De la démonialité des animaux incubes et succubes
Part 7
_58. Respondeo, quod ex quo corpora ipsorum, quamvis tenuia, essent materiata, essent quidem corruptioni obnoxia; et ex consequenti possent pati ab agentibus contrariis, et ita ægrotare, puta, aut simpliciter, aut nisi ægre, perverse, aut vitiose præstare non posse munera, ad quæ eorum organa essent ordinata; in hoc siquidem consistit animalium quorumdam ægritudo quævis: ut resolutive docet præstantissimus Michael Ettmullerus, _Physiol._ c. 5., thes. 1. Verum est, quod ex eo, quod tantam materiæ crassitatem non haberent, et forte ex tot elementorum mixtione eorum corpus non constaret, et minus compositum esset, quam humanum, non tam facile paterentur a contrariis, et consequenter non tot ægritudinibus velut homines essent obnoxia, et longiorem, etiam homine, vitam ducerent: quo enim perfectius est animal, a tota specie, etiam cæteris, diutius vivit, ut patet de specie humana, cujus vita longior cæteris animalibus est. Nec enim admitto sæcularem vitam cornicum, cervorum, corvorum, et similium, de quibus more suo fabulatur Plinius, et ejus somnia sine prævia discussione secuti sunt cæteri: quandoquidem nullus est, qui talium animalium natale et interitum fideliter adnotaverit, ut pari modo de eo scripserit; sed insolitam diu fabulam quisque secutus est; sicut etiam illud, quod de Phœnice dicitur, quod ut quid fabulosum, circa ejus vitæ spatium recenset Tacitus, l. 6. _Annal._ Inferendum subinde esset quod illorum animalium vita etiam humana deberet esse diuturnior: ut enim infra dicemus, illa essent homine nobiliora, consequenter dicendum esset, quod essent obnoxia cæteris corporeis pathematis, et quiete, et cibo indigerent, quale diximus supra nº 50. Quia vero rationalia, et proinde disciplinabilia essent, ex consequenti etiam capacia ignorantiæ, si eorum ingenia non essent exculta studiis, et disciplina, et inter ea pro intellectus eorum majori, et minori acumine essent aliqua magis, aliqua minus in scientiis excellentia: universaliter vero, et a tota specie essent homine doctiora, non ob eorum corpoream subtilitatem, tum forte, ob majorem spirituum activitatem, tum ob diuturniorem vitæ durationem, in qua plura, quam homines discere possent, quas causas assignat D. Augustinus, lib. de _Divin. Dæm._ c. 3. init. tom. 3., et lib. de _Spir. et Anima_, c. 37., pro futurorum prænotione in Dæmonibus. Ab agentibus autem naturalibus pati quidem possent, ac difficulter occidi ratione velocitatis, qua possunt se subtrahere a nocentibus; quapropter, nec a brutis, nec ab homine armis naturalibus, seu artificialibus nisi maxima difficultate possent occidi, aut mutilari, et maxima eorumdem velocitate in declinando contrarium impetum. Possent vero in somno, aut in non advertentia occidi, et mutilari a corpore solido, ut ense vibrato ab homine, aut lapide delapso per ruinam, quia eorum corpus licet tenue, tamen et quantum, et divisibile esset, velut ær qui ferro, fuste, aut alio corpore solido dividitur quamvis tenuis sit. Eorum autem spiritus impartibilis esset, et ceu anima hominis totus in toto, et totus in quavis corporis parte. Hinc fieret quod diviso corpore ipsorum, ut præfertur, per aliud corpus, sequi posset mutilatio, et proinde etiam mors: non enim fieri posset ut diviso corpore idem spiritus utramque partem informaret, cum ipse indivisibilis esset. Verum est quod sicut partes æris divisæ, per intermedium corpus, hoc sublato iterum uniuntur, et evadit idem ær, possent pariter partes corporis divisæ, ut supra ponitur, reuniri, et ab eodem spiritu revivificari. Sed hoc modo nequirent talia animalia ab agentibus naturalibus, aut artificialibus occidi: sed rationabilior esset prima positio; ex hoc enim, quod communicarent cum cæteris in materia, æquum est, ut a cæteris, etiam usque ad eorum interitum pati possent, ut fit cum cæteris._
58. Je réponds: Du moment que leurs corps, quoique subtils, seraient matériels, ils seraient par cela même sujets à corruption; conséquemment, ils pourraient souffrir des agents contraires et, par suite, être malades, c'est-à-dire que leurs organes se refuseraient à remplir, ou ne rempliraient qu'avec peine et imparfaitement les fonctions qui leur seraient assignées, car c'est en cela que consiste toute maladie quelconque chez certains animaux, comme l'enseigne doctoralement le très-illustre Michel Ettmuller, _Physiologie_, c. 5, thèse 1. A la vérité, comme la matière de leur corps serait moins épaisse que celle du corps humain, comme elle serait formée de moins d'éléments mêlés ensemble, partant moins composite, ils ne souffriraient pas aussi aisément de l'action des contraires, ils seraient donc moins sujets que l'homme aux maladies, et leur vie serait aussi plus longue: car, plus l'animal est parfait, pris dans son espèce, plus il vit longtemps, témoin l'espèce humaine, dont l'existence est plus longue que celle des autres animaux. Je n'admets pas, en effet, la vie séculaire des corneilles, des cerfs, des corbeaux et autres semblables, dont Pline nous conte des fables à sa manière; et, quoique ses rêveries aient été reproduites, sans examen préalable, par divers auteurs, il n'en est pas moins certain que personne, pour écrire ainsi, n'a exactement pris note de la naissance et de la mort de ces créatures: on s'est contenté d'adopter la fable courante, comme on l'a fait à l'égard du Phénix, dont la longévité est traitée de conte par Tacite, _Annales_, l. 6. Il faudrait donc inférer que les animaux dont nous parlons surpasseraient l'homme lui-même en longévité; car, ainsi que nous le dirons plus bas, ils seraient plus nobles que l'homme; conséquemment aussi, ils seraient sujets aux autres affections corporelles, et auraient besoin de repos et de nourriture comme nous l'avons dit au nº 50. Maintenant, en leur qualité d'êtres raisonnables et, par suite, éducables, ils pourraient aussi rester ignorants si leurs esprits n'étaient pas cultivés par l'étude et la discipline, et il s'en trouverait parmi eux de plus ou moins versés dans les sciences, de plus ou moins habiles, suivant que leur intelligence aurait été plus ou moins exercée. Toutefois, à les prendre en général et dans l'universalité de leur espèce, ils seraient plus instruits que l'homme, non à cause de la subtilité de leur corps, mais peut-être soit parce que leur esprit serait plus actif, soit parce que leur vie serait plus longue et leur permettrait d'apprendre plus de choses que les hommes: telles sont effectivement les causes assignées par Saint Augustin (_Divin. Démon._, ch. 3, et de _l'Esprit et de l'Ame_, ch. 37), à la prescience des choses futures chez les Démons. Il pourraient, d'ailleurs, souffrir par le fait d'agents naturels, mais difficilement être tués, à cause de la vitesse avec laquelle ils échappent au danger; aussi paraît-il à peine concevable qu'ils puissent être tués ou mutilés par les bêtes ou par l'homme, au moyen d'armes naturelles ou artificielles, tant ils sont prompts à éviter le coup qui les menace. Cependant, ils pourraient être tués ou mutilés pendant leur sommeil, ou dans un moment d'inadvertance, au moyen d'un corps solide, tel qu'une épée vibrée par un homme ou une pierre lancée avec force; car, quoique subtil, leur corps serait divisible, comme l'air qui, tout vaporeux qu'il soit, est cependant divisé par une épée, un bâton, ou quelque autre corps solide. Quant à leur esprit, il serait indivisible et, comme l'âme humaine, tout entier dans tout et dans chaque partie du corps. Conséquemment, la division de leur corps effectuée, comme il est dit ci-dessus, par un autre corps, peut causer une mutilation et même la mort, car il ne serait pas possible à l'esprit, qui est lui-même indivisible, d'animer l'une et l'autre partie d'un corps divisé. Sans doute, de même que les parties de l'air, divisées par l'intermédiaire d'un corps, se réunissent aussitôt ce corps retiré, pour former le même air qu'auparavant; de même les parties du corps divisé, comme il est dit plus haut, pourraient se réunir et revivre avec le même esprit. Mais, de cette manière, il faudrait conclure que nos animaux ne pourraient être tués par des agents naturels ou artificiels: il serait plus raisonnable de nous en tenir à notre première position; car, du moment qu'ils seraient communs en matière avec les autres créatures, il est naturel qu'ils soient exposés à souffrir du fait de ces créatures, suivant la loi commune, et jusqu'à la mort même.
_59. Sexta interrogatio est, an ipsorum corpora possent alia corpora penetrare, ut parietes, ligna, metalla, vitrum, etc., et an multa ipsorum possent in eodem loco materiali consistere, et ad quantum spatium extenderetur, seu restringeretur eorum corpus?_
59. Sixième question: Leur corps pourrait-il pénétrer d'autres corps, comme les murs, le bois, les métaux, le verre, etc.? Pourraient-ils résider en grand nombre dans un même lieu matériel, et à quel espace s'étendrait ou se restreindrait leur corps?
_60. Respondeo, quod cum in omnibus corporibus quantumvis compactis dentur pori, ut ad sensum patet in metallis, de quibus major esset ratio, quod in ipsis non darentur pori: microscopio perfecte elaborato discernuntur pori metallorum, cum suis diversis figuris, utique possent per poros insinuari quibusvis corporibus, et hoc modo ista penetrare, quantumvis tales pori penetrari non possent ab alio liquore, aut spiritu materiali, aut vini, salis ammoniaci, aut similium, quia longe tenuiora essent istis liquoribus illorum corpora. Quamvis autem plures Angeli possint esse in eodem loco materiali, et etiam restringi ad locum minorem minore non tamen in infinitum, ut probat Scotus in 2. dist. 2. q. 6. § _Ad proposi._ et quæst. 8., per totum, hoc tamen concedendum non esset de corporibus talium animalium; tum quia corpora ipsa essent quanta, et eorum dimensio non esset reciproce penetrabilis; tum quia si duo corpora gloriosa non possunt esse in eodem loco, quamvis possint simul esse gloriosum, et non gloriosum, ut voluit Gotofredus de Fontibus, quodlibet 6. q. 5., a quo non discordat Scotus in 2. distinct. 2. q. 8. in fine; multo minus possent simul esse istorum corpora, quæ, licet subtilia, non tamen æquarent subtilitatem corporis gloriosi. Quo autem ad extensionem, et restrictionem dicendum esset, quod sicut ex rarefactione, et condensatione majus, aut minus spatium occupatur ab ære, qui etiam arte potest constringi, ut in minori loco contineatur, quam sit suæ quantitati naturaliter debitus, ut patet in magnis pilis lusoriis, quæ per fistulam seu tubum inflatorium inflantur: in his siquidem ær violenter immittitur, et constringitur, et ejus major ibi continetur quantitas, quam naturalis pilæ capacitas exigat; ita pariformiter talia corpora ex ipsorum naturali virtute possent ad majus spatium non tamen excedens eorumdem quantitatem, extendi: ut pariter etiam restringi, non tamen circa determinatum locum suæ quantitati debitum. Et quia ipsorum nonnulla prout etiam in hominibus est, essent magna, et nonnulla parva, congruum esset, ut magna possent plus extendi, quam parva et hæc ad minorem locum restringi, quam magna._
60. Je réponds: Tous les corps, si compactes qu'ils soient, ont des pores, témoin les métaux qui, plus que tous les autres, sembleraient devoir en être privés; en effet, à l'aide d'un microscope parfaitement organisé, on discerne les pores des métaux, avec leurs différentes figures. Or, ces animaux pourraient s'insinuer par les pores dans d'autres corps quelconques et ainsi les pénétrer, encore bien que ces mêmes pores soient impénétrables à des liqueurs ou esprits matériels, de vin, de sel ammoniac ou autres semblables, parce que leurs corps seraient de beaucoup plus subtils que ces liqueurs. Cependant, quoique plusieurs Anges puissent résider dans un même lieu matériel, et même se resserrer dans un espace de plus en plus étroit, non toutefois jusqu'à l'infini, comme le prouve Scott, il serait téméraire d'accorder la même faculté aux corps des animaux dont il s'agit; leurs corps, en effet, sont déterminés en substance, impénétrables l'un à l'autre; et si deux corps glorieux ne peuvent être dans un même lieu, bien qu'un glorieux et un non glorieux puissent s'y trouver ensemble, comme le veulent certains docteurs, bien moins encore le pourraient les corps de ces animaux, subtils sans doute, mais non jusqu'à égaler la subtilité du corps glorieux. En ce qui regarde leur pouvoir d'extension ou de compression, nous prendrions exemple de l'air, qui, raréfié et condensé, occupe un espace plus ou moins grand, et peut même, par des moyens artificiels, être resserré au point de tenir dans un espace plus étroit que son volume naturel ne l'exigerait; c'est en effet ce qu'on voit dans ces ballons qu'on enfle pour s'amuser, au moyen d'un chalumeau ou d'un tube: l'air y est introduit et comprimé violemment, et le ballon en contient une quantité plus grande que sa capacité naturelle ne l'exigerait. Tout pareillement, les corps des animaux dont il s'agit pourraient, par leur vertu naturelle, s'étendre à un espace plus grand, mais qui n'excéderait pas cependant leur propre substance; ils pourraient aussi se comprimer, mais non en deçà de l'espace déterminé exigé par cette même substance. Et comme parmi eux, de même que parmi les hommes, il y en aurait de grands et de petits, il serait naturel que les grands pussent s'étendre plus que les petits, et ceux-ci se comprimer plus que les grands.
_61. Septima interrogatio est, an hujusmodi animalia in peccato originali nascerentur, et a Christo Domino fuissent redempta; an ipsis conferretur gratia, et per quæ sacramenta; sub qua lege viverent, et an Beatitudinis, et Damnationis essent capacia?_
61. Septième question: Ces animaux naîtraient-ils dans le péché originel, et auraient-ils été rachetés par le Seigneur Christ? La grâce leur serait-elle conférée, et par quels sacrements? Sous quelle loi vivraient-ils, et seraient-ils capables de Béatitude et de Damnation?
_62. Respondeo, quod articulus Fidei est, quod Christus Dominus pro universa creatura rationali gratiam, et gloriam meruit. Pariter articulus Fidei est, quod Creaturæ rationali gloria non confertur nisi præcedat in ea gratia, quæ est dispositio ad gloriam. Similis articulus est quod gloria non confertur nisi per merita. Hæc vero fundantur in observantia perfecta mandatorum Dei adimpleta per gratiam. Ex his satis fit positis interrogationibus. Incertum est an tales Creaturæ originaliter peccavissent, necne. Certum tamen est, quod si ipsarum Prothoparens peccasset, sicut peccavit Adam, ipsius descendentes in peccato originali nascerentur, quemadmodum nascuntur homines. Et quia Deus nunquam reliquit Creaturam rationalem sine remedio, dum ipsa est in via; si hujusmodi creaturæ in peccato originali, aut actuali inficerentur, Deus providisset illis de remedio, sed quale sit, an fecisset, noverit Deus, noverint ipsæ. Hoc certum est si inter ipsas essent eadem, aut alia Sacramenta, ac sunt in Ecclesia humana militanti, ipsa habuissent, et institutionem, et efficaciam a meritis Jesu Christi, qui omnium creaturarum rationalium Redemptor, et Satisfactor universalis est. Convenientissimum pariter, immo necessarium esset quod sub aliqua lege a Deo sibi data viverent, ut per ipsius observantiam possent sibi beatitudinem mereri; quænam autem lex fuisset, an naturalis tantum, aut scripta, Mosaica, aut Evangelica, aut alia ab his omnibus differens, prout Deo placuisset, hoc nobis incognitum. Quoquomodo autem fuisset, nulla resultaret repugnantia possibilitatem talium creaturarum excludens._
62. Je réponds: C'est un article de foi, que le Christ a mérité la grâce et la gloire pour toute créature raisonnable. C'est encore un article de foi, que la gloire n'est conférée à la créature raisonnable qu'autant qu'elle a d'abord été dotée de la grâce, qui est la disposition à la gloire. Un autre article, c'est que la gloire n'est conférée que par les mérites. Or ces mérites ont leur fondement dans l'observance parfaite des commandements de Dieu, accomplie par la grâce. Les questions ci-dessus posées se trouvent ainsi résolues. Maintenant, ces créatures ont-elles péché originellement ou non, je ne saurais l'affirmer. Il est certain, toutefois, que si leur premier Père avait péché, comme a péché Adam, ses descendants naîtraient dans le péché originel, comme y naissent les hommes. Et comme Dieu ne laisse jamais sans remède la créature raisonnable, aussi longtemps qu'elle est dans la voie, si les créatures en question étaient entachées du péché, soit originel, soit actuel, Dieu les aurait pourvues d'un remède; mais est-ce le cas et de quelle sorte est ce remède, ceci est leur secret, à Lui et à elles. Assurément, si elles disposaient de Sacrements identiques ou analogues à ceux en usage dans l'Église humaine militante, elles en devraient l'institution et l'efficacité aux mérites de Jésus-Christ, qui est le Rédempteur et Sauveur universel de toutes les créatures raisonnables. Il serait également convenable, nécessaire même, d'admettre qu'elles vivraient sous quelque loi à elles donnée par Dieu, et dont l'observance leur pourrait mériter la béatitude; mais quelle serait cette loi, naturelle seulement ou écrite, Mosaïque ou Évangélique, ou entièrement distincte et spécialement instituée par Dieu, ceci nous est inconnu. Quelle qu'elle fût cependant, il n'en résulterait aucune objection contre l'existence de ces créatures.
_63. Unicum porro argumentum, et quidem satis debile post longam meditationem mihi subit contra talium creaturarum possibilitatem: et est quod si tales creaturæ in Mundo existerent, de ipsis notitia aliqua tradita fuisset a Philosophis, Sacra Scriptura, Traditione Ecclesiastica, aut Sanctis Patribus; quod cum non fuerit, tales creaturas minime possibiles esse concludendum est._
63. Le seul argument, et encore assez faible, qu'une longue méditation me suggère contre la possibilité de ces créatures, c'est que, s'il en existait réellement dans le Monde, nous les trouverions mentionnées quelque part dans les Philosophes, la Sainte Écriture, la Tradition Ecclésiastique ou les Saints Pères: pareille mention n'existant pas, il faudrait conclure à l'impossibilité absolue de ces créatures.
_64. Sed hoc argumentum, quod revera magis pulsat existentiam, quam possibilitatem illarum, facili negotio solvitur ex iis quæ præmissimus supra nº 41. et 42. Argumentum enim ab auctoritate negativa non tenet. Præterquam quod falsum est, quod de illis notitiam non tradiderint tum Philosophi, tum Scriptura, tum Patres. Plato siquidem, ut refert Apuleius _de Deo Socratis_ et Plutarchus _de Isid._ apud Baronem, _Scot. Defens._, tom. 9. _Apparat._ p. 1. fol. 2., voluit Dæmones esse animalia genere, animo passiva, mente rationalia, corpore ærea, tempore æterna: creaturasque istas nomine _Dæmonum_ intitulavit; quod tamen nomen non male sonat ex se: importat enim _plenum sapientia_; unde cum Diabolum (Angelum nempe malum) volunt auctores exprimere, non simpliciter Dæmonem, sed _Cacodæmonem_ vocant: sicut _Eudæmonem_, quando bonum Angelum volunt intelligi. Similiter in Scriptura Sacra et Patribus, de dictis creaturis habetur mentio, et de hoc infra dicemus._
64. Mais cet argument qui, en réalité, attaque plutôt leur existence que leur possibilité, se résout facilement par les prémisses que nous avons posées ci-dessus, nºs 41 et 42. En effet, un argument ne peut valoir par autorité négative. Ensuite, il est faux que ni les Philosophes, ni l'Écriture, ni les Pères, ne nous disent rien à leur sujet. Platon, comme le rapportent Apulée (_Démon de Socrate_) et Plutarque (_d'Isis et d'Osiris_), définit ainsi les Démons: des êtres du genre animal, âmes passives, intelligences raisonnables, corps aériens, éternels quant à la durée; et il donne à ces créatures le nom de _Démon_, qui en lui-même n'a rien de malsonnant, car il signifie _plein de sagesse_; aussi lorsque les auteurs veulent désigner le Diable (ou mauvais Ange), ils ne l'appellent pas simplement Démon, mais _Cacodémon_, et ils disent de même _Eudémon_ lorsqu'ils veulent parler du bon Ange. Quant à la Sainte Écriture et aux Pères, ils font également mention de ces créatures, comme nous le montrerons ci-après.
_65. Stabilita huc usque talium creaturarum possibilitate, ad earumdem existentiam probandam descendamus. Supposita tot historiarum veritate de coitu hujusmodi Incuborum et Succuborum cum hominibus et brutis, ita ut hoc negare impudentia videatur, ut ait D. Augustinus quem dedimus, supra nº 10., ita arguo: Ubi reperitur propria passio sensus, ibidem necessario reperitur sensus ipse, cum juxta principia philosophica propria passio fluat a natura, sive ubi reperiuntur actiones, seu operationes sensus, ibidem reperitur sensus ipse, cum operationes et actiones sint a forma. Atqui in hujusmodi Incubis aut Succubis, sunt actiones, operationes, ac propriæ passiones, quæ sunt a sensibus; ergo in iisdem reperitur sensus: sed sensus reperiri nequit nisi adsint organa composita, nempe ex potentia animæ et determinata parte corporis: ergo in iisdem reperiuntur corpus et anima; erunt igitur animalia: sed etiam in ipsis et ab ipsis sunt actiones, et operationes animæ rationalis: ergo eorum anima erit rationalis: et ita de primo ad ultimum tales Incubi sunt animalia rationalia._
65. Maintenant que nous avons établi la possibilité des créatures en question, allons plus loin et prouvons leur existence. Nous admettons d'abord la véracité des récits qui nous sont faits touchant le commerce des Incubes et des Succubes avec les hommes et les bêtes, récits tellement nombreux que ce serait impudence de nier le fait, comme dit S. Augustin, dont le témoignage est cité ci-dessus (nº 10). Ceci posé, nous arguons: Là où est la passion propre du sens, là est nécessairement le sens lui-même, car, suivant les principes philosophiques, la passion propre découle de la nature, c'est-à-dire que là où sont les actions ou opérations du sens, là est le sens lui-même, les opérations et actions n'étant que sa forme extérieure. Or, chez les Incubes et les Succubes qui nous occupent, on observe des actions, des opérations, des passions propres qui viennent des sens: donc ils possèdent le sens; mais le sens ne peut exister sans accompagnement d'organes composites, sans une combinaison d'âme et de corps: donc ils ont un corps et une âme, et conséquemment ce seront des animaux; mais leurs actions et opérations sont aussi celles d'une âme raisonnable: donc leur âme sera raisonnable; et ainsi, du premier au dernier point, ces Incubes sont des animaux raisonnables.
_66. Minor probatur quoad singulas ejus partes. Passio siquidem appetitiva coitus est passio sensus; mœror, ac tristitia, ac iracundia et furor ex coitu denegato passiones sensus sunt, ut patet in quibusvis animalibus; generatio per coitum est operatio sensus, ut notum est. Hæc porro omnia in Incubis sunt, ut enim probavimus supra a nº 25. et seq.; ipsi coitum muliebrem, et quandoque virilem appetunt, tristantur, et furunt, ut amantes, amentes, si ipsis denegetur; coeunt perfecte et quandoque generant. Concludendum ergo quod polleant sensu, et proinde corpore; unde inferendum etiam perfecta animalia esse. Pariter clausis ostiis ac fenestris intrant ubivis locorum: igitur ipsorum corpus tenue est; item futura prænoscunt, annuntiant, componunt, ac dividunt; quæ operationes sunt propriæ animæ rationalis: ergo anima rationali pollent; et ita sunt vera animalia rationalia._