The Art of Poetry: an Epistle to the Pisos Q. Horatii Flacci Epistola Ad Pisones, De Arte Poetica.

Part 10

Chapter 10287 wordsPublic domain

En general je puis dire que malgré la soule des Commentateurs & des Traducteurs, Horace estoit tres-malentendu, & que ses plus beaux endroits estoient défigurés par les mauvais sens qu'on leur avoit donnés jusques icy, & il ne faut paus s'en étonner. La pluspart des gens ne reconnoissent pas tant l'autorité de la raison que celle du grand nombre, pour laquelle ils ont un profond respect. Pour moy qui fay qu'en matiere de critique on ne doit pas comptez les voix, mais les peser; j'avoiie que j'ay secoué ce joug, _& que sans m'assijetir au sentiment de personne, j'ay tâché de suivre Horace, & de déméler ce qu'il a dit d'avec ce qu'on luy a fait dire._ J'ay mesme toûjours remarqué (& j'en pourrais donner des exemples bien sensibles) que quand des esprits accoûtumés aux cordes, comme dit Montagne, & qui n'osent tenter de franches allures, entreprennent de traduire & de commenter ces excellens Ouvrages, _où il y a plus de finesse & plus de mystere qu'il n'en paroist,_ tout leur travail ne fait que les gâter, & que la seule vertu qu'ayent leurs copies, c'est de nous dégoûter presque des originaux. Comme j'ay pris la liberté de juger du travail de ceux qui m'ont précedé, & que je n'ay pas fait difficulté de les condamner tres-souvent, je declare que je ne trouveray nullement mauvais qu'on juge du mien, & qu'on releve mes fautes: il est difficile qu'il n'y en ait, & mesme beaucoup; si quelqu'un veut donc se donner la peine de me reprendre, & de me faire voir que j'ay mal pris le sens, je me corrigeray avec plaisir: car je ne cherche que la verite, qui n'a jamais blesse personne: au lieu qu'on se trouve tou-jours mal de persister dans son ignorance et dans son erreur.

Dacier

THE END.