Au cœur de l'Auvergne

Part 18

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Frédéric Mistral, ayant fondé le Muséon Arlaten, tout d’abord avec ses propres collections, n’a conservé que des souvenirs intimes, comme le buste de Gounod par Carpeaux, un buste de Lamartine à l’antique, des peintures, gravures, statuettes relatives à son œuvre, surtout à Mireille, répartis dans le vestibule qui sépare le cabinet de travail du salon et mène à la salle à manger. C’est une pièce charmante, du Louis XVI campagnard: chaises et fauteuils laqués vert d’eau, avec le pétrin, le buffet, la panetière de Provence du XVIIIe siècle, des originaux exquis de ces meubles aujourd’hui recopiés dans le monde entier. Aux murs, de vieux cuivres du pays, des chaudrons reluisants, un fusil qui a fait des guerres, le fusil du père, des grès, des faïences de Moutiers, deux grands brocs émaillés de vert de Sisteron, cadeau de Paul Arène, demeurant vivant dans la mémoire de Mistral, avec Alphonse Daudet vers qui sa pensée retourne sans cesse, comme vers la grande tendresse de sa vie. A Noël, dans cette salle à manger, Mme Mistral dresse la crèche traditionnelle, une montagne de carton, recouverte de quelque verdure, un peu de neige simulée, et des santons provençaux. La Sainte Vierge, l’enfant Jésus, le bœuf et l’âne, et tous les bergers connus dont les paysans savent les noms; un petit lumignon dans une veilleuse rose adore l’enfant Jésus, nuit et jour; quand vient l’Épiphanie, on ajoute les rois.

* * * * *

Chaque jour, pendant quelques heures, cette maison est traversée de visiteurs: nombre d’écrivains et d’artistes se sont assis à la table accueillante; reporters et photographes ont fait assaut d’indiscrétion professionnelle. Nul n’a su de la maison et de ses hôtes que ce qu’il convenait au maître de laisser savoir; il n’a jamais admis personne dans l’intimité réservée de son existence.

Quelle leçon de retenue et de pudeur, en ce temps d’irrésistible publicité. Je peux dire que sa petite chambre est une cellule de moine, au lit de bois, à la chaise de paille, au lavabo de marbre, aux ustensiles de toilette méticuleusement nets et rangés. C’est tout. Il est extraordinaire comme le détail des contingences quotidiennes s’abolit autour de Frédéric Mistral. De lui, de son entourage, de sa maison il n’émane rien que de simple et de sublime. De la conversation, littéraire ou familière, se trouve écarté tout ce qui la rabaisserait au propos personnel. Dans les Mémoires, récits d’enfance et de jeunesse, nulle confidence de journal: il n’est pas de ceux qui «se racontent», en dehors de son œuvre, il s’est tu, ne livrant rien de lui-même, comme s’il avait rougi de n’être pas tout à fait un dieu.

Quelle erreur et quelle ignorance de Paris de n’avoir aperçu le «Poète» de Maillane que parmi le bruit des félibrées, les farandoles et les tambourinaires! Avec Hugo et Lamartine, Mistral aura été populaire, mais sans rien devoir à la politique, et en écrivant dans une langue étrangère pour les trois quarts de la France d’aujourd’hui, mais nationale pour le Midi, et reconnue par les peuples de Méditerranée. De cela nos littérateurs ne se rendent pas compte. Or Mistral est compris de toute la race latine qui a puisé aux sources romanes. En outre, par leur ordonnance classique, par la construction de ses vastes poèmes, Mireille, Calendal, Nerto sont bien plus accessibles aux esprits de culture classique que toute la production ordinaire, trop spécialisée, du roman et du théâtre contemporains.

Frédéric Mistral a voulu le triomphe du Félibrige, dont il est l’incarnation. Il a mis au service de la cause un demi-siècle de génie et de pensée, de sagesse et de prudence, sans rien laisser au hasard. Il n’a point été qu’un merveilleux roseau chantant de la petite patrie et de la terre natale. Poète inspiré, il n’y a pas eu de génie plus conscient et qui ait su mieux se discipliner; le succès ne l’a point surpris; il revint tout de suite d’une pointe poussée à Paris, pour asseoir dans son village la capitale d’un empire dont l’éclat a rayonné sur le monde...

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Il n’avait guère plus de vingt-cinq ans, lorsqu’un article de Lamartine le faisait célèbre. Voici le portrait que l’auteur illustre de _Graziella_ crayonnait de l’auteur inédit de _Mireille_:

Sa physionomie simple, modeste et douce, n’a rien de cette tension orgueilleuse des traits ou de cette évaporation des yeux qui caractérise trop souvent les hommes de vanité, plus que de génie, qu’on appelle les poètes populaires. Ce que la nature a donné, on le possède sans prétention et sans jactance. Le jeune Provençal est à l’aise dans son talent comme dans ses habits: la parfaite convenance, qui donne aux bergers, comme aux rois, la même dignité et la même grâce d’attitude ou d’accueil, gouverne toute sa personne. Il a la bienséance de la vérité; il plaît, il intéresse, il émeut; on sent dans sa mâle beauté le fils d’une de ces belles Arlésiennes, statues vivantes de la Grèce, qui palpitent dans notre Midi.

Lamartine nous peint le jeune Provençal, qui aurait pu être un jeune provincial, à l’aise dans ses habits. Il n’en a point changé la coupe, non plus que celle de sa barbe. De combien de nos grands contemporains, préoccupés de «se faire une tête», peut-on en dire autant? Prenez les photographies de Mistral, depuis les plus anciennes: il est toujours le même, il est lui.

Toujours sur la flottante chevelure noire ou blanche, sur le vaste front, le feutre à larges bords: toujours la chemise à col rabattu où se noue une Lavallière; toujours la jaquette déboutonnée sur le gilet droit. Le poète est d’accueil familier, d’une patience inlassable, d’une humeur égale et gaie; mais il y a de la majesté, de la grandeur dans sa simplicité--«la dignité des rois et des bergers», comme avait défini Lamartine. Certainement, d’instinct, il répugne à la petitesse du commérage et à l’autobiographie. Mais il lui a fallu le dessein arrêté, aussi, et l’énergie de débouter les indiscrets; car les assauts à son intimité n’ont pas manqué.

Il fut bien embarrassé, lorsque de vieux amis et des admirateurs passionnés décidèrent l’érection de sa statue, d’autant plus que ce monument démesuré ne devait pas le satisfaire. Le sculpteur, M. Rivière, connu pour de jolies statuettes, manquait de moyens pour les pièces monumentales. Son Mistral ne rend guère l’admirable modèle déjà chargé d’immortalité, le poète ne pouvait laisser croire qu’il s’enorgueillissait de l’aventure. Vraiment, on eût dit qu’il allait prendre le train, canne à la main, le manteau sur le bras:

--Il manque la valise, fit Mistral.

Sur ce mot on dut bien admettre que le poète n’attachait point à ce jubilé cordial une importance délirante; mais il n’ignore pas la vertu des fêtes et leur grâce efficace sur les foules; il se laissa donc inaugurer par les blancs, et promouvoir commandeur de la Légion d’honneur par les rouges; que l’on ne croie pas à quelque grossier équilibre, quoique Mistral ait été conseiller municipal sans interruption depuis qu’il est éligible, ce qui a valu à la mairie de Maillane une décoration du Capoulié Valère Bernard. Il ne fait pas de politique électorale, de politique qui eût jeté la discorde au camp félibréen. Il n’est pas indifférent à la chose publique. La République de 1848 le trouva lyrique et frémissant:

Réveillez-vous, enfants de la Gironde, Et tressaillez, dans vos sépulcres froids. La liberté va rajeunir le monde... Guerre éternelle entre nous et les rois.

Après le coup d’État de 1851, il renonça et pour toujours, «à la politique inflammable», désormais tout à la Provence, tout à la Poésie:

Toi, Provence, trouve et chante...

conseillait le Lion d’Arles, et le poète songeait à Mireille et à Calendal. Vainement on a essayé de l’embrigader, mais, comme toujours, sa décision prise, il s’y est tenu. Nul calcul médiocre, mais noble souci d’indépendance. Quand nous descendons déjeuner en Arles, tantôt Mistral choisit «Pinus», tantôt «le Forum»; ce n’est point gourmandise, ni caprices; mais chaque hôtel a «sa couleur»: Mistral ne veut être marqué d’aucune. Cela n’a l’air de rien? Il y faut un rude courage, quand les auberges rivales sont porte à porte. J’imagine qu’elles se sont résignées à ne pouvoir accaparer le grand homme. Les visiteurs qui, de tous pays, s’empressent en foule à Maillane, et à qui le maître semble se donner, en se livrant si peu, n’aperçoivent qu’une vie contemplative, sous un ciel enchanté, parmi les lauriers et les fleurs enivrantes. En réalité, il n’est pas de journées plus occupées que celles de Frédéric Mistral.

Les mille soucis et les quotidiennes contrariétés ne respectent pas sa glorieuse solitude, et ne le laissent pas impassible. Mais c’est de haut qu’il juge les petitesses humaines. Il les sait nécessaires. La sensibilité de Daudet lui faisait comparer la gloire à un cigare fumé par le bout allumé. Mistral ne la prend que par le bon bout, et n’en tire que les bonnes bouffées. Au service de sa puissante et subtile sagesse, n’a-t-il pas les plus tendres et les plus intelligents conseils?

Auprès du Poète, les passants, à travers l’éblouissement du génie, ne prêtent qu’une attention polie à la présence de Mme Mistral, silencieusement effacée: de la maîtresse de maison, ils ne sauront que la bonne grâce intime, la douceur charmante, le pur regard, la fraîcheur de visage! Or, Mme Mistral est la grande prêtresse attentive du culte; de l’intelligence la plus avisée, elle a sur tout et tous le jugement le plus perspicace, elle est l’ineffable conseil de son mari, et sa vigilante défense contre trop de tentatives quelquefois disgracieuses. Avec quel tact infini elle s’entend à écourter les conversations oiseuses! Avec quelles précautions délicates elle fait apporter le foulard ou la couverture du maître, quand l’heure se refroidit! Comme elle entretient l’ambiance simple et harmonieuse, avec l’aide de la Marie du Poète, la servante fidèle qui est de la maison, où sa franchise dévouée, son respect joyeux, son libre parler sonore contribuent à établir cette atmosphère de simplicité et de grandeur patriarcale!

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L’emploi du temps à Maillane? Lever à sept heures; après un léger café au lait, Mistral travaille jusqu’à midi, où il déjeune, sobrement, de plats rustiques, peu de viande, buvant le vin de son cru bien trempé d’eau; ni café, ni alcool. Après midi, le maître reçoit, fait quelque lecture et, régulièrement, abat ses quatre ou cinq kilomètres avec sa femme. En 1884, après un dîner chez Daudet, Goncourt notait:

«Mistral se met à nous parler de son procédé de travail, de ses vers fabriqués aux heures crépusculaires, à l’heure de l’endormement de la nature; le matin dans les champs, selon Mistral, étant trop plein du bruyant éveil de l’animalité.

Le souper est à sept heures, le coucher à neuf heures, mais quelles journées remplies!

De sept heures à midi, correspondance qui se chiffre par dix ou quinze lettres, et ce n’est pas le remerciement d’un mot banal aux envois de livres, mais souvent de longues lettres personnelles; des livres qu’il reçoit en quantité, ceux relatifs au félibrige doivent aller au Muséon d’Arlaten, les autres à la Bibliothèque d’Avignon: les dédicaces ne traîneront pas sur les quais. Dans l’énorme courrier qui arrive à Maillane, l’_Argus de la Presse_ joue un grand rôle: il paraît d’innombrables articles sur le félibrige et ses poètes, que Mistral dépouille pour conserver les plus importants aux archives félibréennes. Correspondance particulière ou générale, tout est absolument classé; un bibliothécaire professionnel ne viendrait pas à bout de la tâche qu’assume Mistral, chaque matinée. Mais il y a les lettres d’affaires, compliquées et pressantes, fort nombreuses, auxquelles réplique le créateur du Muséon Arlaten avec la méthode d’un juriste: Mistral a fait son droit. Dans quelques négociations, j’ai pu apprécier de près la promptitude et la justesse de ses vues et de ses décisions, sur les points les plus arides.

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Depuis vingt ans, c’est le Muséon Arlaten qui a été le but de Mistral. Il a créé un musée incomparable, le musée de la Provence, de sa race, de son histoire et de sa tradition, un musée complet et qui n’a rien d’un musée, tant la vie palpite dans cette exposition rétrospective de tout ce qui caractérise de la plante à l’homme, les origines, la grâce, la beauté, le génie de la petite patrie. Quels débats pour transférer le musée de son local primitif de la justice de paix au palais Laval, où il n’a pu s’installer que grâce à l’argent du prix Nobel, et à l’appui de M. Briand; car il a fallu un ministre de l’Ouest pour vaincre les inerties méridionales[54]. Il y a fallu, surtout, l’obstination et la foi de Mistral, sollicitant les dons, et, ce qui est plus difficile, écartant les offres fâcheuses, qui auraient altéré la conception première du palais du Félibrige.

[54] L’histoire de ces négociations a été exposée avec documents à l’appui, pages 179-184.

Le peu de temps dont il dispose, Mistral le consacre à pousser jusqu’à Arles ou à Avignon; en Arles, où il rencontre quelques félibres; en Avignon, où il va faire un tour à la vieille librairie Roumanille, fameuse dans le monde félibréen. Enfin, aux grandes dates, il se montre à son peuple, déchaînant les adorations. En mai, c’était à Aix, pour la Sainte-Estelle, où fut élue reine du Félibrige une Limousine, Mlle Priolo. En juin, c’est, en Arles, la «Festo Virginenco». C’est assez, je pense, pour évoquer un Mistral bien différent de celui que l’on imagine volontiers: le poète, buvant son soleil, comme le lézard du cadran solaire.

Toute la vie du splendide rénovateur de la langue d’oc fut d’une activité incroyable et diverse; mais il n’a tourné vers la foule que son front de Poète-Dieu, et la multitude n’a vu de lui que son regard dominateur, comme on ne voit de sa maison grande ouverte que le faîte baigné de lumière. C’est ainsi qu’il a tout discipliné sous sa maîtrise; rien du dehors n’a de prise sur son rythme intérieur, qui ne s’est jamais ralenti ou précipité sous le coup de nos pauvres fièvres: toujours, il a mesuré d’une âme égale le court chemin qui devait le mener de sa maison au cimetière, une centaine de mètres après cette promenade d’apothéose dans la gloire. Car, de la mort aussi il s’est paisiblement préoccupé.

* * * * *

Au point de vue politique et religieux, sa situation était ainsi délicate. Un jour qu’une revue me demandait un article sur F. Mistral, je préparai un petit questionnaire qu’il voulut bien remplir, pour se plier au goût du jour:

_Demande._--Assistez-vous aux séances du conseil municipal? (Mistral en faisait partie depuis cinquante-cinq ans!)

_Réponse._--Je n’ai plus le temps.

--A quels offices?

--Ni, hélas, pour les offices...

Ce qui n’empêchait pas ce chrétien peu pratiquant de recevoir la bénédiction papale.

Les croyances héréditaires, sans doute profondes, de Mistral, ne lui faisaient pas prendre la religion au tragique.

Naguère, en Avignon, il rencontra une amie qui s’offrit à porter un petit paquet que le Maître avait à la main.

--Non, ce n’est pas lourd.

--Mais, cher maître...

--Non, non, curieuse; tu voudrais bien savoir ce qu’il y a dans ce papier... Eh bien, devine...

--Maître...

--Tu ne peux pas trouver... Je vais te le dire. Il n’y avait pas de crucifix dans ma chambre de Maillane... Je remettais toujours pour en acheter un... Eh bien, voilà ce que j’emporte... Tu comprends, je me suis dit que Mistral ne pouvait pas mourir et se présenter devant le Bon Dieu sans crucifix.

CHAPITRE XXVI

Un poète de Saint-Flour: Buirette de Belloy.--_Plus je vis d’étrangers, plus j’aimai ma patrie._

Grâces à Vermenouze, grâces à Mistral, je me suis donné quelques nuits d’oubli, depuis une douzaine de jours.

D’Évian-les-Bains, je suis rentré à Malmaison le matin de la mobilisation.

Durant quinze jours, j’ai été incapable d’une lecture, d’une pensée.

Je suis seul, mon fils est parti s’engager...

Depuis deux ans j’ai une table chargée de travail, de mes documents pour ce livre à peu près achevé. Restaient quelques chapitres, à tirer de mes nombreux articles sur le félibrige de Vielles, sur celui de Maillane. Je me suis remis à cette facile besogne mais souvent interrompue par des rumeurs inaccoutumées, des roulements d’autos, des marches de troupes, des piétinements de troupeaux, des abois insolites.

Depuis un mois, je suis obligé de rentrer avant la nuit, quand je m’aventure vers Paris. L’Auvergne et la Provence m’ont apaisé quelques heures. Par ces nuits splendides d’un été lumineux et torride, comme je n’en avais pas vécu ici; et les roses sont ivres de soleil, et, au lever du jour, des pigeons roucoulent éperdument sur les toits...

Est-ce tout ça? mais je suis follement confiant, et je ne puis croire à la guerre à quelques kilomètres d’ici.

* * * * *

Tout de même, le Gouvernement est parti pour Bordeaux--et je suis du camp retranché de Paris, comme en 1870. Ce matin, j’ai vu que l’on creusait des tranchées à la Porte-Maillot, et que l’on jetait les arbres en travers des avenues. Et des avions allemands survolaient Paris. Pour demain, après-demain la canonnade. L’heure n’est plus à la littérature, il n’est que temps de ficeler le manuscrit. Verra-t-il le jour? En tout cas, je désire que ce soit tel que, malgré son achèvement hâtif.

_Car il est bien fini pour moi._

Je ne me vois pas, _après la guerre_, revenant sur ces pages lointaines. Oui, comme ce sera loin...

Cependant, j’avais réservé un chapitre pour la fin sur mon village «de la petite patrie», ce Brezons où j’aurais tant voulu m’ensevelir... Je voulais reparler de Saint-Flour, à cause de Buirette de Belloy, qui y est né, qui a rimé un _Siège de Calais_, qui fut académicien et qui a écrit un beau vers, dont Voltaire disait: Je le citerai souvent...

Ce vers, je voulais le mettre en exergue de ce livre:

_Plus je vis d’étrangers, plus j’aimai ma Patrie._

Je me l’étais souvent répété, au cours d’une existence qui n’a pas moisi sur place. Je ne pensais pas que je me rappellerais le vers du poète sanflourain, dans des circonstances où il prend une telle envergure...

_Malmaison, 3 septembre 1914._

TABLE DES MATIÈRES

Pages

Chapitre I.--Une enfance auvergnate: Du Mont Valérien au Plomb du Cantal.--Les colonies «de patois».--La malle à musique: cabrette et bourrée.--La mort de l’habillé de soie.--Le «siège de Paris»; du baraquement à la cave.--Au «pays». 7

Chapitre II.--Les émigrants d’Auvergne: La terre quittée.--La route d’Espagne.--Le pâtre Gerbert.--Les pèlerins de Saint-Jacques.--«Chineurs et roulants», d’Arsène Vermenouze.--«L’air» d’Auvergne. 12

Chapitre III.--Le premier voyage.--Pendant la Commune.--Le retour au village: à l’aube de la mémoire.--Le ruisseau de Brezons. 21

Chapitre IV.--L’enfant pâle: De J. F. Raffaëlli à F. Coppée.--Paysages «impressionnistes».--La montagne retrouvée.--La «grammaire» de Bancharel.--Les précurseurs de «l’École Auvergnate». 25

Chapitre V.--Le patois de circonstance.--Curés, médecins, instituteurs: L’abbé Bouquier; l’abbé Jean Labouderie. Frédéric Dupuy de Grandval, chansonnier bachique. J. B. Brayat, officier de santé. J. B. Veyre, instituteur.--Statues et pavés de l’ours. 31

Chapitre VI.--Auguste Bancharel, un précurseur: Professeur, auteur, imprimeur comme Roumanille.--Le progrès dans la tradition.--Rimes Patoises et Grammaire.--Les veillées auvergnates.--L’abbé F. Courchinoux. 39

Chapitre VII.--Patois ou langue? La thèse nationale; la critique philologique.--Les études de M. Antoine Thomas et de M. Albert Dauzat.--Patois et patois de la Dore à la Cère.--Le patois du Livradois.--R. Michalias.--A la Marianne d’Auvergne.--Le patois, verbe de la race. 47

Chapitre VIII.--Les troubadours d’Auvergne: Le Puy.--Le Velay et la littérature.--De Nostradamus à M. Joseph Anglade.--Les troubadours cantaliens. M. le duc de la Salle de Rochemaure: les récits Carladéziens.--Pierre de Vic. La cour de l’Épervier.--Le moine de Montaudon. «Tensons entre Dieu et le moine». L’hospitalité auvergnate. Les ennuis du moine-troubadour. Ce qui lui plaît.--Un troubadour contre les femmes. 60

Chapitre IX.--En Aurillac.--Louis Bonnet et l’Auvergnat de Paris.--Un concours de «cabrettes».--La murette et la bourrée.--La Procednitza bulgare et la bourrée d’Auvergne.--Bouréno bouranke; Bou rei Yo.--Des bulgares, dans le Cantal, en 1210.--Cabrette et gaïda.--La fin de la cabrette.--La révélation de Vermenouze. 102

Chapitre X.--Chez Vermenouze.--Ancien émigrant «espagnol», liquoriste, poète et chasseur.--Les colères de Vermenouze: la montre tyrannique; la servante sourde.--La truite fraîche.--La bécasse à point.--Une histoire de chasse.--La rôtie et le «Vieux Fel».--L’intérieur du célibataire.--«L’ouverture» du 14 juillet. 115

Chapitre XI.--François Mainard.--A la Cour et aux champs.--Le courtisan sous les rochers de la province.--Les roses du Parnasse et les épines de la chicane.--A l’ambassade de Rome.--Les ambitions déçues.--Les amitiés de Toulouse.--Renoncement et renouveau.--La belle vieille.--Conseiller d’État et Académicien.--L’édition de 1646.--Adieu Paris.--_Donec optata._ 123

Chapitre XII.--Arsène Vermenouze inédit.--Le premier article de la _Revue Bleue_.--Les gueux des chemins.--_Les deux Menettes._--Dans les châtaigneraies.--Le chasseur de Sauvagine. 141

Chapitre XIII.--A travers l’Auvergne.--La course au clocher.--Stendhal à Clermont-Ferrand.--Le «roman auvergnat».--De Notre-Dame-du-Port à Sainte-Foy-de-Conques.--De la riche basilique au pauvre clocher à peigne. 151

Chapitre XIV.--De Bretagne en Auvergne.--«Le Cobreto» et le Cercle.--Les auvergnats d’été.--La ballade du veau.--_En plein vent_; _Mon Auvergne_.--La vieillesse du poète.--«Ma mère», «Le Grillon».--De Vielles à Maillane. 163

Chapitre XV.--Du Cantal aux Alpilles.--Le Cinquantenaire de Font-Ségugne.--Le palais du Félibrige.--L’appui d’Aristide Briand.--La statue de Mistral.--Vive Provence. 175

Chapitre XVI.--Au parc de Richelieu.--Blaise Pascal.--Le style des _Pensées_ et celui de Napoléon.--Blaise Pascal _l’Auvergnat_.--Le sol et le caractère.--Tout à gagner; rien à perdre...--Du Puy-de-Dôme à l’immortalité de l’âme. 185

Chapitre XVII.--De Malmaison à la Limagne.--Jacques Delille, d’Aigueperse.--Pierre de Nolhac.--Les voyages du citoyen Legrand.--L’individu expliqué par le pays. 193

Chapitre XVIII.--Royat au XVIIIe siècle.--Nicolas de Champfort.--De la jeune Indienne à la Révolution.--_Guerre aux châteaux, paix aux chaumières._--Champfort peint par Chateaubriand. 200

Chapitre XIX.--La tasse de lait: Michalias.--Un débutant de soixante ans.--Endors-toi, paysan.--_Le jugement de saint Pierre_.--_La mort du Paysan_.--_Sous les bouleaux_.--Le poète de la Dore.--La bonne souffrance.--_La prière du soir_.--Un essai de grammaire auvergnate et d’hydrothérapie. 208