De la démonialité des animaux incubes et succubes

Part 2

Chapter 23,458 wordsPublic domain

_5. Et confirmatur: quia in peccatis contra naturam, seminatio innaturalis (hoc est, ea ad quam regulariter non potest sequi generatio) habet rationem generis; subjectum vero talis seminationis est differentia constituens species sub tali genere, unde si seminatio fiat in terram, aut corpus inanime, est mollities: si fiat cum homine in vase præpostero, est Sodomia; si fiat cum bruto, est bestialitas; quæ absque controversia inter se specie differunt, eo quod terra, seu cadaver, homo, et brutum, quæ sunt subjecta talis seminationis, specie differunt inter se. Sed Dæmon a bruto non solum differt specie, sed plusquam specie: differunt enim per corporeum, et incorporeum, quæ sunt differentiæ genericæ. Sequitur ergo quod seminationes factæ cum aliis differunt inter se specie, quod est intentum._

5. Autre preuve: dans les péchés contre nature, la sémination anti-naturelle (c'est-à-dire qui ne peut être régulièrement suivie de génération) constitue un genre; mais le sujet de cette sémination est la différence qui constitue les espèces classées sous le genre. Ainsi, que la sémination ait lieu sur la terre, ou sur un corps inanimé, c'est pollution; qu'elle s'opère _cum homine in vase præpostero_, c'est Sodomie; avec une bête, c'est bestialité: tous crimes qui, sans contredit, diffèrent en espèce entre eux, par la même raison que la terre, le cadavre, l'homme et la bête, sujets passifs _talis seminationis_, sont entre eux d'espèce différente. Mais la différence du Démon avec la bête n'est pas seulement spécifique, elle est plus que spécifique: la nature de l'une est corporelle, l'autre incorporelle, ce qui établit une différence générique. D'où il suit _quod seminationes_ pratiquées sur des sujets différents diffèrent en espèce entre elles; ce qu'il fallait démontrer.

_6. Pariter, trita est doctrina Moralistarum fundata in Tridentino, sess. 14. c. 5. D. Th. in 4. dist. 16. q. 3. art. 2., Vasquez, q. 91. art. 1. dub. 2. n. 6., Reginald. Valenz. Medin. Zerola. Pesant. Sajir. Sott. Pitig. Henriquez apud Bonac. _de Sac._ disp. 5. q. 5. sect. 2. punct. 2. § 3. diffic. 3. n. 5., et tradita per Theologos, quod in confessione manifestandæ sint tantum circumstantiæ quæ mutant speciem peccatorum. Si igitur Dæmonialitas et Bestialitas sunt ejusdem speciei specialissimæ, sufficit in confessione dicere: _Bestialitatis peccatum commisi_, quantumvis confitens cum Dæmone concubuerit. Hoc autem falsum est: igitur non sunt ejusdem speciei specialissimæ._

6. J'invoquerai encore la doctrine bien connue des Moralistes, établie dans le Concile de Trente, session 14, et admise par les Théologiens, à savoir: que, dans la confession, il suffit d'énoncer les circonstances qui modifient l'espèce des péchés. Si donc la Démonialité et la Bestialité sont d'une même espèce très-spéciale, il suffira au pénitent, chaque fois qu'il aura forniqué avec le Démon, de dire à son confesseur: _J'ai commis le péché de Bestialité_. Or, ceci est faux: donc ces deux péchés ne sont pas de même espèce très-spéciale.

_7. Quod si dicatur, aperiendum esse in confessione circumstantiam concubitus cum Dæmone ratione peccati contra Religionem: peccatum contra Religionem committitur, aut ex cultu, aut ex reverentia, aut ex deprecatione, aut ex pacto, aut ex societate cum Dæmone (D. Thomas, 2. 2. q. 90. art. 2. et q. 95. art. 4. in corp.); sed, ut infra dicemus, dantur Succubi, et Incubi, quibus nullum prædictorum exhibetur, et tamen copula sequitur: igitur respectu istorum nulla intervenit irreligiositas, et commixtio cum istis nullam habebit rationem ulteriorem, quam puri et simplicis coitus, qui, si est ejusdem speciei cum _Bestialitate_, sufficienter exprimetur dicendo: _Bestialitatem commisi_; quod tamen falsum est._

7. On dira peut-être que si les circonstances du commerce avec le Démon doivent être révélées au confesseur, c'est à cause de l'atteinte qu'il porte à la Religion; cette atteinte résulte, en effet, soit du culte rendu au Démon, soit des hommages ou des prières qu'on lui adresse, soit du pacte de société conclu avec lui (_S. Thomas_, quest. 90). Mais, comme on le verra dans la suite, il est des Incubes et des Succubes auxquels rien de tout cela ne s'applique, et cependant _copula sequitur_. Il n'y a donc, dans ce cas spécial, aucun élément d'impiété, aucun caractère autre _quam puri et simplicis coitus_; et, s'il est de même espèce que la _Bestialité_, on l'énoncera suffisamment en disant: _J'ai commis le péché de Bestialité_, ce qui est faux.

_8. Ulterius in confesso est apud omnes Theologos Morales, quod longe gravior est copula cum Dæmone, quam cum quolibet bruto; in eadem autem specie specialissima peccati non datur unum peccatum gravius altero, sed omnia æque gravia sunt; perinde enim est coire cum cane, aut asina, aut equa; sequitur ergo, quod si _Dæmonialitas_ est gravior Bestialitate, non sint ambo ejusdem speciei. Nec dicendum gravitatem majorem in _Dæmonialitate_ petendam esse ab irreligiositate, seu superstitione ex societate cum Dæmone, ut scribit Cajetanus ad 2. 2. q. 154., ar. 11. § ad 3. in fine, quia hoc fallit in aliquibus Succubis et Incubis, ut supra dictum est; tum quia gravitas major statuitur in _Dæmonialitate_ præ Bestialitate, in genere vitii contra naturam: major autem gravitas in illa supra istam ratione irreligiositatis exorbitat ex illo genere, proinde non facit in illo genere, et ex se graviorem._

8. En outre, de l'aveu de tous les Théologiens Moralistes, _copula cum Dæmone_ est beaucoup plus grave que pareil acte commis avec n'importe quelle bête. Or, dans une même espèce très-spéciale de péché, un péché n'est pas plus grave qu'un autre, mais tous sont également graves: c'est même chose d'avoir commerce avec une chienne, ou une ânesse, ou une jument; d'où il suit que, si la _Démonialité_ est plus grave que la Bestialité, ces deux actes ne sont pas de même espèce. Et qu'on ne prétende pas, comme le fait Cajetan, attribuer plus de gravité à la _Démonialité_, à cause de l'outrage que recevrait la Religion du culte rendu au Démon ou du pacte de société conclu avec lui: ceci, en effet, on l'a vu plus haut, ne se rencontre pas toujours dans le commerce de l'homme avec les Incubes et les Succubes; de plus si, dans le genre du péché contre nature, la _Démonialité_ est plus grave que la Bestialité, l'outrage à la Religion n'est pour rien dans cette aggravation, puisqu'il est étranger à ce genre lui-même.

_9. Statuta igitur differentia specifica _Dæmonialitatis_ a Bestialitate, ut gravitas illius percipiatur in ordine ad pœnam de qua principaliter nobis tractandum est, est necessarium inquirere quotupliciter _Dæmonialitas_ accidat. Non desunt qui sibi nimis scioli negant quod gravissimi Auctores scripsere, et quod quotidiana constat experientia, Dæmonem scilicet tum Incubum, tum Succubum, non solum hominibus, sed etiam brutis carnaliter conjungi. Aiunt proinde esse hominum imaginationem, phantasmatibus a Dæmone perturbatis læsam, seu dæmoniaca esse præstigia: sicuti etiam Sagæ, seu Striges, sola imaginatione perturbata a Dæmone, sibi videntur assistere ludis, choreis, conviviis, et conventibus nocturnis, et carnaliter Dæmoni commisceri; nullo vero reali modo deferuntur corpore ad ejusmodi loca, et actiones, prout textualiter dicitur in quodam Capitulo, ac duobus Conciliis. _Cap. Episcop._ 26. q. 5., _Conc. Ancyr._ c. 24., _Conc. Rom._ 4. _sub Damaso_, c. 5. _apud Laur. Epitom._ vº _Saga_._

9. Or, ayant établi la différence spécifique de la _Démonialité_ d'avec la Bestialité, de telle sorte qu'on puisse en apprécier la gravité et déterminer le degré de pénitence qu'elle mérite (ce qui, pour nous, est le point capital), il nous faut maintenant rechercher de combien de manières différentes ce péché de _Démonialité_ peut être commis. Il ne manque pas de gens, trop infatués de leur petit savoir, qui osent nier ce qu'ont écrit les plus graves Auteurs et ce qu'atteste l'expérience de chaque jour: à savoir que le Démon, soit Incube, soit Succube, s'unit charnellement, non-seulement aux hommes ou aux femmes, mais aussi aux bêtes. A les en croire, tout cela n'a de fondement que dans l'imagination humaine, troublée par l'artifice du Démon; ce ne sont que fantasmagories et prestiges diaboliques. Pareille chose, disent-ils, arrive aux Sorcières ou Sagas qui, sous l'empire d'une illusion produite par le Démon, s'imaginent assister aux jeux, danses, festins et sabbats nocturnes, et avoir avec le Démon un commerce charnel, sans y être en réalité présentes ou agissantes de corps, ainsi que l'ont textuellement défini un Capitule et deux Conciles.

_10. Sed non negatur, quin aliquando mulierculæ, illusæ a Dæmonibus, videantur nocturnis Sagarum ludis corporaliter interesse, dum tamen sola imaginaria visione ipsis hoc accidit: sicut etiam in somnis videtur nonnullis cum fœmina aliqua concumbere, et semen vere excernitur, non tamen concubitus ille realis est, sed tantum phantasticus, paratus non raro per illusionem diabolicam; et in hoc verissimum est quod habent citatum Capitulum et Concilia. Sed hoc non semper est; sed ut in pluribus, corpore deferuntur Sagæ ad ludos nocturnos, et vere carnaliter corpore conjunguntur Dæmoni, et Malefici non minus Dæmoni succubo miscentur, et hæc est sententia Theologorum, et jure consultorum Catholicorum, quos abunde citat Frater Franciscus Maria Guaccius in suo libro intitulato _Compendium Maleficarum_; Grilland. Remig. Petr. Damian. Sylvest. Alphon. a Cast. Abul. Cajet. Senon. Crespet. Spine. Anan. apud Guaccium, _Comp. Malef._, c. 15. _§ Altera, quam verissimam_... n. 69. lib. p.; quæ sententia confirmatur decem et octo exemplis, ibidem allatis et relatis per viros doctos et veridicos de quorum fide ambigendum non est, quibus probatur Maleficos et Sagas corporaliter ad ludos convenire, et cum Dæmonibus succubis et incubis corporaliter turpissime commisceri. Et pro omnibus sufficere debet auctoritas Divi Augustini, qui loquens de concubitu hominum cum Dæmonibus, sic ait lib. 15. de _Civitate Dei_, c. 23.:_ «Et quoniam creberrima fama est, multique se expertos, vel ab eis qui experti essent, de quorum fide dubitandum non est, audivisse confirmant, Sylvanos et Faunos, quos vulgo Incubos vocant, improbos sæpe extitisse mulieribus, et earum appetiisse et peregisse concubitum. Et quosdam Dæmones, quos Dusios Galli nuncupant, hanc assidue immunditiam et tentare et efficere, plures talesque asseverant, ut hoc negare impudentia videatur.» _Hæc Augustinus._

10. Mais, sans doute, on ne conteste pas que parfois de jeunes femmes, trompées par le Démon, se figurent prendre part, en chair et en os, aux sabbats nocturnes des Sorcières, sans qu'il y ait là autre chose qu'une vision imaginaire. C'est ainsi qu'en rêve, on s'imagine assez souvent _cum fœmina aliqua concumbere, et semen vere excernitur, non tamen concubitus ille realis est_, mais seulement fantastique et fréquemment l'œuvre d'une illusion diabolique: en quoi le Capitule et les Conciles ci-dessus cités ont parfaitement raison. Mais ceci n'est pas toujours le cas; il arrive, au contraire, le plus souvent, que les Sorcières sont bien présentes de corps aux sabbats nocturnes, qu'elles ont avec le Démon un commerce parfaitement charnel et corporel, et que tout pareillement les Sorciers s'accolent au Démon femelle ou succube. C'est là l'opinion des Théologiens comme des Jurisconsultes catholiques, qu'on trouvera cités tout au long dans le _Compendium Maleficarum_, ou _Répertoire des Sorcières_, de Frère François-Marie Guaccius. On y verra cette doctrine confirmée par dix-huit exemples tirés des récits d'hommes savants et véridiques, dont le témoignage est au-dessus du soupçon, et qui prouvent que les Sorciers et Sorcières sont bien présents de corps aux sabbats, et font bel et bien l'œuvre de chair avec les Démons incubes ou succubes. En définitive, nous avons, pour trancher la question, l'autorité de S. Augustin, lequel, parlant du commerce charnel des hommes avec le Démon, s'exprime ainsi au livre 15, chap. 23, de la _Cité de Dieu_: «_C'est une opinion très-répandue, et confirmée par les témoignages directs ou indirects de personnes absolument dignes de foi, que les Sylvains et les Faunes, vulgairement appelés Incubes, ont souvent tourmenté les femmes, sollicité et obtenu d'elles le coït. Il y a même des Démons, nommés par les Gaulois Duses (_ou_ lutins), qui se livrent très-régulièrement à ces pratiques impures: ceci est attesté par des autorités si nombreuses et si graves, qu'il y aurait impudence à vouloir le nier._» Tels sont les propres termes de S. Augustin.

_11. Prout autem apud diversos Auctores legitur, et pluribus experimentis comprobatur, duplici modo Dæmon hominibus carnaliter copulatur: uno modo quo Maleficis et Sagis jungitur, alio modo quo aliis hominibus minime maleficis miscetur._

11. Or divers Auteurs nous enseignent, et leur opinion est confirmée par de nombreuses expériences, que le Démon a deux manières de s'unir charnellement aux hommes ou aux femmes: l'une qu'il emploie à l'égard des Sorciers ou des Sorcières, l'autre à l'égard d'autres hommes ou femmes parfaitement étrangers à toute sorcellerie.

_12. Quantum ad primum modum, non copulatur Dæmon Sagis, seu Maleficis, nisi præmissa solemni professione, qua iniquissimi homines Dæmoni addicuntur; quæ professio, ut ex variis Auctoribus referentibus confessiones Sagarum judiciales in tormentis factas, quas collegit Franciscus Maria Guaccius, _Comp. Malef._, c. 7., lib. 1., consistit in undecim ceremoniis._

12. Dans le premier cas, le Démon ne s'accole aux Sorcières ou aux Sorciers qu'après une profession solennelle, en vertu de laquelle ces misérables créatures humaines s'abandonnent à lui. Suivant plusieurs auteurs, qui ont rapporté les aveux judiciaires arrachés aux Sorcières dans les tortures, et dont les récits ont été recueillis par François-Marie Guaccius, _Compend. Malef._, livre Ier, chap. 7, cette profession consiste en onze cérémonies:

_13. Primo, ineunt pactum expressum cum Dæmone, aut alio Mago seu Malefico vicem Dæmonis gerente, et testibus præsentibus, de servitio diabolico suscipiendo: Dæmon vero viceversa honores, divitias, et carnales delectationes illis pollicetur. _Guacc._ loc. cit. fol. 34._

13. Premièrement, les Novices doivent conclure un pacte exprès avec le Démon, ou avec quelque autre Sorcier ou Magicien agissant au lieu et place du Démon, par quoi, en présence de témoins, ils s'enrôlent au service du Diable. Le Démon, de son côté, leur garantit honneurs, richesses et plaisirs charnels.

_14. Secundo, abnegant catholicam fidem, subducunt se obedientiæ Dei, renuntiant Christo, et protectioni Beatissimæ Virginis Mariæ, ac Ecclesiæ omnibus sacramentis. _Guacc._ loc. cit._

14. Deuxièmement, ils abjurent la foi catholique, se soustraient à l'obéissance de Dieu, renoncent au Christ et à la protection de la Très-Bienheureuse Vierge Marie, et à tous les Sacrements de l'Église.

_15. Tertio, projiciunt a se Coronam, seu Rosarium B. V. M., Chordam S. P. Francisci, aut Corrigiam S. Augustini, aut Scapulare Carmelitarum, si quod habent, Crucem, Medaleas, Agnos Dei, et quidquid sacri aut benedicti gestabant, et pedibus ea proculcant. _Guacc._ loc. cit. fol. 35. Grilland._

15. Troisièmement, ils jettent loin d'eux la Couronne ou le Rosaire de la Très-Bienheureuse Vierge Marie, le Cordon de S. François d'Assise ou la Courroie de S. Augustin, ou le Scapulaire des Carmélites, selon qu'ils appartiennent à tel ou tel ordre, la Croix, les Médailles, les _Agnus Dei_, enfin tout ce qu'ils pouvaient porter de saint ou de bénit, et ils foulent tout cela aux pieds.

_16. Quarto, vovent in manibus Diaboli obedientiam, et subjectionem, eique præstant homagium et vassallagium, tangendo quoddam volumen nigerrimum. Spondent, quod nunquam redibunt ad fidem Christi, nec Dei præcepta servabunt, nec ulla bona opera facient, sed ad sola mandata Dæmonis attendent, et ad conventus nocturnos diligenter accedent. _Guacc._ loc. cit. fol. 36._

16. Quatrièmement, ils jurent entre les mains du Diable obéissance et soumission; ils lui rendent hommage et vasselage, les doigts posés sur un certain volume très-noir. Ils s'engagent à ne jamais revenir à la foi du Christ, à ne tenir aucun compte des préceptes divins, à ne faire aucune bonne œuvre, mais à obéir au Diable seul, et à fréquenter assidûment les réunions nocturnes.

_17. Quinto, spondent se enixe curaturos, et omni studio ac sedulitate procuraturos adducere alios mares et fœminas ad suam sectam, et cultum Dæmonis. _Guacc._ loc. cit._

17. Cinquièmement, ils promettent de faire tous leurs efforts, d'employer tout leur zèle et tous leurs soins, pour enrôler dans leur secte, au service du Diable, d'autres créatures mâles et femelles.

_18. Sexto, baptizantur a Diabolo sacrilego quodam baptismo, et abnegatis Patrinis et Matrinis baptismi Christi, et Confirmationis, et nomine, quod sibi fuit primo impositum, a Diabolo sibi assignantur Patrinus et Matrina novi, qui ipsos instruant in arte maleficiorum, et imponitur nomen novum, quod plerumque scurrile est. _Guacc._ loc. cit._

18. Sixièmement, le Diable leur administre une sorte de baptême sacrilége, et, après avoir renié les Parrains et Marraines qu'ils ont eus au Baptême du Christ et à la Confirmation, ils se font assigner par le Diable un Parrain et une Marraine nouveaux, chargés de les instruire dans l'art des maléfices; ils quittent le nom qu'ils portaient avant et en reçoivent un nouveau, qui le plus souvent est un sobriquet bouffon.

_19. Septimo, abscindunt partem propriorum indumentorum, et illam offerunt Diabolo in signum homagii, et Diabolus illam asportat, et servat. _Guacc._ loc. cit. fol. 38._

19. Septièmement, ils coupent une partie de leurs propres vêtements pour l'offrir au Diable en signe d'hommage, et le Diable l'emporte et la garde.

_20. Octavo, format Diabolus circulum super terram, et in eo stantes Novitii Malefici et Sagæ firmant juramento omnia, quæ ut dictum est promiserunt. _Guacc._ loc. cit._

20. Huitièmement, le Diable trace sur la terre un cercle, et dans ce cercle se tiennent les Novices, Sorciers et Sorcières, pour y confirmer tous les serments qu'ils ont faits comme il est dit ci-dessus.

_21. Nono, petunt a Diabolo deleri a libro Christi, et describi in libro suo, et profertur liber nigerrimus, quem tetigerunt præstando homagium, ut dictum est supra, et ungue Diaboli in eo exarantur. _Guacc._ loc. cit._

21. Neuvièmement, ils demandent au Diable de les rayer du livre du Christ, et de les immatriculer dans le sien. Alors paraît ce livre très-noir qu'ils ont touché en rendant hommage (voyez plus haut), et dans ce livre ils sont enregistrés par la griffe du Diable.

_22. Decimo, promittunt Diabolo statis temporibus sacrificia, et oblationes; singulis quindecim diebus, vel singulo mense saltem necem alicujus infantis, aut mortale veneficium, et singulis hebdomadis alia mala in damnum humani generis, ut grandines, tempestates, incendia, mortem animalium, etc. _Guacc._ loc. cit. fol. 40._

22. Dixièmement, ils promettent au Diable, à des époques déterminées, des sacrifices et des offrandes: tous les quinze jours, ou au moins tous les mois, le meurtre de quelque enfant, ou un sortilége homicide, et chaque semaine d'autres méfaits au préjudice du genre humain, tels que grêles, tempêtes, incendies, épizooties, etc.

_23. Undecimo, sigillantur a Dæmone aliquo caractere, maxime ii, de quorum constantia dubitat. Caracter vero non est semper ejusdem formæ, aut figuræ: aliquando enim est simile lepori, aliquando pedi bufonis, aliquando araneæ, vel catello, vel gliri; imprimitur autem in locis corporeis magis occultis: viris quidem aliquando sub palpebris, aliquando sub axillis, aut labiis, aut humeris, aut sede ima, aut alibi; mulieribus autem plerumque in mammis, aut locis muliebribus. Porro sigillum, quo talia signa imprimuntur, est unguis Diaboli. Quibus peractis ad instructionem Magistrorum qui Novitios initiarunt, hi promittunt denuo, se nunquam Eucharistiam adoraturos; injuriosos Sanctis omnibus, et maxime B. V. M. futuros; conculcaturos ac conspurcaturos Sacras Imagines, Crucem, ac Sanctorum Reliquias; nunquam usuros Sacramentis, aut sacramentalibus, nisi ad maleficia; integram confessionem sacramentalem sacerdoti nunquam facturos, et suum cum Dæmone commercium semper celaturos. Et Diabolus vicissim pollicetur, se illis semper præsto futurum; se in hoc mundo votis eorum satisfacturum, et post mortem illos esse beaturum. Sic peracta professione solemni, assignatur singulis eorum Diabolus, qui appellatur _Magistellus_, cum quo in partes secedunt, et carnaliter commiscentur: ille quidem in specie fœminæ, si initiatus est vir; in forma autem viri, et aliquando satyri, aliquando hirci, si fœmina est saga professa. _Guacc._ loc. cit. fol. 42 et 43._

23. Onzièmement, ils sont marqués par le Démon de quelque signe, ceux surtout dont la constance lui est suspecte. Ce signe, du reste, n'est pas toujours de même forme ou figure: tantôt c'est l'image d'un lièvre, tantôt une patte de crapaud, tantôt une araignée, un petit chien, un loir. Il s'imprime dans les endroits du corps les plus cachés: chez les hommes, sous les paupières, ou sous l'aisselle, ou sur les lèvres, sur l'épaule, au fondement ou ailleurs; quant aux femmes, c'est généralement aux seins ou aux parties sexuelles. Maintenant, le cachet qui imprime ces marques n'est autre que la griffe du Diable. Tout ceci étant accompli suivant les instructions des Maîtres qui ont initié les Novices, ces derniers, pour conclure, promettent de n'adorer jamais l'Eucharistie; d'accabler d'insultes tous les Saints et surtout la Très-Bienheureuse Vierge Marie; de fouler aux pieds et vilipender les Saintes Images, la Croix et les Reliques des Saints; de ne jamais faire usage des Sacrements ou cérémonies sacramentelles, sinon pour les maléfices; de ne jamais faire au prêtre la confession sacramentelle complète, et de lui cacher toujours leur commerce avec le Démon. Le Démon, de son côté, s'engage à leur donner toujours prompte assistance; à combler leurs vœux en ce monde, et à les rendre heureux après leur mort. La profession solennelle ainsi accomplie, chacun d'eux se voit assigner un Diable, appelé _Magistelle_ ou Petit-Maître, avec lequel il se retire en particulier pour consommer l'union charnelle; ce Diable, naturellement, a la forme d'une femme si l'initié est un homme: ou la forme d'un homme, et quelquefois d'un satyre, quelquefois d'un bouc, si c'est une femme qui est reçue sorcière.

_24. Quod si quæratur ab Auctoribus, quomodo possit Dæmon, qui corpus non habet, corporalem commixtionem habere cum homine? Respondent communiter, quod Dæmon aut assumit alterius maris, aut fœminæ, juxta exigentiam, cadaver, aut ex mixtione aliarum materiarum effingit sibi corpus, quod movet, et mediante quo homini unitur. Et subdunt, quod quando fœminæ gaudent imprægnari a Dæmone (quod non fit, nisi in gratiam fœminarum hoc optantium), Dæmon se transformat in succubam, et juncta homini semen ab eo recipit; aut per illusionem nocturnam in somnis procurat ab homine pollutionem, et semen prolectum in suo nativo calore, et cum vitali spiritu conservat, et incubando fœminæ infert in ipsius matricem, ex quo sequitur conceptio. Ita multis citatis docet Guaccius, l. 1. c. 12., per totum, qui prædicta multis exemplis desumptis a variis Doctoribus confirmat._