X... Roman impromptu

Part 13

Chapter 13804 wordsPublic domain

--Ma vie était entre vos mains: vous pouviez me noyer, me pendre, me brûler, m’asphyxier, me guillotiner, m’étouffer, m’empoisonner ou me faire lâchement poignarder par des Napolitains de bas étage. Vous ne l’avez pas fait. Si je suis ici en ce moment, cette pipe à la main et ce vague sourire sur les lèvres, c’est à vous que je le dois. Merci.

--Il n’y a pas de quoi! murmura le chef.

L’homme poursuivit:

--«Ami, m’avez-vous dit, sois _notre homme_: notre homme de bronze et notre homme de paille, notre homme de confiance, notre homme d’affaires, notre homme du monde et, au besoin, notre homme d’équipe! Sois _notre homme_ m’avez-vous dit, et il ne te sera fait aucun mal.» Ai-je été _votre homme_ ainsi que vous l’entendiez?

--Oui.

--Ai-je fidèlement exécuté tous vos ordres et me suis-je prêté sans murmurer à toutes vos fantaisies? Nuit et jour, me suis-je tenu à votre disposition? Où il vous a plu de m’envoyer, suis-je allé? Suis-je revenu d’où j’étais toutes et quantes fois il vous a semblé bon de me rappeler? Ai-je gardé le silence sur ce que vous vouliez céler? Ai-je dit toutes les choses qu’il vous agréait que je disse?

--Oui.

--Mes actes, mes gestes, mes grimaces et mes tics sont-ils constamment restés en accord avec vos désirs?

--Oui.

--J’étais seul. Vous m’avez dit: «Sois deux! Cette femme est pour toi: prends-la.» L’ai-je prise?

--Tu l’as prise.

--Sans hésitation?

--Sans hésitation.

--Êtes-vous contents de moi?

--Nous sommes contents.

--Un mot alors, camarades.

--Parle!

--Maintenant que cette femme est mienne et que j’appartiens à cette femme, suis-je parvenu au terme de ma mission? Ai-je reconquis le droit d’être moi-même et puis-je enfin prendre congé de vous?

--Tu es libre.

--J’emmènerai donc mon épouse, ce soir même, là-bas, ailleurs ou autre part. J’ai été le jouet du hasard durant toute ma vie, et je ne veux avoir d’autre guide que le hasard au cours de mon voyage de noces...

--Tes paroles sont-elles la translation exacte de ta pensée? demanda le syndic.

--Oui! fit l’homme.

--Alors, qu’il soit fait selon ta volonté!

En prononçant ces paroles, le président tira de la poche de son gilet une hache d’abordage et, d’un seul coup, trancha le câble de l’aérostat.

Libre de ses entraves, le ballon monta droit dans le ciel pendant environ six minutes, puis, ayant trouvé la route du nord, rapidement il s’éloigna dans la direction de la Norvège.

Il s’éloigna, emportant Odette et X..., tandis qu’avec la joie saine des artisans dont la tâche est enfin terminée Pierre Veber, Jules Renard, Tristan Bernard, Georges Courteline et George Auriol débouchaient gaiement de nouvelles bouteilles.

FIN

TABLE DES CHAPITRES

Pages. I.--Une situation qui n’a pas de nom 9 II.--La réponse du capitaine et la réplique de X... 17 III.--Comme on se retrouve 24 IV.--A la recherche d’une âme sœur 29 V.--Où le lecteur fait connaissance avec un nouveau personnage 34 VI.--Dans lequel le capitaine ôte sa redingote 41 VII.--Où le capitaine remet successivement sa redingote et une personne qu’il a connue autrefois 49 VIII.--X... chez les Indiens 57 IX.--L’hôtel de Sénégambie 65 X.--Apparition de deux ingénues 72 XI.--Où le lecteur fait la connaissance de M. Maubeck 79 XII.--Maubeck hérite 87 XIII.--Marthe et le Mohican 96 XIV.--Mesdemoiselles de Buthenblant 107 XV.--Où X... éprouve une immense émotion 116 XVI.--Chez le myre Othon 121 XVII.--Une soirée chez les Buthenblant 130 XVIII.--Le duel 139 XIX.--Où la situation semble s’éclairer, mais bien faiblement 148 XX.--Un bouge 157 XXI.--Les naufragés de la rue Germain-Pilon 165 XXII.--Un orage terminé par un coup de tonnerre 173 XXIII.--De plus en plus loufoque, ou le suicide du Mohican par l’assassinat 181 XXIV.--Dans l’autre monde 189 XXV.--Hôtel de Tananarive, chambre 20 197 XXVI.--Où le vidame de Buthenblant raconte sa tragique histoire 205 XXVII.--X... fait une fin 212 XXVIII.--Revenons au capitaine 222 XXIX.--Où X... révèle sa personnalité 228 XXX.--Larguez les amarres! 235

TABLE DES MATIÈRES

PIERRE VEBER: Avertissement; pages 9-16, 49-56, 87-95, 130-138, 173-180, 212-221.

JULES RENARD: pages 17-23, 57-64, 96-106, 139-147, 181-188.

TRISTAN BERNARD: pages 24-33, 65-71, 107-115, 148-156, 189-196, 222-227.

G. COURTELINE: pages 34-40, 72-78, 116-120, 157-164, 205-211, 228-234.

G. AURIOL: pages 41-48, 79-86, 121-129, 165-172, 197-204, 235-242.

E. GREVIN--IMPRIMERIE DE LAGNY--3-1927.

NOTE DU TRANSCRIPTEUR

Le passage en sanskrit en tête du chapitre XVI est tiré de l’acte 2 de _la Reconnaissance de Sacountala_, édition de Chézy, Paris, 1830, qui le traduit ainsi:

«Quand je réfléchis sur la puissance de Brahmâ et sur les perfections de cette femme incomparable, il me semble que ce n’est qu’après avoir réuni dans sa pensée tous les élémens propres à produire les plus belles formes, et les avoir combinés de mille manières dans ce dessein, qu’il s’est enfin arrêté à l’expression de cette beauté divine, le chef-d’œuvre de la création.»