Chapter 3
Lors vous n'aurez servante oyant telle nouvelle Desjà sous le labeur à demy sommeillant, Qui au bruit de mon nom ne s'aille resveillant, Benissant vostre nom de louange immortelle.
Je seray sous la terre, et, fantosme sans os, Par les ombres myrteux je prendray mon repos: Vous serez au foyer une vieille accroupie,
Regrettant mon amour et vostre fier desdain. Vivez, si m'en croyez, n'attendez à demain: Cueillez des aujourd'huy les rosés de la vie.
ÉLÉGIE
Quand je suis vingt ou trente mois Sans retourner en Vendomois, Plein de pensées vagabondes, Plein d'un remors et d'un souci, Aux rochers je me plains ainsi, Aux bois, aux antres et aux ondes:
Rochers, bien que soyez agez De trois mil ans, vous ne changez Jamais ny d'estat ny de forme : Mais toujours ma jeunesse fuit, Et la vieillesse qui me suit De jeune en vieillard me transforme.
Bois, bien que perdiez tous les ans En hyver vos cheveux mouvans, L'an d'après qui se renouvelle Renouvelle aussi vostre chef. Mais le mien ne peut de rechef Ravoir sa perruque nouvelle.
Antres, je me suis vu chez vous Avoir jadis verds les genous, Le corps habile et la main bonne: Mais ores j'ai le corps plus dur Et les genous, que n'est le mur Qui froidement vous environne.
Ondes, sans fin vous promenez Et vous menez et ramenez Vos flots d'un cours qui ne sejourne: Et moy sans faire long sejour, Je m'en vais de nuict et de jour Au lieu d'où plus on ne retourne.
DIEU VOUS GARD
Dieu vous gard, messagers fidelles Du printemps, vistes arondelles, Huppes, coucous, rossignolets, Tourtres, et vous oiseaux sauvages Qui de cent sortes de ramages Animez les bois verdelets!
Dieu vous gard, belles paquerettes. Belles roses, belles fleurettes, Et vous, boutons jadis cognus Du sang d'Ajax et de Narcisse: Et vous, thym, anis et melisse, Vous soyez les bien revenus.
Dieu vous gard, troupe diaprée De papillons, qui par la prée Les douces herbes suçotez: Et vous, nouvel essaim d'abeilles Qui les fleurs jaunes et vermeilles De vostre bouche baisotez!
Cent mille fois je resalue Vostre belle et douce venue: O que j'aime ceste saison Et ce doux caquet des rivages, Au prix des vents et des orages Qui m'enfermoient en la maison.
A UN AUBESPIN
Bel aubespin verdissant, Fleurissant Le long de ce beau rivage, Tu es vestu jusqu'au bas Des longs bras D'une lambrunche sauvage.
Deux camps de rouges fourmis Se sont mis En garnison sous ta souche: Dans les pertuis de ton tronc Tout du long Les avettes ont leur couche.
Le chantre rossignolet Nouvelet Courtisant sa bien aimée, Pour ses amours alleger Vient loger Tous les ans en ta ramée.
Sur ta cyme il fait son ny Tout uny De mousse et de fine soye Où ses petits esclorront, Qui seront De mes mains la douce proye.
Or vy, gentil aubespin, Vy sans fin, Vy sans que jamais tonnerre Ou la cognée ou les vents Ou les temps Te puissent ruer par terre.
ÉLÉGIE CONTRE LES BÛCHERONS DE LA FORÊT DE GASTINE
Escoute, bucheron, arreste un peu le bras: Ce ne sont pas des bois que tu jettes à bas; Ne vois-tu pas le sang lequel degoute à force Des nymphes qui vivoient dessous la dure escorce? Sacrilege meurtrier, si on pend un voleur Pour piller un butin de bien peu de valeur, Combien de feux, de fers, de morts et de detresses Merites-tu, meschant, pour tuer nos deesses?
Forest, haute maison des oiseaux bocagers! Plus le cerf solitaire et les chevreuls legers Ne paistront sous ton ombre, et ta verte criniere Plus du soleil d'esté ne rompra la lumiere.
Plus l'amoureux pasteur sus un tronq adossé, Enflant son flageolet à quatre trous perse, Son mastin à ses pieds, à son flanc la houlette, Ne dira plus l'ardeur de sa belle Janette: Tout deviendra muet; Echo sera sans vois; Tu deviendras campagne, et en lieu de tes bois, Dont l'ombrage incertain lentement se remue, Tu sentiras le soc, le coutre et la charrue; Tu perdras ton silence, et Satyres et Pans, Et plus le cerf chez toy ne cachera ses fans.
Adieu, vieille forest, le jouet de Zephire, Où premier j'accorday les langues de ma lyre, Où premier j'entendi les flèches resonner D'Apollon, qui me vint tout le coeur estonner; Où premier admirant la belle Calliope, Je devins amoureux de sa neuvaine trope, Quand sa main sur le front cent roses me jetta, Et de son propre laict Euterpe m'allaita.
Adieu, vieille forest, adieu, testes sacrées, De tableaux et de fleurs en tout temps revérées, Maintenant le desdain des passans alterez, Qui, bruslez en l'esté des rayons etherez, Sans plus trouver le frais de tes douces verdures, Accusent tes meurtriers, et leur disent injures!
Adieu, chesnes, couronne aux vaillans citoyens, Arbres de Jupiter, germes Dordoneens, Qui premiers aux humains donnastes à repaistre; Peuples vrayment ingrats, qui n'ont sçeu recognoistre Les biens reçeus de vous, peuples vrayment grossiers, De massacrer ainsi leurs pères nourriciers!
Que l'homme est malheureux qui au monde se fie! O dieux, que véritable est la philosophie, Qui dit que toute chose à la fin périra, Et qu'en changeant de forme une autre vestira!
De Tempé la vallée un jour sera montagne, Et la cyme d'Athos une large campagne: Neptune quelquefois de blé sera couvert: La matiere demeure et la forme se perd.
JOACHIM DU BELLAY
L'IDÉAL
Si nostre vie est moins qu'une journée En l'éternel, si l'an qui fait le tour Chasse nos jours sans espoir de retour, Si perissable est toute chose née,
Que songes-tu, mon âme emprisonnée? Pourquoy te plaist l'obscur de nostre jour, Si pour voler en un plus clair séjour, Tu as au dos l'aile bien empennée?
Là est le bien que tout esprit désire, Là le repos où tout le monde aspire, Là est l'amour, là le plaisir encore.
Là, ô mon ame, au plus haut ciel guidée. Tu y pourras recognoistre l'idée De la beauté qu'en ce monde j'adore.
L'AMOUR DU CLOCHER
Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage, Ou comme cestuy là qui conquit la toison, Et puis est retourné, plein d'usage et raison, Vivre entre ses parens le reste de son âge!
Quand reverray-je, hélas! de mon petit village Fumer la cheminée, et en quelle saison, Reverray-je le clos de ma pauvre maison, Qui m'est une province, et beaucoup davantage?
Plus me plaist le sejour qu'ont basty mes ayeux, Que des palais romains le front audacieux, Plus que le marbre dur me plaist l'ardoise fine;
Plus mon Loyre gaulois que le Tybre latin, Plus mon petit Lire que le mont Palatin Et plus que l'air marin la douceur Angevine.
D'UN VANNEUR DE BLED, AUX VENTS
A vous, trouppe legere, Qui d'aile passagere Par le monde volez Et d'un sifflant murmure L'ombrageuse verdure Doucement esbranlez:
J'offre ces violettes, Ces lis et ces fleurettes, Et ces roses ici, Ces merveillettes roses, Tout freschement ecloses, Et ces oeillets aussi.
De vostre douce haleine Eventez ceste plaine, Eventez ce sejour, Ce pendant que j'ahanne A mon blé que je vanne A la chaleur du jour.
D'AUBIGNÉ
L'HYVER
Mes volages humeurs, plus sterilles que belles, S'en vont; et je leur dis: Vous sentez, irondelles, S'esloigner la chaleur et le froid arriver. Allez nicher ailleurs, pour ne tascher, impures, Ma couche de babil et ma table d'ordures; Laissez dormir en paix la nuict de mon hyver.
D'un seul point le soleil n'esloigne l'hémisphère; Il jette moins d'ardeur, mais autant de lumiere. Je change sans regrets, lorsque je me repens Des frivoles amours et de leur artifice. J'ayme l'hyver qui vient purger mon coeur de vice, Comme de peste l'air, la terre de serpens.
Mon chef blanchit dessous les neiges entassées, Le soleil, qui reluit, les eschauffe, glacées, Mais ne les peut dissoudre, au plus court de ses mois. Fondez, neiges; venez dessus mon coeur descendre, Qu'encores il ne puisse allumer de ma cendre Du brazier, comme il fit des flammes autrefois.
Mais quoi! serai-je esteint devant ma vie esteinte? Ne luira plus sur moi la flamme vive et sainte, Le zele flamboynt de la sainte maison? Je fais aux saints autels holocaustes des restes, De glace aux feux impurs, et de napthe aux celestes: Clair et sacré flambeau, non funèbre tison!
Voici moins de plaisirs, mais voici moins de peines. Le rossignol se taist, se taisent les sereines: Nous ne voyons cueillir ni les fruits ni les fleurs; L'espérance n'est plus bien souvent tromperesse; L'hyver jouit de tout. Bienheureuse vieillesse, La saison de l'usage, et non plus des labeurs!
Mais la mort n'est pas loin; cette mort est suivie D'un vivre sans mourir, fin d'une fausse vie: Vie de nostre vie, et mort de nostre mort. Qui hait la seureté pour aimer le naufrage? Qui a jamais esté si friand de voyage, Que la longueur en soit plus douce que le port?
JEAN BERTAUT
CHANSON
Les Cieux inexorables Me sont si rigoureux, Que les plus miserables Se comparans à moy se trouveraient heureux.
Je ne fais à toute heure Que souhaiter la mort, Dont la longue demeure Prolonge dessus moy l'insolence du Sort.
Mon lict est de mes larmes Trempé toutes les nuits: Et ne peuvent ses charmes, Lors mesme que je dors, endormir mes ennuis.
Si je fay quelque songe J'en suis espouvanté, Car mesme son mensonge Exprime de mes maux la triste vérité.
Toute paix, toute joye A pris de moy congé, Laissant mon âme en proye A cent mille soucis dont mon coeur est rongé.
La pitié, la justice, La constance, et la foy, Cédant à l'artifice, Dedans les coeurs humains sont esteintes pour moy.
L'ingratitude paye Ma fidelle amitié: La calomnie essaye A rendre mes tourments indignes de pitié.
En un cruel orage On me laisse périr, Et courant au naufrage Je voy chacun me plaindre et nul me secourir.
Et ce qui rend plus dure La misere où je vy, C'est, es maux que j'endure, La mémoire de l'heur que le Ciel m'a ravi.
Felicité passée Qui ne peux revenir: Tourment de ma pensée, Que n'ai-je en te perdant perdu le souvenir!
Helas! il ne me reste De mes contentements Qu'un souvenir funeste, Qui me les convertit à toute heure en tourments.
Le sort plein d'injustice M'ayant en fin rendu Ce reste un pur supplice, Je serois plus heureux si j'avois plus perdu.
MATHURIN RÉGNIER
ODE
Jamais ne pourray-je bannir Hors de moy l'ingrat souvenir De ma gloire si tost passée? Toujours pour nourrir mon soucy. Amour, cet enfant sans mercy, L'offrira-t-il à ma pensée!
Tyran implacable des coeurs, De combien d'ameres langueurs As-tu touché ma fantaisie ! De quels maux m'as-tu tourmenté! Et dans mon esprit agité Que n'a point fait la jalousie !
Mes yeux, aux pleurs accoutumez, Du sommeil n'estoient plus fermez; Mon coeur fremissoit sous la peine: A veu d'oeil mon teint jaunissoit; Et ma bouche qui gemissoit, De soupirs estoit toujours pleine.
Aux caprices abandonné, J'errois d'un esprit forcené, La raison cédant à la rage: Mes sens, des desirs emportez, Flottoient, confus, de tous costez, Comme un vaisseau parmy l'orage.
Blasphemant la terre et les cieux, Mesmes je m'estois odieux, Tant la fureur troubloit mon ame: Et bien que mon sang amassé Autour de mon coeur fust glacé, Mes propos n'estoient que de flame.
Pensif, frenetique et resvant, L'esprit troublé, la teste au vent, L'oeil hagard, le visage blesme, Tu me fis tous maux esprouver; Et sans jamais me retrouver, Je m'allois cherchant en moy-mesme.
Cependant lors que je voulois, Par raison enfraindre tes loix, Rendant ma flame refroidie, Pleurant, j'accusay ma raison Et trouvay que la guerison Est pire que la maladie.
Un regret pensif et confus D'avoir esté, et n'estre plus, Rend mon ame aux douleurs ouverte; A mes despens, las! je vois bien Qu'un bonheur comme estoit le mien Ne se cognoist que par la perte.
FRANÇOIS DE MALHERBE
CONSOLATION A MONSIEUR DU PÉRIER
Ta douleur, du Périer, sera donc éternelle, Et les tristes discours Que te met en l'esprit l'amitié paternelle L'augmenteront toujours?
Le malheur de ta fille, au tombeau descendue Par un commun trépas, Est-ce quelque dédale où ta raison perdue Ne se retrouve pas?
Je sais de quels appas son enfance était pleine, Et n'ai pas entrepris, Injurieux ami, de soulager ta peine Avecque son mépris.
Mais elle était du monde, où les plus belles choses Ont le pire destin; Et, rose, elle a vécu ce que vivent les roses, L'espace d'un matin.
Puis quand ainsi serait que, selon ta prière, Elle aurait obtenu D'avoir en cheveux blancs terminé sa carrière, Qu'en fût-il advenu?
Penses-tu que, plus vieille, en la maison céleste Elle eût eu plus d'accueil, Ou qu'elle eût moins senti la poussière funeste Et les vers du cercueil?
Non, non, mon du Périer; aussitôt que la Parque Ote l'âme du corps, L'âge s'évanouit au deçà de la barque, Et ne suit pas les morts.
Tithon n'a plus les ans qui le firent cigale, Et Pluton aujourd'hui, Sans égard du passé, les mérites égale D'Archémore et de lui.
Ne te lasse donc plus d'inutiles complaintes; Mais, sage à l'avenir, Aime une ombre comme ombre, et des cendres éteintes Éteins le souvenir.
C'est bien, je le confesse, une juste coutume, Que le coeur affligé, Par le canal des yeux vidant son amertume, Cherche d'être allégé.
Même quand il advient que la tombe sépare Ce que nature a joint, Celui qui ne s'émeut a l'âme d'un barbare, Ou n'en a du tout point.
Mais d'être inconsolable, et dedans sa mémoire Enfermer un ennui, N'est-ce pas se haïr pour acquérir la gloire De bien aimer autrui?
Priam, qui vit ses fils abattus par Achille, Dénué de support Et hors de tout espoir du salut de sa ville, Reçut du réconfort.
François, quand la Castille, inégale à ses armes, Lui vola son Dauphin, Sembla d'un si grand coup devoir jeter des larmes Qui n'eussent point de fin.
Il les sécha pourtant, et comme un autre Alcide Contre fortune instruit, Fit qu'à ses ennemis d'un acte si perfide La honte fut le fruit.
Leur camp, qui la Durance avoit presque tarie De bataillons épais, Entendant sa constance eut peur de sa furie, Et demanda la paix.
De moi, déjà deux fois d'une pareille foudre Je me suis vu perclus, Et deux fois la raison m'a si bien fait résoudre Qu'il ne m'en souvient plus.
Non qu'il ne me soit grief que la terre possède Ce qui me fut si cher; Mais en un accident qui n'a point de remède, Il n'en faut point chercher.
La mort a des rigueurs à nulle autre pareilles; On a beau la prier, La cruelle qu'elle est se bouche les oreilles, Et nous laisse crier.
Le pauvre en sa cabane, où le chaume le couvre, Est sujet à ses lois; Et la garde qui veille aux barrières du Louvre N'en défend point nos Rois.
De murmurer contre elle et perdre patience Il est mal à propos; Vouloir ce que Dieu veut est la seule science Qui nous met en repos.
CHANSON
Ils s'en vont, ces rois de ma vie, Ces yeux ces beaux yeux Dont l'éclat fait pâlir d'envie Ceux même des cieux. Dieux amis de l'innocence, Qu'ai-je fait pour mériter Les ennuis où cette absence Me va précipiter?
Elle s'en va, cette merveille Pour qui nuit et jour, Quoi que la raison me conseille, Je brûle d'amour. Dieux amis, etc.
En quel effroi de solitude Assez écarté Mettrai-je mon inquiétude En sa liberté? Dieux amis, etc.
Les affligés ont en leurs peines Recours à pleurer; Mais quand mes yeux seraient fontaines, Que puis-je espérer? Dieux amis, etc.
PARAPHRASE DU PSAUME CXLV
N'Espérons plus, mon âme, aux promesses du monde: Sa lumière est un verre, et sa faveur une onde Que toujours quelque vent empêche de calmer. Quittons ces vanités, lassons-nous de les suivr C'est Dieu qui nous fait vivre, C'est Dieu qu'il faut aimer.
En vain, pour satisfaire à nos lâches envies, Nous passons prés des rois tout le temps de nos vies A souffrir des mépris et ployer les genoux. Ce qu'ils peuvent n'est rien; ils sont comme nous sommes, Véritablement hommes, Et meurent comme nous.
Ont-ils rendu l'esprit, ce n'est plus que poussière Que cette majesté si pompeuse et si fière Dont l'éclat orgueilleux étonne l'univers; Et dans ces grands tombeaux où leurs âmes hautaines, Font encore les vaines, Ils sont mangés des vers.
Là se perdent ces noms de maîtres de la terre, D'arbitres de la paix, de foudres de la guerre; Comme ils n'ont plus de sceptre, ils n'ont plus de flatteurs, Et tombent avec eux d'une chute commune Tous ceux que leur fortune Faisait leurs serviteurs.
RACINE
CHOEUR D'ESTHER
TOUT LE CHOEUR
Dieu fait triompher l'innocence; Chantons, célébrons sa puissance.
UNE ISRAÉLITE
Il a vu contre nous les méchants s'assembler, Et notre sang prêt à couler; Comme l'eau sur la terre ils allaient le répandre: Du haut du ciel sa voix s'est fait entendre, L'homme superbe est renversé, Ses propres flèches l'ont percé.
UNE AUTRE
J'ai vu l'impie adoré sur la terre; Pareil au cèdre il cachait dans les cieux Son front audacieux; Il semblait à son gré gouverner le tonnerre, Foulait aux pieds ses ennemis vaincus: Je n'ai fait que passer, il n'était déjà plus.
UNE AUTRE
Que le Seigneur est bon! que son joug est aimable! Heureux qui dès l'enfance en connaît la douceur' Jeune peuple, courez à ce maître adorable; Les biens les plus charmants n'ont rien de comparable
Aux torrents de plaisirs qu'il répand dans un coeur. Que le Seigneur est bon! que son joug est aimable! Heureux qui dès l'enfance en connaît la douceur!
UNE AUTRE
Il s'apaise, il pardonne; Du coeur ingrat qui l'abandonne Il attend le retour; Il excuse notre faiblesse; A nous chercher même il s'empresse: Pour l'enfant qu'elle a mis au jour Une mère a moins de tendresse. Ah! qui peut avec lui partager notre amour!
TROIS ISRAÉLITES
Il nous fait remporter une illustre victoire.
L'UNE DES TROIS Il nous a révélé sa gloire.
TOUTES TROIS ENSEMBLE
Ah! qui peut avec lui partager notre amour!
TOUT LE CHOEUR
Que son nom soit béni; que son nom soit chanté; Que Ton célèbre ses ouvrages Au delà des temps et des âges, Au delà de l'éternité.
JEAN-BAPTISTE ROUSSEAU
ODE A LA FORTUNE
Fortine dont la main couronne Les forfaits les plus inouïs, Du faux éclat qui t'environne Serons-nous toujours éblouis? Jusques à quand, trompeuse idole, D'un culte honteux et frivole Honorerons-nous tes autels? Verra-t-on toujours tes caprices Consacrés par les sacrifices Et par l'hommage des mortels?
Apprends que la seule sagesse Peut faire les héros parfaits; Qu'elle voit toute la bassesse De ceux que ta faveur a faits; Qu'elle n'adopte point la gloire Qui naît d'une injuste victoire Que le sort remporte pour eux ; Et que, devant ses yeux stoïques, Leurs vertus les plus héroïques Ne sont que des crimes heureux.
Quoi! Rome et l'Italie en cendre Me feront honorer Sylla? J'admirerai dans Alexandre Ce que j'abhorre en Attila? J'appellerai vertu guerrière Une vaillance meurtrière Qui dans mon sang trempe ses mains; Et je pourrai forcer ma bouche A louer un héros farouche, Né pour le malheur des humains?
Quels traits me présentent vos fastes, Impitoyables conquérants! Des voeux outrés, des projets vastes, Des rois vaincus par des tyrans; Des murs que la flamme ravage, Des vainqueurs fumants de carnage, Un peuple au fer abandonné; Des mères pâles et sanglantes, Arrachant leurs filles tremblantes Des bras d'un soldat effréné.
Juges insensés que nous sommes, Nous admirons de tels exploits! Est-ce donc le malheur des hommes Qui fait la vertu des grands rois? Leur gloire, féconde en ruines, Sans le meurtre et sans les rapines Ne saurait-elle subsister? Images des Dieux sur la terre, Est-ce par des coups de tonnerre Que leur grandeur doit éclater?
Montrez-nous, guerriers magnanimes, Votre vertu dans tout son jour, Voyons comment vos coeurs sublimes Du sort soutiendront le retour. Tant que sa faveur vous seconde, Vous êtes les maîtres du monde, Votre gloire nous éblouit; Mais au moindre revers funeste, Le masque tombe, l'homme reste, Et le héros s'évanouit.
PARNY
SUR LA MORT D'UNE JEUNE FILLE
Son âge échappait à l'enfance; Riante comme l'innocence, Elle avait les traits de l'Amour. Quelques mois, quelques jours encore, Dans ce coeur pur et sans détour Le sentiment allait éclore. Mais le ciel avait au trépas Condamné ses jeunes appas; Au ciel elle a rendu sa vie, Et doucement s'est endormie, Sans murmurer contre ses lois. Ainsi le sourire s'efface; Ainsi meurt sans laisser de trace Le chant d'un oiseau dans les bois.
GILBERT
ADIEUX A LA VIE
J'ai révélé mon coeur au Dieu de l'innocence; Il a vu mes pleurs pénitents: Il guérit mes remords, il m'arme de constance; Les malheureux sont ses enfants.
Mes ennemis, riant, ont dit dans leur colère: Qu'il meure et sa gloire avec lui! Mais à mon coeur calmé le Seigneur dit en père: Leur haine sera ton appui.
A tes plus chers amis ils ont prêté leur rage: Tout trompe ta simplicité: Celui que tu nourris court vendre ton image Noire de sa méchanceté.
Mais Dieu t'entend gémir; Dieu, vers qui te ramène Un vrai remords né des douleurs; Dieu qui pardonne, enfin, à la nature humaine D'être faible dans les malheurs.
"J'éveillerai pour toi la pitié, la justice De l'incorruptible avenir. Eux-même épureront, par un long artifice, Ton honneur qu'ils pensent ternir."
Soyez béni, mon Dieu, vous qui daignez me rendre L'innocence et son noble orgueil; Vous qui, pour protéger le repos de ma cendre, Veillerez prés de mon cercueil!
Au banquet de la vie, infortuné convive, J'apparus un jour, et je meurs! Je meurs, et sur ma tombe, où lentement j'arrive, Nul ne viendra verser des pleurs.
Salut, champs que j'aimais, et vous, douce verdure, Et vous, riant exil des bois! Ciel, pavillon de l'homme, admirable nature, Salut pour la dernière fois!
Ah! puissent voir longtemps votre beauté sacrée Tant d'amis sourds à mes adieux! Qu'ils meurent pleins de jours, que leur mort soit pleurée. Qu'un ami leur ferme les yeux!
ROUGET DE L'ISLE
LA MARSEILLAISE
Allons, enfants de la patrie, Le jour de gloire est arrivé; Contre nous de la tyrannie L'étendard sanglant est levé. Entendez-vous dans ces campagnes Mugir ces féroces soldats? Ils viennent jusque dans nos bras Égorger nos fils, nos compagnes!
La Marseillaise
Aux armes, citoyens! formez vos bataillons! Marchons, marchons! Qu'un sang impur abreuve nos sillons!
Que veut cette horde d'esclaves, De traîtres, de rois conjurés? Pour qui ces ignobles entraves, Ces fers dès longtemps préparés? Français, pour nous, ah! quel outrage! Quels transports il doit exciter! C'est nous qu'on ose méditer De rendre à l'antique esclavage! Aux armes, citoyens! etc.
Quoi! ces cohortes étrangères Feraient la loi dans nos foyers! Quoi! ces phalanges mercenaires Terrasseraient nos fiers guerriers! Grand Dieu! par des mains enchaînées Nos fronts sous le joug se ploieraient! De vils despotes deviendraient Les maîtres de nos destinées! Aux armes, citoyens! etc.
Tremblez, tyrans, et vous, perfides, L'opprobre de tous les partis; Tremblez! vos projets parricides, Vont enfin recevoir leur prix! Tout est soldat pour vous combattre; S'ils tombent, nos jeunes héros, La France en produit de nouveaux Contre vous tout prêts à se battre! Aux armes, citoyens! etc,
Français, en guerriers magnanimes, Portez ou retenez vos coups; Épargnez ces tristes victimes A regret s'armant contre nous; Mais ces despotes sanguinaires, Mais les complices de Bouillé, Tous ces tigres qui sans pitié Déchirent le sein de leurs mères! Aux armes, citoyens, etc.