Chroniques de J. Froissart, tome 03/13
Part 34
P. 68, l. 17: dix mille et onze mille.--_Mss. A 1 à 6, 18, 19_: dix et douze mille. Fº 117 vº.--_Mss. A 11 à 14, 20 à 22_: dix ou douze mille. Fº 112 vº.
P. 69, l. 18: souper.--_Ms. B 6_: mais soupoient les aucuns, et les autres jouoient à tables et as dés; et les autres dormoient et esbatoient, ensy que gens tous asseurés qui n’avoient doubte de nulluy. Fº 258.
P. 69, l. 20: heure.--_Les mss. A 1 à 6, 11 à 14, 18 à 22 ajoutent_: qu’il y vint, Fº 118.
§ =220=. P. 69, l. 21: Evous.--_Ms. d’Amiens_: Evous lez Englèz venus soudainnement, et estoient tous comptéz environ douze cens hommez, quatre cens hommez d’armes et huit cens archiers, et tous à cheval, pourveus et advisés de ce qu’il devoient faire. Si vinrent espouronnant tout à un fais et soudainnement en escriant: «Saint Gorge! Giane!» en l’ost dez Franchois, et coummenchièrent à ocire, à abattre et à mehagnier gens à force et à grans mons. Et quant li Gascon se virent enssi souspris et les Englès sour leurs espalles et ne savoient dont il venoient, si furent durement effraet et esbahis; et s’en fuioient cil qui pooient escapper et qui n’avoient loisir d’iaux armer. A grant painne et à grant dur s’armèrent aucuns dez seigneurs, et fissent leurs bannierres traire sour lez camps pour leurs gens raloiier; et coummenchièrent cil qui armet estoient, à combattre lez Englès et yaux ensonniier tant que il se fuissent tout armet. Là y eut grant toueil et bataille moult dure et moult forte, et grant fuison de bonnes gens de Gascoingne mort et ocis et mis par terre. Touttez foix, li comtes de Laille, li contes de Pieregorth, li comtez de Commignes et li autre montèrent à cheval, et s’en vinrent vassaument combattre as Englès. Là y eut mainte belle appertisse d’armes faitte, mainte prise et mainte belle rescousse; et furent là li Englès trop bonne gens. Et bien le couvenoit, car il n’estoient que un petit; si se prendoient de tant plus priès à bien faire le besoingne. Finablement, il se portèrent si bien et si vassaument que li place leur demoura, car messires Francque de Hale et messires Alains de Sinefroide et messires Jehans de Lindehalle issirent hors d’Auberoche à bien cent armurez de fier; et se ferirent en le bataille, et reconfortèrent grandement lez Englèz. Là furent pris li comtez de Laille, li comtez de Commignes, li comtez de Pieregorth; et mors, messires Rogiers, sez frères, et li sirez de Duras et li viscomtez de Murendon, li viscomtez de Brunikiel, li viscomtez de Thalar; et pris li viscomtez de Villemur, li viscomtes de Quarmaing, li senescaux de Roeghe, li senescaux de Quersin, li comtes de Vallenthinois; et mors, messires Ainmars de Poitiers, ses frèrez, et li viscomtez de Lautré; et pris, li senescaux de Toulouse et li sires de la Barde et li doy frère de Dion, messire Phelippe et messires Renaux. Fº 83.
--_Ms. de Rome_: Evous ces Englois venans, et tout premiers les gens d’armes, et missent derrière euls tous lors archiers. Et lor dissent li signeur: «Vous n’avés que faire de traire avant si tretos. Tenés vous sus èle, et traiiés à pooir sus ceuls qui saudront hors de lors logeis, car nous les alons envair et conmenchier la bataille.» Li archier adonc se traissent d’un lés et laissièrent passer les gens d’armes, liquel, lances abaisies, s’en vinrent frapant en ces logeis, boutans tentes et trefs par terre, mehagnans et ocians honmes et metans en grans meschiés; car li François gascon ne se donnoient de garde de celle embusque. Li signeur de l’oost, c’est à entendre li contes de Laille, qui chiés en estoit, li contes de Pieregort, mesires Rogiers de Pieregorth, son oncle, li viscontes de Bruniqiel, li viscontes de Villemur, li viscontes de Talar, li viscontes de Murendon et bien soissante signeurs estoient logiet entre lors gens. Si se conmenchièrent à estourmir et euls armer et mettre en arroi, qant la noise et li effrois conmenchièrent; mais il furent soudainnement si souspris que li pluiseur n’avoient loisir de euls armer, mais montoient as chevaus et se departoient des logeis, et rendoient grant painne à euls sauver. Or, i avoit un grant mescief pour euls, car il trouvoient sus les camps les archiers qui les atendoient, et qui traioient sus euls et sus lors chevaus, et les enferoient si ques il ne pooient aler avant. Là furent chil Gascon tourné en grant mescief, mort ou pris; petit s’en sauvèrent. Et y furent pris neuf viscontes et bien deus cens chevaliers, ne il ni avoit Englois qui n’euist un prisonnier ou deus ou trois; et se la vesprée ne fust venue, tout i fuissent demoret. Messires Franqes de Halle et chil de la garnison d’Auberoce issirent hors, et vinrent aidier à parfurnir la bataille. Qant ce vint sus le nuit, et que tout estoit retrait et apaisiet, et seoient au souper, et donnoient les Englois à souper ces signeurs et chevaliers dou lour meisme ens ès logeis, li contes de Pennebruq vint à bien deus cens lances et trois cens archiers; et avoit encontré biau cop de fuians qui compté li avoient l’afaire de la besongne, et conment elle s’estoit portée, et pour ce s’estoit il moult hastés. Qant il vint devant le conte Derbi qui seoit à table, et biaucop de ces signeurs prisonniers gascons avoecques li, li contes Derbi li dist tout en riant: «Cousins de Pennebrucq, bien venant! Vous venés tout à point pour espardre de la benite iaue sus les mors.» Li contes de Pennebrucq entendi bien que li contes Derbi le galoit; si se hontoia un petit, et puis s’escusa. Ensi se passa ceste journée et la nuitie. Et qant ce vint à l’endemain, chil signeur d’Engleterre se delivrèrent de lors prisonniers, je vous dirai conment. Les auquns, il missent à finance courtoise, et les aultres il receurent simplement sus lors fois, et lor donnèrent jours de retourner à Bourdiaus ou à Bregerach. Ensi se porta ceste besongne, qui fu en l’an de grace Nostre Signeur mil trois cens quarante quatre, l’endemain dou jour Saint Leurens en awoust. Fₒₛ 99 et 100.
P. 69, l. 21: Evous les Englès venant frapant.--_Mss. A 1 à 6, 11 à 14_: Tous les Englois vinrent frapant. Fº 118.--_Ms. A 7_: Tous les Engloys venant frapant. Fº 112 vº.--_Mss. A 23 à 33_: Tous ces Anglois venoient frapans. Fº 136.--_Mss. A 8, 15 à 17_: Ainsi vinrent les Anglois frapant. Fº 107 vº.--_Mss. A 20 à 22_: Là vindrent les Anglois frappans. Fº 173.
P. 69, l. 23: Derbi.--_Mss. A 1 à 33_: Herby, Herbi. Fº 118.
P. 69, l. 28: quoitiet.--_Mss. A 1 à 6, 18, 19_: convoitiez. Fº 118.
P. 70, l. 3: bersoient.--_Mss. A 1 à 6_: brisoient. Fº 118.--_Mss. A 8, 20 à 22_: versoient. Fº 108.--_Mss. A 18, 19_: perçoient. Fº 120.
P. 70, l. 5: meschiés.--_Les mss. A 15 à 17 ajoutent_: et diffamable sur eulz. Fº 119 vº.
P. 70, l. 15: viscontes.--_Mss. A 15 à 17, 23 à 29_: conte. Fº 119 vº.
P. 70, l. 16: cil.--_Mss. A 18, 19_, Fº 120: ceulz. Mauvaise leçon.--_Les mss. A 15 à 17 ajoutent_: et cellui de Tannay Boutonne. Fº 119 vº.
P. 70, l. 17: Taride.--_Mss. A 1 à 6_: Tarde. Fº 118.--_Mss. A 8, 15 à 17, 23 à 29_: la Taride. Fº 108.--_Mss. A 20 à 22_: la Tarde. Fº 173 vº.
P. 71, l. 7: resvigura.--_Mss. A 8, 15 à 17_: ravigora. Fº 108.
§ =221=. P. 71, l. 8: Que vous feroi je.--_Ms. d’Amiens_: Peu en escappèrent qui ne fuissent tout mort et tout pris. Et eurent là li Englès une belle aventure, car il eurent pour prisonniers plus de cinq cens chevaliers et escuiers, sans les comtez et lez viscomtez et lez grans barons, car toutte li fleur de Gascoingne estoit là assamblée. Et estoient li Englèz si ensonniiet de leurs prisonniers que il n’en savoient que faire, car il n’y avoit homme d’armes qui n’en ewist deux ou trois, et meysmement li archier un ou deux. Ceste bataille fu devant Auberoche, en l’an de grasce Nostre Seigneur mil trois cens quarante quatre, le nuit Saint Laurent, ou mois d’aoust. Fº 83.
P. 71, l. 11 et 12: Là y ot pris.--_Ms. B 6_: Là fu prins le conte de Laille, le conte de Pierregothe, le conte de Quarmaing, le conte de Vallentinois, messires Charles de Poitiers, messires Aughos des Baus et plus de vingt deux, que contes, que viscontes, que barons de Gascongne, et bien cent et cinquante chevaliers. Et y eut mors desus la plache, que uns que aultres, plus de trois mille. Ceste bataille fut l’an mil trois cens quarante quatre, le vingt sixiesme jour du mois d’auoust. Fº 259.
P. 71, l. 16: desous.--_Mss. A 23 à 29_: devant. Fº 136.
§ =222=. P. 71, l. 19: Apriès le desconfiture.--_Ms. d’Amiens_: Apriès ceste desconfiture, qui fu si grande et si grosse et si adammagable pour les Gascons, car il estoient là venut en grant estoffe et en bon arroy, si perdirent tout, tentez, tréz, pourveanches, armurez et touttez autres besoingnez, dont li Englèz furent tout riche. Che soir, entrèrent il en Auberoche en grant joie pour le belle journée qui leur estoit avenue; et donnèrent à soupper lez prisonniers, et les fissent tout aise dou leur meisme. L’endemain, au plus matin lever, vint li comtez de Pennebrucq à tout deux cens lanches et cinq cens archiers, qui riens ne savoit de ceste avenue. Et fu trop durement courouchiéz de ce qu’il n’y avoit estet, et dist au comte Derbi que il le dewist bien avoir attendu. Et li comtez s’escuza et dist qu’il ne peut. Touttezfois, il se rappaisièrent et furent amiablement enssamble, et eurent consseil que de menner leurs prisonniers en Bourdiaux. Si se ordonnèrent pour partir et laissièrent seullement en Auberoce, pour le ville parmaintenir, monseigneur Alain de Sinefroide. Et puis s’aroutèrent et chevauchièrent, et s’en revinrent arrière à Bourdiaux, où il furent recheu à grant joie; et bien le durent y estre, car il amenoient là toutte le fleur de Gascoingne: de quoy li ville de Bourdiaux amenda grandement en despens en celle année. Fº 83.
P. 71, l. 22: songne.--_Mss. A 8, 15 à 17_: ordenance, ordonnance. Fº 108.
P. 72, l. _4 à 6_: quant une... c’autres.--_Mss. A 1 à 6, 11 à 14, 18 à 22_: tant pou de gens qu’il estoient que mille combatans ou environ, que uns que autres, parmy les archiers... Fº 118 vº.--_Mss. A 8, 15 à 17_: qu’ilz n’estoient que une poingniée... Fº 108.
P. 72, l. 11: apriès.--_Mss. A 1 à 6, 11 à 14, 20 à 22_: devant. Fº 118 vº.
P. 72, l. 13: quatre cens.--_Mss. A 1 à 19_: trois cens. Fº 118 vº.--_Mss. A 20 à 22_: six cens. Fº 174.
P. 72, l. 14: sus son chemin.--_Mss. A 11 à 14, 18 à 22_: car on lui avoit tout raconté sur le chemin. Fº 113 vº.
§ =223=. P. 73, l. 15: Tant chevaucièrent.--_Ms. d’Amiens_: Cez nouvelles furent sceues en Engleterre et ossi en Franche: si en fu li roys englèz grandement liéz, che fu raisons, car ses cousins, li comtes Derbi s’estoit bien, à che coummenchement, portéz en Gascoingne. Li roys Phelippez de Franche fu durement courouchiéz quant il oy recorder le desconfiture de ses gens, et lez prisses des villez et des biaux castiaux, que li comtez Derbi avoit faittez ens ou pays de Gascoingne; si dist que il y envoieroit temprement si puissamment que pour tout le pays perdu raquerre, et encorrez de l’autre assés.
Ceste saison se passa. Li comtez Derbi et li seigneur d’Engleterre se tinrent en Bourdiaux, et tout aise; et entendirent à leurs prisonniers, et lez ranchonnèrent chacun seloncq son estat et se misse. Et fu delivréz li comtez de Kenfort pour le comte de Pieregorth, par mannierre d’escambge, et li autre finèrent dou mieux qu’il peulrent. Li aucun paiièrent, li aucun se couvenencièrent et s’aterminèrent à paiier; et ossi li aucun demorèrent prisonnier, qui ne furent mies à leur aise, enssi que telz besoingnes se demainnent. Or lairons à parler un petit dou comte Derbi et de ses routtez, et parlerons dou roy englès, et puis retourons au dessus dit comte et as guerres de Gascoingne qui ne sont mies à oubliier.
Vous avés bien chy dessus oy parler coumment li roys englès fu enamourés de le comtesse de Sallebrin. Touttesfoix, lez cronikez monseigneur Jehan le Bel parollent de ceste amour plus avant et mains convignablement que je ne doie faire; car, se il plaist à Dieu, je ne pensse jà à encoupper le roy d’Engleterre, ne le comtesse de Sallebrin, de nul villain reproche. Et pour continuer l’istore et aouvrir le verité de le matère, par quoy touttez bonnez gens en soient apaisiet et sachent pourquoy j’en parolle et ramentoy maintenant ceste amour, voirs est que messires Jehans li Biaux maintient par ses cronickes que li roys englès assés villainnement usa de ceste damme et en eult, ce dist, ses vollentéz si comme par forche: dont je vous di, se Dieux m’ait, que j’ai moult repairiet et converssé en Engleterre en l’ostel dou roy principaument, et des grans seigneurs de celui pays, mès oncques je n’en oy parler en nul villain cas; si en ai je demandé as pluisseurs qui bien le sceuissent, se riens en euist esté. Ossi je ne poroie croire, et il ne fait mies à croire, que ungs si haux et vaillans homs que li roys d’Engleterre est et a esté, se dagnaist ensonniier de deshonnerer une sienne noble damme ne un sien chevalier qui si loyaument l’a servi, et servi toutte se vie: si ques d’ores en avant de ceste amour je me tairay, et revenray au comte Derbi et as seigneurs d’Engleterre qui se tenoient en Bourdiaux, et s’i tinrent toutte le saison et l’ivier enssuiwant, chevauchant à le foix de l’un à l’autre et regardans à leurs fortrèches, et possessèrent assés paisivllement dou pays concquis et raquis à yaux.
Quant ce vint à l’entrée dou mois de may l’année enssuiwant mil trois cens quarante cinq, que il faisoit bel et bon hostoiier et guerriier, li comtez Derbi manda lez barons de Gascoingne qui de sen costet se tenoient, le comte de Pennebrucq ossi, le comte de Kenfort, le baron de Stanfort, monseigneur Richart de Hebedon, monseigneur Francke de Hale et tous les autrez qui avoecq lui estoient venus d’Engleterre. Et leur dist, quant il furent tout enssamble, que il se pourveissent et ordonnaissent et mandassent leurs compaignons, car il volloit faire une chevaucie deviers le Riolle et Aguillon et le chemin thoulouzain; car pour ce estoient il là envoiiet pour gueriier, non pour sejourner. Che fu bien li acors de tous; si retournèrent chacuns en leurs garnissons. Et se pourveirent et ordonnèrent si bien dedens le jour qui mis y estoit, que il n’y eult nulle deffaulte; et s’asamblèrent en deus lieus, à Bourdiaux et en Bregerach. Environ le Pentecouste, se parti li comtez Derbi de Bourdiaux à belle compaignie de gens d’armez et d’archiers, et cevauça le chemin de Bregerach. Quant il fu là venus, il trouva le comte de Pennebrucq, qui avoit fet sen assamblée belle et bonne. Si se souratendirent tout en le ville de Bregerach, et y furent par quatre jours. Quant il s’en partirent, il se trouvèrent sus lez camps mil hommez d’armes et deux mil archiers, et chevauchièrent en bon aroy et en grant couvenant deviers une bonne ville que on claimme Sainte Basille. Quant il furent là venu, il l’asegièrent de tous léz et fissent un grant apparrant de l’assaillir. Chil de Sainte Basille veirent lez Englèz tous armés et grant fuison, et lez archiers aroutés devant leurs murs et leurs fossés: si furent tout effraet, et n’eurent miez vollenté ne pourpos de yaux tenir. Si tretièrent et se composèrent au comte Derbi, que il se renderoient, parmy tant que li comtez les tenist as us et as coustummez de le bonne ville de Bregerach. Li comtez leur eut en couvent, et prist le feaulté et hoummaige des bourgois, et entra en Sainte Basille et y reposa troix jours. Au quatrimme il s’en parti, mès il y laissa une boine cappittainne englès, et archiers pour garder et deffendre le ville, se mestier faisoit en son nom. Fₒₛ 83 vº et 84.
--_Ms. de Rome_: Le perte et le damage que les Gascons prissent devant Auberoce, lor fu moult grande, et ne s’en porent passer ne retourner en trop grant temps, car en raençons et racas de prisonniers il i ot bien pour trois cens mille florins, sans les aultres pertes et damages qui montèrent grant finance. Qant tout fu apointiiet et casquns sceut quel cose il devoit faire, tout se departirent li un de l’autre. Et demo[rè]rent mesires Franqes de Halle et si compagnon chapitainne de Bregerach; et puis se missent au retour li signeur viers la chité de Bourdiaus. Sus ce cemin fu fais uns escanges dou conte de Pieregorth et de mesire Rogier son oncle et de auquns chevaliers de lor pais, à l’encontre dou conte de Qentfort et de quatre chevaliers englois qui estoient prisonnier au dit conte; et encores avoecques tous ces escanges, il paiièrent diis mille esqus, et les deubrent envoiier en la chité de Bourdiaus dedens le jour dou Noel. Point n’oy parler dou contraire que il ne le fesissent. Or retournèrent chil signeur d’Engleterre à grant joie et à grant pourfit en la chité de Bourdiaus, et i furent de toutes gens recheu et requelliet à grant joie. Si s’en retourna cascuns en sa garnison, ensi que il estoit ordonné, et eurent consel que il se tenroient là sus le pais, tout quois. Et lor fu avis que il en avoient assés fait pour celle saison, et que lonc dou temps il atenderoient lors raençons; et, tantos la Pasqe passée, il se remeteroient sus les camps et feroient bonne gerre.
Vous devés sçavoir que grandes nouvelles furent en France de celle bataille d’Auberoce, et trop petite plainte avoient li Gascon des François. Et disoient li auqun, l’un à l’autre: «Ha Dieus! laissiés aler. Ces Gascons sont englois à moitié; il ne desirent à avoir aultre signeur que le roi d’Engleterre.» Qant chil signeur de Gascongne, qui à la bataille d’Auberoce avoient esté pris, vinrent en France pour remoustrer au roi et à son consel conment les besongnes de Gascongne se portoient mal et porteroient, car les Englois tenroient les camps, qui ne lor iroit au devant, et voloient ossi estre auqunement aidiet de lors raençons, nuls ne voloit à euls entendre, ne il ne pooient avoir point d’audiense; mais les faisoit on là croupir et seoir au palais ou ailleurs, tant que il estoient tout lasset et tout hodet, et encores, avoecques tous les damages que il avoient eus, despendre lors deniers et laissier lors gages ou lors gens en crant aval Paris; ne il ne pooient veoir le roi, ne parler à lui, ne il ne se savoient à qui traire, pour avoir responses de lors requestes. Et se il faisoient auqunes supplications, et il les poursievissent à ceuls à qui il les avoient baillies, on lor disoit: «Retournés demain ou apriès,» et chils demain ne venoit onques. Tous les jours estoit ce à reconmenchier. Dont ce venoit et tournoit à ces barons et chevaliers de Gascongne à trop grande desplaisance, et maudisoient l’orgoel de France, et le sejour où li rois et si consilleur estoient, et se departoient de Paris malcontent et plus endebté assés que qant il i estoient venu pour esploitier.
Qant la douce saison d’esté fu revenue et le mois de mai, que les blés as camps et les herbes conmencent à monter, et que il fait bon hostoiier, que on compta en l’an de grasce mil trois cens et quarante cinq, li contes Derbi, qui un temps s’estoit tenus à Lieborne, s’en retourna à Bourdiaus, et là fist son mandement de toutes ses gens, liquel s’estoient ivrenet et passet le temps tout aise de ces racas et raençons et dou conquès qui lor estoit venus de la bataille d’Auberoce, et avoech tout ce, ordonné et apparilliet tant d’abis, d’armeures et de monteures que grant plaisance estoit au veoir et considerer. Tout vinrent au mandement dou conte Derbi, ce fu raisons, car il estoit lors souverains chapitains; et charroi et sonmiers furent tout mis à voiture. Il issirent un jour de Bourdiaus en grande ordenance, et se trouvèrent douse cens lances et vingt cinq cens archiers, et les garnisons que conquis avoient la saison devant, assés pourveues par raison. Et tout estoient as chevaus, archiers et gens d’armes, et cevauchièrent. La première ville que il trouvèrent, ce fu Sainte Basille, et n’estoit fremée que de palis. Les honmes de la ville n’osèrent atendre la venue des Englois, car il n’estoient pas fort assés, et alèrent au devant de euls tretiier, et se rendirent salves lors corps et lors biens. Si entrèrent auquns des signeurs dedens, et i dormirent pour celle nuit. Tout ne s’i porent pas logier, mais il orent des vins et des biens de la ville assés et largement. Fº 100.
P. 73, l. 30: ressongniés.--_Mss. A 20 à 22_: redoubté. Fº 174 vº.
P. 74, l. 14: trois.--_Mss. A 11 à 14, 20 à 22_: trois ou quatre. Fº 114.
P. 74, l. 15: esmèrent.--_Mss. A 1 à 6, 8 à 17_: esmeurent, esmurent. Fº 119.--_Mss. A 23 à 29_: nombrèrent. Fº 137 vº.
P. 74, l. 16: et se trouvèrent mil.--_Ms. B 6_: Sy se trouva bien douze cens lanches et quinze cens archiés et mille pietons. Fº 260.
P. 74, l. 17: deux mil.--_Mss. A 20 à 22_: trois mil. Fº 175.
P. 74, l. 19: Sainte Basille.--_Mss. A 1 à 6_: Basille. Fº 119.--_Mss. A 11 à 14, 23 à 33_: Saint Basille. Fº 114.--_Mss. A 18, 19_: Saint Baisille. Fº 121.
P. 74, l. 32: Aiguillon.--_Mss. A 1 à 33_: Aguillon. Fº 119 vº.
P. 75, l. 1 et 2: le Roce Millon.--_Mss. A 1 à 33_: la Roche Millon. Fº 119 vº.
P. 75, l. 7: baus.--_Mss. A 1 à 33_: bans, bancz.
P. 75, l. 8: cauch.--Mss. _A 1 à 33_: chaulx, chauz.
P. 75, l. 11: avancier.--_Mss. A 30 à 33_: avanturer. Fº 172.
§ =224=. P. 75, l. 12: Quant li contes.--_Ms. d’Amiens_: Quant li comtez Derbi se fu partis de Sainte Basille, il chevaucha le chemin d’Aguillon; mès ainchois que il y parvenist, il trouva un castel que on appielle le Roce Millon, qui estoit bien pourveus de bons saudoiiers et d’artillerie. Nonpourquant li comtez coummanda que li castiaux fuist assaillis. Donc s’avanchièrent Englès et archiers et le coummenchièrent à assaillir fortement et durement, et chil dedens à yaux deffendre vassaument, et jettoient pierrez et baux et grans barriaux de fier: de quoy il blecièrent grandement chiaux qui montoient contremont, dont li comtez Derbi estoit mout courouchiéz. En cel estat se tint li castiaux deux jours; au tierch jour, chil de dedens furent si appresset dou tret des archiers que il virent bien que longement ne se pooient tenir; si se rendirent, sauve leurs viez et leurs biens. Li comtez lez prist enssi et fist partir tous les saudoiiers estraingez qui deffendut l’avoient, et le regarni et pourvei de nouvelle gent; puis s’en parti et toutte sen host, sievant le rivierre de Loth. Et chevaucièrent li Englès tant que il vinrent devant le bonne ville de Montsegur, qui est grande et grosse; et y a un très fort castiel, et tout seant sour ceste rivierre de Loth. Quant il furent là venu, li comtez coummanda à logier touttez gens. Dont se logièrent, et ordonnèrent mancions et habitations pour yaux et pour leurs chevaux, et l’environnèrent de tous costéz. Dedens le ville de Montsegur avoit un bon chevalier à cappittainne, que li comtez de Laille y avoit mis et estaubli, et l’apielloit on monseigneur Hugon de Batefol. Chilz entendi grandement et bellement à le ville deffendre et garder, et moult avoient li homme de le ville en lui grant fiance. Fº 84.
--_Ms. de Rome_: Qant ce vint à l’endemain, apriès messe et boire, les tronpètes de departement sonnèrent. Si se missent tout au cemin, et prissent les camps pour aler devant Montsegur, une bonne ville fremée de murs et de fossés. Et l’avoit li sires, qui se nonmoit Guillaumes, remparée et fortefiie assés et pourveue d’arbalestriers, qui li estoient venu de Toulouse à ses coustages. Fº 100 vº.
P. 75, l. 15: villains.--_Les mss. A 15 à 17 ajoutent_: tuffes et giveliers du pais. Fº 121.
P. 75, l. 16: velourdes.--_Mss. A 1 à 6, 18 à 33_: belourdes. Fº 119 vº.
P. 75, l. 16: estrain.--_Mss. A 23 à 33_: feurre. Fº 137 vº.