Part 2
_Le cas de la « dépression Sud-Tinghert » me semble obliger à ne pas être affirmatif et à admettre la possibilité du rôle essentiel de l’action du vent combinée à celle alternée des orages violents, de la gelée, de la sécheresse, de l’insolation et de la corrasion, dans la formation de grandes dépressions dans les sédiments crétacés du Sahara français sud-constantinois, en attendant que de nouvelles observations sur cette dépression nous fixent définitivement sur son origine._
On doit admettre que l’action du vent, jointe à celle des autres agents énumérés plus haut, n’est pas négligeable et contribue au moins à donner de l’ampleur aux effets de l’action des oueds.
=Des troncs d’arbres silicifiés.=
Quelle est la date à laquelle il faut faire remonter la constitution des amas de bois et de troncs d’arbres, depuis silicifiés, que l’on rencontre au Sahara ?
Flamand les place dans l’Albien.
Je m’élève contre cette affirmation.
Certains au moins des bois silicifiés du Sahara sont de date postérieure. J’ai trouvé en effet au Nord de la Hamada de Tinghert, près de Hassi Pujat (que les Arabes appellent Hassi Bekbort), des formations considérables de bois silicifiés dont certains troncs avaient plus de 50 centimètres de diamètre et 1 ou 2 mètres de long. Ces superbes débris jonchaient le sol et témoignaient par leur abondance et la taille de certains d’entre eux, de la formation de ces amoncellements de bois flottés et de leur silicification en cet endroit même.
Or, ces dépôts reposent sur des formations post-crétacées, _ce qui me fait admettre pour ces bois silicifiés l’âge tertiaire_.
Cette date ne semble pas exceptionnelle : Beadnelle, donne à certains bois silicifiés de Beharieh, en Egypte, qui semblent tout à fait comparables, l’âge post-éocène.
Quant aux bois silicifiés déclarés albiens ou crétacés, je crois qu’une sévère révision de leurs conditions de gisement pourrait bien amener un changement dans l’âge attribué à certains d’entre eux.
Il est intéressant de noter que la silicification des bois semble à certains auteurs avoir toujours été liée à l’existence d’un climat désertique.
La démonstration de la présence de bois silicifiés dans plusieurs niveaux du complexe crétacico-tertiaire sud-constantinois pourrait donc être considérée, en admettant que la silicification n’ait pas été opérée partout à la même date, comme un argument en faveur de l’hypothèse de l’antiquité récurrente du climat désertique dans ces régions, de l’existence de plusieurs époques de ce climat au Crétacé et au Tertiaire avant l’époque actuelle.
=Du Crétacé de Tinghert et du Djoua.=
Ainsi donc, au Sud, au voisinage du Massif Central Saharien primaire, les bords relevés (peut-être par des mouvements alpins) de la cuvette crétacico-tertiaire constituent la Hamada de Tinghert.
Les formations crétacées y forment des plateaux doucement inclinés vers le Nord et terminés en falaises ou krebs au Sud.
On distingue trois gradins principaux dont les krebs ont été désignés par Cortier sous les noms de kreb d’In-Eddi, kreb de Tefist et kreb du Djoua. (Le kreb du Djoua étant le plus méridional et correspondant aux formations les plus basses de la série crétacée.)
Les étages représentés d’une façon certaine sont le _Cénomanien_, le _Turonien_ et le _Sénonien_, à facies en général marno-calcaire (les argiles multicolores à gypse sont très développées à la base du kreb du Djoua où elles sont, semble-t-il, cénomaniennes et du kreb d’In-Eddi où elles paraissent sénoniennes).
Une étude de cette série crétacée de Tinghert avec la distinction de ses niveaux fossilifères paraîtra ultérieurement.
Quant à l’existence de l’Albien marin à la base de la série, elle n’est pas certaine (pas plus qu’en Tripolitaine d’ailleurs).
Le kreb du Djoua nous a fourni en abondance à sa partie supérieure des fossiles marins cénomaniens.
Ces formations fossilifères sont supportées par des argiles multicolores à gypse et à niveaux gréseux — formations lagunaires — d’âge indéterminé.
Ce sont ces argiles avec leurs formations de sables et grès tendres qui constituent le fond de la dépression du Djoua, qui longe le kreb du Djoua au Sud.
Dans ce fond, Foureau a recueilli des fossiles[13] ; ils ont été étudiés par M. Haug. Parmi eux, il n’est aucune espèce caractéristique de l’Albien qui permette d’attribuer avec certitude à l’Albien ces argiles, plutôt qu’au Cénomanien.
Plus au Sud, la dépression du Djoua est limitée par les sables de l’Erg d’Isaouan.
Il semble que vers ce contact les argiles multicolores, à niveaux sableux de plus en plus abondants passent à un complexe argilo-sableux et argilo-gréseux, d’âge indéterminé également, qui représente pour une part peut-être des formations _continentales_ constituées au cours de la période d’émersion post-carbonifère, ante-cénomanienne, sans qu’il soit possible de préciser davantage.
Ainsi, il n’est pas prouvé, pour le moment, que la transgression méso-crétacée ait atteint la région de Tinghert dès l’Albien.
_On ne connaît pas d’Albien marin certain à la base du Crétacé._ Les formations crétacées marines les plus basses datées d’une façon incontestable sont cénomaniennes.
_La transgression crétacée marine n’est certaine que pour l’époque cénomanienne._
A partir de l’Erg d’Isaouan vers le Sud on ne trouve plus de formations crétacées ou secondaires avant le Soudan où le Crétacé affleure au Sud du Massif Central Saharien ancien, suivant une bande continue, entre le 16e et le 18e degrés de latitude, allant de la région d’Agadès à Tabanckort, dans laquelle l’on retrouve le pendant des krebs de Tinghert dans ceux de Tamaïa.
Au Sud de l’Erg d’Isaouan s’étendent donc les pays primaires du Massif Central Saharien.
* * * * *
[Note 2 : Ou des mouvements épirogéniques.]
[Note 3 : Ou, si l’on préfère, « que l’Afrique du Nord ayant été moins émergée au Pliocène qu’aujourd’hui la mer ait occupé alors par le seuil de Gabès une partie de cette cuvette pour en disparaître, etc. »]
[Note 4 : Altitude du seuil : 47 mètres ; le seuil rocheux a été trouvé par les sondages de la mission Roudeyre à 15 mètres seulement d’altitude. Ce seuil rocheux aurait provoqué la formation d’une barre. Cette barre aurait contribué à l’établissement d’un milieu de salure et de faune spéciale.]
[Note 5 : Ou, si l’on préfère, des mouvements épirogéniques de la région méditerranéenne.]
[Note 6 : Il est vrai que dans les dépressions de l’oued Mzezem et du Houd-ech-Cheb sur les bords sud-tunisiens du Grand Erg Oriental, au Nord de Rhadamès et sur la frontière tripolitaine, Pervinquière a signalé la présence en abondance du _Cardium edule_ et que ces cuvettes par leurs dépôts ne semblent pas pouvoir être considérées comme ayant été nettement marines (absence de NaCl dans les dépôts). Mais ces cuvettes peuvent avoir eu un étroit voisinage marin ou des connexions éphémères avec la mer ; par leur altitude (280 m.), elles ne pouvaient être très loin du golfe méditerranéen ; enfin il a pu se produire une sorte de lessive ou autre opération chimique dans ces dépôts qui expliquerait cette absence de NaCl.]
[Note 7 : Je rappelle également la découverte d’une proue de galère dans la région des Chotts.
Les Chotts, actuellement, ne se prêteraient guère à la vie active d’une galère ; cette trouvaille peut faire penser ainsi que le desséchement des résidus des golfes sahariens plio-pléistocènes s’est parachevé pendant la période historique ; et l’on ne saurait ne pas évoquer ici le souvenir du lac Triton des écrivains latins.]
[Note 8 : Car la question de ce golfe se pose non moins sérieusement ; mais j’ai traité plus particulièrement dans ce paragraphe du golfe méditerranéen sud-constantinois qui rentre seul dans le cadre de ce chapitre intitulé : « du Sahara arabe sud-constantinois ».]
[Note 9 : Tinrert en Tamahak est un diminutif de _inrer_ qui veut dire _ravin_.]
[Note 10 : Ou que cette présence soit due à l’influence de la mer dont il est parlé plus haut ; mais cette hypothèse est peu probable. Le golfe lagunaire ne semble pas avoir eu une si vaste extension, et son caractère lagunaire ne permet peut-être pas d’imaginer de pareils transports de galets qui paraissent d’ailleurs originaires de l’Ahaggar.]
[Note 11 : Cette formation de sable aux dépens du sous-sol s’impose particulièrement à l’esprit dans des régions voisines : les régions d’affleurement des formations sableuses de la base de la série crétacée.]
[Note 12 : L’action des orages violents se traduit en particulier par l’action dissolvante des eaux de ruissellement pour dissoudre les éléments solubles si abondants dans les formations crétacées de cette région et jouer un rôle important dans leur désagrégation.]
[Note 13 : Il convient de remarquer que cette faune du Djoua peut être constituée par des éléments de dates diverses réunis par les hasards de l’inondation, et qu’on ne sait pas bien ce qu’il convient de considérer comme réellement originaire des argiles et lentilles sableuses ou gréseuses du fond du Djoua. M. Haug a cru pouvoir admettre que la _Desertella Foureaui_ avait été apportée par les eaux. Cela ne donne pas grande confiance en l’homogénéité réelle de cette faune.]
DU PROJET DE TRANSSAHARIEN SOULEYRE * * * * * APTITUDE DU SOL A RECEVOIR UNE VOIE FERRÉE ET RESSOURCES EN EAU DANS LES PAYS CRÉTACICO-TERTIAIRES SUD-CONSTANTINOIS
(Extrait d’un rapport fait pour M. Fock.) * * * * *
=I=
=Aptitude du sol à recevoir une voie ferrée dans les régions du Gassi Touil et du Tinghert.=
_a)_ GASSI TOUIL.
J’ai longé le Gassi Touil par son bord Ouest[14] sur une longueur de 100 kilomètres environ, jusqu’à sa terminaison Sud à Hassi Pujat.
J’ai pu constater que le Gassi Touil offre dans cette partie, qui est sa partie méridionale, à travers les masses considérables de sable du Grand Erg Oriental, _un passage dégagé de sable — très large (de 10 à 20 km. en moyenne, parfois 30 km. et même 40) — au sol de cailloutis, de « reg » remarquablement plat._
Dans cette partie du Gassi Touil que j’ai vue, on trouve des îlots de dunes d’une ampleur assez considérable, mais je n’ai pas observé de chaînes de dunes _traversant_ le Gassi Touil d’une rive à l’autre, ainsi que cela est fréquent dans les autres gassis.
Il semble donc que l’on puisse dans cette partie du Gassi Touil se maintenir constamment sur un sol de reg, poser la voie ferrée partout sur du reg.
Je ne puis donner sur le reste du Gassi Touil un avis fondé autrement que sur des renseignements car je ne l’ai pas vu moi-même.
Mes renseignements me donnent lieu d’espérer que le Gassi Touil, au point de vue qui nous intéresse, est de nature homogène et que sa partie septentrionale est assez semblable à la partie méridionale que je connais.
Ainsi donc, le Gassi Touil se prête, par la nature et la forme de son sol, à l’établissement d’une voie ferrée — dans sa partie méridionale, je peux l’affirmer — dans sa partie septentrionale, cela me paraît vraisemblable.
La nature du pays n’est inquiétante qu’au point de vue des suites de cet établissement.
Que résultera-t-il à son point de vue de la naissance de cette voie ferrée dans le Gassi Touil ?
N’est-il pas à craindre que, obstacle opposé au libre déchaînement des vents sahariens dans l’immensité si dépourvue d’aspérités du Gassi Touil et au cœur du vaste pays de sable du Grand Erg Oriental, la voie ne provoque son ensablement ?
Quelle ampleur pourrait prendre cet ensablement ? Arriverait-il à empêcher la circulation des trains, ou resterait-il négligeable ou seulement gênant ?
Au cas où cet ensablement se produirait et deviendrait inquiétant, y aurait-il des moyens de lutter efficacement, y aurait-il moyen de triompher indéfiniment ; si l’on ne pouvait que lutter temporairement, la durée de cette lutte jusqu’au moment inéluctable où la voie deviendrait inutilisable serait-elle suffisamment longue et son prix de revient suffisamment faible pour permettre, malgré cet ensablement prévu, de considérer l’établissement de cette voie ferrée comme légitime cependant et comme une bonne affaire ?
Telles sont les questions qui se présentent immédiatement — et qu’il est nécessaire de soulever au passage dans cet aperçu rapide — questions relatives à l’ensablement éventuel de la voie du Gassi Touil.
J’ai tendance à croire qu’en prenant, par prudence, certaines précautions, en particulier en faisant toujours passer la voie à la distance la plus grande possible des rives du Gassi et des îlots de dunes, l’ensablement de la voie ferrée du Gassi Touil — s’il se produisait — n’arriverait pas à devenir désastreux dans des délais inacceptables.
Mais, pour pouvoir tabler sur des certitudes, il conviendrait de faire l’expérience suivante, par exemple : poser une centaine de mètres de voies ferrées dans le Gassi Touil et observer si un ensablement se produit au bout de quelques mois et ses proportions.
On ne peut guère considérer la voie ferrée Biskra-Touggourt comme susceptible de donner des bases de prévision sur la question ensablement dans le Gassi Touil, ces régions étant peu comparables à ce point de vue spécial.
_b)_ LA RÉGION DU TINGHERT.
J’ai traversé la Hamada de Tinghert par Hassi Pujat et Tanezrouft pour aboutir à Fort Flatters.
A Hassi Pujat et à Tanezrouft, j’ai ainsi eu l’occasion de voir ce que l’on considère comme le lit de l’Igharghar.
Sans doute, il y a là un passage tentant pour l’établissement d’une voie ferrée ; mais il convient de faire remarquer : d’une part, qu’à Tanezrouft l’oued vient avec une grande violence après la pluie[15] et qu’une voie ferrée suivant le fond de la vallée sans dispositifs spéciaux en vue de la venue de l’oued aurait à subir éventuellement de graves dommages[16] ; d’autre part, que certaines des formations des flancs de la vallée, au Nord de Tanezrouft (argiles à gypse), présentent de graves inconvénients pour l’établissement d’une voie ferrée à flanc de coteau (possibilités de glissements, eaux séléniteuses attaquant les ciments, etc. (il est vrai qu’on fabrique maintenant des ciments résistant aux eaux séléniteuses)[17].
Telles sont les difficultés à envisager pour l’établissement d’une voie ferrée à travers la Hamada de Tinghert par la vallée attribuée à l’Igharghar passant à Tanezrouft.
Je n’ai pas suivi la vallée au Sud de Tanezrouft, ayant dû passer à travers la Hamada pour gagner directement Fort Flatters ; je n’en ai eu qu’un aperçu du haut de la gara Tanezrouft : elle va[18] vers le Sud-Ouest, vers la dépression Sud-Tinghert, en s’élargissant, calme et majestueuse et offrant un passage évidemment tentant.
Pour la traversée de la Hamada de Tinghert, après avoir franchi le défilé de Hassi Pujat qui s’impose pour échapper aux sables qui couvrent les premiers plateaux, je crois qu’il serait bon de rechercher un tracé passant sur les plateaux plutôt que par la vallée de Tanezrouft.
Cela nécessiterait quelques travaux d’art pour franchir les krebs, mais on y gagnerait un bon sol de hamada et la tranquillité lors des pluies (on n’aurait plus alors à craindre les crises de violence de l’oued Tanezrouft).
C’est une étude à faire.
=II=
=Ressources en eau.=
Sur le parcours dont je viens d’étudier la viabilité, je conçois l’établissement d’une Centrale d’eau au voisinage de Temassinin.
_Centrale d’eau de Temassinin._
_a)_ EAUX ARTÉSIENNES.
Il existe à la Zaouia de Sidi Moussa un puits artésien. A mon passage, j’y ai abreuvé mes chameaux et ai pu constater que l’eau y jaillissait en abondance (pour ces régions).
Je ne saurais donner d’indication précise sur le débit de ce puits, n’ayant fait que passer très rapidement et ayant eu d’autres préoccupations. Ce n’est qu’une vague impression que je peux indiquer ici : ce puits atteindrait un débit d’une dizaine de litres à la seconde que je n’en serais pas surpris.
Le puits artésien de la Zaouia est déjà un élément précieux et peut-être suffisant (j’ignore quels seraient les besoins de la voie ferrée) ; son eau pourrait être amenée, par gravité et par conduites, jusqu’au voisinage immédiat de la voie ferrée (20 km. environ, puisqu’on est obligé de passer à cette distance de Fort Flatters pour éviter les sables).
Il est vraisemblable que des recherches d’eau artésienne auraient du succès dans cette dépression Sud-Tinghert, dans laquelle se trouve Temassinin.
On peut espérer un sondage heureux, mais il faut escompter des déboires et ne pas compter sur le succès du premier sondage.
Les eaux artésiennes sont vraisemblablement emprisonnées dans les niveaux de grès sableux crétacés plus ou moins lenticulaires qui sont pincés dans les marnes et argiles imperméables de la base du Cénomanien ou leur sont inférieurs.
Tous ces niveaux sableux ne sont pas forcément des asiles d’eaux artésiennes ; il faut qu’ils soient dans certaines conditions particulières, et nous ne connaissons pas encore suffisamment le bassin de Temassinin pour donner un diagnostic sûr.
On comprend dès lors que nous déclarions qu’il faut espérer un sondage heureux.
Si l’on désire rechercher des eaux artésiennes dans la dépression Sud-Tinghert, il conviendrait de ne pas agir par coups de sonde désordonnés, ainsi que cela fut trop souvent le cas dans l’oued Rhir.
Il conviendrait, croyons-nous, de pousser des sondages méthodiquement, c’est-à-dire faire un premier sondage à un emplacement indiqué sur le terrain par un géologue ayant quelque expérience à ce sujet.
Faire suivre le sondage par le géologue en question qui serait en observateur sur les lieux. Ce géologue aurait qualité pour arrêter le sondage lorsqu’il estimerait que, par suite de l’âge ou de la qualité des formations atteintes, il n’y a plus lieu de continuer.
Puis, avec l’enseignement de ce premier sondage, il pourrait en être entrepris d’autres aux emplacements désignés par lui et toujours suivis.
Le géologue se prononcerait également sur l’opportunité de poursuivre chacun de ces sondages ou de les arrêter.
Ainsi, on évitera : de poursuivre un sondage alors que scientifiquement il n’y a plus d’espoir d’un ordre dont on puisse tenir compte ; de ne pas tirer de chaque sondage la leçon précieuse qu’il peut procurer pour les recherches ultérieures ou en cours.
Enfin, en cas d’insuccès répétés, dès qu’il estimera avoir suffisamment d’éléments pour juger de la question, le géologue se prononcera sur la nécessité de poursuivre l’ensemble des recherches ou de les arrêter.
Au besoin, il pourra être adjoint un sourcier au géologue, l’expérience ayant montré que, malgré beaucoup d’insuccès, les indications de certains baguettisants peuvent parfois se trouver justes, quoique la réalité de la sensibilité à l’eau ne soit pas encore démontrée scientifiquement.
Le géologue pourrait choisir de préférence les points de sondage qui lui seraient indiqués comme particulièrement propices à la fois par sa science et par le sourcier. Cela pour mettre le plus de chances de son côté.
Mais il conviendrait, croyons-nous, de donner tout pouvoir au géologue, qui ne tiendrait compte des indications du sourcier que s’il hésitait entre plusieurs emplacements également indiqués au point de vue scientifique.
Le sourcier ne serait nullement nécessaire. Le géologue absolument nécessaire si l’on veut travailler méthodiquement et arriver au succès par le moins grand nombre de sondages.
Le géologue devrait auparavant se familiariser avec les recherches, très spéciales, d’eaux artésiennes dans l’oued Rhir par exemple, en suivant quelques sondages et en consultant les archives des sondages passés, car les recherches d’eaux artésiennes ne sont pas si simples qu’il paraît à première vue : un sondage placé à 15 mètres d’un autre qui a trouvé l’eau à 50 mètres pourra ne la trouver qu’à 70 mètres, etc.
Je n’ai pas la place dans ce rapport rapide de tenter d’exposer comment il peut en être ainsi, mais je tiens à attirer l’attention sur la complexité de la recherche des eaux artésiennes.
Il est vrai que dans les archives on ne trouverait peut-être pas de renseignements géologiques bien précis sur les couches rencontrées par chaque sondage ; la méthode du géologue observateur n’ayant malheureusement pas, à ma connaissance, été suivie avec continuité dans l’oued Rhir.
_Cette campagne de recherches d’eaux artésiennes, en cas de succès, pourrait avoir une grande importance pour le développement de la région de Temassinin._
Elle pourrait également, éventuellement, dans ces conditions, nous révéler des choses intéressantes sur les ressources du sous-sol.
PROFONDEUR DES SONDAGES. — Il me semble me rappeler que le sondage heureux de la Zaouia de Temassinin ne dépasse pas 20 mètres.
Quoi qu’il en soit, ainsi que je l’ai indiqué plus haut, les eaux artésiennes semblent se rencontrer à la base du Cénomanien.
Il en est de même en différents endroits du pourtour de la vaste cuvette crétacico-tertiaire du Sud-Constantinois.
Les formations primaires, jusqu’à maintenant, ne se sont pas révélées dans ces régions, d’une façon positive, détentrices d’eaux artésiennes.
C’est donc aux formations primaires qu’il conviendrait d’arrêter les sondages dans ces recherches d’eaux artésiennes.
Or, l’épaisseur des formations qui surmontent le Primaire dans la dépression Sud-Tinghert ne semble pas considérable, quoique les sables cachant le contact en surface au Sud de Temassinin empêchent de donner des précisions avec sûreté.
Je crois qu’elles peuvent être considérées en moyenne comme d’une épaisseur inférieure à 70 mètres, au maximum à 100 mètres.
Le succès peut évidemment se révéler avant cette profondeur, puisqu’à la Zaouia, ainsi que je l’ai indiqué plus haut, il me semble me rappeler qu’il fut obtenu avant 20 mètres.
Mais il est sage, pour le premier sondage, de partir de la prévision de 100 mètres, c’est-à-dire partir avec un tubage de diamètre suffisamment grand pour atteindre cette profondeur avec un bon calibre.
En cas d’insuccès de ce premier sondage, c’est-à-dire au cas où l’on aurait atteint les formations primaires sans rencontrer d’eaux artésiennes, on pourra en déduire pour les autres sondages à quelle profondeur approximative on rencontrera pour chacun le Primaire et ainsi la profondeur approximative à laquelle on devra pousser chaque sondage tant qu’il ne rencontrerait pas d’eaux artésiennes, avant de l’arrêter.
Quant à pousser plus profond que le contact crétacico-primaire, cela serait évidemment intéressant et satisferait la curiosité de certains, mais ce ne serait pas les eaux artésiennes qui ont « montré le nez » à la Zaouia, qui sont donc bien une réalité — dont on ignore seulement l’extension et la répartition — que l’on rechercherait, ce seraient des eaux artésiennes qui, si elles existent, n’ont encore « montré le nez » nulle part d’une façon décisive, dont on n’a encore aucune preuve de l’existence, dont l’on peut tout juste prétendre considérer comme des indices certains points d’eau situés dans le Carbonifère et certaines sources très timides qui se rencontrent au contact des Pays pré-tassiliens et de l’Enceinte tassilienne, contre les Grès supérieurs des Tassilis, lorsqu’ils se dressent pour former les bombements ou plateaux de l’Enceinte tassilienne, tels que Aïne Ksob, Aïne Redjem, Tanelak, Tazzait, etc.
Et en admettant que ces points d’eaux et sources soient en relation avec des eaux artésiennes en pression dans et sous les formations des Pays pré-tassiliens, dans la région de Temassinin ces eaux ne pourraient être rencontrées qu’à une grande profondeur, et on ne peut conseiller la recherche d’eaux encore hypothétiques à cette profondeur. Il faudrait qu’il n’y en ait pas d’autres à envisager, ce qui n’est pas le cas, ou que l’on tienne à s’édifier sur les ressources en eau de ces formations primaires.