Chapter 16
Soyez béni, Seigneur, qui m'avez fait chrétien Dans ces temps de féroce ignorance et de haine; Mais donnez-moi la force et l'audace sereine De vous être à toujours fidèle comme un chien.
De vous être l'agneau destiné qui suit bien Sa mère et ne sait faire au pâtre aucune peine, Sentant qu'il doit sa vie encore, après sa laine, Au maître, quand il veut utiliser ce bien,
Le poisson, pour servir au Fils de monogramme, L'ânon obscur qu'un jour en triomphe il monta, Et, dans ma chair, les porcs qu'à l'abîme il jeta.
Car l'animal, meilleur que l'homme et que la femme, En ces temps de révolte et de duplicité, Fait son humble devoir avec simplicité.
ÉMILE BERGERAT
PAROLES DORÉES
J'ai reposé mon coeur avec tranquillité Dans l'asile très sûr d'un amour très honnête. La lutte que je livre au sort est simple et nette, Et tout peut m'y trahir, non la virilité.
Je ne crois pas à ceux qui pleurent, l'âme éprise De la sonorité de leurs propres sanglots; Leur idéal est né de l'écume des mots, Et comme je les tiens pour nuls, je les méprise.
Cerveaux que la fumée enivre et qu'elle enduit, Ils auraient inventé la douleur pour se plaindre; Leur stérile génie est pareil au cylindre Qui tourne à vide, grince et s'use dans la nuit.
Ils souffrent? Croient-ils donc porter dans leur besace Le déluge final de tous les maux prédits? Sous notre ciel chargé d'orages, je le dis, Il n'est plus de douleur que la douleur d'Alsace.
J'aime les forts, les sains et les gais. Je prétends Que la vie est docile et souffre qu'on la mène: J'observe dans la mort un calme phénomène Accessible à mes sens libres et consentants,
Et qui ne trouble pas ma paix intérieure. Car la forme renaît plus jeune du tombeau, Et l'ombre passagère où s'engloutit le Beau Couve une éternité dans l'éclipse d'une heure.
Car la couleur charmante et mère des parfums Rayonne inextinguible au fond des nuits funèbres, Et sa splendeur de feu qu'exaltent les ténèbres Emparadise encor les univers défunts.
Femme, recorde-moi ceci. Ma force vierge Est éclose aux ardeurs brunes de tes beaux yeux: Quand mon coeur sera mûr pour le sol des aïeux, Notre amour sera clos. N'allume pas de cierge.
Le ciel restera sourd comme il reste béant. O femme, écoute-moi, pas de terreur vulgaire! Si l'âme est immortelle, il ne m'importe guère, Et je ne me vends pas aux chances du néant.
Aucun joug n'a ployé ma nuque inasservie, Et dans la liberté que lui fait sa vertu, Voici l'homme qui s'est lui-même revêtu Du pouvoir de juger et d'attester sa vie.
Hors de moi, je ne prends ni rêve ni conseil; N'arrachant du labeur que l'oeuvre et non la tâche, Je ne me promets point de récompense lâche Pour le plaisir que j'ai de combattre au soleil.
Le limon, que son oeuvre auguste divinise Par son épouvantable enfantement, répond Aux désirs surhumains de mon être fécond, Et ma chair douloureuse avec lui fraternise.
Telle est ma loi. Sans peur et sans espoir, je vais, Après m'être creusé ma route comme Alcide. Que la combinaison de mon astre décide Si je suis l'homme bon ou bien l'homme mauvais.
Mais, quel que soit le mot qu'ajoute ma planète Aux constellations de la fatalité, J'ai reposé mon coeur avec tranquillité Dans l'asile très sûr d'un amour très honnête.
FRANÇOIS FABIÉ.
LES GENÊTS
Les genêts, doucement balancés par la brise, Sur les vastes plateaux font une houle d'or; Et, tandis que le pâtre à leur ombre s'endort, Son troupeau va broutant cette fleur qui le grise;
Cette fleur qui le fait bêler d'amour, le soir, Quand il roule des hauts des monts vers les étables, Et qu'il croise en chemin les grands boeufs vénérables Dont les doux beuglements appellent l'abreuvoir;
Cette fleur toute d'or, de lumière et de soie, En papillons posée au bout des brins menus, Et dont les lourds parfums semblent être venus De la plage lointaine où le soleil se noie....
Certes, j'aime les prés où chantent les grillons, Et la vigne pendue aux flancs de la colline, Et les champs de bleuets sur qui le blé s'incline, Comme sur des yeux bleus tombent des cheveux blonds.
Mais je préfère aux prés fleuris, aux grasses plaines, Aux coteaux où la vigne étend ses pampres verts, Les sauvages sommets, de genêts recouverts, Qui font au vent d'été de si fauves haleines.
Vous en souvenez-vous, genêts de mon pays, Des petits écoliers aux cheveux en broussailles Qui s'enfonçaient sous vos rameaux comme des cailles, Troublant dans leur sommeil les lapins ébahis?
Comme l'herbe était fraîche à l'abri de vos tiges! Comme on s'y trouvait bien, sur le dos allongé, Dans le thym qui faisait, aux sauges mélangé, Un parfum enivrant à donner des vertiges!
Et quelle émotion lorsqu'un léger frou-frou Annonçait la fauvette apportant la pâture, Et qu'en bien l'épiant on trouvait d'aventure Son nid plein d'oiseaux nus et qui tendaient le cou!
Quel bonheur, quand le givre avait garni de perles Vos fins rameaux émus qui sifflaient dans le vent, --Précoces braconniers,--de revenir souvent, Tendre en vos corridors des lacets pour les merles!
Mais il fallait quitter les genêts et les monts, S'en aller au collège étudier des livres, Et sentir, loin de l'air natal qui vous rend ivres, S'engourdir ses jarrets et siffler ses poumons;
Passer de longs hivers, dans des salles bien closes, A regarder la neige à travers les carreaux, Éternuant dans des auteurs petits et gros, Et soupirant après les oiseaux et les roses;
Et, l'été, se haussant sur son banc d'écolier, Comme un forçat qui, tout en ramant, tend sa chaîne, Pour sentir si le vent de la lande prochaine Ne vous apporte pas le parfum familier....
Enfin, la grille s'ouvre! On retourne au village; Ainsi que les genêts, notre âme est tout en fleurs, Et dans les houx remplis de vieux merles siffleurs On sent un air plus pur qui vous souffle au visage.
On retrouve l'enfant blonde avec qui cent fois On a jadis couru la forêt et la lande; Elle n'a point changé,--sinon, qu'elle est plus grande, Que ses yeux sont plus doux et plus douce sa voix.
--"Revenons aux genêts!--Je le veux bien!" dit-elle. Et l'on va, côte à côte, en causant, tout troublés Par le souffle inconnu qui passe sur les blés, Par le chant d'une source, ou par le bruit d'une aile.
Les genêts ont grandi, mais pourtant moins que nous: Il faut nous bien baisser pour passer sous leurs branches, Encore accroche-t-elle un peu ses coiffes blanches; Quant à moi, je me mets simplement à genoux.
Et nous parlons des temps lointains, des courses folles, Des nids ravis ensemble, et de ces riens charmants Qui paraissent toujours sublimes aux amants, Parce que leurs regards soulignent leurs paroles.
Puis, le silence; puis, la rougeur des aveux, Et le sein qui palpite, et la main qui tressaille, Et le bras amoureux qui fait ployer la taille... Comme le serpolet sent bon dans les cheveux!
Et les fleurs des genêts nous font un diadème; Et, par l'écartement des branches,--haut dans l'air,-- Paraît comme un point noir l'alouette au chant clair Qui, de l'azur, bénit le coin d'ombre où l'on aime!
Ah! de ces jours lointains,--si lointains et si doux!-- De ces jours dont un seul vaut une vie entière, --Et de la blonde enfant qui dort au cimetière, Genêts de mon pays, vous en souvenez-vous?
PAUL DÉROULÈDE
LE BON GÎTE
Bonne vieille, que fais-tu là? Il fait assez chaud sans cela; Tu peux laisser tomber la flamme. Ménage ton bois, pauvre femme, Je suis séché, je n'ai plus froid.
Mais elle, qui ne veut m'entendre, Jette un fagot, range la cendre:
"Chauffe-toi, soldat, chauffe-toi!"
Bonne vieille, je n'ai pas faim. Garde ton jambon et ton vin; J'ai mangé la soupe à l'étape. Veux-tu bien m'ôter cette nappe! C'est trop bon et trop beau pour moi.
Mais elle, qui n'en veut rien faire, Taille mon pain, remplit mon verre:
"Refais-toi, soldat, refais-toi!"
Bonne vieille, pour qui ces draps? Par ma foi, tu n'y penses pas! Et ton étable? Et cette paille Où l'on fait son lit à sa taille? Je dormirai là comme un roi.
Mais elle qui n'en veut démordre, Place les draps, met tout en ordre:
"Couche-toi, soldat, couche-toi!"
--Le jour vient, le départ aussi.-- Allons! adieu... Mais qu'est ceci? Mon sac est plus lourd que la veille.... Ah! bonne hôtesse, ah! chère vieille, Pourquoi tant me gâter, pourquoi?
Et la bonne vieille de dire, Moitié larme, moitié sourire:
"J'ai mon gars soldat comme toi!"
GEORGES BOUTELLEAU
LE COLIBRI
J'ai vu passer aux pays froids L'oiseau des îles merveilleuses, Il allait frôlant les yeuses Et les sapins mornes des bois.
Je lui dis: "Tes plages sont belles, Ne pleures-tu pas leur soleil?" Il répondit: "Tout m'est vermeil: Je porte mon ciel sur mes ailes!"
LES DEUX OMBRES
Deux ombres cheminaient dans une étroite allée, Sous le pâle couchant d'un jour mourant d'été: L'une avait sur la lèvre un sourire enchanté; L'autre était languissante et de crêpes voilée.
Elles allaient sans but, distraites du chemin, Cherchant la solitude et son divin mystère; Fiancés éternels aussi vieux que la terre: La Douleur et l'Amour qui se donnaient la main.
LOUIS TIERCELIN
LE PETIT ENFANT
Il jouait, le petit enfant Aux blanches mains, aux lèvres roses; Ignorant nos soucis moroses, Il jouait, le petit enfant. Joyeux, candide et triomphant, Sur le tapis couvert de roses, Il jouait, le petit enfant Aux blanches mains, aux lèvres roses.
Il dormait, le petit enfant, Dans son berceau de mousseline. Fleur fatiguée et qui s'incline, Il dormait, le petit enfant. Et la mère, en le réchauffant, Le berçait d'une voix câline, Il dormait, le petit enfant, Dans son berceau de mousseline.
Il vivait, le petit enfant, Heureux et rose à faire envie, Front radieux, âme ravie, Il vivait, le petit enfant. Le père faisait pour sa vie De beaux rêves que Dieu défend. Il vivait, le petit enfant, Heureux et rose à faire envie.
Il est mort, le petit enfant; Il s'est envolé vers les Anges. Avec des sourires étranges, Il est mort, le petit enfant. Il est mort, et le coeur se fend Devant ce linceul fait de langes. Il est mort, le petit enfant; Il s'est envolé vers les Anges.
GUY DE MAUPASSANT
DÉCOUVERTE
J'étais enfant. J'aimais les grands combats, Les chevaliers et leur pesante armure, Et tous les preux qui tombèrent là-bas Pour racheter la Sainte Sépulture.
L'Anglais Richard faisait battre mon coeur; Et je l'aimais, quand après ses conquêtes Il revenait, et que son bras vainqueur Avait coupé tout un collier de têtes.
D'une Beauté je prenais les couleurs. Une baguette était mon cimeterre; Puis je partais à la guerre des fleurs Et des bourgeons dont je jonchais la terre.
Je possédais au vent libre des cieux Un banc de mousse où s'élevait mon trône. Je méprisais les rois ambitieux, De rameaux verts j'avais fait ma couronne.
J'étais heureux et ravi. Mais un jour Je vis venir une jeune compagne. J'offris mon coeur, mon royaume et ma cour, Et les châteaux que j'avais en Espagne.
Elle s'assit sous les marronniers verts; Or, je crus voir, tant je la trouvais belle, Dans ses yeux bleus comme un autre univers, Et je restai tout songeur auprès d'elle.
Pourquoi laisser mon rêve et ma gaîté En regardant cette fillette blonde? Pourquoi Colomb fut-il si tourmenté Quand, dans la brume, il entrevit un monde?
L'OISELEUR
L'Oiseleur Amour se promène Lorsque les coteaux sont fleuris, Fouillant les buissons et la plaine, Et, chaque soir, sa cage est pleine Des petits oiseaux qu'il a pris.
Aussitôt que la nuit s'efface Il vient, tend avec soin son fil, Jette la glu de place en place, Puis sème, pour cacher la trace, Quelques grains d'avoine ou de mil.
Il s'embusque au coin d'une haie, Se couche aux berges des ruisseaux, Glisse en rampant sous la futaie, De crainte que son pied n'effraie Les rapides petits oiseaux.
Sous le muguet et la pervenche L'enfant rusé cache ses rets, Ou bien sous l'aubépine blanche Où tombent, comme une avalanche, Linots, pinsons, chardonnerets.
Parfois d'une souple baguette D'osier vert ou de romarin Il fait un piège, et puis il guette Les petits oiseaux en goguette Qui viennent becqueter son grain.
Étourdi, joyeux et rapide, Bientôt approche un oiselet: Il regarde d'un air candide, S'enhardit, goûte au grain perfide, Et se prend la patte au filet.
Et l'oiseleur Amour l'emmène Loin des coteaux frais et fleuris, Loin des buissons et de la plaine, Et, chaque soir, sa cage est pleine Des petits oiseaux qu'il a pris.
PAUL BOURGET
PRAETERITA
Novembre approche,--et c'est le mois charmant Où, devinant ton âme à ton sourire, Je me suis pris à t'aimer vaguement, Sans rien dire.
Novembre approche,--ah! nous étions enfants, Mais notre amour fut beau comme un poème. --Comme l'on fait des rêves triomphants Lorsqu'on aime!--
Novembre approche,--assis au coin du feu, Malade et seul, j'ai songé tout à l'heure A cet hiver où je croyais en Dieu, Et je pleure.
Novembre approche,--et c'est le mois béni Où tous les morts ont des fleurs sur leur pierre, Et moi je porte à mon rêve fini Sa prière.
ROMANCE
Pourquoi cet amour insensé N'est-il pas mort avec les plantes Qui l'enivraient, l'été passé, D'odeurs puissantes et troublantes?
Pourquoi la bise, en emportant La feuille jaunie et fanée, N'en a-t-elle pas fait autant De mon amour de l'autre année?
Les roses des rosiers en fleur, L'hiver les cueille et les dessèche; Mais la blanche rose du coeur, Toujours froissée, est toujours fraîche.
Il n'en finit pas de courir, Le ruisseau de pleurs qui l'arrose, Et la mélancolique rose N'en finit pas de refleurir.
DÉPART
Accoudé sur le bastingage Et regardant la grande mer, Je respire ce que dégage De liberté ce gouffre amer.
Le large pli des houles bleues, Que les vents poussent au hasard D'au delà d'un millier de lieues, Soulève le bateau qui part.
Sensation farouche et gaie, Je vais donc vivre sans lien! Ah! que mon âme est fatiguée D'avoir tant travaillé pour rien!
Vains devoirs d'un monde frivole, Plaisirs factices de deux jours, Coupable abus de la parole, Efforts mesquins, tristes amours,
Tout de ce qui fut moi s'efface A l'horizon mystérieux, Et le libre, l'immense espace, S'ouvre à mon coeur comme à mes yeux.
NUIT D'ETE
O nuit, ô douce nuit d'été, qui viens à nous Parmi les foins coupés et sous la lune rose, Tu dis aux amoureux de se mettre à genoux, Et sur leur front brûlant un souffle frais se pose!
O nuit, ô douce nuit d'été, qui fais fleurir Les fleurs dans les gazons et les fleurs sur les branches, Tu dis aux tendres coeurs des femmes de s'ouvrir, Et sous les blonds tilleuls errent des formes blanches!
O nuit, ô douce nuit d'été, qui sur les mers Alanguis le sanglot des houles convulsées, Tu dis aux isolés de n'être pas amers, Et la paix de ton ciel descend dans leurs pensées.
O nuit, ô douce nuit d'été, qui parles bas, Tes pieds se font légers et ta voix endormante, Pour que les pauvres morts ne se réveillent pas, Eux qui ne peuvent plus aimer, ô nuit aimante!
ÉPILOGUE
Le Fantôme est venu de la trentième année. Ses doigts vont s'entr'ouvrir pour me prendre la main, La fleur de ma jeunesse est à demi fanée, Et l'ombre du tombeau grandit sur mon chemin.
Le Fantôme me dit avec ses lèvres blanches: "Qu'as-tu fait de tes jours passés, homme mortel? Ils ne reviendront plus t'offrir leurs vertes branches. Qu'as-tu cueilli sur eux dans la fraîcheur du ciel?"
--"Fantôme, j'ai vécu comme vivent les hommes: J'ai fait un peu de bien, j'ai fait beaucoup de mal. Il est dur aux songeurs, le siècle dont nous sommes, Pourtant j'ai préservé mon intime Idéal!...."
Le Fantôme me dit: "Où donc est ton ouvrage?" Et je lui montre alors mon rêve intérieur, Trésor que j'ai sauvé de plus d'un noir naufrage, --Et ces vers de jeune homme où j'ai mis tout mon coeur.
Oui! tout entier: espoirs heureux, légers caprices, Coupables passions, spleenétique rancoeur, J'ai tout dit à ces vers, tendres et sûrs complices. Qu'ils témoignent pour moi, Fantôme, et pour ce coeur!
Que leur sincérité, Juge d'en haut, te touche, Et, comme aux temps lointains des rêves nimbés d'or, Pardonne, en écoutant s'échapper de leur bouche, Ce cri d'un coeur resté chrétien: _Confiteor!_
ABEL HERMANT
L'ÉTOILE
Je suis le Chaldéen par l'Étoile conduit Vers un but inconnu que moi-même j'ignore. Quelle main alluma cet astre dans ma nuit? Quel spectacle à mes yeux révélera l'Aurore?
N'importe.--Dans la nuit je vais. La nudité Du jour blessait mes yeux. L'ombre chaste est un voile. Ce flambeau, qu'il m'égare ou me guide, est clarté: L'Astre, même trompeur, est toujours une étoile.
Trouverai-je en sa crèche, ainsi que dans un nid, Un enfant? Me mettrai-je à genoux? Que m'importe! J'ai recueilli la myrrhe et le baume bénit: Je respire en marchant les parfums que je porte.
NOTES.
The full-face figures refer to the pages; the ordinary figures to the lines.
N.B. For the poets before MALHERBE the spelling has not been modernized. Some uniformity however has been sought, and accents are used when they affect final vowels.
CHARLES D'ORLÉANS.
1391-1465.
Father of Louis XII, was taken prisoner in the battle of Agincourt (1415) and passed the next twenty-five years of his life in captivity in England. In this long leisure he developed his talent for poetry, and on his return to France he made his residence at Blois a gathering-point for men of letters. His poetical work marks the utmost attainment in outward grace of expression in the treatment of conventional subjects in the traditional fixed forms. Now and then there is a more personal strain which suggests the more distinctly modern lyric of Villon; but he is not to be compared with Villon in originality of view, sincerity of feeling, or directness and intensity of utterance.
His works were not published till the eighteenth century. The best edition is that of Ch. d'Héricault, 2 vols., 1874 (_Nouvelle collection Jannet-Picard_). Charles d'Orléans also wrote some of his poems in English; these were published by G. W. Taylor in 1827 for the Roxburghe Club.
For reference : Constant Beaufils, _Étude sur la vie et les poésies de Charles d'Orléans_, 1861; Robert Louis Stevenson, _Familiar Studies of Men and Books_, London, 1882.
1. BALLADE. For the form of the _ballade_ see the remarks on versification, p. xxi. 2. ESTOYE, _étais_; for initial _e_ from _es_cf. _esveillera_, l. 14, _Esté_, 3, 8. 3. AVOIENT, _avaient_; in the imperfect and conditional _oi_, from an earlier _ei_, continued to be written till late in the eighteenth century, long after in pronunciation it had come to have the value of _ai_. 4. HAYENT, _haïssent_, _y_ is found frequently in the older spelling for _i_, especially when final. 5. DESCONFORT= _découragement_. 8. SI FAIS = _ainsi je fais_; the omission of the pronoun is common at this time; cf. 8, 24, _direz_. 10. NE ... NE = _ni ... ni_. GREVANCE = _dommage, malheur_. 14. ACCORT,_accord_. 16. SOYENT, _soient_; here of two syllables, in modern verse of one. 17. VEOIR, _voir_; here of two syllables. 22. SORT, _evil spell_. 24. LOING, _loin_.
2. I. VUEIL, _veux_, HOIR = _héritier_. 5. NUL NE PORTE=_ que nul ne porte_. 6. VENT, _vend_. MARCHIÉ, _marché_. 7. TIENGNE = _tienne_. POUR TOUT VOIR = _vraiment_; _let every one consider it a certain fact_. RONDEL. For the form of the _rondel_ see the remarks on versification, p. xxi. II. AVECQUES, _avec_. 12. COMBIEN QUE = _bien que_. 17. RAPAISE = _s'apaise_. 19. TANTOST = _bientôt_; _s_ before _l, m, n_, and _t_ has regularly disappeared; cf. _vestu_, 24, _beste_, 26, _bruslerent_, 4, 26, _mesme_, 5, 22, _maistre_, 6,1. RONDEL. _"Le Temps a laissié son manteau._" 22. LAISSIÉ, _laissé_. 24. BROUDERYE, _broderie_. 25. LUYANT, _luisant_, CLER, _clair_.
3. 4. LIVRÉE could be used now in the body of the line only before a word beginning with a vowel. 6. ABILLE, _habille_. RONDEL. _"Les Fourriers d'Esté sont venus._" 13. VERT, feminine ; in adjectives of two endings of the Latin third declension, like _grandis, fortis, viridis_, the feminine ending _e_is due to the influence of adjectives of three endings, and does not appear in Old French. 16. PIEÇA = naguère._ 18. PRENEZ PAÏS, _take to the country_, i.e. depart. 19. YVER, _hiver_.
4. RONDEL. _"Dieu! qu'il la fait bon regarder_." 2. SÇAY, _sais_; _c_ was introduced into the forms of _savoir_ under the mistaken notion that it was connected with _scire_. 4. UNG, _un_.
FRANÇOIS VILLON.
1431-146-?.
Poet and vagabond, he led a most irregular life, twice narrowly escaped hanging, and composed many of his poems in prison. He was a poet of great originality, for he broke away from the conventional subjects and the allegorizing habit of the Middle Ages and gave to the lyric a personal note and a depth and poignancy of feeling that made it almost a new creation, though he still adhered mainly to the traditional forms and showed a special preference for the ballade. Most of his ballades are introduced into his main works, the _Petit Testament_ and the _Grand Testament_, which are entirely personal in contents.
His works were first published in 1489; Marot prepared an edition in the following century, Paris, 1533; they were not reprinted in the seventeenth century; convenient recent editions are those of P. L. Jacob (Paul Lacroix), 1854; P. Jannet (_Nouvelle collection Jannet-Picard_) and A. Longnon, 1892.
For reference: A. Longnon, _Étude biographique sur François Villon_, 1877; Sainte-Beuve, _Causeries du lundi_, vol. xiv; Th. Gautier, _les Grotesques_; J. Lemaître, _Impressions de théâtre_, troisième série, 1889 ; Robert Louis Stevenson, _Familiar Studies of Men and Books_, London, 1882.
4. BALLADE DES DAMES DU TEMPS JADIS. Dante Gabriel Rossetti has translated this ballade, which is perhaps the most famous one in the language. 6. DICTES, _dites_, n'en = _ni en _; in Old French _ne_ could be used for the simple alternative 'or.' 7. FLORA; a late tradition made of the Roman goddess of flowers and spring a wealthy and beautiful woman. 8. ARCHIPIDIA, perhaps Hipparchia is meant; THAIS, an Athenian beauty of the fourth century B.C. 10. ECHO, the nymph of classical mythology. MAINE, _mène_. 11. ESTAN, _étang_. 13. ANTAN, _last year_ (from Latin _ante annum_); Rossetti translates "yesteryear". 14. HELOÏS, Heloise, or Eloise. 16. ESBAILLART, Abelard (1079-1142), a French scholar and philosopher, whose love for the beautiful and accomplished Heloise, one of his pupils, has passed into legend, which has quite transformed the fact. SAINCT-DENYS, Saint-Denis, only four and one half miles from Paris, celebrated for the cathedral of Saint-Denis in which are the tombs of the kings of France. Abelard resided for a time in the abbey of Saint-Denis. 17. ESSOYNE = _peine_. 18. ROYNE, _reine_; Marguerite de Bourgogne, wife of Louis le Hutin, is meant, the heroine of the legend of the Tour de Nesle, according to which she had her numerous lovers killed and thrown into the Seine. Buridan was more fortunate and escaped; he was afterwards a learned professor of the University of Paris. She herself was strangled in prison in 1314. 21. LA ROYNE BLANCHE, Blanche de Castille, mother of Saint Louis. 22. SEREINE, _sirène_. 23. BERTHE AU GRAND PIED, celebrated in the _chansons de geste_, was the mother of Charlemagne. BIETRIS, Beatrix de Provence, married in 1245 to Charles, son of Louis VIII. ALLYS, Alix de Champagne, married in 1160 to Louis le Jeune. 24. HAREMBOURGES, Eremburge, daughter of Elie de la Flèche, count of Maine, who died in 1110. 25. JEHANNE, Joan of Arc, who was burned at the stake at Rouen in 1431.
5. 1. N'ENQUEREZ, _do not seek to know_. SEPMAINE,_semaine_. 3. QUE ... NE, _lest_. REMAINE = _reste_. LAY ou PLUSTOST RONDEAU. 8. SE, _si_. 12. DEVIE = _meure_. 13. VOIRE = _vraiment_. JE CONNAIS TOUT FORS QUE MOI-MEME. 15. LAICT. _lait_. 21. BESONGNE = _travaille_. CHOMME, _chôme_. 24. GONNE, _gown_, a monk's garment.