Chroniques de J. Froissart, tome 06/13
Part 11
[265] Le cinquième jour après la bataille d’Auray nous reporte au 4 octobre; or, la veille, c’est-à-dire le 3 octobre, Édouard III a daté l’un de ses actes de Canterbury, ville située, comme chacun sait, sur la route de Londres à Douvres (Rymer, III, 749): l’assertion de Froissart offre par conséquent un haut degré de vraisemblance.
[266] L’historien et le critique ne doivent pas un instant perdre de vue que le récit de Froissart, relatif à la journée d’Auray, dérive principalement du héraut anglais Windsor, comme la narration que le même chroniqueur a consacrée à l’affaire de Cocherel provient surtout du roi d’armes ou héraut anglo-gascon Faucon.
Cette nouvelle comble de joie Édouard III et Louis, comte de Flandre, qui se sont donné rendez-vous à Douvres pour traiter, moyennant dispense du pape Urbain V, du mariage d’Aymon, comte de Cambridge, l’un des fils du roi d’Angleterre, avec Marguerite, fille du comte de Flandre et veuve du dernier duc de Bourgogne, Philippe de Rouvre[267]. P. 174, 175, 346 à 348.
[267] Les conventions relatives à ce projet de mariage, qui ne se réalisa point, sont datées de Douvres, le 19 octobre 1364. Rymer, III, 751.
Siége d’Auray, de Jugon et de Dinan[268], par le comte de Montfort; reddition de ces trois places.--Siége de Quimper-Corentin. P. 175 à 177, 348 à 350.
[268] Dinan et Jugon se rendirent à Montfort dans le courant du mois d’octobre 1364. Dom Morice, _Preuves_, I, 1583.
De l’avis de ses conseillers, frappés des progrès croissants et des conquêtes du vainqueur d’Auray, Charles V envoie Jean de Craon, archevêque de Reims, le seigneur de Craon et le maréchal Boucicaut[269] à Quimper-Corentin[270] en qualité de plénipotentiaires et les charge de traiter avec Jean de Montfort[271]. Celui-ci demande du temps pour en référer à Édouard III, son beau-père et son protecteur, d’après les inspirations duquel il règle toute sa politique; puis, il pose ses conditions que les ambassadeurs français soumettent à leur tour au roi leur maître et au duc d’Anjou. Finalement, la paix est conclue aux conditions suivantes: 1º Jean de Montfort sera reconnu duc de Bretagne, mais s’il meurt sans héritiers légitimes, le duché retournera aux enfants de Charles de Blois. 2º Jean fera hommage du duché au roi de France, son suzerain. 3º Jeanne de Penthièvre, veuve de Charles de Blois, sera maintenue en possession du comté de Penthièvre dont le revenu est évalué à vingt mille francs[272]. Jean de Montfort interviendra de tout son pouvoir auprès d’Édouard III pour faire mettre en liberté ses cousins Jean et Gui, les deux fils aînés de Charles de Blois, qui sont encore détenus prisonniers en Angleterre. P. 177 à 181, 350 à 352.
[269] Par acte daté de Paris le 25 octobre 1364, Charles V donna pleins pouvoirs pour traiter de la paix à Jean de Craon, archevêque de Reims et au maréchal Boucicaut (_Ibid._, 1584); il n’est fait dans cet acte aucune mention d’Amauri, sire de Craon.
[270] Il est très-vraisemblable, suivant une conjecture fort plausible de Dacier (p. 615 de son édition, note 1), que les préliminaires de la paix furent arrêtés devant Quimper-Corentin qui se rendit à Montfort le 17 novembre de cette année (_Ibid._, 1585 et 1586); mais la paix ne fut conclue définitivement et signée qu’à Guérande le samedi 12 avril de l’année suivante, la veille de Pâques.
[271] Par acte daté d’Angers le 11 mars 1365 (n. st.), Jeanne de Penthièvre, qui continuait de s’intituler «duchesse de Bretagne», chargea de ses pleins pouvoirs Hugues de Montrelais, évêque de Saint-Brieuc, Jean, sire de Beaumanoir, Gui de Rochefort, sire d’Assérac, et maître Gui de Cleder. _Ibid._, 1587 et 1588.
[272] Le traité de Guérande maintient en outre Jeanne de Penthièvre en possession de la vicomté de Limoges. Froissart donne seulement les grandes lignes de ce traité, qu’il faut lire dans sa teneur pour en avoir une idée exacte. _Ibid._, 1588 à 1599.
Charles V rend à Olivier, sire de Clisson, ses terres sises dans le royaume, que Philippe de Valois avait autrefois confisquées, et le rallie ainsi au parti français[273].--Jean de Montfort se marie à la fille de la princesse de Galles que Jeanne de Kent avait eue de son premier mariage avec Thomas de Holland[274], et les noces sont célébrées à Nantes.--Les reines Jeanne d’Évreux et Blanche de Navarre, la première tante et la seconde sœur de Charles le Mauvais, font mettre en liberté le captal de Buch à qui le roi de France donne le château de Nemours[275] dont le revenu est évalué à trois mille francs. Le prince de Galles ayant témoigné son mécontentement de l’acceptation de ce don, le captal renvoie son hommage à Charles V et renonce à la donation faite en sa faveur.--En vertu d’un traité conclu entre les rois de France et de Navarre, Charles V conserve Mantes et Meulan et assigne en dédommagement à son beau-frère d’autres châteaux en Normandie[276].--Louis de Navarre emprunte soixante mille florins[277] au roi de France pour passer en Lombardie où il va épouser la reine de Naples, mais il ne survit que peu de temps à ce mariage[278]. P. 181 à 183, 352, 353.
[273] Le dauphin, duc de Normandie, avait travaillé de bonne heure à rallier Clisson au parti français. Dès le 27 septembre 1360, il avait rendu à Olivier la moitié de la baronnie de Thury (auj. Thury-Harcourt, Calvados, arr. Falaise) et la terre du Thuit (_Notre-Dame du_ THUIT est marquée comme ruine sur la carte de Cassini, nº 94, au N. O. de la forêt de Cinglais, sur la rive droite de l’Orne, à 16 kil. S. de Caen, entre Boulon et les Moutiers), que le sire de Clisson devait tenir dans le duché de Normandie et qui avaient été confisquées (_Arch. Nat._, JJ87, nº 274). Aussitôt après le traité de Guérande, cette habile politique, servie par la morgue et les convoitises des Anglais, auxiliaires de Montfort, réussit à rattacher peu à peu et par degrés Clisson et sa puissante clientèle au parti français (_Ibid._, JJ113, nº 162). Jeanne de Penthièvre, qui avait nommé Olivier son lieutenant et gouverneur en ses terres et pays de Bretagne (_Bibl. Nat._, ms. lat. nº 5381, II, 83 à 85; dom Morice, _Preuves_, I, 1631 et 1632), Jeanne de Penthièvre fut le principal intermédiaire de cette réconciliation définitive, accomplie au mois de septembre 1367, et en vertu de laquelle Charles rétablit le fils unique et l’héritier de Jeanne de Belleville dans la possession de toutes ses terres confisquées (_Arch. Nat._, K166{6}, nº 17{6}).
[274] Jean de Montfort, devenu duc de Bretagne, veuf en premières noces de Marie d’Angleterre, l’une des filles d’Édouard III, morte vers 1363 après quelques mois de mariage, épousa en 1366 Jeanne Holland, fille de Thomas Holland et de la fameuse Jeanne de Kent, devenue en 1362 princesse de Galles et d’Aquitaine par son mariage avec le prince Noir. Jeanne Holland mourut en 1384.
[275] Seine-et-Marne, arr. Fontainebleau. Nous ne connaissons aucun acte qui mentionne cette donation de Nemours au captal de Buch; mais Christine de Pisan dit aussi que Jean de Grailly fut comblé de faveurs par Charles V et qu’il reçut même le titre de chambellan du roi de France (_Le livre des faits et bonnes mœurs du sage roi Charles_, 1re partie, chap. XXX).
[276] Par le traité de paix conclu à Paris le 6 mars 1365 (n. st.) entre les rois de France et de Navarre, il fut stipulé que Charles le Mauvais aurait, non comme le dit Froissart, des châteaux situés en Normandie, mais la ville et la baronnie de Montpellier en dédommagement de Mantes, de Meulan et du comté de Longueville (_Arch. Nat._, J617, nº 31; Secousse, _Mémoires sur Charles II_, II, 222 à 231). La confirmation de ce traité par Charles V est, suivant la judicieuse remarque de M. Delisle (_Mandements de Charles V_, p. 104, n. 2 et p. 112) antérieure au 20 juin de la même année (Secousse, _Mémoires_, II, 254 à 256).
[277] Louis de Navarre emprunta à Charles V, non pas 60 000, mais 50 000 florins d’or fin du coin de France, appelés francs. Le 4 avril 1366 (n. st.), il engagea son comté de Beaumont-le-Roger, Bréval et Anet à son royal créancier qui devait toucher le revenu de ces terres évalué à 8000 livres, jusqu’à parfait remboursement de la somme prêtée (_Arch. Nat._, J617, nº 32).
[278] Froissart commet ici deux erreurs. Louis de Navarre épousa en 1366, non la reine de Sicile, mais Jeanne de Sicile, duchesse de Duras, fille de Charles de Sicile duc de Duras et de Marie de Sicile, et il survécut si bien à ce mariage qu’il mourut seulement en 1372, dans la Pouille et fut enterré à Naples. (Anselme, _Hist. généal._, I, 291). Louis de Navarre quitta Évreux vers la fin d’avril 1366, et il n’est plus fait mention de sa présence en Normandie à partir du 20 de ce mois (_Bibl. Nat._, Quitt., XVI, 290). Le captal de Buch, mis en liberté par Charles V, remplit, dès les derniers mois de 1365 et jusqu’à la fin de 1366, les fonctions de lieutenant du roi de Navarre en Normandie (_Ibid._, XV, 224). Ayant appris, sur ces entrefaites, que le prince de Galles se disposait à entrer en Espagne pour restaurer don Pèdre et renverser don Henri de Trastamare soutenu par du Guesclin, le vaincu de Cocherel rassembla en toute hâte les débris des Compagnies anglo-navarraises aux environs d’Avranches où il avait donné rendez-vous à Jean, duc de Lancastre, et se mit en route pour Bordeaux. Le dernier acte de sa lieutenance est un mandement daté de Genest (Manche, arr. Avranches, c. Sartilly), le 22 décembre 1366, par lequel il enjoignit de payer 88 livres II sous «pour certains vivres qui furent amenez à Genez pour la despense de monseigneur le duc de Lancastre et de nous.» _Ibid._, XVI, 340.
CHAPITRE XC.
1365, OCTOBRE-1366, MAI. EXPÉDITION DE DU GUESCLIN ET DES COMPAGNIES EN ESPAGNE.--1366, 5 AVRIL. DON PÈDRE EST DÉTRÔNÉ ET DON HENRI, COMTE DE TRASTAMARE, EST PROCLAMÉ ROI DE CASTILLE.--14 AOUT. VICTOIRE REMPORTÉE PAR LES COMPAGNIES ANGLO-GASCONNES PRÈS DE MONTAUBAN.--23 SEPTEMBRE. TRAITÉ D’ALLIANCE ENTRE LE PRINCE D’AQUITAINE ET DE GALLES, DON PÈDRE ET LE ROI DE NAVARRE; PRÉPARATIFS MILITAIRES DU PRINCE DE GALLES ET DÉMÊLÉS AVEC LE SIRE D’ALBRET (§§ 546 à 559).
Redoublement des ravages des Compagnies dans le royaume de France à la suite des traités qui ont mis fin aux guerres de Navarre et de Bretagne; la principauté d’Aquitaine seule est à l’abri du fléau; plaintes et récriminations contre le roi d’Angleterre[279] et le prince de Galles son fils. Charles V et Urbain V essayent en vain d’envoyer les gens des Compagnies en Hongrie faire la guerre contre les Turcs[280]. P. 183 à 185, 353, 354.
[279] Le 24 novembre 1364, Édouard III somma Eustache d’Auberchicourt, Robert Scot et Hugh de Calverly, chevaliers anglais, qui faisaient la guerre au royaume de France, «à l’ombre du roy de Navarre», de licencier leurs bandes. _Bibl. Nat._, collection Bréquigny, XV, 38.
[280] Froissart semble faire allusion ici à un projet d’expédition contre les infidèles conçu vers le milieu de 1365 par le pape Urbain V. Le trop fameux Arnaud de Cervolle, dit l’Archiprêtre, devait être le chef de cette expédition (V. plus haut, p. XXXV, note 141). Le samedi 5 avril 1365, Urbain fulmina une bulle d’excommunication contre les Compagnies (_Arch. Nat._, J711, nº 302²).
Lutte entre don Pèdre, roi de Castille et Henri, comte de Trastamare, frère naturel de don Pèdre[281].--Griefs du roi de France et du pape contre don Pèdre, meurtrier de sa femme Blanche de Bourbon[282] et excommunié par le Saint-Père[283]. Bertrand du Guesclin, fait prisonnier par Jean Chandos à Auray, dont Charles V, Urbain V et don Henri de Trastamare ont payé la rançon fixée à cent mille francs[284], se met à la tête des gens des Compagnies pour les emmener en Espagne au secours de don Henri contre don Pèdre. A du Guesclin se joignent plusieurs chevaliers anglais ou à la solde du prince de Galles, Hugh de Calverly[285], Gautier Hewet, Mathieu de Gournay, Eustache d’Auberchicourt[286], Bertucat d’Albret[287]. De cette expédition font aussi partie un certain nombre de seigneurs français, en première ligne le jeune comte de la Marche qui veut venger la mort de sa cousine Blanche de Bourbon[288], Antoine, sire de Beaujeu[289], Arnoul, sire d’Audrehem, maréchal de France[290], le Bègue de Villaines[291], le Bègue de Villiers[292], le sire d’Antoing[293], en Hainaut, Alard de Briffœuil[294], Jean de Neuville[295], Gauvain de Bailleul, Jean de Berguette, Lallemand de Saint-Venant[296]. Le rassemblement général a lieu à Perpignan[297], sur les confins de l’Aragon. L’effectif de toutes ces bandes s’élève à trente mille hommes. Là sont tous les chefs des Compagnies, Robert Briquet[298], Jean Creswey, Naudon de Bageran, Lami, Maleterre, le Petit Meschin, les bours Camus, de Lesparre et de Breteuil, Bataillé, Espiote, Amanieu d’Ortigue, Perrot de Savoie. Le roi d’Aragon, allié de don Henri, fait le meilleur accueil aux Compagnies[299] avec l’aide desquelles il reconquiert les villes et forteresses de son royaume, occupées naguère par don Pèdre. Celui-ci se voit bientôt abandonné de l’immense majorité de ses sujets qui se déclarent pour le comte de Trastamare. Accompagné de don Fernand de Castro[300], le seul de ses courtisans qui lui soit resté fidèle, de sa femme[301] et de ses deux filles Constance[302] et Isabelle[303], il s’enferme avec ses trésors dans le château de Séville[304] d’où il fait voile[305] bientôt vers la Galice et se réfugie à la Corogne. P. 185 à 192, 354 à 360.
[281] Don Alphonse XI du nom, roi de Castille, était mort à la fleur de l’âge le vendredi saint, 27 mars 1350. Il ne laissait qu’un fils légitime, don Pèdre, alors âgé de quinze ans et quelques mois, dont la mère doña Maria était une infante de Portugal, fille du roi Alphonse IV, surnommé _le Brave_. Don Alphonse avait eu en outre de son union illégitime avec une jeune veuve d’une illustre maison de Séville, doña Léonor de Guzman, dix enfants naturels, neuf garçons et une fille. L’aîné de ces bâtards, don Henri, avait été fait de bonne heure comte de Trastamare et, aussitôt après l’avénement au trône de l’héritier légitime, s’était posé en rival de don Pèdre.
[282] Blanche de Bourbon, la seconde des filles de Pierre Ier, duc de Bourbon, et d’Isabelle de Valois, sœur cadette de Jeanne de Bourbon, mariée à Lyon en juillet 1349 à Charles dauphin, depuis Charles V, avait épousé don Pèdre, roi de Castille, par contrat passé en l’abbaye de Preuilly, le 23 juillet 1352 (_Arch. Nat._, J603, nº 55). Abandonnée dès les premiers mois de son mariage en faveur d’une maîtresse, nommée doña Maria de Padilla, cette princesse mourut en 1361, et la rumeur publique accusa don Pèdre de cette mort, «jussu Petri mariti crudelis», ainsi que portait l’inscription tracée à Jerez sur le tombeau de Blanche (Llaguno, _ad Ayala_, p. 328, note 3).
[283] Innocent VI avait été pendant les dernières années de son pontificat en lutte presque continuelle avec don Pèdre, auprès duquel il avait député avec le titre de légat le célèbre Gui de Boulogne, cardinal évêque de Porto (Martène, _Thes. Anecdot._, II, 964, 997 et 998; _Arch. Nat._, L377, caps. 217, nº 57). Urbain V, successeur d’Innocent VI, prit ouvertement parti pour Pierre IV, roi d’Aragon, et même pour le comte de Trastamare contre don Pèdre.
[284] Charles V contribua au payement de cette rançon pour une somme de quarante mille florins d’or, dont nous avons les quittances délivrées par Jean Chandos; et en retour Bertrand du Guesclin fit le serment, par acte daté de son château de la Roche-Tesson le 22 août 1365, d’emmener les Compagnies hors du royaume, engageant au roi le comté de Longueville en cas de non exécution de cette promesse (_Arch. Nat._, J281, nºs 4, 5 et 6; Charrière, _Chronique de B. du Guesclin_, II, 393 à 395: Charrière a daté à tort du 20 et du 27 août deux pièces qui ont été l’une et l’autre libellées à la Roche Tesson le 22 août). Bertrand renouvela cet engagement par acte passé à Paris le mardi 30 septembre, dans l’hôtel à l’enseigne du _Papegaut_, près de Sainte-Opportune (_Ibid._, J381, nº 4bis). Aussitôt après l’accomplissement de cette formalité, il se mit en route pour l’Espagne; il était de passage à Auxerre, le 10 octobre (_Arch. Nat._, X1a38, fº 246), à Avignon, du 12 au 16 novembre (_Ibid._, K49, nº 5, fº 7), à Montpellier, du 29 novembre au 3 décembre (_Thalamus parvus_, p. 369), enfin à Barcelone, à la cour de Pierre, roi d’Aragon, du 1er au 9 janvier 1366 (Zurita, _Annales_, l. IX, c. 61; _Arch. Nat._, X1a38, fº 246). Prosper Mérimée a supposé par erreur que du Guesclin avait levé, à l’occasion de son passage à Avignon vers la fin de 1365, une rançon de 5000 florins sur les habitants du Comtat. Du Guesclin ne commit cette exaction que deux ans plus tard, dans le cours d’une campagne qui se termina le 8 avril 1368 par la prise de Tarascon. V. _Hist. de don Pèdre Ier_, p. 407, note 1.
[285] Ce chevalier accompagna du Guesclin sans l’aveu et même contre le gré du roi d’Angleterre, puisque celui-ci, par acte daté du 6 décembre 1365, alors que Bertrand et ses compagnons d’aventure étaient déjà en route pour l’Espagne, manda à Jean Chandos, à _Hugh de Calverlé_, à Nicol de Dagworth et à William de Elmham, chevaliers, de prendre des mesures pour que nuls gens d’armes de sa ligeance, assemblés en certaines Compagnies, ne pussent entrer au royaume d’Espagne pour faire guerre à noble prince le roi de Castille son cousin. Rymer, III, 779.
[286] Dans le courant du mois d’août 1365, Bertrand du Guesclin, en vertu d’un traité passé avec Louis de Navarre et Eustache d’Auberchicourt, lieutenants de Charles le Mauvais en basse Normandie, avait consenti à rendre les château et ville de Carentan au roi de Navarre, moyennant une rançon de 14 000 francs; et en outre Olivier de Mauny, capitaine de Carentan pour son cousin, s’était fait donner 3535 francs à titre d’arrérages des rançons (_Bibl. Nat._, ms. fr. 10 367, fº 20).
[287] Ce Bertucat était un cadet, sinon même un bâtard, de la puissante maison d’Albret, et le père Anselme ne l’a pas classé dans sa généalogie de cette famille. Parmi ces seigneurs anglais ou anglo-gascons qui accompagnèrent du Guesclin en Espagne, Froissart n’a pas mentionné le plus important. Nous voulons parler de Guardia Raymond, cher, seigneur d’Aubeterre (auj. Aubeterre-sur-Dronne, Charente, arr. Barbezieux), qui paraît avoir été le grand recruteur et condottière des compagnies anglo-gasconnes. Il prétendit plus tard que, le 10 octobre 1365, à Auxerre, Bertrand lui avait souscrit une obligation de 2400 francs d’or; le 6 et le 9 janvier 1366, à Barcelone, deux autres obligations l’une de 6066 francs d’or et l’autre de 2060 florins du coin du roi d’Aragon, cette dernière de moitié avec Arnoul, sire d’Audrehem, maréchal de France; enfin, le 20 juillet suivant, à Albatera, en Castille, une quatrième obligation de 4000 florins d’or. L’année suivante, le sire d’Aubeterre ayant combattu à Najera dans l’armée du prince de Galles contre don Henri de Trastamare, du Guesclin avait différé de payer le chevalier anglo-gascon, qui mourut sans avoir pu réussir à se faire rembourser. Plus de vingt ans après ces événements, en 1390, Jean Raymond, frère et héritier de Guardia Raymond, intenta pour ce fait devant le Parlement à Olivier du Guesclin, comte de Longueville, le principal héritier du connétable, un procès dont les pièces, qui seront analysées à la fin du second volume de notre _Histoire de du Guesclin_, nous ont permis d’établir pour la première fois d’une manière sûre les principales étapes ainsi que les dates précises de l’expédition de du Guesclin et des Compagnies en Espagne (_Arch. Nat._, sect. jud., X1a 1475, fº 87, vº; X1a 37, fºs 333 vº et 334; X1a 1475, fºs 176, 178 vº et 179; X1a 38, fºs 246 et 247). Une fois arrivés à Montpellier, les brigands des Compagnies voulurent être payés avant de continuer leur route; et du Guesclin fut obligé, pour les satisfaire, d’emprunter 10 000 francs aux bourgeois de cette ville: «Et alèrent à Montpellier dont ne vouldrent partir, se ilz n’avoient argent; et pour ce emprunta (Bertrand) à certains bourgois dix mille francs, et lors partirent.» X1a 1475, fº 176.
[288] Jean de Bourbon, Ier du nom, comte de la Marche, fils de Jacques de Bourbon blessé mortellement à la bataille de Brignais, et de Jeanne de Châtillon-Saint-Pol, était le cousin germain de Blanche de Bourbon, fille de Pierre Ier, frère aîné de Jacques de Bourbon. Anselme, _Hist. généal._, I, 298, 300, 319.
[289] Antoine, sire de Beaujeu, fils d’Édouard, sire de Beaujeu, tué au combat d’Ardres en 1351, et de Marie du Thil, passa à Montpellier, en faisant route pour l’Espagne, le 13 janvier 1366; mais l’auteur de la chronique romane l’a sans doute confondu avec son oncle Louis auquel il donne à tort le titre de seigneur de Beaujeu qu’Antoine seul avait le droit de porter: «Item, a XIII del dich mes (de janvier 1366), passet a Montpellier M. Loys, senhor de Beljoc, en Bergonha, am sa companha, e segui los autres.» _Thalamus parvus_, p. 370.--Le sire de Beaujeu retourna en Espagne trois ans plus tard et, avant de partir pour ce pays, fit son second testament daté de Beaujeu le 12 mai 1369. _Arch. Nat._, P. 1368¹, nº 1586; _Musée des Archives_, p. 220 à 223.
[290] Arnoul, sire d’Audrehem, l’un des premiers protecteurs de du Guesclin qu’il avait pu apprécier dès la fin de 1353, pendant qu’il était lieutenant du roi Jean en basse Normandie (_Hist. de du Guesclin_, p. 118 et 119), avait été envoyé en Languedoc vers le mois de janvier 1361 (voyez plus haut, p. XXXII, note 127), en compagnie de Robert, dit Moreau, sire de Fiennes, connétable de France, avec le titre de capitaine de la Langue d’Oc (dom Vaissete, _Hist. de Languedoc_, IV, 314), de capitaine général dans toute la Langue d’Oc (_Ibid._, Preuves, 276), enfin de lieutenant du roi ès parties de Langue d’Oc (_Arch. Nat._, JJ93, nº 216). Le 23 juillet 1362, de concert avec Henri, comte de Trastamare, il avait passé à Clermont en Auvergne avec les principaux routiers un traité tendant à faire évacuer le royaume par les Compagnies (voyez p. XXIII, note 97). Le 13 août 1362, il avait été nommé par le roi Jean lieutenant général en toute la Langue d’Oc (_Arch. Nat._, JJ93, nº 241), et depuis lors il n’avait cessé de lutter avec plus de courage que de succès contre les bandes qui infestaient le midi. Le sire d’Audrehem, aussi modeste que brave, dut contribuer plus peut-être que personne à faire charger du Guesclin d’une entreprise aussi difficile que la conduite des Compagnies en Espagne.