Part 13
De 1680 à 1700, M. Despois a relevé, sur les registres du Théâtre-Français, 12 représentations d'_Attila_ données à la ville et 3 à la cour. Depuis lors, la pièce que Boileau avait condamnée n'a pas été remise à la scène, mais peut-être assisterons-nous bientôt à une reprise qui sera pour la plupart des spectateurs une révélation. Un excellent artiste, qui est en même temps un homme de lettres et un érudit, M. Got, de la Comédie-Française, a, nous assure-t-on, la pensée de jouer _Attila_. Nul doute qu'il ne sache donner à ce rôle son véritable caractère.
Vendu: 120 fr., vél., Chédeau, 1865 (no 706).
XXX
87. TITE || ET || BERENICE. || Comedie heroïque. || Par P. Corneille. || _A Paris, || Chez Thomas Jolly, au Palais, dans la petite Salle, à la Palme & aux Armes de Hollande_; [ou _Chez Guillaume de Luyne Libraire || Juré, au Palais, dans la Gallerie || des Merciers, à la Justice_; ou _Chez Loüis Billaine, au Palais, au second || pillier de la grand'Salle, à la Palme, || & au grand César._ || M. DC. LXXI [1671]. || Avec Privilege du Roy. In-12 de 4 ff. et 76 pp.
Collation des feuillets prélim.: titre; 1 f. pour les extraits des auteurs; 3 pp. pour le _Privilége_; 1 p. pour la liste des _Acteurs_.
La page 76 et dernière est chiffrée par erreur 44.
Le privilége, daté du dernier jour de décembre 1670, est accordé pour neuf ans à Pierre Corneille; il offre cette particularité remarquable qu'il lui est donné non-seulement pour _Tite et Bérénice_, mais encore pour une «traduction en vers François de la _Thebaïde_ de Stace». On lit à la fin que «ledit sieur Corneille a cedé son droit de Privilege à _Thomas Jolly_, _Guillaume de Luynes_, et _Louis Billaine_, pour la comedie de _Tite et Berenice_ seulement, suivant l'accord fait entre eux.»
L'achevé d'imprimer est du 3 février 1671.
Du Ryer fit représenter, en 1645, une tragédie en prose intitulée _Bérénice_, qui fut mise en vers douze ans plus tard par Thomas Corneille. Cette pièce n'a point de rapport avec _Tite et Bérénice_. Voici la courte analyse qu'en ont donnée les frères Parfaict: «Criton, pour se soustraire à la cruauté de Phalaris, tyran d'Agrigente, se retire dans l'Isle de Créte, avec sa fille Bérénice. Le Roy de Créte, et Tarsis, fils de ce Roy, deviennent amoureux de Bérénice, qui est reconnue pour fille du Roy de Créte, et Tarsis, pour le fils de Criton. Le Roy consent au mariage de sa fille, avec Tarsis: c'est ce qui termine la Piece, qui est assez passable.» (_Histoire du Théatre François_, t. VIe, p. 384.)
Les biographes de Corneille et de Racine nous ont raconté tour à tour comment Henriette d'Angleterre fit secrètement inviter les deux poëtes à traiter un sujet qui devait lui rappeler les amours de Louis XIV et de Marie Mancini, et les sentiments qu'elle avait elle-même inspirés au roi son beau-frère. Les détails relatifs à ce «duel», dont le marquis de Dangeau fut le confident, ont été recueillis par M. Marty-Laveaux et M. Mesnard, et nous n'avons qu'à renvoyer à leurs excellentes éditions (_OEuvres de Corneille_, t. VIIe, pp. 185-196; _OEuvres de Racine_, t. IIe, pp. 343-362).
La pièce de Racine fut jouée le 21 novembre 1670; celle de Corneille ne le fut que huit jours après. La première fut représentée à l'Hôtel de Bourgogne; la seconde fut interprétée par la troupe de Molière. A la date du vendredi 28 novembre, on lit dans le Registre de Lagrange: «_Berenice._ Piece nouvelle de M. de Corneille l'aisné, dont on luy a payé 2000 livres.» Le public, désireux de comparer les deux ouvrages, accourut en foule à la première représentation. Les comédiens encaissèrent 1913 livres; c'est peut-être la somme la plus élevée qu'aucune soirée leur ait jamais rapportée. Le dimanche 30 novembre, la recette fut encore de 1669 livres; le mardi 2 décembre, de 935 livres, et le vendredi 12, de 1080 livres. C'était là, pour le moins, un succès de curiosité. La troupe de Molière donna de suite, pendant l'hiver de 1670-1671, 21 représentations de _Tite et Bérénice_.
La gazette rimée de Robinet nous révèle un fait curieux, qui n'a pas encore été signalé. Monsieur, veuf depuis le 30 juin 1670, eut la curiosité d'entendre, avant la représentation, la pièce de Corneille, dont l'origine lui était certainement connue. Corneille en fit la lecture chez lui le lundi 16 novembre. Voici en quels termes Robinet nous raconte cet incident dans sa _Lettre en vers à Monsieur_, du 22 novembre 1670:
Grand Prince, je fais conscience, De vous demander audience Des Façons de mon Impromptu Sans Flâme, Brillant, ny Vertu Lorsqu'encor, vous avez l'oreille Pleine des beaux Vers de Corneille, De ces vers entousiasmans Elevez, pompeux, et charmans, Dont, dimanche, il vous fit lecture: Où je fus, par bonne Avanture, Du nombre des maints Auditeurs Qui furent ses admirateurs Avec Vôtre Altesse Royale, Qui goûta ce charmant Régale, Mieux qu'on ne goûte, dans les Cieux, Le ravissant Nectar des Dieux. Tous mes discours vous seroient fades Aux prix de ces rares Tirades, Dont, à tous coups, à tous instans, Il enlevoit les ecoutans, Au prix, dis-je, de ces Saillies, De son plus beau feu, rejaillies, De ses rapides mouvemens, De ses fins et grands Sentimens, Et, bref, de tous ces traits de maître, Qu'il a fait, dimanche, paraître, Dans son Poëme merveilleux Et je dirois miraculeux, Pour qui, sans fin, se recrierent Les delicats qui l'écouterent, Disant, dans leur étonnement, Ou leur juste ravissement, C'est Corneille, le grand Corneille, etc.
Dans cette même lettre, Robinet fait figurer l'annonce de la prochaine représentation parmi les nouvelles importantes:
La premiere en forme d'avis, Dont maints et maints seront ravis, Est que ce Poëme de Corneille La _Berenice_ non pareille, Se donnera pour le certain, Le Jour de Vendredy prochain, Sur le Théatre de Molière.
Huit jours après, Robinet nous raconte qu'il n'a pu voir jouer _Bérénice_, n'ayant pu «sortir par la porte, pour une raison assez forte»; mais le 20 décembre suivant, il nous en donne un compte rendu complet:
La _Bérénice_ de Corneille, Qu'on peut, sans qu'on s'en émerveille, Dire un vrai-Chef-d'oeuvre de l'Art, Sans aucun Mais, ni Si, ni Car, Est fort suivie, et fort louée, Et, même, à merveille, jouée, Par la digne Troupe du Roy, Sur son Théatre, en noble arroy. _Mademoiselle de Moliére_, Des mieux, soûtient le Caractére De cette Reyne, dont le coeur Témoigne un Amour plein d'honneur. Cette autre admirable Chrêtienne, Cette rare Comédienne, _Mademoiselle de Beauval_, Sçavante dans l'Art Théatral, Fait bien la fiére Domitie: Et _Mademoiselle de Brie_ Qui tout joue agréablement, Comme judicieusement, Y pare grandement la Scéne, Parlant avec cette Romaine, Qui l'entretient confidamment Dessus l'incommode Tourment Que lui cause au fonds de son Ame Son Ambition, et sa Flâme. _La Torilliere_ fait Titus, Empereur orné de Vertus, Et remplit, dessus ma parole, Dignement, cet auguste Rôle. De mesme, le jeune _Baron_ Héritier, ainsi que du Nom, De tous les charmes de sa Mére, Et des beaux Talens qu'eut son Pére, Y représente, en son air doux, Domitian, au gré de tous, Dans l'amour tendre autant qu'extrême, Dont ladite Romaine, il aime. Enfin, leurs Confidans, aussi, les Srs Hubert du Croisi, Dont à côté les Noms voici, et La Grange. Y fait tres-bien leur Personnage, Et dans un brillant Equipage, Ainsi que tous, pareillement, Dont l'on ne doute nulement, Font dans le _Bourgeois Gentil-homme_, Où _La Grange_, en fort galant Homme, Fait le Rôle qui lui sied mieux, Sçavoir celui d'un Amoureux. Ayant vû l'une, et l'autre Piéce, Avec extase, avec liesse, J'en puis, ceci, mettre en avant, Et j'en parle comme un sçavant.
La _Gazette_ mentionne une représentation de _Tite et Bérénice_ donnée à Vincennes, devant le roi, le 21 janvier suivant.
Malgré les témoignages d'estime que nous venons de rapporter, Corneille ne fut pas satisfait du succès de sa pièce. Il sentait que le public préférait celle de Racine, et, pour se consoler, il s'en prit aux interprètes de son oeuvre. Ce sentiment se montra clairement, six ans après, dans le remercîment qu'il adressa au roi. En le remerciant d'avoir fait reprendre ses premières tragédies, il le priait de faire jouer aussi les dernières:
_Agésilas_ en foule auroit des spectateurs Et _Bérénice_ enfin trouverait des acteurs.
On peut conclure de ce passage que la troupe de Molière ne s'était pas distinguée dans _Tite et Bérénice_ autant que le disait Robinet. Elle remit cependant l'ouvrage de Corneille à la scène le 20 septembre 1678, et le joua neuf fois de 1678 à 1680.
Le tableau dressé par M. Despois ne mentionne aucune représentation de _Tite et Bérénice_; il n'est pas impossible, cependant, que cette pièce ait été donnée quelquefois par la Comédie-Française, à la fin du XVIIe siècle; mais, comme elle portait dans l'usage le simple titre de _Bérénice_, elle aura pu être confondue avec la tragédie de Racine.
Vendu: 20 fr. br., Chédeau, 1865 (no 707).
88. TITE || ET || BERENICE. || Comedie heroique. || Par P. Corneille. || _A Paris, || Chez Guillaume de Luyne, || Libraire Juré, au Palais, dans la Gallerie || des Merciers, à la Justice_; [ou _Chez Jean Guignard, dans la grand'Salle du Palais, à l'Image S. Jean_; ou _Chez Estienne Loyson, || à l'entrée de la Galerie des Prisonniers, || au Nom de Jésus_; ou _Chez Pierre Traboüillet, || dans la grand'Salle du Palais au Pilier des || Consultations, au Sacrifice d'Abel_]. || M. DC. LXXIX [1679]. || Avec Privilege du Roy. In-12 de 4 ff. et 76 pp.
Collation des feuillets prélim.: titre; 1 f. pour les extraits des auteurs; 2 ff. pour le _Privilége_ et la liste des _Acteurs_.
Le privilége, daté du 17 avril 1679, est accordé pour dix ans à _G. de Luyne_, qui déclare y associer _J. Guignard_, _E. Loyson_ et _P. Trabouillet_, «pour en jouir conjointement avec luy, suivant les parts et portions qu'ils ont en la présente comedie seulement.» C'est en vertu du même privilége que _G. de Luyne_ publia, en 1682, le _Théatre_ de Corneille, mais il n'y associa cette fois que _Loyson_ et _Trabouillet_.
Vendu: 5 fr. cart., Chédeau, 1865 (no 708);--15 fr., exempl. à relier, Catalogue Lefebvre (de Bordeaux), 1875 (no 70).
XXXI
89. PULCHERIE || Comedie || heroïque. || _A Paris, || Chez Guillaume de Luyne, Libraire || Juré, au Palais, dans la Salle des Merciers, sous || la montée de la Cour des Aydes, || à la Justice._ || M. DC. LXXIII [1673]. || Avec Privilege du Roy. In-12 de 4 ff. et 72 pp.
Collation des feuillets prélim.: titre, avec la marque de _G. de Luyne_ représentant la Justice; 3 pp. pour l'avis _Au Lecteur_; 2 pp. pour le _Privilége_; 1 p. pour la liste des _Acteurs_.
Le privilége, daté du 30 décembre 1672, est accordé à _Guillaume de Luyne_, pour une durée de cinq années. L'achevé d'imprimer est du 20 janvier 1673.
L'idée de composer une pièce dont la soeur de l'empereur Théodose fût l'héroïne dut venir à Corneille alors qu'il écrivait _Attila_. Il mit dans la bouche du roi des Ostrogoths, Valamir, un éloge de cette princesse, qui prouve bien que le caractère de cette femme, énergique autant que vertueuse, l'avait vivement frappé. Le poëme auquel Pulchérie donna son nom fut achevé longtemps avant la représentation. Mme de Sévigné, dans ses lettres du 15 janvier et du 9 mars 1672, parle de lectures faites par Corneille chez M. de la Rochefoucauld et chez le cardinal de Retz.
Ces lectures, auxquelles Donneau de Visé fait allusion dans le _Mercure galant_ du 19 mars, produisirent un effet des plus favorables. Le poëte avait eu le rare bonheur de trouver des auditeurs à qui les situations de _Pulchérie_ devaient naturellement plaire; il ne recueillit que des approbations. Huit mois s'écoulèrent cependant avant que le nouvel ouvrage se produisît en public; ce ne fut que le vendredi 15 novembre 1672 qu'il fut représenté. Robinet nous dit, le lendemain, dans une _Lettre en vers_ qui n'a pas encore été citée, qu'on a joué au Marais
Hier, certaine _Pulchérie_ En Beautez, dit-on, fort fleurie.
Après certaines équivoques du goût le plus douteux, Robinet ajoute:
Cette charmante _Pulchérie_ Est une belle Comédie Qu'on joua, pour le premier coup, Et qui plût, m'a-t'on dit, beaucoup.
Or point je ne m'en émerveille, Car elle est de l'Aîné Corneille, Et c'est à dire de celui, De qui tout Autheur d'aujourd'hui, Doit, certe, le Théatre apprendre, S'il veut, au Mêtier, se bien prendre.
En ce Dramatique nouveau, Sorti de son sçavant Cerveau, On m'a dit, aussi, que la Troupe Sembloit avoir le Vent en poupe, Et qu'enfin, il n'y manquoit rien, Ce qu'encore je croi trés-bien, Mais c'est tout ce que j'en puis dire, Attendant que, pour en êcrire, Et plus asseurement, et mieux, De mes Oreilles, et mes Yeux, Je puisse avoir le Témoignage, Que j'aime, toûjours, davantage.
Robinet ne manqua pas, en effet, d'aller au théâtre du Marais. Sa _Lettre en vers_ du 17 décembre contient un compte-rendu complet de la représentation:
J'ai trouvé toutes les beautez Que l'on en dit de tous côtez: Et cette belle _Pulchérie_, A part, ici, la Flaterie, M'en fit mêmes, voir, encor, plus. Par où je connus que Phoebus Conserve, dans le grand Corneille, La même vigueur nompareille, Et tout le beau Feu qu'on lui veid Dans son tendre et [tres] fameux _Cid_; Et qu'il a, depuis, fait paraître En tous ses Ouvrages de Maître, Par lesquels, jusques aujourd'hui Il tire l'Echelle après lui. O que ladite _Pulchérie_ Est, par tout, brillante, et fleurie, Et qu'en ce Sujet, bien écrit, On void de ces beaux trais d'Esprit, Particuliers à ce Corneille, Dont je dirai, toûjours, merveille, Tant je suis épris justement De son Cothurne si charmant!
Voici maintenant les noms des acteurs, que M. Marty-Laveaux n'avait pas retrouvés:
Primò, l'agréable _Dupin_, Dont le Corsage est si poupin, Et si chargé de Pierrerie, Y fait fort bien, la Pulchérie.
Mademoiselle _Desurlis_, L'un des Objets _les_ plus accomplis, Que l'Amour, nôtre commun Sire, Fasse briller dans son Empire, Y joue un grand Rôle, et des mieux, Avec son Air majestueux.
Item, Mad'moiselle _Marote_, Que pour bonne Actrice, l'on note, D'une Justine, y fait, aussi, Le Rôle, non coussi, coussi.
Léon, Amant de Pulchérie, Qui n'est pas assez attendrie, Pour lui présenter la Main, quand Il ne quadre pas à son Rang, Par _Douvilliers_, se représente, D'une façon, certe, excellente, Et montre, ne manquant en rien, Qu'il est un bon Comédien.
Martian qui, par Pulchérie, Sent, encor, d'Amour, la furie, Mais qu'il reprime comme il faut, Ainsi que je l'ay dit plus haut, Ce Vieillard, que, par politique, Cette Princesse qui s'en pique, Choisit, pour son Epous de Nom, En donnant sa Fille, à Léon, Est désigné fort bien encore Par _Verneuil_, je m'en remémore: Et le sieur _Désurlis_, enfin D'un Rôle politique et fin, Trés-méritoirement, s'acquite. Voila, donc, la Piéce dêcrite Tant bien que mal, de bout, en bout: Mais qui voudra mieux sçavoir tout, Aille la voir dessus la Scéne, Elle en vaut, ma foy, bien la peine.
Corneille, nous l'avons rappelé à propos de _Sertorius_ (no 80), avait pour _Mlle Marotte_, qui remplissait le rôle de _Pulchérie_, une estime particulière, mais cette actrice et le théâtre du Marais en général n'étaient pas en grande faveur auprès du public. «Je me contenteray de vous dire, ajoute le poëte, à la fin de son avis _Au Lecteur_, que bien que cette Piéce aye été réléguée dans un lieu, où l'on ne vouloit plus se souvenir qu'il y eust un Théatre, bien qu'elle ait passé par des bouches pour qui on n'étoit prévenu d'aucune estime, bien que ses principaux caractéres soient contre le goust du temps, elle n'a pas laissé de peupler le Desert, de mettre en crédit des Acteurs dont on ne connoissoit pas le mérite, et de faire voir qu'on n'a pas toujours besoin de s'assujettir aux entestemens du Siécle pour se faire écouter sur la Scene.»
Le succès dont parle Robinet et dont Corneille lui-même se félicite ne fut pourtant pas très-vif. Le 24 février 1673, Mme de Coulanges écrit à Mme de Sévigné que «_Pulchérie_ n'a point réussi». La pièce fut abandonnée par les acteurs qu'elle avait mis en crédit et n'a jamais été représentée après la mort de l'auteur.
Vendu: 50 fr., cart., Potier, 1870 (no 1236).
XXXII
90. SURENA || GENERAL || DES PARTHES, || Tragedie. || _A Paris, || Chez Guillaume de Luyne, Libraire || Juré, au Palais en la Salle des Merciers, || sous la montée de la Cour des || Aydes, à la Justice._ || M. DC. LXXV [1675]. || Avec Privilege du Roy. In-12 de 2 ff. et 72 pp.
Collation des feuillets prélim.: titre, au verso duquel se trouve l'_Extrait du Privilége_; 1 f. pour l'avis _Au Lecteur_ et les _Acteurs_.
Par le privilége, daté du 6 décembre 1674, il est permis à _Guillaume de Luyne_ «d'imprimer, ou faire imprimer, vendre et débiter, durant cinq années entières et accomplies une pièce de Théatre intitulée: _Suréna, General des Parthes, Tragédie_, composée par le sieur de Corneille.» L'achevé d'imprimer est du 2 janvier 1675.
Nous ne savons rien de cette dernière pièce de Corneille qui dut être jouée en novembre 1674. Corneille en avait emprunté le sujet à Plutarque, en ajoutant au récit de l'historien divers personnages et divers incidents imaginaires. On ne peut mettre en doute l'insuccès de _Suréna_, bien que nous ne possédions pas les lettres dans lesquelles Robinet devait donner des détails sur la représentation. La pièce tomba sans bruit; Corneille, accablé déjà par la mort de son second fils, sentit avec désespoir qu'il avait perdu la vigueur de la jeunesse. Il se tint désormais éloigné du théâtre, plein d'une sombre tristesse. Il souffrait surtout de la décadence de son génie, et nous retrouvons ce sentiment dans tout ce qu'il écrivit jusqu'à sa mort. Par surcroît de malheur, le Roi suspendit ses libéralités, et l'auteur du _Cid_ fut plongé dans la misère. Aucune histoire ne fait une plus douloureuse impression que celle des dernières années de Corneille.
La bibliothèque Cousin possède un exemplaire de _Suréna_, relié en maroquin rouge aux armes de Colbert. Ne serait-ce pas un exemplaire de dédicace envoyé par l'auteur au premier ministre, avant qu'il lui écrivît la lettre déchirante dans laquelle il sollicita son intervention auprès du Roi (Marty-Laveaux, t. Xe, pp. 501 sq.)?
II. PIÈCES DE THÉATRE ÉCRITES PAR DIVERS AUTEURS
AVEC LA COLLABORATION DE CORNEILLE.
I
91. LA || COMEDIE || DES || TVILERIES. || Par les cinq Autheurs. || _A Paris, || Chez Augustin Courbé, Imprimeur, & || Libraire de Monseigneur Frere du Roy, dans la || petite Salle du Palais, à la Palme._ || M. DC. XXXVIII [1638]. || Auec Priuilege du Roy. In-4 de 10 ff. et 140 pp.
Collation des feuillets prélim.: titre avec la marque de _Courbé_; 2 ff. pour l'épître «A Monseigneur le Chevalier d'Igby,» signée _J. Baudoin_; 3 pp. pour l'avis _Au Lecteur_; 2 pp. pour le _Privilége_; 1 p. pour les _Acteurs_; 4 ff. pour _Les Tuilleries, Monologue_.
Le privilége, accordé pour sept ans à _Courbé_, est daté du 28 mai 1638; l'achevé d'imprimer est du 19 juin de la même année.
La _Comédie des Tuileries_ est l'oeuvre collective des cinq auteurs que Richelieu avait entrepris de faire travailler sous sa direction: Boisrobert, Colletet, Corneille, L'Estoile et Rotrou. Pellisson (_Histoire de l'Academie Françoise_, Paris, 1653, in-8, p. 181) nous a donné quelques détails curieux sur cette collaboration à laquelle Richelieu avait recours pour achever une comédie en un mois. C'est par lui que nous connaissons la fameuse anecdote des cinquante pistoles données par le cardinal à Colletet pour les vers sur le canard, qui figurent dans le _Monologue des Tuileries_. Les cinq auteurs se répartirent les actes de la pièce dont Richelieu avait fait le plan. D'après une tradition très-probable, recueillie par Voltaire, le troisième acte de la tragédie serait échu à Corneille; on y trouve en effet plusieurs passages qui rappellent sa manière.
Nous connaissons la date exacte de la représentation des _Tuileries_. La _Gazette_ du 10 mars 1635 nous apprend que cette comédie avait été jouée devant la Reine le 4 mars précédent. Le numéro du 21 avril parle d'une autre représentation donnée pour le duc d'Orléans cinq jours auparavant.
L'auteur de la dédicace au chevalier d'Igby est J. Baudoin, académicien qui se fit un nom en signant les ouvrages des autres. Baudoin, qui présenta de même au public l'_Aveugle de Smyrne_, écrivit l'avis _Au Lecteur_, dans lequel on trouve un long éloge de la pièce: «Vous sçavez, y est-il dit, avec quelle magnificence elle a esté representée à la Cour, et que ceux qui l'ont veuë en ont tous admiré la conduitte, et les decorations de Theatre.... Vous sçaurez au reste qu'elle a esté faite par cinq différens Autheurs, qui pour n'étre pas nommez, ne laissent pas toutesfois d'avoir beaucoup de Nom; et les Ouvrages desquels sont assez connus d'ailleurs, pour vous faire advouer le merite de celuy-cy.»
Vendu: 30 fr., v. m., Huillard, 1870 (no 599).
92. LA || COMEDIE || DES || TVILERIES. || _S. l. n. d._ [_A Paris, Chez Augustin Courbé, 1638_], pet. in-12 de 7 ff. et 100 pp.
Collation des feuillets prélim.: frontispice gravé; 2 ff. pour la dédicace; 4 ff. pour l'avis _Au Lecteur_, le _Privilége_ et les _Acteurs_.
Le frontispice gravé, qui tient lieu de titre, représente une femme assise dans une allée des Tuileries et qui joue de la guitare; près d'elle se tient un gentilhomme en costume du temps. Au-dessus des deux personnages se trouve le titre reproduit ci-dessus; en bas, dans l'angle de gauche, le nom du graveur _Daret_.
Le premier feuillet de texte est signé par erreur _[=e]iij_, au lieu de _[=e]iiij_; il appartient au même cahier que les trois ff. précédents.
Le privilége et l'achevé d'imprimer sont les mêmes que dans l'impression en grand format.
Cette édition, à laquelle l'édition in-12 du _Cid_ (no 10) a servi de modèle, est d'un format très-petit (la justification varie entre 90 et 95 millim. en hauteur, sur 49 en largeur); elle est remarquablement imprimée. On dit que la composition fut faite avec des caractères d'argent qui servirent, en 1656, à l'impression de la Bible de Richelieu, mais cette tradition paraît pour le moins fort douteuse.
Nous donnons à cette édition la date de 1638, à cause de l'analogie qu'elle présente avec la petite édition du _Cid_, que nous avons rapportée à l'année 1637 (no 10), et parce qu'il nous paraît probable qu'elle a dû être exécutée en même temps que l'édition in-4. M. Brunet (_Manuel du Libraire_, 5e édition, t. IIe, col. 71) lui donne la date de 1648, mais il reproduit évidemment une faute d'impression qui se trouve dans le catalogue Soleinne (no 1129).
Vendu: 70 fr., mar. citr. (_Trautz-Bauzonnet_), Cat. Potier, 1859;--100 fr., même exemplaire, Chédeau, 1865 (no 714).
II
93. L'AVEVGLE || DE || SMYRNE. || Tragi-Comedie. || Par les Cinq Autheurs. || _Chez Augustin Courbé, Imprimeur & || Libraire de Monseigneur Frère du Roy, dans la || petite Salle du Palais, à la Palme._ || M. DC. XXXVIII [1638]. || Auec Priuilege du Roy. In-4 de 4 ff. et 146 pp.