Le Petit Chose (Histoire d'un Enfant)
Chapter 7
Un éclair de colère passe dans les yeux du prêtre: “Ah! c’est comme cela!” dit-il. Et prenant brusquement le petit Chose par la ceinture, il l’emporte sous son bras comme un paquet, malgré sa résistance et ses supplications.…
Nous voici maintenant chez l’abbé Germane: un grand feu brille dans la cheminée; près du feu, il y a une table avec une lampe allumée, des pipes et des tas de papier chargés de pattes de mouche.
Le petit Chose est assis au coin de la cheminée. Il est très agité, il parle beaucoup, il raconte sa vie, ses malheurs et pourquoi il a voulu en finir. L’abbé l’écoute en souriant; puis, quand l’enfant a bien parlé, bien pleuré, bien dégonflé son pauvre cœur malade, le brave homme lui prend les mains et lui dit très tranquillement:
— Tout cela n’est rien, mon garçon, et tu aurais été joliment bête de te mettre à mort pour si peu. Ton histoire est fort simple: on t’a chassé du collège,—ce qui, par parenthèse, est un grand bonheur pour toi.… —eh bien! il faut partir, partir tout de suite, sans attendre tes huit jours.… Ton voyage, tes dettes, ne t’en inquiète pas! je m’en charge.… L’argent que tu voulais emprunter à ce coquin, c’est moi qui te le prêterai. Nous règlerons tout cela demain.… A présent plus un mot! j’ai besoin de travailler, et tu as besoin de dormir.… Seulement je ne veux pas que tu retournes dans ton affreux dortoir: tu aurais froid, tu aurais peur; tu vas te coucher dans mon lit de beaux draps blancs de ce matin!… Moi, j’écrirai toute la nuit, et si le sommeil me prend, je m’étendrai sur le canapé.… Bonsoir! ne me parle plus.
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Le petit Chose se couche, il ne résiste pas.… Tout ce qui lui arrive lui fait l’effet d’un rêve. Que d’événements dans une journée! Avoir été si près de la mort, et se retrouver au fond d’un bon lit, dans cette chambre tranquille et tiède!… Comme le petit Chose est bien!… De temps en temps, en ouvrant les yeux, il voit sous la clarté douce de l’abat-jour le bon abbé Germane qui, tout en fumant, fait courir sa plume, à petit bruit, du haut en bas des feuilles blanches….
…Je fus réveillé le lendemain matin par l’abbé qui me frappait sur l’épaule. J’avais tout oublié en dormant.… Cala fit beaucoup rire mon sauveur.
— Allons! mon garçon, me dit-il, la cloche sonne, dépêche-toi; personne ne se sera aperçu de rien, va prendre tes élèves comme à l’ordinaire; pendant la récréation du déjeuner je t’attendrai ici pour causer.
La mémoire me revint tout d’un coup. Je voulais le remercier; mais positivement le bon abbé me mit à la porte.
Si l’étude me parut longue, je n’ai pas besoin de vous le dire.… Les élèves n’étaient pas encore dans la cour, que déjà je frappais chez l’abbé Germane. Je le retrouvai devant son bureau, les tiroirs grands ouverts, occupé à compter des pièces d’or, qu’il alignait soigneusement par petits tas.
Au bruit que je fis en rentrant il retourna la tête, puis se remit à son travail, sans rien me dire; quand il eut fini, il referma ses tiroirs, et me faisant signe de la main avec un bon sourire:
— Tout ceci est pour toi, me dit-il. J’ai fait ton compte. Voici pour le voyage, voici pour le portier, voici pour le café Barbette, [94] voici pour l’élève qui t’a prêté dix francs.… J’avais mis cet argent de côté pour faire un remplaçant à Cadet; mais Cadet ne tire au sort que dans six ans, et d’ici là nous nous serons revus.
Je voulus parler, mais ce diable d’homme ne m’en laissa pas le temps: “A présent, mon garçon, fais-moi tes adieux… voilà ma classe qui sonne, et quand j’en sortirai, je ne veux plus te retrouver ici. L’air de cette Bastille ne te vaut rien.… File vite à Paris, travaille bien, prie le Bon Dieu, fume des pipes, et tâche d’être un homme. —Tu m’entends, tâche d’être un homme. —Car vois-tu! mon petit Daniel, tu n’es encore qu’un enfant, et même j’ai bien peur que tu ne sois un enfant toute ta vie.”
Là-dessus il m’ouvrit les bras avec un sourire divin; mais, moi, je me jetai à ses genoux en sanglotant. Il me releva et m’embrassa sur les deux joues.
La cloche sonnait le dernier coup.
— Bon! voilà que je suis en retard, dit-il en rassemblant à la hâte ses livres et ses cahiers. Comme il allait sortir, il se retourna encore vers moi:
— J’ai bien un frère à Paris, moi aussi, un brave homme de prêtre, que tu pourrais aller voir.… Mais, bah! à moitié fou comme tu l’es, tu n’aurais qu’à oublier son adresse.…—Et, sans en dire davantage, il se mit à descendre l’escalier à grands pas. Sa soutane flottait derrière lui; de la main droite il tenait sa calotte, et, sous le bras gauche, il portait un gros paquet de papiers et de bouquins.… Bon abbé Germane! Avant de m’en aller, je jetai un dernier regard autour de sa chambre; je contemplai une dernière fois la grande [95] bibliothèque, la petite table, le feu à demi éteint, le fauteuil où j’avais tant pleuré, le lit où j’avais dormi si bien; et, songeant à cette existence mystérieuse dans laquelle je devinais tant de courage, de bonté cachée, de dévouement et de résignation, je ne pus m’empêcher de rougir de mes lâchetés, et je me fis le serment de me rappeler toujours l’abbé Germane.
En attendant, le temps passait.… J’avais ma malle à faire, mes dettes à payer, ma place à retenir à la diligence.…
Au moment de sortir, j’aperçus sur un coin de la cheminée plusieurs vieilles pipes toutes noires. Je pris la plus vieille, la plus noire, la plus courte, et je la mis dans ma poche comme une relique; puis je descendis.
En bas, la porte du vieux gymnase était encore entr’ouverte. Je ne pus m’empêcher d’y jeter un regard en passant, et ce que je vis me fit frissonner.
Je vis la grande salle sombre et froide, l’anneau de fer qui reluisait, et ma cravate violette, avec son nœud coulant, qui se balançait dans le courant d’air au-dessus de l’escabeau renversé.
XI
LES CLEFS DE M. VIOT
Comme je sortais du collège à grandes enjambées, encore tout ému de l’horrible spectacle que je venais d’avoir, la loge du portier s’ouvrit brusquement, et j’entendis qu’on m’appelait:
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— Monsieur Eyssette! monsieur Eyssette!
C’était le maître du café Barbette et son digne ami M. Cassagne, l’air effaré, presque insolents.
Le cafetier parla le premier.
— Est-ce vrai que vous partez, monsieur Eyssette?
— Oui, monsieur Barbette, répondis-je tranquillement, je pars aujourd’hui même.
M. Barbette fit un bond, M. Cassagne en fit un autre; mais le bond de M. Barbette fut bien plus fort que celui de M. Cassagne, parce que je lui devais beaucoup d’argent.
— Comment! aujourd’hui même!
— Aujourd’hui même, et je cours de ce pas retenir ma place à la diligence.
Je crus qu’ils allaient me sauter à la gorge.
— Et mon argent? dit M. Barbette.
— Et le mien? hurla M. Cassagne.
Sans répondre, j’entrai dans la loge, et tirant gravement, à pleines mains, les belles pièces d’or de l’abbé Germane, je me mis à leur compter sur le bout de la table ce que je leur devais à tous les deux.
Ce fut un coup de théâtre! Les deux figures renfrognées se déridèrent, comme par magie.… Quand ils eurent empoché leur argent, un peu honteux des craintes qu’ils m’avaient montrées, et tout joyeux d’être payés, ils s’épanchèrent en compliments de condoléance et en protestations d’amitié:
— Vraiment, monsieur Eyssette, vous nous quittez? Oh! quel dommage! Quelle perte pour la maison!
Et puis des oh! des ah! des hélas! des soupirs, des poignées de main, des larmes étoffées.…
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La veille encore j’aurais pu me laisser prendre à ces dehors d’amitié, mais maintenant j’étais ferré à glace sur les questions de sentiment.
Le quart d’heure passé sous la tonnelle m’avait appris à connaître les hommes,—du moins je le croyais ainsi,—et plus ces affreux gargotiers se montraient affables, plus ils m’inspiraient de dégoût. Aussi, coupant court à leurs effusions ridicules, je sortis du collège et m’en allai bien vite retenir ma place à la bienheureuse diligence qui devait m’emporter loin de tous ces monstres.
En revenant du bureau des messageries, je passai devant le café Barbette, mais je n’entrai pas; l’endroit me faisait horreur. Seulement, poussé par je ne sais quelle curiosité malsaine, je regardai à travers les vitres.… Le café était plein de monde. Les nobles cœurs étaient au complet, il ne manquait que le maître d’armes.
Je regardai un moment ces grosses faces rouges je m’enfuis.…
Or, comme je m’acheminais vers le collège, suivi d’un homme de la diligence pour emporter ma malle, je vis venir sur la place le maître d’armes, sémillant, une badine à la main, le feutre sur l’oreille, mirant sa moustache fine dans ses belles bottes vernies.… De loin je le regardais avec admiration en me disant: “Quel dommage qu’un si bel homme porte une si vilaine âme!…” Lui, de son côté, m’avait aperçu et venait vers moi avec un bon sourire bien loyal et deux grands bras ouverts.…
— Je vous cherchais, me dit-il.… Qu’est-ce que j’apprends? Vous…
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Il s’arrêta net. Mon regard lui cloua ses phrases menteuses sur les lèvres. Et dans ce regard qui le fixait d’aplomb, en face, le misérable dut lire bien des choses, car je le vis tout à coup pâlir, balbutier, perdre contenance; mais ce ne fut que l’affaire d’un instant: il reprit aussitôt son air flambant, planta dans mes yeux deux yeux froids et brillants comme l’acier, et, fourrant ses mains au fond de ses poches d’un air résolu, il s’éloigna en murmurant que ceux qui né seraient pas contents n’auraient qu’à venir le lui dire.… Bandit, va!
Quand je rentrai au collège, les élèves étaient en classe. Nous montâmes dans ma mansarde. L’homme chargea la malle sur ses épaules et descendit. Moi, je restai encore quelques instants dans cette chambre glaciale, regardant les murs nus et salis, le pupitre noir tout déchiqueté, et, par la fenêtre étroite, les platanes des cours qui montraient leurs têtes couvertes de neige.… En moi-même je disais adieu à tout ce monde.
A ce moment j’entendis une voix de tonnerre qui grondait dans les classes: c’était la voix de l’abbé Germane. Elle me réchauffa le cœur et fit venir au bord des cils quelques bonnes larmes.
Après quoi je descendis lentement, regardant attentif autour de moi, comme pour emporter dans mes yeux l’image, toute l’image, de ces lieux que je ne devais plus jamais revoir. C’est ainsi que je traversai les longs corridors à hautes fenêtres grillagées où les yeux noirs m’étaient apparus pour la première fois. Dieu vous protège, mes chers yeux noirs!… Je passai aussi [99] devant le cabinet du principal, avec sa double porte mystérieuse; puis, à quelques pas plus loin, devant le cabinet de M. Viot.… Là je m’arrêtai subitement.… Ô joie, ô délices! les clefs, les terribles clefs pendaient à la serrure, et le vent les faisait doucement frétiller. Je les regardai avec une sorte de terreur religieuse; puis, tout à coup, une idée de vengeance me vint. Traîtreusement, d’une main sacrilège, je retirai le trousseau de la serrure, et, le cachant sous ma redingote, je descendis l’escalier quatre à quatre.
Il y avait au bout de la cour des moyens un puits très profond. J’y courus d’une haleine.… A cette heure la cour était déserte; la fée aux lunettes n’avait pas encore relevé son rideau. Tout favorisait mon crime. Alors, tirant les clefs de dessous mon habit, ces misérables clefs qui m’avaient tant fait souffrir, je les jetai dans le puits de toutes mes forces.… Frinc! frinc! frinc! Je les entendis dégringoler, rebondir contre les parois, et tomber lourdement dans l’eau qui se referma sur elles; ce forfait commis, je m’éloignai souriant.
Sous le porche, en sortant du collège, la dernière personne que je rencontrai fut M. Viot, mais un M. Viot sans ses clefs, hagard, effaré, courant de droite et de gauche. Quand il passa près de moi, il me regarda un moment avec angoisse. Le malheureux avait envie de me demander si je ne _les_ avais pas vues. Mais il n’osa pas.… A ce moment le portier lui criait du haut de l’escalier, en se penchant:
— Monsieur Viot, je ne les trouve pas!
J’entendis l’homme aux clefs faire tout bas:
[100]
— Oh! mon Dieu!
Et il partit comme un fou à la découverte.
J’aurais été heureux de jouir plus longtemps de ce spectacle, mais le clairon de la diligence sonnait sur la place d’Armes, et je ne voulais pas qu’on partit sans moi.
Et maintenant, adieu pour toujours, grand collège enfumé, fait de vieux fer et de pierres noires; adieu, vilains enfants! adieu, règlement féroce! Le petit Chose s’envole et ne reviendra plus. Et vous, marquis de Boucoyran, estimez-vous heureux: on s’en va, sans vous allonger ce fameux coup d’épée, si longtemps médité avec les nobles cœurs du café Barbette.…
Fouette, cocher! Sonne, trompette! Bonne vieille diligence, fais feu de tes quatre roues, emporte le petit Chose au galop de tes trois chevaux.… Emporte-le bien vite dans sa ville natale, pour qu’il embrasse sa mère chez l’oncle Baptiste, et qu’ensuite il mette le cap sur Paris et rejoigne au plus vite Eyssette (Jacques) dans sa chambre du Quartier latin!…
XII
L’ONCLE BAPTISTE
Un singulier type d’homme que cet oncle Baptiste, le frère de Mme Eyssette! Ni bon ni méchant, marié de bonne heure à un grand gendarme de femme avare et maigre qui lui faisait peur, ce vieil enfant n’avait [101] qu’une passion au monde: la passion du coloriage. Depuis quelque quarante ans il vivait entouré de godets, de pinceaux, de couleurs, et passait son temps à colorier des images de journaux illustrés. La maison était pleine de vieilles _Illustrations!_ de vieux _Charivaris!_ de vieux _Magasins pittoresques!_ de cartes géographiques! tout cela fortement enluminé. Même dans ses jours de disette, quand la tante lui refusait de l’argent pour acheter des journaux à images, il arrivait à mon oncle de colorier des livres. Ceci est historique: j’ai tenu dans mes mains une grammaire espagnole que mon oncle avait mis en couleurs d’un bout à l’autre, les adjectifs en bleu, les substantifs en rose, etc.…
C’est entre ce vieux maniaque et sa féroce moitié que Mme Eyssette était obligée de vivre depuis six mois. La malheureuse femme passait toutes ses journées dans la chambre de son frère, assise à côté de lui et s’ingéniait à être utile. Elle essuyait les pinceaux, mettait de l’eau dans les godets.… Le plus triste, c’est que, depuis notre ruine, l’oncle Baptiste avait un profond mépris pour M. Eyssette, et que du matin au soir la pauvre mère était condamnée à entendre dire: “Eyssette n’est pas sérieux! Eyssette n’est pas sérieux!” Ah! le vieil imbécile! il fallait voir de quel air sentencieux et convaincu il disait cela, en coloriant sa grammaire espagnole! Depuis j’en ai souvent rencontré dans la vie, de ces hommes soi-disant très graves, qui passaient leur temps à colorier des grammaires espagnoles et trouvaient que les autres n’étaient pas sérieux.
Tous ces détails sur l’oncle Baptiste et l’existence lugubre que Mme Eyssette menait chez lui, je ne les [102] connus que plus tard; pourtant, dès mon arrivée dans la maison, je compris que, quoi qu’elle en dit, ma mère ne devait pas être heureuse.… Quand j’entrai, on venait de se mettre à table pour le dîner. Mme Eyssette bondit de joie en me voyant, et, comme vous pensez, elle embrassa son petit Chose de toutes ses forces. Cependant la pauvre mère avait l’air gênée; elle parlait peu, —toujours sa petite voix douce et tremblante, les yeux dans son assiette. Elle faisait peine à voir avec sa robe étriquée et toute noire.
L’accueil de mon oncle et de ma tante fut très froid. Ma tante me demanda d’un air effrayé si j’avais dîné. Je me hâtai de répondre que oui.… La tante respira; elle avait tremblé un instant pour son dîner. Joli, le dîner! des pois chiches et de la morue.
L’oncle Baptiste, lui, me demanda si nous étions en vacances.… Je répondis que je quittais l’Université, et que j’allais à Paris rejoindre mon frère Jacques, qui m’avait trouvé une bonne place. J’inventai ce mensonge pour rassurer la pauvre Mme Eyssette sur mon avenir, et puis aussi pour avoir l’air sérieux aux yeux de mon oncle.
En apprenant que le petit Chose avait une bonne place, la tante Baptiste ouvrit de grands yeux.
— Daniel, dit-elle, il faudra faire venir ta mère à Paris.… La pauvre chère femme s’ennuie loin de ses enfants; et puis, tu comprends! c’est une charge pour nous, et ton oncle ne peut pas toujours être _la vache à lait_ de la famille.
— Le fait est, dit l’oncle Baptiste, la bouche pleine, que je suis _la vache à lait_.…
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Cette expression de _vache à lait_ l’avait ravi, et il la répéta plusieurs fois avec la même gravité.…
Le dîner fut long, comme entre vieilles gens. Ma mère mangeait peu, m’adressait quelques paroles et me regardait à la dérobée; ma tante la surveillait.
— Vois ta sœur! disait-elle à son mari, la joie de retrouver Daniel lui coupe l’appétit. Hier elle a pris deux fois du pain, aujourd’hui une fois seulement.
Ah! chère madame Eyssette! comme j’aurais voulu vous emporter ce soir-là, comme j’aurais voulu vous arracher à cette impitoyable vache à lait, et à son épouse; mais, hélas! je m’en allais au hasard moi-même, ayant juste de quoi payer ma route, et je pensais bien que la chambre de Jacques n’était pas assez grande pour nous tenir tous les trois. Encore si j’avais pu vous parler, vous embrasser à mon aise; mais non! On ne nous laissa pas seuls une minute.… Rappelez-vous: tout de suite après dîner l’oncle se remit à sa grammaire espagnole, la tante essuyait son argenterie, et tous deux ils nous épiaient du coin de l’œil.… L’heure du départ arriva, sans que nous eussions rien pu nous dire.
Aussi le petit Chose avait le cœur bien gros, quand il sortit de chez l’oncle Baptiste; et en s’en allant, tout seul, dans l’ombre de la grande avenue qui mène au chemin de fer, il se jura deux ou trois fois très solennellement de se conduire désormais comme un homme et de ne plus songer qu’à reconstruire le foyer.
NOTES
_Title_. Le Petit Chose, ‘Little What’s-his-name,’ or ‘Little What-do-you-call-him’: so also _Monsieur Chose, Madame Chose_.
Page 1. (chapter i. full=i)
2. Languedoc: an old province of the south of France, so called from the name given to the language of its inhabitants, who used the word _oc_ as an affirmative, and were said to speak the _langue d’oc_ as distinguished from the dialect spoken north of the Loire, which expressed the affirmative by _oïl_ and was called the _langue d’oïl_.
5. Carmélites: nuns of the order of Mount Carmel. Their congregation was introduced into France in 1452.
13. aussi: note the inversion. In sentences beginning with _aussi,_ ‘therefore,’ ‘so’; _à peine_, ‘hardly’; _peut-être_, ‘perhaps’; _toujours,_ ‘still’; _au moins_, ‘at least’; _encore_, ‘yet,’ ‘even then,’ and a few more, the _interrogative_ form of the verb is used.
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7. Marseille, ‘Marseilles,’ Note the difference in spelling. So also _Lyon_ (p. 9 l. 8.)
qui lui emportait plus de quarante mile francs, ‘who robbed him of more than 40,000 francs.’ Why not _plus que_?
13. la grève des ourdisseuses, ‘the strike of the warping-women.’ _La grève_, originally=‘the strand,’ ‘beach.’ _La Place de Grève_, situated on the banks of the Seine, was the Tyburn of ancient Paris. It was also in olden times the rendezvous for the unemployed, hence the meaning ‘strike.’ Cf. _se mettre en grève, faire grève, les grévistes_.
16. la Révolution: i.e. the Revolution of February 24, 1848, which caused Louis-Philippe, ‘king of the French,’ to abdicate and a republic to be proclaimed.
17. coup de grâce, ‘the finishing stroke.’ Learn the following:— p. 3 l. 23, _tout à coup_, ‘suddenly.’ p. 5 l. 19, _pour le coup_, ‘this time.’ p. 21 l. 19, _le coup de sonnette_, ‘the ring at the bell.’ p. 72 l. 20, _un coup de tête_, ‘a rash act.’ p. 75 l. 18, _à coup sûr_, ‘to be sure,’ ‘certainly.’ p. 96 l. 22, _un coup de théâtre_, ‘a clap-trap, transformation scene.’ p. 100 l. 12, _un coup d’épée_, ‘a sword-thrust.’
18. à partir de, ‘from,’ ‘beginning from.’
ne battit plus que d’une aile, ‘was on its last legs,’ i.e. like a bird that is wounded and can fly with only one wing.
20. un métier bas, ‘one loom put aside.’
21. table d’impression, ‘printing-block.’
24. du second: sc. _étage_.
25. condamnée, ‘shut up.’ Pronounce _condané_.
27. agonisa, ‘was on the verge of ruin.’
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13. assister à l’agonie: note _assister à qc._, ‘to be present at something’; _assister qn._, to help some one.’ The original meaning of _assister_=‘to stand by,’ ‘to be present’; then ‘to stand by a person,’ i.e. ‘to assist him.’ _Les assistants,_ ‘those present,’ or ‘the bystanders.’
16. à ma guise, ‘to my heart’s content.’
22. par exemple, ‘however.’ The meaning of this expression varies according to the context. It can mean ‘however,’ ‘indeed,’ ‘well now,’ ‘to be sure,’ ‘bless me,’ etc.
24-29. c’était dans l’habitude . . à tout ce qui l’entourait, ‘his was usually a fiery, violent, immoderate nature, given to shouting, breaking and storming. In reality, he was an excellent man; quick, however, with his hands, loud in his speech, and prompted by an imperious desire to make all those around him tremble.’
31. à qui s’en prendre, ‘on whom to lay the blame.’ Note the expletive use of _en_ and cf.— _en vouloir à qn._, ‘to have a grudge against some one.’ _en venir aux mains_, ‘to come to blows.’ _il en est de même de . ._, ‘it is the same with . .’
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1. mistral: a dry cutting NW. wind which blows across the south coast of France. It is especially prevalent in the Rhone valley.
6. n’étaient pas en odeur de sainteté, ‘were not looked upon with much favour.’
19. à voix basse, ‘in a whisper’; but _à haute voix_, ‘in a loud voice.’
23. mon grand frère l’abbé, ‘my big brother the clergyman,’ i.e. Henri Daudet, professor at the College of the Assumption at Nîmes. He died at the early age of twenty-four. The term _abbé_ originally meant the Superior of an abbey, then was extended to any ecclesiastic.
31. un singulier enfant que mon frère Jacques: i.e. _mon frère Jacques était un singulier enfant._ Note the _que_ of emphatic inversion. It is a very common type of construction. Cf. p. 73 l. 3, _la jolie ville que ce Paris!_ p. 100 l. 22, _un singulier type d’homme que cet oncle Baptiste!_
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2. les yeux rouges et la joue ruisselante: note the absence of a preposition corresponding to the English ‘with.’ It is a very characteristic French idiom.
12. que veux-tu, mon ami? ‘how can we help it, my dear?’ lit. ‘what would you have (him do)?’
16. qu’avait cet étrange garçon: inversion frequently occurs in relative clauses, especially when the subject is longer than the verb.
18. désolation, ‘distress’; désolé, ‘grieved,’ ‘disconsolate,’ _not_ ‘desolate.’
19. c’est pour le coup . . à son aise, ‘this was a grand opportunity for him to sob to his heart’s content.’
31. une douzaine d’années: the suffix _-aine_ added to numerals generally implies an approximate number; _une quinzaine_, ‘about fifteen.’
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5. mon fidèle Vendredi: Robinson Crusoe’s servant and companion.
12. je le jouais, ‘I acted it.’
21. tenait son emploi, ‘played his part.’
24. toujours est-il que, ‘anyhow.’ Cf. note, p. 1 l. 13.
28. j’en avais quelquefois le cœur bouleversé, ‘my courage was sometimes shaken.’
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1. gros mots d’enfants de la rue, ‘coarse expressions of the street arabs.’