Chroniques de J. Froissart, tome 06/13

Part 3

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[72] Le roi Jean, sachant le prix qu’Édouard III attachait à la prise de possession de la Rochelle, cette clef de la Saintonge et du Poitou, avait écrit d’Angleterre dès le 8 juin 1360 pour inviter ses _chers et bons amis_, les maire, jurés et commune de la Rochelle, à envoyer vers lui leurs députés; le 18 juillet suivant, par un mandement daté de Calais, il renouvelle la même invitation (Martène, _Thes. Anecdot._, I, 1428). Il envoie exprès à la Rochelle Arnoul, sire d’Audrehem, pour presser les habitants, et nous avons deux actes de ce maréchal de France, datés de cette ville les 5 et 8 août (JJ88, nºs 76, 93; Rymer, III, 558, 551; JJ88, nº 67). Les Rochellais s’exécutent enfin le 15 août et chargent Guillaume de Seris, Pierre Buffet, Jean Chaudrier et deux autres bourgeois d’aller trouver le roi de France à Calais (Martène, _Ibid._, 1427 à 1429). Par acte daté de cette ville le 24 octobre, Jean s’engage à livrer comme otage son très-cher fils Philippe, duc de Touraine, au cas où un mois après son départ de Calais la ville de la Rochelle n’aurait pas été remise entre les mains des Anglais (Rymer, III, 541; Martène, Ibid., 1449). A Boulogne-sur-Mer, le 26 octobre, il délie les Rochellais du serment d’obéissance (Martène, _Thes. Anecdot._, I, 1462 à 1464). Le même jour, il mande à Jean le Maingre, dit Boucicaut, maréchal de France, et à Guichard d’Angle, sénéchal de Saintonge, de délivrer royaument et de fait à son très-cher frère le roi d’Angleterre la possession des ville, château et forteresse de la Rochelle (_Bibl. Nat._, ms. fr. nº 8354, fº 22; De Camps, XLVI, 593 et 594). Enfin, par acte daté de Westminster le 28 janvier 1361, Édouard III, sur le rapport de Bertrand, seigneur de Monferrand, qu’il avait nommé gouverneur de la Rochelle le 38[*] octobre 1360 (Rymer, III, 548, 549), donne acte au roi de France de la _délivrance_ de la Rochelle à l’Angleterre, qui avait eu lieu le 6 décembre 1360 (Bardonnet, 143 à 154; Rymer, III, 597). Par conséquent, la livraison ou, pour employer l’expression du temps, la _délivrance_ de la Rochelle aux Anglais avait demandé, non pas plus d’un an, comme le dit Froissart avec quelque exagération, mais des démarches et des négociations ininterrompues pendant sept ou huit mois.

[*] Ainsi dans l’original [N. d. t.]

[73] Par acte daté de Westminster le 20 janvier 1361, Édouard III nomme Jean Chandos, chevalier, baron de Saint-Sauveur en Normandie, son lieutenant et capitaine ès parties de France et conservateur spécial de la paix et des trêves ès dites parties. Rymer, III, 555.

CHAPITRE LXXXV.

1360 ET 1361. FORMATION DE LA GRANDE COMPAGNIE.--1360, 28 DÉCEMBRE. PRISE DU PONT-SAINT-ESPRIT.--1362, 6 AVRIL. BATAILLE DE BRIGNAIS (§§ 491 à 498.)

Le roi d’Angleterre nomme des commissaires chargés de faire évacuer les forteresses occupées en France par des hommes d’armes à sa solde. Parmi les capitaines de garnisons, quelques chevaliers et écuyers[74], Anglais de nation, obéissent au mandement royal; d’autres y résistent sous prétexte de guerroyer pour le roi de Navarre. Mais les bandes de soudoyers étrangers, allemands, brabançons, gascons, flamands, hainuyers, bretons, gascons ou de mauvais Français ruinés par les guerres, loin de se disperser, exploitent à l’envi le royaume et continuent leur vie de pillage. Les capitaines des garnisons ont beau congédier leurs soudoyers, ceux-ci mettent à leur tête les pires d’entre eux et reforment de nouvelles bandes. Les aventuriers qui infestent la Champagne et la Bourgogne se donnent le surnom de Tard-Venus. En Champagne, ils s’emparent du château de Joinville où ils font un butin considérable que l’on évalue à cent mille francs; en outre, ils ne consentent à le rendre que moyennant une rançon de vingt mille francs[75]. Après avoir couru toute la province de Champagne, ils dévastent les évêchés de Langres[76], de Toul et de Verdun. Ils entrent ensuite en Bourgogne où ils sont appelés et soutenus par certains chevaliers et écuyers de ce pays[77]; ils se tiennent longtemps aux alentours de Besançon, de Dijon et de Beaune. Ils prennent et pillent Vergy[78], Gevrey[79] en Beaunois, et s’attardent dans cette région plantureuse. La réunion de ces bandes constitue la Grande Compagnie dont l’effectif s’élève, pendant le carême de 1362, à quinze mille combattants. Seguin de Badefol[80], le plus puissant de ces capitaines d’aventuriers, n’a pas sous ses ordres moins de deux mille soudoyers. On compte encore parmi ces chefs de bandes Talbart Talbardon[81], Guiot du Pin[82], Espiote[83], le Petit Meschin[84], Bataillé[85], Frank Hennequin[86], le bour Camus[87], le bour de Lesparre[88], le bour de Breteuil[89], Naudon de Bageran[90], Lamit[91], Hagre l’Escot, Albrest, Ourri l’Allemand, Bourdeille[92], Bernard[93] et Hortingo de la Salle, Robert Briquet[94], Creswey[95], Amanieu d’Ortigue[96], Garciot du Castel[97], Guyonnet de Pau[98]. Vers la mi-carême, les Compagnies se mettent en mesure de marcher sur Avignon en passant par le comté de Mâcon, le Lyonnais et le comté de Forez. P. 59 à 62, 256 à 258.

[74] Par acte daté de Calais le 24 octobre 1360, Édouard III chargea Guillaume de Grantson et Nicolas de Tamworth de faire évacuer les forteresses de Champagne, de Brie, des duché et comté de Bourgogne, de l’Orléanais et du Gâtinais; Thomas Fogg et Thomas Caun celles du Perche, du Chartrain et du Drouais (pays de Dreux); le sire de Pommiers, Bérard et Arnaud d’Albret, celles du Berry, du Bourbonnais, de la Touraine et de l’Auvergne; Amauri de Fossat et Hélie de Pommiers, celles du Périgord, du Quercy et de l’Agenais; le captal de Buch, le sire de Monferrand et Thomas de Holland, celles de la Normandie, de l’Anjou et du Maine. Rymer, III, 546 et 547.

[75] Le château de Joinville (Joinville-sur-Marne ou en Vallage, Haute-Marne, arr. Vassy) fut pris par une compagnie d’aventuriers allemands, qui se nommaient les Tard-Venus. Ce château, appartenant à Henri, comte de Vaudémont et sire de Joinville, fut occupé après le traité de Brétigny conclu le 8 mai 1360 («... son chastel de Joinville depuis nostre paiz pris par noz ennemis.» _Arch. Nat._, JJ91, nº 245), et avant le 24 octobre de la même année, puisque, dans la ratification définitive du traité du 8 mai datée de Calais le 24 octobre 1360, on eut soin de stipuler expressément l’évacuation de Joinville (Rymer, III, 535, 546). Le sire de Joinville s’étant ruiné pour racheter son château, le roi Jean, par acte daté de Saint-Denis le 25 février 1362 (n. st.), lui constitua une rente annuelle et viagère de 2000 livres («ad relevanda gravamina que passus fuit et est in captione et detentione castri et ville suarum de Joinvilla». JJ91, nº 134). Gui, sire de Choiseul, paya aussi une grande somme de florins «pour le rachat de la forteresce de Joingville dont il estoit plesge et pour ce hostage en la ville de Meiz.» JJ91, nº 451. JJ93, nºs 9, 239. J1036, nºs 22 à 24. _Chroniques de Jean le Bel_, II, 274.

[76] Voyez notre liste des lieux forts occupés par les Compagnies dans le diocèse de Langres. _Histoire de Bertrand du Guesclin_, p. 487 et 488.

[77] En 1361, on découvrit que les Compagnies avaient des intelligences en Bourgogne; quatre capitaines de forteresses du duché furent révoqués, et le sire d’Estrabonne arrêté à Chalon (_Archiv. dép. de la Côte-d’Or_, fonds de la Chambre des Comptes du duché de Bourgogne, compte de Dimanche Vitel pour 1361; Finot, _Recherches sur les Compagnies en Bourgogne_, p. 16). Si l’on songe que Charles le Mauvais, roi de Navarre, éleva des prétentions sur le duché de Bourgogne après la mort de Philippe de Rouvre survenue le 21 novembre 1361, on ne doutera pas que les menées de ce prince perfide n’aient contribué particulièrement à attirer sur cette province le fléau des Compagnies, dont le nombre et l’audace redoublèrent lorsque le gendre du roi Jean, sans oser rompre ouvertement avec son beau-père, essaya de lui disputer sous main la succession du duché. On verra, dans une des notes suivantes, que quelques-uns des aventuriers qui infestèrent alors la Bourgogne, étaient d’origine navarraise. Les prétentions de Jean de Bourgogne, dernier descendant mâle de Jean de Chalon l’Antique, sur le comté de Bourgogne, dont Marguerite de France, grand’tante de Philippe de Rouvre et grand’mère de sa veuve, avait été reconnue héritière, en faisant éclater la guerre entre Jean et Marguerite, ces prétentions, dis-je, furent aussi l’une des causes qui mirent, dans le courant de 1362, le comté aussi bien que le duché de Bourgogne à la merci des Compagnies. Finot, _Ibid._, p. 70, 71.

[78] Aujourd’hui Reulle-Vergy, Côte-d’Or, arr. Dijon, c. Gevrey.

[79] Côte-d’Or, arr. Dijon. Tous les gourmets savent que le clos de Chambertin est situé sur la commune de Gevrey. Les Compagnies occupèrent aussi en 1361 un autre Givrey (auj. Givry-Cortiambles ou Givry-près-l’Orbize, Saône-et-Loire, arr. Chalon-sur-Saône), car le bailli de Chalon envoya, de Noël 1360 au 15 janvier 1361, à Robert de Marnay, châtelain de Montaigu (château de Chauffailles, Saône-et-Loire, arr. Charolles), des hommes d’armes qui gardèrent le dit château depuis le 2 février jusqu’au mois d’août 1361 contre les gens des Compagnies qui étaient à Couches (auj. Couches-les-Mines, Saône-et-Loire, arr. Autun) et à Givry (_Archives de la Côte-d’Or_, fonds de la Chambre des Comptes de Bourgogne, B5251. _Inventaire_, ii, 237). Voyez notre liste des lieux forts occupés par les Compagnies en Bourgogne (_Hist. de du Guesclin_, p. 471, 497, 498, 507 à 509). Les trois volumes de l’inventaire des archives de la Côte-d’Or permettraient d’ajouter à cette liste près de cinquante forteresses.

[80] Seguin de Badefol était l’un des quatre fils légitimes de Seguin de Gontaut, sire de Badefols (auj. Badefols-de-Cadouin, Dordogne, arr. Bergerac, c. Cadouin). Marié le 15 juin 1329 à Marguerite de Berail, Seguin de Gontaut, père de Seguin de Badefol, eut trois autres fils, Jean, Pierre et Gaston, une fille, Dauphine mariée à Pierre de Cugnac, et cinq enfants naturels, dont deux fils et trois filles; dans son testament daté du 23 août 1371, il ne nomme point Seguin qui était mort empoisonné à la fin de 1365 et élit sa sépulture dans l’abbaye de Cadouin.

[81] Ce chef de Compagnie est appelé _Taillevardon_ dans une lettre de rémission accordée le 10 juin 1379 à Guillemin Martin de «Cromeneau», au bailliage de Mâcon, qui avait quitté son pays natal «pour cause des gens de l’Archeprestre, de feu Guiot du Pin et de feu Taillevardon et de plusieurs autres gens d’armes qui lors (en 1362) gastoient et pilloient tout le pays...» _Arch. Nat._, JJ115, nº 70.--En 1363, un écuyer de Philippe le Hardi, lieutenant du roi son père dans le duché de Bourgogne, s’appelait Arnaud de Talbardon. (_Arch. de la Côte-d’Or_, fonds de la Chambre des Comptes, série B, liasse 371; _Invent._, I, 40.) D’après Paradin, le roi Jean fit pendre en 1362, à Trichastel, Tallebardon, Guillaume Pot et Jean de Chauffour; mais cet érudit est dans l’erreur au moins en ce qui concerne ces deux derniers routiers. Pot vivait encore en 1367 et Jean de Chauffour fut décapité à Langres vers le milieu de 1364.

[82] Par acte daté de Paris en avril 1364, Charles V accorda des lettres de rémission à Jean Bruffaut, écuyer, né à la Vouzailles, en la sénéchaussée d’Anjou, à quatre lieues de Poitiers (Vienne, arr. Poitiers, c. Mirebeau), «comme à ceste Penthecouste prochain venant aura deux ans ou environ (5 juin 1362), il se fust parti de son pais et accompaignez avec Guyot du Pyn, nez de nostre royaume et lequel estoit ou au moins apparoit estre pour lors bon et loyal françois, et s’en feussent alez en lointains et estranges pays et par especial ès parties de Bourgoingne, pour nous servir et eulx adventurer bonnement et loyalement, sanz ce que le dit Jehan y pensast à nul mauvaiz, malice ou fraude, mais supposoit et tenoit estre le dit Guiot bon et loyal françois. Et, après certain temps, ycellui Guyot, le dit Jehan encore estant en sa compaignie, se mist et accompaigna avec certains Anglois et autres ennemiz et rebelles de nostre royaume et de nous.» Arch. Nat., JJ94, nº 46.--Dans une autre lettre de rémission en date du 10 juin 1379, on lit que «bien a quinze ans ou environ (en 1363), feu Guyot du Pin et plusieurs autres pillars de sa suite et compaignie estoient sur le pays et y tenoient et occupoient le fort de Mannay (auj. Manlay, Côte-d’Or, arr. Beaune, c. Liernais), prenoient et raençonnoient hommes et femmes...» JJ115, nº 70.

[83] Espiote, dont le nom s’écrit aussi Lespiote, était cantonné près de Chalon lorsque, le 20 novembre 1365, on lui apporta, ainsi qu’à une dizaine d’autres chefs de Compagnies, «lettres de par messire du Guesclin que tantos ils se departissent du duché et s’en allassent après li.» (_Arch. de la Côte-d’Or_, compte de Dimanche Vittel en 1365). Un messager qui portait une lettre des officiers du duc de Bourgogne à du Guesclin n’en fut pas moins dépouillé au delà de Dijon par la route d’Espiote. Finot, _Recherches_, p. 99.

[84] Le Petit Meschin, d’origine gasconne, avait été dans sa jeunesse varlet d’homme d’armes, comme un autre chef de bande, Limousin. Il fut fait prisonnier par le bailli Huart de Raicheval, en 1368, devant Orgelet (Jura, arr. Lons-le-Saulnier). Finot, _Recherches_, p. 106. Le 11 mai 1369, Louis, duc d’Anjou, fit noyer dans la Garonne, à Toulouse, le Petit Meschin, ainsi que Perrin de Savoie. _Thalamus parvus_, p. 384.

[85] D’après une interpolation du copiste d’un manuscrit de Froissart, manuscrit conservé aujourd’hui à la Bibliothèque de Leyde (ms. A 15 de notre classification), Bataillé était d’origine bretonne.

[86] Sur ce Frank Hennequin, pauvre garçon d’Allemagne, voyez notre sommaire du t. V, p. 53 et 54. D’après un témoin dans l’enquête pour la canonisation de Charles de Blois, ce Frank Hennequin tenait au mois de mai 1369 garnison pour Jean de Montfort à Carhaix, et saint Charles l’aurait frappé, puis guéri à Guingamp d’une paralysie générale. Frank Hennequin, en reconnaissance de ce miracle, aurait fait nu-pieds un pèlerinage à l’église des Frères Mineurs de Guingamp, «provoquant en duel quiconque nierait désormais la sainteté de Charles de Blois.» _Bibl. Nat._, ms. lat., nº 5381, t. II, fºs 216 et 217.

[87] Le bour ou bâtard Camus, Navarrais ou Gascon d’origine, comme l’indique ce sobriquet de bour, passa en Italie après la bataille de Brignais avec Ilawkood, Creswey, Briquet (Froissart de Buchon, II, 407) et fut pris après décembre 1367 dans le château de Beauvoir (Nièvre, com. de Saint-Germain-Chassenay, arr. Nevers, c. Decize) par les gens du duc de Bourbon. C’est lui qui faisait jeter dans une fosse pleine de feu les prisonniers qui ne se voulaient ou ne se pouvaient racheter. _Chronique de Louis de Bourbon_, éd. de M. Chazaud, p. 16 à 20. _Archives départementales de la Côte-d’Or_, fonds de la Chambre des Comptes de Dijon, reg. B4406, 5498; _Invent._, II, 112, 273.

[88] Cet aventurier gascon était un bâtard de la puissante maison de Lesparre (Gironde).

[89] Le bour de Breteuil accompagna aussi Hawkood et Creswey en Italie (Froissart de Buchon, II, 407).

[90] En janvier 1365, Charles V accorda des lettres de rémission à Naudon de Bageran, «né du pays de Gascoingne, capitaine de Compagnies.» JJ98, nº 720, fº 213.--En novembre et décembre 1367, le gouverneur de Nivernais fit payer la solde des gens d’armes opposés à messire Bernard de Lobrac, à Naudon de Baugerant, au bour Camus et à leurs gens «pleins de male volenté, lesquelz ennemis s’efforçoient de prendre villes et forteresses et demeurant sur le pays en novembre et decembre 1367.» _Arch. départ. de la Côte-d’Or_, fonds de la Chambre des Comptes, B5498; _Invent._, II, 273; Finot, _Recherches_, 105.--Naudon de Bageran, qui fut plus tard capitaine pour les Anglais du château de Segur en Limousin (Corrèze, arr. Brive, c. Lubersac), est mentionné comme mort en 1394. _Arch. Nat._, JJ146, nº 189.

[91] Lami, routier breton, était capitaine de Longwy en 1365. Finot, p. 99.

[92] Cet aventurier appartenait-il à la famille de Bourdeilles (Dordogne, arr. Périgueux, c. Brantôme)?

[93] Bernard de la Salle, qui, le lundi 18 novembre 1359, étant au service du captal de Buch, escalada le château de Clermont avec des grappins d’acier, se mit à piller la Bourgogne après le traité de Brétigny. Il était encore dans cette province en 1368 avec Bérard d’Albret, Gaillard de la Motte, Bernard d’Eauze, le bour de Badefol. _Arch. de la Côte-d’Or_, B9292; _Invent._, III, 398.

[94] Robert Briquet, après la bataille de Brignais, alla en Italie avec Creswey; il revint avec ce dernier ravager l’Anjou, vers 1367 «au temps que les gens de Compaignie, desquelles l’en disoit souverain capitaine un Anglois appelé Briquet, couroient par le pais d’Anjou ou environ.» Jean d’Andigné, capitaine du château de la Roche d’Iré (château de Loiré, Maine-et-Loire, arr. Segré, c. Candé), fit alors la guerre à ce Robert Briquet. JJ104, nº 164.

[95] Sur Jean Creswey, voyez notre _Histoire de du Guesclin_, p. 362.

[96] Le prénom et le nom de cet aventurier indiquent clairement son origine gasconne. Il y a un Ortigues qui est aujourd’hui hameau de la commune de Cézac, Gironde, arr. Blaye, c. Saint-Savin.

[97] D’après le témoignage d’Espaing de Léon, rapporté par Froissart (Chron., éd. de Buchon, II, 383), Garciot del ou du Castel était originaire de la région des Pyrénées, comme l’indique du reste son prénom de Garciot, diminutif de Garcia. Lorsque les chefs des Compagnies qui ravageaient les trois sénéchaussées de Toulouse, de Carcassonne et de Nîmes conclurent avec Arnoul, sire d’Audrehem, maréchal de France, et Henri, comte de Trastamare, le 23 juillet 1362, à Clermont en Auvergne, un traité qui fut confirmé à Paris le 13 août suivant, traité par lequel ces aventuriers s’engageaient à évacuer le royaume moyennant la somme de 100 000 florins, c’est entre les mains de Garciot du Castel que cet argent fut versé en décembre 1362 et en janvier 1363. «Item, solvit dictus Stephanus de Montemejano domino _Gassiono de Castello_, _capitaneo unius ex societatibus_, pro complemento de Cm florenis dictis societatibus promissis ut a regno exirent, de quibus per Bernardum Francisci, receptorem Nemausi, traditi et persoluti fuerunt IIIIxx Xm floreni, qui Xm floreni restantes, eidem domino Gassiono soluti, mandato dicti domini d’Audenehan, valent VIIIm franci. Item, solvit dictus Stephanus predicto domino Gassiono, pro dono sibi facto per dictum dominum d’Audenehan in recompensacione expensarum per eum factarum cum domino Garssia de Nassi, militi, eundo Parisius versus regem et alias diversas partes, pro tractatu habendo cum dictis capitaneis societatum ut exirent regnum: M floreni = VIIIc franci.» _Bibl. Nat._, ms. lat., nº 5957, fº 14 vº.--Garciot ou Garcion du Castel était au service de Jean, comte d’Armagnac, lorsqu’il fut fait prisonnier par le comte de Foix à la bataille de Launac (Haute-Garonne, arr. Toulouse, c. Grenade-sur-Garonne), livrée le lundi 5 décembre 1362. Vaissète, _Hist. du Languedoc_, IV, 321.

[98] Cet aventurier était, comme son nom l’indique, originaire de Pau en Béarn. Pau n’était encore à cette époque qu’un simple village de la rive droite du Gave, qui servait de station aux bergers de la vallée d’Ossau lorsqu’ils allaient hiverner leurs troupeaux dans les landes immenses du Pont-Long. Le 11 mai 1369, Louis, duc d’Anjou, fit décapiter et écarteler Amanieu de l’Artigue (ou d’Ortigue), Noli Pavalhon et Boulhomet (peut-être faut-il lire: Guyonnet) de Pau, qui avaient conspiré avec le Petit Meschin et Perrin de Savoie, pour livrer le duc leur maître aux Anglais. _Thalamus parvus_, p. 384.

Le roi Jean mande à son cousin Jacques de Bourbon[99] de marcher contre les Compagnies. Le comte de la Marche, qui se tient alors en Languedoc où il vient de livrer à Jean Chandos les cités, villes, seigneuries et forteresses de Guyenne cédées aux Anglais par le traité de Brétigny[100], se rend par Montpellier et Avignon dans le comté de Forez auprès de la comtesse de Forez, sa sœur[101], et de Renaud de Forez[102], beau-frère de la comtesse. Il appelle sous les armes les seigneurs d’Auvergne, de Limousin, de Provence, de Savoie, du Dauphiné, du duché et du comté de Bourgogne[103], et il les concentre entre Lyon et Mâcon. Louis, comte de Forez[104] et Jean de Forez[105], son frère, neveux de Jacques de Bourbon, se rendent les premiers à l’appel de leur oncle. P. 62 à 64, 259.

[99] Jacques de Bourbon, I du nom, comte de la Marche, comte de Pontieu avant la cession de ce comté au roi d’Angleterre par le traité de Brétigny, 3me fils de Louis I, duc de Bourbon, et de Marie de Hainaut, oncle de Louis II, duc de Bourbon, marié à Jeanne de Châtillon-Saint-Pol. Anselme, _Hist. généal._, I, 318.

[100] Ce fut Jean le Maingre, dit Boucicaut, et non Jacques de Bourbon, qui fit cette remise à Jean Chandos (Bardonnet, _Procès-verbal de délivrance_, p. 105 à 110). Seulement, le roi Jean put charger son cousin le comte de la Marche, comme le raconte Froissart, d’une mission officieuse auprès des grands seigneurs du parti français, qui firent des difficultés pour se soumettre au traité de Brétigny, tels que les comtes de Périgord et d’Armagnac.

[101] Jeanne de Bourbon, l’aînée des filles de Louis I, duc de Bourbon, et de Marie de Hainaut, mariée à Avignon le 14 février 1318 à Guigue, VII du nom, comte de Forez, mort en 1360.

[102] Renaud de Forez, second fils de Jean I, comte de Forez, frère de Guigue VII, comte de Forez, fut fait prisonnier à Brignais. Anselme, _Hist. généal._, VI, 730.

[103] Froissart dit que «le jeune duc» envoya vers Jacques de Bourbon les chevaliers et écuyers, tant du duché que du comté de Bourgogne. Notre chroniqueur commet ainsi un anachronisme. Ces expressions de jeune duc ne peuvent s’appliquer qu’à Philippe de Rouvre, qui mourut le 21 novembre 1361, plus de cinq mois avant la bataille de Brignais.

[104] Louis, fils de Guigue VII et de Jeanne de Bourbon, avait succédé en 1360, comme comte de Forez, à son père. D’après Froissart, il était encore en 1362 sous la tutelle de Renaud de Forez, son oncle paternel; il était né à Saint-Galmier en 1338.

[105] Jean de Forez, second fils de Guigue VII et de Jeanne de Bourbon, sœur de Jacques de Bourbon.