Chroniques de J. Froissart, tome 09/13

Part 10

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[318] Les Gantois demandaient cinq choses; le respect de leurs franchises, la remise en état de tout ce qui avait pu être fait contrairement à ces franchises, le pardon des dommages faits aux seigneurs, la mise hors la loi de ceux qui avaient combattu avec les seigneurs, la démolition du côté de Gand des fortifications d’Audenarde et de Termonde (_Chr. rimée_, p. 50-51). Le comte acceptait les trois premières conditions, et s’engageait à transporter sa cour à Gand. Les conférences commencèrent le 18 novembre: le 11, les gens d’Ypres étaient allés brûler Cassel. Le 1er décembre, Louis de Male ratifiait à Malines le traité de paix conclu avec les Flamands par le duc de Bourgogne (Gachard, _Notice hist. et descript. des archives de la ville de Gand_, p. 37 et 54, dans les _Mémoires de l’Académie royale_ de Belgique, t. XXVII, 1853).

[319] Les _Antiquités de Flandre_ de Wielant, donnent les principales clauses du traité, «en ceste manière qui s’ensuyt: Est assçavoir que le conte pardonne tous meffaictz et conferme leurs privilèges pour en joyr ainsi qu’ilz jouissoient à sa joyeuse entrée et ainsi que on en usoit du temps du conte Robert, et osta tous empeschemens faictz au contraire; _item_ que tous fugitifz pouroient retourner chascun en sa chascune si avant qu’ilz veullent prendre sur les informations que l’on fera à leur charge; _item_ que tous bailliz, sergeans et aultres officiers qui par ceste paix seroient despoinctez de leurs offices, seront tenuz de respondre de leurs abuz; et s’ilz sont trouvez coulpables, ne pouront jamais avoir office; _item_ que les informations seront faictes par gens de bien que les trois villes choisiront, et que desormais seront faictes samblables informations sur les infractions des privilèges desdictz trois villes, par XXV personnes, qui se choisiront, est assçavoir: par Gand nœuf, par Bruges VIII et par Ypre VIII, et que les loiz seroient renouvellez selon les privilèges et coustumes du pays; _item_ que le prevost de Sainct Donas ne viendra plus au conseil du conte et sera depoincté de son office de chanceillier; avecq pluisieurs aultres articles» (_Recueil des Chroniques de Flandre_, p. p. De Smet, t. IV, p. 305-306). Le comte s’engageait de plus à licencier ses troupes allemandes et à venir tenir sa cour à Gand, en attendant que son château de Wondelghem ait été rebâti. La paix signée, le siège d’Audenarde fut levé le samedi 3 décembre 1379 (J. Meyer, _loc. cit._, fol. 173 rº).

Après la levée du siège d’Audenarde, Jean Pruneel va à Tournai échanger les signatures du traité avec le comte de Flandre et le duc de Bourgogne, et retourne ensuite à Gand[320]. Le duc de Bourgogne avait tant fait par ses belles paroles que les Gantois laissaient intacte la ville d’Audenarde, alors que dans les préliminaires du traité, au moment de lever le siège, il avait été convenu qu’ils auraient le droit d’abattre les murs, les tours et deux portes du côté d’Audenarde. Le duc de Bourgogne part alors pour la France[321], et le comte, après être resté quelques temps à Lille, vient à Bruges, dont les habitants cherchent à calmer les mauvaises dispositions du comte et à se faire pardonner leur hostilité passée, en rejetant la faute sur les _menus mestiers_ de la ville qu’avait entraînés Jean Yoens. P. 204, 205, 334.

[320] La nomination des enquêteurs auxquels fait allusion le traité cité dans la note précédente eut lieu vers la Noël 1379 (_Chr. rimée_, p. 58).

[321] Le 15 décembre, le duc de Bourgogne était à Malines (É. Petit, _Itinéraires_, p. 146).

CHAPITRE VIII.

_1379, 13 juillet._ TRAITÉ D’ALLIANCE ENTRE LE ROI D’ANGLETERRE ET LE DUC DE BRETAGNE.--_3 août._ LE DUC DÉBARQUE EN BRETAGNE.--_6 décembre._ NAUFRAGE ET MORT DE JEAN D’ARONDEL.--_Commencement de 1380._ PRISE DE DINAN PAR OLIVIER DE CLISSON (§§ 123 à 126).

Tandis que le duc de Bretagne est en Angleterre auprès du roi Richard, le roi de France envoie en Bretagne son connétable, qui occupe Pontorson et ravage le pays[322]. Les bonnes villes, désirant le retour du duc, lui députent en ambassadeurs Geoffroi de Karimel et Eustache de la Houssaye, qui s’embarquent à Conq[323] et arrivent à Southampton, puis à Londres, et reçoivent la promesse du duc de revenir bientôt dans son duché. P. 205, 206, 334, 335.

[322] Depuis la campagne de Normandie, B. du Guesclin avait séjourné presque entièrement en Bretagne avec son armée, à laquelle s’était joint dans la première quinzaine d’août le jeune Charles de Navarre (_Bibl. Nat._, ms. fr. 26 016, nº 2613), qui reçut 800 livres parisis pour son voyage en Bretagne (_Arch. Nat._, KK 326, fol. 3 vº), où il devait rester jusqu’à la fin d’octobre. Du Guesclin occupait Pontorson et allait souvent à Saint-Malo pour ravitailler la flotte française, qui surveillait la côte; il négociait aussi pour réoccuper la Roche-sur-Yon, ce qu’il réussit à faire à des conditions assez dures (Kervyn, t. IX, p. 537). Il correspondait régulièrement avec le duc d’Anjou, ainsi que Clisson, qui de Redon, le 2 septembre 1379, demandait des renforts (Hay du Chastelet, _Hist. de du Guesclin_, p. 476).

[323] Écart de la commune de Beuzec-Conq, Finistère, arr. de Quimper, canton de Concarneau, dont il faut le distinguer (cf. t. VII, p. LXVI, note 207 dans notre édition PG 73967 et t. VIII, p. LXXI, note 224 dans notre édition PG 74208).

En effet le duc fait ses adieux à la duchesse, s’assure par traité de l’appui du roi d’Angleterre, et s’embarque à Southampton[324] avec Robert Knolles, les deux chevaliers-messagers[325], cent hommes d’armes et deux cents archers. Le vent les amène à Guérande, où ils débarquent[326], et se dirigent sur Vannes[327], où le duc est bien reçu. Au bout de cinq jours, il se rend à Nantes, où les barons viennent l’assurer de leur obéissance et se plaindre des Français. Le duc les rassure en leur disant d’attendre pour agir l’arrivée des renforts anglais[328].

[324] Rappelé par ses sujets (voy. plus haut., p. LXVI, note 210), le duc de Bretagne conclut à Londres, le 13 juillet 1379, un traité d’alliance avec Richard II par l’entremise de Thomas de Percy, dont les pouvoirs sont du 9 juillet (Rymer, t. VII, p. 223-224). Par ce traité, le roi d’Angleterre s’engage à payer les gages de 2000 hommes d’armes et de 2000 archers retenus par le duc en vue de l’expédition de Bretagne pour 4 mois et demi (_Rec. Off., Treas. of the Rec., Misc. 41/5_ et _Issue Rolls, 2 Rich. II_, m. 16). Le duc s’embarque à Southampton le 22 juillet (Dom Morice, _Hist. de Br._, t. I, p. 365) sur des bateaux retenus en juin (_Ibid._, _Queen’s Rem., Misc., Navy 610/11_), accompagné d’une partie de ses troupes et de Gauthier Skirlawe et Richard de Aberbury en prévision d’un traité à venir (_Ibid._, _Nuncii 632/18_).

[325] De ces deux chevaliers, l’un tout au moins, Geoffroi de Kerimel, était rentré en France précédemment, puisque nous voyons le duc lui annoncer son retour en passant en mer à la hauteur de Caen (Dom Morice, _Hist. de Br._, t. I, p. 365).

[326] Le duc de Bretagne débarque, non pas à Guérande, mais en face de Saint-Malo, dans l’estuaire de la Rance, le 3 août 1379 (Dom Morice, _Hist. de Br._, t. I, p. 365). Ses bateaux de transport, laissés en arrière sous le commandement de Hugues de Calverley, entrent aussi dans la Rance après un combat, victorieux d’après Walsingham (_Hist. angl._, t. I, p. 405-407), très disputé d’après le marquis Terrier de Loray (_Jean de Vienne_, p. 135). La flotte anglaise, après avoir débarqué Jean de Montfort, était encore à Quidallet (auj. Saint-Servan) le 10 août, comme l’écrit B. du Guesclin au duc d’Anjou (Dom Morice, _Preuves_, t. I, col. 225). D’après une autre lettre du connétable, la flotte ennemie partit le 19, faisant route vers les îles normandes (Kervyn, t. IX, p. 536); elle dut revenir d’Harfleur vers le 8 septembre (Nativité de Notre-Dame): Les Anglois, nous dit la _Chronique_ de P. Cochon (p. 157), furent bien quinze jours «devant Saint-Maalou... et ne firent rien et s’en ralèrent en leur païs».

[327] A peine débarqué, le duc se rend à Dinan, où le 9 août il tient un conseil des barons de Bretagne «en disant qu’il se veut gouverner à l’ordonnance desdis barons et autres, et faire au roy ce que faire li devra» (Dom Morice, _Preuves_, t. II, col. 226), puis il fait le 20 août avec 140 Anglais son entrée à Rennes, d’où il doit se rendre à Guingamp (Hay du Chastelet, _Hist. de du Guesclin_, p. 473).

[328] Avant de demander des renforts au roi d’Angleterre, le duc de Bretagne avait essayé de traiter. Dès le 19 août, Hugues de Calverley faisait des propositions à B. du Guesclin, qui les communiquait au duc d’Anjou en le pressant d’arriver (Kervyn, t. IX, p. 536-537). Ce dernier n’arrive guère que vers la fin de septembre (_Bibl. Nat._, ms. fr. 26 016, nº 2613). Les conférences du traité, le 26 à Dinan et le 27 à Dol, l’empêchent même de se rendre à l’appel du roi de France (_Bibl. Nat._, ms. fr. 10 238, fol. 126). Une trêve intervient, et le duc de Bretagne demande l’arbitrage du comte de Flandre (Hay du Chastelet, _Hist. de du Guesclin_, p. 395), qui est accepté par le duc d’Anjou à Angers le 26 octobre (Dom Morice, _Preuves_, t. II, col. 233-235). D’autre part, «plusieurs parlemens» ont lieu à Saint-Omer (_Chr. des Quatre Valois_, p. 284) et à Arras (H. Moranvillé, _Et. sur la vie de J. le Mercier_, p. 76); les envoyés anglais, comme Gauthier Skirlawe, circulent de Calais en Picardie (_Rec. Off., Queen’s Rem., Misc., Nuncii 632/18_ et _Lord Treas. Rem., For. Acc. 4_, m. 12 vº); mais le roi se montre trop exigeant, en demandant la confiscation du duché de Bretagne, qui serait attribué à Henri de Blois (_Chr. des Quatre Valois_, p. 284); et Jean de Montfort se tourne définitivement du côté de l’Angleterre.

Vers la Saint-André de cette année (30 novembre), meurt à Prague Charles de Bohême, roi d’Allemagne et empereur de Rome, qui, avant de mourir, avait assuré sa succession à son fils Charles, dont l’élection se fait à Aix-la-Chapelle[329]. P. 206 à 209, 335.

[329] C’est le 29 novembre 1378 que mourut Charles IV, «filium suum primogenitum regem Romanorum, in regno Boemie sibi successorem, relinquens» (_Chronographia_, t. II, p. 372).

A peu près à la même époque ont lieu les pourparlers du mariage du jeune roi Richard d’Angleterre. On aurait désiré une union avec la maison de Hainaut, en souvenir de la bonne reine Philippe, mais le duc Aubert n’avait pas de fille en âge d’être mariée; d’autre part on ne pouvait songer à Blanche de Lancastre, la cousine du roi, qui n’apportait pas de nouvelle alliance. On se décide donc pour la sœur du jeune roi de Bohême, et Simon Burley est envoyé en ambassade pour négocier ce mariage[330]. Il arrive à Calais, puis à Bruxelles, en passant par Gravelines, Bruges et Gand; il y trouve la cour de Hainaut au milieu de fêtes auxquelles assistaient le duc Aubert, le comte de Blois, le comte de Saint-Pol, Robert et Guillaume de Namur et une foule de chevaliers. Le duc et la duchesse lui donnent des lettres pour l’Allemagne, approuvant ce projet de mariage; il se dirige sur Cologne, en passant par Louvain. P. 208, 209, 335.

[330] L’évêque de Hereford fut aussi mêlé aux négociations de ce mariage, qui ne devait avoir lieu que plus tard; nous trouvons en effet mention d’un voyage qu’il fit à cette occasion, du 31 décembre 1380 au 28 mars 1381 _(Rec. Off., Queen’s Rem., Misc., Nuncii 632/24_).

Le roi d’Angleterre envoie en même temps en Bretagne deux cents hommes d’armes et quatre cents archers[331], commandés par Jean d’Arondel, ayant sous ses ordres Hugues de Calverley, Thomas Banastre, Thomas Trivet, Gautier Paveley, Jean Bourchier, Robert Ferrers et Raoul Basset. Le départ a lieu à Southampton, mais le vent contraire oblige la flotte à suivre les côtes de Cornouaille, puis la pousse dans la mer d’Irlande, où viennent se briser sur les rochers trois bateaux, montés par Jean d’Arondel, Thomas Banastre, Hugues de Calverley, Gautier Paveley et près de cent hommes d’armes. Quatre-vingts d’entre eux périssent, et dans le nombre Jean d’Arondel[332], Thomas Banastre et Gautier Paveley. Hugues de Calverley n’échappe qu’à grand-peine à la mort, car lui et sept marins survivent seuls à tous ceux qui sont à bord de la nef. Thomas Trivet et les autres retournent alors à Southampton et racontent leurs aventures. C’est ainsi que le duc de Bretagne ne put être secouru cette année par les Anglais, à son grand dommage, car il eut beaucoup à souffrir des Français et des Bretons, qui menés par Clisson prirent et pillèrent la ville de Dinan[333]. P. 209 à 211, 335, 336.

[331] Les montres des compagnies de Jean d’Arondel et autres sont passées le 4 octobre 1379 (_Rec. Off., French Rolls, 3 Rich. II_, m. 21); le 26 un dernier paiement de vivres est mandaté, tout proche du départ (_Ibid._, _Patent Rolls, 3 Rich. II_, part I, m. 19 vº).

[332] Le naufrage où périt Jean d’Arondel eut lieu vers le 6 décembre 1379 (propè festum S. Nicolai; le compte des dépenses de l’expédition est arrêté au 3 décembre (_Rec. Off., Treas. of the Rec., Misc. 41/15_). Th. Walsingham donne de nombreux détails sur cet événement et sur les mœurs impies et débauchées de Jean d’Arondel, qui avait embarqué de force des nonnes sur ses navires (_Hist. angl._, t. I, p. 418-425).

[333] Après le licenciement presque total de l’armée royale, qui avait suivi la trêve, le 18 novembre 1379, Clisson avait été laissé en Bretagne pour continuer le siège de Brest, dont les amiraux Thomas de Percy et Hugues de Calverley (_Rec. Off., Queen’s Rem., Misc., Realm of Fr. 482/27_) avaient la garde, y ayant même fait dernièrement un séjour d’un mois, du 18 juillet au 14 août 1379 (_Rec. Off., Treas. of the Rec., Misc. 41/10_) et où Thomas de Percy devait retourner après le naufrage de Jean d’Arondel (Dom Morice, _Hist. de Br._, t. I, p. 370). C’est au commencement de 1380 que Clisson, après avoir renoncé à assiéger Guérande, après avoir vu ses terres ravagées et avoir assisté à l’échec de la flotte espagnole devant Saint-Nazaire, prit et pilla la ville de Dinan (Dom Morice, _Histoire de Br._, t. I, p. 368-370).

CHAPITRE IX.

_Fin de 1379._ LE COMTE DE FLANDRE A GAND.--_1380, 22 février._ PRISE D’AUDENARDE PAR JEAN PRUNEEL ET LES CHAPERONS BLANCS DE GAND.--_Avril._ EXÉCUTION DE JEAN PRUNEEL; TROUBLES EN FLANDRE (§§ 127 à 136).

Une des conditions de la paix faite entre le comte de Flandre et les Gantois, avait été que le comte viendrait demeurer à Gand. Mais, installé à Bruges, Louis de Male ne se pressait pas de tenir sa promesse; aussi les Gantois envoyèrent-ils quatre notables pour essayer de le ramener. Ces messagers prirent le chemin de Bruges en passant par Deynse et rencontrèrent en route, entre Deynse et Bruges, le comte qui, sur le conseil du prévôt de Haerlebeke[334] et de tous les siens, se rendait à Gand; mais, sans leur prêter attention, il s’arrêta à Deynse pour dîner. P. 211 à 213, 336.

[334] Belgique, prov. de Flandre occidentale.

Après dîner, les messagers de Gand exposent au comte combien leur ville désire le voir, se réjouissant de sa venue et de son pardon. Le comte, après avoir rappelé de nouveau tous les griefs qu’il a contre les Gantois, entre autres le meurtre de son bailli et l’incendie de son château, dit au seigneur de Reighersvliet d’apporter le vin en signe de réconciliation. Le lendemain ils chevauchent tous vers Gand. P. 213, 214, 336.

Le lendemain de son arrivée à Gand, le comte convoque les Gantois sur la place du marché du vendredi et les harangue: comme condition de son pardon, il demande la dissolution des _chaperons blancs_, mais cette demande est mal accueillie, et les _chaperons blancs_ ne se gênent pas pour montrer au comte leur hostilité. P. 214 à 217, 337.

Au bout de cinq jours, le comte quitte Gand pour aller à Lille, où il se dispose à passer l’hiver[335]. La plupart des Gantois attribuent la mauvaise humeur du comte à Gilbert Mahieu et aux siens; mais Jean Pruneel et les autres chefs des _chaperons blancs_ font courir le bruit que l’été suivant le comte rompra la paix, et qu’il leur faut faire des provisions en cas de siège. Nouveau sujet de mécontentement pour le comte. Il est difficile d’affirmer qu’on eût pu empêcher cette guerre d’éclater, car, sans parler des _chaperons blancs_ qu’on aurait pu anéantir dès le principe, restait la question des franchises municipales que les Gantois furent toujours unanimes à défendre. P. 217 à 219, 337, 338.

[335] J. Meyer (_Annales rerum Flandricarum_, fol. 173 vº) place ici, à la fin de 1379, un court voyage à Paris que le comte de Flandre aurait fait avec sa mère Marguerite d’Artois; cf. Kervyn de Lettenhove, _Hist. de Flandre_, t. III, p. 446.

Le comte de Flandre n’était pas depuis longtemps à Lille qu’Olivier d’Auterive, cousin germain de Roger d’Auterive, Philippe de Masmimes, le Gallois de Masmimes et d’autres, envoient délier la ville de Gand pour le meurtre du bailli; et rencontrant 40 bateliers, bourgeois de Gand, qui transportent du blé sur l’Escaut, ils les mutilent et leur crèvent les yeux, pour venger la mort de Roger d’Auterive; après quoi ils les renvoient à Gand.

Grande colère des Gantois; Jean Pruneel, le vrai capitaine des _chaperons blancs_, part un soir avec 500 hommes et entre sans coup férir dans Audenarde[336], dont il démolit immédiatement deux portes, ainsi que les murs et les tours qui regardent du côté de Gand. Le comte apprend bientôt ces nouvelles, qui le rendent furieux. Il fait aussitôt partir pour Gand des commissaires qui reprochent aux habitants d’avoir rompu la paix obtenue par le duc de Bourgogne. Le maire et les jurés se plaignent à leur tour des mauvais traitements infligés aux 40 bateliers, et, tout en désavouant Jean Pruneel, ils justifient cependant sa conduite en invoquant le témoignage du duc de Bourgogne, qui sait fort bien que la démolition des murs d’Audenarde était une des clauses du traité, clause qu’à sa prière ils ont bien voulu abandonner. Les commissaires partent en menaçant, et retournent à Lille. P. 210 à 223, 338, 339.

[336] La ville d’Audenarde aurait été prise le 22 février 1380 (fête de la chaire de Saint Pierre)d’après J. Meyer (_Loc. cit._, fol. 173 vº), et rendue au comte 12 jours après (5 mars), ce qui se rapproche de la date du 12 mars donnée plus loin par Froissart. Vers la même époque, du 18 février au 3 mars 1380, une émeute éclatait à Bruges, où l’échevin, Jean le Roux (_Chr. rimée_, p. 64-66), était massacré dans l’église Saint-Donat.

Un échange de dépêches a lieu. Enfin le 12 mars 1380, par l’entremise de Jean de la Faucille, de Gilbert de Grutere[337] et de Simon Bette[338], un accord se fait: Audenarde est rendu au comte, et Jean Pruneel est banni de Flandre pour avoir pris Audenarde à l’insu des Gantois; d’autre part reçoivent même châtiment Philippe de Masmines et Olivier d’Auterive, pour avoir maltraité les bourgeois de Gand. Jean Pruneel se retire à Ath[339] en Brabant, Philippe de Mamines à Valenciennes, puis, sur la plainte des Gantois, à Warlaing[340], près de Douai; les autres quittent aussi la Flandre et vont en Brabant ou ailleurs. P. 223 à 225, 339.

[337] Gilbert de Grutere, cité en 1358 et 1360 dans les _Recherches sur les corporations gantoises_ de Huyttens (p. 60 et 185), était doyen des métiers de Gand en 1381 (Kervyn, t. XXI, p. 81); sa famille figure dans l’Armorial de 1524.

[338] La famille Bette figure à l’Armorial de 1524.

[339] Belgique, prov. de Hainaut.

[340] Nord, commune d’Alnes, arr. de Douai.

Le comte fait aussitôt réparer les murs d’Audenarde, malgré la sourde opposition des Gantois. Jean de la Faucille, ne voulant pas se compromettre, se retire à Nazareth[341] près de Gand.

[341] Belgique, prov. de Flandre orientale.

Pendant ce temps, le comte se fait remettre par le duc Aubert, régent du Hainaut, Jean Pruneel, qu’on décapite à Lille[342]. Nombreuses exécutions à Ypres[343] parmi ceux qui avaient ouvert les portes aux Gantois. P. 225, 226, 339, 340.

[342] La remise de J. Pruneel entre les mains du comte de Flandre fut l’occasion de la signature d’une sorte de traité d’extradition contre les fauteurs de désordres entre le comte de Flandre, le régent de Hainaut et les ducs de Bourgogne et de Brabant, 15 avril 1380 (_Chr. belges, Cartul. des comtes de Hainaut_, t. II, p. 288-290). A la suite de ce contrat, le duc de Bourgogne chargea, le 24 avril 1380, Gérard de Ghistelles, son chambellan, de se transporter à Ath avec les gens du comte de Flandre, pour y recevoir du duc Albert trois prisonniers bannis de Gand (_Chr. belges, Cartul. des comtes de Hainaut_, t. II, p. 291); Jean Pruneel devait être un de ces trois prisonniers.

[343] Le comte entre à Ypres le 7 avril 1380 et met à mort 700 habitants (Kervyn, _Hist. de Flandre_, t. III, p. 448-449).

Toutes ces nouvelles arrivent aux Gantois, qui à leur tour redoutent les représailles du comte. «Nous aurons tout à craindre du comte et de ses barons, dit Pierre du Bois, tant que sur notre territoire il restera debout un seul château! Détruisons donc les châteaux!» Ils partent au nombre de 1500 et pendant huit jours brûlent et abattent les châteaux du pays de Gand[344], puis reviennent à la ville.

[344] Il y eut à ce propos association nouvelle entre les trois villes Gand, Bruges et Ypres (_Chr. rimée_, p. 61); les seigneurs furent chassés à Courtrai comme à Ypres (p. 62-63).

Les chevaliers et les écuyers de Flandre apprennent à Lille ces désastres: unis à leurs amis de Hainaut, ils partent aussitôt, ayant pour chef le Hase de Flandre, l’aîné des bâtards du comte, et cantonnés soit à Audenarde, soit à Alost[345], à Gavre[346], à Termonde, ils harcèlent les Gantois, les relancent jusqu’à leurs murs et détruisent leurs moulins à vent. Le jeune sénéchal de Hainaut, Jacques de Werchin, est parmi les plus ardents et se distingue entre tous; malheureusement il mourut jeune au château d’Obies[347], près de Mortagne[348]. P. 220 à 226, 340, 341.

[345] Belgique, prov. de Flandre orientale.

[346] Belgique, prov. de Flandre orientale.

[347] Nord, arr. d’Avesnes.

[348] Nord, arr. de Valenciennes.

Les Gantois veulent alors forcer Hugues, seigneur d’Antoing, qui tenait de la ville de Gand sa châtellenie de Viane[349], à les servir, sous peine de voir son château de Viane détruit. Refus du seigneur d’Antoing, qui fortifie son château et harcèle la garnison de Grammont, alliée des Gantois. D’autre part Gauthier, seigneur d’Enghien, fait beaucoup de mal aux Gantois. Et la guerre se continue ainsi, avec d’autant plus d’acharnement, que les capitaines des Gantois n’espèrent plus pouvoir sauver leurs têtes par un traité quelconque. P. 228 à 230, 341.

[349] Belgique, prov. de Hainaut, tout près de Grammont.