De la démonialité des animaux incubes et succubes
Part 8
66. Notre mineure se démontre facilement par l'analyse. En effet, la passion appétitive du coït est une passion du sens; le chagrin, la tristesse, la colère, la fureur causés par le refus de coït sont des passions du sens, comme on le voit chez tous les animaux; la génération par le coït est évidemment une opération du sens. Or tout cela s'observe chez les Incubes, ainsi que nous l'avons prouvé plus haut: ils sollicitent les femmes, quelquefois même les hommes; éprouvent-ils un refus, ils s'attristent, se mettent en fureur, comme les amants: _amantes, amentes_; ils pratiquent parfaitement le coït, et engendrent quelquefois. Donc il faut conclure qu'ils sont doués de sens, et conséquemment qu'ils ont un corps; conséquemment aussi, qu'ils sont des animaux parfaits. Il y a plus: portes et fenêtres closes, ils entrent partout à leur fantaisie, donc leur corps est subtil; enfin ils connaissent et annoncent l'avenir, ils composent et ils divisent, toutes opérations qui sont le propre d'une âme raisonnable, donc ils sont doués d'une âme raisonnable, et ce sont bien, en réalité, des animaux raisonnables.
_Respondent communiter Doctores, quod malus Dæmon est ille qui tales impudicitias operatur, quod passiones, nempe amorem, tristitiamque simulat ex coitu denegato, ut animas ad peccandum alliciat, et eas perdat; et si coit, et generat, hoc est ex semine, et in corpore alieno, ut dictum fuit supra nº 24._
A cela les Docteurs répondent communément que ces actes impurs sont le fait du Malin Esprit: lui seul simule les passions, l'amour, le chagrin du refus de coït, afin de faire tomber les âmes dans le péché et de les perdre; et si parfois il pratique le coït, s'il engendre, c'est d'une semence et à l'aide d'un corps empruntés, comme il a été dit plus haut (nº 24).
_67. Sed contra Incubi nonnulli rem habent cum equis, equabus, aliisque etiam brutis, quæ si coitum adversentur, male ab ipsis tractantur, ut quotidiana constat experientia; sed in istis cessat ratio adducta, nempe quod fingat appetitum coitus, ut animas perdat, cum anima brutorum damnationis æternæ sit incapax. Præterea amoris et iræ passiones in ipso contrarios effectus reales producunt. Si enim aut mulier aut brutum amatum illis morem gerant, optime ab Incubis tractantur; viceversa pessime habentur, si ex denegato coitu irascantur et furant; et hoc firmatur quotidiana experientia; ergo in ipsis sunt veræ passiones sensus. Insuper mali Dæmones, ac incorporei, qui rem habent cum Sagis et Maleficis, ipsas cogunt ad eorum adorationem, ad denegandam Fidem Orthodoxam, ad maleficia et scelera enormia perpetranda tanquam pensum infamis coitus, ut supra nº 11. dictum fuit: nihil horum prætendunt Incubi, ergo mali Dæmones non sunt. Ulterius malus Dæmon, ut ex Peltano et Thyreo scribit Guaccius, _Compend. Malef._ lib. 1. c. 19. fol. 128., ad prolationem nominis Jesu aut Mariæ, ad formationem signi Crucis, ad approximationem sacrarum Reliquiarum, sive rerum benedictarum, et ad exorcismos, adjurationes, aut præcepta sacerdotum, aut fugit aut pavet, concutiturque, et stridet, ut conspicitur quotidie in energumenis, et constat ex tot historiis, quas recitat Guaccius, ex quibus habetur, quod in nocturnis ludis Sagarum facto ab aliquo assistentium signo Crucis, aut pronuntiato nomine Jesu, Diaboli et secum Sagæ omnes disparuerunt. Sed Incubi ad supradicta nec fugiunt, nec pavent, quandoque cachinnis exorcismos excipiunt, et quandoque ipsos Exorcistas cædunt, et sacras vestes discerpunt. Quod si mali Dæmones, utpote a D. N. J. C. domiti, ad ipsius nomen, Crucem, et res sacras pavent: boni autem Angeli eisdem rebus gaudent, non tamen homines ad peccata et Dei offensam sollicitant: Incubi vero sacra non timent, et ad peccata provocant, convincitur ipsos nec malos Dæmones, nec bonos Angelos esse; sed patet, quod nec homines sunt, cum tamen ratione utantur. Quid ergo erunt? Si in termino sunt, et simplices spiritus sunt, erunt aut damnati aut beati: non enim in bona Theologia dantur puri spiritus viatores. Si damnati, nomen et Crucem Christi revererentur; si beati, homines ad peccandum non provocarent; ergo aliud erunt a puris spiritibus; et sic erunt corporati, et viatores._
67. Mais répliquons-nous, il y a des Incubes qui s'attaquent à des chevaux, à des juments ou à d'autres bêtes, et qui, s'ils les trouvent rebelles à leur passion, les maltraitent, comme cela se voit tous les jours: là, pourtant, il n'est plus possible d'avancer que le Démon simule le désir du coït afin de perdre les âmes, puisque les âmes des brutes ne sont pas sujettes à damnation éternelle. De plus, l'amour et la colère produisent chez eux des effets entièrement opposés. Si, en effet, la femme ou l'animal aimé cèdent à leurs caprices, ces Incubes les traitent parfaitement; au contraire, il n'est pas de sévices qu'ils ne leur fassent subir sous l'impression de la colère, de la fureur causée par le refus de coït: l'expérience de chaque jour le démontre assez. Donc ces Incubes ont réellement les passions du sens. En outre, les Malins Esprits, les Démons incorporels qui ont affaire aux Sorcières et aux Possédées, les contraignent à les adorer, à renier la Foi Orthodoxe, à commettre des maléfices et des crimes énormes, le tout comme condition de l'infâme coït, ainsi qu'il a été dit ci-dessus (nº 11): or les Incubes n'exigent rien de pareil, donc ce ne sont pas de Malins Esprits. Enfin, pour mettre en fuite le mauvais Démon, pour le faire trembler et frémir, il suffit, comme l'écrit Guaccius, du nom de Jésus ou de Marie, du signe de la Croix, de l'approche des saintes reliques ou des objets bénits, des exorcismes, adjurations ou injonctions des prêtres; c'est ce qu'on voit tous les jours dans le cas des énergumènes, et Guaccius en rapporte maints exemples tirés des jeux nocturnes des Sorcières, où, au signe de la Croix formé par l'un des assistants, au nom de Jésus simplement prononcé, Diables et Sorcières disparaissent tous ensemble. Les Incubes, au contraire, soumis à ces épreuves, ne prennent nullement la fuite, ne manifestent aucune frayeur; parfois même c'est par des ricanements qu'ils accueillent les exorcismes; il y en a qui battent les Exorcistes eux-mêmes et déchirent les vêtements sacrés. Or, si les mauvais Démons, subjugués par Notre-Seigneur Jésus-Christ, tremblent d'effroi au bruit de son nom, à la vue de la Croix et des objets sacrés; si, d'autre part, les bons Anges se réjouissent des mêmes choses, sans cependant exciter les hommes à pécher et à offenser Dieu, tandis que les Incubes, tout en n'ayant aucune peur des choses sacrées, provoquent au péché: il est clair que ces Incubes ne sont ni de mauvais Démons, ni de bons Anges; il est clair également que ce ne sont pas des hommes, encore qu'ils soient doués de raison. Que seront-ils donc? Si on les suppose arrivés au terme, et de purs esprits, ils seront damnés ou bienheureux, car, en bonne Théologie, il n'y a pas de purs esprits en voie de salut. Damnés, ils auraient en révération le nom et la Croix du Christ; bienheureux, ils ne provoqueraient pas les hommes au péché; donc ils seront autre chose que de purs esprits, et, par conséquent, ils auront un corps, et seront dans la voie du salut.
_68. Præterea agens materiale non potest agere nisi in passum similiter materiale; tritum siquidem est axioma philosophorum, quod agens, et patiens debent communicare in subjecto; nec id quod materiatum est, potest agere in rem pure spiritualem. Dantur autem agentia naturalia, quæ agunt contra hujusmodi Dæmones Incubos; sequitur igitur quod isti materiati, seu corporei sunt. Minor probatur ex iis quæ scribunt Dioscorides, l. 2. c. 168. et l. 1. c. 100., Plinius, lib. 15. c. 4., Aristoteles, _Probl. 34._, et Apuleius, _l. De Virtute Herbarum_, apud Guaccium, _Comp. Malef._, l. 3. c. 13. fol. 316., et confirmatur experientia, nempe de pluribus herbis, lapidibus ac animalibus, quæ Dæmones depellunt, ut ruta, hypericon, verbena, scordium, palma Christi, centaureum, adamas, corallium, gagates, jaspis, pellis capitis lupi aut asini, menstruum muliebre, et centum alia; unde habetur 26, q. 7. cap. final.: _Dæmonium sustinenti liceat petras, vel herbas habere sine incantatione_. Ex quo habetur, petras aut herbas posse sua vi naturali Dæmonis vires compescere, aliter Canon hoc non permitteret, sed ut superstitiosum vetaret. Et de hoc luculentum exemplum habemus in Sacra Scriptura, ubi Angelus Raphael dixit Tobiæ, c. 6. v. 8.: _cordis ejus_ (nempe piscis, quem a Tigri attraxerat) _particulam, si super carbones ponas, fumus ejus extricat omne genus Dæmoniorum_. Et ejus virtutem experientia comprobavit: nam incenso jecore piscis, fugatus est Incubus, qui Saram deperiebat._
68. Observons aussi qu'un agent matériel ne peut agir que sur un passif également matériel. C'est, en effet, un axiome philosophique bien connu, que l'agent et le patient doivent avoir un sujet commun: ce qui est purement matière ne peut agir sur un objet purement spirituel. Or, il y a des agents naturels qui agissent contre les Démons Incubes en question; il s'ensuit donc que ces Incubes sont matériels, ou corporels. Notre mineure est prouvée par les témoignages de Dioscoride, de Pline, d'Aristote et d'Apulée, cités par Guaccius, _Comp. Malef._, l. 3, chap. 13, fol. 316; elle est confirmée par la connaissance que nous avons de plusieurs herbes, pierres et substances animales qui ont la vertu de chasser les Démons, comme la rue, le mille-pertuis, la verveine, la germandrée, le palma-christi, la centaurée, le diamant, le corail, le jais, le jaspe, la peau de la tête du loup ou de l'âne, les menstrues des femmes et cent autres: pour quoi il est écrit: _A celui qui soutient l'assaut du Démon, il est permis d'avoir des pierres, ou des herbes, mais sans recourir aux enchantements_. D'où il résulte que les pierres ou les herbes peuvent, par leur vertu naturelle, maîtriser l'effort du Démon: autrement le Canon susvisé n'en permettrait pas l'emploi, et l'interdirait au contraire comme superstitieux. Un exemple éclatant de ce fait est celui que nous trouvons dans la Sainte Écriture, où l'Ange Raphaël dit à Tobie, ch. 6, v. 8, en parlant du poisson qu'il avait péché dans le Tigre: «_Si tu jettes sur des charbons une parcelle de son foie, la fumée fera fuir toute espèce de Démons._» L'expérience démontra la vérité de ces paroles, car le foie du poisson ne fut pas plus tôt livré au feu, que l'Incube amoureux de Sara prit la fuite et disparut pour ne plus revenir.
_69. Respondent ad hæc communiter Theologi, quod talia agentia naturalia inchoative tantum fugant Dæmonem, completive autem vis supernaturalis Dei aut Angeli, ita ut virtus supernaturalis sit causa primaria, directa, et principalis, naturalis autem secondaria, indirecta, et minus principalis. Unde ab probationem, quæ supra adducta est de Dæmone fugato a fumo jecoris piscis incensi a Tobia, respondet Vallesius, _De Sac. Philosoph._, c. 28., quod tali fumo indita fuit a Deo vis supernaturalis fugandi Incubum, sicut igni materiali Inferni data est virtus torquendi Dæmones et animas Damnatorum. Ad eamdem autem probationem respondet Lyranus, et Cornelius ad c. 6. Tob. v. 8., Abulentis in 1. Reg. c. 16. q. 46., Pererius in _Daniel._, pag. 272., apud Cornel. _loc. cit._, fumum cordis piscis expulisse Dæmonem inchoate vi naturali, sed complete vi angelica et cœlesti: naturali autem impediendo actionem Dæmonis per dispositionem contrariam, quia hic agit per naturales causas et humores, quorum qualitates expugnantur a qualitatibus contrariis rerum naturalium, quæ dicuntur Dæmones fugare; et in eadem sententia sunt omnes loquentes de arte exorcista._
69. A cela les Théologiens répondent d'ordinaire que ces agents naturels chassent bien le Démon, mais seulement inchoativement, et que l'effet complétif est dû à la force surnaturelle de Dieu ou de l'Ange: de telle sorte que la force surnaturelle est la cause première, directe et principale, la force naturelle n'étant que secondaire, indirecte et subordonnée. Ainsi, pour expliquer comment la fumée du foie de ce poisson brûlé par Tobie put mettre le Démon en fuite, Vallesius allègue que cette fumée avait reçu de Dieu le pouvoir surnaturel de chasser l'Incube, de même que le feu matériel de l'Enfer a le pouvoir de torturer les Démons et les âmes des Damnés. D'autres, comme Lyranus et Cornelius, enseignent que la fumée du cœur du poisson a chassé le Démon inchoativement par vertu naturelle, mais complétivement par vertu angélique et céleste: par vertu naturelle, en opposant à l'action du Démon une action contraire, car l'Esprit Malin met en œuvre des causes et des humeurs naturelles, dont les qualités sont combattues par les qualités contraires de choses naturelles que l'on sait capables de chasser les Démons; et cette opinion est partagée par tous les auteurs qui traitent de l'art des exorcismes.
_70. Sed hæc responsio, que tamen validas habet instantias, ad plus quadrare potest contra malos Dæmones obsidentes corpora, aut per maleficia inferentes ipsis ægritudines, aut alia incommoda, sed nullo modo facit ad propositum de Incubis: siquidem isti nec corpora obsident, nec ipsis officiunt per ægritudines habituales, sed ad plus ictibus et percussionibus torquent. Quod si equas coitum adversantes macras reddunt, hoc faciunt subducendo illis cibum, et hoc modo macrescere, et tandem interire eas faciunt. Ad hæc autem patranda non eget Incubus alicujus rei naturalis applicatione (qua tamen eget malus Dæmon inferens ægritudinem habitualem), ea enim potest ex sua vi organica naturali. Pariter Dæmon malus plerumque obsidet corpora, et infert ægritudines ad signa cum ipso conventa et posita a Saga aut Malefico, quæ signa multoties res naturales sunt, præditæ vi nativa nocendi, quibus naturaliter resistunt alia pariter naturalia contrariæ virtutis. Incubus vero non sic; quia ex se, et nulla concurrente aut Saga aut Malefico, suas vexationes infert. Præterea res naturales fugantes Incubos suam virtutem exercent, ac effectum sortiuntur absque interventu alicujus exorcismi aut sacræ benedictionis; ut proinde dici non possit, quod fuga Incubi inchoative sit a virtute naturali, completive autem a vi divina, quia ibi nulla particularis intervenit divini nominis invocatio, sed est purus effectus rei naturalis, ad quem non concurrit Deus, nisi concursu universali, tanquam auctor naturæ, et causa universalis, et prima in ordine efficientium._
70. Mais cette explication, si plausibles que soient les faits sur lesquels elle se fonde, peut tout au plus être admise à l'égard des Esprits Malins qui obsèdent les corps ou, au moyen de maléfices, leur communiquent des maladies ou autres infirmités. En ce qui est des Incubes, elle manque absolument de portée. Ceux-ci, en effet, n'obsèdent pas les corps; ils ne leur communiquent pas de maladies, et leur méchanceté se borne à des coups, à des mauvais traitements. S'ils font maigrir les juments qui se refusent au coït, c'est en leur enlevant leur nourriture, par suite de quoi elles dépérissent et finissent par mourir. Pour ce faire, l'Incube n'a pas besoin d'employer un agent naturel, comme l'Esprit Malin lorsqu'il veut communiquer une maladie: il lui suffit d'exercer sa force organique naturelle. De même, quand l'Esprit Malin obsède les corps et leur communique des maladies, c'est le plus souvent à l'aide de signes convenus avec lui et disposés par une sorcière ou un sorcier, lesquels signes sont généralement des choses naturelles, ayant en elles-mêmes vertu de nuire, auxquelles on oppose naturellement d'autres choses également naturelles et douées de vertu contraire. L'Incube, lui, procède différemment: c'est de lui-même, et sans le concours d'aucun sorcier ou sorcière, qu'il inflige les mauvais traitements. En outre, les choses naturelles qui mettent les Incubes en fuite, exercent leur vertu et produisent ce résultat sans l'intervention d'aucun exorcisme ou bénédiction; on ne saurait dire par conséquent que l'Incube soit chassé inchoativement par vertu naturelle et complétivement par force divine, puisqu'il n'y a ici aucune invocation du nom divin, mais effet pur et simple d'une chose naturelle, auquel Dieu ne concourt qu'à titre d'agent universel, comme auteur de la nature, cause universelle et première dans l'ordre des efficientes.
_71. Duas circa hoc historias do, quarum primam habui a Confessario Monialium, viro gravi, ac fide dignissimo. Alterius vero sum testis oculatus._
71. Voici à ce sujet deux histoires: je tiens la première d'un Confesseur de Nonnes, homme grave et très-digne de foi; quant à la seconde, j'en suis témoin oculaire.
_In quodam Sanctimonalium monasterio degebat ad educationem Virgo quædam nobilis tentata ab Incubo, qui diu noctuque ipsi apparebat, ipsam ad coitum sollicitando eniximis precibus, tamquam amasius præ amore dementatus; ipsa tamen semper restitit tentanti gratia Dei, ac sacramentorum frequentia roborata. Incassum abiere plures devotiones, jejunia et vota facta a puella vexata, exorcismi, benedictiones, et præcepta ab exorcistis facta Incubo, ut desisteret a molestia illa; nec quidquam proficiebatur multitudo reliquiarum, aliarumque rerum benedictarum disposita in camera virginis tentatæ, nec benedictæ candelæ noctu ibidem ardentes impediebant, quominus juxta consuetum appareret ad tentandum in forma speciosissimi juvenis. Consultas inter alios viros doctos fuit quidam Theologus magnæ eruditionis: iste advertens virginem tentatam esse temperamenti phlegmatici a toto, conjectavit Incubum esse dæmonem aqueum (dantur enim ut scribit Guaccius, _Comp. Malefic._ l. 1. c. 19. fol. 129., Dæmones ignei, ærei, phlegmatici, terrei, subterranei, et lucifugi), et consuluit quod in camera virginis tentatæ continue fieret suffimentum vaporosum sequens. Requirunt ollam novam figulinam vitreatam; in hac ponitur calami aromatici, cubebarum seminis, aristolochiæ utriusque radicum, cardamomi majoris et minoris, gingiberis, piperis longi, caryophyllorum, cinnamomi, canellæ caryophyllatæ, macis, nucum myristicarum, styracis calamitæ, benzoini, ligni ac radicis rodiæ, ligni aloes, triasantalorum una uncia, semiaquæ vitæ libræ tres; ponitur olla supra cineres calidas ut vapor suffimenti ascendat, et cella clausa tenetur. Facto suffimento advenit denuo Incubus, sed ingredi cellam nunquam ausus est: sed si tentata extra eam ibat, et per viridarium ac claustra spatiabatur, aliis invisibilis sibi visus apparebat Incubus, et puellæ collo injectis brachiis violenter, ac quasi furtive oscula rapiebat: quod molestissimum honestæ virgini erat. Consultus denuo Theologus ille ordinavit puellæ, ut deferret pixidulas unguentarias exquisitorum odorum, ut moschi, ambræ, zibetti, balsami Peruviani, ac aliorum compositorum; quod cum fecisset, deambulanti per viridarium puellæ apparuit Incubus faci minaci, ac furenti; non tamen ad illam approximavit, sed digitum sibi momordit tanquam meditans vindictam; tandem disparuit, nec amplius ab ea visus fuit._
Dans un monastère de saintes Religieuses vivait comme pensionnaire une jeune vierge de noble famille, laquelle était tentée par un Incube qui lui apparaissait jour et nuit, et, avec les plus instantes prières, avec les allures de l'amant le plus passionné, la sollicitait sans cesse au péché: elle cependant, soutenue par la grâce de Dieu et la fréquentation des sacrements, demeurait ferme dans sa résistance. Mais malgré toutes ses dévotions, ses jeûnes, ses vœux; malgré les exorcismes, les bénédictions, les injonctions faites par les exorcistes à l'Incube de renoncer à ses persécutions; en dépit de la multitude de reliques et autres objets sacrés accumulés dans la chambre de la jeune fille, des flambeaux ardents qu'on y entretenait toute la nuit, l'Incube n'en persistait pas moins à lui apparaître comme de coutume sous la forme d'un très-beau jeune homme. Enfin, parmi les doctes personnages consultés à ce propos, se trouva un Théologien d'une grande érudition: lequel, observant que la jeune fille tentée était d'un tempérament tout à fait flegmatique, conjectura que cet Incube devait être un démon aqueux (il y a en effet, comme en témoigne Guaccius, des démons ignés, aériens, flegmatiques, terrestres, souterrains, ennemis du jour), et ordonna qu'on fît immédiatement dans la chambre de la jeune fille une fumigation de vapeur. On apporte en conséquence une marmite neuve en terre transparente; on y met une once de canne aromatique, de poivre cubèbe, de racines d'aristoloche des deux espèces, de cardamome grand et petit, de gingembre, de poivre long, de caryophylles, de cinnamome, de canelle caryophyllée, de macis, de noix muscades, de storax calamite, de benjoin, de bois d'aloès, et de trisanthes, le tout dans trois livres d'eau-de-vie demi-pure; on place la marmite sur des cendres chaudes, afin de faire monter la vapeur fumigante, et l'on tient la chambre close. La fumigation faite arrive l'Incube, mais qui, cette fois, n'osa jamais pénétrer dans la chambre; seulement, si la jeune fille en sortait pour se promener dans le jardin ou dans le cloître, il lui apparaissait aussitôt tout en restant invisible aux autres, et lui jetant ses bras autour du cou, lui dérobait ou plutôt lui arrachait des baisers, ce qui faisait cruellement souffrir cette honnête pucelle. Enfin, après nouvelle consultation, notre Théologien ordonna à la jeune fille de porter sur elle de petites boulettes composées de parfums exquis, tels que musc, ambre, civette, baume du Pérou et autres. Ainsi munie, elle s'en alla se promener dans le jardin où sur-le-champ lui apparut l'Incube, furieux et menaçant; toutefois il n'osa point l'approcher, et après s'être mordillé le doigt, comme s'il méditait une vengeance, il disparut pour ne plus revenir.