Capitale de la douleur Répétitions; Mourir de ne pas mourir; Les petits justes; Nouveaux poèmes

Part 2

Chapter 23,909 wordsPublic domain

Un clair ruban vert à l'oreille Trois boules une bague en or Elle porte sans effort Une ombre aux lumières pareille

Petite étoile des vapeurs Au soir des mers sans voyageurs Des mers que le ciel cruel fouille

Délices portées à la main Plus douce poussière à la fin Les branches perdues sous la rouille.

DANS LE CYLINDRE DES TRIBULATIONS

Que le monde m'entraîne et j'aurai des souvenirs.

Trente filles au corps opaque, trente filles divinisées par l'imagination, s'approchent de l'homme qui repose dans la petite vallée de la folie.

L'homme en question joue avec ferveur. Il joue contre lui-même et gagne. Les trente filles en ont vite assez. Les caresses du jeu ne sont pas celles de l'amour et le spectacle n'en est pas aussi charmant, séduisant et agréable.

Je parle de trente filles au corps opaque et d'un joueur heureux. Il y a aussi, dans une ville de laine et de plumes, un oiseau sur le dos d'un mouton. Le mouton, dans les fables, mène l'oiseau en paradis.

Il y a aussi les siècles personnifiés, la grandeur des siècles présents, le vertige des années défendues et des fruits perdus.

Que les souvenirs m'entraînent et j'aurai des yeux ronds comme le monde.

DENISE DISAIT AUX MERVEILLES:

Le soir traînait des hirondelles. Les hiboux Partageaient le soleil et pesaient sur la terre Comme les pas jamais lassés d'un solitaire Plus pâle que nature et dormant tout debout.

Le soir traînait des armes blanches sur nos têtes. Le courage brûlait les femmes parmi nous, Elles pleuraient, elles criaient comme des bêtes, Les hommes inquiets s'étaient mis à genoux.

Le soir, un rien, une hirondelle qui dépasse, Un peu de vent, les feuilles qui ne tombent plus, Un beau détail, un sortilège sans vertus Pour un regard qui n'a jamais compris l'espace.

LA BÉNÉDICTION

À l'aventure, en barque, au nord. Dans la trompette des oiseaux Les poissons dans leur élément.

L'homme qui creuse sa couronne Allume un brasier dans la cloche, Un beau brasier-nid-de-fourmis.

Et le guerrier bardé de fer Que l'on fait rôtir à la broche Apprend l'amour et la musique.

LA MALÉDICTION

Un aigle, sur un rocher, contemple l'horizon béat. Un aigle défend le mouvement des sphères. Couleurs douces de la charité, tristesse, lueurs sur les arbres décharnés, lyre en étoile d'araignée, les hommes qui sous tous les cieux se ressemblent sont aussi bêtes sur la terre qu'au ciel. Et celui qui traîne un couteau dans les herbes hautes, dans les herbes de mes yeux, de mes cheveux et de mes rêves, celui qui porte dans ses bras tous les signes de l'ombre, est tombé, tacheté d'azur, sur les fleurs à quatre couleurs.

SILENCE DE L'ÉVANGILE

Nous dormons avec des anges rouges qui nous montrent le désert sans minuscules et sans les doux réveils désolés. Nous dormons. Une aile nous brise, évasion, nous avons des roues plus vieilles que les plumes envolées, perdues, pour explorer les cimetières de la lenteur, la seule luxure.

* * *

La bouteille que nous entourons des linges de nos blessures ne résiste à aucune envie. Prenons les cœurs, les cerveaux, les muscles de la rage, prenons les fleurs invisibles des blêmes jeunes filles et des enfants noués, prenons la main de la mémoire, fermons les yeux du souvenir, une théorie d'arbres délivrés par les voleurs nous frappe et nous divise, tous les morceaux sont bons. Qui les rassemblera: la terreur, la souffrance ou le dégoût?

* * *

Dormons, mes frères. Le chapitre inexplicable est devenu incompréhensible. Des géants passent en exhalant des plaintes terribles, des plaintes de géant, des plaintes comme l'aube veut en pousser, l'aube qui ne peut ne plus se plaindre, depuis le temps, mes frères, depuis le temps.

SANS RANCUNE

Larmes des yeux, les malheurs des malheureux. Malheurs sans intérêt et larmes sans couleurs. Il ne demande rien, il n'est pas insensible, Il est triste en prison et triste s'il est libre.

Il fait un triste temps, il fait une nuit noire À ne pas mettre un aveugle dehors. Les forts Sont assis, les faibles tiennent le pouvoir Et le roi est debout près de la reine assise.

Sourires et soupirs, des injures pourrissent Dans la bouche des muets et dans les yeux des lâches. Ne prenez rien: ceci brûle, cela flambe! Vos mains sont faites pour vos poches et vos fronts.

* * *

Une ombre... Toute l'infortune du monde Et mon amour dessus Comme une bête nue.

CELLE QUI N'A PAS LA PAROLE

Les feuilles de couleur dans les arbres nocturnes Et la liane verte et bleue qui joint le ciel aux arbres, Le vent à la grande figure Les épargne. Avalanche, à travers sa tête transparente La lumière, nuée d'insectes, vibre et meurt.

Miracle dévêtu, émiettement, rupture Pour un seul être.

La plus belle inconnue Agonise éternellement.

Étoiles de son cœur aux yeux de tout le monde.

NUDITÉ DE LA VÉRITÉ

«_Je le sais bien_»

Le désespoir n'a pas d'ailes, L'amour non plus, Pas de visage, Ne parlent pas, Je ne bouge pas, Je ne les regarde pas, Je ne leur parle pas Mais Je suis bien aussi vivant que mon amour et que mon désespoir.

PERSPECTIVE

Un millier de sauvages S'apprêtent à combattre. Ils ont des armes, Ils ont leur cœur, grand cœur, Et s'alignent avec lenteur Devant un millier d'arbres verts Qui, sans en avoir l'air, Tiennent encore à leur feuillage.

TA FOI

Suis-je autre chose que ta force? Ta force dans tes bras, Ta tête dans tes bras, Ta force dans le ciel décomposé, Ta tête lamentable, Ta tête que je porte. Tu ne joueras plus avec moi, Héroïne perdue, Ma force bouge dans tes bras.

MASCHA RIAIT AUX ANGES

L'heure qui tremble au front du temps tout embrouillé

Un bel oiseau léger plus vif qu'une poussière Traîne sur un miroir un cadavre sans tête Des boules de soleil adoucissent ses ailes Et le vent de son vol affole la lumière

Le meilleur a été découvert loin d'ici.

LES PETITS JUSTES

SUR LA MAISON DU RIRE

Sur la maison du rire Un oiseau rit dans ses ailes. Le monde est si léger Qu'il n'est plus à sa place Et si gai Qu'il ne lui manque rien.

POURQUOI SUIS-JE SI BELLE?

Pourquoi suis-je si belle? Parce que mon maître me lave.

AVEC TES YEUX

Avec tes yeux je change comme avec les lunes Et je suis tour à tour et de plomb et de plume, Une eau mystérieuse et noire qui t'enserre Ou bien dans tes cheveux ta légère victoire.

UNE COULEUR MADAME

Une couleur madame, une couleur monsieur, Une aux seins, une aux cheveux, La bouche des passions Et si vous voyez rouge La plus belle est à vos genoux.

À FAIRE RIRE LA CERTAINE

À faire rire la certaine, Était-elle en pierre? Elle s'effondra.

LE MONSTRE DE LA FUITE

Le monstre de la fuite hume même les plumes De cet oiseau roussi par le feu du fusil. Sa plainte vibre tout le long d'un mur de larmes Et les ciseaux des yeux coupent la mélodie Qui bourgeonnait déjà dans le cœur du chasseur.

LA NATURE S'EST PRISE

La nature s'est prise aux filets de ta vie. L'arbre, ton ombre, montre sa chair nue: le ciel. Il a la voix du sable et les gestes du vent Et tout ce que tu dis bouge derrière toi.

ELLE SE REFUSE TOUJOURS

Elle se refuse toujours à comprendre, à entendre, Elle rit pour cacher sa terreur d'elle-même. Elle a toujours marché sous les arches des nuits Et partout où elle a passé Elle a laissé L'empreinte des choses brisées.

SUR CE CIEL DÉLABRÉ

Sur ce ciel délabré, sur ces vitres d'eau douce, Quel visage viendra, coquillage sonore, Annoncer que la nuit de l'amour touche au jour, Bouche ouverte liée à la bouche fermée.

INCONNUE

Inconnue, elle était ma forme préférée, Celle qui m'enlevait le souci d'être un homme, Et je la vois et je la perds et je subis Ma douleur, comme un peu de soleil dans l'eau froide.

LES HOMMES QUI CHANGENT

Les hommes qui changent et se ressemblent Ont, au cours de leurs jours, toujours fermé les yeux Pour dissiper la brume de dérision Etc...

NOUVEAUX POÈMES

_à G._

NE PLUS PARTAGER

Au soir de la folie, nu et clair, L'espace entre les choses a la forme de mes paroles La forme des paroles d'un inconnu, D'un vagabond qui dénoue la ceinture de sa gorge Et qui prend les échos au lasso.

Entre des arbres et des barrières, Entre des murs et des mâchoires, Entre ce grand oiseau tremblant Et la colline qui l'accable, L'espace a la forme de mes regards.

Mes yeux sont inutiles, Le règne de la poussière est fini, La chevelure de la route a mis son manteau rigide, Elle ne fuit plus, je ne bouge plus, Tous les ponts sont coupés, le ciel n'y passera plus Je peux bien n'y plus voir. Le monde se détache de mon univers Et, tout au sommet des batailles, Quand la saison du sang se fane dans mon cerveau, Je distingue le jour de cette clarté d'homme Qui est la mienne, Je distingue le vertige de la liberté, La mort de l'ivresse, Le sommeil du rêve,

Ô reflets sur moi-même! ô mes reflets sanglants!

ABSENCES

I

La plate volupté et le pauvre mystère Que de n'être pas vu.

Je vous connais, couleur des arbres et des villes, Entre nous est la transparence de coutume Entre les regards éclatants. Elle roule sur pierres Comme l'eau se dandine. D'un côté de mon cœur des vierges s'obscurcissent, De l'autre la main douce est au flanc des collines. La courbe de peu d'eau provoque cette chute, Ce mélange de miroirs. Lumières de précision, je ne cligne pas des yeux, Je ne bouge pas, Je parle Et quand je dors Ma gorge est une bague à l'enseigne de tulle.

ABSENCES

II

Je sors au bras des ombres, Je suis au bas des ombres, Seul.

La pitié est plus haut et peut bien y rester, La vertu se fait l'aumône de ses seins Et la grâce s'est prise dans les filets de ses paupières. Elle est plus belle que les figures des gradins, Elle est plus dure, Elle est en bas avec les pierres et les ombres. Je l'ai rejointe.

C'est ici que la clarté livre sa dernière bataille. Si je m'endors, c'est pour ne plus rêver. Quelles seront alors les armes de mon triomphe? Dans mes yeux grands ouverts le soleil fait les joints, Ô jardin de mes yeux! Tous les fruits sont ici pour figurer des fleurs, Des fleurs dans la nuit, Une fenêtre de feuillage S'ouvre soudain dans son visage. Où poserai-je mes lèvres, nature sans rivage?

Une femme est plus belle que le monde où je vis Et je ferme les yeux. Je sors au bras des ombres, Je suis au bas des ombres. Et des ombres m'attendent.

FIN DES CIRCONSTANCES

Un bouquet tout défait brûle les coqs des vagues Et le plumage entier de la perdition Rayonne dans la nuit et dans la mer du ciel. Plus d'horizon, plus de ceinture, Les naufragés, pour la première fois, font des gestes qui ne les soutiennent pas. Tout se diffuse, rien ne s'imagine plus.

BAIGNEUSE DU CLAIR AU SOMBRE

L'après-midi du même jour. Légère, tu bouges et, légers, le sable et la mer bougent.

Nous admirons l'ordre des choses, l'ordre des pierres, l'ordre des clartés, l'ordre des heures. Mais cette ombre qui disparaît et cet élément douloureux, qui disparaît.

Le soir, la noblesse est partie de ce ciel. Ici, tout se blottit dans un feu qui s'éteint.

Le soir. La mer n'a plus de lumière et, comme aux temps anciens, tu pourrais dormir dans la mer.

PABLO PICASSO

Les armes du sommeil ont creusé dans la nuit Les sillons merveilleux qui séparent nos têtes. À travers le diamant, toute médaille est fausse, Sous le ciel éclatant, la terre est invisible.

Le visage du cœur a perdu ses couleurs Et le soleil nous cherche et la neige est aveugle. Si nous l'abandonnons, l'horizon a des ailes Et nos regards au loin dissipent les erreurs.

PREMIÈRE DU MONDE

_À Pablo Picasso._

Captive de la plaine, agonisante folle, La lumière sur toi se cache, vois le ciel: Il a fermé les yeux pour s'en prendre à ton rêve, Il a fermé ta robe pour briser tes chaînes.

Devant les roues toutes nouées Un éventail rit aux éclats. Dans les traîtres filets de l'herbe Les routes perdent leur reflet.

Ne peux-tu donc prendre les vagues Dont les barques sont les amandes Dans ta paume chaude et câline Ou dans les boucles de ta tête?

Ne peux-tu prendre les étoiles? Écartelée, tu leur ressembles, Dans leur nid de feu tu demeures Et ton éclat s'en multiplie.

De l'aube baillonnée un seul cri veut jaillir, Un soleil tournoyant ruisselle sous l'écorce. Il ira se fixer sur tes paupières closes. Ô douce, quand tu dors, la nuit se mêle au jour.

SOUS LA MENACE ROUGE

Sous la menace rouge d'une épée, défaisant sa chevelure qui guide des baisers, qui montre à quel endroit le baiser se repose, elle rit. L'ennui, sur son épaule, s'est endormi. L'ennui ne s'ennuie qu'avec elle qui rit, la téméraire, et d'un rire insensé, d'un rire de fin du jour semant sous tous les ponts des soleils rouges, des lunes bleues, fleurs fanées d'un bouquet désenchanté. Elle est comme une grande voiture de blé et ses mains germent et nous tirent la langue. Les routes qu'elle traîne derrière elle sont ses animaux domestiques et ses pas majestueux leur ferment les yeux.

CACHÉE

Le jardinage est la passion, belle bête de jardinier. Sous les branches, sa tête semblait couverte de pattes légères d'oiseaux. À un fils qui voit dans les arbres.

L'AS DE TRÈFLE

Elle joue comme nul ne joue et je suis seul à la regarder. Ce sont ses yeux qui la ramènent dans mes songes. Presque immobile, à l'aventure.

Et cet autre qu'elle prend par les ailes de ses oreilles a gardé la forme de ses auréoles. Dans l'accolade de ses mains, une hirondelle aux cheveux plats se débat sans espoir. Elle est aveugle.

À LA FLAMME DES FOUETS

Ces beaux murs blancs d'apothéose Me sont d'une grande utilité. Tout au sérieux, celui qui ne paie pas les dégâts Jongle avec ton trousseau, reine des lavandes.

Est-il libre? Sa gorge montre d'un doigt impérieux Des corridors où glissent les sifflets de ses chevilles. Son teint, de l'aube au soir, démode ses tatouages Et l'asile de ses yeux a des portes sans nuages.

Ô régicide! ton corset appartient aux mignons Et aux mignonnes de toutes sortes. Ta chair simple s'y développe, Tu t'y pourlèches dans la pourpre, ô nouveau médiateur! Par les fentes de ton sourire s'envole un animal hurleur

Qui ne jouit que dans les hauteurs.

À LA FLAMME DES FOUETS

Métal qui nuit, métal de jour, étoile au nid, Pointe à frayeur, fruit en guenilles, amour rapace, Porte-couteau, souillure vaine, lampe inondée, Souhaits d'amour, fruits de dégoût, glaces prostituées.

Bien sûr, bonjour à mon visage! La lumière y sonne plus clair un grand désir qu'un paysage. Bien sûr, bonjour à vos harpons, À vos cris, à vos bonds, à votre ventre qui se cache!

J'ai perdu, j'ai gagné, voyez sur quoi je suis monté.

BOIRE

Les bouches ont suivi le chemin sinueux Du verre ardent, du verre d'astre Et dans le puits d'une étincelle Ont mangé le cœur du silence.

Plus un mélange n'est absurde-- C'est ici que l'on voit le créateur de mots, Celui qui se détruit dans les fils qu'il engendre Et qui nomme l'oubli de tous les noms du monde.

Quand le fond du verre est désert, Quand le fond du verre est fané Les bouches frappent sur le verre Comme sur un mort.

ANDRÉ MASSON

La cruauté se noue et la douceur agile se dénoue. L'amant des ailes prend des visages bien clos, les flammes de la terre s'évadent par les seins et le jasmin des mains s'ouvre sur une étoile.

Le ciel tout engourdi, le ciel qui se dévoue n'est plus sur nous. L'oubli, mieux que le soir, l'efface. Privée de sang et de reflets, la cadence des tempes et des colonnes subsiste.

Les lignes de la main, autant de branches dans le vent tourbillonnant. Rampe des mois d'hiver, jour pâle d'insomnie, mais aussi, dans les chambres les plus secrètes de l'ombre, la guirlande d'un corps autour de sa splendeur.

PAUL KLEE

Sur la pente fatale, le voyageur profite De la faveur du jour, verglas et sans cailloux, Et les yeux bleus d'amour, découvre sa saison Qui porte à tous les doigts de grands astres en bague.

Sur la plage la mer a laissé ses oreilles Et le sable creusé la place d'un beau crime. Le supplice est plus dur aux bourreaux qu'aux victimes Les couteaux sont des signes et les balles des larmes.

LES GERTRUDE HOFFMANN GIRLS

Gertrude, Dorothy, Mary, Claire, Alberta, Charlotte, Dorothy, Ruth, Catherine, Emma, Louise, Margaret, Ferrai, Harriet, Sara, Florence toute nue, Margaret, Toots, Thelma,

Belles-de-nuit, belles-de-feu, belles-de-pluie, Le cœur tremblant, les mains cachées, les yeux au vent Vous me montrez les mouvements de la lumière, Vous échangez un regard clair pour un printemps,

Le tour de votre taille pour un tour de fleur, L'audace et le danger pour votre chair sans ombre, Vous échangez l'amour pour des frissons d'épées Et le rire inconscient pour des promesses d'aube.

Vos danses sont le gouffre effrayant de mes songes Et je tombe et ma chute éternise ma vie, L'espace sous vos pieds est de plus en plus vaste, Merveilles, vous dansez sur les sources du ciel.

PARIS PENDANT LA GUERRE

«_Amoureux d'une statue._»

Les bêtes qui descendent des faubourgs en feu, Les oiseaux qui secouent leurs plumes meurtrières, Les terribles ciels jaunes, les nuages tout nus Ont, en toute saison, fêté cette statue.

Elle est belle, statue vivante de l'amour. Ô neige de midi, soleil sur tous les ventres, Ô flammes du sommeil sur un visage d'ange Et sur toutes les nuits et sur tous les visages.

Silence. Le silence éclatant de ses rêves Caresse l'horizon. Ses rêves sont les nôtres Et les mains de désir qu'elle impose à son glaive Enivrent d'ouragans le monde délivré.

L'ICÔNE AÉRÉE

L'icône aérée qui se conjugue isolément peut faire une place décisive à la plus fausse des couronnes ovales, crâne de Dieu, polluée par la terreur. L'os gâté par l'eau, ironie à flots irrités qui domine de ses yeux froids comme l'aiguille sur la machine des bonnes mères la tranche du globe que nous n'avons pas choisie.

Doux constructeurs las des églises, doux constructeurs aux tempes de briques roses, aux yeux grillés d'espoir, la tâche que vous deviez faire est pour toujours inachevée. Maisons plus fragiles que les paupières d'un mourant, allaient-ils s'y employer à qui perd gagne? Boîtes de perles avec, aux vitres, des visages multicolores qui ne se doutent jamais de la pluie ou du beau temps, du soleil d'ivoire ou de la lune tour à tour de soufre et d'acajou, grands animaux immobiles dans les veines du temps, l'aube de midi, l'aube de minuit, l'aube qui n'a jamais rien commencé ni rien fini, cette cloche qui partout et sans cesse sonne le milieu, le cœur de toute chose, ne vous gênera pas. Grandes couvertures de plomb sur des chevelures lisses et odorantes, grand amour transparent sur des corps printaniers, délicats esclaves des prisonniers, vos gestes sont les échelles de votre force, vos larmes ont terni l'insouciance de vos maîtres impuissants, et désormais vous pouvez rire effrontément, rire, bouquet d'épées, rire, vent de poussière, rire comme arcs-en-ciel tombés de leur balance, comme un poisson géant qui tourne sur lui-même. La liberté a quitté votre corps.

LE DIAMANT

Le diamant qu'il ne t'a pas donné, c'est parce qu'il l'a eu à la fin de sa vie, il n'en connaissait plus la musique, il ne pouvait plus le lancer en l'air, il avait perdu l'illusion du soleil, il ne voyait plus la pierre de ta nudité, chaton de cette bague tournée vers toi.

De l'arabesque qui fermait les lieux d'ivresse, la ronce douce, squelette de ton pouce et tous ces signes précurseurs de l'incendie animal qui dévorera en un clin de retour de flamme ta grâce de la Sainte-Claire.

Dans les lieux d'ivresse, la bourrasque de palmes et de vin noir fait rage. Les figures dentelées du jugement d'hier conservent aux journées leurs heures entr'ouvertes. Es-tu sûre, héroïne aux sens de phare, d'avoir vaincu la miséricorde et l'ombre, ces deux sœurs lavandières, prenons-les à la gorge, elles ne sont pas jolies et pour ce que nous voulons en faire, le monde se détachera bien assez vite de leur crinière peignant l'encens sur le bord des fontaines.

L'HIVER SUR LA PRAIRIE

L'hiver sur la prairie apporte des souris. J'ai rencontré la jeunesse. Toute nue aux plis de satin bleu, Elle riait du présent, mon bel esclave.

Les regards dans les rênes du coursier, Délivrant le bercement des palmes de mon sang, Je découvre soudain le raisin des façades couchées sur le soleil, Fourrure du drapeau des détroits insensibles.

La consolation graine perdue, Le remords pluie fondue, La douleur bouche en cœur Et mes larges mains luttent.

La tête antique du modèle Rougit devant ma modestie. Je l'ignore, je la bouscule. Ô! lettre aux timbres incendiaires

Qu'un bel espion n'envoya pas. Il glissa une hache de pierre Dans la chemise de ses filles, De ses filles tristes et paresseuses.

À terre, à terre tout ce qui nage! À terre, à terre tout ce qui vole! J'ai besoin des poissons pour porter ma couronne Autour de mon front,

J'ai besoin des oiseaux pour parler à la foule.

GRANDES CONSPIRATRICES

Grandes conspiratrices, routes sans destinée, croisant l'x de mes pas hésitants, nattes gonflées de pierres ou de neige, puits légers dans l'espace, rayons de la roue des voyages, routes de brises et d'orages, routes viriles dans les champs humides, routes féminines dans les villes, ficelles d'une toupie folle, l'homme, à vous fréquenter, perd son chemin et cette vertu qui le condamne aux buts. Il dénoue sa présence, il abdique son image et rêve que les étoiles vont se guider sur lui.

LEURS YEUX TOUJOURS PURS

Jours de lenteur, jours de pluie, Jours de miroirs brisés et d'aiguilles perdues, Jours de paupières closes à l'horizon des mers, D'heures toutes semblables, jours de captivité,

Mon esprit qui brillait encore sur les feuilles Et les fleurs, mon esprit est nu comme l'amour, L'aurore qu'il oublie lui fait baisser la tête Et contempler son corps obéissant et vain.

Pourtant, j'ai vu les plus beaux yeux du monde, Dieux d'argent qui tenaient des saphirs dans leurs mains, De véritables dieux, des oiseaux dans la terre Et dans l'eau, je les ai vus.

Leurs ailes sont les miennes, rien n'existe Que leur vol qui secoue ma misère, Leur vol d'étoile et de lumière Leur vol de terre, leur vol de pierre Sur les flots de leurs ailes,

Ma pensée soutenue par la vie et la mort.

MAX ERNST

Dévoré par les plumes et soumis à la mer, Il a laissé passer son ombre dans le vol Des oiseaux de la liberté. Il a laissé La rampe à ceux qui tombent sous la pluie, Il a laissé leur toit à tous ceux qui se vérifient.

Son corps était en ordre, Le corps des autres est venu disperser Cette ordonnance qu'il tenait De la première empreinte de son sang sur terre.

Ses yeux sont dans un mur Et son visage est leur lourde parure. Un mensonge de plus du jour, Une nuit de plus, il n'y a plus d'aveugles.

UNE

Je suis tombé de ma fureur, la fatigue me défigure, mais je vous aperçois encore, femmes bruyantes, étoiles muettes, je vous apercevrai toujours, folie.

Et toi, le sang des astres coule en toi, leur lumière te soutient. Sur les fleurs, tu te dresses avec les fleurs, sur les pierres avec les pierres.