Bellefleur: Roman d'un comédien au XVIIe siècle
Part 10
Je pris le coche de Chartres, qui me conduisit à Paris en deux journées seulement, et étant descendu dans une auberge qui avait bon air, je m'occupai d'abord à bien me décrasser de la poussière du chemin, après quoi je commandai à l'hôte de mettre un poulet à la broche et de tirer de son meilleur vin, accomplissant toutes ces choses avec la liberté d'esprit et le contentement d'un homme qui se verrait par quelque miracle subitement tiré de la tempête et entré dans la bonace.
Dès que j'eus dîné de la manière que j'ai dit, je m'en fus en droiture à la rue Mazarine, proche celle Guénégaud, où la troupe s'était retirée depuis la mort de Molière, pour voir la comédie que l'on donnait ce soir-là, et qui se trouva être le _Misanthrope_. M'étant fait ouvrir une loge, j'entendis cette pièce parfaite, et qui a mérité d'être placée au-dessus même des ouvrages des anciens par la peinture des caractères et la force de l'expression; mais j'eus peine à retenir mes larmes en voyant, au lieu de l'aimable Molière, l'impertinent Baron dans le personnage d'Alceste. A la vérité, ce comédien avait du mérite, et l'on a sans doute eu raison de dire qu'il avait atteint la perfection dans son art, mais de le considérer de la sorte, et si l'on peut ainsi parler, dans la peau et sous les habits d'un homme que j'avais si passionnément aimé, de voir auprès de lui Mlle Molière remplir ce rôle de Célimène que je savais avoir été écrit pour elle dans les transports de la jalousie la plus cruelle ou les espérances d'un invincible amour, de trouver ainsi rassemblés sous mes yeux les deux êtres pour qui Molière avait montré un si fort attachement et payé d'une extrême ingratitude, cela me parut si touchant, si neuf et si déplorable, que le ressentiment de cette heure est toujours depuis demeuré en moi.
Après le _Misanthrope_, on donnait l'_Inconnu_, du fameux Thomas Corneille; entre les deux pièces, La Grange vint tenir l'emploi d'orateur, qui était auparavant celui de Molière. Son compliment ne fut pas mauvais, il y montra du feu et une honnête hardiesse, mais sans égaler la bonne grâce, la politesse et la modestie de celui qui l'avait instruit.
Étant passé sous le rideau, à la fin du spectacle, j'allai saluer Mlle Molière, qui faisait paraître un visage de veuve, je veux dire serein et riant, en même temps que le maintien d'une femme qui veut cesser de mériter ce beau titre et ce beau front, et je pus juger sur l'air sournois et passionné d'un comédien nommé Guérin d'Étriché, qui se trouvait là, qu'elle songeait, comme on l'a dit plus tard, à remplacer son mari d'esprit
Par un de chair qu'elle aimait davantage.
Poussant un peu plus loin mes pas, je cherchais La Grange pour lui faire mes honnêtetés quand, entrant dans la chambre des comédiennes, je me vis soudainement devant une jeune personne qui était grande et bien faite, quoique peu jolie, et que je crus reconnaître pour l'avoir vue autrefois, étant petite, s'amuser aux jeux des enfants dans quelque coin de la scène, devant que la toile ne fût levée. Je m'approchai de la fille de Molière et, l'ayant saluée, je lui dis que j'avais sujet de me louer du sort, puisque je me trouvais devant une personne dont le père m'aimait et pour qui j'avais toujours fait profession de la vénération et de l'amour qu'un fils peut avoir.
Nous nous entretînmes ensuite quelques instants de la sorte, et j'appris de cette demoiselle que sa mère l'avait fait entrer au couvent, dans l'espérance qu'elle y resterait tout à fait, mais que, ressentant pour la vie religieuse une aversion insurmontable, elle avait enfin obtenu de revenir auprès de Mlle Molière.
—Mais, lui dis-je, quel est votre âge présentement?
—Chut! me répondit-elle, j'ai quinze ans et demi; mais n'en dites rien à ma mère.
Montrant ainsi qu'elle avait compris la cause pour laquelle on avait du dépit d'une aussi grande fille.
Dans le moment que nous parlions tous deux, nous vîmes un homme assez bien fait, quoique vieillard de quarante ans approchant, qui semblait me considérer d'un œil mortifié, jusqu'à ce que la petite Molière lui eut fait connaître qui j'étais et m'eut dit que c'était un gentilhomme nommé le sieur de Montalant à qui elle avait de grandes obligations. Je ne savais pas bien ce qu'elle entendait par là, mais dans la suite ce Montalant ayant épousé cette Iphigénie, je connus que le meilleur office que l'on puisse rendre à une fille est de la soustraire au cloître et de lui donner un mari même barbon.
Après avoir salué la jeune personne, M. de Montalant lui demanda d'un air vif:
—Savez-vous quel est le dessein de Mlle Molière en faisant voiturer cette grande masse de bois que l'on voit au cimetière Saint-Joseph sur la tombe de votre père? Il y a là pour le moins cent voies.
—Non, vraiment, s'écria la petite, et je vous prie de me faire connaître la raison de cette fantaisie étrange et nouvelle, car pour ma mère, dès la comédie faite, elle partit.
—Sur ce pied-là, repartis-je, il n'y a qu'à faire venir des porteurs et nous irons en chaise jusqu'à l'endroit que Monsieur dit; il n'y a rien, au surplus, qui soit si pressé pour moi que d'aller faire mes dévotions sur une si illustre pierre.
Étant arrivés dans le cimetière Saint-Joseph, nous vîmes que de grands feux s'élevaient au-dessus d'une tombe, qui passait d'un pied hors de terre, et qu'autour de ces feux une quantité de misérables assemblés se chauffaient avec de grandes démonstrations d'une joie qui se pouvait concevoir par comparaison avec la violence du froid de l'hiver. Les flammes, en montant dans la nuit et parmi les solitudes sépulcrales du lieu, faisaient une image parfaite de l'enfer, et, pour achever le tableau, on pouvait fort bien considérer comme figures de damnés les gens qui, pour s'approcher plus du foyer, se battaient et se mordaient, ou ceux qui, assommés par les effets de la chaleur, dormaient étendus tout autour dans la fange humide et grasse.
Un archer du guet, qui se trouvait là et considérait philosophiquement ces choses à la manière de ceux de sa corporation, nous dit effectivement que c'était un bienfait de Mlle Molière qui, pour honorer la mémoire de son mari, faisait aux pauvres du quartier des largesses de chauffage.
Nous qui savions combien cette mémoire était lointaine et prête à s'évanouir devant les flambeaux d'un autre hyménée, nous ne pûmes nous empêcher de nous entre-regarder en silence. J'ai cru depuis que cette flambée charitable était comme l'excuse dernière d'une veuve croyant expier par ce grand déploi de flammes envers un mort, celles dont elle rougissait de brûler pour un vivant.
—Esprit, disait M. de Montalant, chère Esprit, voilà qu'il est tard et qu'il faut rentrer au logis.
Je ne connus pas d'abord à qui ce discours s'adressait, et je me sus mauvais gré, tout de suite après, d'avoir oublié le nom de la fille de Molière. N'était-il pas juste cependant, que le seul des enfants qui eût survécu au comique s'appelât _Esprit_?
Le lendemain, le hasard ou l'enchaînement de mes pensées me conduisirent de nouveau dans le cimetière de Saint-Joseph. La pierre qui recouvrait la tombe s'était fendue en deux, par l'effet du feu. Je crus que, durant la nuit, l'âme de Molière avait pu s'élever à travers cette fente pour se mêler un peu à celles du populaire qui se chauffait à cette flamme et s'égayait à cette clarté, image des foules de l'avenir qui s'éclaireront éternellement à la lumière de son génie et se réjouiront à la chaleur de sa gaieté.
XXVII
LA REVANCHE DE THALIE ET DE THÉMIS
Quand Scapin eut été pourvu d'une charge de président, par la grâce de M. de Moncontour et par le canal du serin qui fit en même temps de ce marquis un maréchal de France; quand la souquenille rayée du valet de comédie eut été remplacée sur mon dos par la robe noire du magistrat, et qu'au lieu des feux du théâtre je reçus les épices du tribunal, je ne trouvai point finalement que ma condition fût changée sensiblement. J'imaginais parfois que les plaideurs acharnés à disputer devant moi n'étaient que les personnages d'une scène que nous répétions; et pour l'assemblée qui venait parfois bâiller à l'audience—j'entends les jours d'hiver où je faisais allumer de grandes bourrées dans l'âtre ou quand il s'agissait de l'honneur d'un voisin—elle figurait parfaitement à mes yeux les spectateurs. Ils montraient effectivement le même goût, qui est de siffler l'acteur quand il joue bien et d'approuver le magistrat s'il opine mal.
Cependant Angélique, ma femme, n'était pas apparemment de ce sentiment, et le fit bien voir; car, s'étant montrée aussi stérile que le sont, au dire des voyageurs, les déserts sablonneux de la Lybie, du temps que j'étais Scapin, elle s'appliqua—sitôt que je fus président—à concevoir, chaque année, des enfants dont je me crois tendrement le père, ce qui fit qu'en un peu moins de six ans nous en comptâmes un peu moins que la demi-douzaine, je veux dire cinq, que j'élevai de la manière que je vais dire.
Le premier, qui était un fils, fut appelé par nous M. de la Bertrandière, du nom d'une certaine seigneurie que j'acquis à bon compte après la mort d'un traitant que j'avais fait pendre. M. de la Bertrandière n'eut pas plutôt atteint l'âge de sept ans que, cessant de le laisser polissonner, comme il avait fait jusqu'alors, avec les petits garçons du pays, j'ordonnai qu'il passerait des mains des femmes dans celles des hommes, et par là j'entendais n'être plus cousu aux jupes de la maritorne qui préparait nos repas, mais attaché aux basques de l'huissier qui écrivait mes procès-verbaux. Pour le second, qui fut aussi du sexe masculin, sa mère jugea que ce serait lui faire tort de le destiner à moins qu'à la prélature, et nous commençâmes à le nommer M. l'abbé, le jour qu'on lui ôta les lisières. Après cela vinrent deux filles, Isabelle et Armande, puis un fils, qui fut le Chevalier, car nous le crûmes assez bon gentilhomme pour être admis à faire ses caravanes sur les galères de l'ordre de Malte. On peut juger par là que nous ne songions guère, pour notre géniture, à la ranger sous les lois de Thémis ou de Thalie, origine et source de notre fortune, mais les fumées ambitieuses de ma femme et le soin de sa grandeur faisaient qu'elle souffrait assez impatiemment de me voir robin, pour ne point vouloir permettre que ses fils endossassent le harnais des chevaliers de la procédure. Et, pour le théâtre, elle ne se souvenait pas, je pense, que j'eusse été comédien.
On fit faire, par le tailleur du village, un habit de cavalier au gentilhomme, un vêtement de prébendier à l'ecclésiastique et un équipage militaire pour le profès. Pour les filles, elles eurent de beaux damas et des rubans à la mode des dames de la cour, car nous nous serions écriés à l'idée qu'elles pussent n'avoir pas, plus tard, le tabouret à Versailles, ou tout au moins des pages à Paris.
Après cela, nous fîmes venir un magister pour apprendre le rudiment et surtout donner le fouet à mes fils, avec un maître à danser pour montrer à nos filles les façons de la bonne compagnie, et contents d'avoir ainsi pourvu à la fortune future de nos descendants, nous pûmes enfin librement nous livrer à nos occupations coutumières, qui étaient pour Angélique de contester avec les vieilles femmes du village, et pour moi, les jours que je ne jugeais point, de vider quelques flacons chez les uns ou chez les autres en discourant sur les affaires publiques ou les biens de la terre.
Or, un matin que je revenais de chez le curé du lieu, qui était bon compagnon et avait entrepris de faire mon salut, par le moyen d'un excellent vin qu'il avait dans son cellier, je fus surpris, au détour de quelque charmille, d'entendre dans une partie écartée de mon jardin un murmure de voix alternées. M'étant avancé un peu plus, je distinguai, sur une terrasse terminée par deux rampes assez majestueuses, une petite troupe de gens qui semblaient faire des cérémonies, s'abordaient avec des révérences ou se promenaient pompeusement deux par deux en discourant. Comme j'avais pu me dissimuler derrière une allée d'arbres, j'arrivai assez près pour être confondu de voir que c'étaient mes fils et mes filles qui s'étaient concertés pour jouer la comédie.
Il y avait là aussi quelques polissons du village, réunis sans doute pour servir de spectateurs, et qui marquaient assez n'avoir pas payé leurs places en poussant plus souvent de longs sifflets d'improbation que faisant des battements de mains, même aux endroits les mieux touchés. Cependant Isabelle, l'aînée de mes filles, montrait des mines et se servait de l'éventail de la bonne manière, tandis qu'Armande, en suivante qui connaît ses devoirs, marchait derrière sa sœur avec un maintien à la fois modeste et effronté. Le chevalier, qui ne comptait pas plus de cinq printemps, figurait un page et s'appliquait en conscience, sans cesser toutefois de plonger ses doigts dans son nez, à porter la queue de la dame, tandis que M. de la Bertrandière, un poing sur la hanche, et tenant de l'autre main une canne qu'il m'avait dérobée, s'avançait à pas comptés, comme un seigneur auprès de son infante. Pour l'abbé, il montrait une apparence austère la plus bouffonne du monde et paraissait plongé dans des pensers profonds, qui ne le détournaient point, à la vérité, du soin de croquer un massepain qu'il tenait fort gracieusement en manière de tabatière.
Après qu'ils eurent ainsi représenté je ne sais quelle scène de leur imagination,—car les paroles n'arrivaient pas jusqu'à moi,—je les vis débattre un moment sans doute sur le jeu qu'ils voulaient essayer; après cela, l'abbé partit en courant du côté de la maison, pendant que les fils de mon fermier apprêtaient avec beaucoup de gravité une manière de siège, où M. de la Bertrandière s'assit dès que son frère eut rapporté ma robe de juge qu'il m'avait empruntée sans me consulter.
Les deux petits paysans qui, décidément, figuraient les archers dans cette mascarade, amenèrent alors un garnement tenant encore à la main la poire qu'il venait de dérober dans mon verger. Il me parut qu'il était jugé dans les formes, car, après interrogatoire, et ayant écouté d'un air indolent la plaidoierie de l'abbé, mué pour la circonstance en avocat, mon pendard de fils, qui imitait mes façons avec une effronterie pour laquelle je prévoyais le fouet,—feignant de dormir et de s'éveiller brusquement pour invectiver l'accusé, contrefaisant le défenseur dans l'endroit le plus pathétique, ou lorgnant les deux dames, ses sœurs, en prononçant la condamnation,—commanda d'un ton de bonne humeur que l'on emmenât le voleur pour le pendre promptement.
Dans le moment, la suivante vint annoncer la dame à M. le président, qui s'entretint quelque temps avec elle d'un air égrillard, et, un peu après, le page apporta au juge un sac fort pesant rempli de sable en manière d'écus, sur quoi le prisonnier fut délivré et eut licence de s'en aller, ce qu'il fit en achevant de manger sa poire.
J'étais si transporté de fureur de voir ces marauds d'enfants représenter ainsi la justice que, levant mon bâton et paraissant sur la terrasse, je mis du coup en déroute toute la bande, qui s'enfuit laissant par terre ses hardes et ma robe, défroques déplorables de l'art comique et de l'appareil judiciaire.
DOCUMENTS
«Les mémoires de Louis Morellet, sieur de La Fontette s'arrêtent ici; on sait peu de choses sur ses dernières années qu'il vécut dans la retraite et occupé du soin de son salut, car il devint fort dévot après la mort de sa femme, disant que la mauvaise humeur naturelle d'Angélique l'ayant sûrement conduit au purgatoire et pour longtemps, il voulait essayer de gagner le ciel en droiture afin d'y goûter un peu de repos pendant l'éternité en attendant que sa femme vînt le rejoindre dans le sein de Dieu.
On doit croire, que, selon ses desseins, l'un de ses enfants suivit la voie des armes, car un La Fontette figure parmi les officiers tués pendant la retraite de Prague, mais, malgré nos recherches, nous n'avons pu retrouver le destin des deux autres, qui, vraisemblablement, n'ont pas laissé postérité. Une des filles de Bellefleur se fit comédienne contre son vœu; on croit qu'il mourut du chagrin que lui causa cette disgrâce. Thérèse Morellet était grande, spirituelle et libre, elle dansa à l'Opéra et sut plaire. C'est elle qui fit à Mlle Le Rochois, qui lui enseignait un rôle d'amante abandonnée adressant ses adieux à celui qu'elle adore, une réponse célèbre:
—Pénétrez-vous de la situation, disait le professeur; si vous étiez délaissée par un homme que vous aimeriez avec passion, que feriez-vous?
—Je chercherai un autre amant.
On a sujet de croire, surtout après cela, que la seconde fille de Bellefleur fut nonne.
(Extrait de l'ouvrage—introuvable aujourd'hui: «CONSIDÉRATIONS SUR LA TROUPE DE MOLIÈRE, _avec des notes pour servir à l'histoire de la descendance des acteurs et actrices de l'illustre théâtre pour faire suite à celles de M. de Grimarest_» (1764).)
Portrait de Bellefleur, par Mme la maréchale de Moncontour (_Mémoires_):
«Sa taille ne passait guère la médiocre, mais elle était bien prise et sentait l'homme de condition. Il avait la figure ronde, avec des yeux pleins de feu et en tout la mine d'un honnête homme, quoiqu'au théâtre il ne jouât que les valets. Bellefleur épousa une manière de fille de qualité qui la lui fit payer bien cher par ses dégoûts, et l'obligea de quitter le théâtre qu'il aimait. Par la suite, il devint président et dévot. Sans doute qu'il se souvenait de Perrin Dandin et de Tartuffe. On assurait qu'il était gentilhomme, mais il peut être tenu pour certain que jamais ses ancêtres n'avaient gagné tant de batailles ni obtenu tant de renom avec leurs épées, qu'il ne remporta l'un et l'autre avec son dos et sous le bâton.»
Il y a quelques années, au moment où je rassemblais et déchiffrais les feuillets épars et inédits des Mémoires de Bellefleur, le hasard—ou pour parler plus franc,—le succès d'une piste habilement suivie me conduisit à retrouver dans le Loir-et-Cher un certain baron de Lafontette, qui paraissait dans une situation de fortune assez belle et qu'on me dit infatué de noblesse d'une manière qu'on ne rencontre plus qu'en province chez les personnes inoccupées. Sous prétexte de recherches généalogiques je parvins à entrer en rapport avec M. de Lafontette qui ne me cacha pas que sa famille remontait à la plus haute antiquité. L'ayant interrogé sur le président de Lafontette, il me répondit que peut-être des cadets de sa maison avaient pu à un moment donné entrer dans la robe, mais que son ascendance directe était d'épée et qu'on pouvait retrouver à chaque page de l'histoire de France les traces des grands coups d'estoc,—il prononçait _estoc_ avec une évidente complaisance,—fourni par les siens.
J'osai lui glisser quelques mots de Bellefleur en m'informant s'il n'avait pas quelques notions sur ce personnage de son nom, mais il rejeta avec hauteur la corrélation que j'avais paru vouloir établir entre cet histrion, dit-il, et son aïeul.
Cependant les registres de l'état civil consultés par moi donnent cette indication: _Acte de naissance de Louis, Joseph, Charles, Léon Morellet de Lafontette, fils de, etc._
Ce M. de Lafontette a un fils qui n'a pas cru devoir immobiliser son activité dans les opinions réactionnaires de sa famille et qui occupe actuellement au ministère de l'Instruction publique une situation prépondérante et occulte. Son influence s'exerce d'une manière assez sensible dans le choix des croix attribuées aux comédiens comme professeurs ou fonctionnaires.
Paris.—L. MARETHEUX, imprimeur, 1, rue Cassette.—5326.
TABLE
Pages. I Le panier d'œufs. 1 II Pharasmane. 9 III Les six sous de la tourte. 16 IV La peau du lion. 24 V Le nabot. 32 VI Le philtre. 39 VII L'injuste trépas. 46 VIII L'opinion de Corneille. 56 IX Molière inquiet. 65 X Les deux pendus. 73 XI Les trois couples. 84 XII Le souper d'Auteuil. 92 XIII Le Gascon fâché. 100 XIV Scapin héros. 108 XV Les matassins. 115 XVI «Phèdre». 123 XVII La batonnade Scapin. 130 XVIII Le jeu de l'amour et de la comédie. 139 XIX Le notaire supposé. 147 XX Le mariage comique. 156 XXI L'assaut burlesque. 165 XXII Le pédant malavisé. 174 XXIII La mort de Molière. 182 XXIV Le chagrin de M. de Moncontour. 193 XXV Le président Scapin. 202 XXVI La pierre fendue. 211 XXVII La revanche de Thalie et de Thémis. 219 Documents. 227 Table. 233
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