Manuel de synonymie Latine

Part 1

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MANUEL DE SYNONYMIE LATINE de Louis Dœderlein

Professeur de philologie et d’éloquence à la faculté d’Erlangen, membre de plusieurs académies et société savantes

Édition française

Publiée avec l’autorisation spéciale de l’auteur

Par Th. Leclaire

Ancien élève de l’École normale, agrégé de l’Université, Breveté pour l’enseignement de la langue allemande, professeur au lycée impérial de Colmar.

1865

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A MONSIEUR ADLER-MESNARD MAÎTRE DE CONFÉRENCES À L’ÉCOLE NORMALE SUPÉRIEURE, MEMBRE DE L’ACADÉMIE ALLEMANDE DE BERLIN, CHEVALIER DE LA LÉGION D’HONNEUR.

MON CHER MAÎTRE,

L’ancienne Université de Paris, parlant par la bouche de Rollin, recommandait à ses maîtres un petit livre de l’Allemand Steuvéchius, sur les particules de la langue latine, et Rollin se plaisait à reconnaître que cet Allemand fort habile avait traité son sujet avec beaucoup d’ordre et de précision. L’étude des langues classiques n’a point dégénéré en Allemagne depuis le temps de Rollin, et notre Université impériale est aussi capable que son aînée d’apprécier le mérite d’un savant étranger. Louis Dœderlein recevra donc un accueil favorable s’il a réussi, au terme d’une longue carrière consacrée à l’étude des langues anciennes, à composer un de ces bons livres élémentaires qui sont et seront toujours rares.

C’est ce qu’il semble permis d’affirmer quand on lit son Manuel dans le texte allemand. C’est votre avis, mon cher maître. Vous ne craignez pas de le faire connaître en permettant qu’on vous dédie une version française du Manuel. Vous répondez du mérite de votre illustre compatriote, et peut-être donnez-vous encore à entendre que son œuvre n’est pas trop défigurée dans le travail d’un de vos élèves. Double et précieuse recommandation que je suis heureux de vous devoir et qui m’autorise à vous donner ici un témoignage public d’affection et de reconnaissance.

Th. Leclaire.

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AVANT-PROPOS

Différentes personnes, entre autres des maîtres que j’estime, m’ont engagé à résumer dans un manuel les principaux résultats de mon ouvrage en six volumes sur les synonymes et les étymologies de la langue latine. Voici douze ans que j’ai commencé à m’occuper de la synonymie latine trop longtemps négligée, et depuis, les travaux analogues de Habicht, de Ramshorn, de Jentzen, de Schmalfeld ont pour ainsi dire encombré la librairie de manuels de synonymes; je n’hésite cependant pas à satisfaire par le présent extrait au vœu qu’on m’adresse, et en affirmant que ma méthode, ma façon d’établir les rapprochements est essentiellement distincte de celle de ces hommes éminents, je ne crois par là ni rehausser mon mérite ni rabaisser le leur. L’extrait que je publie aujourd’hui contient, je l’espère, tout ce qu’il y a d’important dans mes six volumes en fait de synonymie; j’ai dû omettre par contre certains points accessoires dont voici le détail.

*Premièrement*. — Toutes les déductions étymologiques.

*Deuxièmement*. — Tous les passages comparés ou citations à l’appui qui n’ont pas une évidence démonstrative. En revanche, je communique tout au long les endroits classiques dans lesquels les anciens opposent des synonymes les uns aux autres, et les distinguent de la sorte dans le courant du discours et non par voie de réflexions grammaticales; quand ces endroits me font défaut, je place souvent en regard divers passages d’un seul et même écrivain dans lesquels il paraît qu’il a observé la propriété des termes.

*Troisièmement*. — Toutes les discussions de critique et d’interprétation.

*Quatrièmement*. — L’explication détaillée des synonymes grecs. Je n’ai pas laissé pour cela de rechercher avec un soin scrupuleux et de placer en regard du synonyme latin l’expression correspondante la plus exacte que puisse fournir ou la langue grecque ou la nôtre, et je me suis en outre efforcé de déterminer et de rendre palpable dans tous les cas possibles, avec la précision dont j’étais capable, la valeur et la portée de l’idée exprimée par le mot latin en indiquant le vrai terme contraire.

*Cinquièmement*. — Les vues particulières des auteurs qui ont composé des traités de synonymes.

*Sixièmement*. — Les synonymes très-rares et ceux qui ne prêtent qu’à des différences subtiles.

J’ajoute une remarque de pratique. Au point de vue de l’enseignement on peut diviser les synonymes en trois classes; la première comprend ceux que l’élève ne peut jamais apprendre à distinguer trop tôt parce que leur parenté purement apparente n’est fondée que sur la tentation de les traduire par un même mot dans notre langue maternelle, par exemple *liberi* et *infantes*, *animal* et *bestia*, *hærere* et *pendere*, *sumere* et *adimere*, *hostis* et *inimicus*. La confusion de ces synonymes est une bévue qu’il faut ranger sur la même ligne qu’un solécisme proprement dit. A la seconde classe appartiennent les synonymes entre lesquels on peut établir une distinction aisée et sûre, mais qui expriment des idées si rapprochées, que les anciens mêmes n’hésitaient pas à les prendre les uns pour les autres, par exemple *lascivus* et *petulans*, *parere* et *obedire*, *ater* et *niger*, *incipere* et *inchoare*, *mederi* et *sanare*, *vacuus* et *inanis*, *spernere* et *contemnere*, *tranquillus* et *quietus*. Tant que l’élève est encore aux prises avec les éléments de la grammaire, le maître est autorisé à lui laisser croire que ces expressions ont tout à fait le même sens; mais il convient d’y rendre attentifs les élèves plus avancés, soit pour les habituer, quand l’occasion se présente, à la propriété des termes, soit pour leur faire faire un excellent exercice d’esprit. Je range dans une troisième classe les synonymes dont la différence ne saurait être établie ni sans peine, ni avec pleine évidence à l’aide des textes classiques, et que les anciens, selon toute probabilité, ne distinguaient que très-confusément, par exemple *lira* et *sulcus*, *remus* et *tonsa*, *pæne* et *prope*, *etiam* et *quoque*, *recordari* et *reminisci*, *lævus* et *sinister*, *velox* et *pernix*, *vesanus* et *vecors*, *fatigatus* et *fessus*, *collis* et *clivus*. De pareilles distinctions n’ont que peu ou point d’importance dans la composition, à moins qu’une antithèse en forme, par exemple celle de mare, lacus, par rapport à amnis, fluvius; de metus, spes, par rapport à timor, fiducia, n’impose par occasion la nécessité de recourir aux richesses de la langue en synonymes de ce genre. Une sévérité excessive en cette matière ne serait à mes yeux qu’un pédantisme fâcheux qui ne manquerait pas d’entraver toute liberté d’esprit chez l’élève occupé à composer. Comme professeur, je demande que les synonymes de la première classe deviennent familiers aux élèves dès les cours élémentaires; je n’introduis que dans les cours supérieurs l’étude des synonymes de la seconde catégorie; c’est vers l’âge de quatorze ans à peu près que j’engage les élèves à s’en occuper dans le travail de la composition à propos du choix des expressions; c’est alors que je commence à en tenir compte dans l’explication des textes, avec mesure s’entend, pour aiguillonner l’esprit et non pour embarrasser la lecture. Quant à ceux de la troisième catégorie, je me fais une loi de n’en parler qu’en expliquant des passages à propos desquels il est impossible de l’éviter, par exemple, quand l’auteur associe *flumina* et *amnes* et qu’il faut le défendre contre une accusation de pléonasme.

J’ai cru rendre mon manuel d’un usage plus commode en fondant la table dans le texte. On a ainsi la chance de tomber du premier coup sur l’article qu’on cherche, ce qui serait impossible avec un index à part.

L’auteur.

Erlangen, décembre 1839.

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AVIS POUR LA SECONDE ÉDITION

Il y a neuf ans que ce manuel a vu le jour; il reparaît plutôt remanié que transformé. Outre que je l’ai revu plusieurs fois, j’ai profité de nombreuses observations que je dois à de savants amis, soit pour améliorer le fond, soit pour perfectionner l’expression, et j’ai inséré quelques articles nouveaux. J’ai en revanche supprimé les étymologies, tantôt parce que je m’étais trompé en les croyant justes, tantôt (et le plus souvent) parce qu’elles n’ont aucun sens pour l’élève et qu’elles peuvent même occasionner des méprises quand elles ne sont pas approfondies.

L’auteur.

Erlangen, décembre 1848.

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MANUEL DE SYNONYMIE LATINE

A

—Abdere, v. *Celare*.

Abesse. Deesse. Deficere. 1. *Abesse* marque une absence qui se réduit à une relation de lieu, ne pas être quelque part, par opposition à *adesse*; *deesse* marque une absence qui rend un tout incomplet, comme manquer, faire défaut, par opposition à *esse* et *superesse*. Cic. Brut. 80. Calidio hoc unum, si nihil utilitatis habebat, *abfuit*, si opus erat, *defuit*. Si vous jugez cette qualité inutile, j’avouerai qu’elle n’existait pas chez Calidius; si vous la jugez nécessaire, je conviendrai qu’elle lui faisait défaut.

2. *Deesse* s’applique à ce qui nous fait complétement défaut, *deficere*, à ce qui commence à nous faire défaut. Cic. Verr. I, 11. Vererer ne oratio *deesset*, ne vox viresque *deficerent*. Je craindrais que la parole ne me manque, que ma voix et mes forces ne faiblissent.

—Abnuere, v. *Negare*.

Abolere. Delere. *Abolere*, anéantir, faire disparaître et plonger dans l’oubli par tous les moyens possibles; *delere*, détruire, mettre en mauvais état, hors de service. *Abolere* se dit plutôt des œuvres de l’esprit; *delere*, des objets matériels. Leges abolentur, urbes delentur. On annule les lois, on détruit les villes.

Abominari. Exsecrari. Detestari. *Abominari*, repousser un présage qui fait horreur, chercher à détourner par une pratique religieuse un malheur qui nous menace, par opposition à *omen accipere*; *exsecrari*, maudire en excluant un coupable de la société des hommes, en le déclarant *sacer*, en le dévouant aux dieux des enfers, par opposition à bénir; enfin *detestari*, chercher à éloigner de nous, en invoquant les dieux, un danger dont nous menace une personne ou une chose; il a pour opposé appeler par ses prières.

—Abscondere, v. *Celare*. —Absolvere, v. *Finire*. —Abstinentia, v. *Modus*.

Abundare. Redundare. *Abundare*, abonder, sert, comme περιεῖναι, à parler avec éloge de l’abondance prise comme un symbole de plénitude et de richesse; *redundare*, surabonder, se prend en mauvaise part, comme περισσεύειν; la surabondance est prise comme le symbole de l’excès et du luxe. L’*abundans* existe en grande quantité, le *redundans* est superflu et inutile.

—Abunde, v. *Satis*. —Ac, v. *Et*.

Accendere. Incendere. Inflammare. Comburere. Cremare. *Accendere*, *incendere* et *inflammare*, mettre le feu: *accendere*, par dehors et par un seul point, comme allumer, ἀνάπτειν; *incendere*, par le dedans, comme ἐνδαίειν; *inflammare*, enflammer par le dehors ou le dedans, comme ἀναφλογίζειν. *Comburere* et *cremare*, consumer et brûler: *comburere*, comme ϰαταϰαίειν, sur des charbons ardents (c’est le causatif d’*ardere*); *cremare*, comme πιμπράναι, par flammes vives (c’est le causatif de *flagrare*). On brûle les morts, mortui *cremantur*, sur un bûcher flamboyant; on brûle les vivants à petit feu, vivi *comburuntur*, et cette manière de parler rend plus frappante l’horreur de la mort par ce genre de supplice.

—Acceptus, v. *Gratus*.

Accidere. Evenire. Contingere. Obvenire. Obtingere. *Accidere*, *evenire* et *contingere* marquent des événements favorables ou défavorables, le premier, lorsqu’ils sont inattendus, qu’ils surprennent; le second, lorsqu’ils sont attendus, pressentis; le troisième, lorsqu’on les a préparés, amenés; *obvenire* et *obtingere* ne se disent que d’événements heureux. Les *accidentia* sont l’œuvre du hasard, les *evenientia* sont des conséquences de nos actions ou des circonstances; les *contingentia*, des effets de nos efforts, de nos vœux, de nos fautes; les *obtingentia* et les *obvenientia*, des faveurs du sort. Cic. Fam. VI, 21. Timebam ne *evenirent* quæ *acciderunt*. Je craignais de voir ces hasards se réaliser. Le premier des deux verbes, *evenirent*, se rapporte à Cicéron lui-même, à ses pressentiments; le second, *acciderunt*, regarde les personnes qui se montrent surprises à l’heure de l’événement. Sen. Ep. 110. Scies plura mala *contingere* nobis quam *accidere*, c’est-à-dire que nos souffrances sont plus souvent les suites de nos propres vœux que l’effet d’un hasard aveugle.

—Accipere, v. *Sumere*. —Accire, v. *Arcessere*. —Accusare, v. *Arguere*.

Acer. Vehemens. *Acer* présente la vivacité sous son aspect louable de feu, d’énergie, par opposition à *frigidus*, comme ὀξύς; *vehemens*, sous son aspect blâmable de chaleur et de passion, par opposition à *lenis*, comme σφοδρός.

Acerbus. Amarus. *Acerbus* marque une amertume qui emporte la bouche, par opposition à *mitis*, comme ὀξύς; *amarus*, une amertume qui dégoûte, par opposition à *dulcis*, comme πιϰρός.

Acervus. Congeries. Strues. Cumulus. 1. *Acervus* et *congeries*, monceau d’objets de même espèce auparavant dispersés qu’on réunit et qu’on entasse en un lieu: *acervus* indique, comme σωρὸς, un certain ordre et suppose d’habitude une forme conique; *congeries* admet tout le désordre de la négligence. *Strues* s’emploie, comme θημών, pour marquer que la mise en tas a produit un arrangement nouveau, donné aux objets rassemblés une forme déterminée, utile, artificielle. Curt. VIII, 7, 11. Passim *acervos* *strues*que accendebant. Ils allumaient çà et là des tas et des piles de bois.

2. *Cumulus* ne signifie point le tas lui-même, mais seulement la pointe qui le termine, la dernière pierre qui donne seule à une construction son élévation régulière et parfaite, à peu près comme ϰορυφή; *cumulare*, en particulier, se rapproche tout à fait de ϰορυφοῦν. Comparez Liv. XXII, 59. Superstantes *cumulis* cæsorum corporum: juchés sur des monceaux de victimes, avec la fin du même chapitre: Cannenses campos *acervi* Romanorum corporum tegunt. Des tas de cadavres romains couvrent la plaine de Cannes. Et XXIII, 5. Molibus ex humanorum corporum *strue* faciendis. Faire des digues en empilant des cadavres.

Achivi. Achæi. Achaius. Achaicus. Troius. Troicus. 1. *Achivi*, les Grecs d’Homère, ᾿Αχαιοί; *Achæi* se dit soit des habitants de l’Achaïe proprement dite, soit chez les poëtes de tous les Grecs considérés en général comme les contemporains des Romains. Cic. Divin. I, 16. Cum *Achivi* cœpissent inter se strepere. Quand eurent commencé les querelles bruyantes des anciens Grecs. Comparez avec Cæcil. 20. Quod eum sibi *Achæi* patronum adoptarant. Parce que les Grecs de l’Achaïe l’avaient souhaité et choisi pour protecteur.

2. *Achaius* est l’adjectif d’*Achivus*; *Achaicus* celui d’*Achæus*.

3. *Troius*, adjectif réservé à l’ancienne Troie héroïque et homérique; *Troicus*, adjectif usuel pour le pays de Troie, pour la Troade, sans allusion à la guerre de Troie.

Acies. Acumen. Cacumen. Mucro. Cuspis. 1. *Acies*, tranchant propre à couper; *acumen*, pointe propre à piquer. Au figuré, l’*acies mentis* débrouille ce qui était confus, le fait connaître clairement: on met de l’ordre dans ses idées; l’*acumen mentis* approfondit ce qui était caché, aboutit à des découvertes ingénieuses: on acquiert des idées nouvelles.

2. *Acumen* et *cacumen*, pointes naturelles: *acumen*, pointe du cône, du bec, etc.; *cacumen*, terme spécial, pointe d’une montagne. *Mucro* et *cuspis*, pointes artificielles destinées à pénétrer et à blesser: *mucro*, pointe de l’épée, du poignard, etc.; *cuspis*, de la lance, de la flèche, comme αἰχμή.

—Acies, v. *Pugna*. —Acta, v. *Ripa*.

Actor. Comœdus. Ludio. Histrio. 1. *Actor* et les termes spéciaux de *comœdus* et *tragœdus*, l’acteur considéré comme un artiste estimable; *ludio*, *ludius*, le comédien considéré comme un artisan vulgaire avec une idée accessoire de trivialité; enfin *histrio* se dit tantôt de l’un, tantôt de l’autre, mais avec une idée accessoire de fanfaronnade et de bouffonnerie. Cic. Sext. 54. Ipse ille maxime *ludius* non solum spectator, sed *actor* et acroama. Ce baladin lui-même, car il n’est pas un simple spectateur, il est, vous le savez, tour à tour acteur et bouffon[1]. Rosc. com. 10. Nemo ex pessimo *histrione* bonum *comœdum* fieri posse existimaret. Personne n’imaginerait qu’un misérable farceur pût devenir un bon comédien. Ep. ad. Qu. fr. I, a. E. Hortor ut tanquam poetæ boni et *actores* industrii solent in extrema parte diligentissimus sis. Je t’engage à soigner extrêmement la fin à l’exemple des grands poètes et des acteurs consciencieux.

—1 Traduction Guéroult. Dans la collection Panckoucke. Cicéron, t. XIII, p. 375.

—Acumen, v. *Acies*. —Adamare, v. *Diligere*.

Adesse. Interesse. Præsentem esse. 1. *Adesse*, être près d’une personne ou d’une chose; *interesse*, prendre part à une action. Cic. Verr. I, 40. Crimina ea quæ notiora sunt his qui *adsunt* quam nobis... De illo nihil dixit in quo *interfuit*. Ces accusations plus familières aux assistants qu’à nous-mêmes... Il n’a rien dit du fait auquel il a pris part.

2. *Adesse* marque, en général, notre présence dans un cercle dont nous faisons partie; *præsentem esse*, la présence immédiate, sensible, visible. D’un hôte qu’on attend on dit *adest* quand il se trouve dans nos murs; on dit *præsens est* quand il est dans la même pièce que nous. Ter. Ad. III, 3, 29. Non quia *ades præsens* dico hoc. Je ne dis pas cela parce que tu es près de moi, devant moi.

Adhuc. Hactenus. Hucusque. *Adhuc* est adverbe de temps: jusqu’à ce moment; *hactenus* et *hucusque* sont adverbes de lieu: jusqu’à cet endroit ou jusqu’à ce point.

—Adigere, v. *Cogere*. —Adimere, v. *Demere*. —Adipisci, v. *Invenire*. —Admirari, v. *Vereri*. —Admodum, v. *Perquam*. —Adolescens, v. *Puer*. —Adorare, v. *Vereri*. —Adscendere, v. *Scandere*. —Adsequi, v. *Invenire*. —Adsolere, v. *Solere*. —Adspectus, adspicere, v. *Videre*. —Adulari, v. *Assentiri*. —Aduncus, v. *Curvus*. —Advena, v. *Exterus*. —Adventor, v. *Hospes*.

Adversarius. Hostis. Inimicus. 1. *Adversarius*, terme général pour tout adversaire à la guerre, dans la politique, en justice, comme ἀντιστάτης; *hostis*, ennemi à la guerre, en campagne, par opposition à *pacatus*, comme πολέμιος; *inimicus*, ennemi du fond du cœur, par opposition à *amicus*, comme ἐχθρός. Cic. Man. 10. Pompeius sæpius cum *hoste* conflixit quam quisquam cum *inimico* concertavit. Pompée compte plus de combats contre des armées ennemies, que qui que ce soit au monde ne compte de luttes contre un ennemi particulier. Liv. XXII, 39. Nescio an infestior hic *adversarius*, quam ille hostis maneat. J’appréhende que ton adversaire ne reste plus dangereux que ton ennemi.

2. *Hostilis* et *inimicus* indiquent une disposition permanente, *infestus* et *infensus*, un état passager: *infestus* ne suppose qu’une attitude hostile, et peut se dire même des objets inanimés qui nous menacent d’un danger; *infensus* suppose des mouvements passionnés et ne se dit que des personnes. Tac. Ann. XV, 28. Non *infensum*, nedum *hostili* odio Corbulonis nomen habebatur. Le nom de Corbulon n’avait jamais excité de ressentiment, loin d’être l’objet d’une haine nationale. Sen. N. Q. III, pr. Animus luxuriæ non *adversus* tantum, sed et *infestus*. Ame non-seulement contraire, mais rebelle aux plaisirs. Liv. 11, 20. Tarquinium *infesto* spiculo petit; Tarquinius *infenso* cessit hosti. Il lance à Tarquin un trait dangereux; Tarquin se retira devant cet ennemi furieux.

3. *Hosticus* marque un rapport de convenance: ennemi, qui appartient à l’ennemi; *hostilis*, une disposition, comme hostile.

Advocatus. Causidicus. Dans l’âge d’argent de la langue latine, *advocatus* désigne un procureur par rapport aux services qu’il rend, et à son client dont il est l’ami et l’appui; *causidicus*, par rapport à sa condition et à son métier, souvent avec une idée de mépris, comme un mercenaire.

—Ædes, v. *Templum*.

Ædificium. Domus. Ædes. Familia. 1. *Ædificium*, terme général pour toute espèce de bâtiment, comme οἰϰοδόμημα; *domus* et *ædes*, *ædium*, maison d’habitation: *domus*, demeure, siége héréditaire d’une famille, comme οἶϰος; *ædes*, assemblage d’appartements, comme δόμοι, δώματα. Virg. G. II, 461. Ingentem foribus *domus* alta superbis mane salutantum totis vomit *ædibus* undam. La fière demeure par ses portes orgueilleuses rejette, dès le matin, de ses appartements encombrés un long flot de courtisans.

2. *Domus*, la famille au sens patriarcal, comme une société close et intime; *familia*, au sens politique, comme une partie de la noblesse, *gens*, de la cité, *civitas*, du peuple, *populus*.

Æger. Ægrotus. Morbidus. Morbus. Valetudo. 1. *Æger*, terme général qui s’applique à toute espèce d’incommodité et de malaise, au trouble d’esprit comme au mal physique; *ægrotus* et *morbidus* supposent une maladie du corps; *ægrotus*, chez l’homme, *morbidus*, chez un animal. L’*æger* se sent malade, l’*ægrotus* et le *morbidus* sont malades.

2. *Morbus* et *valetudo* désignent une maladie actuelle: *morbus*, comme un accident auquel l’homme est sujet; *valetudo*, comme un état dont le malade a conscience.

—Ægre, v. *Vix*. —Ægritudo, v. *Cura*. —Ægrotus, v. *Æger*. —Æmulatio, v. *Imitatio*. —Æqualis, v. *Æquus*. —Æquor, v. *Mare*.

Æquus. Par. Æqualis. Parilis. Compar. Impar. Dispar. 1. *Æquum*, égal en soi, uniforme, composé de parties similaires, par opposition à *varius*; *par*, égal à quelque chose d’autre, et placé au même degré par opposition à *superior* et *inferior*. *Æquo Marte* présente dans son ensemble le combat des deux partis; *pari Marte* oppose la fortune de l’un à celle de l’autre.

2. *Par*, marque une égalité de grandeur, de puissance, d’influence ou encore de nombre, d’équilibre, de proportions, comme ἴσος; *æqualis*, une égalité de nature, comme ὅμοιος. *Par*, présente à l’esprit l’idée d’un homme d’action qui est pour le moins prêt et résolu à entrer en lutte avec ses pairs; *æqualis*, l’idée d’un personnage inactif, et le mot ne se prête qu’à des comparaisons et à des parallèles. *Paria*, choses ou personnes opposées, hostiles, jalouses, qui se disputent la prééminence; *æqualia*, choses ou personnes distinctes, mais unies, comme des parents qui ont des qualités et des sympathies communes. *Pariter*, au même degré, ἴσα; *æqualiter*, de la même façon, ὁμοίως, ὁμῶς.

3. *Par*, tout à fait égal; *parilis*, à peu près égal, c’est un intermédiaire entre *par* et *similis*.

4. *Par*, égal à quelque chose ou à quelqu’un, exprime un rapport simple; *compar*, qui se dit de plusieurs choses ou de plusieurs personnes égales entre elles, un rapport réciproque, sans renchérir d’ailleurs sur le degré de ressemblance. Cette distinction se retrouve dans *finitimi* et *confines*, dans ἐγγύς et ξυνεγγύς.

5. *Impar* marque une inégalité, soit comme en arithmétique celle des nombres impairs qui ne sont point exactement divisibles par deux, soit une inégalité de force qui implique une infériorité relative; *dispar* exprime une dissemblance et ne précise point de quel côté penche la balance dans un parallèle.

Æquus. Planus. Campus. 1. *Æquum*, terrain plat, surface horizontale, par opposition à ce qui monte ou descend, à *superior*, *inferior* et *acclivis*; *planum*, la plaine unie, par opposition à un sol inégal, à *montosus*, *saxosus*. *Æquum*, signifie au figuré l’équité, parce que l’injustice commence dès que l’un se met au-dessus de l’autre; *planum*, la clarté et la netteté, parce qu’on ne peut embrasser d’un seul regard qu’une plaine, où aucune hauteur n’arrête la vue.

2. *Æquor* et *planities*, la plaine par rapport à sa forme; campus, par rapport à sa position, comme pays bas par opposition aux hauteurs.

—Æquus animus, v. *Satis habere*. —Aer, v. *Anima*.

Ærarium. Fiscus. *Ærarium*, la caisse de l’état; *fiscus*, la cassette de l’empereur. Tac. Ann. VI, 2. Bona Sejani ablata *ærario*, ut in *fiscum* cogerentur; tanquam referret. Les richesses de Séjan retirées du trésor public entrèrent dans la cassette impériale, comme si cela eût tiré à conséquence.