De la démonialité des animaux incubes et succubes

Part 12

Chapter 123,709 wordsPublic domain

_102. Facit ad idem id, quod ex Eusebio de _Præparat. Evang._ l. 5. c. 9., et Plutarcho l. de _Defectu Oracul._, refert Cardinalis Baronius _Appar. Annal._ nº 129., et recenset inter prodigia, quæ tempore mortis Christi evenere. Recitat igitur ex citatis Aucthoribus quod Tiberii Imperatoris, sub quo passus est Christus, tempore, navigantibus nonnullis a Græcia in Italiam, circa Insulas Echinades, cessatis ventis, noctu navigium appulit prope terram. Audita fuit ab omnibus vox magna quæ vocavit Tramnum. Erat is Nauclerus navigii, quo respondente _Adsum_, replicavit vox: _Quando perveneris prope quandam paludem, annunciabis MAGNUM PANA MORTUUM ESSE_: quod cum Tramnus fecisset, auditi sunt repente multorum, imo multitudinis prope infinitæ gemitus, et ululatus. Profecto isti fuerunt Dæmones, seu Angeli corporei, seu animalia rationalia prope paludem degentia, utpote aquea, quæ audita morte Christi, qui nomine magni Pan efferebatur, in lacrymas, et lamenta effusa sunt; prout etiam Hebræi nonnulli visa Christi morte percutientes pectora sua revertebantur (_Luc._ c. 23. v. 48.). Ex hucusque igitur deductis patet, quod dantur hujusmodi Dæmones, succubi et incubi, constantes sensu, et ipsius passionibus obnoxii, ut probatum est; qui generantur, corrumpuntur, et capaces sunt beatitudinis, et damnationis, et ratione corporis subtilioris, nobiliores homine sunt, et qui si cum hominibus, maribus aut fœminis, carnaliter commiscentur, peccant, et eo peccato, quo peccat homo jungendo se cum bruto, quod est homine ignobilius; proinde non raro hi Dæmones consuetudinem habentes cum homine, equabus aut plurimum post longam habitam communicationem eas interficiunt. Causa porro hujus est, quod si inter tales datur peccatum, cum sint in via, dari etiam debet pœnitentia; sicut ergo homini peccanti consuetudinaliter cum bruto, ad tollendam occasionem recidivandi, Confessarius injungit, ut brutum tollat de medio, ita tali Dæmoni consuetudinario in peccato, et tandem pœnitenti accidit, ut animal cum quo peccavit, sive homo, sive brutum fuerit, occidat; nec enim tali Dæmoni mors data homini peccatum erit, sicut mors data bruto non imputatur tamquam peccatum homini: ratione enim essentialis differentiæ inter Dæmonem hujusmodi, et hominem, idem erit homo Dæmoni, quod est homini brutum._

102. Un autre fait à l'appui de ma conclusion, c'est celui que mentionne le Cardinal Baronius (_Appar. Annal._, nº 129), d'après Eusèbe et Plutarque, comme un des prodiges qui signalèrent la mort du Christ. Au temps de l'Empereur Tibère, sous qui eut lieu la passion du Christ, des navigateurs allant de Grèce en Italie et se trouvant la nuit, par un temps calme, dans le voisinage des îles Échinades, leur navire vint à toucher la terre. Alors une grande voix fut entendue de tous, qui appelait Tramnus. C'était le nocher: «_Présent_,» répondit-il; et la même voix répliqua: «_Lorsque tu seras arrivé auprès de tel marais, tu annonceras que_ LE GRAND PAN EST MORT.» Tramnus obéit, et tout à coup une immense clameur s'éleva comme d'une multitude infinie, éclatant à la fois en gémissements et en sanglots. Qui étaient-ce donc, sinon des Démons ou Anges corporels, ou des animaux raisonnables habitant près de ces marais, à cause, sans doute, de leur nature aqueuse, et qui, à l'annonce de la mort du Christ désigné par ce nom de Grand Pan, se répandaient en larmes et en lamentations? Ainsi, parmi les Juifs qui avaient assisté à la mort du Christ, il y en eut un grand nombre qui s'en retournèrent en se frappant la poitrine (_S. Luc_, c. 23, v. 48). De toutes les déductions ci-dessus, il ressort donc qu'il existe des Démons de cette sorte, succubes et incubes, lesquels sont doués de sens, et sujets aux passions des sens, comme il a été prouvé; qui naissent par génération et meurent par corruption; qui sont capables de béatitude et de damnation; qui, à raison de la subtilité de leur corps, sont plus nobles que l'homme, et qui, s'il leur arrive d'avoir un commerce charnel avec l'homme ou la femme, commettent un péché analogue à celui dont l'homme se rend coupable en s'unissant avec la brute, qui lui est inférieure. Aussi n'est-il pas rare que ces démons, après avoir entretenu des rapports prolongés avec des hommes, des femmes ou des juments, finissent par tuer leur complice, et cela s'explique: étant sujets à pécher, ils doivent aussi, puisqu'ils sont dans la voie du salut, _in via_, pouvoir se repentir; or, de même que l'homme, qui pèche habituellement avec une bête, reçoit de son confesseur l'injonction de détruire cette bête afin de supprimer les occasions de récidive, de même il peut arriver au démon repentant de tuer l'homme ou la bête avec qui il péchait d'habitude; et ce démon, en donnant ainsi la mort à un homme, ne péchera pas, pas plus que ne pèche l'homme en donnant la mort à une bête: car, étant observé la différence essentielle qui sépare de l'homme un démon de cette sorte, l'homme sera au démon ce que la bête est à l'homme.

_103. Scio multos, et forte plerosque, qui hæc legerint, dicturos de me, quod Epicurei, et Stoici Philosophi nonnulli dixerunt de Divo Paulo, _Actor._ c. 17. v. 18.: _Novorum Dæmoniorum videtur annunciator_, et datam doctrinam exsibillabunt. Sed isti tenebuntur solvere argumenta supra posita, et dicere quinam sint Dæmones isti Incubi vulgo _Folletti_, qui exorcismos, res sacras, et Christi Crucem non pavent, ac alios effectus istorum, ac phænomena salvare, quæ nos ex data doctrina ostendimus._

103. Je sais que beaucoup de mes lecteurs, la plupart peut-être, diront de moi ce que les Épicuriens et bon nombre de Philosophes Stoïciens disaient de S. Paul (_Actes des Apôtres_, c. 17, v. 18): «_Il semble qu'il annonce des divinités nouvelles_», et tourneront ma doctrine en ridicule. Mais ils n'en seront pas moins tenus de détruire les arguments qui précèdent, de nous dire ce que c'est que ces Démons Incubes, vulgairement appelés _Follets_, qui n'ont peur ni des exorcismes, ni des objets sacrés, ni de la Croix du Christ, et enfin de nous expliquer les divers effets et phénomènes relatés par nous dans l'exposition de cette doctrine.

_104. Solvitur ergo ex his, quæ hucusque deducta sunt, quæstio, quam proposuimus supra nº 30. et nº 34.: resolutive innuimus; quomodo mulier potest ingravidari a Dæmone Incubo. Non enim hoc præstare potest ex semine sumpto ab homine, ut fert communis opinio, quam confutavimus nº 31 et 32: sequitur ergo, quod ipsa imprægnatur a semine Incubi, cum enim animal sit, et generet, proprio pollet semine: et hoc modo optime salvatur generatio Gigantum secuta ex commixtione Filiorum Dei cum Filiabus hominum; nati siquidem sunt ex tali concubitu Gigantes, qui licet homini essent similes, corpore tamen erant majores: et quamvis a Dæmonibus geniti, viribus proinde pollerent, non tamen Dæmonum vires et potentiam æquabant, ut sequitur in mulis, hinnis et burdonibus, qui medii quodammodo sunt inter eas species animalium, a quibus promiscue generantur, et superant quidem imperfectiorem, non attingunt autem perfectiorem speciem generantium: mulus enim superat asinum, sed non æquat perfectionem equæ, a quibus generatur._

104. Les arguments déduits ci-dessus nous amènent donc à une solution du problème posé aux nºs 30 et 34, à savoir: comment une femme peut être fécondée par un Démon Incube. Ceci, en effet, ne peut provenir de sperme emprunté d'un homme, malgré l'opinion commune que nous avons réfutée, nºs 31 et 32; il s'ensuit donc qu'elle est directement imprégnée par le sperme de l'Incube, lequel, étant animal et capable d'engendrer, dispose d'un sperme qui lui est propre. Ainsi se trouve parfaitement expliquée la génération des Géants, résultat du commerce des Fils de Dieu avec les Filles des hommes: car, quoique semblables à l'homme, ces Géants étaient de plus haute stature; et quoique engendrés par des Démons qui leur communiquaient de leur force, ils ne les égalaient pourtant ni en vigueur, ni en pouvoir. C'est exactement le cas des mulets, des bardeaux ou des muletons, qui tiennent en quelque sorte le milieu entre les espèces d'animaux dont ils sont engendrés, surpassant la plus imparfaite, mais n'égalant pas la plus parfaite: exemple le mulet, produit de l'âne et de la jument, qui est supérieur au premier, mais n'atteint pas à la perfection de la seconde.

_105. Confirmat autem hanc sententiam consideratio, quod animalia genita ex commixtione diversarum specierum non generant; sed sunt sterilia, ut patet in mulis. Gigantes autem non leguntur Gigantes generasse, sed natos a Filiis Dei, puta Incubis, et filiabus hominum: cum enim concepti fuerint ex semine Dæmoniaco mixto cum humano, non potuerunt, tamquam mediæ speciei inter Dæmonem et hominem, generare._

105. A l'appui de cette conclusion, nous ferons observer que les animaux engendrés de l'union d'espèces différentes n'engendrent pas eux-mêmes, mais sont stériles, comme on le voit dans les mulets. Or nous ne lisons nulle part que les Géants aient été engendrés par d'autres Géants, mais bien qu'ils sont nés des Fils de Dieu, c'est-à-dire des Incubes, et des Filles des hommes: ainsi conçus du sperme démoniaque mêlé au sperme humain, formant une espèce mitoyenne entre le Démon et l'homme, ils n'avaient pas pouvoir d'engendrer.

_106. Dicetur fortasse contra hoc, non posse, ex semine Dæmonum, quod pro sui natura oportet esse tenuissimum, fieri mixturam cum semine humano, quod crassum est; unde nec generatio sequi possit._

106. On objectera peut-être que le sperme des Démons qui, de sa nature, doit nécessairement être très-fluide, ne saurait se mélanger avec le sperme humain, qui est épais; et que, par conséquent, il n'en pourrait suivre aucune génération.

_107. Respondeo quod, ut dictum fuit supra nº 32: virtus generandi consistit in spiritu, qui simul cum materia spumosa et viscida deciditur a generante; sequitur ex hoc, quod semen Dæmonis quantumvis tenuissimum, quia tamen materiale, optime potest commisceri cum spiritu materiali seminis humani, ac fieri generatio._

107. Je réponds, suivant ce qui a été dit plus haut, nº 32: la vertu génératrice consiste dans l'esprit qui est répandu par l'opérateur avec la matière spumeuse et visqueuse; donc le sperme du Démon, si fluide qu'il soit, étant cependant matériel, peut très-bien se mêler avec l'esprit matériel du sperme humain, et produire génération.

_108. Replicabitur adhuc contra conclusionem, quod si vere fuisset Gigantum generatio ex semine Incuborum et Mulierum, nunc quoque Gigantes nascerentur, non desunt enim mulieres coeuntes cum Incubis, ut patet ex gestis SS. Bernardi et Petri de Alcantara, et aliarum historiarum, quæ passim ab Auctoribus recitantur._

108. On répliquera que si la génération des Géants était réellement sortie du sperme combiné des Incubes et des Femmes, il naîtrait aujourd'hui encore des Géants; car il ne manque pas de femmes ayant commerce avec les Incubes, comme on le voit dans les Gestes de S. Bernard et de Pierre d'Alcantara, et d'autres histoires racontées par divers auteurs.

_109. Respondeo, quod prout ex Guaccio dictum fuit supra nº 81: alii sunt hujusmodi Dæmones terrei, alii aquei, ærei alii, et alii ignei, qui respective in propriis eorum elementis habitant. Videmus autem animalia eo majora esse, quo majus est elementum in quo degunt, ut patet in piscibus, inter quos licet multi sint minuti, ut etiam sunt plura animalia terrestria minutissima, et tamen quia elementum aquæ majus est elemento terræ (utpote continens majus semper est contento), ideo pisces a tota specie superant in magnitudine molis animalia terrestria, ut patet in balenis, orcynis, pistis seu pistricibus, thynnis, ac aliis piscibus cetaceis, seu viviparis, qui quodvis animal terrestre longe superant. Porro cum Dæmones hujusmodi animalia sint, ut hucusque probatum est, eo erunt majores in magnitudine quo elementum majus pro sui natura inhabitabunt. Et cum ær excedat aquam, et ignis ære major sit, sequitur, quod Dæmones ætherei, ac ignei longe superabunt terrestres et aqueos, tum in mole corporis, tum in virtute. Nec contra hoc facit instantia de avibus, qui licet incolant ærem, qui major est aqua, tamen corpore minores sunt a tota specie piscibus et quadrupedibus, quia aves licet per ærem volatu spatientur, revera tamen pertinent ad elementum terræ, in qua quiescunt; aliter enim pisces nonnulli qui volant, ut hirundo marina, et alii, dici deberent animalia ærea, quod falsum est._

109. Je réponds, suivant ce qui a été dit ci-dessus, nº 81, d'après Guaccius: des Démons dont il s'agit, les uns sont terrestres, les autres aqueux, les autres aériens, les autres ignés, et chacun réside dans l'élément qui lui est propre. Or un fait connu, c'est que les animaux sont d'autant plus grands, que plus grand est l'élément où ils demeurent, témoin les poissons: beaucoup sans doute sont très-petits, comme il arrive pour les animaux terrestres, mais de même que l'élément aqueux est plus grand que l'élément terrestre (le contenant étant toujours plus grand que le contenu), de même les poissons dans toute leur espèce dépassent en grandeur la masse des animaux terrestres: ceci est clair à voir les baleines, les thons, les cachalots et autres poissons cétacés ou vivipares, qui l'emportent de beaucoup sur n'importe quel animal terrestre. Conséquemment, les Démons dont il s'agit étant des animaux, comme nous l'avons prouvé, leur grandeur corporelle sera en proportion de la grandeur de l'élément où ils habiteront suivant leur nature. Et comme l'air l'emporte sur l'eau, et le feu sur l'air, il s'ensuit que les Démons éthérés et ignés l'emporteront de beaucoup sur leurs congénères terrestres et aqueux, soit en grandeur corporelle, soit en vigueur. On objectera peut-être que les oiseaux, habitants de l'air, qui est plus grand que l'eau, sont néanmoins, pris en général, plus petits que les poissons et les quadrupèdes; mais ceci ne prouve rien, car les oiseaux, tout en parcourant l'air de leur vol, n'en appartiennent pas moins à la terre, où ils se reposent; autrement il faudrait classer certains poissons volants, comme l'hirondelle de mer, parmi les animaux aériens, ce qui est faux.

_110. Advertendum autem, quod post diluvium ær iste terraqueo globo citissimus magis incrassatus est ex humiditate aquarum, quam fuerit ante diluvium, et hinc forte est, quod ex tali humido, quod est principium corruptionis, fiat, quod homines non ætatem ita producant, ut faciebant ante diluvium. Ex ista autem æris crassitie fit, quod Dæmones ætherei, ac ignei, cæteris corpulentiores, nequeunt diutius manere in hoc ære crasso, et si descendunt aliquando hoc fit violenter, et eo modo quo urinatores ad ima maris descendunt._

110. Maintenant, une remarque essentielle, c'est qu'après le déluge, cet air qui enveloppe notre globe terrestre et aqueux est devenu, par suite de l'humidité des eaux, plus épais qu'il n'était avant le déluge; et comme l'humidité est le principe de la corruption, c'est peut-être pour cela que la vie des hommes ne se prolonge plus autant que dans les âges antédiluviens. Cette épaisseur de l'air est aussi cause que les Démons éthérés et ignés, d'une corpulence plus forte que les autres, ne peuvent plus demeurer dans cet air épais, et s'ils y descendent quelquefois, c'est violemment et de la même manière que les plongeurs descendent au fond de la mer.

_111. Ante diluvium autem, cum adhuc ær non ita crassus erat, veniebant Dæmones, et cum mulieribus miscebantur, et gigantes procreabant, qui magnitudinem corpoream Dæmonum generantium æmulabantur. Nunc vero ita non est: Dæmones enim Incubi, qui fœminas incessunt, sunt aquei quorum corporis moles magna non est: et proinde in forma homuncionum apparent, et quia aquei etiam salacissimi sunt; luxuria enim in humido est: ut proinde Venerem e mari natam Poetæ finxerint, quod Mythologi explicant de libidine, quæ oritur ab humiditate. Cum ergo Dæmones, qui corpore parvi sunt, his temporibus mulieres imprægnent, non gigantes, sed staturæ ordinariæ filii nascuntur. Sciendum porro quod si miscentur corporaliter cum mulieribus Dæmones in sua ipsorum corpulentia naturali, nulla facta immutatione aut artificio, mulieres illos non vident, nisi tanquam umbram pæne incertam, ac quasi insensibilem, ut patet in muliere illa, de qua diximus supra nº 28., quæ osculabatur ab incubo, cujus tactus vix ab ea sentiebatur. Quando vero volunt se visibiles amasiis reddere, atque ipsis delectationem in congressu carnali afferre, sibi indumentum visibile assumunt, et corpus crassum reddunt. Qua vero hoc arte fiat, ipsi norunt. Nobis curta nostra Philosophia hoc non pandit. Unum scire possumus, et est, quod tale indumentum seu corpus ex solo ære concreto constare nequiret, hoc enim esse deberet per condensationem, et proinde per frigus; unde oporteret, quod corpus illud ad tactum esset veluti glacies, et ita in coitu mulieres non delectaret, sed torqueret, cum tamen contrarium eveniat._

111. Or avant le déluge, lorsque l'air n'était pas encore aussi épais, les Démons venaient sur la terre et avaient commerce avec les femmes, procréant de la sorte des Géants d'une stature presque égale à celle des Démons leurs pères. Mais à présent il n'en est plus ainsi: les Démons Incubes qui accolent les femmes sont aqueux et de taille restreinte; aussi les voit-on paraître sous la forme de petits hommes, et, par la raison qu'ils sont aqueux, ils sont excessivement lascifs. Luxure et humidité sont deux termes correspondants: ce n'est pas sans raison que les Poëtes ont fait naître Vénus de la mer, voulant indiquer, comme l'expliquent les Mythologues, que la luxure a sa source dans l'humidité. Donc lorsque les Démons, qui sont de petite stature, engrossent aujourd'hui les femmes, ils leur font des enfants de taille ordinaire et non des géants. Ici se place une observation: lorsque ces Incubes s'unissent charnellement aux femmes dans leur corps propre et naturel, sans métamorphose ni artifice, les femmes ne les voient pas, ou, si elles les voient, c'est comme une ombre presque incertaine et à peine sensible: tel était le cas de cette dame dont nous avons parlé au nº 28, qui recevait les baisers d'un incube dont elle sentait à peine le contact. Quand, au contraire, les galants veulent se rendre visibles à leurs maîtresses, _atque ipsis delectationem in congressu carnali afferre_, alors ils revêtent une enveloppe visible, et leur corps devient palpable. Par quel art, ceci est leur secret. Notre philosophie à courte vue est impuissante à le découvrir. Tout ce que nous savons, c'est que cette enveloppe ou ce corps ne pourrait consister seulement en air concret, car ceci ne s'effectuerait que par la condensation, et conséquemment par le froid; un corps ainsi formé produirait au toucher l'effet de la glace; _et ita in coitu mulieres non delectaret_, il les ferait plutôt souffrir, lorsque cependant c'est le contraire qui arrive.

_112. Visa igitur differentia Dæmonum spiritualium, qui cum sagis coeunt, et Incuborum, qui cum fœminis minime sagis rem habent, perpendenda est gravitas hujus criminis in utroque casu._

112. Etant donc admis la distinction des Démons spirituels, qui ont commerce avec les sorcières, et des Incubes, qui ont affaire à des femmes pas du tout sorcières, il nous reste à peser la gravité du crime dans l'un et l'autre cas.

_113. In coitu Sagarum cum Dæmonibus, eo quia non fit nisi cum apostasia a Fide, et Diaboli cultu, et tot aliis impietatibus quas recensuimus supra a nº 12. ad 24., est maximum quorumque peccatorum, quæ ab hominibus fieri possunt: et ratione tantæ enormitatis contra Religionem, quæ præsupponitur coitu cum Diabolo, profecto Dæmonialitas maximum est criminum carnalium. Sed spectato delicto carnis ut sic, et ut abstracto a peccatis contra Religionem, Dæmonialitas redigenda est ad simplicem pollutionem. Ratio, et quidem convincentissima, est quia Diabolus, qui rem habet cum sagis, purus spiritus est, et est in termino ac damnatus ut dictum supra fuit; proinde si cum sagis coit, hoc facit in corpore assumpto, aut a se formato, ut sentiunt communiter Theologi. Porro corpus illud quamvis moveatur, non tamen vivens est; sequitur ergo quod coiens cum tali corpore, sive mas sive fœmina fuerit, idem delictum committit, ac si cum corpore inanimato, aut cadavere coiret, quod esset simplex mollities, ut alias demonstravimus. Verum est, quod, ut observavit etiam Cajetanus, talis coitus effective potest habere deformitates aliorum criminum juxta corpus a Diabolo assumptum, et vas: si enim assumeret corpus virginis consanguineæ, aut sacræ, effective esset tale crimen incestus aut sacrilegium, et si in figura bruti coiret, aut in vase præpostero, evaderet bestialitas, aut Sodomia._

113. Le commerce des Sorcières avec les Démons, par les circonstances qui l'accompagnent: apostasie de la Foi, culte du Diable, et tant d'autres impiétés que nous avons énumérées plus haut, nºs 12 à 24, est le plus grand de tous les péchés qu'il soit donné à l'homme de commettre; et si l'on considère l'énormité de cet attentat contre la Religion, que présuppose le coït avec le Diable, assurément la Démonialité est le plus grand, de tous les crimes de la chair. Mais à envisager le péché de la chair comme tel, et abstraction faite du péché contre la Religion, la Démonialité n'est plus que pollution simple. La raison, et une raison très-convaincante, c'est que le Diable qui a affaire aux Sorcières, est un pur esprit, arrivé au terme et damné, comme il a été dit plus haut; conséquemment, s'il paillarde avec les Sorcières, c'est au moyen d'un corps emprunté, ou qu'il s'est formé lui-même, suivant l'opinion commune des Théologiens. Or, quoique mis en mouvement, ce corps, toutefois, n'est pas vivant; d'où suit que l'être humain, mâle ou femelle, _coiens cum tali corpore_, commet le même délit que s'il le faisait avec un corps inanimé, un cadavre: ce qui serait pollution simple ou mollesse, comme nous l'avons démontré ailleurs. Il est vrai, du reste, ainsi que l'a observé Cajetan, qu'un commerce de cette nature peut très-bien revêtir les caractères honteux d'autres crimes, suivant le corps emprunté par le Démon et l'organe employé: car s'il empruntait le corps d'une parente ou d'une religieuse, le crime serait effectivement inceste ou sacrilége; et s'il paillardait sous la forme d'une bête, ou _in vase præpostero_, ce serait bestialité ou Sodomie.

_114. In coitu autem cum Incubo, in quo nulla habetur qualitas, vel minima, criminis contra Religionem, difficile est rationem invenire, per quam tale delictum Bestialitate et Sodomia gravior esset. Siquidem gravitas Bestialitatis præ Sodomia, prout supra diximus, consistit in hoc, quod homo vilificat dignitatem suæ speciei jungendose cum bruto, quod est speciei longe inferioris sua. In coitu autem cum Incubo diversa est ratio: nam Incubus ratione spiritus rationalis, ac immortalis, æqualis est homini; ratione vero corporis nobilioris, nempe subtilioris, est perfectior, et dignior homine; et hoc modo homo jungens se Incubo non vilificat, immo dignificat suam naturam, et ita, juxta hanc considerationem, Dæmonialitas nequit esse gravior Bestialitate._

114. Quant au commerce avec l'Incube, où ne se rencontre aucun élément, si faible soit-il, d'offense contre la Religion, il est difficile de voir pourquoi ce délit serait plus grave que la Bestialité et la Sodomie. En effet, si la Bestialité est plus grave que la Sodomie, comme nous l'avons dit plus haut, c'est que l'homme avilit la dignité de son espèce en s'unissant avec la brute, qui est d'une espèce bien inférieure à la sienne. Mais dans le commerce avec l'Incube, c'est le contraire qui a lieu: car l'Incube, du chef de son esprit raisonnable et immortel, est égal à l'homme; du chef de son corps plus noble et plus subtil, il est plus parfait et plus digne que l'homme. Conséquemment, l'homme qui s'unit à l'Incube n'avilit pas sa nature, il la dignifie plutôt; et à considérer la chose à ce point de vue, la Démonialité ne saurait être plus grave que la Bestialité.