Chroniques de J. Froissart, tome 06/13
Part 1
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CHRONIQUES
DE
J. FROISSART
9924--PARIS, TYPOGRAPHIE LAHURE Rue de Fleurus, 9
CHRONIQUES DE J. FROISSART
PUBLIÉES POUR LA SOCIÉTÉ DE L’HISTOIRE DE FRANCE PAR SIMÉON LUCE
TOME SIXIÈME
1360-1366
(DEPUIS LES PRÉLIMINAIRES DU TRAITÉ DE BRÉTIGNY JUSQU’AUX PRÉPARATIFS DE L’EXPÉDITION DU PRINCE DE GALLES EN ESPAGNE)
[Logo: SOCIÉTÉ DE L’HISTOIRE DE FRANCE.]
A PARIS CHEZ Mme Ve JULES RENOUARD (H. LOONES, SUCCESSEUR) LIBRAIRE DE LA SOCIÉTÉ DE L’HISTOIRE DE FRANCE RUE DE TOURNON, Nº 6
M DCCC LXXVI
EXTRAIT DU RÈGLEMENT.
ART. 14. Le Conseil désigne les ouvrages à publier, et choisit les personnes les plus capables d’en préparer et d’en suivre la publication.
Il nomme, pour chaque ouvrage à publier, un Commissaire responsable chargé d’en surveiller l’exécution.
Le nom de l’Éditeur sera placé en tête de chaque volume.
Aucun volume ne pourra paraître sous le nom de la Société sans l’autorisation du Conseil, et s’il n’est accompagné d’une déclaration du Commissaire responsable, portant que le travail lui a paru mériter d’être publié.
_Le Commissaire responsable soussigné déclare que le tome VI de l’Édition des_ CHRONIQUES DE J. FROISSART, _préparée par_ M. SIMÉON LUCE, _lui a paru digne d’être publié par la_ SOCIÉTÉ DE L’HISTOIRE DE FRANCE.
_Fait à Paris, le 1er décembre 1876._
_Signé_ L. DELISLE.
_Certifié_,
Le Secrétaire de la Société de l’Histoire de France,
J. DESNOYERS.
SOMMAIRE.
CHAPITRE LXXXIV.
1360. TRAITÉ DE BRÉTIGNY (§§ 474 à 490).
Édouard III et son armée sont toujours campés à Montlhéry[1]. Charles, duc de Normandie, régent du royaume, et les principaux de son Conseil, les ducs d’Anjou et de Berry ses frères, Gilles Aycelin de Montagu, évêque de Thérouanne, chancelier de France, se décident à faire des ouvertures de paix au roi d’Angleterre. Androuin de la Roche, abbé de Cluny, Simon de Langres, maître des Frères Prêcheurs, Hugues de Genève, seigneur d’Anthon[2], sont chargés de ces négociations[3]. Édouard III, indigné au plus haut point de la descente des Français à Winchelsea[4] dont il vient d’être informé, repousse d’abord, malgré les avis du duc de Lancastre, toutes les propositions d’accommodement. Il ne veut à aucun prix renoncer au titre de roi de France, et son projet est, après être allé se rafraîchir deux ou trois mois en Normandie et en Bretagne, de revenir devant Paris au moment de la moisson et des vendanges. Il lève donc son camp de Montlhéry[5] et se dirige vers le pays chartrain, pendant que les trois envoyés du régent, duc de Normandie, reviennent sans cesse à la charge pour le presser de conclure la paix. Au moment où le monarque anglais et ses gens passent à Gallardon, un orage effroyable éclate tout à coup accompagné d’éclairs, de tonnerre, d’une trombe de vent, de grêle et de pierres d’une grosseur énorme, qui terrifie les Anglais et leur tue hommes et chevaux[6]. Édouard y voit un signe de la volonté de Dieu en faveur de la paix; en même temps, le regard fixé sur l’église Notre-Dame de Chartres[7] qu’il aperçoit dans le lointain, il fait un vœu et se consacre à la Sainte Vierge. Après avoir campé la nuit suivante sur le bord de la rivière de Gallardon[8], il n’en continue pas moins le lendemain sa route vers Bonneval[9] et la marche de Vendôme. Toutefois, il finit par céder aux supplications de l’abbé de Cluny, et des négociations[10] s’engagent à Brétigny[11] près de Chartres entre ses délégués et ceux du régent: les pourparlers durent plusieurs jours et aboutissent à la conclusion d’un traité de paix. P. 1 à 5, 237 à 241.
[1] Édouard III fut logé en l’hôtel de Chanteloup (aujourd’hui château de Saint-Germain-lez-Arpajon), entre Montlhéry et Châtres (Arpajon), du mardi 11 mars au lundi 6 avril 1360. _Grandes Chroniques_, VI, 169 et Rymer, III, 480.
[2] Isère, arr. Vienne, c. Meyzieu. Hugues de Genève, troisième fils d’Amédée, IIe du nom, comte de Genève, et d’Agnès de Chalon, était le vassal, du chef de sa seigneurie d’Anthon, de Charles, dauphin de Viennois.
[3] Ces négociations infructueuses s’ouvrirent à la maladrerie de Longjumeau le vendredi saint 3 avril. Froissart omet de dire que les trois négociateurs qu’il nomme étaient des légats du Saint-Siége qu’Innocent VI avait envoyés en France, par une bulle datée d’Avignon le 3 mars 1360 (Rymer, III, 472; _Arch. Nat._, JJ91, nº 204), pour traiter de la paix; mais ces trois négociateurs ne prirent point part à la conférence de Longjumeau et n’arrivèrent à Paris que vers le 10 avril.
[4] La descente des Français à Winchelsea, suivie du sac de ce port de mer, eut lieu le 14 mars 1360 (voyez notre _Histoire de du Guesclin; la jeunesse de Bertrand_, p. 307, 546 à 550). En outre, par un traité secret conclu à Paris le jeudi 30 janvier 1360 (n. st.), dont tous les historiens semblent avoir ignoré l’existence, David Bruce, IIe du nom, roi d’Écosse, quoiqu’il fût alors prisonnier du roi d’Angleterre, s’étant fait représenter par Robert Erskine, chevalier, et Normand de Lesly, écuyer, avait conclu une alliance offensive et défensive avec Charles, régent, à condition que ledit régent fournirait dans un délai déterminé à son allié 50 000 marcs d’esterlins en or payables à Paris, au Palais Royal, en la Salle Neuve. _Arch. Nat._, J677, nº 7.
[5] Édouard III ne leva son camp et ne prit le chemin de la Beauce que le dimanche 12 avril, jour de Quasimodo, au soir. _Grandes Chroniques_, VI, 171.
[6] Le rédacteur des _Grandes Chroniques_, le mieux renseigné de tous les chroniqueurs sur ces événements, ne dit pas un mot de cet orage, qui paraît n’avoir eu d’autre effet que d’empêcher Édouard de marcher sur Chartres, comme le roi anglais en avait eu d’abord l’intention.
[7] De Gallardon, en effet, on commence à apercevoir la flèche de la cathédrale de Chartres.
[8] Cette rivière est la Voise qui se jette dans l’Eure à Maintenon.
[9] Eure-et-Loir, arr. Chateaudun. Édouard et ses gens s’avancèrent jusqu’à Bonneval et même jusqu’à Chateaudun, et c’est un indice que l’orage survenu près de Gallardon n’eut pas une influence immédiate et déterminante sur la conclusion de la paix de Brétigny.
[10] Les négociateurs, chargés des pleins pouvoirs du régent, partirent de Paris le lundi 27 avril et arrivèrent le même jour à Chartres.
[11] Aujourd’hui hameau de 127 habitants de la commune de Sours, Eure-et-Loir, arr. et c. Chartres, à 9 kil. au sud-est de cette ville. Pendant que ses plénipotentiaires ou plutôt ceux de son fils le prince de Galles traitaient à Brétigny avec les envoyés du régent, Édouard lui-même avait rétrogradé et était venu se loger à Sours. Le régent, de son côté, se rendit à Chartres où il était le 7 mai. Les pourparlers commencèrent le vendredi 1er mai et durèrent jusqu’au vendredi 8 du même mois. _Grandes Chroniques_, VI, 172, 173; Rymer, III, 485, 486.
Édouard III confirme[12] le traité de paix conclu à Brétigny-lez-Chartres le 8 mai 1360 entre Édouard, prince de Galles, au nom du roi d’Angleterre, et Charles, duc de Normandie, au nom de Jean, roi de France. Dans la rédaction définitive, un peu différente du texte primitif du traité qui fut quelques mois plus tard ratifié par les deux rois, les conseillers français eurent soin d’insérer une clause réservant le droit de suzeraineté de leur maître et pouvant servir de point de départ à des revendications ultérieures[13]. P. 5 à 17, 241 à 243.
[12] Le texte de cette confirmation, tel que le donne Froissart, se rapproche beaucoup pour le fond, sans être identique pour la forme, de la charte dite des renonciations, publiée par Rymer (III, 524 et 525). Seulement, comme l’a bien vu Dacier avec sa sagacité et sa conscience ordinaires (p. 528, note 1), si Froissart ne s’est pas trompé sur la date de mois et de jour (25 mai), il s’est certainement trompé sur la date de lieu (Brétigny-lez-Chartres). Édouard III, en effet, était de retour en Angleterre et débarqua au port de Rye le lundi 18 mai (Rymer, III, 494). D’un autre côté, Jean avait donné pleins pouvoirs à son fils Charles pour traiter avec son adversaire, par acte daté du 1er avril 1360 (Martène, _Thes. Anecdot._, I, 1422 et 1423); et la ratification provisoire par les deux rois du traité de paix conclu à Brétigny eut lieu à la Tour de Londres le 14 juin suivant (_Bibl. Nat._, De Camps, portef. 46, fº 432). Antérieurement à cette date, il y a lieu de croire que tout se passa, au moins officiellement, d’abord entre les plénipotentiaires des fils aînés rassemblés pour cela à Brétigny, ensuite entre les fils aînés eux-mêmes de Jean et d’Édouard. Du reste, on trouve tout au long dans les _Grandes Chroniques_ (VI, 175 à 200) la confirmation par le prince de Galles du traité conclu entre ses plénipotentiaires et ceux de Charles, duc de Normandie; or, cette confirmation est datée, _non de Brétigny, mais de Louviers en Normandie_, le 16 mai 1360 (_Ibid._, p. 199). Quoi qu’il en soit, la charte, dite des renonciations, publiée par Rymer, est datée de Calais le 24 octobre 1360.
[13] Cette observation de Froissart, particulière à la rédaction d’Amiens (p. 242, 243), mérite d’être notée, parce qu’elle accuse l’interprétation que les juristes de Charles V voulaient donner, lorsque cette rédaction fut composée, à l’une des clauses du traité de Brétigny. Notre chroniqueur semble faire allusion à une convention subsidiaire par où le roi Jean, le 26 octobre, pendant son séjour à Boulogne-sur-Mer, prenait l’engagement de renoncer à tout droit de suzeraineté sur les provinces cédées, mais seulement lorsqu’il aurait été remis en possession d’une manière complète et effective de ce qui lui restait de son royaume (_Bibl. Nat._, fonds de Camps, portef. XLVI, fºs 553 à 559, 571 à 580; ms. fr. nº 8359, fºs 45 vº et 51). Dès le 10 février 1361, les Anglais se plaignaient à Jean de Melun, comte de Tancarville, chargé d’une mission en Angleterre, que le roi de France eut reçu ou voulu recevoir l’appel du comte d’Armagnac et du sire d’Albret (Martène, _Thes. Anecdot._, I, 1487 à 1489).
Une trêve est conclue entre les belligérants qui doit durer jusqu’au terme de Saint-Michel prochain et de là en un an[14]. Charles, duc de Normandie, ratifie[15] le traité de paix conclu à Brétigny entre ses plénipotentiaires et ceux d’Édouard, prince de Galles. Cette ratification et la publication de la trêve sont accueillies par tout le royaume avec une joie unanime. Le roi d’Angleterre envoie quatre[16] de ses barons à Paris et les charge de prêter serment[17] en son nom sur le fait du traité de paix. Les Parisiens font à ces envoyés une réception triomphale, sonnent les cloches à leur venue, jonchent les rues de draps d’or sur leur passage; et le duc Charles, après avoir reçu leur serment, leur fait fête et donne à chacun un beau coursier ainsi qu’une épine de la couronne du Sauveur conservée à la Sainte-Chapelle. P. 17 à 21, 243 à 245.
[14] Cette trêve fut confirmée à Sours devant Chartres par Édouard, prince de Galles, le 7 mai 1360 (_Grandes Chroniques_, VI, 207 à 211), et à Chartres, par Charles, régent du royaume, le même jour (_Ibid._, 202 à 206). Le mandement de publication de la trêve, donné par le régent à Brétigny-lez-Chartres le 7 mai (_Ibid._, 206, 207), ne fut sans doute promulgué qu’à la suite d’une entrevue du duc Charles et du prince de Galles.
[15] Cette ratification, dont le rédacteur des _Grandes Chroniques_ a publié le texte (VI, 200 et 201), est datée de Paris le 10 mai 1360.
[16] Le roi d’Angleterre et le prince de Galles envoyèrent, non pas quatre, mais six chevaliers, trois bannerets et trois bacheliers (_Grandes Chroniques_, VI, 212 et 213).
[17] Froissart commet ici une méprise. Les six chevaliers, dont il réduit par erreur le nombre à quatre, étaient chargés, non pas, comme le dit notre chroniqueur, de prêter serment au nom du roi d’Angleterre et du prince de Galles, mais au contraire d’assister, de la part des princes anglais leurs maîtres, à la prestation solennelle de serment de Charles, régent du royaume, sur le fait du traité de paix, prestation qui, on l’a dit plus haut, eut lieu à Paris le 10 mai 1360. En retour, six chevaliers français, trois bannerets et trois bacheliers, assistèrent, comme représentants du régent Charles, à la prestation solennelle du serment d’Édouard, prince de Galles, qui se fit dans l’église Notre-Dame de Louviers le vendredi 15 mai 1360 (_Grandes Chroniques_, VI, 212 à 214).
Édouard III fait diriger ses gens d’armes sur Calais par Pont-de-l’Arche où ils doivent traverser la Seine et par Abbeville[18]. Il passe une nuit à Chartres où il fait ses dévotions et présente une offrande à Notre-Dame[19], puis il se rend à Harfleur[20] où il s’embarque avec ses enfants pour l’Angleterre. Il annonce à Jean son prisonnier la fin de sa captivité, et les deux rois ratifient[21] de concert les conventions arrêtées entre les députés et procureurs de leurs deux fils aînés. De grandes fêtes ont lieu à cette occasion à Londres où Jacques de Bourbon vient rejoindre les deux souverains, puis à Windsor où Jean fait ses adieux à sa cousine la reine, enfin à Douvres où il prend congé d’Édouard III[22]. Le roi de France met à la voile pour retourner dans son royaume en compagnie du prince de Galles, du duc de Lancastre, du comte de Warwich, de Jean Chandos et débarque à Calais vers la Saint-Jean-Baptiste[23]. Il doit rester dans cette ville jusqu’à ce qu’on ait payé la première échéance de sa rançon qui est de six cent mille francs. Le duc de Normandie et ses deux frères[24] se rendent à Amiens[25] pour être plus rapprochés du roi leur père et aviser de concert avec lui aux mesures[26] à prendre pour assurer sa mise en liberté. Sur ces entrefaites, Galéas Visconti, sire de Milan[27], demande en mariage pour un de ses fils une des filles du roi de France[28], moyennant quoi il s’engage à fournir à Jean les six cent mille francs dont celui-ci à besoin; mais les pourparlers relatifs à ce mariage entraînent des lenteurs qui empêchent Galéas de verser la somme convenue en temps opportun[29]. Le roi de France doit attendre que ses gens des comptes aient recueilli la première échéance de sa rançon au moyen d’une aide extraordinaire levée sur ses sujets. P. 21 à 24, 245 à 248.
[18] Le 23 décembre 1375, Charles accorda des lettres de rémission à Guiot Turpin de Wicquinghem (Pas-de-Calais, arr. Montreuil-sur-Mer, c. Hucqueliers), qui avait tué en 1360 un soudoyer anglais «comme, _environ la feste de la Penthecouste derrain passée ot quinze ans_ (24 mai 1360), pour lequel temps certain acord ou trèves estoient, si comme l’en disoit, entre nostre très cher seigneur et père, que Dieux absoille! et nous et Edouard d’Angleterre, plusieurs routes d’Anglois, _passons par nostre royaume pour s’en retourner à Calais, se fussent logiés en la dicte ville de Winkinguehen, dont les aucuns estoient de la route d’un des mareschaux d’Angleterre_, lesquelx, disans qu’ils povoient prendre partout vivres pour eulx et leurs chevaux, prindrent en la dicte ville, oultre ce qu’il leur falloit, pour leurs dis vivres, plusieurs autres biens comme draps, linges, robes, or et argent et plusieurs autres choses et firent moult d’autres oultrages contre la voulenté des bonnes gens habitanz de la dicte ville et à leur grant grief et desplaisir.» _Arch. Nat._, JJ108, nº 28.
[19] D’après Jean de Venette (_Contin. G. de Nangiaco_, II, 310), plusieurs chevaliers allèrent, nus pieds, en pèlerinage, du camp anglais à la cathédrale de Chartres.
[20] Froissart se trompe sur le lieu d’embarquement du roi d’Angleterre. C’est à Honfleur, comme le dit fort bien le rédacteur des _Grandes Chroniques_ (VI, 214), non à Harfleur, qu’Édouard mit à la voile pour l’Angleterre, le mardi 19 mai 1360. Harfleur était alors occupé par une forte garnison française placée sous les ordres de Louis de Harcourt, vicomte de Châtellerault, lieutenant général en Normandie et ès Vexins français et normand (JJ87, nº 283), tandis que Honfleur, pris par les Anglais avant le 16 septembre 1357 (La Roque, _Hist. de la maison de Harcourt_, IV, 1881, 1882; JJ87, nºs 146, 315; JJ105, nº 13), ne fut définitivement évacué par les envahisseurs qu’entre les mois de février et de mai 1361 (Rymer, III, 547. _Bibl. Nat._, Quittances, XIII, 1144, 1186).
[21] Le 14 juin 1360, Jean et Édouard dînèrent ensemble à la Tour de Londres et ratifièrent les conditions de paix arrêtées le 8 mai précédent, près de Chartres, par les députés de leurs deux fils aînés, en présence de Philippe, duc d’Orléans, des comtes de Ponthieu, de Tancarville, d’Auxerre, de Joigny, de Sancerre, de Saarbruck, d’Adam de Melun, des seigneurs de Derval, d’Aubigny et de Maignelay (_Bibl. Nat._, fonds de Camps, XLVI, 432; _Grandes Chroniques_, VI, 215; Martène, _Vet. Script, nova collectio_, I, 154).
[22] C’est le prince de Galles, non Édouard III, qui fit la conduite au roi de France jusqu’à Douvres, en passant par Canterbury, d’où Jean adressa, le 5 juillet 1360, un mandement à ses gens des Comptes (_Bibl. Nat._, fonds de Camps, XLVI, 437).
[23] Jean débarqua à Calais quinze jours après la Saint-Jean-Baptiste, le mercredi 8 juillet. _Gr. Chron._, VI, 215. _Bibl. Nat._, fonds de Camps, XLVI, 438.
[24] Froissart veut désigner ici les comtes d’Anjou et de Poitou; mais Louis, comte d’Anjou, qui se trouvait alors dans son comté où il épousa, le 9 juillet 1360, Marie de Bretagne, fille de Charles de Blois et de Jeanne de Penthièvre (le contrat de mariage est daté du château de Saumur en août 1360; dom Morice, _Preuves_, I, 1534 à 1537), et Jean, comte de Poitiers, alors en Languedoc où il était lieutenant du roi son père et à la cour d’Avignon (JJ93, nºs 107, 184), les comtes d’Anjou et de Poitou, dis-je, n’arrivèrent à Calais (P1379¹, nº 3116) et à Boulogne-sur-Mer (JJ88, nºs 86, 102, 115) qu’à la fin de septembre ou dans les premiers jours d’octobre.
[25] Le dimanche 12 juillet, le régent Charles partit de Paris pour aller à Saint-Omer (_Gr. Chron._, VI, 215); mais il s’arrêta en route à Amiens d’où il a daté plusieurs actes (JJ91, nº 435).
[26] Dès le lendemain de son débarquement, le 9 juillet, Jean adressait un mandement aux gens de sa Chambre des Comptes. Il les pressait de lui envoyer en un rôle: 1º les noms des villes qui contribuaient à sa rançon, 2º le chiffre de la quote-part afférente à chaque ville, 3º les noms des simples particuliers qui lui font prêt à son besoin (De Camps, XLVI, 438). Trois jours après ce mandement, le 12, un des secrétaires du roi, Jean Lemercier, de Gisors, envoya des instructions aux commissaires chargés de recueillir le premier terme de la rançon de Jean (_Bibl. de l’École des Chartes_, XXXVI, 81 à 90). Paris s’imposa à 100 000 vieux écus, Rouen à 20 000 moutons d’or vieux, Soissons à 8000 royaux (JJ88, nº 21), Vervins à 200 royaux d’or (JJ88, nº 90).
[27] Par acte daté de Paris en mai 1360, Charles régent accorda des lettres de bourgeoisie parisienne à «Amizus de Concorecio», bourgeois de Milan, à la prière de son amé «Speronelus de Concorecio», fils d’_Amizus_, «_ad nos_ ex parte carissimi consanguinei nostri domini Galeaz, vicecomitis Mediolani, CETERIS DE CAUSIS _destinati_.» JJ91, nº 433.
[28] Au mois d’avril 1361, en mariant sa fille Isabelle de France à Jean Galéas, dit Visconti, fils aîné de son cousin Galéas Visconti, seigneur de Milan, le roi Jean assigna en dot à sa dite fille les château et ville de Sommières (Gard, arr. Nîmes) valant 3000 livres tournois de rente annuelle, les lieux de Vertus, de Rosnay et de la Ferté-sur-Aube (JJ107, nº 164). Un des oncles de Galéas Visconti était le féroce Barnabo.
[29] Le 24 juillet 1363, Charles, duc de Normandie, fit mettre en garde en une chambre au-dessus du Trésor de l’abbaye de Saint-Denis «douze mille florins de Florence _venus de Milan_, dont Mgr en avoit donné trois mille à Saint Denis, avec huit cens frans pour la fondacion de sa chapelle.» _Bibl. Nat._, ms. fr. nº 21 447, fº 42. C’est à cause de ce mariage avec Isabelle de France que le 27 janvier 1394 (n. st.) Jean Galéas Visconti, père de Valentine de Milan, mariée à Louis, duc d’Orléans, fut autorisé par Charles VI à porter des fleurs de lis de France dans ses armes. J145, nº 433.
Le prince de Galles et le duc de Lancastre, lassés d’attendre en vain à Calais le versement des six cent mille francs promis, retournent en Angleterre. Ils laissent le roi de France sous la garde de quatre chevaliers dont Jean paye les frais de séjour, en même temps qu’il a à sa charge les siens propres[30]. Depuis 1357 et 1358, un grand nombre de chevaliers et d’hommes d’armes anglais ont occupé des forteresses[31] en France d’où ils rançonnent les habitants du plat pays; Édouard III leur enjoint de vider ces forteresses. Quelques-uns obéissent à cette injonction et vendent les lieux forts qu’ils occupent; mais d’autres refusent de déloger, surtout ceux qui se tiennent sur les marches de Normandie et de Bretagne, et continuent de faire la guerre sous le couvert du roi de Navarre. Eustache d’Auberchicourt vend bien cher la forteresse d’Attigny[32] aux gens du pays, mais il ne parvint jamais dans la suite à se faire payer. Les lieux forts du Laonnais, du Soissonnais, de la Picardie, de la Brie, du Gâtinais et de la Champagne, sont évacués les premiers. Les capitaines qui les occupaient retournent dans leur pays après fortune faite, ou bien ils vont grossir les garnisons navarraises de Normandie[33]. Pendant ce temps, on est parvenu à recueillir de quoi faire face au payement des six cent mille florins. On met cet argent en dépôt provisoire à Saint-Omer[34] dans le trésor de l’abbaye de Saint-Bertin, car les princes et les hauts barons de France, désignés comme otages du traité, prennent des atermoiements et font des difficultés pour se remettre entre les mains des Anglais[35]. P. 24 à 26, 248 et 249.