Bibliographie Cornélienne Description raisonnée de toutes les éditions des oeuvres de Pierre Corneille

Part 14

Chapter 143,513 wordsPublic domain

Collation des feuillets prélim.: titre, avec la marque de _Courbé_; 3 pp. pour la dédicace «A Monseigneur le Marquis de Coualin, Colonel des Suisses, etc.,» dédicace signée _Baudoin_; 3 pp. pour l'avis _Au Lecteur_; 1 p. pour les _Acteurs_ et l'_Extrait du Privilége_.

Le privilége, daté du 28 mai 1638, comme celui de la _Comédie des Tuileries_, est accordé pour sept ans à _Augustin Courbé_. L'achevé d'imprimer pour la première fois est du 17 juin 1638. Comme on le voit, cette pièce, postérieure de deux ans à la précédente, fut imprimée deux jours auparavant; c'est ce qui l'a fait placer la première dans les recueils qui contiennent le théâtre des Cinq Auteurs.

Nous faisons figurer l'_Aveugle de Smyrne_ dans ce chapitre, parce qu'il appartient au théâtre des _Cinq Auteurs_, mais il n'est pas certain que Corneille y ait eu la moindre part. Comme l'a fait remarquer M. Livet (_Histoire de l'Académie françoise, par Pellisson et d'Olivet_, t. Ier, p. 83, note 1), on lit dans l'avis _Au Lecteur_ qui suit la dédicace: «Vous pourrez juger de ce que vaut cet Ouvrage, soit par l'excellence de sa Matiére, soit par la forme que lui ont donnée _quatre_ célébres Esprits.» Ce passage semble bien indiquer que les cinq auteurs étaient réduits à quatre. L'absent ne pouvait être que Corneille à qui semblable collaboration était certainement à charge, et qui, dit Voltaire, avait prétexté «les arrangements de sa petite fortune» pour se retirer à Rouen. Bien que cette explication ait toutes les chances de probabilité, on pourrait à la rigueur soutenir que l'auteur de l'avis _Au Lecteur_ a voulu distinguer la matière et la forme de l'ouvrage. On admettrait alors que l'un des cinq auteurs avait prêté son nom à Richelieu pour l'invention du sujet, tandis que les quatre autres poëtes s'étaient chargés de l'exécution. Dans le doute, nous avons cru que l'_Aveugle de Smyrne_ devait être mentionné dans notre Bibliographie.

La _Gazette_ du 28 février 1637 nous apprend que cette pièce fut représentée le 22 de ce mois dans l'hôtel de Richelieu, par les deux troupes de comédiens qui existaient alors, «en présence du Roi, de la Reine, de Monsieur, de Mademoiselle sa fille, du prince de Condé, du duc d'Enghien son fils, du duc Bernard de Weimar, du maréchal de La Force et de plusieurs autres seigneurs et dames de grande condition».

Richelieu avait fait de grands frais pour la représentation. _Mondory_, qui l'année précédente avait été frappé d'apoplexie en jouant le rôle d'Hérode dans la _Marianne_ de Tristan l'Hermite, avait dû remonter sur la scène pour interpréter le rôle de l'aveugle; «mais il n'en put représenter que deux actes, et s'en retourna dans sa retraite avec une pension de deux mille livres que le cardinal lui assura. Les Seigneurs de ce temps-là se signalèrent aussi en libéralités; ils lui donnèrent presque tous des pensions, ce qui fit à Mondory environ huit à dix mille livres de rentes, dont il jouit jusqu'à sa mort, et dans un âge fort avancé.» (_Anecdotes dramatiques_, t. Ier, pp. 520 sq.)

Vendu: 10 fr., v. m., avec la _Comédie des Tuileries_, Giraud, 1855 (no 1655).

94. L'AVEVGLE || DE SMYRNE || Tragicomedie. || _S. l. n. d._ [_A Paris, Chez Augustin Courbé, 1638_]. Pet. in-12 de 3 ff. et 92 pp.

Collation des feuillets prélim.: frontispice gravé représentant l'aveugle qui descend les degrés d'un perron, appuyé sur l'épaule d'un enfant; il porte un costume presque entièrement semblable à celui des gentilshommes de la fin du règne de Louis XIII; le frontispice, qui tient lieu de titre, est signé: _C. le Brun I.--Daret Sc._; 1 f. pour la dédicace; 1 f. qui contient au recto l'avis _Au Lecteur_, et au verso les _Acteurs_ et l'_Extrait du Privilége_.

On trouve à la fin un rappel de l'achevé d'imprimer du 17 juin 1638.

Cette édition est imprimée avec les petits caractères dont nous avons parlé ci-dessus; elle est très-jolie et peut-être plus rare que l'édition in-4. Nous en avons trouvé un exemplaire relié avec la _Comédie des Tuileries_, à la Bibliothèque municipale de Versailles. (E. 457. d.)

Vendu: 160 fr., mar. citr. (_Trautz-Bauzonnet_), Chédeau, 1865 (no 715).

III

95. PSICHÉ, || Tragedie-Ballet. || Par I. B. P. Moliere. || _Et se vend pour l'Autheur, || A Paris, || Chez Pierre Le Monnier, au Palais, || vis-à-vis la porte de l'Eglise de la S. Chapelle, || à l'Image S. Louis, & au Feu Divin._ || M. DC. LXXI. || Avec Privilege du Roy. In-12 de 2 ff., 90 pp. et 1 f.

Les 2 ff. prélim. comprennent le titre et un avis du _Libraire au Lecteur_.

Le privilége dont un extrait occupe le dernier f., est accordé, pour dix ans, à Jean-Baptiste Pocquelin de Molière, «l'un des Comediens de Sa Majesté»; il est daté du 31 décembre 1670. L'achevé d'imprimer est du 6 octobre 1671.

Le libraire nous explique dans son avis _Au Lecteur_ comment fut composée la tragédie-ballet de _Psyché_; Molière choisit le sujet et disposa le plan de la pièce, mais ne put achever qu'une partie de la versification: le prologue, le premier acte et la première scène des deux actes suivants. Le reste de l'ouvrage fut écrit par Corneille, à l'exception des paroles destinées à être chantées, qui furent composées par Quinault. Le vieux Corneille écrivit plus de 1,100 vers en quinze jours. Il avait conservé par intervalle une ardeur toute juvénile; il eût pu s'écrier comme autrefois:

Cent vers me coustent moins que doux mots de Chanson.

Grâce à la collaboration des trois auteurs et de Lully, _Psyché_ fut achevée dans le délai fixé par le roi. La représentation eut lieu le 16 janvier 1671, dans une grande salle neuve construite au Louvre, sur les plans de Vigarani.

L'abbé de Pure (_Idées des spectacles anciens et nouveaux_; Paris, 1668, in-12, pp. 311 sqq.) et le programme de _Psyché_ nous fournissent des renseignements précis sur cette salle; nous avons aussi par la _Gazette_ et par le Registre de Lagrange des détails circonstanciés sur la représentation. Voici, d'après le programme, quelle était dans le principe la distribution des rôles:

Jupiter _Du Croisy_.

Venus _Mlle de Brie_.

L'Amour _Baron_.

Ægiale } Graces { _Les petites La_ Phaëne } { _Torilliere et du Croisy_.

Psiché _Mlle Moliere_.

Le Roy, Pére de Psiché _La Torilliere_.

Aglaure } Soeurs } _Mlles Marotte et Boval_. Cidippe } de Psiché }

} Princes, } Cleomene } Amans } _Hubert et La Grange_. Agenor } de Psiché }

Le Zephire _Moliere_.

Lycas _Chasteauneuf_.

Le Dieu d'un fleuve _De Brie_.

Le Registre de Lagrange nous fait connaître les artistes chargés des parties de chant: c'étaient _Mlles de Rieux_, _Turpin_, _Grandpré_, _MM. Forestier_, _Mosnier_, _Champenois_, _Ribou_, _Pouffin_. La même source nous donne le détail des dépenses faites pour monter la pièce, dépenses qui s'élevèrent à 4,359 livres, 15 sols. Pendant les représentations, Beauchamps, qui avait réglé les ballets, reçut 1,100 livres, plus 11 livres par jour pour conduire l'orchestre et entretenir les ballets.

Après plusieurs représentations réservées à la cour, la tragédie-ballet fut enfin jouée en public le 24 juillet 1671. Le succès répondit à l'attente des auteurs et des acteurs. La troupe de Molière donna de suite 38 représentations qui lui valurent de belles recettes. Elle reprit la pièce le 11 novembre 1672 et la joua de nouveau 32 fois sans interruption. Nous avons recueilli sur cette reprise un document qui n'a pas encore été signalé; c'est un passage d'une _Lettre en vers_ de Robinet datée du 26 novembre 1672. Bien que ce morceau soit un peu long, nous ne croyons pas sans intérêt de le reproduire ici. Il nous paraît compléter heureusement les informations de M. Marty-Laveaux. On y voit quelques changements dans la distribution; ainsi le rôle du Zéphire est tenu non plus par _Molière_, mais par _Mlle du Croisy la jeune_.

Après avoir dit dans des termes très-singuliers que la première représentation de _Pulchérie_ avait eu lieu la veille au théâtre du Marais, Robinet continue ainsi:

Cependant, ajoûtons ici Encore, ce petit mot-ci, Que l'Autheur a fait ce Poëme, Par l'effet d'une estime extrême Pour la merveilleuse Psiché, Par qui chacun est alléché, Ou _Mad(e)moiselle de Moliére_, Qui, de façon si singuliére, Et, bref, avecque tant d'appas, Qui font courir les Gens, à tas, Encor, maintenant, represente Ladite Psiché si charmante.

Dimanche, encore, je la veis, Et tous mes sens furent ravis A ce plus rare des Spectacles, Et lequel, rempli de Miracles, Surpasse tous les Opera Qu'on voit et, je croi, qu'on verra.

Ah! que Venus dans sa Machine, Mlle de Brie. Me parut, encore, divine: Et que je fus charmé des Airs, Et des admirables Concerts Par qui, sur la Terre, on l'appelle, Ayant les Graces avec Elle!

Que ces petites Grâces là, les petites La Torilliere, Encor, aussi, me plûrent là, et de Beauval. Par leurs discours, et par leurs gestes, Qui paressent, vrayment celestes!

Que les Amours, pareillement, le petit la Torilliere, Qui sont de l'Accompagnement, et Barbier. Encore, aimables me semblérent, Et, tout de même, me charmèrent!

Qu'encor, de Psiché, les deux Soeurs, Mlles de Beauval, et de Faisant, si bien, les Rôles leurs, la Grange. Me délectèrent, et ravirent, Ainsi que tous ceux qui les virent!

Que les deux Princes, ses Amans, les Srs Hubert et de Par leurs honnêtes Complimens, la Grange. Soit qu'ils soyent morts, ou bien en vie, Me rendoyent l'Ame, encor ravie!

Que le Père, aussi de Psiché, Le Sr de la Torilliere. Qu'on voit, pour elle, si touché, M'attendrit avecque ses Larmes, Et qu'il leur sçait donner de charmes!

Qu'encore, je fus satisfait De l'Amour si beau, si parfait, le Sr Baron. Alors que, pour le dire en somme, Il devient là, grand comme un Hôme!

Que son Zéphir, des plus Galans, Mlle du Croisi la jeune. Des plus jeunes, des plus brillans Qui soyent sous l'Empire de Flore, Me donna de Plaisir, encore!

Que de même, encore, Psiché, Par qui maint coeur est ébréché, Me sembla bien digne d'Hommages, Dans ses trois divers Personnages!

Qu'encore, encore, aussi, Venus Me plût, voire tant que rien plus, Soit qu'éclatast sa Jalousie, Soit qu'elle parust radoucie!

Qu'encore, le tonnant Jupin, Qui les holas vient mettre, enfin, Qui nôtre Psiché dêifie, Et bref, à l'Amour la marie, Me sembla fermer dignement, Ledit Spectacle si charmant!

Qu'encor j'admiray les Machines, Oû ces Personnes célestines, Sçavoir Venus, Psiché, l'Amour, Vont en l'Olympien Séjour!

Qu'encor les Airs, et la Musique, Que, de bien goûter, je me pique, Qu'encor la jeunette _Turpin_, Qui chante d'un air si poupin, Qu'encor le Sauteur admirable, Qu'on croid favorisé du Diable, Pour faire les Sauts surprenans, Dont il étonne tous les Gens, Qu'encor les diverses Entrées, Qui sont là, si bien incérées, Où l'incomparable _Beauchamp_, A le loüer, donne un beau champ, Qu'encor, enfin, toutes les choses, Dedans cette Merveille, encloses, Sçavoir les décorations, Et diverses Mutations. De la claire, et pompeuse Sçene, Me rendirent, chose certaine, Extasié, charmé, contant! Ah! jamais, je ne le fus tant.

Robinet, dans son langage burlesque, témoigne naïvement de l'admiration que _Psyché_ avait le don d'exciter dans le public; aussi cette tragédie-ballet laissa-t-elle des souvenirs durables. En 1703, _Mlle Desmares_ et _Baron_ fils firent le succès d'une nouvelle reprise; la pièce fut donnée 29 fois, du 1er juin au 1er août suivant.

Le 19 août 1862 la Comédie-Française a donné une très-curieuse représentation de _Psyché_. Les principaux rôles étaient tenus par _Mlles Devoyod_, _Fix_, _Rose Deschamps_, _Favart_, _Tordeus_, _Ponsin_, _Rose Didier_; _MM. Maubant_, _Worms_, _Ariste_. C'est à des femmes qu'était confiée l'interprétation des rôles créés par _Molière_ et par _Baron_.

96. PSICHÉ, || Tragedie-Ballet. || Par I. B. P. Moliere. || _A Paris, || Chez Claude Barbin, au Palais, sur || le Second Perron de la S. Chapelle._ || M. DC. LXXIII [1673]. || Avec Privilege du Roy. In-12 de 2 ff., 90 p. et 1 f.

Les 2 ff. prélim. contiennent le titre et l'avis du _Libraire au Lecteur_; le dernier f. contient l'_Extrait du Privilége_. Cet extrait est semblable à celui de l'édition de 1671, sauf qu'il contient la mention suivante: «Ledit Sieur Moliere a cedé son droit de Privilege à _Anne David_, Femme de _Jean Ribou_, ainsi qu'il apert par sa Cession; et ladite _David_ a cedé du droit de Privilege des OEuvres dudit Sieur Moliere à _Claude Barbin_, suivant l'accord fait entre eux.» L'achevé d'imprimer est du 12 avril 1673.

Nous n'avons relevé dans le texte des deux éditions que quelques variantes orthographiques sans importance.

97. PSICHÉ, || Tragedie-Ballet || Par I. B. P. Moliere. || _Suivant la Copie imprimée || A Paris._ || M. DC. LXXI [1671]. In-12 de 82 pp. (y compris le titre), et 1 f. blanc, signé A.-D.

Édition imprimée par _Daniel Elzevier_, à _Amsterdam_, avec une sphère sur le titre. M. Pieters (_Annales des Elzevier_, 2e édit., Gand, 1858, in-8, p. 346) en cite des réimpressions datées de 1675 et 1680.

Pour une édition moderne de _Psyché_ et pour les ballets qui en ont été tirés, nous renverrons à la _Bibliographie moliéresque_, nos 171, 202 et 203.

III.--ÉDITIONS COLLECTIVES DU THÉATRE DE CORNEILLE

PUBLIÉES PAR LUI-MÊME.

I

98. OEVVRES || DE || CORNEILLE. || Premiere partie. || _Imprimé à Roüen, & se vend || A Paris, || Chez || Antoine de Somma-|| uille, en la Gallerie || des Merciers, à l'Escu || de France. || Et Augustin Courbé, || en la mesme Gallerie, || à la Palme. || Au Palais._ || M. DC. XLIV [1644]. In-12 de 4 ff., 654. pp. et 1 f. blanc.

Collation des feuillets prélim.: portrait de Corneille gravé par Michel Lasne; frontispice gravé représentant des Amours qui tiennent un cartouche sur lequel on lit: _OEuvres de Corneille_, 1645; 2 ff. pour le titre imprimé et l'avis _Au Lecteur_. On lit à la fin de la page 654: _Imprimé à Roüen par Laurens Maurry_.

Cette édition, qui ne contient ni privilége ni achevé d'imprimer, dut être publiée en vertu des priviléges particuliers obtenus pour chaque ouvrage. Elle comprend huit pièces: _Mélite_, _Clitandre_, _la Veuve_, _la Galerie du Palais_, _la Suivante_, _la Place Royale_, _Médée_ et _l'Illusion comique_, précédées chacune d'une dédicace, mais sans les _Examens_ qui parurent pour la première fois en 1660.

La publication des _OEuvres_ réunies de Corneille dut être une véritable spéculation de librairie. Les éditeurs voulurent exploiter le succès de ses dernières pièces: du _Cid_, d'_Horace_, de _Cinna_, de _Polyeucte_, de _Pompée_, du _Menteur_, de _Rodogune_, en composant un recueil de ses premiers ouvrages déjà presque oubliés du public. Corneille lui-même semble avouer que telle fut l'intention de _Sommaville_ et de _Courbé_, quand il dit dans son avis _Au Lecteur_: «C'est contre mon inclination que mes Libraires vous font ce présent, et j'aurois esté plus aise de la suppression entiere de la plus grande partie de ces Poëmes, que d'en voir renouveler la mémoire par ce recueil.... Et certes, j'aurois laissé perir entierement ceux-cy, si je n'eusse recognu que le bruit qu'ont fait les derniers obligeoit desjà quelques curieux à la recherche des autres, et pourroit estre cause qu'un Imprimeur, faisant sans mon adveu ce que je ne voulois pas consentir, adjousteroit mille fautes aux miennes.» Il ajoute qu'il y a jeté un coup d'oeil, non pas pour les corriger exactement (il eust esté besoin de les refaire presque entiers), mais du moins pour en oster ce qu'il y a de plus insupportable.»

Quelques auteurs, s'appuyant sur un passage du commentaire de Voltaire, ont supposé que l'édition de 1644 avait dû avoir une seconde partie contenant les huit pièces publiées depuis l'_Illusion comique_; mais personne n'a jamais vu cette seconde partie, et M. Taschereau (_OEuvres de Corneille_, t. Ier, p. XXX) a fort bien démontré pourquoi elle n'avait jamais dû exister. La pensée de spéculation qui avait porté les libraires à faire un recueil des premières pièces du poëte, devait les porter à ne pas y faire immédiatement entrer toutes les pièces qui avaient encore un débit assuré. Les premières éditions du _Cid_, données en 1637, ayant été tout entières épuisées, on en fit en 1644 une cinquième édition qui ne se serait plus vendue si le public eût trouvé la pièce dans un recueil. _Horace_ ne vit le jour qu'en 1641; _Cinna_ et _Polyeucte_ ne furent imprimés qu'en 1643; _Pompée_ et _le Menteur_ qu'en 1644; la _Suite du Menteur_ en 1645; _Théodore_ et _Rodogune_ en 1647. C'est assez dire que, à plus forte raison, ces dernières pièces ne pouvaient pas encore être réunies aux _OEuvres_.

En réimprimant ses premières comédies, Corneille y a changé des centaines de vers. L'excellente édition de M. Marty-Laveaux a, pour la première fois, recueilli toutes ces variantes, qui ont un grand intérêt non-seulement pour l'histoire de la langue, mais pour l'histoire littéraire en général. Le recueil de 1644 nous montre, de la manière la plus frappante, le soin avec lequel Corneille revoyait ses ouvrages en les donnant à l'impression. La plupart des éditions postérieures ont été corrigées par lui avec la même sollicitude.

Le recueil de 1644 est un livre d'une haute importance, qui mérite de passionner tous les vrais bibliophiles.

Vendu: 505 fr., mar. r., Chédeau, 1865 (no 676).

99. OEVVRES || DE || CORNEILLE. || Tome II. || _A Paris, || Chez Augustin Courbé, dans la || petite Sale du Palais, à la Palme._ || M. DC. XXXXVII [1647]. Auec Priuilege du Roy. In-12.

Cette seconde partie des _OEuvres_ de Corneille, destinée à faire suite au tome Ier de 1644, ne constitue pas une édition séparée; c'est un recueil factice des éditions in-12 du _Cid_ (_Augustin Courbé et Pierre le Petit, s. d._); d'_Horace_ (_Courbé_, 1647); de _Cinna_ (_Quinet_, 1643); de _Polyeucte_ (_Sommaville et Courbé_, 1644); de _la Mort de Pompée_ (_Sommaville et Courbé_, 1644); du _Menteur_ (_Sommaville et Courbé_, 1644); de _la Suite du Menteur_ (_Sommaville et Courbé_, 1645); de _Theodore_ (_Quinet_, 1646); et de _Rodogune_ (_Quinet_, 1647).

Le recueil est précédé de deux feuillets contenant le titre et la table; il n'y a pas de privilége général. L'exemplaire de M. Bancel renferme en outre le portrait de 1644, mais ce portrait ne fait certainement pas partie du livre.

On trouvera la collation de chacune des pièces énumérées ci-dessus dans notre chapitre Ier (nos 12, 18, 21, 27, 33, 36, 41, 45, 48).

Vendu: avec un exemplaire du tome Ier de 1644, 3,850 fr., mar. bl., doublé de mar., avec comp. en mosaïque (_Chambolle-Duru_), B*** [Bordes], 1873(no 346);--6,000 fr., même exempl., Fontaine, 1874 (no 564);--4,000 fr., même exempl., Benzon, 1875 (no 243).

100. OEVVRES || DE || CORNEILLE. || Premiere [Seconde] Partie. || _Imprimé à Roüen, & se vend || A Paris, || Chez Augustin Courbé, || au Palais dans la petite Salle, || à la Palme_; [ou _Chez Antoine de Sommauille, || au Palais, en la Gallerie des Merciers, || à l'Escu de France_; ou _Chez Toussainct Quinet || au Palais, sous la montée de || la Cour des Aydes._] || M. DC. XLVIII [1648]. || Auec Priuilege du Roy. 2 vol. in-12.

_Premiere partie_: Portrait de Corneille par Michel Lasne; frontispice gravé (avec la date de 1645); titre imprimé et avis _Au Lecteur_; ensemble 4 feuillets prélim., 654 pp. et 1 f. blanc.

_Seconde partie_: 2 ff. pour le titre et l'avis _Au Lecteur_; 639 pp. et 2 ff. dont le dernier est blanc.

La première partie est semblable à celle de 1644 quant à l'impression et au nombre de pages, mais la composition est différente, comme il est facile de s'en convaincre par une foule de détails; par exemple par les suivants:

Page 11, 1re ligne:

1644: C'est en vain que l'_õ_ fuit, tost ou tard on s'y brule: 1648: C'est en vain que l'_on_ fuit, tost ou tard on s'y brûle (en deux lignes).

Page 21, dernière ligne:

1644: Pour vous _recomp[~e]ser_ du _temps_ que vous perdez. 1648: Pour vous _recompenser_ du _t[~e]ps_ que vous perdez.

Page 45, 4e ligne:

1644: Ie commence à m'estimer quelque chose puis 1648: Ie commence à m'estimer quelque chose

Page 131, 2e ligne:

1644: Mais vous monstrerez bien embrassant ma _def[~e]ce_ 1648: Mais vous monstrerez bien embrassant ma _deff[~e]ce_

Page 159, 1re ligne:

1644: Tu chercherois bien-tost moyen de t'en _desdire_ 1648: Tu chercherois bien-tost moyen de t'en _dédire_.

Page 281, dernière ligne:

1644: Du moins ces deux sujets balancent ton courage. 1648: DORINANT.

Sçais-tu bien que c'est là iustement mon visage?

Il y a dans l'éd. de 1648 deux lignes de plus, et l'accord ne se rétablit qu'au bas de la page 283.

Page 343, 1re ligne:

1644: Prenne ou laisse à son choix vn homme de merite.

Ce vers est le dernier de la page précédente dans l'éd. de 1648, et la p. 343 se termine par ce vers:

Allons chez moy, Madame, acheuer la iournée.

Page 527, 1re ligne:

1644: Contant nostre Hymenée entre vos _aduantures_, 1648: Contant nostre Hymenée entre vos _auantures_.

La Bibliothèque nationale possède un exemplaire de cette Première Partie relié en mar. r. par _Capé_ (Y + 5512 + B Rés.), qui est composé de fragments des trois éditions de 1644, 1648 et 1652. Nous pensons que nos indications suffiront pour mettre les amateurs à l'abri de pareilles supercheries. Telle est l'utilité des différences matérielles que nous signalons ça et là entre des éditions qui paraissent à première vue semblables.

La _Premiere Partie_ se termine par un privilége qui commence au bas de la p. 654 et se développe sur les deux pp. suivantes; on trouve à la fin un achevé d'imprimer du 30 mars 1648.

La _Seconde Partie_ contient sept pièces: _le Cid_, _Horace_, _Cinna_, _Polyeucte_, _Pompée_, _le Menteur_ et _la Suite du Menteur_. Elle est précédée d'un avis _Au Lecteur_ qui commence ainsi: «Voicy une Seconde Partie de Pieces de Theatre un peu plus supportables que celles de la premiere.» Cet avis n'a été reproduit que dans les éditions de M. Taschereau et de M. Marty-Laveaux. Le volume se termine par un privilége, qui commence au verso de la p. 639 et occupe entièrement le feuillet suivant.

Le privilége, daté du 25 février 1647, porte ce qui suit: «Nous avons permis et permettons par ces presentes à l'Exposant [_Augustin_ _Courbé_] d'imprimer, faire imprimer, vendre et debiter, en tous les lieux de nostre obeïssance, les Pieces de Theatre du sieur Corneille, Intitulées, _Clitandre_, _la Vefve_, _la Melite_, _la Gallerie du Palais_, _la Place Royalle_, _la Suivante_, _la Medée_, _l'Illusion Comique_, et autres qui ont esté desja mises en lumiere, avec Privileges du feu Roy nostre tres-honoré Seigneur et Pere, ou de Nous, desquelles le temps est expiré, et ce en un ou plusieurs Volumes, en telles marges, en tels caracteres, et autant de fois qu'il voudra, durant l'espace de sept ans, à compter du jour que chaque Piece ou Volume sera achevé d'imprimer pour la première fois en vertu des presentes.» _Augustin Courbé_, concessionnaire du privilége, déclare y associer _Antoine de Sommaville_ et _Toussaint Quinet_.

L'achevé d'imprimer de la _Seconde Partie_ est du 31 septembre 1648 (_sic_).

Au moment où parut ce recueil, trois autres pièces de Corneille avaient été publiées séparément: _Théodore_, _Rodogune_ et _Héraclius_. Les éditions de ces pièces n'étant pas encore épuisées, les libraires jugèrent inutile de les réimprimer pour en faire une seconde partie.