Del Plata al Niagara

Part 37

Chapter 373,708 wordsPublic domain

La large estrade du fond, faisant face aux gradins, est seule éclairée d’une lampe électrique; devant la table recouverte d’un tapis de velours, les trois fauteuils du président et des assesseurs; et, tout autour, une trentaine de chaises. A quelques pas de l’estrade, l’ombre commence et va s’épaississant jusqu’aux dernières rangées de l’hémicycle qu’on ne distingue plus: on a la sensation d’un espace immense, illimité, ainsi que dans une cathédrale à la tombée du jour. Mais on ne peut rêver: un dur tic tac de pendule invisible fait comme un rappel impitoyable au prosaïsme du milieu, et, de minute en minute, le lourd silence est déchiré par le sifflet strident des trains qui, de la gare voisine, partent pour la _World’s Fair_.

Vulgaire et pressé, le timbre de cette pendule sonne dix heures. La tenture de l’estrade se soulève et, par la petite porte dissimulée, une procession bizarre fait son entrée, lentement, d’une allure volontiers liturgique. Les physionomies sont aussi diverses que les costumes: on trouve deux ou trois évêques grecs ou latins en soutane violette, des pasteurs rasés en lévite noire; des turbans de soie ou de lin couronnent des faces basanées, glabres ou à longue barbe grise; il y a encore un rabbin à calotte fourrée, un guèbre sous le haut bonnet persan, un derviche jaune dont le corps émacié flotte dans une souquenille sombre, un mandarin chinois à la mince tresse luisante; d’autres encore qu’on devine lamas, bonzes, parsis, archimandrites: le personnel exotique d’un temple ouvert à tous les dieux, l’état-major sacerdotal d’un nouveau Panthéon d’Agrippa. Une femme voilée est mêlée au groupe.

Ils prennent place, gravement; un archevêque américain préside, entre le rabbin et la femme voilée. Le président ouvre la séance d’une voix blanche et nasillarde:

L’ARCHEVÊQUE

_The chair is taken._

L’un après l’autre, sans se presser, ils prennent la parole, la plupart en un anglais bizarre où tous les accents asiatiques, européens, africains, se succèdent sans provoquer un sourire, depuis le mandarin qui ne peut prononcer les _r_, jusqu’au rabbin allemand qui en cuirasse tous les mots.

Ils dialoguent posément, se félicitent en formules choisies, chacun ayant l’air de préférer les dix religions de ses auditeurs à la sienne propre, et n’employant que des termes amorphes, qui flattent tout le monde sans blesser personne. Ils célèbrent avec componction le pacte universel qui reconnaît l’égale légitimité de tous ces cultes, qui pendant des siècles se sont entre-dévorés. Aujourd’hui, calmés, ils proclament la tolérance qui, écartant la passion, fait surtout servir les croyances populaires et les pratiques religieuses au bien-être professionnel des clergés. Et, dans ce covenant à huis clos, qui scelle l’alliance de tous les sacerdoces, contre la science qui est l’ennemi commun, le sens vrai du Congrès public se révèle: les noms du Bouddha, de Moïse, de Confucius, de Zoroastre, de Luther, de Jésus ne sont pas prononcés ...

C’est à ce moment que trois coups sont frappés à la porte du fond; les dialogues cessent brusquement.

L’ARCHEVÊQUE

se tournant à demi sur son fauteuil:

Qui est là? Entrez!

La portière se soulève, puis retombe: un vieillard de stature gigantesque est resté là, debout, se détachant sur la draperie sombre. Il est vêtu à l’ancienne mode hébraïque: le _chalouk_ de lin à manches étroites sous l’ample manteau rayé; du _sudar_ enroulé autour du front bruni s’échappent de longues mèches grises, qui se mêlent à la barbe floconneuse; il appuie ses deux mains croisées sur un lourd bâton de voyage, et des _téfillin_ d’argent scintillent à son bras gauche. Il semble octogénaire; mais une vigueur surhumaine se dégage de tout son corps noueux, comme tordu par des tempêtes séculaires; et, sous leurs sourcils blancs, ses yeux luisent comme un feu de pâtre à travers la broussaille. L’assemblée le contemple, stupéfaite et immobile.

L’ARCHEVÊQUE

Qui êtes-vous? Que faites-vous ici?

LE VIEILLARD

fait trois pas en avant: on voit ses pieds nus sous sa tunique; il parle avec le plus pur accent anglais.

Je suis Ahasvérus.

Des chuchotements de surprise s’échappent de toutes les lèvres et se joignent en une rumeur étouffée.

L’ASSEMBLÉE

Le Juif errant!

LE RABBIN

bondissant de son siège, se dresse devant Ahasvérus.

Tu en as menti, imposteur. _Maranâtha!_

Et, comme l’autre se tait, ils se sont tous levés, irrités et menaçants: alors le vieillard, sans bouger, laisse tomber ces mots:

AHASVÉRUS

Rabbi Hakkadosch, je t’ai vu naître dans la Judengasse de Francfort, où ton grand-père, le tailleur Johannan, loua la boutique du brocanteur Mayer, le premier des Rothschild ...

Il s’adresse successivement au boudhiste japonais Kinza Hiraï, à Dionysios, évêque de Zante, au mandarin Pung Quang Yu, aux hindous, à tous les autres: il les connaît tous et parle à chacun dans sa langue, avec l’accent où tous retrouvent l’écho de la douceur natale. Ils se sont rassis, un à un, et baissent la tête, confus, sous le flot des paroles du vieillard. Il s’est avancé vers la table et s’exprime maintenant en anglais, pour être compris de tous.

AHASVÉRUS

Êtes-vous convaincus, mes maîtres, ou faut-il que je remonte dans vos généalogies, plus haut que vous-mêmes ne sauriez le faire? Je suis Ahasvérus, le juif maudit, toujours errant depuis dix-huit siècles, celui qui meurt tous les cent ans mais pour renaître le lendemain ...

LE RABBIN

timidement:

Comment as-tu passé la mer, éternel marcheur qui ne peux prendre de repos?

AHASVÉRUS

Je suis venu par le Nord: la banquise de Behring est, en hiver, un chemin trop facile à qui ne peut mourir; et l’âpre contact des glaces polaires ne mord pas plus sur ma chair que le soleil africain. Hélas! j’envie ceux qui tombent pour ne plus se lever! Je sais trop bien que, pareil à Caïn, je suis respecté des forces naturelles, et que ce n’est point au choc d’une mort violente que ma sentence prendra fin!...

L’ARCHEVÊQUE

Il est donc vrai?—Mais, alors, que viens-tu chercher ici?

AHASVÉRUS

d’une voix plus basse:

Je cherche partout le repos. Il ne viendra, avec la douce euthanasie, qu’aux jours prédits par l’Autre: quand son règne sera passé sur la terre et que son culte n’y sera plus qu’un vague souvenir. C’est alors qu’il reparaîtra, sous un autre nom peut-être, afin que les nations se bercent d’un rêve nouveau. Le vain espoir de finir m’a vingt fois souri, depuis la chute de Jérusalem et la dispersion. Avec les Barbares qui rasaient les cités, les Huns d’Attila, qui laissaient derrière eux les fleuves rougis de sang, les famines et les terreurs de l’an Mille,—j’ai longtemps épié dans le ciel le signe de l’Apocalypse ... Puis, vinrent les massacres des Croisades, les pestes et les destructions du moyen âge, les crimes abominables de la barbarie féodale; et je traversai les foules hurlantes comme des bandes de loups, m’attendant chaque jour à voir le culte chrétien balayé de la face du monde en délire. Mais les flèches des cathédrales montaient plus nombreuses et plus hautes que les piques des barons assassins; les pillages des villes se rachetaient par des pèlerinages, et, dans la nuit du crime séculaire, la croyance idéale, quoique affaiblie et mourante, brillait toujours comme une lampe dans un tombeau ...

L’ARCHEVÊQUE

La foi du Christ est immortelle!

AHASVÉRUS

élevant la voix peu à peu:

... Alors des corruptions plus subtiles fleurirent sur l’ancien fumier de la barbarie. J’entrai dans Rome renouvelée; je souris au paganisme papal, plus dissolvant que l’autre, et je trouvai l’Eglise des Borgia plus scandaleuse que le palais des empereurs byzantins: c’était la décomposition finale, sans doute. L’arbre sacré, cette fois, était rongé à la racine. Mais la Réforme vint qui sauva tout ... Un autre espoir surgit, avec ce Nouveau Monde, qui répandait sur l’Ancien la lèpre de l’or, et l’égoïsme, et l’avarice, mère du crime; mais les nationalités émergèrent des guerres incessantes et le patriotisme refit au genre humain une vertu ... Enfin, il y a un siècle, quand leur creuse philosophie aboutit à la haine des classes et au meurtre des rois, j’étais dans ce Paris immense, cuve où bouillonne toujours la mixture ignorée qui sera l’histoire du lendemain: j’assistai au triomphe de l’athéisme et aux saturnales de la Raison ... Hélas! la Liberté, l’Héroïsme, la Gloire, firent flamboyer leurs trois couleurs sur les ruines du passé, et tout ressuscita,—jusqu’à la religion elle-même ... Ainsi les siècles ont coulé sous mes pas, et me voici encore, toujours en quête de la chimère qui me rendra au néant bienheureux ...

L’ARCHEVÊQUE

d’un accent de triomphe:

Et tu arrives pour être témoin d’une victoire éclatante!...

AHASVÉRUS

sourit amèrement.

J’ai vu les foules athées, les sectes anarchiques semer les engins de mort, en se raillant du droit, du devoir, de la famille, de la patrie, de tous les principes sociaux qu’on croyait éternels: je ne me suis jamais senti si près de la fin convoitée qu’en écoutant vos colloques de Pharisiens,—ô vous (comme Il disait de vos pères) «sépulcres blanchis!»—Vous êtes la vermine qui pullule sur le cadavre de la religion. Le feu de l’Idéal ne brûle plus sur vos autels dorés, et c’est une lampe éteinte que vous promenez dans les ténèbres. La foi du Christ aura bientôt vécu: je sens mon cœur millénaire débordant d’espérance. C’est la fin de Celui qui m’a frappé et maudit!

Tous les prêtres se sont levés avec colère; un tumulte est près d’éclater. Mais la femme voilée a saisi Ahasvérus par le pan de son manteau, et, dans un cri aigu qui impose silence, elle répète cette supplication:

LA FEMME VOILÉE

Tu l’as connu! Tu l’as connu! Oh! parle-nous de Lui!...

Le calme s’est rétabli sous une poussée de curiosité violente; tous regagnent leurs sièges et restent la bouche ouverte, buvant les paroles d’Ahasvérus.

AHASVÉRUS

d’une voix sourde que l’émotion brise de plus en plus:

Si j’ai connu le Fils de l’homme! J’étais de son âge et né comme lui à Nazareth. Le douloureux village est seul resté presque intact en Palestine, et j’y revois, deux ou trois fois par siècle, la fontaine où Marie, la cruche sur l’épaule, venait puiser l’eau, matin et soir; je retrouve la colline qui domine le pays, toutes les ruelles, tous les sentiers où nous jouions, enfants. Il faisait déjà des prodiges contraires à la Loi. Il façonna un jour des oiseaux avec de la boue, malgré les plaintes de sa mère; et quand Joseph voulut reprendre l’enfant, Jeschoua frappa des mains et les oiseaux prirent leur vol. Marie pleurait souvent sur cette enfance pleine de trouble et de mystère; et puis, il semblait n’aimer personne autour de lui ... Souvent, il quittait l’établi de son père et disparaissait: on le retrouvait dans les synagogues, écoutant les lectures du Scribe et l’effrayant de ses contradictions. Plus tard, ses absences furent plus longues; et il reparaissait un soir dans la maison de Nazareth, comme un hôte étrange et qu’on n’osait plus interroger. Puis, il vécut avec les Esséniens, sur la mer Morte, dans l’oasis d’Engaddi, et il nous revint vêtu de blanc, suivant leur coutume ... Enfin, il alla en Judée, vers Jean le Baptiste, et je ne le revis plus jusqu’aux derniers mois de sa mission, à Jérusalem ...

Ahasvérus pousse un profond soupir; dans le silence qui s’est fait, on entend la respiration haletante de ceux qui écoutent et attendent la suite sans oser la demander.

AHASVÉRUS

reprend son récit, la tête basse et comme se parlant à lui-même:

Bien des années s’étaient écoulées; j’habitais Jérusalem et j’avais pris une table de vendeur au Temple, dans la cour des Gentils: j’échangeais la monnaie romaine pour la monnaie sacrée des sacrifices, je vendais aux femmes des tourterelles de Hanan et des passereaux aux lépreux. Un homme bondit un jour dans le parvis, entouré de quelques artisans et pêcheurs qui étaient ses disciples, renversa ma table sur le pavé et me frappa. Je le reconnus, l’appelai par son nom, lui parlai de sa mère et de ses frères: «Voilà, me dit-il, en me montrant ses fidèles, ma famille et ma mère!» Ce fut alors que je commençai à le haïr ...

Je le revis dans la ville sainte, pour la fête des Pourim, le quinzième jour d’Adar; on parlait beaucoup de lui, de ses attaques aux Pharisiens, et même au Temple dont il annonçait la destruction à mots couverts; on racontait ses miracles: des démons chassés; des paralytiques, des aveugles, des lépreux guéris ... Il apparut dans le parvis extérieur du Hiéron, appelé la cour des Femmes, le seul où elles pussent pénétrer: il était cette fois entouré, non seulement de ses nombreux disciples, mais encore de quelques jeunes filles, et même d’une Samaritaine; on remarquait parmi elles deux sœurs de Béthanie, Marie et Marthe—et surtout une pécheresse très belle, Marie de Magdala, qui le suivit toujours, jusqu’à la fin ...

LA FEMME VOILÉE

Mais Lui, comment était-il? Ne parle que de Lui!...

AHASVÉRUS

Il était grand et souple, beau comme un de ces jeunes dieux grecs dont j’ai vu les statues dans mes voyages. Ses cheveux roux s’écoulaient de son turban de lin; et son visage pâle, à la courte barbe blonde, s’illuminait de ses yeux bleus, limpides comme le lac de Génézareth; il allait vêtu de blanc, comme les Esséniens; et sa voix était si douce, sa démarche si noble, que les jeunes filles, debout sur le seuil des portes, le regardaient passer en souhaitant de le suivre ... Et ce pur amour des femmes fouettait peut-être la haine des hommes ...

LA FEMME VOILÉE

avance la tête pour boire les paroles du Juif; un coin de son voile s’est écarté et elle apparaît de profil, pâle et toute jeune. Elle balbutie très bas:

Mais Lui, les aimait-il?

AHASVÉRUS

Il ignorait les affections particulières: pas plus que la famille, la femme, vierge ou pécheresse, n’existait pour lui. Il était le Messie, le sauveur du monde; et, pour se poser sur un être, sa poitrine s’était trop élargie à contenir l’humanité. Son âme était semblable à ces grands fleuves encaissés, qui fécondent un empire et laissent dépérir l’arbuste de leurs bords. Comme une statue de marbre est insensible aux offrandes votives que la foule dépose à ses pieds, il ignora toujours le sentiment réel de celles qui le suivirent sur le Golgotha et l’adorèrent par delà le supplice et la mort ... Ce fut alors que je le revis ...

On craint qu’il ne puisse achever, tant sa voix s’est brisée; il continue, pourtant, en coupant ses phrases, car il est pressé de finir:

AHASVÉRUS

J’appris sa condamnation par le Sanhédrin, son arrestation au mont des Oliviers, près du torrent de Cédron; et l’acte de Judas que j’approuvai, non seulement parce que je haïssais le Rabbi, mais parce que détestais ses prédications, contraires à la loi juive. C’était la veille de la Pâque, le quatorze de Nisan; il fut conduit la nuit même chez Hanan, qui avait sa maison au haut de la colline. Le lendemain, de grand matin, il fut emmené à la maison de Pilate, près de la tour Antonia, qui le renvoya devant Hérode Antipas ... Mais le monde entier connaît ces scènes déchirantes qui, alors, me laissaient presque indifférent ... J’habitais près du tertre dénudé où il devait mourir sur la croix, entre deux voleurs, en face de la tour Hippicus ... Vers neuf heurs du matin, je sortis au bruit de la foule, et restai sur le seuil de ma porte pour le voir passer. Des soldats l’entouraient, commandés par un centurion, puis des hommes du peuple qui l’insultaient; enfin, derrière le cortége, un groupe de femmes échevelées ... Mais je ne regardai que Lui. Maigre, le pâle visage ensanglanté, il traînait son lourd gibet d’infâmie, et son pauvre corps frêle pliait sous le fardeau ... Je tenais mon petit garçon par la main. Il demanda à faire halte devant ma demeure, car il succombait; et me reconnaissant, il dit: «Ahasvérus, tends-moi un vase d’eau.» Je restai immobile. Il reprit: «Au nom de notre enfance, frère, la soif me brûle!» Je répondis en ricanant: «Marche, Jeschoua, ton heure est venue.» Alors il se redressa et son visage sévère me fit frissonner; d’une voix terrible, il s’écria: «Au nom de mon Père, sois maudit: _Chèrem!_ Tu marcheras à jamais, jusqu’au jour où je devrai revenir, après les temps accomplis!»

Il s’éloigna, et je voulus rentrer, avec mon enfant ... Mais, soudain, une force inconnue me fit lâcher la main de mon fils et me poussa en avant: un tourbillon m’emportait, une tempête qui ne soufflait que pour moi, car les herbes du sol ne bougeaient pas et les arbustes étalaient leurs rameaux, immobiles ... J’étais déjà loin, et, une dernière fois, je retournai la tête pour voir mon enfant, qui pleurait en me tendant les bras ... Quand je passai dans le sentier du Golgotha, les trois croix sinistres se dressaient sur le ciel livide. Mais je ne pus m’arrêter, et, comme une feuille arrachée par l’ouragan, je commençai à travers le monde mon voyage séculaire et maudit ...

Il s’est tu. Un silence d’angoisse pèse sur l’assistance; chacun, les yeux baissés, suit son rêve intérieur, dans l’ombre du Calvaire évoqué; une oraison mentale fait trembler quelques lèvres. La femme voilée tourne la tête pour une question suprême ... Le grand vieillard a disparu.

FIN

ÍNDICE

DEDICATORIA v

PREFACIO vii

I.—Chile: La estructura nacional 1

II.—Chile: Experimentos y comprobantes 22

III.—De Valparaíso á Lima 47

IV.—Lima 80

V.—De Lima á Colón 104

VI.—De Colón á Veracruz 133

VII.—De Veracruz á Méjico 157

VIII.—Méjico 179

IX.—Democracias americanas 200

X.—California 217

XI.—Salt Lake City: El Utah. Los Mormones 249

XII.—Salt Lake City: El Mormonismo 275

XIII.—Chicago: Ojeada restrospectiva 291

XIV.—Chicago: La civilización del Oeste 305

XV.—Chicago: La ciudad y la exposición 323

XVI.—Washington: El distrito federal 341

XVII.—Washington: El Capitolio: Mount-Vernon 360

XVIII.—El Massachusetts: La vida social 386

XIX.—El Massachusetts: Boston y Cambridge 405

XX.—La última excursión: El Niágara. Nueva York 427

APÉNDICE

I.—_Sur le Chili_ 451

II.—_Un village minier de l’Utah_ 467

III.—_Le Juif errant_ 475

NOTAS:

[1] BUCKLE (_Civilization in England_, II), emite esta reflexión extraordinaria: «_All the great rivers in the New World are on the eastern coast, none of them on the western. The causes of this remarkable fact are unknown_!» Para este atrevido investigador de las causas y efectos, no es suficiente explicación el examen de las hoyas respectivas.

[2] Véase en el _Apéndice_ una carta en francés, escrita después de estas páginas (abril de 1893), y que completa las impresiones del autor en Chile.

[3] V. HUGO, _La Légende des siècles_.

[4]

_In the afternoon they came unto a land,_ _In which it seemed always afternoon._

(TENNYSON, _The Lotus-Eaters_).

[5] MURILLO, _Historia del Ecuador_, 1890.

[6] «¡Las revoluciones son el bautismo con que los pueblos se regeneran!...» (Veintemilla). Con axiomas de esta fuerza y novedad, la mitad del pueblo ecuatoriano ultraja, saquea, degüella y destierra á la otra mitad desde la convocación del «Congreso Admirable» hasta nuestros dias.

[7] LUCIEN B. WYSE, _Le Canal de Panamá_.

[8] Es prohibido dirigir la palabra al timonel.

[9] COLERIDGE,

_The Ancient mariner_: _Alone, alone, all, all alone,_ _Alone on a wide wide sea!..._

[10] Una duda cruel: durante sus entremeses de autonomía ¿pertenece Yucatán al centro, ó al norte de América?

[11] Movimiento anual: 139 vapores, 52 barcos de vela, formando un total de 270.000 toneladas.

[12] DANTE-GABRIEL ROSSETTI, _The House of life_, XCVII:

_Look in my face; my name is_ Might-have-been; _I am also called_ No-more, Too-late, Farewell!

[13] _There is music, usually in the evenings, on the main plaza._

[14] El 1º de mayo de 1863, una compañía del regimiento extranjero (62 hombres) se defendió en esta hacienda un día entero contra 2000 mejicanos. Quedaron _tres_ hombres ilesos que al fin «capitularon con los honores de la guerra», y recibieron la cruz de la Legión de honor. Durante la ocupación, cada vez que pasaba allí un destacamento francés, los tambores tocaban marcha, los soldados presentaban las armas y los oficiales saludaban con la espada. Hay un monumento costeado por el gobierno mejicano.

[15] _Revue des Deux-Mondes_, marzo de 1893.

[16] BERNAL DÍAZ, _Conquista de Nueva España_, CXXXIII: «¡Oh! qué cosa era de ver esta tan temerosa y rompida batalla, cómo andábamos pie con pie, y con qué furia los perros peleaban, y qué herir y matar, etc.!» Toda la página es de un brío y frenesí incomparables. No se encuentra allí la famosa expresión de _Noche Triste_; paréceme que Gomara fué quien la empleó por vez primera, ó al menos la puso en circulación, pero sin destacar el epíteto: «en esa triste noche» ...

[17] Al imprimir estos apuntes, cuatro años después, encuentro confirmadas mis impresiones y conclusiones por la marcha retrógrada de la educación en los años posteriores. Los documentos oficiales más recientes arrojan estas cifras tristemente significativas: en 1890, para una población empadronada de 11 millones de habitantes, hay 560.000 alumnos; en 1894, para 11.632.924 habitantes 543.977 alumnos ¡en cuatro años de «progreso» la proporción ha bajado de 5,1 por ciento á 4,7!

[18] Sabe todo el mundo que este adjetivo, además de ser un apodo familiar, no tiene ya exactitud local; pero, al adoptarlo en Sud-América hemos ensanchado su significación. Lo usaré, pues, como abreviación cómoda, aplicándolo indiferentemente á los Estados del este y del oeste, é incurriendo á sabiendas en el traspié de cierto presidente sudamericano que encabezaba así su discurso de recepción de un ministro: «Venís como representante del gran pueblo _yankee_ ...»

[19] _On heroes: To know a thing, what we can call knowing, a man must first love the thing, sympathize with it._

[20] TAINE, _Histoire de la littérature anglaise_, II, VI.

[21] Sabido es que este procedimiento anexionista es aquí de regla general. Ya se trate de un manjar ó de una comedia, todo lo que penetra en los Estados es de buena presa: ingenua y seriamente se declaran herederos naturales del mundo entero. ¡Hasta la _Marseillaise_ y el _God save the queen_, disfrazados con palabras yankees, forman parte de sus _National war songs_!

[22] El excelente periódico semanal _The Argonaut_ tiene un sello de _humour_ elegante casi único en los Estados Unidos, á igual distancia del formalismo bostoniano y del _snobismo_ neoyorkino.

[23] Según el _Libro de Mormón_, la cabalística palabra _Deseret_, significa lo mismo que _Bee-hive_, es decir, «colmena». Es el nombre de todo el valle ó _Great Basin_.

[24] El coronel M. Blunt es jefe del 16º de infantería.

[25] Véase en el Apéndice la fantasía intitulada _Le Juif errant_.

[26] PAUL DE ROUSIERS, _La vie Américaine_.—Un ejemplo entre mil: este excelente fotógrafo (página 97) transmite á sus lectores una relación del famoso incendio de Chicago, en 1871, que comienza así: _Chicago a été complétement détruite ..._ UNE SEULE MAISON _échappa aux flammes, etc._» Él mismo subraya su inocentada. Los documentos más exagerados dan como incendiada la tercera parte de la ciudad. Y no es poco decir.

[27] ¡Hasta la idea, esencialmente americana, del _omnibus_, se le había ocurrido á ese asombroso Pascal!