Chroniques de J. Froissart, tome 03/13

Part 49

Chapter 493,461 wordsPublic domain

Ce lundi au matin se desloga li roys englès et chevaucha deviers Monstroeil, et envoia courir ses marescaux deviers Hedin, ardoir et essillier le pays, si comme il avoient fait par devant. Et ardirent Waubain, Biauraing, mais au castiel ne fissent nul mal, car il est trop fors. Et puis s’en retournèrent vers Moustroel, et ne se peurent tenir qu’il n’alaissent escarmucier as Savoiiens qui laiiens estoient, mais rien n’y gaegnièrent. Si s’en partirent et ardirent les fourbours, et revinrent deviers l’ost le roy, qui avoit pris son chemin deviers Saint Josse, et se loga celle nuit sus le rivierre. Au matin il s’en partirent, et passèrent l’aige et ardirent ses gens le ville de Saint Josse et puis Estaples, le Noef Castiel, le Delue, et apriès tout le pays boullenois et tout entour Bouloingne, et la ville de Wissan, qui estoit adonc bonne et grosse, et y loga li roys et toutte son host une nuit. Fº 95 vº.

--_Ms. de Rome_: Le dimence au matin, ensi que li rois d’Engleterre issoit de messe, retournèrent li chevauceour et les archiers, liquel avoient parfurni la desconfiture. Si recordèrent au roi, les capitainnes mesires Richars de Stanfort et mesires Renauls de Gobehen, tout ce que il avoient veu et trouvé, et dissent enssi en oultre que nuls apparans n’estoit de nulle requelloite. Adonc eut consel li rois que il envoieroit cercier les mors à sçavoir quel signeur estoient là demoret. Et en furent ordonné de l’aler, et fu dit de la bouce dou roi, mesires Thomas de Hollandes, mesires Renauls de Gobehem, li sires de Persi, mesires Guis de Briane et mesires Oulfars de Ghistelle, et lor furent delivret tout li hiraut de l’oost, et quatre clers pour escrire les noms des nobles. Si se departirent li desus nonmé et plus de quatre cens honmes en lor compagnie, pour aidier à tourner et à retourner les mors. Qant il furent venu sus la campagne où la bataille avoit esté, li hiraut dou roi d’Engleterre trouvèrent biau cop des hiraus les signeurs de France, qui là estoient venu pour cerchier lors mestres et lors signeurs mors. De qoi li signeur d’Engleterre furent moult resjoi et lor fissent bonne chière. Et cercièrent chil hiraut englois et françois tous les camps, et trouvèrent les signeurs mors en pluisseurs places, et estoient recongneu le plus par lors armoieries; et tantos que il estoient avisé et recongneu, les clers dou roi les metoient en escript. Si y furent trouvet onse chiés de hauls signeurs, quatre vins et trois banerés et douse cens et douse chevaliers d’un esqut, sans le menu peuple, dont il i eut plus de trente mille. Sus l’eure de vespres retournèrent deviers le roi d’Engleterre li baron qui envoiiet avoient esté cerchier les mors, et amenèrent avoecques euls les hiraus françois, pour mieuls certefiier la besongne, et estoient cinq. Je les vous nonmerai: premierement Valois, Alençon, Harcourt, Donpierre et Biaujeu. Li rois d’Engleterre les vei volontiers, et aussi fissent tout li signeur. Et là furent nonmé tout li signeur qui mort estoient: le roi de Boesme premierement, le conte d’Alençon, le conte de Blois, le conte de Flandres, le duch de Lorrainne, le conte d’Auçoirre, le conte de Harcourt, le conte de Saint Pol, le conte d’Aumale, l’arcevesque de Roem et le grant prieus de France. Des barons et des chevaliers, la detriance seroit trop grande à nonmer; mais dalés le conte de Namur, qui fu à la besongne et s’en parti, qant il vei l’eure, morut mesires Phelippes de Jupeleu. De la relation faite par les barons et chevaliers desus nonmés et les hiraus avoecques euls appellés, furent moult esmervilliet li rois d’Engleterre et li signeur de son costé, et plaindirent par especial moult grandement la mort dou bon roi de Boesme, et tinrent son fait à grant vaillance. Et s’en vestirent li rois et ses fils, li princes de Galles, de noir, pour l’amour de li, et aussi pour les aultres qui li estoient de linage, et mesires Godefrois de Harcourt, pour la mort de son frère et de son neveu le conte d’Aumale.

Che soir donna à souper li rois en son logeis tous les barons et chevaliers d’Engleterre qui là estoient, et qui aler i vorrent; et menèrent grant joie et grant reviel toute la nuit, et fissent bon gait et gardèrent les mors. Et à l’endemain on se ordonna au departir de là, et de traire plus avant viers Monstruel sus la Mer. Mais avant le departement dou roi, il fu ordonné et prononchiet par les hiraus françois, que li rois donnoit trieuwes quatre jours à tous ceuls qui vodroient travillier à aidier ensepvelir les mors. Et furent les corps des hauls signeurs presentement levés et portés en une abbeie, seans assés priès de là, qu’on nonme Mentenai. Et furent là, à un obsèque que on fist pour les signeurs, li rois d’Engleterre presens et ses fils, et vesti de noir, et la grignour partie des barons d’Engleterre qui en la compagnie dou roi estoient. Et devés sçavoir que li hiraut françois furent très larguement bien paiiet tant dou roi, de son fil et des barons d’Engleterre, et emportèrent avoecques euls, sans les jeuiauls, en deniers apparilliés, plus de deus mil livres. Nous laisserons un petit à parler dou roi d’Engleterre et des Englois, et parlerons dou roi de France.

Vous avés ichi desus oï recorder conment, le lundi, li rois fist faire une ordenance sus le pais et donna trieuwes quatre jours pour ensepvelir les mors, qant il et ses gens se departirent de Creci en Pontieu, apriès ce que il ot fait faire en l’eglise dou monastère de Mentenai un moult biel service pour l’amour de son cousin le roi de Boesme, qui là i fu aportés, et de tous les aultres hauls et grans signeurs. Li Englois cevauchièrent et s’aroutèrent, et prissent le cemin de Monstruel sus Mer. Le dimence au soir, estoient venu en la ville de Monstruel, li contes de Savoie, et mesires Lois de Savoie son frère, et li contes de Genève, et bien cinq cens lances de Savoiiens, et n’avoient peut venir à temps à la bataille; mais, pour tant que il avoient entendu que la desconfiture estoit sus les François, et que la ville de Monstruel seoit ou voiage des Englois, il se boutèrent dedens. Les Englois coururent devant Monstruel, et ardirent Wauben et Estaples et Saint Josse, et passèrent la rivière de Cance, et ardirent tout le pais autour de Boulongne; et ne cessèrent de ceminer, si furent venu devant Calais et le asegièrent. Fₒₛ 123 et 124.

P. 190, l. 10: troi.--_Ms. B 6_: deulx. Fº 337.

P. 190, l. 23: onze.--_Mss. A 11 à 14_: dix. Fº 144.

P. 190, l. 24: banerés.--_Mss. A 11 à 33_: banières, bannières. Fº 144.

P. 190, l. 25: d’un escut.--_Mss. A 1 à 6, 11 à 14_: d’un escri. Fº 151.

P. 190, l. 25: trente mil.--_Ms. B 6_: seize mille. Fº 337.

P. 190, l. 26: d’autres gens.--_Ms. B 6_: Encores n’alèrent il mie savoir la verité de ceulx qui ochis avoient esté le dimanche au matin. Et prumierement y fu mort le roy de Behaigne, le conte d’Allenchon, le conte de Blois, le conte de Flandres, le duc de Loraine, le conte de Sanssoire, le conte de Harcourt, le conte d’Ausoire, le conte de Saint Pol, le conte d’Aumerle, l’archevesque de Sens, le grant prieur de Franche. Et toutes les armes de ches prinches furent aportéez en l’armoierie du roy d’Engleterre. Et tout les corps des prinches furent emporté en une abeie de moisnes qui siet près de là, que on apelle Mentenay. Ceste bataille de Cressy en Pontieu fu l’an de grasce Nostre Seigneur mil trois cens quarante six, le vingt sixiesme jour d’auoust. Fₒₛ 337 et 338.

P. 191, l. 8 et 9: en un.... Montenai.--_Mss. A 1 à 6, 11 à 14, 18, 19_: en un moustier, près de la chapelle de Montenay. Fº 151 vº.--_Mss. A 20 à 22_: au moustier de la chapelle de Montenay. Fº 217.--_Mss. A 23 à 33_: au moustier de Montenay. Fº 169.

P. 191, l. 12: et puis chevança.--_Ms. B 6_: Le lundy au matin, après messe et boire, se deslogèrent les Englès de Crechy où celle belle et eureuse aventure leur estoit avenue, et prindrent le chemin de Hesdin et de Boulongne. Et chevauchèrent les marisalx devers la ville de Rue et ardirent les faubours, mais à fortresse ne peurent il advenir. Et puis chevauchèrent devers la ville de Monstreul, et ardirent tout le plat pais d’environ jusques à Blangy et jusques à Hesdin et Maurain ossy, mais au chastiel ne peurent il aprochier, car il estoit trop fort. Le mardy il passèrent oultre et vinrent bouter les feus à Saint Josse, et ardirent le Neuf Castiel de Waubain et Estaples et les fourbours de Boullongne, et se logèrent asés priès de là. Le merquedy, il passèrent oultre et vinrent devers Wissan; sy ardirent le lieu et le village oultre les bois de Hardelo et tout le plat pais de le conté de Boulongne, et s’en vinrent devant la forte ville de Calais.

Or considerés entre vous se, depuis cinq cents ans, il fu nulz rois qui fesist sy puissant voiage ne sy grant que le roy Edouart d’Engleterre fist adonc, et les belles aventures qui luy avinrent sur son chemin depuis qu’il ariva en Constentin en le Hoghe Saint Vast, les pons, les pasaiges qu’il trouva et toudis aparilliés pour combatre ses ennemis. Et fu sy près de Paris que jusques as portes, car en grant tamps en atendant, sy comme j’ai oit recorder en Engleterre, les sors de Merlin disoient que ly saingler de Windesore venroient ferir des dens ens ès portes de Paris. Par che saingler on doit entendre le roy Edouwart d’Engleterre, car il fu nés ens ou chastiel de Windesore, et avery chelui sors en che tamps: il passa et repassa la rivière de Saine et puis la rivière de Somme et se combaty ses annemis tels que toute la fleur de Franche et de bonne chevallerie sans nombre et les desconfy; et y furent mors deus tans de gens que il estoient, Et après il vint mettre le siège devant Calais, qui est une des fortes villes du monde, et dist que jamais ne s’en partiroit sy l’aroit; et de che ne faly mie à son entente, sy comme vous orés chi avant recorder en ces chroniques. Fₒₛ 338 à 340.

P. 191, l. 14: Hedin.--_Mss. A 1 à 6, 11 à 14, 20 à 29_: Hesdin. Fº 151 vº.

P. 191, l. 14: Waubain.--_Mss. A 1 à 6, 11 à 14, 18 à 22_: Waudain. Fº 151 vº.

P. 191, l. 14: Serain.--_Mss. A 1 à 6, 11 à 14, 18 à 22_: Seran. Fº 151 vº.

P. 191, l. 17: au lés devers Blangis.--_Mss. A 15 à 17_: du costé devers Boulongne et Blangis. Fº 151.

P. 191, l. 17: Blangis.--_Mss. A 18, 19_: Blanges. Fº 155.--_Mss. A 23 à 29_: Blangy. Fº 169 vº.

P. 191, l. 20: Estaples le Delue.--_Mss. A 1 à 6, 8 à 19_: Estapes et Delue. Fº 151 vº.--_Mss. A 20 à 22_: Estaples, Delue. Fº 216 vº.

P. 191, l. 22: les bos.--_Mss. A 15 à 17, 20 à 29_: le bois. Fº 151.--_Mss. A 30 à 33_: le pays. Fº 190.

P. 191, l. 22: Hardelo.--_Mss. A 20 à 22_: Hadrelo. Fº 217.

§ =287=. P. 191, l. 29: Quant li rois.--_Ms. de Rome_: Qant li rois Phelippes fu partis dou chastiel de la Broie, ensi que chi desus est dit, à moult seule gent, ils et sa route qui n’estoit pas grans, cevaucièrent celle nuit tant et le dimence au matin, que il vinrent en la chité d’Amiens. Et fu li rois logiés en l’abeie dou Gart, qui sciet au dehors d’Amiens. Petit à petit gens venoient, qui escapé de la bataille estoient, apriès lors signeurs et lors mestres. Encores ne savoit point li rois la verité de la perte des nobles de son sanc que il avoit perdus, et qui demoret estoient derrière. Le dimence au soir, il en fu enfourmés de une gran partie, et encores mieuls le mardi au matin, qant li hiraut françois retournèrent, liquel avoient esté presens à cerchier tous les mors. Li rois les plaindi et regreta grandement et longement l’un apriès l’autre, et lor fist faire en l’eglise d’Amiens, avant que il s’en partesist, un moult solempnel office et service. Il n’est doels qui ne se passe et ne se mète en oubli: li rois de France passa cel anoi au plus biel que il pot, et entendi à ses besongnes. Toutesfois, mesires Jehans de Hainnau fu là uns très bons moiiens pour mesire Godemar dou Fai, car li rois le voloit faire prendre et pendre; mais li gentils chevaliers dessus nonmés rafrena le roi et li brisa son aïr, et l’escusa par tant de raisons et si bonnes, que li rois, pour celle fois, s’apaisa et entendi à toutes ses besongnes, et donna toutes gens d’armes congiet. Messires Jehans de Hainnau prist congiet au roi, et puis s’en retourna arrière en Hainnau, ensi que chils qui grosement avoit perdu en ceste cevauchie, et aussi avoient fuisson d’autres. Nuls n’en retournoit contens.

Les nouvelles s’espardirent en moult de lieus et volèrent moult lonc, conment [par] le roi d’Engleterre, de une puignie de gens que il avoit, estoit ruée jus la poissance dou roi de France, et avoient esté li François bien diis contre un. Si acquist li rois d’Engleterre grant grasce, et li rois de France et li François grant blame, et moult fu eslevés li noms le roi d’Engleterre, douquel nous parlerons et compterons conment il persevera. Fₒₛ 123 vº et 124.

P. 191, l. 30: à moult seule gent.--_Mss. A 1 à 6, 11 à 14, 18, 19_: à moult pou de gens. Fº 151 vº.--_Mss. A 20 à 22_: à moult petit de gens. Fº 217.--_Mss. A 15 à 17_: à moult petite compaingnie. Fº 151 vº.

SUPPLÉMENT AUX VARIANTES.

Dans le cours d’un voyage que nous avons fait à Breslau en 1868, nous avons pu étudier à loisir le célèbre manuscrit des _Chroniques_ de Froissart conservé dans la bibliothèque de cette ville. Quoique ce manuscrit (coté A 29 dans notre classement des mss. du premier livre) appartienne à une famille représentée par 7 exemplaires dont 4 sont à Paris[363], cependant il offre à partir de 1340, et surtout de 1342, certains développements qui manquent dans les autres manuscrits de la même famille. Le Froissart de Breslau, dont la valeur réside principalement dans les belles miniatures de l’école de Louvain qui illustrent les deux derniers volumes[364], a été exécuté ou grossé par David Aubert pour Antoine, bâtard de Bourgogne, en[365] 1468 et 1469; par conséquent, jusqu’à ce qu’on ait retrouvé les développements dont nous parlons dans un manuscrit plus ancien, il y a lieu de les considérer plutôt comme l’œuvre de David Aubert et des scribes aux gages de la maison de Bourgogne que comme celle de Froissart. Cependant, à notre retour en France, nous nous proposions de solliciter le prêt du ms. de Breslau auprès de la municipalité de cette ville par l’entremise du gouvernement prussien; malheureusement, les cruels événements de 1870 et de 1871 ne nous ont pas permis de donner suite à ce projet. Ayant appris, d’un autre côté, à la fin de 1868, que les variantes du ms. de Breslau avaient été copiées au seizième siècle en marge d’un exemplaire de l’édition de Sauvage qui fait partie de la _collection plantinienne_ d’Anvers, nous avions prié M. Moretus, propriétaire de cette collection et héritier des Plantin, de vouloir bien nous autoriser à prendre communication sur place de cet exemplaire; malgré l’obligeante entremise de M. le baron de Witte, cette autorisation nous a été refusée. Plus heureux que nous, M. le baron Kervyn de Lettenhove a pu donner les variantes du ms. de Breslau, sinon d’après l’original lui-même, au moins d’après la copie du seizième siècle inscrite en marge du Froissart de la collection Plantin. Force nous est donc de reproduire aujourd’hui ces variantes d’après l’édition du savant éditeur belge (voy. t. IV, p. 479 à 508, et t. V, p. 545 à 548). Seulement, nous avons pensé qu’il importait de ne pas confondre avec les résultats de notre propre travail des textes qui ne nous arrivent ainsi que de troisième main; voilà pourquoi nous avons pris le parti de les publier à part et en supplément à la fin du présent volume de notre édition.

[363] Voy. l’introduction au premier livre, placée en tête du tome premier de notre édition, p. XXXV et XXXVII.

[364] Voy. sur ces miniatures l’intéressante brochure du docteur Alwin Schultz, _Beschreibung der Breslauer Bilderhandschrift des Froissart_, Breslau, 1869, in-4º de 19 pages avec la reproduction photographique d’une miniature et 6 dessins. Cf. J. E. Scheibel, _Nadendilen von den Merkeowrdigkeilen der Rheingerschen Bibliotheck_, Breslau, 1794.

[365] A la suite des dernières lignes du quatrième volume, on lit ces mots: «Cy fine le quart et dernier volume des Croniques messire Jehan Froissart touchant les histoires et advenues de France et d’Angleterre, _grossé par David Aubert l’an de grace Nostre Seigneur 1468_. _Nul ne s’y frote. B. de Bourgogne._» (_Nul ne s’y frote_ est la devise et _B. de Bourgogne_ la signature autographe d’Antoine, bâtard de Bourgogne).

P. 56, l. 20: Montagrée.--_Ms. A 29_: qu’il assaillit si longement et par telle manière qu’il le prist d’assault, et le chevalier qui dedens estoit lui fut amené: si l’envoya tenir prison à Bourdeaux.

P. 61, l. 21: consideret.--_Ms. A 29_: comment à grans assaux ils ne pourroyent resister, aussi qu’ils estoyent petitement pourveus d’artillerie et de vivres.

P. 66, l. 17: leur.--_Ms. A 29_: venoient de haut en bas descendant et tout effondrant combles de tours et de manoirs, planchers et voutures, portes et murs. Et tellement s’espouvantoyent tous, quant ils veoyent la pierre venir, qu’en fin ne savoyent où se musser et sauver, fors ès profons celiers du chastel qui tous croulloyent par le grand fais du coup qu’ils recevoyent.

P. 74, l. 6: bataille.--_Ms. A 29_: Celle venue des deux chevaliers rafraichit moult grandement l’ost du conte Derby, qui estoit jà fort travillié pour le grand fais qu’il avoit eu à soutenir par le gros nombre de très vaillants chevaliers et escuyers qu’iceux Françoys et Gascons estoyent. Mais, comme dict est, il furent pris trop depourveuement, ainsi que l’usage de guerre porte que l’on prent toujours son ennemi à son avantage.

P. 73, l. 30: ennemis.--_Ms. A 29_: par son sens et par ses vertus dont il estoit comblé.

P. 75, l. 8: cauch.--_Ms. A 29_: et tonneaux pleins de cailloux et grosses pièces de boys.

P. 76, l. 1: fronth.--_Ms. A 29_: Incontinent que ceux du chastel virent leurs murailles ainsi pertruiser, ils furent moult esbais et non sans cause. Adonc les plusieurs en abandonnèrent les deffenses et se retirèrent dedens l’eglise qui estoit assez forte; et entandis les autres assaillants escheloyent le fort d’autre part.

P. 82, l. 8: instrumens.--_Ms. A 29_: comme pieds de chèvre et longues pièces de boys pour effondrer les murs. Et tantost en eurent elevé grand foison de pierres et tiré à part, car nul ne les povoit empescher, ne destourner leur labeur pour le traict, comme dict est. Et tant besognèrent iceux brigans, qu’en moins de deux heures ils firent un trou si grand en celui mur, que bien y povoyent entrer deux hommes de front.

P. 91, l. 18 et 19: Stanfort.--_Ms. A 29_: pour la mort duquel et des archiers, iceux bons hommes furent trop durement traictés et la pluspart occis, et leurs biens meubles et leurs vivres furent abandonnés aux compagnons qui s’en tindrent tous aises. Quant le comte Derby volut partir de Monpesas, il defendi de piller autrement la place et d’y boutter le feu, car il la donna, le chastel et la chastellennie, à un sien escuyer, qui s’appeloit Thomas Lencestre, et laissa avec luy en garnison, pour garder le pais, soixante compagnons, la pluspart archiers. Et ainsi fut prins le chastel de Monpesas et preservé de larcin et destruction par le don que le conte en avoit fait au gentil escuyer qui s’en tenoit bien joyeux, car il siet en belle contrée et bon pais. Tant chevaucha le conte Derby, quant il fut parti de Monpesas, qu’il vint et ses routtes devant la ville de Mauron, laquelle estoit forte et pourveue de vaillans compagnons. Il s’arresta et logea, puis commanda que l’assaut fust douné de toutes parts; et quant il perceut que par assaut ils n’i gangnoyent rien, il ordonna que tout homme se retraist et se logeast pour celle nuit.

P. 92, l. 17: oultre.--_Ms. A 29_: Quant cil de Mauron veirent les bagages de l’ost charger, puis mettre à la voye, et le conte Derbi et sa grande routte partir, ils dirent entre eux: «Ces Angloys voyent bien que leur proufict n’est pas de eux [tenir] longuement ici, et qu’ils n’i peuvent rien conquester; ils y furent hier trop bien gallés, mais ceux là qui sont demourés derrière, pensent ils nous tenir ici enclos? La grosse routte est jà bien loin; si conseille que tantost nous yssons dehors et les allons combattre; ils ne sont pas gens pour nous, nous les aurons incontinent deconfits et mis à mercy: si sera honneur et proufit à nous grandement.»

P. 93, l. 30: Miremont.--_Ms. A 29_: qui est bon chastel et en bonne marche.