Mimi Bluette, fiore del mio giardino: romanzo

Part 18

Chapter 183,929 wordsPublic domain

—Bien, Monsieur. Bonsoir, Monsieur.

—Bonsoir.—Heureusement que vous nʼêtes pas venue à deux heures, ma fille!

—Quʼimporte? Lui il sera heureux, au moins...

—Vous ne lʼêtes donc pas, vous?

—Je vais lʼêtre, père Bollot! Je le deviens chaque jour un peu plus... Vous savez, ce nʼest pas si simple de guérir!

—Entendu. Mais cʼest toujours la raison qui doit lʼemporter. Les âmes claires et honnêtes comme la votre ont toujours la force de vaincre un cauchemar.

—Oui, père. Laissons ce sujet; il mʼattriste. Je peux faire maintenant des choses que je croyais impossibles: danser, par exemple. Mais je suis encore trop faible pour parler de ma douleur. Tout cela passera, tout cela sʼévanouira... jʼen suis sûre.

—Bien dit, ma fille. Cʼest ainsi que parlent les âmes fortes. Venons au fait; je vous écoute.

—Mais... vous allez rire... Mon Dieu comme vous allez rire, père Bollot!

—Pourvu quʼil nʼy ait pas dʼargent à débourser, ni à déplacer, ni à jeter par la fenêtre, je vais rire sans doute. Car vos idées, ma fille, ne sont jamais que de lʼespèce orageuse ou de lʼespèce comique.

—Eh bien, pour comique, elle est comique, celle–là!...

—Voyons: je hume ma prise et je vais rire en éternuant. Cʼest le meilleur des rires.

—Mais il faut dʼabord que je vous raconte quelque chose... Oui, lʼAfrique mʼa donné des idées un peu rouges... pour ne pas dire noires... Elle mʼa fait songer à des choses, qui, auparavant, étaient loin de mon âme comme les rafales du Gharb. LʼAfrique est un pays... Nʼêtes–vous jamais allé en Afrique, père Bollot?

—Heureusement non, ma fille.

—Bien; lʼAfrique est un pays qui laisse une couleur de rouille aux bords de lʼâme, un frisson de vieillesse dans la chaleur du sang. Après être revenue de là–bas je me dis souvent, par exemple, quʼune femme jeune et forte peut très bien devenir malade...

—Chaque Parisienne peut se dire la même chose.

—Oui, sans doute. Mais je me dis souvent quʼune femme jeune et forte peut très bien, dʼun jour à lʼautre, devenir tellement malade... attraper, que sais–je? une maladie infectieuse, avoir un accident dʼauto... en somme quʼelle peut très bien mourir...

—Oh, alors... ma fille!... Vous avez dit que vous alliez me faire rire...

—Oui, attendez. Ce nʼest quʼun préambule. Vous rirez tout à lʼheure. Donc, après ces réflexions plutôt lugubres, jʼai trouvé naturel de me faire une verte réprimande: «Toi, Bluette, tu es dʼune imprévoyance extrême! Tu possèdes une belle fortune, une très belle fortune, et jamais tu nʼas songé à établir ce que tu voudrais quʼon en fasse, si, par un hasard quelconque...» Bref: je suis venue, père Bollot, pour vous dicter mon testament.

—Mais que diable me chantez–vous là, ma fille! Votre testament? A votre âge? Par le beau temps quʼil fait? Dois–je en entendre des bêtises?

—Si, si, père Bollot! Riez–en tant quʼil vous plaira, mais cʼest une idée que je ramène dʼAfrique, et je suis très fidèle, vous le savez bien, aux idées qui me viennent de là–bas.

—Je ne dis rien, ma fille. Si vous tenez absolument à faire votre testament, je croirai quʼune mauvaise che vous a piquée, et nous allons nous y mettre un de ce jours. Rien ne presse.

—Au contraire...

—Mais comment?

—Oui, vous avez raison: rien ne presse. Rien ne presse, en effet... Mais je veux tout de même que ce soit fait au plus vite.

—Ah, ma chérie, cʼest un genre de gaîté à laquelle je ne mʼattendais pas du tout. Tiens! Vous me faites penser au mien... qui est beaucoup plus nécessaire, quoique très simple.

—Le mien aussi est très simple. Je lʼai écrit au courant de la plume, sur du papier à lettres, hier soir, puisque je ne pouvais pas mʼendormir...

—Mais, voyons, ma fille!... Je deviens de plus en plus inquiet su lʼétat de votre raison.

—Du tout, père Bollot. Ce nʼest que du gribouillage. Vous allez me dire comment il faut sʼy prendre pour en faire un véritable testament. Vous êtes bien homme dʼaffaires, après tout! Nʼest–ce pas dans vos mains quʼon dépose cette littérature–là?

—Moi, je refuse:

—Par simple méchanceté alors? Mais je suis très têtue; plus têtue quʼune bourrique, père Bollot! Voilà des jours et des semaines que cette idée me hante. Ce sera pour moi une mascotte que ce testament. Jʼen aurai le cœur libéré, comme après un vœu accompli, et je ne penserai plus quʼà vivre.

—Cʼest une affaire, nom dʼune pipe, dans laquelle je ne vois pas du tout clair!

—Mais il nʼy a, là dedans, père Bollot, ni du clair ni du sombre. Cʼest un testament; une feuille de papier à lettres... Vous ne me forcerez pas tout de même à aller chez quelquʼun dʼautre! Et puis, voyez comme cʼest simple, clair, net...

* * * * *

«Moi, Mimi Bluette,—de mon nom Cecilia Malespano—je lègue toute ma fortune, composée de...»— vous allez mettre de quoi, avec exactitude, parce que je ne le sais pas en détail—«... je lègue toute ma fortune aux soldats de la Légion Etrangère, pour que leur vie soit moins dure, et pour quʼil y ait quelquʼun qui pleure lorsque le désert les tue, Monsieur le Ministre de la Guerre aura la complaisance dʼétudier comment et de quelle façon mon désir peut être le mieux accompli.

«Si jʼallais mourir avant vous, quoique plus jeune, vous seriez, père Bollot, mon exécuteur testamentaire, et vous aurez jusquʼà la fin de vos jours la gestion rémunérée de ma fortune. Dès à présent jʼaccorde ma pleine confiance à celui que vous désignerez comme votre successeur.

«Tant que ma mère sera vivante, «lʼŒuvre pour la Légion Etrangère» devra lui servir un tiers de mes rentes, plus une somme de deux cent mille francs, mobilier, tapis, lingerie et tout ce qui se trouve dans mon immeuble des Champs Elysées.

«Je fais cadeau à Linette Messanges, ma fidèle femme de chambre et amie, dʼune somme de cinquante mille francs, pour quʼelle épouse un homme honorable. Je lui permets de choisir parmi mes robes celles qui ne sont pas trop riches pour elle; je veux quʼelle reçoive aussi un de mes réticules en platine, et je lui souhaite dʼêtre toujours douce et gentille comme elle lʼa été jusquʼici.

«Vous donnerez à mon danseur, Jack Morrison, le plus beau brillant de mes bagues, mon grand portrait par La Gandara et une longue mèche de mes cheveux. Quʼil me pardonne, ce brave Jack, sʼil mʼa été impossible de faire son bonheur.

«De mon vivant jʼai été danseuse; mon nom était Mimi Bluette; jʼaimais les belles robes, les danses et les fleurs; jʼai vu le soleil de la tourmente africaine, et cʼest là–bas que mon cœur a péri.

«Nʼimporte quand, nʼimporte où que je meure, vous me ferez dormir au seuil de cette Ville que jʼaime, et je veux quʼon mʼenterre en danseuse, au joli cimetière de Boulogne, dans un petit jardin.

«Depuis lʼEglise jusquʼau cimetière, un tzigane,—peut–être Limka—suivra mon cercueil en jouant le My Blu.

«Au printemps les bluets vont fleurir la douce terre qui me couvre...

«Il nʼy aura de grave sur ma pierre quʼun simple nom: celui dont je signe, toute heureuse...

MIMI BLUETTE»

[Illustrazione: DECORAZIONE]

* * * * *

E danzò.

Bella come non era mai stata, piena di sogno come non era mai stata, viva e nuda su la scena divampante, con lʼanima sua dʼinnamorata la ballerina indimenticabile danzò.

Dal teatro curvo, gremito, con i suoi più belli e più profondi occhi Parigi la guardava.

Ella sentiva battere, nella musica della sua danza, il cuore della Stupenda Città.

Sentiva battere contro sè questa forza, come il palpito di una immensa vela. Ma con lʼanima era lontana, camminava nel magnetico deserto, su la via del perduto Gharb.

Il tappeto rosso copriva tutta la scena, cosparso dʼinestimabili gioielli e di semplici fiordalisi. Un grande falò, anzi un immenso rogo di vera fiamma, sbucava dal mezzo della scena, incendiava il teatro come una vampa maravigliosa. Tutto era fuoco e fiori; fuoco, brillanti e fiori.

Si vedeva il deserto rutilare, splendere la via senza ombra dellʼinfinito Gharb...

Tutto il teatro barcollava in quella tragedia di luce; lʼorchestra invisibile, su gli archi e sui címbali delle musiche mauritane, suonava la Danza del Sole.

Era venuta la sera di gloria, la rossa ora di gloria per Mimi Bluette!...

Quella danza era sua, quella musica era sua; lʼaveva dettata, muovendosi, al musicista che la compose. Il suo corpo era il deserto, era la fiamma, era il disperato balenìo della terra nomade, lungo le carovaniere. Il suo corpo aveva in sè, come uno splendore divenuto movimento, la musica del Sole.

Forse per una magìa di specchi, dovuta ai coreografi di quella scena, ella passava con i suoi veli, coʼ suoi capelli disciolti, frammezzo alle fiamme; ballava di là dal rogo; si vedevano le sue nude braccia salire, contorcersi, fra le spirali della vampa; vi cadeva nel mezzo tramortita; lʼorchestra la faceva risorgere; ella buttava i suoi gioielli sul rogo, sʼinnamorava del bellissimo fuoco; nuda e posseduta ne usciva.

Era il sogno della sua lunga strada per lʼarsa terra che non beve mai, laggiù, dove il deserto assale coʼ suoi nomadi arcobaleni lʼantipodo scintillante.

Come in quei giorni disperati, ora e per sempre, nella sua danza intorno al falò, sul teatro della Città Babelica, ora e per sempre, la ballerina di Parigi portava il Sole. In sè, nella propria materia, nei propri atomi viventi, la ballerina di Parigi portava il Sole.

Invece di parlar con la sua voce, danzando raccontava il suo amore.

Lʼorchestra, sui címbali mauritani, suonava la Danza del Sole.

* * * * *

«Che lunga, lunga strada... che infinita malinconia...

«Divenuta simile al suo carovaniere, aveva ella pure il deserto nellʼanima ed era nata per la via del sud.

«Bon chemin, bon chemin, lalla...»

«A poco a poco la terra diveniva uno sconfinato braciere; ogni traccia dʼabitazione, ogni vestigio dʼalbero spariva. E le ore passavano, i giorni passavano, solo interrotti a lunghissime distanze dalla breve oasi di un magro palmeto.

«Le donne del Guébli, scure, con occhi a mandorla, già crespe di vello sudanese, logore di selvaggia maternità, venivano a guardare in silenzio la bella Cristiana. Le ragazze di nove anni avevano i seni maturi e protuberanti come nespole. Nel rumore dellʼacqua sorgente cantava la musica primordiale della vita.

«Si vedevan nellʼestrema lontananza, in un chiarore obliquo di cataclisma, le dune perdute andarsene alla deriva.

«I leggeri cavalli berberi, assetati e miserabili, ormai galoppavano senza velocità. La carovana sprofondava e risaliva per le ondate ferme del terreno, con un barcollare sfinito, come se le ginocchia degli animali non reggessero più. I muli erano piagati sotto la greve soma; chiazze nere di migliaia dʼinsetti li coprivano come croste brulicanti. Più magri, più alti, più lugubri, solamente i cammelli andavano sempre, con un passo di bestie perpetue, che possano morire camminando.

«E finalmente, un mattino, su lʼestrema via del sud, il capitano di lunga strada vide nascere un confuso tenue disegno azzurro, come un fiocco di nebbia che rasentasse la terra, come una rupe dʼaria nello sconfinato sole. Guardò, guardò prima di parlare; poi disse alla donna che mai non abbandonava...

«Disse alla donna:—Per niente.

«Per niente.

«Le strade vanno; sono il principio dʼuna distanza; il colore dellʼanima che si allontana; portano in sè molta polvere, molto sole; hanno tutte una meta, e non arrivano mai.

«Per niente.

«Un piccolo cuore di ballerina, mandando un sorriso dietro lʼorlo del bicchiere di Sciampagna, una sera di neve, nella Parigi Babelica, sʼera data in braccio al pallido forestiero, come la vergine ubbriaca tremando si genuflette al primo tentatore.

«Adesso portava nellʼanima lʼamore di Maria Maddalena.

«Camminò.

Giunse dove guerreggiano e cadono, sotto le armi della Grande Repubblica, i soldati senza patria, «la gloriosa canaglia» della Legione Disperata.

«Questa era la gente che non avrebbe mai sepoltura.

«Là indietro, su le frontiere dellʼesilio, avevano lasciato agli uomini saggi, agli uomini calmi, anche il cimitero.

«La sera talvolta si udivano cantare...

«Cantare allʼombra dei palmizi biondi, verso lʼora in cui sʼaccendono i fuochi tremuli dei bivacchi, laggiù, per la terra folle, dove, negli uragani di sole, con lʼiracondo nomade vento il sepolcro cammina...»

* * * * *

Questa era la danza del Sole.

* * * * *

Come danzò quella notte, povera piccola bionda Mimi Bluette!...

Nessuna poesia della terra fu mai piena di leggerezza e di palpito come il suo corpo che mirabilmente si muoveva; nessun giardino del mese dʼAprile sʼavvolse mai di primavera, come di musica il suo dolore, nella Danza intorno al falò.

Sino alle ginocchia la vestivano i suoi capelli stupefacenti, ed era così perfetta nella sua nudità, che ogni movimento mandava splendore. Come le donne arabe aveva il palmo delle mani, le unghie, le narici ed i vertici dei seni dipinti con la tintura di hénné. Un segno azzurro, simile ad una profonda incisione, divideva i due lunghi e brillanti archi dei sopraccigli; quel tatuaggio azzurro si ripeteva sotto lʼorlo del labbro inferiore. I piedi, venati e quasi trasparenti come gioielli di smalto, con le falangi ed i calcagni miniati allʼhénné, pareva che avessero camminato sovra un grande mantello di porpora umida.

Veniva dalla sua bellezza, cristiana e barbara, una sacra inverecondia, una evocazione religiosa dellʼamplesso primitivo. Il suo profilo si tagliava nella fiamma, limpido, con una specie di crudeltà; per tutta la sua luminosa criniera si annodavano, come oscure trecce, i riverberi del fuoco.

Era sempre lei, Mimi Bluette, la ballerina di Parigi; lei, con i suoi occhi di Maddalena, con la sua bocca di donna perduta; era sempre il gioiello da principi, lʼetèra per un vizio da re...—ma ora danzava con lʼanima, con lʼanima sua di Transalpina.

Sʼera innamorata come una donna semplice, del paese ove si ama lʼamore; aveva conservato sino allʼultimo il suo piccolo mazzo di fiordalisi, come una ghirlanda naturale di buon odore selvatico e di azzurra semplicità.

Parigi aveva sciorinato per lei quel grande mantello di porpora sul quale danzare a piedi nudi, con i capelli disciolti; Parigi aveva sollevato sino al vertice della gloria lo splendore della sua nudità; ma non aveva potuto soverchiare in lei, nè col fragore degli applausi nè col fuoco dei brillanti, la sua fedele anima di Transalpina.

Ed allora il teatro sentì che passava davanti ai lumi della ribalta, non solamente una di quelle maravigliose creature che son necessarie a Parigi come il Duomo degli Invalidi o le cupole di Nostra Signora nellʼIle de la Cité; ma passava unʼanima creatrice di bellezze, che sapeva esprimere il sogno nelle forme del movimento, come, nel colore o nella musica, nella parola o nella pietra, lʼanima di un artefice rivelatore imprigiona la poesia.

Sentì che un amore passava davanti al rogo della vertigine affricana; ed una specie di ebbrezza concorde sollevò, inginocchiò, lʼanima di quel teatro, che acclamava con tutto il suo fervore la splendida ballerina di Parigi, la creatura di musica e di sole, chʼera caduta su la fiamma spenta, con le braccia neʼ suoi fiordalisi... Mimi Bluette!

Mimi Bluette... La Danza del Sole...

Un nome; nientʼaltro che un nome; anzi un piccolo fiore da mettere sui capelli di paglia, nei mesi dʼestate.

[Illustrazione: DECORAZIONE]

* * * * *

—Est–ce toi, Linette? Quʼy a–t–il encore?

—Madame a sonné...

—Mais pas du tout! Si tu entres toutes les demi–heures il y a peu de chances que je mʼendorme! Quelle heure est–il?

—Onze heures dix, Madame, et il fait très clair.

—Tant pis! Je nʼai pas fermé lʼœil. Cette maudite sonnette, elle mʼénerve! Fais dire au concierge que je nʼy suis pour personne. Pour personne! Mais, d ʼabord, ouvre les volets. Doucement, petit à petit, avec un peu de grâce...

—Bien, Madame; je vais ouvrir. Mais couvrez–vous dʼabord, parce quʼil fait assez froid.

—Je nʼai pas fermé lʼœil de la nuit; mes bras ont la fièvre.

—Vous avez eu un trop grand triomphe, Madame. Le triomphe grise; il empêche de dormir.

—Crois–tu, Linette?...

—Je sais que vous étiez merveilleuse, hier au soir... que tout était merveilleux, hier au soir... Moi non plus je nʼai pas fermé lʼœil, Madame. A six heures jʼétais debout.

—Pour quoi faire?

—Pour voir les journaux, diable!

—Ah, les journaux!... Sont–ils polis? Font–ils du tapage, Linette?

—Du tapage?... Mon Dieu! Cʼest de lʼapothéose! Il y en a qui vous disent des choses pour lesquelles je voudrais les embrasser!

—Tu es une altruiste, Linette. Moi, je mʼen passe volontiers. Pourvu quʼils ne viennent pas me faire des visites, avec leurs gants qui ressemblent à leurs articles! Nʼas–tu jamais remarqué les gants des journalistes? Il nʼy a quʼeux et les cabotins pour en avoir de pareils. Je voudrais bien savoir où diable ils les achètent. Dieu!... que je dois avoir une vilaine figure!

—Du tout, Madame. Un peu de fatigue. Je vous masserai tout à lʼheure et ça passera.

—Est–ce que jʼai faim?... Il me semble que oui et que non. Je lʼignore. En tout cas je vais prendre mon café au lait avec les brioches. Revoilà cette horreur de sonnette! Flûte! Arrache le timbre! détruis les piles! Et puis quʼil sonne, ce chameau dʼen bas, quʼil sonne!...

—On vous envoie des fleurs, des billets, des lettres... Jʼen ai déjà un plateau qui déborde.

—Nous lirons demain, ou après demain, cette littérature...

—Il y a aussi des bouquets, des gerbes, des corbeilles en telle quantité, que nous aurions de quoi installer un petit Jardin dʼAcclimatation.

—Ecoute–moi bien, Linette. Les fleurs, tu les mettras ici, dans ma chambre; tu les laisseras dans ma chambre, toutes.

—Mais vous étoufferez, Madame!

—Jʼétoufferai peut–être, mais tu feras comme je te dis.

—Bien, Madame. Puis il y a des bonbonnières; des bonbonnières en laque, en étoffe, en carton peint. Il y en a même une en cristal, ornée de bronze. Voilà de braves gens, Madame, qui ont pour moi des attentions très appréciables!... Car vous me donnez toujours vos bonbonnières, presque pleines, et moi je les collectionne.

—Tu les auras, Linette.

—Merci, Madame. Puis le Régisseur est venu, le metteur en scène est venu, MM.ͬˢ Glimm, dʼHéricourt et Vilmière sont venus. Enfin il y a Mͬ Jack, qui est là depuis neuf heures du matin. Mais ce pauvre M.ͬ Jack, lui, Madame, il ne faudrait pas le renvoyer!

—Tu dis?

—Jʼose le dire. Car il saute de joie comme un moineau, ce bon M.ͬ Jack, et, en attendant votre réveil, il voulait à tout prix mʼapprendre une danse quʼon danse maintenant au Bal des Quatʼ Zigues, ou des Quatʼ Flics, quʼil a dit.

—Quʼil vienne, donc, ce brave Jack, du moment que tu le protèges. Mais, pour nʼimporte quelle autre personne, Madame dort. As–tu compris, Linette? Matin et soir, pour tout le monde, Madame dort. Cʼest absolu, et je ne veux plus entendre le carillon de la sonnette!

* * * * *

Non appena la cameriera fu leggermente uscita, per recare il suo passaporto al fedelissimo paziente Jack, la fisionomia di Mimi Bluette si spense; le sue braccia ricaddero su la coltre; gli occhi lentamente si volsero verso la finestra che inserenava.

Tutto il cielo era pieno dʼun chiarore di mattinata invernale, morbida e quasi dorata; il sole orlava di ondeggianti vapori le compatte nuvole, senza riuscire a penetrarle.

Mimi Bluette si distese con una pigra e dolorosa voluttà nel soave tepore del suo letto; poi, osservando il proprio gesto, si raccolse nel palmo dʼuna mano lʼaltro suo braccio, che vedeva trasparir dalla camicia, dʼun tessuto fino come velo; si ravvolse il braccio, lo percorse fino allʼombra dellʼascella,—e questo faceva con lentezza, con paura, con dolore, quasi per ritrovare nel proprio corpo una smarrita memoria di sè.

Forse pensava che, nel quadrato azzurro della finestra, vedrebbe il sole ridere per lʼultima volta...

E forse il cuore intimamente giovine le doleva un poco, pensando alle chiare nuvole che attraversano il cielo di Parigi, nei mattini di primavera...

Aveva danzato; era stanca. Stanca per sempre.

Su la Città Stupenda il suo nome correva, come il fumo rosso del vortice di fiamme, che le sue braccia nude avevano spento.

Era Mimi Bluette, la ballerina di Parigi, e non danzerebbe mai più...

Mai più.

Addio!... Così finivano tutte le belle ore della vita. La sua gloria, in quel giorno dʼinverno, era una porta che si chiudeva. La Città non porterebbe in alto che il suo nome lieve. Mimi Bluette.... un piccolo fiore del grano, falciato per sempre... Addio!...

* * * * *

Jack si era seduto famigliarmente su la bella coltre, teneva uno deʼ suoi polsi, ed un poʼ curvo le parlava.

—«Pourquoi être si sauvagesse, Bliouette? Ne voir personne? Pas très juste. Paris délire! On nʼa jamais vu de plus belle danse. Hier soir tout le monde mʼembrassait. Je répondais très calme:—Je ne suis pas Bliouette! Fichez–moi la paix!»

—Tu mʼappelles une sauvagesse, mon brave Jack!... Cʼest vrai quʼon a voulu tʼembrasser à ma place, mais ce nʼest pas une raison pour que tu mʼaffubles dʼun adjectif si ridicule!

—«Moi je parle pour quʼon me comprenne, et sauvagesse est très bien dit. Vous verrez quel théâtre demain soir! Il nʼy a plus moyen dʼavoir une place avant quinze jours.»

—Est–ce vrai, Jack? Il faudra donc que je me repose, la nuit prochaine...

—«All right! Bien dormir, boire des œufs et du vieux Shérry. Cʼest très tonique.»

—Oui, Jack. Seulement tu dois me promettre de ne pas venir chez moi, sous aucun prétexte, ni ce soir ni demain...

—«Comment? Est–ce que vous ne sortirez pas, Bliouette? On voulait vous offrir un grand souper, ce soir.»

—Pas ce soir, Jack. Jʼai la fièvre. Sens: mes doigts brûlent.

—«Yes, les nerfs.»

—Donc, si tu veux que je danse, il faut me laisser tranquille. Tu viendras me chercher demain soir pour aller au théâtre... Cʼest entendu, Jack?

—«Forcément, Bliouette.»

—Allons! ne boude pas, Jack. Montre–moi ta figure: tu deviens extraordinairement beau! Tu as des yeux comme des saphirs dʼorient sur une bague.

—«Oh! Oh! Mais, pour sûr, il y a des mômes...»

—«Qui tʼaiment?

—«Ou qui le disent.»

—Et toi?

—«Moi, je vous aime vous, Bliouette.»

—Oh, il ne faut pas, il ne faut pas!... Mais tu le dis comme une vierge, mon pauvre Jack!...

—«Oui, parce que mon amour est très propre. Je vous aime vous, Bliouette; je nʼai jamais aimé que vous, Bliouette.»

—Mon frère...

—«Ne dites pas frère. Cʼest très plus loin.»

—«Très plus loin» nʼest pas correct. Mais je comprends. Tais–toi. Nʼen parlons plus. Ou bien il faut que je me couvre... Quoi? tu te lèves?

—«Yes; je me promène. Vous avez la fièvre: moi aussi.»

—Non, reste, Jack... Dis–moi: Si tu me voyais très laide, très laide... est–ce que tu mʼaimerais toujours?

—«Quand on est si belle, vous ne pouvez pas être laide.»

—Erreur! Erreur de syntaxe et de concept! Quand on est belle, il y a mille accidents qui peuvent tout de même vous enlaidir. Donc, je te demande...

—«Il me semble que je vous aimerai toujours.»

—Ah...

—«Oui, toujours. Guérissez–vous, Bliouette! Vous pourriez être ma femme, je serais votre bon camarade, la vie serait encore belle...»

—Non, Jack. Bluette est morte.

—«Oh!... si une rose dit: «Je ne suis plus une rose», qui est–ce qui peut le croire?»

—En moi, Jack, cʼest le parfum qui nʼest plus.

—«Comme cʼest triste! Et alors, pourquoi danser?»

—Parce quʼil fallait que je danse! Oui, mon camarade, il fallait encore une fois que je danse. Mais, voyons?... Quʼest–ce que tu fais avec tes yeux? Tu pleures...

—Non, sûrement non!

—Oui, sûrement oui! Et cʼest bête... Car Mimi Bluette sera toujours ta camarade; elle tʼaura aimé comme un frère, comme un vrai frère... Ecoute, Jack: donne–moi tes mains, donne–moi tes lèvres, si tu veux.... embrasse–moi, essuie tes larmes dans ma belle chevelure...

—Vous étiez autrefois si différente!