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bastir viron l’an 1410. Et l’autre devers la poissonnerie quelque temps depuis, comme il peut apparoir par la date escript aux vitres ». Mais l’église étant en pleine voie de reconstruction, survint le siège de 1417 et la domination anglaise. Il semble bien que les travaux n’aient été repris que sous le règne de Louis XI, un demi-siècle après. Une fenêtre flamboyante du collatéral, celles du chœur datent de cette époque. En 1473, l’église est arrêtée au niveau même où le chœur prend aujourd’hui le caractère de la Renaissance: elle ne peut s’étendre vers l’est sans empiéter sur le cimetière qui l’entoure; au delà du cimetière se trouve le chemin du Roi qui court le long de la muraille de la ville depuis le Châtelet jusqu’à la tour Guillaume-le-Roy. Par les lettres patentes du 16 août 1473, Louis XI permet d’étendre le cimetière du côté de la poissonnerie. En 1478, on avait enfoncé des pilotis dans l’Orne pour soutenir les travaux de l’abside. L’église a d’abord été terminée par un chevet droit percé d’une fenêtre puisque, dit de Bras, « le coup de vent qui s’éleva l’an 1519, le vendredi dix-neufvième jour de mars, jetta la grande vitre du cœur Saint-Pierre de Caen qui contenait toute la largeur de l’église en la rivière ». De 1518 à 1545, — ces dates se lisent sur la galerie extérieure de deux des fenêtres du déambulatoire — on construisit tout le déambulatoire et on reconstruisit l’abside. La chapelle terminale, celle de la Vierge, porte sur un cartouche la date de 1530. Les remaniements qu’a subis cette partie de l’édifice, la difficulté d’un tracé parfaitement symétrique, puisque l’on travaillait en partie sur la berge et que l’on bâtissait jusque dans le lit de la rivière, peuvent expliquer la déviation de l’église où l’on a vu une application de l’inclinato capite.
A l’intérieur, Saint-Pierre, disent les croyants, n’inspire point le sentiment d’émotion religieuse que donnent tant d’autres églises. Au point de vue esthétique, reconnaissons que c’est trop joli pour être grand. A Saint-Pierre, c’est le détail qui attire et non l’ensemble qui s’impose. L’œil va tout de suite aux voûtes de la seconde partie de la nef et du chœur, aux clefs de voûtes pendantes; amusé il découvre ce Saint-Pierre si singulièrement niché dans l’une d’elles.
Dans les chapelles du déambulatoire, les nervures des arcs doubleaux se séparent et viennent se résoudre en de multiples et inquiétants pendentifs encadrant des caissons ingénieusement ornés. Là, on peut voir, dit M. Joly (3) « à côté d’un David luttant contre le lion, qu’on a pris pour
(3). Notes et études sur les églises de Saint-Pierre de Caen et de Notre-Dame-de-Froide-Rue. Caen, 1875, in-8°.
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un Milon (le nom de David est écrit sur le piédestal), à côté d’un Aaron ou Moïse barbu, les cheveux au vent, tenant en main un bâton où s’enroule un serpent, une Cérès, un Ganymède (la tête est brisée, mais un aigle est à son côté), une Déjanire enlevée par Nessus, et qui est d’un réalisme des moins édifiants, un Hercule vu de dos, une figure nue debout à côté d’une enclume, les bras levés et brisés, qui peut être un Tubal Caïn ou un Vulcain ».
Accusera-t-on la Renaissance d’avoir fait entrer le paganisme, la
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Saint-Pierre. — Le collatéral méridional.
mythologie et l’histoire littéraire de l’antiquité dans l’église? Ce serait oublier le chapiteau du XIVe siècle qui se trouve à un des piliers du bas de la nef: il montre que bien auparavant la statuaire avait puisé à ces sources. Parmi les scènes sculptées ici, les unes représentent et symbolisent l’Amour divin. Le Phénix au milieu des flammes, c’est le symbole du Christ qui ressuscite, amour divin qui renaît toujours, qui triomphe de tout. Le Pélican qui déchire sa poitrine, c’est le Christ qui a souffert pour nous, c’est aussi l’amour divin propre à inspirer tous les sacrifices. L’Unicorne poursuivi par le chasseur, c’est encore le Christ, qui se réfugie auprès d’une Vierge, c’est aussi l’amour divin qui trouvera son siège dans un cœur chaste. Dans les autres scènes on lui oppose l’amour
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humain qui compromet les plus vaillants, abêtit les plus intelligents. Lancelot du Lac, le brave chevalier, pour l’amour de la reine Genièvre, traverse la rivière sur une épée et va se jeter dans la gueule du lion; Lancelot du Lac encore ou le vaillant Gauvain, dans le lit « aventureux » est menacé par une lance. Virgile reste suspendu dans la corbeille d’osier entre le sol et le sommet de la tour où se moque de lui la fille de l’empereur; et que dire d’Aristote qu’une femme a transformé en coursier?
L’extérieur de Saint-Pierre suscite l’admiration par sa tour tant de fois décrite et comparée par les archéologues anglais à celle de Salisbury, la plus célèbre des tours anglaises. Entre toutes les descriptions, prenons celle du vieux de Bras: « Ce qui est le plus singulier, c’est la tour ou pyramide, laquelle est d’une admirable hauteur fondée sur quatre moyens piliers de si subtil artifice qu’on ne voit et ne s’aperçoit-on du fondement, soit en entrant à l’Église par-dessous cette tour, ou à l’opposite par l’une des ailes. Puis est au-dessus élevée la pyramide d’une émerveillable hauteur qui est percée par quarante-huit grandes étoiles vides, où soufflent et coulent les vents qui empêchent d’endommager cette pyramide qui n’est que de quatre doigts d’épaisseur et en sont les pierres jointes les unes aux autres par crampons de fer et cimentées par le dedans. » De Bras a vu les tours de Paris, Rouen, Toulouse, Avignon, Narbonne, Montpellier, Lyon, Amiens, Chartres, Angers, Bayeux, Coutances, mais à ses yeux « cette tour de Saint-Pierre excède toutes les autres ».
Le grand portail a encore de la grandeur sous son gâble élevé. Au tympan était représentée la vie de saint Pierre qui a disparu. A été également mutilé le portail nord du XIVe siècle. On peut à peine distinguer sur le tympan un bas-relief représentant Jésus-Christ et une scène du Jugement dernier dont la figuration au portail des églises était traditionnelle.
Les contreforts et arcs-boutants qui par-dessus les collatéraux viennent appuyer la retombée de la voûte sont d’un tracé très ferme. Mais c’est surtout vers l’abside que se portera l’admiration. La haute église du XVe siècle avec ses fenêtres flamboyantes émerge encore au-dessus de la forêt de candélabres, de pinacles qui marquent les arcs-boutants de l’abside. L’œil n’est pas moins charmé par la composition des fenêtres d’Hector Sohier: substitution de l’arc en plein cintre à l’arc en tiers-point; suppression des meneaux, nécessaire pour éclairer le détail des caissons intérieurs; oculus qui éclairent au-dessus de la balustrade la chapelle de la Vierge, mais surtout, à mesure que l’on s’éloigne du sol, luxe et profusion de la décoration, luxe qui ne choque point l’œil, tant
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il y a de sûreté d’exécution dans la frise au-dessus des fenêtres et dans celle des balustrades où on aperçoit des enfants, génies ou anges, un saint Jean, des têtes de femme, des masques, des têtes d’animaux, des
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Saint-Pierre. — La nef.
objets mobiliers, qu’enlacent, enroulent des arabesques infinies. On ne songe pas à critiquer les « légers et hardis clochetons qui, suivant la fine remarque de M. Joly, semblent l’œuvre d’un sculpteur sur bois, d’un tourneur, autant que d’un maître de la matière ». Ces pinacles évasés par le bas vont culminer jusqu’au-dessus de la balustrade du chœur, magnifiques candélabres disposés autour du pavillon octogonal, diadème qui
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couronne la chapelle de la Vierge. Si c’est un symbole, c’est bien tout ce que l’inspiration religieuse a apporté ici. Et sans doute, l’effet était plus saisissant encore, lorsque l’abside venait baigner dans la rivière par ses parties basses presque dénuées de décoration et qui n’apparaissaient pas alors aussi crûment.
Une tour gothique, une abside Renaissance, nous allons retrouver tout cela dans l’église Notre-Dame-de-Froide-Rue, aujourd’hui Saint-Sauveur, d’ailleurs très différente à d’autres égards de Saint-Pierre et de presque toutes les églises. Il y a là des dispositions très originales dues au hasard du développement de l’édifice, nous nous trouvons en présence d’une des paroisses les plus anciennes de Caen, fondée par saint Regnobert au VIIe siècle. De cette église, est-il besoin de dire qu’il ne reste rien, ni de celle qui la remplaça, ni de celles qui se succédèrent jusqu’au XIVe siècle?
Au XIVe siècle ou à la fin du XIIIe fut construite la tour, pyramide qui paraît une sœur jumelle de Saint-Pierre, plus massive, moins élégante, moins élancée, peut-être antérieure, mais de plan à peu près semblable. Vue de l’Université avec ses longues baies, sa balustrade, ses huit clochetons, ses huit fillettes, elle a vraiment grand air.
Quel est l’âge des deux nefs? Celle qui, à cause de son abside Renaissance, semble la plus récente est en réalité la plus ancienne. Les colonnettes qui garnissent les piliers des deux tiers de l’église appartiennent au XIVe siècle. Sans doute, il y a eu une église assez étroite et à nef unique complètement englobée dans des maisons.
La seconde nef a tous les caractères du gothique flamboyant; elle n’était pas encore construite en 1492, elle date des dernières années du XVe ou des premières années du XVIe siècle. On était gêné par les maisons de la Grande-Rue et par le voisinage de la Froide-Rue, d’où l’aspect bizarre et la ligne sinueuse de l’édifice; un arceau d’apparence hardie fait communiquer les deux nefs.
Où menait cet élégant escalier que l’on aperçoit de la Froide-Rue? Serait-ce à une tribune réservée à quelque riche fidèle, comme dans certaine église de Bruges, à un oratoire où se recueillait le prêtre avant de prêcher comme à Saint-Jacques de Dieppe ou à une chaire extérieure comme à Saint-Lô? Toutes ces hypothèses pouvaient être faites; mais en réalité c’est une monstrance destinée à recevoir ce reliquaire que l’on appelait du nom de son donateur « le Verdun ». Elle a été élevée après 1492, en même temps que la seconde nef dans laquelle elle est enchâssée (4).
(4). Voir H. Prentout. Le reliquaire de Notre-Dame-de-Froide-Rue à Caen et quelques notes sur cette église. Caen, 1909, in-8°.
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Quant aux deux absides, elles se font bien valoir l’une par l’autre. M. Joly les compare à « deux sœurs coquettes qui se plairaient à se montrer l’une près de l’autre pour faire admirer par le contraste deux beautés différentes; l’abside ogivale, en toute sa fleur, avec ses trois
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Saint-Pierre. — L’abside.
fenêtres si sveltes, si élancées et bordées d’une si riche dentelle, avec sa balustrade élégante et la jolie décoration qui couvre toutes les parties pleines de la muraille, l’abside de la Renaissance avec sa riche et délicate ornementation s’offrent à nous réunies, faciles à embrasser d’un coup d œil, diverses, et cependant en bon accord, formant le plus piquant et le plus pittoresque ensemble ».
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Ne quittons pas Notre-Dame-de-Froide-Rue sans remarquer les peintures murales qui représentent saint Ambroise et saint Augustin. Saint Ambroise tient un livre, saint Augustin une figuration de la Trinité: le
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Saint-Sauveur (Notre-Dame-de-Froide-Rue). — L’abside gothique.
Père en Pape, avec tiare à la triple couronne, le Saint-Esprit, colombe, descend de la bouche du Père sur le Fils attaché à la croix.
Ces peintures paraissent être un don d’un grand armateur caennais, Duval de Mondrainville, grand fondateur de donations pour les églises et les communautés religieuses, restaurateur du Palinod dont une inscription placée dans la chapelle rappelle la devise: En salut d’envie.
Notre-Dame-de-Froide-Rue a pris son nom à Saint-Sauveur du Marché, église fondée par saint Regnobert. aujourd’hui désaffectée et
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transformée en halle au beurre; le transept et la tour carrée semblent remonter au XIIe siècle. La nef du XVe s’ouvrait jadis sur la place par un joli portail de la même époque. Un dessin pris par Ducarel au XVIIIe siècle avant qu’on ne lui substituât le portail moderne d’un goût si déplorable, permet encore de s’en faire une idée; il présentait tous les caractères du gothique flamboyant. A l’intérieur de l’édifice, on remarque le chapiteau d’un pilier de la tour, où un mendiant d’un réalisme saisissant se traîne à genoux, appuyé sur sa béquille, et tend sa sébile. Au XVIe siècle appartiennent le chœur et les contreforts de l’abside. Le chœur, d’après l’abbé de la Rue, aurait été commencé en 1530 et achevé en 1546. Un document inédit de 1616 nous dit en effet qu’ « en ce temps, décembre 1546, furent faits le chœur et la chapelle de la Magdeleine ». Lorsqu’en 1836, on abattit la flèche élevée au XVIIe siècle, les clefs de voûte furent transportées au Musée des Antiquaires. Ici, comme au vieux Saint-Etienne, on retrouve sur l’une d’elles tous les instruments de la Passion. Quatre autres portent un blason qui, d’après Raymond Bordeaux, indique une famille récemment anoblie. L’acte de 1616 nous fait connaître les noms des fondateurs de la chapelle: un bourgeois nommé Jacques Poulain et son fils Sébastien. Est-ce Jacques Poulain que nous apercevons de la rue Saint-Sauveur dans un médaillon qui orne un contrefort de l’abside? Il porte la barbe et la fraise à la Henri II. Au-dessus du médaillon, deux jeunes enfants s’ébattent comme de jeunes poulains. On a cru reconnaître dans toute cette partie de l’édifice la marque du génie d’Hector Sohier. Ce sont bien en effet de grands contreforts à pilastres assez semblables à ceux de Saint-Pierre qui soutiennent les arcs-boutants de l’abside. Mais ce médaillon fait songer à la manière des Le Prestre, ainsi qu’un autre médaillon à triple face que nous retrouverons à la tour des Gendarmes.
Dans les édifices civils, dans les beaux hôtels du XVIe siècle, nous allons admirer le génie des Le Prestre: à la tour des Gendarmes, à l’hôtel d’Ecoville et à la maison de la rue de Geôle.
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Hôtel de Than.
CHAPITRE IV
L’ART GOTHIQUE ET LA RENAISSANCE (suite)
II — LES ÉDIFICES CIVILS
L’habitation privée à Caen. — L’hôtel de Than. — L’hôtel d’Ecoville. — L’hôtel de la Monnaie. — La maison de la rue de Geôle. — Le manoir des Gendarmes.
Il est regrettable qu’il ne se soit pas trouvé quelque antiquaire de loisir, ayant visité beaucoup de vieilles maisons, pénétré dans beaucoup de cours qui ne sont point toutes engageantes, monté beaucoup d’escaliers qui ne sont point tous solides, contemplé le nez en l’air, beaucoup de lucarnes, compulsé, courbé sur des parchemins, beaucoup de titres de propriété qui ne sont pas tous faciles à lire, dépouillé, labeur ingrat, je le sais, les registres du Tabellionnage, pour écrire une histoire de l’habitation privée à Caen. M. de Beaurepaire, dans une notice sur une
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maison du XVIe siècle à décoration extérieure polychrome, avait donné un très bon modèle de ce genre de monographies, M. Raymond Bordeaux n’a étudié les vieilles maisons qu’au point de vue du blason. L’habitation privée se renouvelle encore plus vite que l’église et, à vrai dire, si même dans cet ordre d’idées nous trouvons quelques constructions anciennes à Caen, ce sont encore des édifices religieux: dans la rue Bicoquet, en face la venelle Saint-Blaise, la porte de l’Aumônerie date du XIIe siècle. Plus tard fut construit rue Neuve-Saint-Jean le manoir épiscopal, enfermé aujourd’hui dans le couvent de Notre-Dame-de-Charité. Ce palais fort ancien doit dater de la fin du XIVe siècle. On y voit les armes de Nicolas du Bosc, évêque de Bayeux à cette époque.
Si nous passons aux habitations privées, remarquons que beaucoup d’entre elles ont conservé au rez-de-chaussée l’ancienne arcade qui donnait accès dans la boutique. Le XVe et les débuts du XVIe siècle ont vu élever de belles maisons de bois artistement sculptées. On a justement fait remarquer que ce genre de construction se prête admirablement à l’encorbellement des étages les uns sur les autres et sur le rez-de-chaussée. Ainsi, la dimension des pièces est augmentée et le premier étage forme auvent sur un rez-de-chaussée servant de boutique. Cette disposition convient tout à fait à des marchands.
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Rue Porte-au-Berger.
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L’une des maisons les plus anciennes est la maison en bois n° 94 de la rue Saint-Jean. La façade de la belle habitation des Quatrans, dans la rue de Geôle, fut élevée avant la domination anglaise, car les Quatrans émigrèrent alors et vendirent leurs biens. C’est encore en bois que l’on construit sous Louis XII les maisons de la rue Saint-Pierre n° 52 et 54, et deux jolies maisons à pignon n° 10 et 12 de la rue Montoir-Poissonnerie que pour quelques traits de leur décoration, on attribue au règne de François Ier.
La maison n° 52 de la rue Saint-Pierre, bien connue des touristes, porte les armes des Mabré, bourgeois caennais qui, au cours du XVIe siècle, arrivèrent tous aux fonctions publiques et dont le dernier fut anobli. La place centrale qu’occupe l’archange dans la décoration désigne celui des Mabré pour qui elle a été élevée, Michel, échevin en 1509. Cette maison se compose d’un rez-de-chaussée, de deux étages et d’un pignon superposés avec un léger avancement d’étage en étage sur la rue. Au-dessus des deux portes du rez-de-chaussée, s’étend dans toute la largeur de la façade un poitrail sculpté portant au centre un écusson. Quatre ouvertures donnent la lumière au premier étage. Les montants portent des statuettes au nombre de sept. Saint-Michel terrassant le démon occupe la place centrale; à droite et à gauche des statues de la Vierge, de l’Enfant Jésus,
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Maison Quatrans. — Façade.
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de Saint-Pierre tenant les clefs. Nous sommes encore au règne de Louis XII, la décoration est simplement et naïvement religieuse. Au second étage, il n’y a plus que trois statues. Enfin le pignon, couronné d’un faîtage aigu, laisse apercevoir, plus ou moins ornementées, toutes
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Maisons de bois de la rue Saint-Pierre.
les pièces de charpente. Ce qui fait la remarquable originalité de cette maison, c’est que sa haute façade paraît revêtue du rez-de-chaussée jusqu’au toit, de carreaux vernissés ou faïences. Ces céramiques pourtant n’étaient pas alors employées à Caen. Ici on a rempli de couches profondes de plâtre les interstices de la bâtisse en bois; on a gravé en creux sur ce plâtre humide les dessins qu’on voulait représenter, puis on a rempli ces creux de pâtes ou de mastics de diverses couleurs. A l’heure
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actuelle, les rouges et les noirs ont conservé leurs nuances primitives, tandis que les bleus, les verts, les jaunes, ont pris des teintes ternes et passées. Cette décoration polychrome est d’un très joli effet.
Pendant la belle époque de la prospérité économique de Caen, au temps de Louis XII et de François Ier, on construisit de belles maisons de pierre. L’une des plus anciennes paraît être celle des Bureau dans la rue Ecuyère, dont la sculpture si remarquable a été malheureusement en partie mutilée.
Vint ensuite l’hôtel de Than. Le plan est celui d’un bel hôtel du XVe siècle: deux corps de logis réunis par un pavillon d’angle. Les fenêtres sont décorées par des salamandres dont l’une se voit aujourd’hui dans la cour du musée des Antiquaires. Ce détail permet de la dater du temps de François Ier.
L’hôtel d’Ecoville a été élevé entre 1535 et 1541. Nous nous trouvons ici en présence de l’une des œuvres qui porte le plus profondément le cachet de la Renaissance. Aujourd’hui on ne prête aucune attention à la façade extérieure de l’hôtel. Il faut, pour ainsi dire, être prévenu pour la regarder; mais le tout est morcelé entre quantité de maisons de commerce que la Ville devrait racheter, afin de reconstituer cette merveille d’art dans son ensemble et d’en faire un musée des souvenirs caennais. Pénétrons dans la cour intérieure en passant sous la voûte de la grande porte au tympan de laquelle se trouvait ce que le peuple appelait le Grand Cheval.
Cette belle cour rectangulaire offre la plus pittoresque, la plus variée des décorations. Le pavillon de gauche est d’une construction plus moderne que l’hôtel; dans le pavillon de droite, ce qu’il faut admirer, c’est le parti que l’on a su tirer de l’alternance des ouvertures, des larges baies qui éclairent la salle du logis avec tout un ensemble décoratif qui va du soubassement jusqu’au toit pour s’y terminer par des lucarnes se détachant de la toiture; toute la hauteur de l’édifice, surfaces ou fenêtres, offre matière au génie du sculpteur. Et quelle variété dans cette décoration, variété qui ne tourne pas à la confusion, au-dessus du soubassement, deux grandes niches enfoncées entre des colonnes antiques abritent les statues de David portant la tête de Goliath et de Judith portant celle d’Holopherne; au premier étage, des bas-reliefs reproduisent l’enlèvement d’Europe et Persée délivrant Andromède, sujets
(5). Voir H. Prentout. L’hôtel d’Ecoville. — Musées et Monuments de France, 1907, n° I.
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mythologiques empruntés peut-être au Songe de Polyphile, traité esthétique et philosophique imprimé à Venise en 1499. Des génies d’une part, des nymphes de l’autre, tiennent les écussons de Nicolas le Valois et de Marie du Val sa seconde femme. Au-dessus de la frise, d’un
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Hôtel d’Ecoville. — La façade aux statues.
oculus sort la tête d’un homme qui paraît tenir les bandelettes enroulées autour de ces trophées. Effet saisissant, original, inattendu que cette tête d’homme émergeant de la pierre: on le retrouve au château de Fontaine Henry. Ne trahit-il pas la présence de quelques sculpteurs italiens dans l’atelier des Le Prestre, ou chez ceux-ci une connaissance des édifices de l’Italie du Nord, de la Chartreuse de Pavie par exemple?
A l’autre façade, il y a encore un grand effet décoratif tiré, cette fois.
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non des parties pleines, comme à la façade aux statues, mais des ouvertures: à chaque étage, deux larges fenêtres à croisillon sont encadrées par des pilastres. Elles sont surmontées, au second étage, d’une grande lucarne différente de celles de l’autre façade et combien plus belle? A
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Hôtel d’Ecoville. — La grande lucarne.
la base des contreforts, deux hommes vêtus à l’antique frappent avec entrain, d’un mouvement rythmique, sur des lamelles; ce sont les Tubalcaïns, inventeurs des sons. Deux pinacles encadrent une petite lucarne placée sur la première, Apollon et Marsyas y concourent. Marsyas joue de la cornemuse; Apollon de la lyre; Marsyas est vaincu: au linteau de la fenêtre, on lit: Marsyas victus obtumescit. Enfin, au sommet de la lucarne, une jeune femme joue du théorbe. Il y a dans
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toute la décoration de cette fenêtre comme une apothéose de la musique qui fut en grand honneur à l’époque de la Renaissance (6).
Entre les deux pavillons, une loggia ouverte à deux étages abrite le péristyle et l’escalier. Elle est couronnée d’une double lanterne que l’on compare ambitieusement à celle de Chambord. A la plus grande, un petit temple circulaire abrite un Priape, elle est elle-même surmontée d’une coupole qui est couronnée par un Apollon. L’apollinisme triomphe donc encore ici; mais qui expliquera le Priape et que viennent faire dans cette apothéose de l’apollinisme le cavalier de l’Apocalypse qui se trouvait au-dessus de la porte d’entrée et une scène finement sculptée tirée de la même source que l’on voit au tympan de la jolie porte intérieure du péristyle de l’escalier.
Ne simplifions pas trop l’hôtel Ecoville. Nicolle le Valois qui le fit bâtir était un homme d’un esprit ardent, curieux, qui avait beaucoup lu, beaucoup cherché; adepte de la philosophie hermétique, il était en même temps humaniste, alchimiste; administrateur habile d’une colossale fortune, il était fier de sa culture variée, aimait à l’étaler, comme il était fier de ses richesses, de sa noblesse récente. Ses armes brillent aux façades de l’édifice, d’une manière éclatante, bien en vue, bien en