Part 40
«Madame, un étranger ose se jeter à vos pieds pour implorer votre protection, tout indigne qu'il se reconnaisse d'obtenir cette haute faveur. C'est un _Menteur_, né en Espagne, et qui, ayant traversé la France, a l'intention de voir aussi les Pays-Bas. A son arrivée à Paris, il a été accueilli si favorablement que, non-seulement il n'a pas regretté d'avoir quitté sa patrie et d'avoir appris une langue autre que la sienne propre, mais que l'audace lui est venue de s'embarquer pour la Hollande, où, tout en parlant français, il a su charmer tous les gens de goût par son esprit; ce succès lui a donné le courage de plier sa langue à parler aussi notre idiome. Il y a près de six ans qu'il l'a appris par mes soins, et l'expérience lui ayant démontré que lors de sa venue en France il avait bien fait d'échanger ses moeurs et son nom espagnols contre ceux de la France, il a suivi le conseil que je lui ai donné d'élire domicile à la Haye, de prendre un nom hollandais et de conformer sa façon de parler et d'agir à celle qui est en vogue chez nous, afin d'être par là mieux reçu de nos concitoyens. Et maintenant, sur le point de quitter le foyer de son précepteur, il n'ose se hasarder en plein air, s'il ne lui est permis de s'abriter sous les ailes de Votre Seigneurie, laquelle, connaissant à fond la langue française, saura saisir le sens de ses paroles, lorsque, par ci, par là, il lui échappera quelque solécisme. Le jugement sagace de Votre Seigneurie, qui mesure aux bonnes choses les éloges qui leur sont dus et qui ne se laisse point séduire par les mauvaises, toutes fardées qu'elles soient, saura discerner les endroits où il s'écarte de l'esprit et de la gentillesse française et ceux où il a su en approcher. Et quoiqu'il tire son plus grand lustre d'un vice haï de tout le monde et qui le rend indigne de toute faveur, il s'est pourtant mis dans la tête qu'il suffisait de s'orner de l'éclat de votre nom pour obtenir l'estime des Hollandais. Quant à moi, tout en reconnaissant la témérité d'une conduite aussi arrogante, je ne regrette pas de la lui avoir inspirée. Si votre bienveillance pour les Muses et pour ceux qui les cultivent daigne consentir à lui offrir l'asile qu'il réclame, il ne saurait s'y réfugier qu'en présentant en même temps à Votre Seigneurie l'hommage de mon profond respect, et qu'en me fournissant l'occasion de remercier Votre Seigneurie des nombreuses faveurs qu'elle accorde à nos Muses scéniques en leur faisant l'honneur de sa présence, et de lui témoigner la vive reconnaissance que je ressens pour les bontés dont Elle m'a comblé, et dont jamais la mémoire ne périra dans mon coeur. J'aurais bien aimé témoigner ma gratitude en offrant à Votre Seigneurie un sujet noble auquel ma Muse espère donner le jour; mais, comme son fruit n'est point encore à terme, et que je me flatte que l'oeuvre à laquelle deux esprits aussi éminents que Lopez de Vega et Corneille ont travaillé, n'aura pas été tout à fait gâtée par la traduction, je n'ai pas voulu attendre plus longtemps pour vous faire connaître l'ardeur de mon coeur reconnaissant, espérant que Votre Seigneurie daignera jeter un regard de bonté sur ce que je me permets de lui offrir, et me permettra de me nommer,
«Madame, de Votre Seigneurie, le très-humble, très-obligé et très-dévoué serviteur,
«L. MEYER.
«Anne de Hoorn appartenait à une famille patricienne d'Amsterdam, qui compte encore aujourd'hui plusieurs rejetons. C'était une femme d'un haut mérite, très-versée dans les littératures nationale et étrangère. Elle protégeait les gens de lettres, surtout Vondel, qui, dans des temps malheureux, fut tiré par elle de l'indigence.
«La dédicace est suivie d'un couplet adressé _aux Lecteurs_, et dont voici le sens:
«Tout homme qui aime à entendre mentir avec esprit et tromper père, maîtresses, amis et valets, doit faire connaissance avec ce Menteur-ci; mais qu'il se garde d'en suivre l'exemple, à moins qu'il ne soit certain d'être né sous la même planète.» V. L.
972. DE LOOGENAAR, Blyspel. De lastste druk. _T'Amsterdam, by de Erfgenamen van J. Lescailje en D. Rank, 1721._ Pet. in-8.
«Édition revue et corrigée, dans laquelle tous les personnages portent d'autres noms que dans la première édition. Il est presque certain qu'elle avait été précédée d'une autre édition séparée; mais nous n'avons pu la découvrir.
«L'épître dédicatoire nous a déjà appris que le traducteur a transporté la scène de Paris à la Haye, et en général il a adapté avec assez de bonheur les situations et le dialogue au nouveau cadre qu'il a choisi. Les vers de Meyer, sans être des meilleurs, coulent avec assez de facilité, et, si la traduction n'est pas assez bonne pour satisfaire le lecteur qui connaît l'original, elle n'est pas assez mauvaise pour nuire à l'effet que la pièce a pu produire sur la scène.
«Après l'inauguration du nouveau théâtre d'Amsterdam, en 1774, le _Menteur_ ne parut plus sur l'affiche.» V. L.
Les vers de Huygens, dont nous avons parlé ci-dessus, attestent en même temps que cette traduction le succès que le _Menteur_ eut en Hollande. Voy. le no 318.
XVI
973. RODOGUNE, PRINSESSE DER PARTHEN. Uit het Fransch van den Heer Corneille. _Te Amsterdam, by Aart Dirksz Oossaan, Boekverkooper op den Dam, op de hoek van de Beurs-straat, 1687._ Met Privilegie. In-12 de 4 ff. prél. et 80 pp.
Traduction en vers par François Ryk.
«Le titre est orné du fleuron de la Société littéraire _In Magnis voluisse sat est_ (voy. le no 966).
«La tragédie est précédée d'une épître dédicatoire et du texte du privilége accordé à la Société le 16 octobre 1687. Voici la traduction de l'épitre:
«A Madame Jacoba Victoria Bartolotti Van den Heuvel, épouse du très-honorable seigneur Koonraad Van Beuringen, ancien bourgmestre et conseiller de la ville d'Amsterdam.
«Madame, parmi les pièces de théâtre composées par la sieur Corneille, cet excellent auteur français, celle de _Rodogune, Princesse des Parthes_, n'est pas considérée par lui comme la moins bonne, soit par rapport aux incidents qui en forment le noeud, soit par rapport au tumulte des passions qui y sont développées. L'amour, l'ambition, la soif de la vengeance, l'affection inaltérable que se portent deux frères rivaux, jointe à une tendresse respectueuse pour une mère dénaturée, s'y montrent tour à tour, et sont propres non-seulement à exciter une attention soutenue chez le spectateur, mais à faire vibrer les cordes les plus sensibles de son âme; et c'est surtout à émouvoir que, suivant les connaisseurs, doit tendre la tragédie. On voit ici le crime puni de sa propre main, tandis que l'amour et la vertu, après avoir couru les plus grands dangers, finissent par triompher.
«La Muse française prend plaisir ici à marier aux cyprès funèbres le myrte cher aux amants, et toutes ces raisons, jointes à la majesté et à l'excellence du style dans lequel la pièce est écrite, ont engagé notre Société à l'offrir au théâtre dans notre langue.
«Comme Votre Seigneurie, depuis sa plus tendre jeunesse, a montré un goût singulier pour la poésie et le beau langage, nous avons osé lui dédier cette traduction, dans l'espoir que, dans sa bonté, elle ne la dédaignerait pas, mais voudrait bien l'accepter avec l'hommage respectueux de ceux qui se tiendront éternellement obligés à Votre Seigneurie, et se disent,
«Madame, de Votre Seigneurie, les très-humbles serviteurs.
«Sous la devise: «IN MAGNIS VOLUISSE SAT EST.»
«Frans ou François Rijk était un des membres les plus zélés de la Société _In Magnis voluisse_. Il traduisit différentes pièces de Corneille, de Racine et d'autres poëtes français. Quoique, parmi les traductions qu'il a faites, celle de _Rodogune_ ne soit pas la meilleure, la pièce obtint cependant beaucoup de succès au théâtre, et ce fut surtout lorsque, dans les dernières années du XVIIIe siècle et dans les premières du XIXe, Mme _Wattier_ fut chargée du rôle de Cléopâtre, que le public s'y porta avec enthousiasme. Après la retraite de cette tragédienne, la pièce disparut du répertoire.
«Koenraad ou Conrad Van Beuningen, mari de Jacqueline-Victoire Bartolotti Van Heuvel, avait été le bras droit du Grand Pensionnaire de Witt, et chargé par lui des négociations les plus délicates aux cours de Danemark, de France et d'Angleterre. Après la mort de de Witt, il continua de servir l'État dans divers postes éminents, jusqu'au jour où des symptômes d'aliénation mentale se découvrirent chez lui et forcèrent les magistrats à confier à sa femme la gestion de ses biens. Il mourut en 1693. Mme Van Beuningen, durant le séjour qu'elle fit à Paris de 1660 à 1666, avait probablement appris à connaître et à apprécier les pièces de Corneille, et ce fut cette circonstance surtout qui engagea la Société _In Magnis voluisse_ à lui dédier la traduction de _Rodogune_.» V. L.
Sur _Mme Wattier_, Van Lennep ajoute la note suivante:
«_Mme Wattier_, connue également sous le nom de _Ziesenis_, qui était celui de l'architecte distingué qu'elle avait épousé, débuta en 1780 au théâtre d'Amsterdam comme jeune première, dans la tragédie, la comédie et l'opéra-comique. Le 11 novembre 1793, elle remplaça la première tragédienne dans le rôle de Cléopâtre et obtint un immense succès. Sa réputation, depuis ce temps, ne fit que grandir, et ceux qui l'ont connue s'accordent à dire que, si dans son art elle a pu avoir des rivales, aucune d'elles ne l'a surpassée. Elle unissait à un port majestueux une beauté antique, des yeux étincelants de passion, une voix également propre à charmer et à faire frémir de terreur ceux qui l'écoutaient. Un vieil amateur nous racontait un jour qu'il avait joué dans _Rodogune_ avec Mme Wattier sur un théâtre de société. «Lorsque,» nous disait-il, «elle nous adressait ces mots: _Mes enfants, prenez place_, c'était bien le diable si vous aviez pu rester debout.» Napoléon, l'ayant vu jouer, la nomma sur-le-champ sociétaire de la Comédie française, titre qu'elle conserva jusqu'à la fin de 1818. Invitée par l'impératrice Joséphine à la Malmaison, elle y joua, avec Talma, deux scènes d'_Hamlet_, lui en français, elle en hollandais.»
974. RODOGUNE, PRINSESSE DER PARTHEN. Uit het Fransch van den Heer Corneille. _Te Amsteldam, by de Erven van J. Lescailje en Dirk Rank, op de Beurssluis, 1721._ Met Privilegie. Pet. in-8 de 4 ff. et 80 pp.
Cette édition est absolument calquée sur la précédente. Le titre porte le même fleuron que le no 936.
975. RODOGUNE, PRINSESSE DER PARTHEN. Uit het Fransch van den Heer Corneille. _Te Amsteldam, by Izaak Duim, Boekdrukker en Boekverkooper, bezuiden het Stadhuis, 1744._ Met Privilegie. Pet. in-8 de 4 ff. et 80 pp.
Troisième édition, restée inconnue à Van Lennep. La Bibliothèque nationale en possède un exemplaire.
XVII
976. THEODORE, MAEGT EN MARTELARES, Treurspel. Uit het Fransch van den Heere P. Corneille. Labor excitat artem. _Te Rotterdam, by Joh. van Doesburg, Boekverkooper, 1715._ Pet. in-8 de 7 ff., 82 pp. et 1 f. blanc.
Traduction en vers par le libraire Jean Van Doesburg; on la dit fort recommandable.
Les feuillets préliminaires comprennent un très-médiocre frontispice gravé par _Bleyswyk_ (frontispice qui est gravé sur un feuillet séparé); le titre imprimé; 2 ff. pour une dédicace en vers à «Dominique Roosmale, ancien échevin de la Schielande, amateur de la poésie,» dédicace signée: JOH. VAN DOESBURG; 3 ff. pour un _Avis au lecteur_ et les noms des personnages.
«Le traducteur avoue dans sa préface que la tragédie de _Théodore_ n'a pas réussi à Paris, mais il attribue le peu de succès de cette pièce moins à son manque de mérite qu'à la prudence excessive des spectateurs français, et cite à l'appui de ce qu'il avance l'opinion que l'abbé d'Aubignac a émise sur cette même tragédie.
«L'espoir du traducteur que le public hollandais aurait le goût moins difficile que celui de Paris ne s'est point réalisé. Peut-être même n'a-t-il jamais été mis à l'épreuve. La pièce ne paraissant pas sur le répertoire d'Amsterdam, on peut être à peu près sûr qu'elle n'a pas été représentée ailleurs.» V. L.
XVIII
977. CLAVDII DE GRIEKS HERAKLIVS, Treur-Spel met op-dragt aen Syne Doorluchticheyt Leopoldus Wilhelmus, Aertz-Hertog van Oosten-Rijk, Hertog van Bourgoignien, Gouverneur General van de Neder-Landen. _Tot Brussel, by Claudius de Griek, boekverkooper, 1650._ In-4 de 4 ff. et 55 pp. (dont la dernière est chiffrée par erreur 43).
«Le poëte Claude de Griek exerçait la profession de libraire à Bruxelles, sa ville natale. Son _Héraclius_ est une version presque littérale de celui de Corneille, qui avait été publié trois ans auparavant; mais l'auteur paraît ne pas s'en douter. Ni sur le titre, ni dans l'épître dédicatoire à l'archiduc Léopold-Guillaume, il ne prononce le nom de Corneille.» A. W.
978. HERAKLIUS, Treurspel. _T'Amsteldam, by d'Erven van Albert Magnus, op de Nieuwendyk, in den Atlas, 1695._ Pet. in-8 de 4 ff. et 80 pp.
Traduction en vers par François Ryk.
«La vignette sur le titre représente Melpomène assise, tenant une lyre sur le genou droit et une ruche sur la genou gauche. A ses pieds sont des attributs de théâtre; derrière elle, un personnage allégorique branlant d'un air furibond un poignard et une torche; plus bas, un satyre tenant les armes d'Amsterdam; au fond, un amphithéâtre, et, plus loin encore, le Parnasse avec Pégase. Au bas, la devise _Yver in liefd' bloeiende_ (zèle fleurissant en amour).» V. L.
«Ryk ne prononce pas plus le nom de Corneille que son devancier, mais il avoue du moins, dans une dédicace en vers qu'il adresse à Laurent Baak, que la pièce n'est pas originale. «J'espère, dit-il, que vous ne trouverez pas mauvais que je vous fasse hommage de ce byzantin français costumé à la hollandaise.» A. W.
«Laurent Baak était issu d'une famille de riches négociants, tous aimant et pour la plupart cultivant les belles-lettres. La maison de son grand-père, appelé Laurent comme lui, servait de point de réunion à Hooft, Vondel et autres beaux esprits du temps. Le Laurent Baak dont il est question ici se distingua aussi comme auteur.» V. L.
979. HERAKLIUS, Treurspel. _T'Amsterdam, by Izaak Duim, 1737._ Pet. in-12.
«Reproduction de l'édition de 1695, mais avec un nouveau fleuron.
«Le succès d'_Héraclius_ fut moindre que celui de quelques autres pièces de Corneille. Il fut représenté, pour la dernière fois, sur le théâtre d'Amsterdam en 1782.» V. L.
980. HERAKLIUS. Treurspel. _Te Amsteldam, by Izaak Duim, Boekverkooper op den hoek van den Voorburgwal en Stilsteeg, 1762._ Met Privilegie. Pet. in-8 de 4 ff. et 80 pp.
Au titre, le fleuron décrit sous le no 737.
XIX
981. ANDROMEDA. Treurspel. Verciet met Zang, Dans, Konst- en Vliegwerken. _T'Amsterdam, by Kornelis Sweerts, 1699._ Pet. in-8, front. gravé.
«Traduction en vers par François Ryk. Elle est précédée d'une dédicace à Jo'nas Witsen, bailli d'Amsterdam. Le poëte y raconte que la famille de Witsen a produit nombre de Persées qui ont sauvé la patrie du dragon ennemi venu pour la dévorer.» V. L.
982. ANDROMEDA. Treurspel. Verciert met Zang, Dans, Konst- en Vliegwerken. _T'Amsterdam, by H. vande Gaete, 1715._ Pet. in-8 de 4 ff. et 54 pp.
Réimpression restée inconnue à Van Lennep. Le frontispice est signé de _Schynvoet_.
983. ANDROMEDA, Treurspel. Verciert met Zang, Dans Konst- en Vliegwerken. _T'Amsterdam, by David Ruarus Boekverkooper, 1730._ Met Privilegie. Pet. in-8 de 64 pp., front. gravé de _Schynvoet_.
984. ANDROMEDA. Treurspel. Verciert met Zang, Dans, Konst- en Vliegwerken. _Amsterdam, by Izaak Duim, 1739._ Met Privilegie. Pet. in-8.
«Chacune de ces éditions est ornée d'une gravure différente, toutes représentant Andromède attachée au rocher et Persée combattant la monstre. Ce fait, que la pièce fut réimprimée jusqu'à trois fois dans l'espace de quarante ans, tend à prouver qu'elle plaisait au public, attiré sans doute par le spectacle qu'on y déployait. On ne cessa de la donner chaque année jusqu'en 1789. Après cette époque, on ne la retrouve plus sur l'affiche.» V. L.
XXI
985. [NICOMEDES, Treurspel. Uit het Fransch van den Heer P. Corneille gerymd door Kataryne Lescailje. _Amsteldam, 1684._ Pet. in-8?]
Nous avons déjà cité le nom de Catherine Lescailje, née en 1649, morte en 1711 (voy. le no 945).
»Dès sa plus tendre jeunesse, elle avait composé des poésies, et Vondel, dans des vers qu'il lui avait adressés, l'avait qualifiée de «moderne Sapho». Quoiqu'il y ait beaucoup à rabattre de cette qualification, Mlle Lescailje mérite d'être placée au rang, sinon des grands poëtes, au moins des meilleurs versificateurs de son temps. Après la mort de son père, elle dirigea la maison de librairie connue sous le nom des héritiers Lescailje, au commencement seule, plus tard conjointement avec _Thierry Rank_, qui avait épousé la fille d'une de ses soeurs. Elle-même ne voulut jamais se marier, probablement de crainte que le mari qu'elle aurait pris ne compromit le crédit et la prospérité de la maison qu'elle dirigeait avec tant de succès.» V. L.
Nous n'avons pas vu l'édition de 1684, que Van Lennep n'indique pas. Nous en rétablissons la date d'après le privilége de l'édition suivante.
986. NICOMEDES, Treurspel. Uit het Fransch van den Heer P. Corneille gerymd door Kataryne Lescailje. _Te Amsteldam, by de Erfg: J: Lescailje, op de Middeldam, op de hoek van de Vischmarkt, 1692._ Met Privilegie. Pet. in-8 de 3 ff. et 68 pp.
Au titre, un fleuron avec la devise: _Perseveranter._
Les ff. prélim. contiennent un front. gravé dans le genre de _Romain de Hooghe_, un titre imprimé et 1 f. pour le privilége.
Le privilége est daté du 19 septembre 1684 et renouvelé le 31 mars 1692.
987. NICOMEDES, Treurspel. Uit het Fransch van den Heere P. Corneille, door Kataryne Lescailje. _T'Amsteldam, by Izaak Duim, Boekdrukker en Boekverkooper, bezuiden het Stadhuis, by den Dam, 1734._ Met Privilegie. Pet. in-12 de 72 pp. chiffr.
La traduction de Catherine Lescailje a été en outre réimprimée dans le recueil de ses poésies (_De Dichten van Katharyne Lescailje_, Amsterdam, by de Erfg. van J. Lescailje, 1731, 3 vol. in-4, t. IIIe, pp. 401-484). Elle est encore portée, en 1782, au catalogue des pièces jouées sur le théâtre d'Amsterdam, bien qu'elle fût dès lors abandonnée.
XXII
988. PERTHARITUS, KONING DER LOMBARDEN. Treurspel, gevolgd naar het Fransche van den Heer P. Corneille. _Te Amsteldam, by de Erfgenamen van J. Lescailje en Dirk Rank, 1723._ Met Privilegie. Pet. in-8.
Traduction en vers, par Sybrand Feitama.
989. PERTHARITUS, KONING DER LOMBARDEN. Treurspel, gevolgd naar het Fransche van den Heere P. Corneille. Nooit te voren gedrukt.
_Tooneelpoezy van S. F[eitama] onder de Zinspreuk: Studio fovetur ingenium_; te Amsteldam, by P. Visser en A. Slaats, 1735, 2 vol. in-4, t. Ier, pp. 275-354.
On ne s'explique guère cette mention: _Nooit te voren gedrukt_ (imprimé pour la première fois).
990. PERTHARITUS, KONING DER LOMBARDEN. Treurspel. Naar het Fransche van den Heer P. Corneille gevolgd, onder de Zinspreuk: Studio fovetur ingenium. Verbeterd in dezen tweeden druk. _Te Amsterdam, by Izaak Duim, Boekverkooper, op den hoek van den Voorburgwal en Stilsteeg, 1756._ Met Privilegie. In-8 de 4 ff. et 67 pp., front. gravé.
Édition revue et corrigée.
991. PERTHARITUS, KONING DER LOMBARDEN, Treurspel. Naar het Fransche gevolgd, onder de Zinspreuk: Studio fovetur ingenium. _Amsterdam, 1773._ In-8.
Les ff. prélim. comprennent un très-beau frontispice, dessiné par _Buys_ et gravé par _Vinkeles_.
«Quoique la traduction de Feitama soit une des meilleures qu'il ait écrites, elle n'a pas reparu au théâtre après l'année 1774.» V. L.
XXIII
992. EDIPUS, Treurspel. Dit het Fransch van P. Corneille. _T'Amsterdam, by de Erfgen: van J. Lescailje en Dirk Rank, op de Beurssluis, 1720._ Met Privilegie. Pet. in-8. de 11 ff. et 96 pp.
Les ff. prélim. contiennent un beau frontispice de _J. Goeree_; le titre porte l'agneau au milieu des flammes, avec la devise: _Perseveranter._
Traduction en vers, par Balthasar Huydecoper.
«Cet auteur, né en 1699, mort en 1778, appartenait à une famille patricienne d'Amsterdam, dont plusieurs membres remplirent des postes éminents dans la république. Lui-même fut échevin dans sa ville natale et bailli de l'île de Texel. Il écrivit quelques tragédies, dont deux surtout, _Achille_ et _Arsace_, obtinrent un succès mérité. Il publia, en outre, plusieurs ouvrages de critique et de linguistique, dans lesquels il fit preuve d'un goût sûr et d'une profonde érudition, et qu'aiment encore à consulter les Hollandais qui veulent apprendre à bien écrire leur langue.
«La traduction est précédée d'une épître dédicatoire en vers, adressée au fameux professeur P. Burman, à Leide, épître dont nous essayons de donner ici la traduction:
«Le roi OEdipe, cet exemple de toutes les infortunes humaines, ce prince le plus malheureux qu'ait vu l'antiquité, reparaît sur la scène, non dans un habit nouveau, ni versant des pleurs que je lui fais répandre, ni tel qu'il a paru pour la seconde fois à la cour de France, applaudi par tous; mais tel que Corneille l'a fait briller, étoile resplendissante, illuminant de ses rayons l'Hélicon français, tel enfin qu'il se montra aux spectateurs émus jusqu'aux larmes de ses malheurs. Celui-là est digne du supplice de Marsyas, qui, présumant trop de ses forces, ose disputer au grand poëte de la France la couronne qui lui appartient. Tel le soleil lorsqu'en plein midi il réjouit et vivifie les champs qu'il éclaire, tel autrefois apparut Corneille. Un autre [Voltaire] arrive, pâle lune à minuit, et veut se mesurer avec lui: c'est Diane qui osa défier son frère. Mais le soleil fend-il les nuages et se montre-t-il dans sa splendeur, on voit aussitôt pâlir le disque de la lune. De même Corneille relèvera la tête, lorsque tout le monde aura vu flétrir et s'user par le temps et la rouille le clinquant qui l'aveugle aujourd'hui. Mais, sachant ce qui arrive à d'autres, je dois prévoir, etc.»
«La préface est bien écrite, mais elle est trop longue pour la reproduire ici.
«Huydecoper nous apprend pourquoi l'_OEdipe_ de Corneille n'avait point jusque-là trouvé de traducteur; ou plutôt, dans un dialogue amusant, il en fait donner la raison par certain aristarque qui prétend que la pièce est la plus belle que son auteur ait écrite, et par là ne saurait être rendue en hollandais, que la Société littéraire _Nil volentibus_, qui a tout traduit, n'a pas osé s'y frotter, etc., jugement, comme on peut le croire, peu encourageant pour Huydecoper, qui venait d'achever sa traduction, et qui, malgré cela, ne laissa pas de la faire représenter. Le reste de la préface est consacré à la dissection de l'_OEdipe_ de Voltaire, dont il fait une critique amère et généralement assez juste; il avertit le lecteur qu'il s'est permis de fondre en six lignes ce que dit Thésée dans la Ve scène du IIIe acte, depuis les mots:
L'âme est donc toute esclave, etc.
jusqu'au vers qui se termine par:
Et puis nous laisser faire.
«Ce morceau sur le libre arbitre, qui, d'après ce qu'en disent les commentateurs de Corneille, contribua beaucoup au succès de la pièce, aurait choqué les rigides calvinistes de la Hollande et empêché peut-être la représentation.