Chroniques de J. Froissart, tome 03/13

Part 44

Chapter 444,025 wordsPublic domain

§ =264=. P. 150, l. 17: Ensi que.--_Ms. d’Amiens_: Ensi que li roys englès chevauchoit et qu’il aloit, son host traynant, messires Ghodeffroix de Harcourt, ses marescaux, qui chevauchoit d’un costet et faisoit l’avangarde à tout cinq cens hommez d’armes et douze cens archiers, encontra grant fuisson de bourgois d’Amiens à cheval et à piet et en grant arroy et riche, qui s’en alloient au mandement dou roy Phelippe, vers Paris. Si les courut sus messires Godeffroys et se routte, et les assailli vighereusement; et chil se deffendirent ossi assés vassaument, car il estoient grant fuison et de bonne gent et friche et bien armet. Là eut grosse bataille et dure et qui dura longement, et mainte belle rescousse, car chacuns se prendoit priès de bien faire le besoingne. Finablement, li bourgois d’Amiens furent là desconfit, tout mort et tout pris; peu en escappa. Et perdirent tuit leur charoy, leur arroy et leurs pourveanches qui estoient grandez et grossez; et en y eut bien mors sus le place douze cens. Et retourna li dis messires Godeffroys deviers le roy englès sur le soir, et li recorda sen aventure: dont li roys fu moult liés, quant il vit que li besoingne estoit pour lui. Si cevauça li roys avant et entra ens ou Biauvesis, ardant et essillant le plat pays, ensi comme il avoit fait en Normendie. Et chevaucha tant en telle manière que il s’en vint logier en une moult belle et riche abbeie que on claimme Saint Missiien et siet assés priès de Biauvais. Si y jut là li roys une nuit. L’endemain, si tost qu’il s’en fu partis, il ne s’en dounna de garde, si vit le feu dedens et toutte ardoir, dont il fu moult courouchiés, car il l’avoit asseuret et coummandet à ses marescaux que on n’y fesist nul mal; et ceux qui le feu y boutèrent, il lez fist pendre, affin que li aultre gardaissent une autre foix mieux son commandement. Fº 91.

--_Ms. de Rome_: Or cevauchièrent les Englois et entrèrent ou pais de Vexsin. Et ardirent chil de l’avant garde les fourbours de Pontoise et de Biaumont sus Oise et Cormelles en Vexsin et Sas en Vexsin et tout le pais sans nul deport, et prissent le cemin de Ghissors et de Gournai. Et ardirent les Englois Gamaces et tous les fourbours de Ghisors et de Gournai et tout le pais de Vexsin, et entrèrent en Biauvoisin. Et trouvèrent chil de l’avant garde les bourgois d’Amiens assés priès de Saint Just en Biauvesins, que li rois de France avoit mandés, et aloient passer Oize la rivière au pont à Crai. Il furent courut sus de ceuls de la bataille des marescaus et se deffendirent, car il estoient bien quatre mille. Et les conduisoient li viscontes de Qesnes, li sires de Biausaut, li sires de Sautcourt et mesires Pières de Mellincourt, et furent en bon couvenant et se conbatirent assés vaillanment; mais finablement, il furent desconfi, et en i ot biaucop de mors et de pris. Li demorans tournèrent en fuites, et se boutèrent en la Herielle et ens ès villes voisines fremées de là priès. Li quatre chevalier demorèrent prisonnier, et plus de deus cens autres honmes, qui tout paiièrent depuis raençon. Ce soir retournèrent chil de l’avant garde deviers le roi d’Engleterre, là où il estoit logiés. A l’endemain, toute li hoos passa assés priés de Biauvais, et furent li fourbours ars, et une moult rice abbeie, qui est asisse assés priès de Biauvais, que on nonme Saint Lusiien. Fº 115.

P. 150, l. 21 et 22: douze cens.--_Mss. A 23 à 29_: quatorze cens. Fº 160.--_Mss. A 30 à 33_: treize cens. Fº 184 vº.

P. 150, l. 25: viers Paris.--_Ms. B 6_: et estoient bien trois mille. Fº 308.

P. 151, l. 11: douze cens.--_Ms B 6_: quinze cens. Fº 308.

P. 151, l. 20: Saint Lusiien.--_Mss. A 1 à 33_: Saint Messien. Fº 140.

P. 151, l. 27: Car li rois.--_Ms. B 6_: car à la prière des moines et qui avoient fait present de bons vins, il leur avoit acordé, et fist pendre vingt de ceulx qui le feu y avoient bouté. Et donna encores as moines vingt des plus riches prisonniers qu’il euist de la cité de Bieauvais en restituant leur damaige: de quoy ces vingt paièrent l’un pour l’autre chacun vingt escus à ceulx de Saint Mesien pour la refescion de leur abbeie; et ne les vot onques le roy quitter de leur foy aultrement jusques à tant qu’il eurent paiet. Fº 309.

§ =265=. P. 152, l. 3: Apriès chou.--_Ms. d’Amiens_: Quant li roys se fu partis de Saint Messiien, il s’en passa oultre par dallés le chité de Biauvais et n’y vot point arester pour assaillir, ne à assegier, car il ne volloit mies travillier ses gens, ni perdre sen artillerie, et s’en vint logier ce jour en une ville que on claimme Milli en Biauvesis. Li doy marescal de son ost passèrent si priès des fourbours de Biauvais qu’il ne se peurent tenir que il n’alaissent assaillir et escarmuchier à chiaux des barrièrez, et partirent leurs gens en trois bataillez et assaillirent à trois portez. Et y eut mout grant assault, mès peu y gaegnièrent, car à la dite chité ne peurent il riens fourfaire; mais il ardirent tous les fourbours de Biauvais jusques as portez, et deux bonnes abbeies qui seoient hors des murs de le cité, et à leur departement, pluisseurs villages entours le chité. Et se deseverèrent li doy marescal li ungs de l’autre. Si en allèrent li ungs chà, li autres là, ardant, robant et essillant le pays de tous costéz; et allèrent tant en telle mannierre qu’il vinrent au soir logier à Milli dallés le roy leur seigneur.

L’endemain, li roys se parti de Milli et s’en alla parmy le pays, gastant et essillant à son pooir, et vint logier à une bonne grosse ville que on claimme Grantviller. L’endemain, il s’en parti et passa par devant Argies; et ne trouvèrent nullui qui gardast le castiel. Si l’ardirent et tout le pays d’environ jusquez à le ville de Pois, là où il trouvèrent bonne ville et deux castiaux, mès nuls des seigneurs n’y estoit, ne nullez gardez n’y avoit, fors deux belles damoiselles, filles au seigneur de Pois, qui tantost ewissent estet viollées, se n’ewissent esté doy chevalier d’Engleterre qui les deffendirent et les menèrent au roy pour ellez garder: che furent messires Jehans Camdos et li sires de Basset. Liquelx roys, pour honneur et gentillèche, leur fist grant feste et les envoya conduire à sauveté là où ellez veurent aller. Et se loga li roys le nuit en le ditte ville et ou plus bel castel de Pois, et toutte son ost ens ès vilettes d’entour. Celle nuit parlementèrent les bonnez gens de Pois as marescaux de l’ost que li ville deut y estre rachatée parmy une somme de florins à paiier au matin. Quant ce vint au matin, li roys se desloga et se mist au chemin à tout son host, excepté aucuns qui demorèrent pour recepvoir le racat.

Quant chil de le ville furent assamblet et il virent que li hos s’estoit partis et que cil qui demouret estoient, n’estoient que ung petit de gens, il n’eurent talent de paiier, ainschois les coururent seure pour ocire. Chil Englès se missent à deffensce et envoiièrent apriès l’ost querre secours. Li messages s’en alla quanqu’il pot, criant: «Trahi! trahi!» Quant chil de l’ost l’entendirent, il retournèrent qui mieux mieux, tant qu’il vinrent à Pois, et tuèrent chiaux qu’il trouvèrent, qui lasqueté et fraude leur avoient fait; et ardirent le ville et le castiel si netement qu’il n’y demora maison. Puis s’en alla li hos, et ne cessa si vint à Airainnes. Là endroit fist criier li roys sur le hart que nulx ne fourfesist à le ville, car il y volloit reposer ung jour ou deux. Che fist il pour tant qu’il volloit querre avis par quel pas il polroit le rivierre de Somme passer plus aise. Fº 91.

--_Ms. de Rome_: Et s’en vinrent logier ce jour à Grantvillers, et passèrent la rivière de Tierain, et puis vinrent à Dargies, ardant et essillant tout le pais. Si ne trouvèrent chil de l’avant garde nului qui deffendissent ne gardaissent le chastiel de Dargies. Si le prissent à petit de fait et le desemparèrent, et le ardirent ce que ardoir en porent; et puis passèrent oultre, ardant et exillant le pais à tous lés. Et vinrent ensi jusques à Pois, là où il trouvèrent bonne ville et deus chastiaus, mais nuls des signeurs n’i estoient, ne nulles gardes n’i avoit, fors deus belles jones damoiselles, filles au signeur de Pois, Jehane et Marie, qui tantos euissent esté violées, se ne fuissent doi gentil cevalier d’Engleterre, asquels la congnisance vint de la prise, mesire Jehan Candos et mesire Renault de Basset, qui tantos les delivrèrent, pour la cause de gentilèce, des mains d’archiers qui les avoient, et les amenèrent au roi: liquels rois en ot pité, et lor demanda où elles vodroient estre, et elles respondirent: «A Corbie.» Là les fist li rois mener et conduire sans peril. Et se loga li rois celle nuit en la ditte ville de Pois et toutes ses gens, là ou environ, au mieuls qu’il peurent. Et orent celle nuit parlement li honme de Pois et ceuls des deus chastiaus, à mesire Godefroi de Harcourt et au conte de Warvich qui gouvrenoient l’avantgarde, pour euls sauver de non estre ars à l’endemain, car il doubtoient ce grandement au deslogement dou roi. Et se porta trettiés que, parmi une sonme de florins que il paieroient à l’endemain et trop bon marchiet, il seroient respité.

A l’endemain, li rois et toute li hoos se deslogièrent et se missent au cemin; et demorèrent derrière auquns hommes d’armes et archiers, pour recevoir cel argent. Mais qant li hoos fu eslongie environ une lieue, ces honmes de Pois ne vorent point paier, ne nulle paction tenir; mais coururent sus ceuls qui demoret estoient, et en ocirent et mehagnièrent auquns. Les nouvelles vinrent à ceuls de l’arieregarde, qui cevauçoient tout derrière, conment li bonhonme de Pois estoient faussaire. On le segnefia au roi, pour sçavoir quel cose il en voloit faire. Li rois fist arester toute l’oost et là logier pour ce jour, et envoia ses marescaux de rechief à Pois. Qant les Englois furent retourné jusques à là, il trouvèrent ces bonhonmes qui estoient rebelles, qui tantos furent en voies, qant il veirent ces Englois venus; mais il en i ot des atrapés biaucop, qui furent mors et mehagniet. Et fu la ville de Pois toute arse, et li doi chastiel ars et abatu; et puis retournèrent li marescal, là où li rois d’Engleterre estoit logiés.

Qant ce vint à l’endemain, li rois et toute li hoos se deslogièrent et cevauchièrent viers Arainnes, ardant et essillant le pais à destre et à senestre. Et vinrent à Arainnes environ tierce, et là s’arestèrent, car il ne savoient là, ne où, ne qant, il passeroient la rivière de Sonme. Fº 115.

P. 152, l. 26: Grantviller.--_Mss. A 1 à 6, 11 à 29_: Grantvillier. Fº 140.

P. 152, l. 28: Argies.--_Mss. A 1 à 6, 11 à 14, 18, 19_: Orgies. Fº 140.--_Le ms. B 6 ajoute_: qui estoit au conte de Blois. Fº 309.

P. 153, l. 19: se rançonnèrent.--_Ms. B 6_: à paier douse cens florins dedens trois jours. Fº 310.

§ =266=. P. 154, l. 21: Or voel je.--_Ms. d’Amiens_: Or voeil retourner au roy Phelippe de France, qui estoit à Saint Denis ou là environ, et tousjours li venoient et croissoient gens de tous costéz, et tant en avoit que sans nombre. Si estoit li dis roys partis de Saint Denis o grant baronnie en instance de che que de trouver le roi englès et de combattre à lui, car de ce avoit il grant desir, pour contrevengier l’arssin de son royaumme et le destruction que li Englès y avoient fait. Et chevauça tant li roys de France par ses journées qu’il vint à Coppegni le Quisiet, à troix lieuwes priès d’Amiens, et là s’aresta pour atendre ses gens qui venoient de touttez pars, et pour aprendre le couvenant des Englès.

Or dirons dou roy Edouwart qui estoit à Arainnes arestéz, si comme vous avés oy, et avoit mout bien entendu que li roys de Franche le sieuwoit o tout son effort; et si ne savoit encorrez là où il poroit passer le rivierre de Somme, qui est grande, large et parfonde; et si estoient tout li pont deffait ou si bien gardet de bonnes gens d’armes que le rivierre ne porroit passer. Si appella li roys ses deux marescaux, le comte de Warvich et monseigneur Godeffroit de Halcourt, et leur dist que il presissent mille hommez d’armes et deux mille archiers tous bien montés, et s’en alaissent tastant et regardant seloncq le rivière de Somme, se il poroient trouver passaige là où il poroit passer et toutte sen host. Si se partirent li doy marescal dessus noummet, bien acompaigniet de gens d’armes et d’archiers, et passèrent parmy Loingpret et vinrent au Pont à Remy, et le trouvèrent bien garny de grant fuisson de chevaliers et d’escuiers et des gens dou pays, qui là estoient assamblet pour le pont et le passaige deffendre et garder. Si vinrent là li Englès, et se missent à piet et en bon couvenant pour lez Franchois assaillir. Et y eut très grant assault et très fort, et qui dura dou matin jusques à primme, mès li pons et la deffensce estoient si bien batillie et deffendue, que oncques li Englès n’i peurent riens concquerre; ainschois s’en partirent et chevauchièrent d’autre part. Et vinrent à une grosse ville que on claimme Fontainne sur Somme; si l’ardirent toutte et robèrent, car elle n’estoit point fremmée. Et puis vinrent à une autre ville que on claimme Loncq en Pontieu sur Somme; si ne peurent gaegnier le pont, car il estoit bien garnis et fu bien deffendus. Apriès, il s’en chevauchièrent deviers une autre grosse ville que on claimme Loncqpret sur Somme. Et y a bonnes chanonneries et riche ville et moult de biaux hostelx, qui tout furent ars et robés, et n’y demoura maison en estant; mès li pons estoit deffais, et ne peurent veoir mannierre ne tour coumment il fuist refèz. Si chevaucièrent encorres deviers Pikegny, et trouvèrent le ville et le castiel et le pont bien garny, par quoy jammais ne l’ewissent gaegniet ne pris. Enssi avoit li roy Phelippes fait pourveir les destroix et les passaiges sus le rivierre de Somme, affin que li roys englès ne son host ne pewissent passer, car il les volloit combattre à se vollenté ou afammer par delà le Somme. Fº 91 vº.

--_Ms. de Rome_: Bien lor avoit dit messires Godefrois de Harcourt que desous Abbeville devoit avoir un passage, mais que on seuist ou peuist prendre la mer à point. On li demanda quels li pasages estoit, et se point il l’avoit passet. Il respondi: «Onques ne le passai. Je ne le sçai fors par oïr dire. Et toutes fois, entre Amiens et Abbeville, il i a pluisseurs passages sus la rivière de Sonme. On deveroit envoiier taster se li pont sont deffait ou bien gardé.»

Li rois i envoia; et en furent esleu et ordonné pour aler, li contes de Warvich et messires Godefrois de Harcourt, à tout mille honmes d’armes et deus mille archiers, tous bien montés. Si se departirent de Arraines et cevauchièrent parmi Lonchpret, et vinrent au Pont à Remi, et le trouvèrent bien garni et pourveu de grant fuisson de chevaliers et d’esquiers et des honmes dou pais qui là estoient assamblé. Et en estoient chapitainne li sires de Doumarc, li sires de Havesqerqe, li sires de Brimeu, li sires de Boubert et li sires de Saintpi, et avoient mallement fortefiiet le pont, et euls aussi. Qant les Englois veirent ce, il passèrent oultre et vinrent à Fontainnes sus Somme, une grose ville, et l’ardirent toute, car elle n’estoit point fremée. Et puis vinrent à Lonch en Pontieu, et trouvèrent le pont bien garni et pourveu de gens d’armes et d’archiers; et estoit cose imposible de euls conquerre et là passer. Fₒₛ 115 vº et 116.

P. 154, l. 23: de tous lés.--_Ms. B 6_: tant de l’Empire que des parties de Franche; et sy atendoit le conte de Savoie et mesire Lois de Savoie son frère qui estoit priès et mandés à mille lanches. Fº 311.

P. 155, l. 3: Copegni l’Esquissiet.--_Mss. A 1 à 6_: Compegny l’Esquissié. Fº 241.--_Mss. A 15 à 17_: Copigny l’Esquiessié. Fº 142.--_Mss. A 20 à 22_: Copegni l’Escuissé. Fº 204.--_Mss. A 23 à 29_: Coppigny l’Esquisié. Fº 161.--_Mss. A 7 à 14, 18, 19, 30 à 33_: Coppegni l’Esquissié. Fº 134 vº.--_Ms. B 6_: Coppegny. Fº 311.

P. 155, l. 23: Pont _à_ Remi.--_Ms. A 7_: Pont Atemi. Fº 135.--_Mss. A 30 à 33_: Pont Athemy. Fº 186 vº.

P. 156, l. 3: sus Somme.--_Ms. A 7_: sus Sainne. Fº 135.

P. 156, l. 5: Lonch.--_Mss. A 20 à 22_: Loing. Fº 204 vº.--_Mss. A. 30 à 33_: Long. Fº 186 vº.

§ =267=. P. 156, l. 16: Quant li doi.--_Ms. d’Amiens_: Quant li marescal d’Engleterre eurent enssi un jour enthier tastet et chevauchiet et costiiet le rivierre de Somme, et il virent que de nul léz il ne trouveroient point de passage, si retournèrent arrière à Arainnes deviers le roy leur seigneur, et li recordèrent leur cevaucie et tout ce que trouvet avoient.

Che meysme soir, vint li roys de Franche jesir à Amiens à plus de cent mil hommes, et estoit tous li pays d’environ tous couviers de gens d’armes.

Quant li roys englès eut entendu ses deux marescaux, si n’en fu mies plus liés et coummencha moult à muser; et coummanda que, l’endemain au matin, il fuissent tout appareilliet, car il se volloit deslogier de là. Si se passèrent le nuit enssi, et l’endemain bien matin, li roys englès oy messe; puis sonnèrent les trompettes, et montèrent tout à cheval. Et chevaucha li roys parmy le Vismeu, à tout son host, droit par deviers Oizemont et le bonne ville de Abbeville en Pontieu, et si coureur devant, et de tous costés ardans et essillans le pays, si comme il avoit coummenchiet.

Che meysme jour coummanda li roys de Franche à monseigneur Godemar dou Fay, que il partesist d’Ammiens et presist grant fuisson de gens d’armes, et s’en allast à le Blancque Take desoubz Abbeville et gardast là le passaige contre lez Englès, par quoi il ne pewissent passer. Adonc se departi messires Ghodemar dou Fay et prist bien deux mil hommez d’armes et cinq mil de piet parmy les Geneuois, et s’en vint là où il estoit ordounnés et establis pour aller. Fº 92.

--_Ms. de Rome_: Qant il (les Anglais) veirent que tout li pasage estoient si bien pourveu et deffendu, il retournèrent viers le roi et toute l’oost, qui les atendoient à Arrainnes, et li recordèrent ce que il avoient trouvé.

Bien avoient entendu li roy d’Engleterre et ses consauls, que li rois Phelippes, à toute sa poissance, le poursievoit moult fort et estoit jà venus à Amiens, et que sur ce il euissent avis et consel. Si fu li dis rois d’Engleterre consilliés de departir d’Arraines et de aprocier Abbeville et le pasage de la Blance Taqe, où il esperoient à passer, car trop mieuls lor valoit que il atendesissent apriès le passage, que li passages atendesist apriès euls. Si se departirent au matin de la ville d’Arraines et chevauchièrent viers Abeville, ardans et essillans le pais. Et coururent chil de l’avantgarde jusques à Aumale, et fu la ville arse; et puis s’en retournèrent viers Oizemont, où li rois d’Engleterre et les Englois, pour ce jour, avoient pris lor logeis. Et trouvèrent sus lor cemin une grose ville non fremée qui s’apelle Sénartpont et se gouverne toute de la draperie: si fu de l’avant garde toute courue et arse; et puis passèrent oultre et vinrent à Oizemont. Là trouvèrent il le roi et toute l’oost; si se logièrent pour ce jour. Fº 116.

P. 156, l. 27 et 28: à muser et à merancolier.--_Mss. A 1 à 6, 8 à 14, 18, 19_: à avisier et soy merencolier. Fº 141 vº.

P. 158, l. 1: le Blanke Take.--_Mss. A 1 à 6, 8 à 14, 18 à 22_: Blanche Tache. Fº 141 vº.--_Mss. A 7, 15 à 17, 23 à 33_: la Blanche Take _ou_ Tacque _ou_ Taque. Fº 135 vº.--_Ms. B 6_: entre Saint Vallery et le Crotoy desoubz Abeville. Fº 313.

P. 158, l. 15: combatans à tournikiaus.--_Mss. A 1 à 6, 8 à 10_: tourniquiens, turniquiens. Fº 142.--_Mss. A 15 à 17, 20 à 22_: Tournoisiens, Tournisiens. Fº 142 vº.

§ =268=. P. 158, l. 16: Apriès ceste ordonance.--_Ms. d’Amiens_: Encorrez coummanda li roys de Franche que tout seigneur et aultre fuissent prest, car il volloit chevaucier deviers Arainnes, là où on disoit que li roys englès estoit. Et se parti d’Ammiens et passa le Somme parmy les pons, et chevaucha vers Arainnes et y vint à heure de nonne. Et li rois englès s’en estoit partis au matin; et encorres trouvèrent li dit Franchois assés des pourveanches as Englès. Si se loga li roys de Franche à Arainnes à l’heure qu’il y vint et le soir ossi, et l’endemain tout le jour, pour attendre ses gens et son grant host qui le sieuwoient.

Li roys englès, qui chevauchoit parmy le Vismeu, ardant et essillant le pays, fist tant que il parvint à Maroel. Et ardirent ses gens le ville, et assaillirent le castiel, et le concquissent d’assault et le abatirent et rompirent, et ossi une abbeie qu’il trouvèrent bien garnie en le ville de Maroel. Et puis chevaucièrent devers Oisemont, ardant et essillant le pays, tant que les flameskes en volloient en Abbeville. Tant allèrent li Englès en celle mannierre qu’il aprochièrent le ville de Oisemont, là où tout le pays de Vismeu estoit assambléz. Quant ces gens, qui estoient en Oisemont, virent aprochier cez Englès, il se traissent hors as camps, et se quidièrent bien deffendre encontre yaux; si les coururent seure asprement et vistement. Et avoient pour cappittainne un bon chevalier banereth, le seigneur de Bouberk, hardi homme durement. Là y eut grant hustin et dur. Et eurent li Englès une mout fort rencontre, et en y eult pluisseurs navrés et blechiés. Et trop bien s’i portèrent li Franchois; mais finablement il furent si dur combatut, et tant y sourvint de nouvelle gent sus yaux, que il perdirent le place, et les couvint partir et rentrer en le ville à grant meschief. Et y fu li sires de Bouberk très bons chevaliers, bien assallans et bien deffendans, et fu pris et prisonniers à monseigneur Jehan Camdos. Et ossi y furent pris li sirez de Brimeu, li sirez de Sains, li sirez de Louville, li sirez de Saint Pi et pluisseur autre chevalier et escuier. Et entra li roys en le ville de Oizimont et se loga ou grant hospital, et touttes ses gens en le ville ou environ, sus une petite rivierre. Et che meysme jour que li ville de Oisimont fu prise, courut messires Ghodeffroy de Harcourt, à tout une cantitet de gens d’armes et d’archiers, jusques à Saint Wallery. Et là eut une grant escarmuche et grant hustin, car li ville et li castiel estoient bien pourveus de bonnes gens d’armez, dont li comtez de Saint Pol et messires Jehans de Lini estoient chief. Et n’i peurent li Englès [riens] concquerre; si retournèrent arrierre deviers le roy englès, et le trouvèrent à Oizimont. Liquelx roys estoit moult penssieux coumment il poroit passer le rivierre de Somme, car bien savoit que li roys de Franche le sieuwoit à tout très grant effort. Si en fist li roys englès parler à aucuns chevaliers franchois qu’il tenoit pour prisonniers. Et leur faisoit proumettre grant courtoisie, mès que il li volsissent enssignier un passaige pour passer le Somme, liquelx devoit y estre ens ou pays entre Vismeu et Pontieu; mais li chevalier, pour leur honneur, s’escusoient et disoient que nul n’en y savoient.

Quant li roys englès, qui estoit logiés ou grant hospital de Oizimont, vit che qu’il ne porroit atraire aucuns chevaliers franchois dou pays de Pontieu et d’ailleurs qu’il tenoit pour prisonniers, affin que il li vosissent ensseignier passage pour passer et toutte sen host le rivierre de Somme, et tout s’escuzoient pour leur honneur, si eut li roys englès autre advis et conseil, que il fist venir devant lui gens de menre estat et de le droite nation dou pays de Vismeu, que il tenoit pour prisonniers, si leur dist enssi: «Se il a chi homme nul qui me voeil enssegnier le passage, pour passer le rivierre de Somme, et toutte mon host, je le quitteray de se prison et avecq lui cinq ou six de ses compaignons pour l’amour de lui, et li donray cent noblez d’Engleterre.»