Chroniques de J. Froissart, tome 02/13

Part 2

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Après le départ des Français, les Valenciennois viennent mettre le feu au camp du Mont de Castres; ils y trouvent quelques brigands et Génois qui, plongés dans un sommeil alourdi par l'ivresse, ne sont pas partis avec le gros de l'armée; ils les brûlent tout vivants. P. 19.

Le duc de Normandie met le siége devant le château d'Escaudœuvres[110]. Gérard de Sassegnies, capitaine de ce château pour le comte de Hainaut, le livre par trahison aux assiégeants. Les habitants de Cambrai abattent les remparts d'Escaudœuvres; ils emploient les matériaux provenant de cette démolition à fortifier la porte Robert qui regarde le Hainaut. Gérard de Sassegnies devait expier bientôt sa trahison en subissant à Mons la peine capitale[111]. P. 19, 20, 209 à 211.

[110] Nord, arr. et c. Cambrai, sur l'Escaut, à 3 kil. N. E. de Cambrai.

[111] Le château d'Escaudœuvres fut pris avant le 3 juin 1340. Par une charte datée du 3 juin 1340, le duc de Normandie mande, du château d'Escaudoeuvres, aux bourgeois de Valenciennes, de ne point servir le comte de Hainaut ni son oncle le seigneur de Beaumont, qui s'étaient joints aux Anglais pour nuire au royaume de France (Orig. parch., aux Archives du Nord).

Les garnisons françaises de Douai et de Lille ravagent l'Ostrevant; elles pillent et brûlent Aniche[112], la moitié d'Abscon[113], Escaudain[114], Erre[115], Fenain[116], Denain[117], Montigny[118], Warlaing[119], Masny[120], Auberchicourt[121], Lourches[122], Saulx[123], Roeulx[124], Neuville[125], Lieu-Saint-Amand[126], Bugnicourt[127], Monchecourt[128]. En revanche, les gens d'armes hainuyers en garnison à Bouchain mettent le feu à la moitié d'Abscon qui se tient française et dévastent tous les villages et hameaux jusqu'aux portes de Douai, notamment les villages d'Esquerchin[129] et de Lambres[130].

[112] Nord, arr. et c. Douai.

[113] Nord, arr. Valenciennes, c. Bouchain. Une moitié de ce village tenait, comme on le verra plus bas, pour les Hainuyers, l'autre moitié pour les Français.

[114] Nord, arr. Valenciennes, c. Bouchain.

[115] Nord, arr. Douai, c. Marchiennes.

[116] Ibid.

[117] Nord, arr. Valenciennes, c. Bouchain.

[118] Nord, arr. et c. Douai.

[119] Hameau de la commune d'Alnes, Nord, arr. Douai, c. Marchiennes.

[120] Nord, arr. et c. Douai. Le nom de cette seigneurie s'écrivait autrefois Mauny; elle appartenait à l'illustre famille de ce nom.

[121] Nord, arr. et c. Douai.

[122] Nord, arr. Valenciennes, c. Bouchain.

[123] Hameau de la commune de Lourches.

[124] Nord, arr. Valenciennes, c. Bouchain.

[125] Aujourd'hui Neuville-sur-l'Escaut, Nord, arr. Valenciennes, c. Bouchain.

[126] Nord, arr. Valenciennes, c. Bouchain.

[127] Nord, arr. Douai, c. Arleux.

[128] Ibid.

[129] Nord, arr. et c. Douai.

[130] Ibid.

Escarmouche entre la garnison française de la Malmaison, composée d'Allemands dont Albrecht de Cologne est le chef pour l'évêque de Cambrai[131] et la garnison de Landrecies dont le seigneur de Potelles est capitaine pour le comte de Hainaut. Le seigneur de Potelles est tué par Albrecht de Cologne, mais les compagnons de celui-ci sont mis en déroute, tués ou faits prisonniers par les Hainuyers. P. 21 à 23, 211 et 212.

[131] La forteresse de la Malmaison située dans la commune d'Ors (Nord, arr. Cambrai, c. le Cateau), sur la rive gauche de la Sambre, appartenait en effet aux évêques de Cambrai; mais en 1340 Sohier de Gand en était capitaine et il avait sous ses ordres 20 écuyers pour le roi de France. (De Camps, 83, fo 458 vo.)

Le seigneur de Floyon succède au seigneur de Potelles comme gardien de Landrecies et chevauche souvent contre les garnisons françaises de Bohain, de la Malmaison, du Cateau-Cambrésis[132], de Beauvois[133] et de Serain[134]. Pendant ce temps, le comte de Hainaut, de retour d'Angleterre, s'est rendu en Allemagne auprès de l'empereur Louis de Bavière; et Jean de Hainaut est allé en Brabant et en Flandre implorer le secours du duc de Brabant, de Jacques d'Arteveld et des Flamands. P. 23, 24, 212, 213.

[132] Au Cateau, Jean de Honnecourt était châtelain pour le roi de France. De Camps, 83, fo 458.

[133] Nord, arr. Cambrai, c. Carnières.

[134] Aisne, arr. Saint-Quentin, c. Bohain.

CHAPITRE XXXVI.

1340. SIÉGE ET PRISE DE THUN-L'ÉVÊQUE PAR LES FRANÇAIS.--OFFRES DE COMBAT FAITES PAR LE COMTE DE HAINAUT; REFUS DU DUC DE NORMANDIE[135] (§§ 108 à 112).

[135] Cf. Jean le Bel, chap. xxxv, t. I, p. 171 à 173.

Le duc de Normandie vient, sur les instances des Cambrésiens, mettre le siége devant la forteresse de Thun-l'Évêque[136] dont les Hainuyers se sont emparés et d'où ils portent le ravage aux environs de la cité de Cambrai. La garnison a pour chefs un chevalier du parti anglais nommé Richard de Limozin et deux écuyers du Hainaut, frères de Gautier de Mauny, Jean et Thierry de Mauny. Craignant d'être empestés par les bêtes mortes et puantes que jettent les engins des assiégeants, les assiégés demandent et obtiennent une trêve de quinze jours; ils promettent de se rendre au duc de Normandie s'ils ne sont pas secourus par Jean de Hainaut dans cet intervalle. Catherine de Wargnies, chanoinesse de l'abbaye de Denain, qui s'est enfermée dans Thun par amour pour Jean de Mauny dont elle est la maîtresse, et que le fracas du siége incommode beaucoup à cause de son état de grossesse avancée, profite de la trêve pour se retirer à Bouchain. P. 24 à 26, 212 à 214.

[136] La prise de Thun-l'Evêque eut lieu dans le courant du mois de juin 1340. Des lettres d'amortissement de 20 livres de rente sans justice et forteresse, délivrées pour la fondation d'une chapelle à «Gieffroy de Gienville», clerc et conseiller du roi, sont datées de _noz tentes, après la prise du chastel de Thun, l'an 1340 au mois de juing_. Arch. de l'Empire, sect. hist., JJ73, fo 117, p. 137.

Sur ces entrefaites, le comte de Hainaut revient dans son pays. Il réunit en toute hâte une puissante armée pour marcher au secours de la garnison de Thun-l'Évêque et vient camper à Naves et à Iwuy sur la rive droite de l'Escaut; il est bientôt rejoint par le comte de Namur, le duc de Brabant et les grands seigneurs des marches d'Allemagne alliés du roi d'Angleterre. P. 27 et 28, 215 et 216.

L'armée du duc de Normandie est campée de l'autre côté de la rivière, sur la rive gauche de l'Escaut. A la nouvelle de l'arrivée du comte de Hainaut, Philippe de Valois, qui se tenait depuis six semaines à Péronne, accourt rejoindre Jean son fils à la tête de douze cents lances; mais comme le roi de France a fait serment de ne pas pénétrer à main armée sur le territoire de l'Empire, le duc de Normandie conserve le commandement nominal, tout en n'agissant que d'après le conseil de son père. P. 28, 216.

Quatre jours après son arrivée devant Thun-l'Évêque, l'armée du comte de Hainaut se renforce d'une troupe de Valenciennois que commande Jean de Baissi, prévôt de la ville. Richard de Limozin et les autres gens d'armes de la garnison de Thun-l'Évêque profitent d'une escarmouche entre Français et Valenciennois pour se sauver dans une barque et aller rejoindre le comte de Hainaut qui les remercie et les félicite de leur belle défense. P. 29, 216 et 217.

Les Français ravagent l'Ostrevant et les Hainuyers le Cambrésis. Le comte de Hainaut reçoit un renfort de soixante mille Flamands amenés par Jacques d'Arteveld; il offre la bataille au duc de Normandie qui la refuse. Le comte de Hainaut réunit alors les plus grands barons de l'armée pour leur communiquer la réponse du duc de Normandie et leur demander conseil; il veut faire un pont sur l'Escaut afin d'aller livrer bataille aux Français. Le duc de Brabant combat ce projet; il est d'avis qu'on se sépare sans avoir rien fait et qu'on attende l'arrivée prochaine du roi d'Angleterre qui doit se joindre à ses alliés pour mettre le siége devant Tournay. Malgré l'opposition du duc de Brabant dont les gens d'armes, surtout ceux de Bruxelles et de Louvain, sont impatients de retourner dans leurs foyers, le comte de Hainaut n'en persiste pas moins dans son projet de livrer bataille aux Français. P. 29 à 31, 217, 218.

Le comte de Hainaut charge Jean de Hainaut, seigneur de Beaumont, son oncle, de demander trois jours de répit aux Français, le temps de construire un pont sur l'Escaut afin que les deux armées puissent se joindre et en venir aux mains. Au moment où Jean de Hainaut chevauche sur la rive droite de l'Escaut et se dispose à accomplir son message, il aperçoit sur la rive opposée un chevalier de Normandie de sa connaissance, le seigneur de Maubuisson[137]; il prie ce chevalier de transmettre au roi de France ou au duc de Normandie la proposition du comte de Hainaut. Le conseil du roi de France répond au seigneur de Maubuisson que l'on est résolu à ne pas changer de tactique vis-à-vis du comte de Hainaut, qu'on veut d'abord le ruiner en traînant la guerre en longueur, que cela fait, on envahira son pays pour y porter le ravage. Jean de Hainaut, à qui le seigneur de Maubuisson vient rapporter cette réponse, la transmet au comte de Hainaut, son neveu, qui la reçoit avec un profond déplaisir. P. 32 à 34, 218.

[137] Jean de Maubuisson figure à l'host de Bouvines, parmi les _bacheliers sous les maréchaux_: «Jean de Maubuisson et 1 escuier venu de Montigny lez Gisors.» De Camps, portef. 83, fo 366.

CHAPITRE XXXVII.

1340. DÉFAITE DE LA FLOTTE FRANÇAISE PAR LA FLOTTE ANGLAISE DEVANT L'ÉCLUSE; ARRIVÉE D'ÉDOUARD III ET DE SON ARMÉE EN FLANDRE[138] (§§ 113 à 117).

[138] Cf. Jean le Bel, chap. XXXVI, t. I, p. 171 à 173.

La veille de la fête de saint Jean-Baptiste (23 juin), Édouard III s'embarque sur la Tamise et cingle vers l'Écluse[139] (Sluis), en Flandre. La flotte anglaise, composée de plus de cent vaisseaux, porte quatre mille hommes d'armes et douze mille archers. La flotte française est encore supérieure en nombre à la flotte anglaise. Montée par des marins normands, picards et génois, sous les ordres du Normand [Nicolas] Behuchet, du Picard Hue Quieret et du Génois Barbavara, cette flotte stationne près de Blankenberghe[140], entre Kadzand[141] et l'Écluse, pour arrêter au passage le roi d'Angleterre. La bataille s'engage devant l'Écluse le 24 juin[142] entre les deux flottes ennemies et dure tout un jour. Les Anglais ont soin de prendre des dispositions plus habiles que leurs adversaires. Le grand vaisseau _le Christophe_, conquis peu de temps auparavant par les Normands et monté par les Génois, est repris dès le commencement de l'action, grâce aux archers à main d'Angleterre, auxquels un tir plus rapide assure l'avantage sur les arbalétriers génois. P. 34 à 37, 218 à 221.

[139] L'Écluse, en flamand Sluis, ville et port de mer des Pays-Bas, dans la Flandre hollandaise, prov. Zeeland, arr. Middelburg.

[140] Belgique, prov. Flandre occidentale, arr. et c. Bruges.

[141] L'île de Kadzand fait aujourd'hui partie des Pays-Bas, prov. Zeeland, arr. Middelburg, c. l'Écluse (Sluis).

[142] Édouard III s'embarqua à Orwell le 23 juin, veille de la fête de la Nativité de Saint-Jean-Baptiste; et la bataille navale de l'Écluse se livra le jour même de la fête, le 24 juin: «....sub spe cœlestis auxilii, écrit Édouard III à l'archevêque de Canterbury, et justitiæ nostræ fiducia, dictum portum navigio venientes, invenimus dictam classem, et hostes nostros ibidem paratissimos ad prælium, in multitudine copiosa quibus _in festo Nativitatis Sancti Johannis Baptistæ proxime præterito_, ipse, spes nostra, Christus Deus, per conflictum fortem et validum, nos prævalere concessit, facta strage non modica dictorum hostium, capta etiam quodammodo tota classe, cum læsione gentis nostræ non modica respective.» Rymer, _Fœdera_, vol. II, p. 1129.

Édouard III monte un grand vaisseau construit à Sandwich[143], sur lequel flotte une bannière mi-partie aux armes de France et d'Angleterre. Le roi anglais, alors en la fleur de sa jeunesse, fait des prodiges de valeur; les marins normands et picards déploient, de leur côté, un grand courage. Dans l'après-midi, un gros renfort de navires montés par des hommes frais et nouveaux, amené par les Flamands de l'Écluse, de Blankenberghe, d'Aardenburg[144], d'Oostburg[145], de Bruges, du Damme[146], de Nieuport[147] et des villes voisines, décide la victoire en faveur des Anglais. Cette affaire coûte la vie à Hue Quieret et à (Nicolas) Behuchet; Pietro Barbavara se sauve à grand peine[148]. P. 37 et 38, 221 à 225.

[143] Sandwich, dans le comté de Kent, un des cinq ports.

[144] Pays-Bas, prov. Zeeland, arr. Middelburg, c. l'Écluse (Sluis).

[145] Pays-Bas, prov. Zeeland, arr. Middelburg, chef-lieu de canton.

[146] Belgique, prov. Flandre occidentale, arr. et c. Bruges.

[147] Belgique, prov. Flandre occidentale, arr. Furnes, chef-lieu de canton.

[148] Hue Quieret, seigneur de Tours en Vimeu, mourut des blessures reçues dans le combat. Nicolas Behuchet fut, dit-on, pendu au mât de son vaisseau par l'ordre d'Édouard III. Philippe de Valois amortit en avril 1344 quinze livres tournois de rente à Gonfreville-l'Orcher, à la requête de frère Pierre le Marchant, du tiers ordre de Saint-François, «clerc de nostre amé et feal conseiller _Nicolas Beuchet_ JADIS _chevalier_, en recompense des bons et agreables services que nous fist le dit Pierre en noz guerres de la mer en la compaignie du dit chevalier.» Arch. de l'Empire, sect. hist., JJ74, p. 154, fo 93.

La marine normande fut longtemps à se relever de ce désastre. En février 1342, Philippe de Valois amortit cent livres de terre pour la fondation d'un hôpital: «comme les bourgois et les habitanz de la ville de Leure en Normandie (Seine-Inférieure, comm. le Havre), _pour compassion de plusieurs du dit pais, qui onc de nostre armée de la mer avoient esté navrez et mehaigniez_ si griement qu'il ne povoient ne ne pourront jamais gaigner leurs vivres....» JJ74, p. 694, fo 418.

Après la victoire de l'Écluse, le roi d'Angleterre fait un pèlerinage à Notre-Dame[149] d'Aardenburg, puis il se rend à Gand. A la nouvelle de l'arrivée et de la victoire d'Édouard III, les allies campés devant Thun-l'Évêque lèvent le siége de cette forteresse et viennent à Gand auprès du roi anglais; là ils prennent l'engagement de se réunir un certain jour en parlement à Vilvorde. P. 38 à 40, 225 à 229.

[149] La belle église d'Aardenburg, dédiée sous l'invocation de Notre-Dame, était célèbre dans toute la Flandre au moyen âge comme but de pèlerinage.

Le roi de France retourne à Arras et le duc de Normandie à Cambrai. Les Français prennent aisément leur parti de la déconfiture des Normands à l'Écluse et disent: «On n'a rien perdu en perdant ces écumeurs de mer. Ils étaient tous des brigands; ils ne laissaient point venir de poisson sur le continent, et ils étaient cause qu'on n'en pouvait avoir. Le roi de France d'ailleurs a gagné deux cent mille florins à leur mort, car on leur devait leurs gages de quatre mois.» Toutefois, Philippe de Valois et son fils donnent l'ordre de renforcer les garnisons de Tournay, de Lille[150], de Douai[151], de Mortagne, de Saint-Amand, de Saint-Omer, d'Aire[152] et de Saint-Venant[153]. Informé qu'Édouard III et ses alliés doivent venir assiéger Tournay, le duc de Normandie envoie dans cette place Godemar du Fay[154]. Le seigneur de Beaujeu est mis dans Mortagne[155], et Pierre de Carcassonne est chargé de défendre Saint-Amand[156] en Puelle. P. 40 et 41, 227.

[150] Louis d'Espagne, comte de Talmont, fut capitaine souverain à Lille du 16 avril au 27 septembre 1340. De Camps, portef. 83, fo 310 vo.

[151] Hue Quieret, chevalier et conseiller du roi, son amiral en la mer, fut capitaine de Douai du 28 octobre au 6 décembre 1339. De Camps, 83, fo 311. Nicole de Wasiers paraît avoir succédé à Hue Quieret comme capitaine de Douai sous le gouvernement de Godemar du Fay, du 28 octobre 1339 au 27 septembre 1340. De Camps, 83, fo 312.

[152] Jean de Traynel, _chevalier le roi_, fut établi du 2 février au 12 juillet 1340, capitaine à Aire et ès frontières d'Artois avec 2 bacheliers et 28 écuyers sous sa bannière, et sous ses ordres 25 chevaliers bacheliers. De Camps, 83, fos 315 et 316.

[153] Robert de Wavrin, sire de Saint-Venant, fut établi, du 30 octobre 1339 au 27 septembre 1340, capitaine de Saint-Venant, avec 5 chevaliers et 40 écuyers sous sa bannière, et sous ses ordres 7 chevaliers bacheliers. De Camps, 83, fos 314 et 315.

[154] Godemar du Fay, sire de Bouchon (Somme, arr. Amiens, c. Picquigny), gouverneur de Tournésis, fut capitaine général ès villes de Lille et de Tournay et sur les frontières de Flandre et de Hainaut, du 18 octobre 1339 au 1er octobre 1340. De Camps, 83, fo 308 vo.

[155] Jean de Vienne, chevalier banneret, fut commis à la garde de Mortagne, du 29 octobre 1339 au 1er octobre 1340, avec 6 chevaliers bacheliers et 44 écuyers. De Camps, 83, fo 313.

[156] Jean, sire de Wastines, chevalier bachelier, fut préposé à la défense de Saint-Amand en 1339 et 1340 avec Jean de Verdebourc, Baudouin de Loc, Baudouin de Hasebrouck et 23 écuyers. Ibid.

Robert, roi de Sicile, très-versé dans l'astrologie, prédit les succès d'Édouard III: «Le sanglier de Windsor viendra, dit-il, enfoncer ses défenses jusque dans les portes de Paris.» Inspiré par son dévouement à la couronne de France, le roi Robert vient à Avignon prier le pape (Benoît XII)[157] d'user de son intervention pour faire la paix entre les rois de France et d'Angleterre. P. 41, 226.

[157] Froissart se trompe en rapportant ce fait au pontificat de Clément VI qui ne succéda à Benoît XII qu'en 1342.

CHAPITRE XXXVIII.

1340. ASSEMBLÉE DE VILVORDE SUIVIE DU SIÉGE DE TOURNAY PAR ÉDOUARD III ET SES ALLIÉS[158] (§§ 118 à 122).

[158] Cf. Jean le Bel, chap. XXXVII, t. I, p. 175 à 177.

Assemblée de Vilvorde. Les principaux personnages qui assistent à cette assemblée, sont Édouard III roi d'Angleterre, Jean III duc de Brabant, Guillaume II comte de Hainaut, Jean de Hainaut, oncle du comte, Renaud II duc de Gueldre, Guillaume V marquis de Juliers, Louis Ier de Bavière, marquis de Brandebourg, Frédéric II, marquis de Meissen et d'Osterland, Adolphe VIII, comte de Berg, Robert d'Artois, Thierry III, seigneur de Fauquemont (Valkenburg), Guillaume de Duvenvoorde, Guillaume Ier, marquis de Namur. A ces princes sont venus se joindre Jacques d'Arteveld et les députés de Flandre, de Brabant et de Hainaut, au nombre de trois ou quatre pour chaque bonne ville. Une alliance offensive et défensive est conclue entre Flandre, Hainaut et Brabant; en cas de différend, c'est le roi d'Angleterre qui jouera le rôle d'arbitre entre ces trois pays. En signe de cette alliance, il sera frappé une monnaie dont les pièces s'appelleront _compagnons_ ou _alliés_. Les alliés conviennent d'aller mettre le siége devant Tournay aux environs de la Madeleine (22 juillet), puis ils se séparent et chacun retourne chez soi pour faire ses préparatifs. P. 41 à 43, 229 et 230.

Philippe de Valois envoie tenir garnison à Tournay l'élite de sa chevalerie, notamment Raoul, comte d'Eu, connétable de France[159], le jeune comte de Guines son fils[160], le comte de Foix[161] et ses frères, Aymeri VIII (vicomte) de Narbonne, Amé de Poitiers[162], Geoffroy de Charny[163], Girard de Montfaucon[164], Robert Bertran et Mathieu de Trie, maréchaux de France[165], Jean de Landas[166], le sénéchal de Poitou[167], les seigneurs de Cayeux[168], de Châtillon[169], de Renneval, de Mello[170], d'Offémont[171], de Saint-Venant[172] et de Creseques[173]. Les fortifications de la cité sont réparées, les engins, canons et espingalles sont mis en état, et l'on se pourvoit d'approvisionnements de toute sorte. P. 43, 44, 230.

[159] «Gens d'armes qui furent _à Tournay sous le gouvernement de Raoul, comte d'Eu_, connestable de France, estably lieutenant du roy sur toutes les frontières de Flandres et de Hainaut, du 23 octobre 1339 jusques au 2 décembre qu'il donna congé à ses dites gens d'armes.» De Camps, 83, fo 396 vo.

[160] «Raoul, comte de Guines, chev. bann. et 14 esc.» De Camps, 83, fo 307.

[161] Gaston de Foix n'est pas mentionné dans les montres comme ayant tenu garnison à Tournay, mais il commandait une des batailles de l'host de Bouvines: «La bataille Gaston, comte de Foix. Le dit comte de Foix, 32 chev. bann., 31 bach., 23 esc. bann., 671 esc., 7 sergens d'armes, 12 menestrels et 4 mareschaux pour chascun menestrel.» De Camps, 83, fos 343 vo et 344.

[162] Host de Bouvines en 1340. Bataille du roi: «Amé de Poitiers, banneret, 3 bach., 62 esc.» De Camps, 83, fo 346.

[163] A l'host des frontières de Flandre, du 9 mars 1339 au 1er octobre 1340, dans la bataille de Raoul, comte d'Eu, figure: «Gieffroy de Charny, bach. et 6 esc.; venu de Pierrepont sous Vezelay.» De Camps, 83, fo 317.

[164] Parmi les gens d'armes qui ont servi à Douai sous Godemar du Fay, du 18 octobre 1339 au 1er octobre 1340, figure: «Girart de Montfaucon, chev. bach., avec 9 esc.» De Camps, 83, fo 309 vo.

[165] Mathieu de Trie et Robert Bertran avaient à l'host de Flandre du 2 mars 1339 le commandement d'une bataille dite _bataille des maréchaux de France_: «Mathieu de Trie, mareschal de France, bann., 17 chev. bach. et 180 esc.; Robert Bertran, sire de Briquebec, mareschal de France, bann. et 16 esc.» De Camps, 83, fo 320 vo.

[166] Du 27 octobre 1339 au 27 septembre 1340 «jusques au departement de l'ost de Bovines, Jean de Mortaigne, seigneur de Landas, chev. bach., fut establi capitaine de Marchaines (Marchiennes) avec 12 esc.» De Camps, 83, fo 346.

[167] A l'host de Bouvines, dans la bataille du comte d'Alençon, figure «Jourdain de Loubert, seneschal de Poitou, chev. bann., 14 bach., 65 esc.» De Camps, 83, fo 337 vo.

[168] Jean de Cayeu, chev. bann., 12 esc.; venu de Senarpont (Somme, arr. Amiens, c. Oisemont). Ibid., fos 307 et 317.

[169] A l'host de Bouvines, dans la bataille du duc de Normandie, figure «Jean, sire de Chastillon, chev. bann., 9 bach. et 56 esc.; venu de Marigny lès Chasteau Thierry.» Ibid., fo 396.

[170] Parmi les gens d'armes qui servirent à Tournay sous Raoul, comte d'Eu, du 28 octobre au 2 décembre 1339, figure «Guillaume de Mello et 8 esc.» Ibid., fo 306 vo.

[171] A l'host de Bouvines, dans la bataille du comte d'Alençon, figure «Jean de Neelle, seigneur d'Auffemont, chev. bann., 5 bach., 32 esc.» Ibid., fo 338.

[172] Robert de Wavrin, sire de Saint-Venant.

[173] On lit _Breseques_ dans le ms. B 6; mais il s'agit sans doute ici d'Eustache, seigneur de Creseques, chevalier banneret d'Artois, qui servit à l'host de Bouvines, dans la bataille d'Eude, duc de Bourgogne et comte d'Artois. De Camps, 83, fo 330 vo.

Siége de Tournay par Édouard III et ses alliés. Le roi d'Angleterre prend position à la porte dite de Saint-Martin[174] sur le chemin de Lille et de Douai, le duc entre le Pont-à-Rieux[175], le long de l'Escaut, le Pire[176] et la porte de Valenciennes[177], le comte de Hainaut entre le roi d'Angleterre et le duc de Brabant[178]. Jacques d'Arteveld, à la tête de soixante mille Flamands, vient se loger à la porte de Sainte-Fontaine[179], sur les deux rives de l'Escaut. Les princes allemands, campés près des Marvis[180] du côté du Hainaut, ont fait un pont sur l'Escaut en amont de Tournay pour aller et venir d'une rive à l'autre. La cité de Tournay est ainsi investie de tous les côtés à la fois, et les habitants, pour mieux assurer la défense, ont enterré sept de leurs portes. P. 44 et 45, 230 à 232.

[174] La porte de Saint-Martin était au midi de Tournay, non loin du chemin de Lille et de Douai, situé un peu plus à l'ouest.

[175] Le Pont-à-Rieux est aujourd'hui un hameau de la commune de Saint-Maur, Belgique, prov. Hainaut, arr. Tournay, c. Antoing, à 5 kil. de Tournay.

[176] Le Pire est aujourd'hui un hameau de Montroeul-au-Bois, Belgique, prov. Hainaut, arr. Tournay, c. Leuze, à 12 kil. de Tournay.