Mimi Bluette, fiore del mio giardino: romanzo

Part 17

Chapter 174,054 wordsPublic domain

—Pauvre fille! Elle a été si douce, si douce... Mais pourquoi donc les gens mʼaiment–ils toujours, moi, qui suis dʼune nature si horriblement égoïste?... Enfin, si ça te fait plaisir, allume ta pipe, Jack.

—«Bon. Vous me direz après que je peste.»

—Ou que tu empestes... Mais ça ne fait rien. Allume.

Sedettero. Egli premeva il pollice con attenzione sovra il suo biondo Navy Cut.

—Çʼa été très beau en Afrique. Tout le monde savait que jʼétais Mimi Bluette. A Colomb–Béchar les militaires ont joué le My Blu.

—Quand on a bien dansé comme vous, Bliouette, cʼest naturel quʼon ait sa réclame aussi en Afrique.

—Tu crois?

—Yes.

—Ecoute donc. Jʼavais un superbe chef de caravane qui mʼappelait: «Lalla». Cʼétait très gentil.

—Question de goût. Moi ça me fait rire.

—Jack, tu ne mʼas pas encore dit si je suis devenue laide?

—«Oui, un très petit peu.»

—Parce que, sais–tu, jʼai un projet...

—Aïe!

—Tu dis aïe beaucoup trop tot. Cʼest ton vice.

—Jʼai toujours peur de vos projets, My Blu.

—Pas cette fois. Mon projet va te plaire.

—Par exemple?

—Par exemple... écoute–moi bien... Je vais danser!

—Oh!... My Blu!

Non seppe risponderle con altre parole. Ma i suoi occhi mandavano luce. Dʼun tratto afferrò entrambe le sue mani, abbronzate ancora della vampa, mise un ginocchio a terra e le baciò.

—Oui, je vais danser une danse que jʼai dans le cœur. Cʼest le mouvement de la caravane qui me lʼa apprise. Et puis cʼest le soleil du Gharb, le soleil de la terre où ils tombent... où il tombent, Jack, mes frères!... Quand je portais en moi mon cœur comme une pierre, cette danse montait dans mes veines, enveloppait mon être, dans une volupté rouge comme le soleil... Vois–tu? Chacun doit parlar avec son propre langage. Les poëtes font de la poesie; les peintres sʼoccupent de la couleur; moi, qui étais née danseuse, je sentais le désert comme une danse, et il y avait pour moi des orchestres dans la fureur du soleil...

—Oh, comme cʼest beau ce que vous avez dit, Bliouette!...

—Mais non, Jack, cʼest tout à fait simple... Nous avons marché des jours et des jours, assoupis dans la somnolence de la caravane; il y avait là–bas ce soleil que tu nʼas jamais vu; et le silence furieux de cette atmosphère étourdissante mʼenvoyait des chansons qui étaient vastes comme lʼinépuisable désert... Jʼai senti naître en moi une musique de soleil, qui était nouvelle, sur laquelle personne, jamais, nulle part, nʼa dansé... Je veux faire cadeau à cette ville de ma danse; elle mʼa bien donne, Jack, mon amour...

—Vous attribuez ça à la caravane; moi je crois, Bliouette, que le miracle est dans vos pieds.

—Si tu étais philosophe on tʼappellerait, je crois, un matérialiste. Mais, puisque tu es danseur, on ne peut tʼappeler quʼun idiot. Enfin tu seras mon impresario, Jack. Cʼest toi qui mʼarrangeras ce spectacle. Et quand jʼaurai dansé ma danse, presque nue, sur des tapis rouges, alors, pour te faire plaisir, je danserai aussi les tiennes, avec toi Mais je veux que ce soit splendide! Un théâtre comme Paris sait en faire aux actrices quʼil aime. Tu vas dʼabord mʼenvoyer un musicien. Je danserai: il devinera la musique. Tu mʼenverras celui qui a écrit le My Blu. Quoiquʼil ait à présent un peu de morgue, pour avoir été joué aux quatre coins de la terre, grâce à Mimi Bluette, il se ressouviendra, j ʼespère, quʼil était râpé comme une vieille culotte quand il vint mʼoffrir sa pièce, pour le prix de trois louis... une vraie aubaine! Maintenant il a un tarif de boxeur nègre. Mais tu peux lui dire que Mimi Bluette nʼest pas à vingt–cinq louis près. Tu feras annoncer ce spectacle le plus bruyamment et le plus loin que tu pourras. «La Danse du Soleil... Mimi Bluette»—«Mimi Bluette... La Danse du Soleil»—Cʼest joli, hein? la Danse du Soleil?... Ce Dieu terrible me possède, Jack, et je danserai une danse furieusement ensoleillée... Aussi tu prieras Sem de me faire une affiche. Je ne suis pas tout à fait certaine que Sem soit un dessinateur extraordinaire, mais, quand cʼest de lui, cʼest du Sem, et ça colle! Puis tu iras faire une visite da ma part à Messieurs les Moucheurs de Chandelles, au Monsieur du Strapontin et à ses collègues; tu trouveras moyen de souffler à Fred Chinchilla que Bluette étalera sur son tapis rouge pour un million de bijoux... Enfin tu iras au Bar de la Grande Rouquine—tu iras ce soir même—dire à Sanderini quʼil sʼamène chez moi, car jʼai une faveur très delicate à obtenir de sa vilaine gueule...

[Illustrazione: DECORAZIONE]

* * * * *

E passò quei giorni ricinta nel suo dolore come in una fredda collana di pietre scintillanti.

Mimi Bluette!... Un nome, nientʼaltro che un nome; anzi un piccolo fiore da mettere sui cappelli di paglia, nei mesi dʼestate.

Parigi lʼaveva buttata in alto come il vertice luminoso dʼuna fontana, ed ora che la sua lievità non poteva più essere trasparente, con unʼestrema vertigine del suo chiarore Parigi la ricoricava.

Nella Danza del Sole, sul tappeto rosso come il Guébli, voleva calpestare con magnificenza il suo cuore morto. Davanti alla Città che lʼaveva stupendamente innalzata, voleva passare, splendere, come rifulge dopo la tempesta il miracolo dellʼarcobaleno. Gridare a quei milioni di uomini respiranti nella felice aria della vita: «Io che danzo ancora su questa musica del mio delirio, seminuda perchè mandai profumo, io sono Mimi Bluette!...» Gridare con la musica estrema dei suoi movimenti allucinati: «Città Raggiante!... Città Vertiginosa come il Guébli... Città barbara, dove il sole non tramonta mai!... guardami ancora una volta! Questo è il profumo di carne che a te mandarono i miei fiordalisi. Passai nella tua primavera come la musica dʼun raggio di sole; fui, con tutto il mio corpo, la bellezza che ti è necessaria, o Parigi etera dei secoli!... Sono venuta per le tue strade folli un giorno della mia giovinezza, e nessuno mi guardava. Ero giovine come la primavera, e nessuno mi guardava. Io non sapevo nemmeno che lʼarcobaleno avesse un colore il quale si chiama la Gloria,—e tu me lʼhai data. Mi hai detto: «Va nel mio giardino, piccola fiamma, e scégliti un fiore.» Ho scelto i fiori del sole nei campi, questi azzurri fiordalisi, di cui mi feci una ghirlanda perchè andavano bene con me. Io non avevo altro che i miei capelli biondi e le mia caviglie leggere; tu mi hai sollevata come una piuma nelle tue bufere di sole... Guarda! Ora danzerò per sempre la danza del mio cuore morto, calpesterò, sovra un tappeto rosso come il Guébli, su la morta erba del mio giardino, i fiordalisi di Mimi Bluette...»

[Illustrazione: DECORAZIONE]

—Suis–je ou ne suis–je pas en présence de la divine Bluette?—disse per celia lʼottimo Sanderini. Era, come sempre, agghindato nella stralucida marsina e dondolava con una specie di sonno la sua vecchia testa dʼavvoltoio domestico.

—Eh bien, mon vieux Sanderini! Ça va toujours cette gonzesse que nos littérateurs appellent lʼexistence? Oui? ça va toujours? Tant mieux! Voilà des siècles que je ne revoyais pas votre bonne tête! Comme ça fait plaisir tout de même de se dire bonjour entre copains!

—Et moi je vous dis, madame Bluette, que nous étions tous bien tristes chaque fois que nous entendions prononcer votre nom. On se regardait dans les yeux, la Grande et moi, sans rien dire; puis la Grande mʼenvovait une injure, car cʼest sa façon à elle dʼavoir du chagrin. Pensez donc si jʼai bondi, hier soir, quand M. Jack est venu me dire que vous étiez là, et que «Mimi Bliouette était nécessaire interview de vous, mister Sanderini...»

—Ah, ce brave garçon! Il nʼest pas ce quʼon appelle un polyglotte, et pourtant je lʼaime bien, mon vieux Sanderini; je lʼaime comme un frère.

—Hier soir il était rayonnant. Il a fait le tour des tables, et il prenait tout le monde par les poignets: «Savez—vous? Mimi Bliouette va danser! Mimi Bliouette in the Sun Dance! Yes: dans la Dance du Soleil!...» Oh, quʼil en était aux anges, le pauvre petit!

—Et bien, oui, nous allons voir une fois de plus si ça colle, mon vieux Sanderini!

—En douteriez–vous par hasard?

—Non, je nʼen doute guère... Seulement jʼai été bien éprouvée depuis quelques mois, et, si les pieds restent agiles, des fois le cœur ne lʼest plus.

—Voyons! Quelle blague!

—A la fin je me suis dit: «Sacrée Bluette, si cʼest vrai que tu es née danseuse, il faut bien que tu recommences!»

—Voilà qui est bien pensé, madame Bluette. Cʼest ce que je dis toujours, moi, quand je vois des figures mornes: «Faut pas sʼen faire!... Faut pas sʼen faire!...» A la fin des fins, madame Bluette, qui est–ce qui vous en dira merci?

—En effet, Sanderini...

—Et alors, à quoi bon? Faut pas sʼen faire! Le sac est déjà très lourd à porter, sans quʼon y ajoute soi–même des pierres. Et puis, un beau jour, quand vous aurez le cœur libre et que vous ferez, comme une benne ménagère, la révision de votre compte de semaine, en voyant tout ce quʼil y a eu de cassé, de fripé, de perdu, sans le moindre bénéfice, vous nʼaurez quʼune chose à vous dire, ma pauvre Bluette: «Dieu, que jʼétais aveugle! que jʼétais aveugle!» Vous mʼexcusez, nʼest–ce pas, si je vous parle avec tant de franchise?

—Je vous écoute sans protester, cher Sanderini. Vous êtes un homme dʼexpérience, et rien ne mʼempêche de croire que vous avez positivement raison...

—Mais, en tout cas, je ne suis point venu pour vous faire de la morale. Un Sanderini moraliste, un Sanderini cautériseur dʼâmes, voilà un métier pour lequel je ne me connais point dʼaptitudes! Jʼen fais bien dʼautres, si vous voulez, et je mʼen tire dʼune façon décente, quoiquʼon me tienne pour un larron des plus fieffés... Mais pour vous, madame Bluette, pour vous je nʼai que de bons sentiments, et moi, qui suis pourtant un égoïste, je saurais tout de même sacrifier mon bien–être personnel pour le plaisir de vous rendre service.

—Mon Dieu, oui, Sanderini, il y a de braves gens! Il y a de braves gens, surtout parmi ceux qui nʼont pas à chaque instant leur âme au bout des lèvres et vous la collent sur vos blessures comme du taffetas...

—A la bonne heure, ma toute belle! Vous commencez à apprendre la vie.

—Peut–être, mon vieux Sanderini... Ce quʼil y a de sûr cʼest que je me sens moi–même...—oh, la phrase vous paraîtra bien drôle!—je me sens moi–même en rupture avec la société... Ces gens comme il faut, croyez–vous? ils mʼhorripilent!

—Et moi!... Fichtre! si seulement on me laissait faire!... Dans tout homme résigné il y a toujours le sans–culotte qui roupille. Un jour vient où il sʼéveille et veut ameuter les carrefours pour pendre les aristos à la lanterne.

—Cʼest possible. En tout cas le mien aurait plutôt envie de se pendre lui même...

—Et cʼest triste. Il ne faut jamais envoyer son cœur à la guillotine. Vous avez le tort, ma toute belle, dʼavoir lu des poëtes. Moi, les poëtes, je les laisse aux rafalés!

—Les rafalés, vous dites? Ah, le beau terme! Et comme il me va, Sanderini! Car je ne suis désormais quʼune pauvre femme rafalée... Oui, je ne mʼen cache guère: jʼ ai eu du chagrin, je suis éreintée, jʼai besoin, vraiment besoin, de trouver autour de moi un appui quelconque... Eh bien, ma foi, ce nʼest pas aux gros bonnets, aux philanthropes, aux gens de bonne conduite, quʼil me prendrait jamais la faiblesse dʼavouer ma peine! Pour ceux–là je vais danser ma Danse Rouge; devant ceux–là je vais paraître implacablement heureuse, ayant toujours aux lèvres mon sourire dʼautrefois... Mais cʼest ici, dans les coulisses, où les feux de la rampe ne mʼembrasent pas dʼune lueur artificielle, cʼest ici, où Mimi Bluette redevient la pauvre fille de jadis, que je puis vous dire, Sanderini, combien mon âme est triste, et combien je me sens vide, morne, solitaire, hantée par la frayeur de mes nuits blanches...

—Mais non! mais non! Il faut chasser tout cela! Il faut venir souper chez la Grande Rouquine, lever son verre plus haut que le front, et puis rire, rire!... ne rentrer quʼà lʼaube, légèrement grise, lʼâme gonflée comme une voile dans la vapeur du Champagne... Que diable! Est–ce possible que ce Paris, où lʼon soigne des rois neurasthéniques, ne parvienne pas à vous guérir, vous, qui êtes une créature de joie?

—Jʼai été amoureuse comme une folle, mon pauvre. Sanderini...

—Quoi donc? Il y en a bien dʼautres qui ont été amoureuses comme des folles! Presque toutes lʼont été. Cʼest–à–dire quʼelles ont cru lʼêtre, ce qui revient au même. Et avec ça? Faut pas croire que ce soit la fin du monde. Petit à petit, jour par jour, comme cʼest venu, ça passe. Eh, oui! Ne hochez pas la tête... Il en est de cela comme des robes à paniers... ça passe!

—Jʼai été amoureuse comme une folle... je le suis, je le serai, comme une folle...

—Bien sûr, bien sûr! Vous conjuguez à merveille... Mais cʼest toujours de la conjugaison, ma divine!... Pas autre chose que de la grammaire du sentiment. Allez plus loin: vous tomberez dans le crépuscule de lʼimparfait, vous vous éloignerez dans lʼombre du prétérit indéfini... Croyez–moi: la conjugaison des verbes nʼa dʼautre raison dʼêtre que lʼinconstance du cœur humain. Sans cela vous pourriez toujours dire: a «Jʼaime»—et ce serait vrai pour toute la vie.

—Sanderini, savez–vous quʼil est mort à la Légion Etrangère?

—Oui, je le sais.

—Comment le savez–vous?

—Quʼimporte, puisque je le sais?

—Mais... les détails?

—Oui, les détails aussi. Nous savons quʼil est mort en brave, criblé de blessures, sur le drapeau ennemi. Dʼailleurs, il nʼy avait quʼà voir sa tête pour être sûr quʼil marcherait tout droit. Moi, voyez vous, jʼai toujours dit au nez des moqueurs: «Oui, elle lʼaime, cʼest bien dommage... Pourtant je suis sûr que ce type–là nʼest pas un gangréné comme vous.» Et la Grande qui se rebiffait: «Mouche–toi, vieille chandelle! Tʼa–t–il fait cadeau dʼune épingle de cravate, que tu en parles comme de ton cousin?» Bref, laissons tout ça, ma divine. Quand on a eu un malheur... eh bien, cʼest dur, je le sais... Mais, tout de même, on lʼaccepte, on le plie en quatre comme un joli mouchoir de soie, on lʼenferme dans la petite boîte secrète que chacun porte en son cœur, et puis on lui dit, à cette gueuse, oui, exactement ce que vous avez dit: «Chienne de vie, drôlesse à quatrʼpattes, cʼest très dur, cʼest très très lourd, mais il faut bien que je recommence!...» Pas vrai?

—Sanderini, je vous ai fait venir parce que je sais que vous êtes un homme à rendre de menus services...

—Cʼest mon devoir.

—Et parce que je sais que vous êtes un homme adroit, subtil, point bavard, point farouche...

—On le dit.

—Que vous savez devenir indispensable aux moments graves... indispensable et discret...

—Disons: comme une faiseuse dʼanges.

—Ou bien... comme un marchand de paradis!

—Ah, tiens, jʼy suis! Jʼy suis, ma divine. Cʼest de lʼoubli chimique, de lʼivresse au milligramme quʼil vous faut...

—Oui, mon ami: de la morphine...

—Aïe!

—Car, je vous lʼavoue franchement, Sanderini; tous les soirs jʼai envie de me tuer.

—Hum!

—Cʼest donc pour mʼaider à revivre.

—Jʼentends.

—Cʼest pour que je puisse rentrer vers lʼaube, lʼâme gonflée comme une voile... Ne mʼen donnerez–vous pas?

—Jʼhésite.

—Pourquoi donc? Vous en donnez bien à...

—Chut! Ne disons pas à qui jʼen donne. Le cas est très différent.

—Sanderini, soyez gentil...

—Très différent, vous dis–je.

—En quoi?

—Vous allez rire. Ces femmes, voyez vous, ça mʼest à peu près égal quʼelles sʼadonnent aux stupéfiants, aux aphrodisiaques délétères, quʼelle prennent de la coco, de la morphine, ou quʼelles sʼéthérisent à leur gré... Moi, ça me rapporte; et quʼelles soient plus ou moins vannées, plus ou moins détraquées, pour Notre Dame de Pantruche il nʼy aura rien de perdu! Mais, lorsquʼil sʼagit de Mimi Bluette, voyons, ce nʼest plus la même chose!...

—Préférez–vous, Sanderini, que jʼaille mʼacheter mon coin de terre dans un petit cimetière de banlieue? Je le ferai sans doute, ce soir peut–être, ou le premier jour que jʼaurai la force de vaincre ce petit frisson... Car là–bas, dans le Gharb, cʼest plus facile quʼici. Je sais bien pourquoi ils se font tuer... Lʼair est tellement rouge! Mais ici, quand on est sur le point de faire ce petit geste, cʼest une sensation de froid qui vous arrête... Et puis on a toujours envie de ne pas sʼenlaidir... Voyons, Sanderini, vous reviendrez ce soir, demain peut–être; vous mʼapporterez ma vie dans un petit flacon très limpide...

—Fichtre! Mais cʼest que ça fait terriblement mal ces saloperies–là!

—Quʼimporte? Ça ne fera jamais si mal que dʼêtre morte... Et puis, si vous refusez, mon brave Sanderini, qui est–ce qui mʼempêchera dʼen prendre ailleurs?

—Tant pis! Je nʼaurai pas à me dire que cʼest «ma drogue».

—Mais elle me guérira, et vous nʼaurez pas non plus ma reconnaissance.

—Vous guérirez du noir, sans doute, mais non pas de la morphine.

—Croyez–vous?

—Hélas, ma divine, cʼest pire que lʼalcool, pire que le jeu, que lʼamour, que le crime... Rien ne vous sauvera dʼelle, quand vous en aurez pris le vice.

—Cʼest peut–être bien ce quʼil me faut, Sanderini!...

—Horrible!

—Et puis, vous ne savez pas quʼune petite femme comme moi peut avoir une volonté surprenante. Jʼen guérirai, quand elle ne me sera plus nécessaire. Ma parole dʼhonneur, Sanderini: jʼen guérirai.

—On le dit, Madame Bluette, on le dit...

—Je vous en donnerai deux fois, trois fois le prix habituel...

—Taisez–vous, de grâce! Je sais vendre, oui, mais pas à vous.

—Sanderini, votre main... Promettez!

—Mais pourquoi donc, ma Bluette? Voyez: je vous dis «ma Bluette», comme si vous étiez ma fille...

—Ça mʼest égal. Je vais écrire un mot à Frédéric de la Rue Blanche... Jʼen aurai ce soir même. Elle sera peut–être mauvaise, et, en plus, on me débinera.

—Pour sûr.

—Donc, Sanderini? Vous seriez le premier homme qui ait refusé quelque chose à Mimi Bluette... A Mimi Bluette!... Voyons, Sanderini! Vous ne dites plus rien?... Vous vous taisez?... Parfait! Alors cʼest entendu. Pour ce soir, ou pour demain... et silence!

[Illustrazione: DECORAZIONE]

Una mattina Parigi si destò, azzurra e traboccante di fiordalisi, come un raccolto nei mesi dʼestate, quando il grano ha da essere mietuto.

«Mimi Bluette—La Danse du Soleil!...» Sui muri della immensa Capitale brillava come una bionda frivolità il suo limpido sorriso. Dappertutto ella camminava, coʼ piedi nudi, sul rosso tappeto che inazzurrava la giuncatura deʼ suoi fiordalisi. Dietro la sua carne trasparente, dietro i suoi capelli disciolti, si alzava, come la vampa del Gharb, un vortice di fiamme. La Città Stupenda per lʼultima volta sʼimpadroniva della sua bellezza; lʼanima dionisiaca di Parigi per lʼultima volta splendeva nel miracolo della sua danzatrice. Lungo le strade, per ogni quadrivio, nei sobborghi, lungo i moli della Senna, tra un colore di fiamma e di giardino riappariva Mimi Bluette.

I milioni dʼuomini racchiusi nellʼanfiteatro dellʼimmensa Capitale guardavano con un senso dʼamicizia e di piacere il sorriso della divina Bluette.

Non tutti sarebbero andati a vederla, ma tutti ricevevan da quel nome un senso di leggera e trasparente poesia. Era per tutti una cosa loro, un nome che aveva danzato le più belle danze di Parigi, una musica lieve in quellʼenorme tumulto,—anzi un piccolo fiore da mettere sui cappelli di paglia, nei mesi dʼestate.

—«Mimi Bluette—La Danse du Soleil...»

Cʼera stato un ballo, propagatosi ai quattro angoli della terra, che si chiamava My Blu; cʼera stata una maniera dʼesser belle che si chiamava la maniera di Mimi Bluette; cʼera stato un fiore dellʼanno, coltivato nelle vetrine fosforescenti e venduto a mazzi dalle fioraie de la Madeleine, che si chiamava «bleuet»; cʼera stata la pelliccia, la stoffa, la piuma, il quadro, il libro, lo scandalo, che si chiamavano Mimi Bluette: ossia la musica e la bellezza di questa danzatrice non erano state altro che una bellezza ed una musica della trionfale Parigi.

Le sue candide braccia nude si erano strette come un profumato capestro intorno al collo cattolicissimo di un giovine Re; avevano distratta con pazienza la noia siberiana di un folle Granduca; si erano infine avviluppate con delirio allʼombra di un tragico avventuriero... Parigi non ha mai domandato altro alle creature di sogno e di leggenda che lʼanima di questa Città dionisiaca inghirlanda su gli altari della sua folle paganità, per la gioia di vederle splendere.

«Mimi Bluette—La Danse du Soleil...»

Ora tornava dal Gharb vertiginoso, dai bivacchi dellʼergastolo camminante; portava sul nudo suo corpo lʼombra dʼuna gloriosa bandiera.

[Illustrazione: DECORAZIONE]

—Cher Monsieur Bollot, ne bougez pas de votre fauteuil! Je viens pour une futilité... Vous allez rire.

—Oh, ma fille! Est–ce vous? Tiens! Je mʼétais assoupi depuis cinq minutes, je suppose. Hélas!... avec lʼâge on devient roupilleur. Mais, où sont–elles mes lunettes à présent?

—Les voilà vos lunettes. Elles ont glissé dans votre gilet. Lʼampleur de votre cravate les a sauvées dʼune chute.

—Ah, cette fripouille de clerc!—Eh, là bas!... Justin! Mauvaise graine! Est–ce que je ne tʼai pas donné lʼordre de frapper dans tes mains quand tu vois que je mʼendors?—Ah, ma chère fille!... comme cʼest désespérant dʼavoir affaire aux poëtes!... Car vous devez savoir que mons clerc Justin se croit un émule de Mͬ Alfred de Musset!... Je nʼai quʼà fermer lʼœil, et le voilà quʼil profite de mon somme pour composer des sonnets dʼamour, quʼil envoie à des drôlesses!

—Je ne crois pas quʼil ait tort, ce jeune monsieur. Car moi aussi jʼaimerais mieux être poëte que dʼavoir à recopier vos actes, rébarbatifs et grincheux comme les roquets des vieilles rentières!

—Très bien, très bien! Venez me débaucher mon clerc à present! Déjà il spécule sur mon encre, sur mes plumes, sur mon buvard et sur la cire à cacheter; deux fois par mois, régulièrement, il souffre dʼune envie de ne rien faire quʼil appelle cholérine; il fleurit sa boutonnière et fume dans mon corridor. Jʼavais une bonne de 36 ans: il a fallu que jʼen prenne une de 59... A présent il ne manque plus que vous, Madame Bluette, pour approuver sa fainéantise! Mais venons à nos affaires. Y a–t–il du nouveau depuis la semaine dernière? Avez–vous per hasard lʼintention de me réclamer quelques centaines de mille pour faire un plus long voyage?

—Ne vous alarmez pas si vite, père Bollot! Jʼai fini mon tourisme. Et dʼailleurs vous savez quʼà présent je danse!...

—Oui, je vous ai vue partout en image. On ne rencontre que Mimi Bluette en se promenant dans Paris. Ça mʼa fait grand plaisir! Vous allez donc mʼapporter la forte somme. Jʼen ai grand besoin pour boucher les trous dʼAfrique.

—Oui, père Bollot; le contrat est des plus avantageux. Pourvu que je puisse danser jusquʼà la fin...

—Cʼest–à–dire?

—Mais, rien du tout, père Bollot! Je veux dire tout simplement: Pourvu que ma santé reste bonne... pourvu que le soleil de là–bas ne mʼait pas affaiblie... Car, vous savez, il brûle!...

—Très bien, très bien, ma fille! Donc, voyons: vous aviez quelque chose à me dire...

—Renvoyez votre clerc, père Bollot. Ce nʼest rien de grave, mais jʼaime autant être seule avec vous.

—Eh, là–bas, dis donc, Justin!...—Le voyez–vous ce polisson? Il fait la sourde oreille.—Prends ton travail, Justin, et va–tʼen dans ma chambre à coucher. Mais gare à toi si tu me fais une tache dʼencre sur mon tapis!

—Non, père Bollot. Pour ce soir nous allons le congédier. Pas vrai, monsieur Justin, quʼil vous faudrait une bonne heure de promenade pour confier aux Tuileries les rimes de vos sonnets?

—Pour sûr que oui, Madame!

—Mais comment? Le congédier à lʼheure quʼil est? Quatre heures à peine... Jamais de la vie!

—Je vous en prie, père Bollot. Quand on a un clerc qui est poëte... Faites–le pour moi; quʼil sʼen aille.

—Oui, quʼil sʼen aille au diable, sʼil le peut! Le voilà en vacances un jour de semaine! Toujours quelquʼun qui le protège, ce Zéphyr du papier timbré! Dis donc merci à Madame, et décampe.

—Merci, Madame.

—Bon. Et ne vadrouille pas ce soir. Demain matin, à huit heures précises! Si tu es en retard, je te mets à lʼamende.