En cel an (1380), le duc de Braban, oncle de l’empereur et du roy de France, et le duc Aubert vindrent à Paris pour faire la paix au conte de Saint Pol, lequel estoit departi de avec les Anglois et estoit en l’empire es parties de Henault. Eulx disoient que ce que le dit conte de Saint Pol avoit fait n’estoit fors pour soy delivrer de prison» (_Chr. des Quatre Valois_, p. 286). Ces négociations ne réussirent pas.

A cette date la Bretagne est divisée au plus haut point[210]: d’un côté les bonnes villes, qui pour la plupart sont du parti du duc et ont aussi avec elles quelques grands noms comme la duchesse de Penthièvre, mère de Jean et de Gui de Bretagne; de l’autre, le connétable Bertrand du Guesclin, les seigneurs de Clisson, de Laval, de Rochefort, le vicomte de Rohan, qui tiennent le pays en guerre avec des compagnies formées de gens de toutes nations et occupent Pontorson et Saint-Malo. Le duc sait tout cela; il connaît aussi les bonnes dispositions de ses bonnes villes et les funestes entreprises du duc d’Anjou contre ses gens: il ne peut cependant se résoudre à quitter l’Angleterre et à retourner en Bretagne, craignant quelque trahison: le roi d’Angleterre ne l’y engage pas du reste. P. 137, 138, 318.

[210] Après avoir préalablement consulté le Parlement, Charles V, reprochant au duc de Bretagne d’avoir fait partie de l’expédition anglaise de 1377-1378 (voy. plus haut p. XLIII, note 121), ajourne Jean de Montfort à comparoir devant le roi et ses pairs le samedi 4 décembre 1378 (_Arch. Nat._, X1a 1471, fol. 133 vº); le 9 décembre, le roi vient lui-même au Parlement: après les plaidoiries des 10, 11 et 13 décembre, le duc est déclaré, le 18 décembre, coupable de félonie; la confiscation du duché de Bretagne et sa réunion au domaine de la couronne est déclarée. Le roi, malgré la protestation de la duchesse de Penthièvre, charge le duc de Bourbon, le maréchal de Sancerre, l’amiral Jean de Vienne, Bureau de la Rivière et d’autres de prendre en son nom possession des places de Bretagne que s’engagent à leur livrer le connétable, Olivier de Clisson et les seigneurs de Laval et de Rohan (_Grandes chroniques_, t. VI, p. 455-456). Dès le mois de février 1379, Charles V enrôle à son service de nombreux Bretons et renouvelle l’engagement de Clisson (_Mandements de Ch. V_, nº 1830); le 10 avril, il mande à Paris le connétable, le seigneur de Laval, Olivier de Clisson et Jean, vicomte de Rohan, et leur énumère ses griefs contre le duc de Bretagne et leur demande leur concours, que promettent les barons. Du Guesclin reste à Paris, tandis qu’Olivier de Clisson ne peut réussir à mettre Nantes entre les mains du duc de Bourbon. De retour en Bretagne Jean de Rohan, malgré les bons procédés du roi à son égard (_Mandements de Ch. V_, nº 1837), et avec l’aide de Jeanne de Penthièvre, organise la résistance à Charles V. Des conciliabules se tiennent, des chefs sont nommés, des ambassades sont envoyées au duc pour l’engager à revenir en Bretagne. La dernière, celle de Jean de Quelen, est du 4 mai 1379 (Dom Morice, _Preuves_, t. II, col. 218). Après avoir échoué dans ses tentatives de conciliation auprès de Jeanne de Penthièvre (_Arch. Nat._, KK 242, fol. 107) et de son fils Henri, en mai 1379, le duc d’Anjou est nommé le 1er juillet lieutenant général et spécial en Bretagne avec 1100 hommes d’armes. Il commence la campagne de Bretagne.

En Normandie, monseigneur Guillaume des Bordes[211], établi à Valognes dont il est capitaine, cherche de toute façon à harceler la garnison de Cherbourg commandée par Jean de Harleston[212]; avec lui sont le petit sénéchal d’Eu[213], Guillaume Martel[214], Braquet de Braquemont[215], le seigneur de Torci[216], Perceval d’Esneval[217], le Bègue d’Ivry, Lancelot de Lorris[218] et autres chevaliers. Dans une escarmouche, Lancelot de Lorris provoque en bataille personnelle un chevalier anglais nommé Jean de Copelant, qui le tue; les deux routes en viennent alors aux mains, et tous les seigneurs français sont faits prisonniers, et parmi eux Guillaume des Bordes, que prend un écuyer de Hainaut, Guillaume de Beaulieu[219]. Les prisonniers sont conduits à Cherbourg[220], où ils retrouvent Olivier du Guesclin[221]. P. 138 à 140, 318, 319.

[211] Guillaume des Bordes, capitaine général du Cotentin, passe le printemps de 1379 à solder les travaux de fortification de Montebourg (_Mus. Brit., Addit. Charters_ 10 701-10 712; Cheltenham 8670).

[212] Jean de Harleston, après le ravitaillement de Cherbourg du 3 au 29 avril 1379, avait retenu 160 hommes d’armes, 106 archers et 20 arbalétriers; le 29 il arriva à Cherbourg avec 185 hommes d’armes, 105 archers et 30 arbalétriers. Du 29 avril au 30 décembre 1379, il entretient 300 hommes d’armes, 200 archers et 60 arbalétriers (_Rec. Off., Lord Treas. Rem., For. Acc. 4_, m. 16 vº). Il est remplacé le 23 octobre 1379 comme capitaine de Cherbourg par William de Wyndesore (_Rec. Off., French Rolls, 3 Rich. II_, m. 19).

[213] Jean le Sénéchal, sénéchal d’Eu, était en juillet 1375 capitaine du château des Moulineaux (_Mandements de Ch. V_, nº 1147) et en août de la même année capitaine de Saint-Sauveur (_Ibid._, nº 1155). Il sert en 1385 et 1386 en Normandie sous le gouvernement du seigneur de la Ferté (_Bibl. Nat., Clair._ vol. 45, nos 170-172).

[214] Guillaume Martel, châtelain de Gaillard en 1369 (_Mandements de Ch. V_, nº 620), châtelain de Falaise en 1375 (_Ibid._, nº 1136), chambellan du roi en août 1377 (_Bibl. Nat., Pièces orig._ vol. 1868), était en 1414 seigneur de Bacqueville et premier chambellan du roi (_Coll. de Bastard_, p. 153). Voy. sur ce personnage la notice de M. H. Moranvillé (_Mém. de la Soc. de l’Hist. de Paris_, t. XVII, p. 400-403).

[215] Guillaume, sire de Braquemont, dit Braquet, seigneur de Tartigny par sa femme en juin 1380 (_Arch. Nat._, JJ 117, fol. 84), chambellan du duc d’Orléans, au 10 janvier 1389 (_Coll. de Bastard_, p. 16), chambellan du roi au 4 juillet 1391 (_Bibl. Nat., Pièces orig._ vol. 494), seigneur du Pont Tranquart, capitaine de Chauni-sur-Oise, au 7 avril 1402 (_Coll. de Bastard_, p. 185), maréchal d’Orléans, lieutenant général au duché de Luxembourg, gardien de Mouron, aux 11-13 avril 1402 (_Ibid._, p. 190).

[216] Colart d’Estouteville, seigneur de Torci, est cité comme gardien et gouverneur du château d’Arques, le 20 mai 1379 (_Mandements de Ch. V_, nº 1840); il est nommé capitaine de Cherbourg après la reddition de la ville en 1404 (_Chr. de P. Cochon_, p. 325-326).

[217] Sur ce personnage déjà rencontré (cf. p. XLIV, note 3), voy. la notice de M. H. Moranvillé (_Mém. de la Soc. de l’Hist. de Paris_, t. XVII, p. 341-343).

[218] Ce _Lancelot_, qu’il faut peut-être identifier avec un _Guérin_ de Lorris (cf. H. Moranvillé, _Mém. de la Soc. de l’Hist. de Paris_, t. XVII, p. 395-396), se montre au service du duc d’Anjou en mars 1371 (_Bibl. Nat., Pièces orig._ vol. 1755).

[219] Un Guillaume de Beaulieu, cité comme écuyer en 1429 dans Rymer (t. X, p. 435), ne semble pas devoir s’identifier avec celui-ci.

[220] L’escarmouche où fut pris Guillaume des Bordes eut lieu le 4 juillet 1379 entre Montebourg et Cherbourg; elle est racontée avec détails dans la première rédaction adoptée par Buchon à la fin du premier livre (t. I, p. 720-721; cf. Kervyn, t. IX, p. 137-139). Guillaume des Bordes fut interné à la tour de Londres, par un mandement adressé au connétable Alain de Buxhull, en date du 12 mai 1380 _(Rec. Off., Close Rolls, 3 Rich. II_, m. 4). Le 30 août 1380, sa rançon est attribuée à Thomas de Felton (_Rec. Off., Patent Rolls, 4 Rich. II_, part 1, m. 22).

[221] A la date du 25 mai et du 20 juin 1379, une somme de 100 sols est accordée à Jean Clewell pour conduire de Weymouth à Londres Olivier du Guesclin, deux écuyers et un valet (_Rec. Off., Issue Rolls, 2 Rich. II_, m. 8).

En Auvergne et en Limousin le pays souffre des incursions anglaises: le château de Ventadour[222] est vendu six mille francs à un chef breton, Geoffroi Tête-Noire[223], par Ponce du Bois, écuyer du comte de Ventadour, à la condition que le comte pourra se retirer, avec sa famille et ses armes et bagages, à Montpensier[224], près d’Aigueperse[225], en Auvergne. Geoffroi prend possession du château, et s’empare par la suite de nombreuses places en Auvergne, en Rouergue, en Limousin, en Querci, en Gévaudan, en Bigorre et en Agenois. D’autres capitaines anglais[226] accompagnent Geoffroi Tête-Noire: Mérigot Marchès, qui prend le château de Chalusset[227], le bâtard de Carlat, le bâtard Anglais, le bâtard de Caupenne, Raymond de Sort[228], Gascon, et Pierre le Béarnais. P. 140, 141, 319.