Chartvlarivm Ecclesiae Sancti Petri de Bvrgo Valentiae Ordinis Sancti Avgvstini

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SOCIÉTÉ D'ARCHÉOLOGIE DE LA DROME.

CHARTVLARIVM

ECCLESIAE

SANCTI PETRI DE BVRGO

VALENTIAE

ORDINIS SANCTI AVGVSTINI.

Ex monumentis ineditis descripsit, prolegomenis & notis illustravit, indicibus auxit

C.-U.-J. CHEVALIER

S.C.E. diaconus.

CHARTVLARIVM

SANCTI PETRI DE BVRGO.

* * * * *

I.

_Carta de officio & dignitate Prioris Burgensis ecclesie_.[A]

PRIOR[1] primum comuni consilio canonicorum talis eligi debet, qui ecclesie & universe dispensationi tocius comunie idoneus habeatur. Deinde assensu abbatis in capitulo ab universo conventu voluntarie approbatus pompatice in ecclesiam ductus, ad dexteram abbatis ab ipso abbate collocari debet; primus cantare, ultimus legere[2], curam universorum gerere. Si quid inhonestum aut emendandum fuerit, corrigere & emendare. Dum abbas non affuerit, clericos in choro communi consilio & voluntate canonicorum elevare, capiscolium & rectorem scolarum in capitulo consilio & voluntate canonicorum [pone]re. Primus de universis necessariis communie[3], intrinsecus sive extrinsecus respondere. Baiulum,[4] cellerarium[5] & omnem familiam providere & custodire, sacramenta in capitulo cum canonicis & procuratoribus capere, intus & extra curiose administrare; procuratores, sive dispensatores communie ceterarumque rerum consilio canonicorum disponere, claves commendare, iusticias & iudicia in capitulo pertractare, hac definire. Si vero prior defuerit, deliberacione & iudicio procuratorum aliorumque canonicorum iusticie & iudicia pertractanda hac definienda sunt, nisi tanta vel talis interveniat causa, que definiri non valeat. Tunc ad abbatem recurratur, ut in capitulo cum canonicis per ipsum diffiniatur. Prior in comutationibus sive in venditionibus ubique terciam partem sibi recipit, nisi in propriis ecclesie possessionibus [nec non] in condaminis[6], & in clauso[7], & in prato, & in devisio[8], & in feudis canonicorum. Prioris sunt domus & casamenta, a domo Giraldi Chaulet usque ad vallum [d]e las Torloicheiras, & tenementu[m Ga]landi & vinea de Ylice. Deficiente priore, omnia que prioratus sunt debent ad communiam canonicorum & mensam redire, unde accepta fuerunt. Prior in refectorio primus ad tintinnabulum sedet, solus comedit, duplicem capit cibum, in comestionibus carnium & piscium, exceptis volucribus de quibus tercia pars ei minuitur. In consultis primus; _Benedicite_ suum est; nichil de rebus ecclesiasticis sive communie sine canonicis vel procuratoribus agere habet, nisi forte grandis interveniat causa. Quicquid ad ecclesiam vel ad communiam attinet consilio canonicorum agendum est. Placita enim vicarie & negocia causarum hominum universe terre communie, a priore sive a procuratoribus cum canonicis in claustro pertractanda sunt. Lex communiter canonicorum est. In gatgeriis[9] quas communia acceperit, si quid venditionis vel commutationis evenerit totum communie erit.

Nos B. Ebredunensis Archiepiscopus[10], & P. succentor Parisiensis[11], oculata fide ista predicta vidimus in cartolario ecclesie Sancti Petri de Burgo, & legimus de verbo ad verbum[12].

[A] Transcription de l'original d'un extrait sans date du Cartulaire de Saint-Pierre du Bourg (voir _Notice paléographique_ préliminaire), parchemin de 23 lignes. Le dos porte cet autre titre: _De dignitate & officio prioris_, avec cette note: _tamen nullam datam habet & parum valet_. Cette charte, comme l'insinue la souscription, a eu deux sceaux pendants sur double queue, dont il ne reste que les attaches.

[1] Dans les monastères, le _prieur_ avait le premier rang après l'abbé, & gouvernait en son absence sous le titre de prieur _claustral_. Les _obédiences_ ou membres d'une abbaye étaient sous l'autorité d'un prieur: il prenait le nom de _conventuel_ quand il ne reconnaissait pas de supérieur; tel fut celui du Bourg de Valence après la transformation de l'abbaye en collégiale (voir _Notice historique_ prélim.). Cet ancien statut règle ses obligations et ses droits.

[2] Dans la récitation de l'office canonial, c'est au plus digne du choeur d'entonner la première antienne & de lire la dernière leçon des nocturnes.

[3] Biens possédés en commun, dont le produit était affecté aux besoins de la communauté.

[4] _Bajulus_, économe, chargé de l'administration des biens.

[5] De _cella_, sommelier, pourvoyant au réfectoire.

[6] _Condamina_, terre directement exploitée par le seigneur.

[7] _Clausum_, enclos, ou terrain renfermé dans la clôture conventuelle.

[8] _Devisium_, anciennement _devèse_, pâturage réservé & défendu.

[9] _Gageria_, bien mobilier ou immeuble donné en nantissement au créancier (voir ch. III & IV).

[10] D'après son écriture, cette charte remonte à la fin du XII^{e} siècle ou aux premières années du XIII^{e}. A cette époque, les annales de l'église d'Embrun font mention des archevêques Bertrand I^{er}, ancien chancelier de l'Université de Paris, successeur de Pierre III (CHORIER, _État polit. du Dauph_., t. II; cf. [ALBERT], _Hist. ecclés. du dioc. d'Embrun_, t. II, p. 113, qui n'admet pas ces deux prélats), & Bernard II Chabert, massacré par les hérétiques en 1235 (Id., _ibid_., & _Gallia Christiana_ nova, t. III, col. 1076).

[11] On nommait _succenteur_ celui qui dans les collégiales chantait après le précenteur (_primas cantor_). Dans la dernière moitié du XII^{e} siècle vivait Pierre surnommé _cantor_ (cf. PILLET, _Hist. de Gerberoy_, p. 343: _Petrus præcentor Parisien_. en 1185; DUPLESSIS, _Hist. de Meaux_, t. II, p. 81: _P. cantor Paris_. en 1195), chanoine de l'église de Paris, dont il refusa la dignité épiscopale, ainsi que celle de Tournay (_Annales Cisterc._, t. III, p. 311); il mourut dans la solitude de Longmont en 1197 (_Gallia Christ_. nova, t. VII, p. 78), laissant comme principal titre littéraire: _Verbum abbreviatum_ (OUDIN, _Comment. de Script. eccles_., t. II, p. 1661).--Notons encore qu'un _Petrus cantor_, chanoine de Saint- Pierre du Bourg, figure en 1191 (ch. XI).

[12] Cet acte n'est point le seul extrait du Cartulaire de Saint-Pierre dont ces deux personnages attestèrent la teneur par l'apposition de leurs sceaux (voir ch. IX & XII).

* * * * *

II. 27 janvier 1065.

[_Bulla privilegii Alexandri II papæ_][A].

(Habemus) Bullam Alexandri papæ II continentem quatuor capita in substantia effectualiter. Primum quidem, quod ipse papa ecclesiam Sancti Petri de Burgo sub deffensione Sedis Apostolicæ recepit[1]. Secundum, quod omnia eidem ecclesiæ olim oblata seu offerenda, tam a Gontardo episcopo Valentiæ[2] quam etiam a suis prædecessoribus seu a quibuscunque fidelibus, confirmavit. Tertium, quod indebitas atque injustas consuetudines seu invasiones, quas ipse episcopus seu prædecessores sui fecerunt, omnino irritas & inutiles decrevit. Quartum, quod interdicit ut nulla persona dictam ecclesiam de his inquietet seu diminuat, indebitos atque nocuos mores imponat. Quod si aliquis attemptaverit & admonitus canonice emendare contempserit, sciat se authoritate apostolica excommunicatum. Datum Laterani, vj^{o} kalendas februarii, pontificatus sui anno quarto [3].

[A] Analyse tirée de l'_Inventaire raisonné_, fol. 2 (_Cartulaire_, fol. CCV).

[1] Au moyen âge, il est peu d'établissements religieux en France qui n'aient obtenu d'être mis sous la protection du Saint-Siége: en quoi consistait ce privilége? Il ne sera pas inutile de l'indiquer au début de ces publications diplomatiques. Les bulles de priviléges accordées aux monastères par les papes les exemptaient de la juridiction épiscopale ordinaire & les soumettaient directement au Saint-Siége; elles avaient pour but de confirmer leurs dotations, d'empêcher leur spoliation & de prévenir leur relâchement. Des abbayes, sortirent les hommes les plus saints et les plus savants. Les plus anciennes bulles d'exemption datent du pape Hormisdas (THOMASSIN, _Vet. & nova Eccl. disciplina_, p. I, 1. III, c. 30;--BIANCHI, _Dell' ester polizia della Chiesa_, t. IV, p, 360;--DU CHESNE, _Hist. Franc._, t. I, p. 662;--UGHELLI, _Italia sac._, t. IV, col. 955;-- MABILLON, _Annal. Bened._, t. I, p. 345, etc.). Les monastères de fondation royale avaient de droit cette prérogative (cf. MARCULFE, _Formular._, lib, I, n. 1 & 2;--_Patrol. lat._, t. CLXXXVII, col. 697). Mais, à partir du XII^{e} siècle, les évêques contestèrent ces priviléges, devenus des obstacles à leur autorité & au gouvernement des paroisses, & querellèrent souvent les abbés à cet égard. La constitution _Inscrutabili_ de Grégoire XV a déterminé le droit actuel _de exemptorum privilegiis & subjectione_ (FERRARIS, _Biblioth. canonica_, etc., édit. Migne, 1861, t. VI, col. 1154).

[2] Gontard était de la famille des premiers comtes de Valentinois; fils de Hugues, il succéda sur le siége de Valence, d'après le P. ANSELME (_Hist. généal. & chronol. de la maison roy. de France_, t. II, p. 186), à son oncle l'évêque Pons, ou plutôt, d'après M. l'abbé ROUCHIER (_Hist. du Vivarais_, t. I, p. 429, n. 1), à son oncle Odon (I^{er}, fils du comte Geilin II, omis par tous les catalogues). En résumant les travaux du P. COLUMBI (_De rebus gestis Valentin. & Diensium episcop._, p. 17), de Mgr. DE CATELLAN (_Antiquités de l'égl. de Valence_, p. 225), des PP. RICHARD & GIRAUD (_Bibliothèque sacrée_, édit. 1826, t. 28), & de M. MARION (liste des évêques de Valence, dans l'_Annuaire de l'Histoire de France_ pour 1851), nous trouvons que l'épiscopat de Gontard dura au plus de 1082 à 1100. Grâce au Cartulaire de Saint-Barnard de Romans, M. GIRAUD a pu (_Essai histor._, I^{re} part., _preuv._, p. 45, n. 2) reculer de douze ans son avénement: outre qu'il nous le montre (ch. 119 & 181) administrateur de l'église de Vienne pendant la vacance en 1082, la charte 12 contient une convention qu'il fit avec l'archevêque Léger, c'est-à-dire au plus tard en 1070, année de la mort de ce dernier. Mais une charte du Cartulaire de Saint-Félix de Valence (inédit) va nous permettre de fixer cette époque d'une manière définitive: _Noverint ... quod anno Incarnationis Domini nostri Ihesu millesimo sexagesimo VI, anno III episcopatus Gontardi gratia Dei episcopi Valentini_; c'est donc en 1063 ou 1064 que Gontard a été élu évêque.--Relevons une erreur en finissant: M. TEULET (_Inventaires & documents des archives de l'Empire_, t. I, p. 41 _a_) assure que l'évêque de Valence qui assista à un contrat passé à Toulouse en 1118 se nommait Gontard & occupa ce siége de 1082 à 1134; disons seulement qu'Eustache était évêque de Valence dès 1111 (voir ch. VII, n. 5).

[3] Alexandre II fut couronné pape le I^{er} oct. 1061 (JAFFÉ, _Reg. Pont. Rom._, p. 390); il était encore à Latran le 16 avril 1065, jour où il délivra une bulle en faveur du monastère de Saint-Miniat de Florence, & le 17 qu'il en accorda une autre à celui de Saint-Pierre de Pérouse (_Patrol. lat._, t. CLXVI, col. 1290).--Bien que la contexture & surtout la date de cette bulle ne semblent pas du XI^{e} siècle, elle ne saurait être de ses successeurs Alexandre III ou Alexandre IV, qui à l'époque correspondante de leur pontificat étaient, le premier (1163) à Tours (JAFFÉ, _ibid._, p. 189) & le second (1258) à Viterbe (_Cartul_. inéd. _de Léoncel_).

* * * * *

III. 1160.

_Carta de gageria quam habet ecclesia de Burgo a Giraldo Bastet in portu de Burgo_[A]

EGO Odo Dei gracia Valentinus episcopus[1], per presentem cartam sigilli mei impressione signatam tam presentibus quam futuris notum facere dignum duxi, quod prior & canonici Sancti Petri de Burgo suam michi presenciam exhibentes, tum quibusdam scripturis tum testibus idoneis sufficienter coram me probaverunt, quod Giraudus Bastet[2] quicquid iuris in portu de Burgo habere videbatur, pro C.C.C.C. solidis Viennensis monete[3] pignori obligavit priori & canonicis eiusdem ecclesie presentibus & futuris; ita tamen quod quandocumque pignus huiusmodi sibi vel heredi suo fuerit redimendi facultas, postquam idem[4] canonici annualem censum omnino receperint & debite fortis plenam habuerint solucionem, ius proprietatis quod in eodem portu sibi congruere debet, libere & quiete ad eum redibit & eius vel heredis sui convertetur in usus. Preterea iuxta eiusdem pacti tenorem si forte idem canonici emcionis vel pignoris causa ab his qui in partem eiusdem Giraudi sub ipsius dominio predicti portus possessores existunt, quicquam poterint vendicare, prehabito tamen ipsius Gir. vel heredis sui consilio, libere & quiete sibi adquirere & possidere liceat; & cum idem pignus liberabitur quascumque in adquisicione rusticani iuris[5] eadem ecclesia expensas fecisse videbitur, cum debita forte plenarie recuperare debebit. Vt igitur ea que predicta sunt firma maneant & inconcussa, & ad quorumlibet calumniancium iniuriam cohercendam si forte ibidem ab aliquo fuerit illata, quod idem Gir. pro posse suo se opponat ita tamen quod guerram vel expensas inde non faciat, ipse & Willelmus de Cruzol frater eius sub iuramento promiserunt; insuper & fideiussores & obsides constituti sunt Petrus Ugonis, Galbertus de Balfre cum ipsis; & si forte super hoc aliqua predictis canonicis ab aliquo inferretur iniuria unde adversus Gir. merito conqueri deberent, ad commonicionem prioris vel alicuius canonici infra Valenciam tamdiu obsidium sub iuramento tenere debent, donec de dampnis sibi illatis condigne sit satifactum (_sic_). Si vero predictorum aliquem interim mori contigerit, eque idoneus obses vel fideiussor ad commonicionem prioris vel alicuius canonici de Burgo sine mora restitui debet. Quod ut fideliter observetur hec omnia laudavit Agnes uxor Gir. & fideiussores constituti sunt Willelmus Eustorgii, Guinisius de Castro Novo[6], Ar. de Castro Boc[7]. Testes sunt Falco prior, Siebodus, Petrus, Willelmus Aaugis, Boso, Vgo de Pairan, Willelmus de Alexiano. Eapropter supradictis testibus & eorumdem canonicorum scripturis ego plenam adhibens fidem, quod inter eos & ipsum Gir. contractum fuerat confirmavi & robur auctoritatis mee atribui. Facta sunt hec anno ab Incarnacione Domini M^{o} C^{o} lx.

[A] Texte pris sur l'original, parchemin de 26 lignes, avec sceau de l'évêque Odon sur lemnisque de cuir. Au dos se trouve cet autre titre: _Debitum ecclesie Burgi contra Giraudum Basteti de IIII^{c} sol. Vien. ex causa mutui facti anno M^{o} Clx_,--& cette analyse: _Giraudus Basteti obligavit priori & canonicis Sancti Petri de Burgo Valentie totum jus quod habebat in portu Rodani pro CCCC. solidis quos habuit ab ecclesia; & donec solvisset dictos sol. debebant percipere censum pertinens sibi pro parte quam habebat in dicto portu._--Cette charte a été transcrite dans l'_Invent. rais._, fol. 41, avec la cote n^{o} 21.

[1] Odon ou Eudes de Chaponay, second évêque de ce nom (ch. II, n. 2, d'après le Cartulaire de Saint-Chaffre, p. 29), était fils de Gui (_Guido_) de Chaponay & d'Anne de Beaumont (COLUMBI, _Opuscula varia_, pp. 256 & 567 sqq.), & oncle de Guillaume de Crussol (ch. IV) & par conséquent de Giraud Bastet, son frère. D'après le P. COLUMBI, Odon, évêque vers 1154, l'était encore en 1188; M. MARION indique: _vers_ 1156--_vers_ 1188. Nous possédons treize chartes inédites de ce prélat: la plus ancienne est de 1158 & la dernière de 1185; nous prouverons (ch. IX, n. 3) que son successeur Falcon siégeait en 1187.--Le sceau d'Odon est à notre connaissance encore appendu à quatre titres; la légende est: [sigillum] ODO·VALENTINVS·EPISCOPVS.

[2] Le P. ANSELME (_Hist. généalog_., etc., t, III, p. 702 sqq.) a donné une généalogie des seigneurs de Crussol, qu'il ne fait pas remonter au-delà du XIII^{e} siècle: le Cartulaire de Saint-Pierre du Bourg lui aurait permis d'y ajouter quelques degrés. Giraud (nommé par sobriquet) Bastet, dont la mère est qualifiée de vicomtesse (ch. IV), avait pour oncle l'évêque de Valence Odon, pour frère Guillaume de Crussol (ch. III & IV) & pour femme Agnès (ch. III). Il eut pour descendants Gui & Adalbert, qui apparaissent en 1209, (ch. XVI); Gui vivait encore vers 1224 (ch. XXXIII), & avait pour fils Giraud Bastet (I^{er} du P. ANSELME) que nous voyons encore en 1233, 38 & 45; Adalbert, auquel son père avait donné ses droits sur le port du Bourg paraît en 1210, 14, 33 & 38. Nous ne pousserons pas plus loin ces détails généalogiques: heureux d'avoir fourni des titres authentiques à ceux qui voudront compléter ou reprendre l'histoire de cette famille (voir encore ch. IV, n. 1). Ses armes, que nous avons trouvées sur deux sceaux appendus à des chartes de 1233 & 1238, étaient: _fascé d'or & de sinople de six pièces_; la légende porte: [sigillum] S. GIRAVDI BASTET.--Le nom de _Bastet_ se propagea aussi dans la maison de Crussol d'Uzès: le chevalier Pons Bastet, de cette famille, fit en 1190 partie de la troisième croisade; ses armes figurent sous le n^{o} 9 des insertions supplémentaires de la galerie des Croisades du musée de Versailles: _de gueules à trois bandes d'or_.

[3] Il serait difficile d'apprécier la valeur actuelle de cette somme; rappelons seulement que la livre valait à cette époque 18 fr. 443^{m} (table de DERNIS); le sou d'argent avait pour équivalent douze deniers & le sou d'or quarante; enfin, le denier était, deux siècles après Charlemagne, la 124^{e} partie de la livre (ABOT DE BAZINGHEN, _Traité des monnoies_). Le sou d'or vaudrait, à ce compte, 6 fr. & celui d'argent 1 fr. 784^{m}; les 400 sous dont il s'agit ici, supposés en monnaie d'or, vaudraient, à leur tour, 2400 fr.; somme qui paraît au-dessous de la valeur de la part du port donnée en nantissement à l'église du Bourg par Giraud Bastet. Nous trouvons la preuve de cette conjecture dans la charte XVI: le Chapitre en retirait alors 20 livres de revenu, soit, d'après la valeur de la livre à cette époque (ch. VI, n. 4), 393 fr. 44 c. En supposant le revenu du chapitre à peu près égal à l'intérêt de la somme engagée & l'argent prêté au denier vingt, ces 20 livres auraient valu en capital 7868 fr. 88 c., ce qui rend le sou d'or équivalent à 19 fr. 672^{m}, valeur intrinsèque qu'il est nécessaire de multiplier par le _pouvoir_ de l'argent, pour en connaître la valeur relative à notre époque.--Voir sur la numismatique des archevêques de Vienne: FAURIS DE SAINT-VINCENS, _Mémoire sur les monnoies qui ont eu cours en Provence_;--TOBIESEN-DUBY, _Traité des monnoies des prélats & des barons_, t. I, p. 1;--_Mémoires de l'Académie des Inscript. & Belles-Lettres_, t. XV, p. 482;--L. FOULQUES, Essai sur l'art monétaire & sur l'origine des hôtels des monnaies de Lyon, Macon & Vienne, 1837;--G. DI SAN QUINTINO, _Monete del X^{o} e del XI^{o} secolo scoperte nei dintorni di Roma_; Torino, 1846, p. 20;--_Dictionn. de Numismatique & de Sigillographie religieuses_; Paris, Migne, 1852, col. 1428;--H. MORIN, _Numismatique féodale du Dauphinè_; Paris, 1854, in-4^{o}, pp. 1-38, pl. I- IV & XXIII, n. 1;--POEY D'AVANT, _Monnaies féodales de la France_, 3 vol. in-4^{o}, 1858-1862, t. III, pp. 39-47;--_Bulletin de la Société_, Ire an., p. 230.

[4] Contraction pour _iidem_.

[5] Le _Lexicon manuale ad script. mediæ & inf. latinitatis ex glossariis Car. Dufresne-Ducangii, Carpentarii, Adelungii & aliorum_, Paris, 1858, grand in-8^{o}, ne fait pas mention de cette acception du mot _jus_. Elle s'applique au liv. III, tit. XLIX, _De immunitate ecclesiarium_, etc., chap. 3^{e} des Décrétales de Grégoire IX (_Corpus iuris canonici_, ed. I. Hen. Bochmer, Halæ Magdeb., 1747, in-4^{o}, t. II, col. 617), relatif au droit de chaque église sur les colons de ses terres.

[6] La famille de Châteauneuf-d'Isère (voir ch. XIII, n, 2) sut la bienfaitrice de tous les établissements religieux des environs.

[7] Châteaubourg, en Vivarais (voir ch. XIII, n. 4).

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IV. 1162.

_Carta de gageria quam habet ecclesia de Burgo a Willelmo de Cruzol in portu. de Burgo_[A].

EGO Willelmus de Cruzol[1], cum necessitas mea creditorum suffragium me cogeret implorare, urgenti necessitati mee consulere volens, quicquid iuris habere videbar in portu de Burgo, prehabita consilii deliberacione, pro D. C. solidis[2] Viennensis monete domno Falconi priori de Burgo & ceteris eiusdem loci canonicis presentibus & futuris, cum matris mee vicecomitisse consilio & assensu, pignori obligavi: ita tamen quod quandocumque pignus huiusmodi fuerit michi vel heredi meo redimendi facultas, postquam idem canonici annualem censum cum integritate receperint & debite sortis plenariam solucionem habuerint, ius proprietatis quod in eodem portu ad me spectare dinoscitur, libere & quiete meos vel heredis mei redigatur in usus. Si vero predicta moneta tunc temporis videretur aliquatenus deteriorata, de pacto talem sibi teneor facere recompensacionem quod ecclesia predicta indemnis per omnia conservetur. Preterea taliter inter nos ego & ipsi convenimus, ut si forte ab his qui nomine meo ibidem possessores existunt, emcionis vel pignoris causa, bona fide & iusto titulo eam quam ibidem partem habere videntur, eadem ecclesia poterit adhipisci, prehabito tamen mecum vel cum herede meo consilio, sibi vendicare liceat & possidere; & cum idem liberabitur pignus, quascumque in adquisicione rusticani iuris expensas idem canonici fecisse noscuntur, cum debita sorte plenarie recuperare debebunt, Vt igitur ea que predicta sunt a me fideliter & efficaciter observentur, & si forte calumnia vel iniuria aliqua super hoc ab aliquo sibi illata fuerit, quod sine guerre & expensarum incommodo me pro posse meo opponam, sub iuramento ego & Ar. de Aj & Oliverius de Montaisone promisimus & obsides & fideiussores nos inde constituimus; ita tamen quod quandocumque idem canonici de illata super hoc sibi iniuria merito conqueri poterint, nos infra castrum de Cruzol tamdiu obsidium tenere debemus donec condigne sibi sit satifactum. Ad maiorem huius rei constanciam domnum Odonem Valentinum episcopum avunculum meum, in cuius presencia hec omnia facta noscuntur, fideiussorem constitui, quem instanter rogavi quatenus sigilli sui munimine presentem cartam corroboraret. Item obsides & fideiussores constitui Guienisium de Castro Novo, Vgonem d'Aj, Bo. de Bolzanis, Vmber. de Castro Novo, Vmber. de Castro Boc, Ar. de Castro Boc, sub tali scilicet condicione quod si quis de predictis obses vel fideiussor interim decesserit, ad commonicionem prioris vel alicuius canonici de Burgo eque idoneus infra mensem sibi restituatur. Facta sunt hec anno ab Incarnacione Domini M^{o} C^{o} lx^{o} ij^{o}.

[A] Texte tiré de l'original, parchemin de 24 lig., portant sur le dos cet autre titre: _Debitum ecclesie Burgi contra Guillelmum de Cruceolo de v^{c} sol. Vien. causa mutui facti anno m^{o} clxij_; avec cette analyse: _Willelmus de Cruzol pro sua necessitate tradidit in gageriam sive in pignus domno Falconi priori & ceteris canonicis Sancti Petri totum jus quod habebat in portu Rodani pro V^{c}. solidis monete Vienn. tenendi & annuatim percipiendi fructus dicti juris donec redimeret vel ejus heredes illud jus quod habebat in dicto portu_.

[1] Guillaume de Crussol était frère de Giraud Bastet (ch. III, n. 2). Un autre Guillaume (son fils ou petit-fils) paraît en 1210 (ch. XVII); sa femme s'appellait Vassalde (ch. XXI); ils avaient un fils Rainaud & une fille dont on ne sait pas le nom (_ibid_.). Un Guillaume de Crussol figure encore comme témoin en 1238 (ch. XXXVI), etc.

[2] Ces 600 sous en or auraient valu (ch. III, n. 4) à cette époque 3600 fr.; en 1210 la portion du port pour laquelle elle avait été engagée rapportait 30 livres Viennoise de revenu, soit 590 fr. 16 c., ou un capital de 11803 fr. 20 c.

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V. 1164-82.

_De protectione Odonis episcopi_[A].