Charmes

Part 3

Chapter 33,098 wordsPublic domain

Mon Innombrable Intelligence Touche dans l’âme des humains Un instrument de ma vengeance Qui fut assemblé de tes mains; Et ta Paternité voilée, Quoique, dans sa chambre étoilée, Elle n’accueille que l’encens, Toutefois l’excès de mes charmes Pourra de lointaines alarmes Troubler ses desseins tout-puissants!

Je vais, je viens, je glisse, plonge, Je disparais dans un cœur pur! Fut-il jamais de sein si dur Qu’on n’y puisse loger un songe? Qui que tu sois, ne suis-je point Cette complaisance qui poind Dans ton âme, lorsqu’elle s’aime? Je suis au fond de sa faveur Cette inimitable saveur Que tu ne trouves qu’à toi-même!

Ève, jadis, je la surpris, Parmi ses premières pensées, La lèvre entr’ouverte aux esprits Qui naissaient des roses bercées. Cette parfaite m’apparut, Son flanc vaste et d’or parcouru Ne craignant le soleil ni l’homme; Tout offerte aux regards de l’air, L’âme encore stupide, et comme Interdite au seuil de la chair.

O masse de béatitude, Tu es si belle, juste prix De la toute sollicitude Des bons et des meilleurs esprits! Pour qu’à tes lèvres ils soient pris Il leur suffit que tu soupires! Les plus purs s’y penchent les pires, Les plus durs sont les plus meurtris... Jusques à moi, tu m’attendris, De qui relèvent les vampires!

Oui! De mon poste de feuillage, Reptile aux extases d’oiseau, Cependant que mon babillage Tissait de ruses le réseau, Je te buvais, ô belle sourde! Calme, claire, de charmes lourde, Je dominais furtivement, L’œil dans l’or ardent de ta laine. Ta nuque énigmatique et pleine Des secrets de ton mouvement!

J’étais présent comme une odeur. Comme l’arome d’une idée Dont ne puisse être élucidée L’insidieuse profondeur! Et je t’inquiétais, candeur, O chair mollement décidée, Sans que je t’eusse intimidée, A chanceler dans la splendeur! Bientôt, je t’aurai, je parie. Déjà ta nuance varie!

(La superbe simplicité Demande d’immenses égards! Sa transparence de regards, Sottise, orgueil, félicité, Gardent bien la belle cité! Sachons lui créer des hasards, Et par ce plus rare des arts, Soit le cœur pur sollicité; C’est là mon fort, c’est là mon fin, A moi les moyens de ma fin!)

Or, d’une éblouissante bave, Filons les systèmes légers Où l’oisive et l’Ève suave S’engage en de vagues dangers! Que sous une charge de soie, Tremble la peau de cette proie Accoutumée au seul azur!... Mais de gaze point de subtile. Ni de fil invisible et sûr, Plus qu’une trame de mon style!

Dore, langue! dore-lui les Plus doux des dits que tu connaisses! Allusions, fables, finesses, Mille silences ciselés, Use de tout ce qui lui nuise: Rien qui ne flatte et ne l’induise A se perdre dans mes desseins, Docile à ces pentes qui rendent Aux profondeurs des bleus bassins Les ruisseaux qui des cieux descendent!

O quelle prose non pareille, Que d’esprit n’ai-je pas jeté Dans le dédale duveté De cette merveilleuse oreille! Là, pensais-je, rien de perdu; Tout profite au cœur suspendu! Sûr triomphe! si ma parole, De l’âme obsédant le trésor, Comme une abeille une corolle Ne quitte plus l’oreille d’or!

«Rien, lui soufflais-je, n’est moins sûr Que la parole divine, Ève! Une science vive crève L’énormité de ce fruit mûr! N’écoute l’Être vieil et pur Qui maudit la morsure brève! Que si ta bouche fait un rêve, Cette soif qui songe à la sève, Ce délice à demi futur, C’est l’éternité fondante, Ève!»

Elle buvait mes petits mots Qui bâtissaient une œuvre étrange; Son œil, parfois, perdait un ange Pour revenir à mes rameaux. Le plus rusé des animaux Qui te raille d’être si dure, O perfide et grosse de maux, N’est qu’une voix dans la verdure! --Mais sérieuse l’Ève était Qui sous la branche l’écoutait!

«Ame, disais-je, doux séjour De toute extase prohibée, Sens-tu la sinueuse amour Que j’ai du Père dérobée? Je l’ai, cette essence du Ciel, A des fins plus douces que miel Délicatement ordonnée... Prends de ce fruit... Dresse ton bras Pour cueillir ce que tu voudras Ta belle main te fut donnée!»

Quel silence battu d’un cil! Mais quel souffle sous le sein sombre Que mordait l’Arbre de son ombre! L’autre brillait comme un pistil! --_Siffle, siffle!_ me chantait-il! Et je sentais frémir le nombre, Tout le long de mon fouet subtil, De ces replis dont je m’encombre: Ils roulaient depuis le béryl De ma crête, jusqu’au péril!

Génie! O longue impatience! A la fin, les temps sont venus, Qu’un pas vers la neuve Science Va donc jaillir de ces pieds nus! Le marbre aspire, l’or se cambre! Ces blondes bases d’ombre et d’ambre Tremblent au bord du mouvement!... Elle chancelle, la grande urne D’où va fuir le consentement De l’apparente taciturne!

Du plaisir que tu te proposes Cède, cher corps, cède aux appâts! Que ta soif de métamorphoses Autour de l’Arbre du Trépas Engendre une chaîne de poses! Viens sans venir! Forme des pas Vaguement comme lourds de roses... Danse, cher corps... Ne pense pas! Ici les délices sont causes Suffisantes au cours des choses!...

O follement que je m’offrais Cette infertile jouissance: Voir le long pur d’un dos si frais Frémir la désobéissance!... Déjà délivrant son essence De sagesse et d’illusions, Tout l’Arbre de la Connaissance Échevelé de visions, Agitait son grand corps qui plonge Au soleil, et suce le songe!

Arbre, grand Arbre, Ombre des Cieux, Irrésistible Arbre des arbres, Qui dans les faiblesses des marbres, Poursuis des sucs délicieux, Toi qui pousses tels labyrinthes Par qui les ténèbres étreintes S’iront perdre dans le saphir De l’éternelle matinée, Douce perte, arome ou zéphir, Ou colombe prédestinée,

O Chanteur, ô secret buveur Des plus profondes pierreries, Berceau du reptile rêveur Qui jeta l’Ève en rêveries, Grand Être agité de savoir, Qui toujours, comme pour mieux voir, Grandis à l’appel de ta cime, Toi qui dans l’or très pur promeus Tes bras durs, tes rameaux fumeux, D’autre part, creusant vers l’abîme,

Tu peux repousser l’infini Qui n’est fait que de ta croissance, Et de la tombe jusqu’au nid Te sentir toute Connaissance! Mais ce vieil amateur d’échecs, Dans l’or oisif des soleils secs, Sur ton branchage vient se tordre; Ses yeux font frémir ton trésor. Il en cherra des fruits de mort, De désespoir et de désordre!

Beau serpent, bercé dans le bleu, Je siffle, avec délicatesse, Offrant à la gloire de Dieu Le triomphe de ma tristesse... Il me suffit que dans les airs, L’immense espoir de fruits amers Affole les fils de la fange... --Cette soif qui te fit géant, Jusqu’à l’Être exalte l’étrange Toute-Puissance du Néant!

LES GRENADES

Dures grenades entr’ouvertes Cédant à l’excès de vos grains, Je crois voir des fronts souverains Éclatés de leurs découvertes!

Si les soleils par vous subis, O grenades entrebâillées, Vous ont fait d’orgueil travaillées, Craquer les cloisons de rubis,

Et que si l’or sec de l’écorce A la demande d’une force Crève en gemmes rouges de jus,

Cette lumineuse rupture Fait rêver une âme que j’eus De sa secrète architecture.

LE VIN PERDU

J’ai, quelque jour, dans l’Océan, (Mais je ne sais plus sous quels cieux), Jeté, comme offrande au néant, Tout un peu de vin précieux...

Qui voulut ta perte, ô liqueur? J’obéis peut-être au devin? Peut-être au souci de mon cœur, Songeant au sang, versant le vin?

Sa transparence accoutumée Après une rose fumée Reprit aussi pure la mer...

Perdu ce vin, ivres les ondes!... J’ai vu bondir dans l’air amer Les figures les plus profondes...

INTÉRIEUR

Une esclave aux longs yeux chargés de molles chaînes Change l’eau de mes fleurs, plonge aux glaces prochaines, Au lit mystérieux prodigue ses doigts purs; Elle met une femme au milieu de ces murs, Qui dans ma rêverie errant avec décence, Passe entre mes regards sans briser leur absence, Comme passe le verre au travers du soleil, Et de la raison pure épargne l’appareil.

LE CIMETIÈRE MARIN

Μή, φίλα ψυχά, βίον ἀθάνατον σπεῦδε, τὰν δ’ἐμπρᾳκτον ἄντλει μαχαναν.

Pindare, Pythiques III.

Ce toit tranquille, où marchent des colombes, Entre les pins palpite, entre les tombes; Midi le juste y compose de feux La mer, la mer, toujours recommencée! O récompense après une pensée Qu’un long regard sur le calme des dieux!

Quel pur travail de fins éclairs consume Maint diamant d’imperceptible écume, Et quelle paix semble se concevoir! Quand sur l’abîme un soleil se repose, Ouvrages purs d’une éternelle cause, Le temps scintille et le songe est savoir.

Stable trésor, temple simple à Minerve, Masse de calme, et visible réserve, Eau sourcilleuse, Œil qui gardes en toi Tant de sommeil sous un voile de flamme, O mon silence!... Édifice dans l’âme, Mais comble d’or aux mille tuiles, Toit!

Temple du Temps, qu’un seul soupir résume, A ce point pur je monte et m’accoutume, Tout entouré de mon regard marin; Et comme aux dieux mon offrande suprême, La scintillation sereine sème Sur l’altitude un dédain souverain.

Comme le fruit se fond en jouissance, Comme en délice, il change son absence Dans une bouche où sa forme se meurt, Je hume ici ma future fumée, Et le ciel chante à l’âme consumée Le changement des rives en rumeur.

Beau ciel, vrai ciel, regarde-moi qui change! Après tant d’orgueil, après tant d’étrange Oisiveté, mais pleine de pouvoir, Je m’abandonne à ce brillant espace, Sur les maisons des morts mon ombre passe Qui m’apprivoise à son frêle mouvoir.

L’âme exposée aux torches du solstice, Je te soutiens, admirable justice De la lumière aux armes sans pitié! Je te rends pure à ta place première, Regarde-toi!... Mais rendre la lumière Suppose d’ombre une morne moitié.

O pour moi seul, à moi seul, en moi-même, Auprès d’un cœur, aux sources du poème, Entre le vide et l’événement pur, J’attends l’écho de ma grandeur interne, Amère, sombre et sonore citerne, Sonnant dans l’âme un creux toujours futur!

Sais-tu, fausse captive des feuillages, Golfe mangeur de ces maigres grillages, Sur mes yeux clos, secrets éblouissants, Quel corps me traîne à sa fin paresseuse, Quel front l’attire à cette terre osseuse? Une étincelle y pense à mes absents.

Fermé, sacré, plein d’un feu sans matière, Fragment terrestre offert à la lumière, Ce lieu me plaît, dominé de flambeaux. Composé d’or, de pierre et d’arbres sombres, Où tant de marbre est tremblant sur tant d’ombres; La mer fidèle y dort sur mes tombeaux!

Chienne splendide, écarte l’idolâtre! Quand solitaire au sourire de pâtre, Je pais longtemps, moutons mystérieux, Le blanc troupeau de mes tranquilles tombes, Éloignes-en les prudentes colombes, Les songes vains, les anges curieux!

Ici venu, l’avenir est paresse. L’insecte net gratte la sécheresse; Tout est brûlé, défait, reçu dans l’air A je ne sais quelle sévère essence... La vie est vaste, étant ivre d’absence, Et l’amertume est douce, et l’esprit clair.

Les morts cachés sont bien dans cette terre Qui les réchauffe et sèche leur mystère. Midi là-haut, Midi sans mouvement En soi se pense et convient à soi-même... Tête complète et parfait diadème, Je suis en toi le secret changement.

Tu n’as que moi pour contenir tes craintes! Mes repentirs, mes doutes, mes contraintes Sont le défaut de ton grand diamant!... Mais dans leur nuit toute lourde de marbres, Un peuple vague aux racines des arbres A pris déjà ton parti lentement.

Ils ont fondu dans une absence épaisse, L’argile rouge a bu la blanche espèce, Le don de vivre a passé dans les fleurs! Où sont des morts les phrases familières, L’art personnel, les âmes singulières? La larve file où se formaient les pleurs.

Les cris aigus des filles chatouillées, Les yeux, les dents, les paupières mouillées, Le sein charmant qui joue avec le feu, Le sang qui brille aux lèvres qui se rendent, Les derniers dons, les doigts qui les défendent, Tout va sous terre et rentre dans le jeu!

Et vous, grande âme, espérez-vous un songe Qui n’aura plus ces couleurs de mensonge Qu’aux yeux de chair l’onde et l’or font ici? Chanterez-vous quand serez vaporeuse? Allez! Tout fuit! Ma présence est poreuse, La sainte impatience meurt aussi!

Maigre immortalité noire et dorée, Consolatrice affreusement laurée, Qui de la mort fais un sein maternel. Le beau mensonge et la pieuse ruse! Qui ne connaît, et qui ne les refuse, Ce crâne vide et ce rire éternel!

Pères profonds, têtes inhabitées, Qui sous le poids de tant de pelletées Êtes la terre et confondez nos pas, Le vrai rongeur, le ver irréfutable N’est point pour vous qui dormez sous la table. Il vit de vie, il ne me quitte pas!

Amour, peut-être, ou de moi-même haine? Sa dent secrète est de moi si prochaine Que tous les noms lui peuvent convenir! Qu’importe! Il voit, il veut, il songe, il touche! Ma chair lui plaît, et jusque sur ma couche, A ce vivant je vis d’appartenir!

Zénon! Cruel Zénon! Zénon d’Élée! M’as-tu percé de cette flèche ailée Qui vibre, vole, et qui ne vole pas! Le son m’enfante et la flèche me tue! Ah! le Soleil... Quelle ombre de tortue Pour l’âme, Achille immobile à grands pas!

Non, non!... Debout! Dans l’ère successive! Brisez, mon corps, cette forme pensive! Buvez, mon sein, la naissance du vent! Une fraîcheur, de la mer exhalée, Me rend mon âme... O puissance salée! Courons à l’onde en rejaillir vivant!

Oui! Grande mer de délires douée, Peau de panthère et chlamyde trouée De mille et mille idoles du soleil, Hydre absolue, ivre de ta chair bleue, Qui te remords l’étincelante queue Dans un tumulte au silence pareil,

Le vent se lève!... Il faut tenter de vivre! L’air immense ouvre et referme mon livre, La vague en poudre ose jaillir des rocs! Envolez-vous, pages tout éblouies! Rompez, vagues! Rompez d’eaux réjouies Ce toit tranquille où picoraient des focs!

ODE SECRÈTE

Chute superbe, fin si douce, Oubli des luttes, quel délice Que d’étendre à même la mousse Après la danse, le corps lisse!

Jamais une telle lueur Que ces étincelles d’été Sur un front semé de sueur N’avait la victoire fêté!

Mais touché par le Crépuscule, Ce grand corps qui fit tant de choses, Qui dansait, qui rompit Hercule, N’est plus qu’une masse de roses!

Dormez, sous les pas sidéraux, Vainqueur lentement désuni, Car l’Hydre inhérente au héros S’est éployée à l’infini...

O quel Taureau, quel Chien, quelle Ourse, Quels objets de victoire énorme, Quand elle entre aux temps sans ressource L’âme extraordinaire forme!

Fin suprême, étincellement Qui par les monstres et les dieux, Proclame universellement Les grands actes qui sont aux Cieux!

LE RAMEUR

A André Lebey

Penché contre un grand fleuve, infiniment mes rames M’arrachent à regret aux riants environs; Ame aux pesantes mains, pleines des avirons, Il faut que le ciel cède au glas des lentes lames.

Le cœur dur, l’œil distrait des beautés que je bats, Laissant autour de moi mûrir des cercles d’onde, Je veux à larges coups rompre l’illustre monde De feuilles et de feu que je chante tout bas.

Arbres sur qui je passe, ample et naïve moire, Eau de ramages peinte, et paix de l’accompli, Déchire-les, ma barque, impose-leur un pli Qui coure du grand calme abolir la mémoire.

Jamais, charmes du jour, jamais vos grâces n’ont Tant souffert d’un rebelle essayant sa défense: Mais, comme les soleils m’ont tiré de l’enfance, Je remonte à la source où cesse même un nom.

En vain toute la nymphe énorme et continue Empêche de bras purs mes membres harassés; Je romprai lentement mille liens glacés Et les barbes d’argent de sa puissance nue.

Ce bruit secret des eaux, ce fleuve étrangement Place mes jours dorés sous un bandeau de soie; Rien plus aveuglément n’use l’antique joie Qu’un bruit de fuite égale et de nul changement.

Sous les ponts annelés, l’eau profonde me porte, Voûtes pleines de vent, de murmure et de nuit, Ils courent sur un front qu’ils écrasent d’ennui, Mais dont l’os orgueilleux est plus dur que leur porte.

Leur nuit passe longtemps. L’âme baisse sous eux Ses sensibles soleils et ses promptes paupières, Quand, par le mouvement qui me revêt de pierres, Je m’enfonce au mépris de tant d’azur oiseux.

PALME

A Jeannie

De sa grâce redoutable Voilant à peine l’éclat, Un ange met sur ma table Le pain tendre, le lait plat; Il me fait de la paupière Le signe d’une prière Qui parle à ma vision: --Calme, calme, reste calme! Connais le poids d’une palme Portant sa profusion!

Pour autant qu’elle se plie A l’abondance des biens, Sa figure est accomplie, Ses fruits lourds sont ses liens. Admire comme elle vibre, Et comme une lente fibre Qui divise le moment, Départage sans mystère L’attirance de la terre Et le poids du firmament!

Ce bel arbitre mobile Entre l’ombre et le soleil, Simule d’une sibylle La sagesse et le sommeil. Autour d’une même place L’ample palme ne se lasse Des appels ni des adieux... Qu’elle est noble, qu’elle est tendre Qu’elle est digne de s’attendre A la seule main des dieux!

L’or léger qu’elle murmure Sonne au simple doigt de l’air, Et d’une soyeuse armure Charge l’âme du désert. Une voix impérissable Qu’elle rend au vent de sable Qui l’arrose de ses grains, A soi-même sert d’oracle, Et se flatte du miracle Que se chantent les chagrins.

Cependant qu’elle s’ignore Entre le sable et le ciel, Chaque jour qui luit encore Lui compose un peu de miel. Sa douceur est mesurée Par la divine durée Qui ne compte pas les jours, Mais bien qui les dissimule Dans un suc où s’accumule Tout l’arome des amours.

Parfois si l’on désespère, Si l’adorable rigueur Malgré tes larmes n’opère Que sous ombre de langueur, N’accuse pas d’être avare Une Sage qui prépare Tant d’or et d’autorité: Par la sève solennelle Une espérance éternelle Monte à la maturité!

Ces jours qui te semblent vides Et perdus pour l’univers Ont des racines avides Qui travaillent les déserts. La substance chevelue Par les ténèbres élue Ne peut s’arrêter jamais Jusqu’aux entrailles du monde, De poursuivre l’eau profonde Que demandent les sommets.

Patience, patience, Patience dans l’azur! Chaque atome de silence Est la chance d’un fruit mûr! Viendra l’heureuse surprise: Une colombe, la brise, L’ébranlement le plus doux, Une femme qui s’appuie, Feront tomber cette pluie Où l’on se jette à genoux!

Qu’un peuple à présent s’écroule, Palme!... irrésistiblement! Dans la poudre qu’il se roule Sur les fruits du firmament! Tu n’as pas perdu ces heures, Si légère tu demeures Après ces beaux abandons; Pareille à celui qui pense Et dont l’âme se dépense A s’accroître de ses dons!

TABLE DES MATIÈRES

AURORE 7 Au Platane 12 Air de Sémiramis 17 Cantique des colonnes 24

FRAGMENTS DU NARCISSE 29 L’Abeille 49 Poésie 50 Les Pas 54 La Ceinture 56 La Dormeuse 57

LA PYTHIE 59 Le Sylphe 74 L’Insinuant 76 La fausse Morte 78

ÉBAUCHE D’UN SERPENT 79 Les Grenades 97 Le Vin perdu 99 Intérieur 101

LE CIMETIÈRE MARIN 105 Ode Secrète 114 Le Rameur 116

PALME 119

CE LIVRE A ÉTÉ IMPRIMÉ PAR MAURICE DARANTIERE A DIJON EN DÉCEMBRE M.CM.XXVI