Oliveira Martins O Critico Litterario O Economista O Historiado
Chapter 3
Mas que immenso caminho andado! Eis-nos á porta de um mundo novo! novo e todavia feito todo com elementos, que os tempos vieram lentamente accumulando. Organisar esse mundo é a obra do socialismo. Não é de destruição, essa obra; é de edificação e de consolidação. Não ameaça um unico direito; define-os a todos e dá-lhes os seus justos logares. Numa palavra se encerra o socialismo: organisação espontanea. Livre organisação da industria, do trabalho, do credito, do capital, do estado; federação juridica e economica, tudo pela liberdade e tudo para a egualdade; ou como diz, com expressiva concisão, o sr. Oliveira Martins "uma unica lei, o trabalho, e uma unica norma, a justiça"; eis ahi como á luz da philosophia da historia se deve comprehender o socialismo.
Terei depois disto logrado fazer perceber ao leitor a essencial differença que existe entre a theoria historica e positiva do socialismo e o socialismo utupista das seitas? Ao mesmo tempo que sae da historia como uma natural evolução, perde elle para logo o caracter contradictorio, problematico e, para tudo dizer, assustador, com que a principio se apresentou no mundo. Alarga tambem o seu horisonte, deixa de abraçar sómente uma ordem parcial de phenomenos sociaes, para abranger todo o movimento renovador da humanidade contemporanea, na philosophia, na sociedade, no estado e nas consciencias. Filho legitimo da historia, deixa tambem de a contradizer no que ella tem de essencial, a familia, a propriedade, a herança, bases da sociedade, duplamente consagradas pela razão e pela pratica e veneração das gerações. Não propõe uma construcção arbitraria e artificial da sociedade, mas pretende sómente ajudal-a no seu desenvolvimento organico, segundo uma theoria estudada nella mesma, nos seus antecedentes. É, numa palavra, verdadeiramente conservador o socialismo, por isso mesmo que é verdadeiramente progressista. E se eu tivesse algum direito de em nome delle dar um conselho aos homens e aos partidos que, por se julgarem conservadores, entendem ter obrigação de combater uma philosophia social, que não conhecem, ou diria a esses illudidos: Fazei-vos socialistas, se quereis realmente merecer o nome de conservadores, que por ora não tendes sufficientemente justificado: passae para este lado, que é onde estão os representantes da verdadeira tradição da humanidade, tradição não de entenebrecimento e oppressão, de odio e lucta systematica, mas de luz e liberdade, de paz e conciliação: ou, senão, examinae pelo menos antes de condemnar, informae-vos antes de amaldiçoar, aliás teremos de dizer que sois só conservadores da vossa propria ignorancia e obsecada paixão.
Mas eu nao tenho direito de dar conselhos a quem não m'os pede nem me julga auctorisado a dal-os. Depois, talvez este meu candido appello, para a conciliação e a tolerancia, seja ainda uma daquellas muitas utopias que só merecem um sorriso de desdenhosa compaixão dos homens _praticos_ encanecidos no trato das coisas reaes do mundo... Talvez!
Paciencia. Veremos o que o tempo _praticamente_ responde a tudo isto.
Fevereiro-Março, 1873.
Le Portugal contemporain--Oliveira Martins
En dehors de la littérature proprement dite, le Portugal ne possède aujourd'hui qu'un seul écrivain réellement supérieur: c'est M. Oliveira Martins, l'auteur de la _Bibliotheca das Sciencias sociaes_. Définir son genre et le classer d'un mot me semble chose presque impossible, par la simple raison que ce mot n'existe pas encore: _socialiste_ a un sens en même temps étroit et vague; _sociologiste_ serait un barbarisme. Si, depuis les Grecs on a toujours écrit l'histoire, disserté sur la politique et plus ou moins observé l'économie et les moeurs des nations, ce n'est que depuis un demi-siècle à peine qu'on a été amené à étudier scientifiquement la Société, en la considérant comme un tout naturel et réel, dont les phénomènes sont susceptibles d'être ramenés à des relations générales et fixes, c'est-à-dire à des lois. De là la constitution d'un nouveau et dernier groupe de sciences, qui est venu s'ajouter à celles qui existaient déjà: le groupe des sciences morales.
M. Oliveira Martins (_socialiste_ ou _sociologiste_, comme on voudra) s'occupe donc de sciences sociales, et, quoique jeune encore, mérite, par la profondeur de ses recherches, l'originalité et l'ampleur de ses vues et la fermeté de sa méthode, d'être rangé parmi les mâitres et promoteurs de ces études nouvelles. En outre, son estyle, par ses qualités de vigueur, de vie et d'élévation, quoique trop souvent incorrect et déparé parfois par le mauvais goût, fait de l'auteur de la _Bibliotheca das Sciencias_ un écrivain de premier ordre.
Les premiers ouvrages de M. Oliveira Martins (_Theoria do Socialismo_ et _Portugal e o socialismo_), parus à Lisbonne vers 1873 et 1874, appelèrent sur les lèvres du petit nombre de personnes en état de les juger un _Tu Marcellus cris!_ prophétique. Touffus d'idées hardies, mais encore mal définies, et auxquelles manquait une base solide de connaissances positives, obscurs et confus par le style, ces deux livres dénonçaient pourtant les maîtresses qualités qui font le penseur et l'écrivain d'ordre supérieur.
En effet, le germe des doctrines exposées plus tard dans la _Bibliotheca_ s'y trouvait déjà formulé dès la première page dans ces mots: "La théorie du socialisme c'est l'évolution.", Depuis, la pensée laborieuse de notre auteur n'a fait qu'approfondir et développer cette idée, en l'étayant de solides études économiques, politiques et historiques.
Laissant là la manière sèche et étroite des économistes et leur méthode tout abstraite, M. Oliveira Martins conçoit la société comme un tout vivant, un être collectif qui, comme l'homme lui-même, est à la fois naturel et rationnel, sujet dans son développement à la double action des lois de la nature, auxquelles se rattache la sociabilité elle-même dans ses formes primordiales, et des principes juridiques et moraux qui sont le domaine propre et exclusif de l'humanité. La lutte, l'équilibre, la pénétration et l'opposition de ces deux éléments constituent, aux yeux de nôtre auteur, l'être même de la société, dont le développement, changeant et variable comme celui de toute chose vivante, peut présenter des aspects très dissemblables et impropres: rien n'y est absolu, rien n'y est nécessaire, hormis les lois générales de la nature et l'essence rationnelle et morale de l'homme. La méthode des sciences sociales ne peut donc pas être abstraite: elle doit être, avant tout, historique.
C'est à ce point de vue, et non pas seulement en naturaliste et économiste, mais encore en juriste et moraliste, que M. Oliveira Martins s'est placé pour étudier dans sa _Bibliotheca_ l'ensemble des phénomènes,--travail, distribution, propriété, classes, gouvernement, juridiction, culte, etc.,--qui constituent le vaste domaine, encore imparfaitement jalonné, des sciences sociales. La _Bibliotheca_ comprend déjà 12 volumes. En outre, M. Oliveira Martins a publié un Mémoire sur la _Circulation fiduciaire_ et diverses brochures se rattachant toutes aux questions sociales. L'espace nous manque pour donner même une courte analyse de chacun des volumes déjà parus de la _Bibliotheca_, et il faut que je me borne à l'exposition sommaire que je viens de faire des idées culminantes et de la méthode de l'auteur. Mais je dois au moins appeller l'attention des personnes compétentes sur deux de ces volumes (_Quadro das instituições primitivas_ et _O Regime das riquezas_), qui, par leur grande originalité de vues et de forme, mériteraient bien d'être traduits en français ou en allemand.
La fécondité de la méthode historique de l'auteur y devient évidente. A l'encontre des économistes orthodoxes, qui dessèchent la réalité humaine dans leurs formules et prétendent réduire la vie de la société à une espèce d'algèbre inflexible, M. Oliveira Martins, plongeant en pleine réalité, nous montre l'origine variable et les formes multiples des institutions sociales assujeties dans leur développement non à des lois purement naturelles, comme le prétendent les économistes, mais avant tout à des raisons intimes et _humaines_. Jamais les fatalités naturelles n'y étouffent complètement l'être moral de l'humanité, et, même dans ses formes premières et plus rudes, la société apparaît comme le domaine de la liberté. La concurrence y joue un grand rôle, sans doute, mais contrecarré ou endigué par des forces juridiques et morales. La pure mécanique sociale, telle que la rêvent les économistes, n'y triomphe jamais non plus que cet individualisme abstrait qui serait plutôt l'idéal de la sauvagerie que celui de la civilisation. Celle-ci, loin de marcher de plus en plus dans le sens des fameuses "lois naturelles", tend au contraire à s'en affranchir, et la société, dont l'idéal est la justice et non la nécessité, va graduellement se rapprochant de ce type de raison et de liberté qui est l'être même de l'homme.
On voit, par ce rapide aperçu, que M. Oliveira Martins se rattache à l'école appelé en Allemagne des _Katheder-Socialisten_: il doit beaucoup aussi à ce puissant penseur, si mal compris encore aujourd'hui, P.-J. Proudhon. Mais, socialiste doublé d'un historien, il projette sur toutes ces questions une lumière qui les fait voir sous des aspects nouveaux en dehors du terrain forcément étroit des écoles et des discussions, et dans les larges perspectives de la réalité. Là est, à mon avis, sa principale originalité.
Je voudrais être bref; mais je dois pourtant dire encore quelque chose des deux ouvrages (_Historia de Portugal_ et _Portugal contemporaneo_), qui M. Oliveira Martins a consacrés à l'histoire de notre pays, et qui se rattachent à la _Bibliotheca_, plutôt qu'ils n'en font partie. A première vue, ces livres semblent ne devoir interesser que les seuls Portugais; on verra qu'ils ont une portée bien plus générale.
Le Portugal contemporain est une énigme que personne en Europe ne comprend et dont, même chez nous, bien peu de gens savent le mot. On cite généralement le Portugal comme un modèle des petits pays libres et sages: pas de révolutions ni de luttes de classes; la paix, le fonctionnement régulier du régime parlamentaire; on l'oppose souvent à l'Espagne, périodiquement convulsionée. Et pourtant ce pays modèle est--la Turquie exceptée--le plus mal administré qui soit en Europe. Après 50 ans de paix, sa dette publique est une des plus écrasantes et elle s'accroît tous les jours, car le budget portugais se solde régulièrement en déficit. L'esprit publique est nul en dépit d'une multitude de journaux ordinairement éphémères et tous plus insignifiants les uns que les autres, et la politique est devenue l'apanage, de haut en bas et de droite à gauche, d'une classe de gens à peu près ignares et tenus généralement en estime médiocre. Quant à l'armée, le moins qu'on en puisse dire est qu'elle est aussi fantastique que coûteuse, tandis que l'instruction populaire est lamentable et que l'enseignement supérieur (a l'excepction de deux ou trois écoles spéciales) est souverainemente pedantesque ou vide[1]. Le seul sentiment national un peu perceptible est une espèce de haine sourde et instinctive contre l'Espagne, qu'on ne connaît pas, et, dans les classes cultivées, l'admiration béate de tout ce qui est français, qu'on suige à tort et à travers, dans les lois, les moeurs, la litterature et la langue même, qui va s'adultérant de plus en plus.
Voilà, on en conviendra, pour une nation réputée "le modèle des petits pays sages et libres", des aspects singulièrement imprévus!
La raison de ce remarquable phénomène de pathologie sociale est que Portugal est la seule nation en Europe _qui soit réellement vieille et caduque_. On peut lui appliquer les constitutions, les lois, les règlements et les phrases qu'on voudra; rien n'y fait, car il n'y a pas de stimulants pour la décrepitude. Elle acceptera les libertés comme les coups, les constitutions comme les épidemies, avec le calme indifférent de l'insensibilité et de l'inconscience. De là sa paix profonde et son étonnante sagesse; de là aussi un irrémédiable affaissement. Les contradictions sans nombre qui présente notre état social, politique et intellectuel, et qui déroutent l'observateur (pas un voyageur en Portugal n'a compris ce pays), n'ont pas d'autre raison. Les mots ne répondent plus aux choses, et les meilleurs lois ne sont que de petits chiffons de papier emportés de France. C'est un système de mensonge naïf et inconscient. La réalité, c'est cet affaissement irrémédiable d'un organisme national arrivé à l'extrême limite de ses forces vitales.
L'étiologie historique de ce cas remarquable a été faite, pour la première fois, et supérieurement, par M. Oliveira Martins, dans son _Historia de Portugal_, tandis que son _Portugal Contemporaneo_ fait toucher du doigt les contradictions incurables de la situation actuelle, issue, non de la raison consciente e d'un effort viril de toute la nation, mais des illusions plus au moins généreuses d'un petit nombre de révolutionnaires et de l'atonie des masses, sur lesquelles on faisait cette expérience doctrinaire: _in anima vili_. On y apprend à connaître le _quid_ spécial de la Révolution portugaise de 1834, la fatalité qui y menait et qui changeant tout à coup d'aspect, allait présider aux convulsions d'abord, puis aux mécomptes, aux désillusions, aux compromis lâches, et finalement au marasme actuel. Le _Portugal Contemporaneo_ est l'histoire cruelle de cet avortement. L'auteur y fait, pièces en main et pas a pas, le procès de ce libéralisme bourgeois, en même temps abstrait et utilitaire qui, après 50 ans de domination incontestée, aboutit à une situation inextricable et de la débâcle imminente. Comme description détaillée d'un cas de pathologie sociale, ce livre, qui, sous d'autres rapports, n'interesse que les Portugais, peut offrir un intérêt spécial à toux ceux qui s'occupent, en hommes de science et en philosophes, des choses de la société.
Les causes premières de cette maladie profonde à laquelle succombe actuellement la nation portugaise ont été mises en lumière par M. Oliveira Martins, dans son _Historia de Portugal_.
Em 1580, après la catastrophe d'Alcacer-Kibir, le Portugal était réellement mort. L'oeuvre féconde et glorieuse de sa vie historique était accomplie; mais l'ouvrier héroïque gisait exténué. L'application en grand, pendant trois quarts de siècle, d'un faux système d'exploitation coloniale avait ruiné le pays et troublé profondement sa constitution sociale: le jésuitisme, d'un autre côté, avait épaissi ou perverti son intelligence, brisé son ressort moral, faussé son libre génie, et, en étouffant tous les germes de l'esprit moderne que la Renaissance avait si abondamment semés, paralysé tout développement ulterieur et tué l'avenir. Philippe II, en réunissant le Portugal à la couronne d'Espagne, n'a donc fait que cueillir un fruit mûr. L'histoire du Portugal aurait dû finir à cette époque-là. La restauration nationale de 1640 a été un fait en grande partie artificiel, possible seulement par l'abbatement de l'Espagne, qui avait perdu sa force d'attraction.
Le nouveau Portugal, qui commence à cette date-là, n'a rien de l'autre, rien de sa force noble, de son hardi génie. Ce n'est qu'un triste bâtard, un être malingre et malvenu, le produit artificiel de la diplomatie, que son grand ami, l'Anglais hérétique, protège, rudoye, amuse et exploite. De sa seule force, il ne tiendrait pas debout: il est donc juste qu'il paye celui qui le soutient. Il le payera des restes de son noble héritage, de ses colonies, qui s'en iront l'une après l'autre grossir l'empire de la nouvelle reine des mers; il le payera encore en traités de commerce, qui le ruineront au profit de son loyal protecteur. Cela s'appella la glorieuse restauration portugaise de 1640--oeuvre néfaste entre toutes, qui démembra l'Espagne et compromit pour des siècles, peut-être pour toujours, l'avenir de la peninsule ibérique.
Mais, à côté de l'Anglais hérétique, le jésuite aussi avait travaillé à cette oeuvre glorieuse: il reçut sa paye. On lui abandonna complètement l'éducation, l'âme de la nation. Le Portugal a été, pendant deux siècles, plus encore que le Paraguay, le véritable paradis des jésuites. Leur produit spécial, leur oeuvre de prédilection, le cagot, y arriva à la plus merveilleuse perfection. Le cagotisme a été véritablement le trait, le signe particulier du nouveau Portugal: c'est par là qu'il acquit une physionomie. Comme état de psychologie collective, il survécut à la destruction des jésuites, il a traversé les révolutions: il s'est accommodé du libéralisme, et, chose surprenante, de l'incrédulité elle-même! Il dure toujours, et la situation trouble, maladive, énigmatique d'aujourd'hui est avant tout son oeuvre.
Voilà, aussi brièvement que possible, la vérité sur le Portugal moderne. Cette vérité n'était pas inconnue avant les livres de M. Oliveira Martins: on la pressentait plus au moins, en tâtonnant à travers le brouillard d'illusions séculaires et officielles: quelques-uns même avaient osé la formuler. Mais, seuls, les livres de M. Oliveira Martins l'on déduite historiquement, c'est-à-dire, en présentant nettement les faits et en les ramenant à leurs causes. Dans ces livres si vivants, si incisifs, la forme est narrative et pittoresque, le fond est philosophique. C'est de la très ferme étiologie historique. En suivant l'histoire à travers la variété animée des scènes et des personnages, le lecteur s'aperçoit tout-à-coup qu'on lui a fait une démonstration en règle. Ce n'est pas là une des moindres originalités de la manière de M. Oliveira Martins.
Du reste, pour nous autres, tout est original dans ces livres, l'idée comme la forme, le point de vue critique comme la manière réaliste. Le Portugal, depuis sa Révolution, n'avait encore eu qu'un seul homme supérieurement doué et fortement préparé pour le travail de l'histoire: A. Herculano. Mais, outre que Herculano ne s'est jamais occupé que de l'histoire anterieure à 1580 (qu'on peut considerer comme l'histoire d'une autre nation) il était trop dogmatique dans ses vues et trop raide et guindé dans son estyle, pour qu'on puisse trouver dans ses livres la vie et la philosophie, c'est-à-dire l'âme et la forme de l'histoire. Son oeuvre puissant d'effort et de savoir, souvent éloquente, a suivi toutefois une direction trop particulière.
Pour les autres qui se sont occupés de l'histoire moderne du Portugal, Rebello da Silva, en dépit de son admirable talent litteraire, n'a été qu'un médiocre rhéteur: Pinheiro Chagas n'est qu'un compilateur dénué de toute critique et même de toute idée. Ceux qui ont osé affronter les livres de M. Theophilo Braga ont eu quelquefois la consolation d'y rencontrer l'ombre d'une idée neuve et juste et quelques aperçus hardis ou ingénieux, trop vite noyés dans le fatras babylonien d'une érudition en délire. Les ouvrages historiques de M. Oliveira Martins restent donc originaux au premier chef et sans précédents dans nôtre litterature. Dans les litteratures étrangères, ils se rattachent surtout à Michelet et Carlyle--avec moins d'imagination et d'intention poétique, mais avec plus de fermeté et de largeur dans les vues.
Vous allez croire maintenant que l'homme audacieux qui a osé dire à son pays les vérités les plus cruelles et les plus humiliantes pour sa vanité, doit être chez nous une espèce de paria, un lépreux tenu à distance par le monde officiel, quelque chose comme Proudhon l'a été en France sa vie durant?
Rassurez-vous. M. Oliveira Martins est membre de l'Académie Royale de Lisbonne et de l'Institut universitaire de Coimbra.
Il a vu un de ses livres, et non pas des moins sévères (_A circulação fiduciaria_), couronné par cette même Académie Royale. Le monde officiel le fête, le choye, l'aime de tout son coeur. Les ministres sont très heureux quand il veut bien se charger de quelque travail qui demande beaucoup de savoir et beaucoup de désinteressement. Je ne sache pas non plus que ces terribles livres aient eu de contradicteurs. En un mot, il ne tiendrait qu'a lui d'être l'homme du jour dans le pays qu'il a si malmené.
Etonnant, n'est-ce pas?--Pour qui sait comprendre, ce simple fait en dit plus long que de gros volumes!
1884.
[1] Un seul fait suffira. A l'Ecole des hautes études litteraires (_curso superior de lettras_) de Lisbonne, la chaire de litterature ancienne est occupé par un monsieur qui ne ne sait pas un mot de grec--et, chose plus curieuse encore, parmi les membres du jury de concours qui l'a reçu (composé de professeurs du dit _Curso superior_ et de membres délégués de l'Académie royale de Lisbonne), _pas un seul non plus ne connaissait le grec_!
Oliveira Martins e o partido progressista
CARTA A SEBASTIÃO D'ARRUDA DA COSTA BOTELHO
Villa do Conde, 1 de agosto de 1885
_Meu Sebastião_
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