De la démonialité des animaux incubes et succubes
Part 11
_93. Istas quidem expositiones recipere æquum est, utpote tantorum Doctorum aucthoritate suffultas. Facessit tamen difficultatem, quod ministerio Angelorum Hebræis non minus parata fuere columna nubis, et ignis, coturnices, et aqua de petra, quam manna; nec tamen ista dicta fuere columna, aqua, aut potus Angelorum. Cur ergo potius vocari deberet manna, quia parata ministerio Angelorum, _Panis Angelorum_, quam _Potus Angelorum_ aqua eorumdem ministerio saxo educta? Insuper in sacra Scriptura panis dum dicitur _panis alicujus_, dicitur _panis ejus_ qui illo vescitur, non ejus qui illum parat, aut fabricat, et de hoc infinita habemus exempla in sacra Scriptura: ut _Exod._ c. 23. v. 25. _Benedicam panibus tuis, et aquis_; lib. 2. _Reg._ c. 12. v. 3. _De pane illius comedens;_ _Tob._ c. 4. v. 17. _Panem tuum cum egenis comede;_ et v. 18. _Panem tuum super sepulturam Justi constitue_; _Ecclesiast._ c. 11. v. 1. _Mitte panem tuum super transeuntes aquas_; _Isai._ c. 58. v. 7. _Frange esurienti panem tuum_; _Jerem._ c. 11. v. 19. _Mittamus lignum in panem ejus_; _Matth._ c. 15. v. 26. _Non est bonum sumere panem filiorum;_ _Luc._ c. 11. v. 3. _Panem nostrum quotidianum_. Ex quibus locis patenter habetur, quod panis dicitur ejus, qui eo vescitur, non vero, qui ipsum conficit, affert, aut parat. Commode igitur in loco citato Psalmi accipi potest _Panis Angelorum_, cibus quo vescuntur Angeli non quidem incorporei (isti enim materiali cibo non egent), sed corporei, ista nempe rationalia animalia, de quibus hucusque disseruimus, degentia in ære, et quæ ratione tenuitatis suorum corporum, ac rationalis naturæ, quam maxime ad Angelos immateriales accedunt, ut proinde nuncupentur._
93. Ces interprétations, assurément, méritent d'être accueillies avec le respect dû à l'autorité de si grands Docteurs. Il y a cependant une difficulté: c'est que, indépendamment de la manne, le ministère des Anges a également procuré aux Hébreux la colonne de nuée et de feu, les cailles, l'eau du rocher, et que l'Écriture ne dit pas: la colonne des Anges, l'eau ou la boisson des Anges. Pourquoi donc appeler la manne le _Pain des Anges_, parce qu'elle était préparée par leur ministère, et ne pas appeler _Boisson des Anges_ cette eau qui était tirée du roc aussi par leur ministère? De plus, dans la Sainte Écriture, quand il est dit d'un pain que c'est le _pain de quelqu'un_, c'est toujours le _pain de celui_ qui s'en nourrit, non de celui qui le prépare ou le fabrique. Les exemples en sont infinis: ainsi, dans l'_Exode_, ch. 23, v. 25: «_Afin que je bénisse ton pain et ton eau_;» au livre 2 des _Rois_, ch. 12, v. 3: «_Mangeant de son pain_;» dans _Tobie_, ch. 4, v. 17: «_Mange ton pain avec les pauvres_,» et v. 18: «_Répands ton pain sur la sépulture du Juste_;» dans l'_Ecclésiaste_ ch. 11, v. 1; «_Répands ton pain sur les eaux qui passent_;» dans _Isaïe_, ch. 58, v, 7: «_Romps ton pain avec celui qui a faim_;» dans Jérémie, c. 11, v. 19: «_Mettons du bois dans son pain_;» dans _S. Mathieu_, ch. 15, v. 26: «_Il n'est pas juste de prendre le pain des enfants_;» dans _S. Luc_, ch. 11, v. 3: «_Notre pain quotidien_.» Tous ces passages démontrent surabondamment que le pain de quelqu'un, dans le langage des Écritures, c'est le pain de celui qui s'en nourrit, et non de celui qui le fait, l'apporte ou le prépare. Il est donc très-naturel, dans l'endroit du Psaume que nous avons cité, d'entendre par _Pain des Anges_, la nourriture dont se servent non pas les Anges incorporels (puisque ceux-ci n'ont pas besoin de nourriture matérielle), mais les Anges corporels, c'est-à-dire ces animaux raisonnables dont nous traitons ici, qui vivent dans l'air, et qui, par la subtilité de leurs corps et leur qualité d'êtres raisonnables, approchent de si près des Anges immatériels, que la même dénomination leur est appliquée.
_94. Ducor, quia cum animalia sint, et ideo generabilia et corruptibilia, egent cibo, ut restauretur substantia corporea, quæ per effluvia deperditur; vita enim sentientis non consistit nisi in motu partium corporearum quæ fluunt, ac refluunt, acquiruntur, ac deperduntur, ac iterum reparantur; quæ reparatio fit per substantias spirituosas, materiales tamen, attractas a vivente, tum per æris inspirationem, tum per fermentationem cibi, per quam substantia illius spiritualizatur, ut rationatur doctissimus Ettmullerus, _Instit. Medic. Physiolog._, c. 2._
94. Je déduis: étant des animaux, c'est-à-dire se reproduisant par génération et sujets à corruption, ils ont besoin de nourriture pour restaurer leur substance corporelle, dont la déperdition a lieu par les effluves: la vie de tout être sentant ne consiste, en effet, que dans le va-et-vient des éléments corporels qui affluent et refluent, s'acquièrent, se perdent et se réparent, au moyen de substances spiritueuses, matérielles pourtant, que l'être vivant s'assimile soit par la respiration de l'air, soit par la fermentation de la nourriture, qui spiritualise sa substance, comme l'enseigne le très-docte Ettmuller (_Instit. Medic. Physiolog._, ch. 2).
_95. Quia autem eorum corpus tenue est, tenui pariter, et subtili eget alimento. Hinc est quod sicut odoribus aliisque substantiis vaporosis, ac volatilibus suæ naturæ contrariis læduntur ac fugantur, ut constat ex historiis recitatis supra, nº 71. et 72., ita paribus rebus sibi convenientibus delectantur, et aluntur. Porro _manna non est aliud, quam halitus aquæ, terræque, solis calore exacte attenuatus et coctus, a frigore secutæ noctis in unum coactus, densatusque_, ut scribit Cornelius; manna dico, quam demissam de cœlo comederunt Hebræi, quæ toto cœlo differt a manna nostrate, quæ in medicinis adhibetur; nam hæc, ut scribit Ettmullerus Schroder, _Dilucid. Physiolog._, c. 1. _de Manna_, fol. m. 154., _nihil aliud est, quam succus quarumdam arborum tenuis, vel earum transsudatio, quæ nocturno tempore permixta cum rore, matutino tempore superventu caloris solis coagulatur, et inspissatur_. Manna autem Hebræorum diversis orta principiis calore solis non coagulabatur, sed vice versa liquefiebat, ut patet ex Scriptura, _Exod._ c. 16. v. 22. Manna ergo Hebræorum utpote constans ex halitibus tenuibus terræ et aquæ, profecto tenuissimæ erat substantiæ, utpote, quæ a sole solvebatur, et disparebat; optime ergo potuit esse talium animalium cibus, ita ut diceretur a David _Panis Angelorum_._
95. Or, comme leur corps est subtil, la nourriture qui lui convient doit être également délicate et subtile. Aussi, de même que les parfums et autres substances vaporeuses et volatiles, quand elles sont contraires à leur nature, les offusquent et les mettent en fuite, témoin ce que nous avons raconté ci-dessus (nºs 71 et 72), de même aussi, lorsque leur nature y est conforme, ils se délectent de ces substances ou autres pareilles et en font leur nourriture. Or, «_la manne n'est pas autre chose_,» comme l'écrit Cornelius, «_qu'une émanation d'eau et de terre raffinée et cuite par la chaleur du soleil, puis coagulée et condensée par la fraîcheur de la nuit_»: je parle, bien entendu, de la manne envoyée du ciel pour la nourriture des Hébreux, laquelle diffère du tout au tout de la manne nostrate ou médicinale: celle-ci en effet, suivant Ettmuller (_Dilucid. Physiol._, ch. 1), «_n'est pas autre chose que le suc ou la transsudation de certains arbres qui se mêle la nuit à la rosée et, le matin venu, se coagule et s'épaissit à la chaleur du soleil_.» La manne des Hébreux, au contraire, formée de principes différents, loin de se coaguler, se liquéfiait à la chaleur du soleil, comme l'atteste l'Écriture, _Exode_, ch. 16, v. 22. Cette manne des Hébreux était donc une substance extraordinairement subtile, puisqu'elle était composée d'émanations de terre et d'eau, et que le soleil la faisait dissoudre et disparaître; il se peut donc très-bien qu'elle soit la nourriture des animaux en question, et qu'ainsi David l'ait appelée avec raison le _Pain des Anges_.
_96. Alia auctoritas habetur in Evangelio Joannis, in quo, _Joannes_, c. 10. v. 16., ita dicitur: _Alias oves habeo, quæ non sunt ex hoc ovili, et illas oportet me adducere, et vocem meam audient, et fiet unum ovile, et unus Pastor_. Si quæramus quænam sint oves, quæ non sunt ex hoc ovili, et qualenam sit ovile de quo loquitur Christus Dominus, respondent communiter Expositores unum ovile Christi esse Ecclesiam, ad quam perducendi erant per prædicationem Evangelii Gentiles, qui erant oves alterius ovilis, ab ovili Hebræorum: opinantur enim Synagogam esse Christi ovile, quia dicebat David, _Psal._ 94. v. 9: _Nos populus ejus et oves pascuæ ejus_; et quia Messias promissus fuerat Abraham et David oriturus ex eorum semine, et a populo Hebræo expectatus, et a Prophetis qui Hebræi erant vaticinatus, et ejus adventus, conversatio, passio, mors et resurrectio in sacrificiis, cultu, et ceremoniis Hebræorum legis erant præfigurata._
96. Nous avons de plus, à l'appui de notre thèse, l'Évangile de S. Jean, ch. 10, v. 16, où il est dit: «_J'ai encore d'autres brebis qui ne sont pas de cette bergerie; il faut aussi que je les amène, et elles entendront ma voix, et il n'y aura qu'une seule bergerie et qu'un seul berger_.» Si nous demandons quelles peuvent être ces brebis qui ne sont pas de cette bergerie, et quelle est cette bergerie dont parle le Seigneur Christ, tous les Commentateurs nous répondent que la seule bergerie du Christ, c'est l'Église, à laquelle la prédication de l'Évangile devait amener les Gentils, qui étaient d'une autre bergerie que celle des Hébreux. Pour eux, en effet, la bergerie du Christ, c'était la Synagogue, d'abord parce que David avait dit, _Psaume_ 94, v. 7: «_Nous sommes son peuple et ses brebis qu'il nourrit dans ses pâturages_»; puis, parce que la promesse avait été faite à Abraham et à David que le Messie sortirait de leur race, parce qu'il était attendu par le peuple Hébreu, annoncé par les Prophètes, qui étaient Hébreux, et que son avénement, ses actes, sa passion, sa mort et sa résurrection étaient comme figurés d'avance dans les sacrifices, le culte et les cérémonies de la loi des Hébreux.
_97. Sed salva semper Sanctorum Patrum, ac aliorum Doctorum reverentia, non videtur talis expositio ad plenum satisfacere. Habemus enim quod de fide est a principio mundi Ecclesiam Fidelium extitisse unam, usque ad finem sæculi duraturam. Cujus Ecclesiæ caput est mediator Dei et hominum Christus Jesus, cujus contemplatione creata sunt universa, et omnia per ipsum facta. Fides enim unius Dei Trini (quamvis non ita explicite), et Verbi Incarnatio revelata fuit primo homini, et ab ipso edocti ejus filii, et ab iis descendentes. Hinc est quod quamvis plerique homines ad idolatriam deflexerint, ac veram fidem deseruerint, multi tamen veram fidem a patribus sibi traditam retinuerunt, et legem naturæ servantes in vera Ecclesia Fidelium permanserunt, ut observat Cardinalis Toletus in _Job_, c. 10. v. 16., et apparet in Job, qui inter Gentiles Idololatras sanctus fuit. Quamvis autem Deus populo Hebræo speciales favores contulerit, peculiaremque legem, ac ceremonias illi præscripserit, ac a Gentilibus segregaverit, non tamen ad eam legem Gentes tenebantur, nec fideles Hebræi aliam Ecclesiam constituebant ab Ecclesia Gentilium, qui fidem unius Dei et Messiæ venturi profitebantur._
97. Mais, sauf le respect dû aux Saints Pères et autres Docteurs, cette explication n'est pas de tout point satisfaisante. Il est de foi en effet que l'Église des Fidèles a été une et a existé depuis le commencement du monde, et qu'elle durera ainsi jusqu'à la fin des siècles. Le chef de cette Église est Jésus-Christ, médiateur de «Dieu et des hommes, créateur et auteur de toutes choses. La foi dans la Trinité divine, (quoique moins explicite) et l'Incarnation du Verbe ont été révélées au premier homme, lequel en a instruit ses fils, et ceux-ci à leur tour leurs descendants. Aussi, bien que la plupart des hommes se fussent laissé égarer dans l'idolâtrie et eussent déserté la vraie foi, beaucoup cependant gardèrent cette foi qui leur venait de leurs pères, et, observant la loi naturelle, restèrent dans la vraie Église des Fidèles. C'est la remarque que fait le Cardinal Tolet, à propos de Job, qui fut un saint au milieu des Gentils Idolâtres. Et quoique Dieu eût conféré des faveurs spéciales au peuple Hébreu, qu'il eût établi pour lui une loi et des cérémonies spéciales, et qu'il l'eût séparé des Gentils, cette loi n'était pas cependant obligatoire pour les Gentils, et les Hébreux fidèles ne constituaient pas une Église différente de l'Église des Gentils qui professaient la foi en un seul Dieu et en la venue du Messie.
_98. Hinc est, quod etiam ex Gentilibus fuere, qui Christi adventum, et alia Christianæ fidei dogmata prophetarunt, ut patet de _Balaam, Mercurio Trismegisto, Hydaspe_, ac _Sibyllis_ de quibus loquitur Lactantius, lib. 1. c. 6., ut scribit Cardinalis Baronius in _Apparatu Annal._ nº 18. Et quod Messias erat a Gentilibus expectatus habet Isaias in pluribus locis, et luculentum testimonium de hoc est prophetia Patriarchæ Jacob de Messia, quæ sic ait, _Gen._ c. 49. v. 10: _Non auferetur sceptrum de Juda, et dux de femore ejus, donec veniat qui mittendus est, et ipse erit expectatio Gentium_. Item Prophetia Aggæi, c. 2. v. 8: _Movebo omnes Gentes, et veniet desideratus cunctis gentibus_, quem locum explicans Cornelius a Lap. _in Aggæ._ c. 2. v. 8. § _Denique gentes_, ait: _Gentes ante Christum credentes in Deum lege naturæ, æque ac Judæi expectabant ac desiderabant Christum_. Pariter Christus ita se prodidit, et manifestavit Gentibus, sicut Judæis: si enim in ipsius nativitate per Angelum ejus notitia data fuit Pastoribus, per stellam miraculosam ad sui adorationem vocavit Magos, qui cum essent Gentiles fuerunt primitiæ Gentium in Christo agnoscendo, et adorando, ut ait S. Fulgentius, _Sermon. 6. de Epiph._, sicut Pastores fuerunt primitiæ Judæorum. Itidem manifestatio adventus Christi per prædicationem (non quidem Apostolorum) prius facta est Gentilibus, quam Judæis: siquidem ut scribit Ven. Mater Soror Maria de Agreda, in _Vita J. C. et B. M. V._, p. 1. l. 4. c. 26. n. 664: _Quando B. M. Virgo cum S. Joseph portavit Puerum Jesum in Aegyptum, fugiendo Herodis persecutionem, mansit ibi per septennium: quo tempore ipsa Beatissima Virgo prædicavit Aegyptiis veri Dei fidem, et Filii Dei in carne humana adventum_. Ulterius in Christi nativitate multa fuere prodigia non solum in Judæa, sed in Aegypto, ubi corruerunt idola, ac oracula conticuere; Romæ ubi fons olei scaturiit; visus globus aurei coloris de cœlo in terram descendere; apparuere tres soles; ac contra naturam circulus variegatus ad modum Iridis solis discum circumscripsit; in Græcia, ubi oraculum Delphicum obmutuit, et interrogatus Apollo ab Augusto ipsi sacrificante in proprio palatio, ubi eidem aram extruxerat, de causa silentii sui, respondit, ut referunt Nicephorus, l. 1. c. 17., Suidas, verbo _Augustus_, et Cedrenus, _Compend. Histor._:_
98. On remarquera de plus que, même parmi les Gentils, il y en eut qui prophétisèrent la venue du Christ et les autres dogmes de la foi Chrétienne, témoin Balaam, Mercure Trismégiste, Hydaspe et les Sibylles, dont parle Lactance, _livre 1, ch. 6_; voir aussi Baronius, _Apparat. Annal., nº 18_. Que le Messie fût attendu par les Gentils, nous en avons la preuve dans plusieurs passages d'Isaïe, et surtout dans la Prophétie du Patriarche Jacob touchant le Messie, ainsi conçue, _Genèse_, c. 49, v. 10: «_Le sceptre ne sortira point de Juda, ni le prince de sa postérité, jusqu'à ce que vienne celui qui doit être envoyé; et c'est lui qui sera l'attente des nations_.» De même dans la prophétie d'Aggée, c. 2, v. 8: «_J'ébranlerai toutes les Nations, et le désiré de toutes les nations viendra_», ce que Cornelius _a Lapide_ commente en ces termes: «_Les Gentils antérieurs à la venue du Christ, qui croyaient en Dieu et observaient la loi de nature, attendaient et désiraient le Christ aussi bien que les Juifs_.» Le Christ lui-même s'est annoncé et manifesté aux Gentils ainsi qu'aux Juifs; car en même temps que l'Ange donnait aux bergers la nouvelle de sa nativité, au moyen de l'étoile miraculeuse il conviait à l'adorer les Mages qui, étant Gentils, furent les premiers d'entre les Nations, comme les bergers le furent parmi les Juifs, à reconnaître et adorer le Christ (voyez S. Fulgence, _Sermon sur l'Épiphanie_). De même, ce furent les Gentils qui, avant les Juifs, connurent l'avénement du Christ par la prédication (je ne dis pas la prédication des Apôtres). En effet, comme l'écrit la Vénérable Mère Sœur Marie d'Agreda, dans sa _Vie de Jésus-Christ et de la Bienheureuse Vierge Marie_: «_Lorsque la Bienheureuse Vierge Marie, fuyant avec S. Joseph la persécution d'Hérode, emporta en Égypte l'Enfant Jésus, elle y resta sept ans; et pendant ce temps-là la Bienheureuse Vierge prêcha elle-même aux Égyptiens la foi du vrai Dieu et la venue du Fils de Dieu dans la chair humaine_.» En outre, lors de la nativité du Christ, il y eut de nombreux prodiges, non-seulement en Judée, mais en Égypte, où les idoles s'écroulèrent et les oracles se turent; à Rome, où jaillit une fontaine d'huile, où l'on vit un globe de couleur d'or descendre du ciel sur la terre, où trois soleils apparurent, et où un cercle extraordinaire, de nuances variées comme l'arc-en-ciel, entoura le disque du soleil; en Grèce, où l'oracle de Delphes devint muet; au sujet de quoi Apollon, interrogé par l'empereur Auguste qui lui sacrifiait dans son propre palais, où il lui avait élevé un autel, répondit:
Me puer Hebræus, Divos Deus ipse gubernans, Cedere sede jubet, tristemque redire sub orcum; Aris ergo dehinc tacitis abscedito nostris.
«_Un enfant Hébreu, qui commande aux Dieux et est Dieu lui-même, M'ordonne de quitter mon siége, et de rentrer dans les Enfers; Nos autels sont muets maintenant, il faut t'en éloigner._»
_Et multa alia acciderunt prodigia, quibus prænuntiabatur Gentilibus Filii Dei adventus, quæ ex variis Aucthoribus recitat Baronius, _Apparat. Annal. Eccles._ nº 24. et seq., et Cornelius _in Aggæ._ c. 2. v. 8._
Il y eut encore beaucoup d'autres prodiges annonçant aux Gentils l'avénement du Fils de Dieu: on les trouvera relatés dans Baronius, _Apparat. Annal. Eccles._, et dans Cornelius, _Commentaire d'Aggée_.
_99. Ex istis patet, quod etiam Gentiles pertinebant ad ovile Christi idem, ad quod spectabant Judæi, puta ad Ecclesiam eamdem fidelem; igitur non potest recte dici, quod illa verba Christi: _Alias oves habeo, quæ non sunt ex hoc ovili_, accipienda sint de Gentilibus, qui communem cum Hebræis habuerunt de Deo fidem, de Messia spem, prophetiam, expectationem, et signa, et prædicationem._
99. De tout ceci il appert que les Gentils eux-mêmes appartenaient, comme les Juifs, à la bergerie du Christ, c'est-à-dire à la même Église des fidèles. Par conséquent, ces paroles du Christ: «_J'ai d'autres brebis qui ne sont pas de cette bergerie_», ne sauraient s'entendre des Gentils qui eurent, de commun avec les Hébreux, la foi en Dieu, l'espérance du Messie, les prophéties, l'attente, les prodiges et la prédication de son avénement.
_100. Dico igitur quod nomine _aliarum ovium_ commode possunt intelligi Creaturæ istæ rationales, sive animalia de quibus hucusque disseruimus. Cum enim, ut diximus, capaces sint beatitudinis, et damnationis, et Christus Jesus sit mediator Dei, et hominum, immo totius rationalis Creaturæ (creaturæ enim rationales, quæ beatitudinem consequuntur, hanc obtinent intuitu meritorum Christi per ab eo sibi collatam gratiam, sine qua nequit beatitudo obtineri), debuit omnis rationalis creatura de eo venturo spem habere, sicut de uno Deo fidem, et de ipsius in carne nativitate, et de præceptis legis gratiæ manifestationem. Istæ igitur erant oves, quæ non erant _ex hoc ovili humano_, et quas adducere Christum oportebat, et quæ ejus vocem nempe notitiam de ipsius adventu, et de evangelica doctrina, quantum per se, tum per Apostolos Christus erat manifestaturus audire debebant, et ex iis, ac hominibus in cœlo beatificatis fieri _unum ovile, et unus Pastor_._
100. Je dis donc que par ces mots: d'_autres brebis_, on peut fort bien entendre ces créatures ou animaux raisonnables dont nous avons traité jusqu'ici. En effet, nous avons établi qu'elles sont capables de béatitude et de damnation; or Jésus-Christ étant médiateur de Dieu et des hommes, ainsi que de toute créature raisonnable (car c'est par l'application des mérites du Christ que les créatures raisonnables obtiennent la béatitude, au moyen de la grâce qu'il leur confère), il en résulte que toute créature raisonnable a dû avoir, en même temps que la foi en un seul Dieu, l'espérance de l'avénement du Christ, et la révélation de sa naissance dans la chair et des préceptes de la loi de grâce. Voilà donc les brebis qui n'étaient pas _de cette bergerie humaine_, et qu'il lui fallait amener; les brebis qui devaient entendre sa voix, c'est-à-dire l'annonce de son avénement et de la doctrine évangélique, soit directement de lui-même, soit par l'intermédiaire des Apôtres; les brebis enfin qui, réunies aux hommes dans la béatitude céleste, devaient réaliser cette promesse _d'une seule bergerie et d'un seul berger_.
_101. Huic expositioni quam incongruam non puto, vim addit id quod supra nº 77. ex D. Hieronymo retulimus de homunculo illo qui rogavit D. Antonium, ut communem Deum, quem in carne humana esse passum cognoverat, pro se et suis _deprecaretur_. Innuitur enim ex his, quod illi notitiam habuerunt de adventu, et morte Christi, quem tamquam Deum optabant sibi propitium, ut proinde ad hoc intercessionem D. Antonii expostularent._
101. Cette interprétation, à mon avis très-raisonnable, tire une nouvelle force de ce que nous avons rapporté, d'après S. Jérôme, de ce petit homme qui demanda à S. Antoine de _prier_ pour lui et les siens le Dieu commun, qu'il savait avoir souffert dans la chair humaine. Ceci implique, en effet, qu'ils avaient connaissance de l'avénement et de la mort du Christ, et qu'ils désiraient, en sa qualité de Dieu, se le rendre favorable, puisqu'ils recouraient, dans ce but, à l'intercession de S. Antoine.