Opúsculos por Alexandre Herculano - Tomo 02

Part 11

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Maintenant, pour vous consoler, prenons les revenus de la couronne, les _Direitos Reaes_, comme on les appelait, par antiphrase, je pense. C'était quelque chose de plus absurde encore que la dîme. Imaginez-vous toutes les exactions, tout ce que la rapacité fiscale du moyen-âge, tout ce que son ignorance des principes économiques avaient invente pour frapper la propriété territoriale, pour pressurer le travail, pour se faire une part magnifique dans les profits commerciaux, et vous saurez ce que signifiaient avant 1832 ces mots de _Biens de la Couronne_, de _Droits Royaux_, de _Contributions des Foraes_, que vous aurez entendus bourdonner à vos oreilles dans les conversations, et que vous aurez lus dans les journaux, où il faut quelquefois en parler, car au bout de quatorze ans on a rétabli ce qu'il était possible de rétablir de toutes ces absurdités-là. Les _Biens de la Couronne_, ou _Droits Royaux_, choses identiques en fait et en droit, se composaient des biens-fonds, qui étaient censés appartenir intègralement à l'État; des droits sur des fermes, possédées à bail emphytéotique, ou grévées de cens très lourds, comme, par exemple, le quart du produit brut, imposé sur les terres (_reguengos_) que par une fiction historique et légale on supposait avoir été destinées, à l'occasion de la conquête du pays sur les maures, à l'apanage du roi; des anciens octrois des villes; des amendes pour les délits; des mille sources, enfin, de revenu de notre vieux systême d'impôts, analogue à celui des autres contrées de l'Europe pendant le moyen-âge. Toutes ces exactions, presque innombrables dans ses variétés aux noms barbares, jetées inégalement sur le pays, frappant aveuglement sa vie économique, formaient un joli pâté propre à allumer l'appétit de tous les Falstaffs, de tous les Hudibras du bon vieux temps d'allonger sournoisement le bras, et de mettre sans bruit la main sur l'appétissant pâté, et de ler percer du bout de l'ongle, et de tirer à soi quelques miettes, et d'y retourner, et d'y engouffrer tous les doigts, et de tirer de nouveau à soi, et de répéter ce manêge jusqu'à ce qu'il ne restât que quelques morceaux de croûte brulée. Ces messieurs qui faisaient ce beau travail s'appelaient nobles, s'appelaient évêques, s'appelaient abbés, s'appelaient juges, s'appelaient serviteurs du roi. Aussi le roi était-il censé distribuer tout ceci à ces braves gens: on l'écrivait du moins sur des parchemins, aux quels on apposait le sceau royal. On trouva un mot élastique, inépuisable, pour expliquer ces parchemins:--_les services_. Il est vrai qu'on payait des soldes aux nobles pour se battre (le peuple se battait gratis), des dîmes ou du moins des subventions aux prêtres pour dire des messes et chanter des oremus, des appointemens aux juges pour faire pendre les assassins et les voleurs (de grand-chemin), des honoraires aux serviteurs du roi pour ne rien faire; mais les _services_ se dressaient toujours insatiables, impayables. Ils s'attachaient aux générations comme la chemise de Nessus à la peau d'Hercule. Les _Droits Royaux_ étaient partout, excepté aux mains du roi. La royauté était devenue mendiante. En conséquence elle tendit la main aux communes pour attraper quelque argent: les communes tempêtèrent. On les apaisa par de belles paroles: on fit, même, une loi qui semblait rendre chose périssable ces récompenses éternelles: les communes payèrent. On mangea ce qu'elles avaient donné et on leur demanda de nouveaux subsides. Nouvelles criailleries: nouvelles promesses: nouvelles concessions de la bourgeoisie. On vécut ainsi pendant de longues années. Au milieu de tout ce brouhaha, on établit peu à peu un autre systême de finances basé sur des impots généraux, tant directs qu'indirects. C'eut été un véritable progrès, si l'on en eut fini en même temps avec les anciennes redevances des hameaux et des villes. On n'en fit rien: les gens aux _services_ ne voulaient pas démordre. Mesires Hudibras et Falstaff veillaient à l'honneur de la noblesse, à ses prérogatives. Comme le peuple, cet enfant à dentition éternelle, pleurnichait toujours et quelquefois criait, on oublia peu à peu de convoquer les États Généraux (_Cortes_) et tout fut dit. On prouva que la fable de l'âne, qui ne se souciait guère de choisir entre deux maîtres, car, disait l'âne, il ne porterait jamais deux bâts, n'était au fond qu'une ânerie. Le peuple les porta tous les deux jusqu'à nos jours sans se plaindre. Il était dument baillonné et bâté, et on le disait tranquille.

Or Mousinho savait tout cela; un peu confusement, à la vérité; mais il le savait. C'était pour lui chose incomprehensible que l'immutabilité, l'éternité, l'infini des récompenses pour des services très contestables. En revanche, il comprenait très bien qu'il serait absolument impossible de relever l'agriculture du pays, languissante, arriérée, misérable, tant que dans la cour de chaque ferme, dans d'aire de chaque champ, sur le seuil de chaque cave on verrait les agens du commandeur ou de l'évêque, du chapitre ou de l'abbé, du _donatario_ ou de l'_alcaide-mor_ demandant, l'un la dîme, l'autre le quart, l'autre le huitième du rendement total des céréales, du vin, du lin, de l'huile, de presque tous les produits de la terre;--tant qu'on verrait lesdits agens, supputant ici combien de charretées de maïs le laboureur devait, en vertu d'un _foral_ d'Alphonse I, à un gros monsieur jouflu, joyeux compagnon, illustre fainéant, issu de nobles aieux, mais qui certainement n'avait pas hérité la couronne dudit Alphonse I; lá dénombrant une kirielle de redevances, aux noms hétéroclites et barbares, exigibles du hameau ou de la ferme; tant qu'on verrait encore, quand le pauvre cultivateur tombait épuisé, le cosur navré de douleur, sur les restes du fruit de son travail, venir l'exacteur fiscal lui demander, au nom du roi vivant, des nouveaux dixièmes, et d'autres impôts dont était redevable tout ce qui ne lui avait pas été enlevé au nom des rois morts. Ce spectacle soulevait aussi la colère de Mousinho. Dominé par l'indignation, il ne savait plus se contenir. D'un coup de poing il fit voler en éclats la vieille machine à pressurer les laboureurs. Les droits royaux s'en allèrent. Tous ceux qu'y vivaient attachés, comme les huitres aux roches crevassées de la mer, tombèrent ventre à terre en criant: _au voletir_! Sa colère passée, Mousinho se contenta de répondre: «_Prenez garde, messieurs, que ce ne soit votre écho_». Et il passa outre: car il était pressé, le terrible démolisseur.

III

Il serait trop long, et presque impossible dans une lettre, de vous exposer en détail la portée de toutes les mesures du cabinet Mousinho, ou de vous faire connaître tous les vieux abus qu'elles déracinèrent, abus puissans, devant lesquels avaient jusqu' alors tremblé les révolutionnaires aux grands mots et aux petites oeuvres des deux époques libérales de 1820 et de 1826, et que quelques esprits chagrins opposent encore comme des beautés administratives aux sottises qu'on a faites depuis, et que je suis loin de nier. Vous aurez entendu, par exemple, vanter l'ancienne organisation militaire du Portugal. C'est qu'il y a des gens, qui oublient vite. Cette organisation n'aurait en rien empêché l'anéantissement de notre indépendance, si la politique générale de l'Europe n'eut été intéressée à la soutenir. Il y avait, sans doute, quelque chose de bon dans l'idée de l'institution des _milicias_ et des _ordenanças_, mais pas assez dans le fait pour compenser les maux qui découlaient de cette organisation militaire, dont l'étreinte embrassait toute la population mâle du pays. Se je vous faisais la description de ce que c'était un _capitão-mor_, c'est à dire le chef militaire de la troisième ligne dans chaque localité, vous en frémiriez. Dans ses mains existaient mille moyens d'opprimer une population de soldats, soldats pour souffrir des avanies, et pour acheter le repos par des présens, par des services indus, par le des honneur même; mais non soldats pour se battre, car ils n'étaient armés que de piques et ne recevaient aucune instruction militaire sérieuse. Les _capitães-mores_ étaierit des pachas turcs, devant lesquels les villageois tremblaient. C'était l'oppression journalière organisée partout; c'était un phantôme menaçant qui se dressait matin et soir au seuil de chaque porte, sur le toit de chaque famille.

Figurez-vous maintenant si tous ces _donatarios da corôa_, ces commandeurs, ces _alcaides-mores_, ces _capitães-mores_, ces opulens évêques, ces gros chanoines, ces abbés puissans, qui tous, plus ou moins, tenaient leurs richesses du bon plaisir du roi, c'est-à-dire de ses ministres, ne préchaient point partout une obéissance sans bornes aux volontés royales; s'ils ne mettaient pas en usage toutes leurs ressources matérielles et morales pour empêcher de crier ceux qui pouvaient en avoir envie. Ils eussent supporté toutes les injustices, toutes les tyrannies, la honte et le deshonneur, plutôt que de perdre les gros bénéfices de ces vieilles exactions, qu'on leur gardait et que le gouvernement pouvait leur ôter d'un jour à l'autre sans sortir de la légalité. Imaginez quelles tendances de basse servitude on devait imprimer aux populations; comme les idées de dignité morale, de liberté, de justice, devaient être journellement calomniées, méprisées, conspuées. Une anecdote curieuse vous fera comprendre dans quelle fange on était tombè quand on arriva au milieu du dix-huitième siècle. Pendant l'interrogatoire des nobles qui tentèrent d'assassiner le roi Joseph, quand le tour du duc d'Aveiro fut venu, craignant les tortures de la question, il avoua que la cause du crime était la vengeance des Tavoras contre le roi, qui avait déshonoré leur famille. Les juges restèrerit ébahis: cela passait leur croyance. Ils firent observer au prévenu que ce motif était absurde, monstrueux, impossible; parce que, disaient-ils, dans ce cas, la tradition, le principe, le droit serait de se laisser déshonorer humblement, ou tout au plus d'abandoner le pays sans souffler un mot sur les royales fredaines. C'est, peut-être, la partie la plus horrible de cet horrible procès. Cela peint cette époque de décadence morale, pire cent fois que le relâchement actuel, et dont le retour est maintenant devenu impossible; car, du moins, les agens de la pression gouvernementale, les agens de l'ordre (mot, qui, selon Mr. Guizot, est le prétexte de toutes les tyrannies) ne sont plus en règle les riches, les nobles, les hommes d'influence morale, mais de pauvres diables, mal retribués, obscurs, qui maintes fois pressurent le peuple, mais qui ne se frottent pas volontiers à la richesse, à l'intelligence, au courage civil du citoyen qui connait son droit, et surtout à la presse.

Voilà le bon vieux temps, que vous aurez entendu vanter à des gens qui se tiennent pour sensés et qui vous auront gravement débite un millier de billevesées sur l'imprudence des réformes de D. Pedro, sur les ruines qu'on a amoncelées, sur les moyens de gouvernement qu'on a détruits. Tout ceci est souverainement bête; mais qu'importe? On fait le prudent, on fait le capable, on fait l'homme d'état à bon marché. Et les badauds d'admirer et d'applaudir. Dieu en soit loué!

Entendons-nous, mon cher F... Je ne regarde point notre organisation actuelle comme un type de perfection. Loin de là. Mon défaut n'est point de m'extasier devant les hommes ni devant les choses de notre temps. Personne ne déteste plus cordialement que moi la manie qui nous possède d'imiter la France dans toutes ses idées de gouvernement, et dans toutes ses institutions. Je déplore profondement cette abdication honteuse de la raison nationale. Rien de plus contraire, je ne dis pas seulement à l'autonomie portugaise, je dis aussi à l'autonomie péninsulaire, que cette espèce d'absolutisme hypocrite, affublé du manteau libéral, qu'on appelle centralisation, que les césars sans-culottes de votre première révolution ont légué au césar à la couronne de fer appelé Buonaparte, et qu'il a perfectionné à l'usage de son despotisme-moustache, pour le léguer, ensuite, à la restauration, et, à ce qu'il semble, à toutes les restaurations, et révolutions, et républiques, et monarchies, et empíres, que vous avez faits et que vous avez défaits; que vous ferez et que vous déferez jusqu'à la consommation des siècles. Ça peut vous convenir: mais ça ne nous va pas. J'aime le passé de mon pays, et ses traditions primitives. Je lui désire une manière d'être logique avec ses origines, parce que dans les formules sociales de chaque nation à son berceau tout vient naturellement; les institutions découlent des instincts de liberté innés dans le coeur de l'homme, de ses besoins matériels et moraux, que la force alors méprise et qu'elle réduit quelquefois au silence, mais que personne ne songe à sophistiquer. Il y a, à cette époque de la vie des peuples, beaucoup de choses incomplètes, barbares; il y a beaucoup d'absurdités de détail; mais, passez moi le mot, la charpente de la société n'est jamais absurde. Ces époques son en général trop grossières pour avoir des législateurs songe-creux, des faiseurs de systêmes, des jurisconsultes chargés d'embrouiller les usages simples du peuple. Je voudrais qu'on rattachât la liberté moderne à la liberté antique. J'aime les choses anciennes; mais je n'aime pas les vieilleries. De ce que je sais que, en étudiant les institutions de notre moyen-âge on y dècouvre presque tous les principes de liberté qu'on croit avoir découverts de nos jours; de ce que je vois là des garanties plus réélles, plus solides au fond que celles dont nous jouissons, il ne s'ensuit point que je méconnaisse l'expérience des siècles, les avantages de la civilisation et les vérités acquises aux sciences sociales. Puis, quel passe cherche-t'on pour lapider le présent et pour tuer l'avenir, comme si l'on pouvait le tuer? Ce qu'on veut entourer des respects dus à la tradition nationale, ce qu'on oppose à la corruption actuelle n'est que de la corruption vieillie, laide, puante, quoique à demi voilée par l'ombre sainte des tombeaux, dorée par le soleil de milliers de jours: car le soleil teint la tour lézardée et croulante à l'égal de la pyramide compacte et éternelle. Je défie, qui que ce soit, de me prouver que les institutions que Mousinho a renversées aient existé avant le seizième siècle, ou que, dans le cas affirmatif, elles soient arrivées au commencement du dix-neuvième sans avoir été dénaturées, au point d'être devenues complètement méconnaissables; je le défie de me prouver que à cette epoque elles remplissaient en aucune façon leur destination primitive; de me prouver, enfin, que ce qu'on appele des moyens de gouvernement était autre chose que des moyens d'absolutisme.

Y a-t-il une boutade de mauvaise humeur dans ce que je viens d'écrire? Peut-être. Mais notez bien ceci: je ne fais point allusion à ceux que des intérêts cruellement blessés, des affections froissées, des croyances acceptées comme une religion pendant la jeunesse, et qu'ils n'ont jamais discutées pendant l'âge mur, attachent immuablement aux souvenirs d'un passé trop moderne. Je m'explique l'amour âpre et colère avec lequel ils défendent leur foi politique. Je comprends leur haine profonde contre toutes les idées de liberté. Le malheur reserre les liens de nos affections, parce que dans l'intensité même de ces affections nous puisons du courage pour souffrir. Non, je ne fais pas d'allusion à ceux-ci: la foi ne discute point, ou si elle discute, elle ne veut jamais savoir quels sont les faits, ou ce que les faits prouvent: elle ne les accepte, que pour se prouver soi-même: autrement, elle les rejette ou les oublie. Ce qui me blesse c'est de voir les _capables_ du parti libéral, les soi-disants sages, les hommes d'état au petit-pied foudroyer de leur sourire dédaigneux ces deux géans qui dorment dans la tombe, et qu'on appele Mousinho et D. Pedro. C'est chose curieuse que de les entendre, amoncelant des tas de lieux communs pour nous prouver, aux applaudissemens des sots, que la démolition de la vieille masure de l'absolutisme n'a été qu'une insigne folie. Puis ils vous analysent un article de telle loi qui n'est pas clair: ils vous citent une ordonnance où il manque un paragraphe dont l'absence dépare l'ensemble; ils s'apitoient sur l'imperfection du style et du langage, sur le désordre des idées et sur je ne sais plus quels défauts, qui pullulent dans les rapports et dans les textes des lois de Mousinho. C'est à faire dresser les cheveux sur la tête. Après ces graves considérations, on conclut que tout ça ne vaut rien. C'était un vrai béotien que ce pauvre Mousinho! Sont-ils pas savans ces messieurs?

Quelle pitié!

Il faut le répéter: je ne vante pas le peu d'organisation positive qu'on trouve dans l'oeuvre de la dictature de D. Pedro; pas plus que ce qu'on a fait après elle. Ce que je vante c'est la démolition, car la démolition était la liberte, était le progrès, était la sureté des nouvelles institutions politiques, et partant était virtuellement la possibilité d'une bonne organisation pour l'avenir. Si Mousinho eut gardé le pouvoir plus longtemps, son génie aurait compris que ce n'était pas avec des imitations batardes des institutions et des lois étrangères qu'on pouvait rajeunir ce peuple rappelè à la vie. Il aurait compris qu'il fallait étudier ses origines, ses moeurs, ses habitudes, ses institutions civiles, ses conditions économiques, ses traditions légitimes, et modifier tout cela, mais seulement modifier, par les vérités acquises irrévocablement aux sciences sociales, non parce qu'elles sont ou ne sont pas acceptées en France ou en Angleterre, mais parce qu'elles sont des vérités incontestables. Il n'a pas eu le temps de faire ceci. Les vieux libéraux à la cravate blanche, vieillerie qu'on avait oublié de démolir, frappaient en foule à la porte du ministère, pressés qu'ils étaient de jouir du pouvoir. Homme supérieur, il ne savait point se cramponner à un buffet de ministre, ou attacher son bonheur aux cartons d'un portefeuille. Il sortit, et ce fut pour ne jamais rentrer. Les liliputiens politiques craignaient, en marchant à côté de lui, que par mégarde il ne les écrasât sous son pied. On pouvait le calomnier; on pouvait le persécuter; on fit mieux: on l'oublia, et il disparut dans l'obscurité.

On dit qu'à son heure dernière Mousinho se souvint de ce qu'il avait fait pour le salut de son pays, et que, comme Camões, il mourut avec la conviction de sa gloire. Il avait raison: nous pouvons l'oublier; mais l'histoire ne l'oubliera pas.

CARTA AOS ELEITORES DO CIRCULO DE CINTRA

1858

Senhores eleitores do circulo eleitoral de Cintra.--Acabaes de me dar uma demonstração de confiança, escolhendo-me para vosso procurador no parlamento: sinto que me não seja permittido acceitá-la.

Se tal escolha não foi um daquellas inspirações que vem ao mesmo tempo ao espirito do grande número, o que é altamente improvavel, porque o meu nome deve ser desconhecido para muitos de vós; se alguem, se pessoas preponderantes nesse circulo, pelo conceito que vos merecem, vos apresentaram a minha candidatura, andaram menos prUdentemente, fazendo-o sem me consultarem, e promovendo uma eleição Ínutil.

Ha annos que os eleitores de um circulo da Beira, na sua muita benevolencia para comigo, pretenderam fazer-me a honra que me fizestes agora. Um delles, um dos mais nobres, mais puros e mais intelligentes caracteres dos muitos que conheço, sumidos, esquecidos, nessa vasta granja da capital chamada--as provincias, encarregou-se de vir a Lisboa consultar-me. Respondi-lhe como a consciencia me disse que lhe devia responder, e o meu nome foi posto de parte. De Cintra a Lisboa é mais perto, e a communicação mais facil, do que dos remotos e quasi impervios sertões da Beira.

Duas vezes nos comicios populares, muitas na imprensa tenho manifestado a minha intima convicção de que nenhum circulo eleitoral deve escolher para seu representante individuo que lhe não pertença; que por larga experiencia não tenha conhecido as suas necessidades e miserias, os seus recursos e esperanças; que não tenha com os que o elegerem communidade de interesses, interesses que variam, que se modificam, e até se contradizem, de provincia para provincia, de districto para districto, e ás vezes de concelho para concelho. Esta doutrina, postoque tenha vantagens no presente, reputo-a sobretudo importante pelo seu alcance, pelos seus resultados em relação ao futuro. É, no meu modo de ver, o ponto de Archimedes, um fulcro de alavanca, dado o qual, as gerações que vierem depois de nós poderão lançar a sociedade n'um molde mais português e mais sensato do que o actual, inutilisando as copias, ao mesmo tempo servis e bastardas, de instituições perigrinas, que em meio seculo tem dado sobejas provas na sua terra natal do que podem e do que valem para manterem a paz e a ordem publicas, e mais que tudo uma honesta liberdade.

Durante meses, no decurso de dous annos, tive de vagar pelos districtos centraes e septemtrionaes do reino. Pude então observar amplamente quantas miserias, quanto abandono, quantos vexames pesam sobre os habitantes das provincias, principalmente dos districtos ruraes, como o vosso, que constituem a grande maioria do paiz. Vi com dor e tristeza definhados e moribundos os restos das instituições municipaes que o absolutismo nos deixara: vi com indignação essas solemnes mentiras a que impiamente chamâmos a agricultura, a verdadeira industria de Portugal, lidando inutilmente por desenvolver-se no meio da insufficiencia dos seus recursos; vi, em resultado dos erros economicos que pullulam na nossa legislação, a má organisação da propriedade territorial e a desigualdade espantosa na distribuição das populações ruraes, procedida da mesma origem, e dando-nos ao sul do reino uma imagem das solidões sertanejas das America, e ao norte uma Irlanda em perspectiva: vi a injusta repartição e a peior applicação dos tributos e encargos: vi a falta de segurança pessoa e real, especialmente nos campos, onde o homem é obrigado a confiar só em si e em Deus para a obter: vi um systema administrativo máu por si e pessimo em relação a Portugal, com uma jerarchia de funccionarios e uma distribuição de funcções que tornam remotas, complicadas, gravosas, e até impossiveis, a administração e a justiça para as classes populares, e incommodas e espoliadoras para as altas classes: vi, sobretudo, a falta da vida pública, a concentração do homem na vida individual e de familia, que é ao mesmo tempo causa e effeito da decadencia dos povos que se dizem livres: vi todos esperarem e temerem tudo do governo central; confiarem nelle, como se fosse a Providencia; maldizerem-no, como se fosse o principio máu: idéas completamente falsas, postoque bem desculpaveis num paiz de centralisação; idéas que significam uma abdicação tremenda da consciencia de cidadão, e da actividade humana, e que são o symptoma infallivel de que os males públicos procedem, não da vontade deste ou daquelle individuo, da indole particular desta ou daquella instituição, mas sim do estado moral da sociedade e da indole em geral da sua organisação.