Voyages loin de ma chambre t.1

ici. En général, les Anglicans les regardent comme nous autres,

Chapter 25,376 wordsPublic domain

Catholiques, regardons les Protestants, c’est-à-dire hors de l’Eglise, et ils les nomment _Dissenters_, ce qui veut dire Non-Conformistes.

Les Dissenters reçoivent la communion le soir, tandis que les Anglicans la reçoivent à jeûn le matin. Les Dissenters la reçoivent assis, autour d’une grande table, rompant le pain et buvant le vin ensemble, en imitation, disent-ils, de J.-C. à la dernière Cène.

Les soi-disants Catholiques font abstinence tout le Carême et tous les vendredis de l’année, et plus sévèrement que nous.

Ils vont à confesse, et n’obtiennent l’absolution qu’après avoir fait d’autres Pénitences que des prières. Il faut qu’on se corrige de telle ou telle faute, ou en partie, avant de recevoir l’Absolution. Aussi prient-ils pour les morts, observant les fêtes des grands Saints, c’est-à-dire de ceux ou de celles dont on trouve les noms, soit dans l’Evangile, soit dans l’Ecriture Sainte, mais ils ne reconnaissent pas les saints de nos jours, tels que Marguerite-Marie, Jeanne d’Arc, et se moquent de la proposition de faire cannoniser Christophe Colomb, qu’ils disent n’avoir jamais été chrétien!

Les Anglicans récitent l'_Ave Maria_, _Hail Mary_, en anglais, font le signe de la croix et des génuflexions comme nous les faisons.

Aux fêtes de la Sainte Vierge, de Pâques, de l’Ascension, de _Corpus Christi_, de la Dédicace des Eglises, de Saint Michel, etc., il y a des processions magnifiques dans leurs églises, avec bannières et chants religieux. Elles se terminent comme dans le culte catholique par la bénédiction. Leurs autels ont le Christ et des cierges allumés comme les nôtres, ils ont aussi des statues de Saints dans leurs églises, le tout si beau, si propre, si soigné, qu’il faut bien l’admirer. Les membres de la Haute Eglise ont également des statues et des objets de piété dans leurs chambres à coucher.

Ils ne se gênent pas pour critiquer nos églises, et se disent très scandalisés de voir le manque de propreté qui règne chez les Romains, en tout ce qui sert à l’usage du bon Dieu, mais par-dessus tout ils blâment les chandeliers qui servent au _public_ pour placer les cierges, et dont on voit couler la graisse. Les Anglicans (prêtres) ne se servent dans l’église que de cierges en cire, jamais de bougies comme on en met dans les nôtres. Si la paroisse est pauvre, on en brûle moins, mais tout est de première qualité, aussi le linge, les rochets des prêtres, les nappes d’autel, etc., sont d’une blancheur immaculée.

La Haute Eglise anglicane a des communautés religieuses, dont les hommes et femmes portent des costumes pareils aux nôtres, et suivent presque les mêmes règles.

J’ai visité pendant mon dernier séjour à Londres, une chapelle anglicane de perpétuelle adoration, et j’y ai vu quatre sœurs en prière devant l’autel. Le prêtre m’a dit qu’il en est toujours ainsi, et que les religieuses veillent jour et nuit devant le Saint-Sacrement exposé.

Les sœurs de charité rappellent les nôtres à s’y méprendre. Les prêtres, comme notre clergé français, mettent une soutane dans la maison, à l’église ils portent des vêtements magnifiques, qui seraient dignes de nos plus riches paroisses.

Ils ne font pas vœu de chasteté, mais tous ne se marient pas. On trouve qu’il vaut mieux éviter les scandales et immoralités qu’on rencontre quelquefois dans les pays catholiques romains, et pour cette raison on les laisse libres. L’Eglise anglicane ne reconnaît que deux sacrements; le Baptême et l’Eucharistie. Son enseignement sur le baptême est le même que le nôtre; et on croit qu’un enfant mourant sans baptême entre dans les Limbes et reste privé de la vue de Dieu.

Le Baptême se fait aussi à l’Eglise, qui a des fonts baptismaux, mais on ne fait pas usage de sel ni d’huile. Le prêtre cependant fait le signe de la Croix sur la tête de l’enfant en le prenant dans ses bras, et en le baptisant, il se sert en anglais des mêmes paroles que celles dont se sert l’Eglise catholique romaine. Le _Credo_ est semblable au nôtre, on y supprime seulement le mot _Romain_.

Pour un garçon il faut deux parrains et une marraine, et pour une fille deux marraines et un parrain. Il y a une _secte_ en _dehors_ de l’Eglise anglicane (toujours _Haute_ Eglise) qu’on appelle «Baptistes.» Ces Baptistes sont bien entendu Non-Conformistes. Ils ne permettent le baptême qu’à l'âge de vingt-et-un ans, et pour cette cérémonie le néophyte descend dans l’eau jusqu’au cou, s’exposant à prendre froid, ce qui arrive assez souvent. La Haute Eglise a la Confirmation comme nous, mais elle se donne en anglais et non en latin.

La hiérarchie anglicane comprend aussi des vicaires, curés, évêques et archevêques. Les membres de la Haute Eglise font des génuflexions et le signe de la croix comme nous. La grande division entre les catholiques anglicans de la Haute Eglise et les catholiques romains, consiste en ce que les premiers ne reconnaissent pas l'_infaillibilité_ du Pape; sans l’infaillibilité, ils l’accepteraient volontiers comme chef de l’Eglise; ils croient à la Virginité de la Sainte Vierge, mais n’acceptent pas le dogme de l’Immaculée-Conception.

Tout en adressant l'_Ave Maria_ à la Sainte Vierge, ils refusent le scapulaire et ne récitent pas le chapelet, ils n’admettent pas davantage les Indulgences qui, disent-ils, n’existaient pas avant l’érection de l’Eglise Saint-Pierre de Rome, c’est alors qu’on commença à vendre les indulgences pour payer cette gigantesque construction.

Ils croient que tout est possible au bon Dieu, mais ils n’admettent pas facilement les miracles. La fête de l’Ascension est très belle dans l’Eglise anglicane.

Dès la veille, un essaim de jeunes filles décore intérieurement l’édifice de fleurs blanches. Elles se divisent par groupes, qui se chargent de la chaire, des fonts baptismaux, des autels, de l’entrée du sanctuaire. C’est à qui rivaliserait de zèle et de bon goût.

A la fin de la saison, c’est-à-dire vers le commencement d’octobre, il y a un jour consacré aux actions de grâce, qu’on rend à Dieu pour la moisson et les biens de la terre. Ce jour s’appelle _Thanksgiving Day_, et presque toute la journée il y a soit des messes jusqu’à midi, soit des cantiques chantés en chœur, et répétés longtemps d’avance, soit des prières et des sermons jusqu’à neuf heures du soir; La clôture a lieu d’une manière très imposante: sermon, action de grâces à genoux, cantique chanté par tout le monde, chœurs avec accompagnement d’orgue et Salut. Avant le _Thanksgiving day_, l’église est délicieusement décorée des biens de la terre, légumes, fruits, fleurs, blés, etc. etc., chacun envoie ce qu’il a de plus beau, telle qu’une énorme grappe de raisins, une pomme prodigieuse, et ainsi de suite de tous les fruits, fleurs et légumes, qu’on arrange avec un goût exquis sur des fonds de mousse et de verdure. Ce sont de ravissantes décorations autour des colonnes et des lustres. Pour l’autel et le sanctuaire on fait des chefs-d'œuvre.

Cette coutume qui a lieu dans toutes les paroisses des villes, villages et bourgs du Royaume-Uni, et chez toutes les sectes, se termine par une sonnerie de cloches jouant des airs pieux, connus et aimés du public. En France, on ne se doute pas de la manière dont on sonne les cloches en Angleterre, et j’ai vu des Français si attendris en les entendant pour la première fois qu’ils en versaient des larmes.

Le lendemain de _Tanksgiving Day_, les fruits et les légumes sont distribués par des jeunes filles de bonnes familles, aux malades qui n’ont pu assister à la cérémonie, aux hôpitaux, et partout où on sait que ce souvenir de la plus belle des fêtes sera le bien-venu. Les Anglicans envoient leurs dons aux Anglicans; les Non-Conformistes à leur troupeau.

JOURNAL DE SUZETTE

Madame a prolongé son séjour d’une semaine, comme je le craignais, mais en ce monde tout prend fin, notre séjour à Oxford est terminé. J’ai bien employé ma dernière journée. En me levant ce matin mon premier soin a été, comme une bonne anglaise, que je ne suis pas cependant, de me diriger vers le petit déjeûner; à cette heure là les grillades sont chaudes et la bouilloire chante au coin du feu.

De la cuisine on n’entend pas que le chant de la bouilloire, il y a au bout de la rue, un atelier de couture, où les jeunes filles chantent toute la journée, je ne dirai pas comme des fauvettes, non! en général les voix sont peu harmonieuses, on fuit instinctivement. J’ajouterai même qu’il faut avoir les oreilles exercées à la politesse pour écouter patiemment le chant des jeunes misses--c’est une chose étrange comme les femmes ont la voix pointue même en parlant et les hommes au contraire la voix gutturale, surtout quand ils parlent aux animaux on dirait un rugissement. La première fois que j’ai entendu ici le cocher Bob parler à ses chevaux, j’ai eu grand peur.

Après le thé nous sommes sorties. Miss Emily m’a d’abord menée sur le champ de foire où j’ai vu des bestiaux magnifiques; les animaux sont parqués dans des stalles de fer, ce qui permet de circuler facilement sans crainte d'être embroché par une vache ou mordu par un porc: c’est très ingénieusement installé; nous n’avons rien de semblable en France.

Ensuite je suis encore allée voir une cérémonie religieuse, la communion à une église protestante. Les fidèles ôtent leurs gants en entrant et restent à genoux pendant tout l’office, le ministre se tient à un autel dans le genre des nôtres et récite des prières tout haut, puis le moment de la communion venu, tout le monde se dirige vers l’autel, où deux ministres tiennent l’un un bassin d’argent contenant le pain, l’autre une timbale de même métal contenant le vin. La timbale passe de lèvre en lèvre, sans que personne manifeste le moindre dégoût, quand tout le monde a été pourvu, l’officiant consomme le reste.

Oxford a des religieuses protestantes habillées comme les nôtres--les règles de leur couvent sont aussi une imitation des institutions catholiques. En revenant, Miss Emily et moi, nous en avons croisé une dans la rue. Cette religieuse nous a saluées très poliment. Je me demande encore en l’honneur de quel saint cette révérence à des personnes qu’elle ne connaît pas.

Je terminerai mon journal d’aujourd’hui par un trait qui montre l’Anglais sous son vrai jour.

Hier, une amie de Miss Emily, femme de charge d’une grande maison, et qui parle aussi français, m’a dit soudain, que pensez-vous des Anglais? Cette question à brûle-pourpoint m’a d’abord un peu interloquée et j’ai cru être fort aimable en répondant, je pense qu’ils valent bien les Français, et vous que pensez-vous des Français?

«_Oh my dear_ les Anglais n’ont pas de supérieurs ni même d’égaux dans tout l’univers, voilà ce que nous pensons!

O les orgueilleux! O les snobs! ces petitesses-là ce sont leurs pieds d’argile...

Les mœurs anglaises sont pleines d’hypocrisie. On crie _Shoking!_ bien haut, pour rien, quand cela se voit, tandis qu’à l’intérieur de sa conscience, on entasse des montagnes de fautes sans sourciller.--J’avais entendu dire que la pruderie britannique cache ses vices sous des dehors affectés, rien n’est plus vrai.

JOURNAL DE MADAME

CHAPITRE VII

Dîner d’adieu.--Une partie de foot-ball.

Ma bonne amie a donné hier, en mon honneur, un grand dîner d’adieu. Repas pantagruélique, où j’ai encore été à même d’apprécier le brillant appétit des _ladies_ et des _gentlemen_ anglais. Ils mangent comme des ogres; ce besoin continuel de se sustenter doit tenir à l’air qu’ils respirent.

Le climat qui ronge d’une façon si étrange les monuments, rongerait-il aussi l’estomac? Suzette prétend qu’elle est constamment altérée et affamée. Si je restais plus longtemps à Oxford, je finirais par être comme elle, j’arriverais aux cinq repas que font consciencieusement les Anglais, tous les jours. L’hiver, c’est le froid qui les fait dévorer, et l’été, c’est le chaud. Le fait est que la chaleur molle et lourde abat complètement, et de toutes façons il faut bien se redonner des forces.

L’après-midi, j’avais assisté à une partie de foot-ball. On aime les jeux de force brutale en Angleterre. Le foot-ball y est fort en honneur, principalement au célèbre collège de Rugby, où sont précieusement conservées les traditions de ce jeu national.

Il y a deux manières de jouer le foot-ball, soit à la mode de Rugby, soit à la mode de Londres, où réside l’association pour la réforme un peu adoucie de ce jeu trop sauvage, comme la soûle en Bretagne.

«A Rugby, c’est le jeu dans toute sa barbarie, tel qu’il a été légué aux Forwards d’à-présent par les jeunes athlètes du temps des Stuarts, des Lancastres et des Tudors. Le foot-ball ou balle au pied, sur laquelle se ruent les lutteurs des deux camps pour l’envoyer d’un coup de pied vers le but adverse, le vrai, le pur, le traditionnel foot-ball de Rugby autorise la mêlée, le corps-à-corps, l’usage des pieds, des mains, de la tête, _scrummage_ et _hacking_, c’est-à-dire bagarre et coups de souliers dans les tibias! Comme on le voit, il n’y a pas moyen pour les jouteurs de s’ennuyer un seul instant!

A Londres, sans aller jusqu’à faire revivre les édits protecteurs de 1314, de 1349 et de 1401, l’Association n’admet que l’emploi des membres inférieurs. C’est un progrès. Il est défendu de se casser autre chose que les jambes, n’importe laquelle par exemple. Le code n’a pas prévu de préférence.

Le foot-ball est la contre-partie, le contraire d’un sport régulier. Il prête aux abus de la vigueur individuelle, à tous les vices inhérents aux mêlées confuses. Enfin, sans parler des blessures graves, fractures et contusions qui sont innombrables, les cas de mort subite ne sont pas rares non plus, par suite d’étouffement, de compression viscérale ou d’épuisement.»

Le journal médical anglais, le _Lancet_, donne la statistique suivante des accidents occasionnés par ce jeu. L’année dernière, de septembre à janvier, on a compté: treize morts, quinze fractures de jambes, quatre bras cassés, onze nuques démolies, une joue crevée, un nez abîmé, etc.

Ici on jouait le foot-ball de Londres, mais c’est égal, qu’est-ce qu’un plaisir qui vous inquiète au lieu de vous amuser? Je fais des vœux pour que le foot-ball ne pénètre pas en France, à la suite du crocket et du lawn-tennis.

JOURNAL DE SUZETTE

Nous partons après demain. Que j’en suis heureuse! je me sens légère comme l’oiseau qui ouvre ses ailes, gaie comme l’oiseau qui reprend sa liberté. J’aurais fini par devenir morose comme la petite fermière de Madame, un enfant de huit ans qu’on avait amenée au château pendant une très grave maladie de sa mère.

Au bout de trois jours elle ne riait plus, au bout de quatre elle parlait à peine, au bout de cinq elle pleurait.

--Mais mon enfant tu es bien soignée ici.

--C’est vrai, mais je voudrais retourner chez nous.

--Tu as une belle chambre, des jeux.

--C’est vrai, mais je voudrais retourner chez nous.

--Madame est bien bonne pour toi.

--Bien bonne, c’est vrai, mais je voudrais retourner chez nous.

Chère petite, elle ne voyait rien au-dessus de l’humble foyer qui était son chez elle. Je comprends cela; moi aussi je suis bien soignée, j’ai une jolie chambre, je ne fais que me promener, et pourtant j’aime mieux travailler et retourner chez nous, chez nous en France.

Nous reviendrons par Douvres et Calais, j’en suis bien contente, je préfère la vapeur sur terre à la vapeur sur mer.

JOURNAL DE MADAME

Ce n’est pas sans émotion que je vais quitter mon excellente amie, mais c’est sans regret que je quitterai l’Angleterre. Sans doute on trouve parmi les Anglais, pris individuellement, des gens charmants, pleins de courtoisie et d’amabilité, de distinction et même de cœur, mais la nation anglaise, à l’abri de ses remparts liquides, s’enferme de parti pris dans un superbe isolement; ne pensant qu’à soi, elle garde ses coudées franches pour ne faire aucune alliance qui puisse la compromettre, c’est-à-dire l’entraîner à combattre dans l’intérêt des autres. Personne aussi n’aime «ce peuple amphibie, qui gouverne la terre par la mer.»

La France ne peut aimer son ennemie séculaire, la perfide Albion, les autres Etats d’Europe s’en méfient, et les Américains ne professent aucune sympathie pour les Anglais. «Vous ne les verrez jamais caresser la crinière du Lion britannique; non, leur plus grand amusement est de lui tortiller la queue.» Mais assez de réflexions sur _Old England_, je reviens à mon amie. C’est demain que doit sonner l’heure de la séparation...

Comme le temps passe vite dans l’intimité d’une femme aimable et bonne. L’amabilité, la bonté n’ont pas d'âge, je dirai même qu’elles sont toujours jeunes et belles, c’est un rayonnement de l'âme.

Mon amie est très connue et très aimée à Oxford, elle fait le bien d’une main généreuse et discrète. Il y a trois choses chez elle qui ne sont jamais fermées: sa porte, sa bourse et son cœur.

Voilà une femme qui doit certainement se coucher tous les soirs avec la conscience satisfaite d’un Titus qui n’a point perdu sa journée.

J’emporte les meilleurs souvenirs. On est heureux d’avoir vu les lieux qu’habitent ceux qu’on aime, on vit leur vie par la pensée, on les retrouve dans leur intérieur, on les suit dans leurs habitudes, et l’on se sent plus rapproché d’eux.

La sympathie, la véritable amitié sont rares, il est bien doux de se connaître des cœurs acquis et de savoir à soi-même ses sentiments d’affection bien placés.

J’ai visité des terres charmantes, j’ai vu la plus grande ville du monde, j’ai joui des douceurs de l’amitié. Mon voyage s’est accompli sans ennuis, sans mésaventures, sans trop de fatigues, et ma plus grande joie après tous ces plaisirs, c’est de rentrer chez moi. C’est ici le cas d’appliquer le proverbe anglais qui sera toujours vrai:

_There is no place like home._

JOURNAL DE SUZETTE

Je ne m’attendais pas à cette douloureuse surprise, notre traversée si courte a été affreuse!

Nous avons d’abord voyagé en chemin de fer, aperçu rapidement plusieurs comtés, les uns aux campagnes riches, bien cultivées, vraiment superbes; les autres, steppes de landes, de bruyères, de sapins, qui m’ont rappelé certaines parties de la Bretagne.

Au demeurant, l’Angleterre est un pays étrange. En général, la campagne est belle et paraît triste, les villes sont très peuplées et manquent d’animation.

Vive! Vive, notre gaie France!

A neuf heures du soir, nous montons à bord, à minuit, nous démarrons. La mer est calme. Il y a beaucoup de passagers, et moins de passagères, sept dames frisées comme des chérubins sont mes compagnes de voyage.

Au fur et à mesure que nous gagnons la pleine mer, le vent se lève et souffle avec furie. Le bateau danse effrayamment, et un sourd grondement se fait entendre sous les flots. Vers une heure, la tempête est à son apogée. Tantôt le bateau s’élève sur la crête des lames immenses, tantôt il pique une pointe terrible dans l’abîme, où il semble prêt à disparaître, sous les vagues démesurément hautes, qui l’accablent.

Le mal de mer fait des ravages, les dames gémissent, les toilettes sont en désordre et les beaux cheveux défrisés. Je pense que je suis trop impressionnée, trop effrayée pour être malade. Madame garde son sang-froid, mais je vois qu’elle est inquiète. A une heure et demie, la mer de plus en plus irritée entre en démence. Je fais mon acte de contrition, persuadée que c’est fini, la mer sera mon tombeau...

L’orage illumine l’air, les lames se dorent de lueurs phosphorescentes, bientôt la pluie tombe à torrents, le vent va faiblir. Le ciel a pitié de nous.

Vers deux heures, l’accalmie se produit. Je reprends courage.

Nous sommes maintenant bien près de nos côtes. On aperçoit leurs feux qui éclairent la nuit. Nous sommes sauvées! On jette l’ancre, le navire accoste, les passagers débarquent. Salut, France! noble terre, douce patrie...

Ce soir, jour béni, je serai de retour en Bretagne, mon cher pays, ma vraie patrie, puisque c’est là qu’habitent tous ceux que j’aime. Mon Dieu, je vous rends grâce!

SUZETTE.

TABLE

SOUVENIRS DE VOYAGE

Suisse 7

Allemagne 73

Belgique 99

Rentrée en France 112

VOYAGE EN ANGLETERRE

Jersey 117

Guernesey 171

Sercq 182

Retour à Guernesey 192

Londres 205

Windsor 255

Oxford 261

Errata (déjà corrigés)

_Page 15, ligne 22._--Au lieu de Rien de beau je ne vois, lisez: Rien de bon je ne vois.

_Page 26, ligne 17._--Au lieu de Ce soleil, lisez: Le soleil.

_Page 205, ligne 1._--Au lieu de Le sort est jeté, lisez: Le sort en est jeté.

_Page 212, ligne 4._--Au lieu de Picpokets, lisez: Pickpockets.

_Page 232, dernière ligne._--Au lieu de Dieu est, lisez: Dieu ait.

* * * * *

Erreurs corrigées:

châteaux princiers. Quelles richesse!=> châteaux princiers. Quelle richesse! {pg 10}

le fourmillement des infiniments=> le fourmillement des infiniment {pg 17}

me plait beaucoup=> me plaît beaucoup {pg 19}

célèbre historien prostestant Génevois=> célèbre historien protestant Génevois {pg 19}

d’un magifique panorama=> d’un magnifique panorama {pg 24}

chaleur communative=> chaleur communicative {pg 28}

d’où la vue est plendide=> d’où la vue est splendide {pg 32}

les autels richements doré=> les autels richement doré {pg 54}

d’un côté de hauts escaler=> d’un côté de hauts escalier {pg 56}

serpent qui tire a corde=> serpent qui tire la corde {pg 57}

son entrée dan la salle=> son entrée dans la salle {pg 57}

le type bien connus des chalets=> le type bien connu des chalets {pg 64}

c’est la coqueterie des=> c’est la coquetterie des {pg 64}

je lis inscrutée=> je lis incrustée {pg 65}

tourner en chisme=> tourner en schisme {pg 68}

le richissisme M. Osiris a fait=> le richissime M. Osiris a fait {pg 72}

Après l’insurrection vaincue=> Après l’insurrection vancue {pg 112}

pour cent vingt _quatiers_=> pour cent vingt _quartiers_ {pg 123}

ce vieux geôlier de la Méditerrannée=> ce vieux geôlier de la Méditerranée {pg 132}

rempli de navire de tout tonnage=> rempli de navires de tout tonnage {pg 136}

qu’il exclut la monotomie=> qu’il exclut la monotonie {pg 143}

Corbière et le promontoir de=> Corbière et le promontoire de {pg 169}

Je tiens absolument à voir l'île de Serq=> Je tiens absolument à voir l'île de Sercq {pg 182}

les caresse de la vague=> les caresses de la vague {pg 182}

Je ne pourais rien dir=> Je ne pourrais rien dir {pg 186}

une une heure=> une heure {pg 183}

il est dangereux de s’y avanturer=> il est dangereux de s’y aventurer {pg 189}

de Jersey, de Guernesey où d’Aurigny=> de Jersey, de Guernesey ou d’Aurigny {pg 191}

descriptions enthousiastes; les rhododendrons=> descriptions enthousiastes; les rodhodendrons {pg 193}

avec un zèle remarqable=> avec un zèle remarquable {pg 206}

au commerce maritime; Soutwark et Lambeth=> au commerce maritime; Southwark et Lambeth {pg 214}

Pall-Mall, Portland, Holborn, le Stand et=> Pall-Mall, Portland, Holborn, le Strand et {pg 214}

de Kensington, de Carltou-House=> de Kensington, de Carlton-House {pg 215}

Pour tout ce qui est futil et charmant=> Pour tout ce qui est futile et charmant {pg 220}

j’ai rencontrés aujourd’hui m’on lancé ce brocar=> j’ai rencontrés aujourd’hui m’ont lancé ce brocar {pg 221}

résumants les sentiments qui l’animaient=> résumant les sentiments qui l’animaient {pg 230}

miss m’a enmenée à Sydenham voir=> miss m’a emmenée à Sydenham voir {pg 231}

nous avous parcouru une galerie=> nous avons parcouru une galerie {pg 232}

scènes de la Bible sont également fort beau=> scènes de la Bible sont également fort beaux pg 238}

Le Bristish-muséum, est un beau monument=> Le British-muséum, est un beau monument {pg 239}

qu nous avons empruntés=> que nous avons empruntés {pg 247}

de Rossinante l’idéal coursier de Don Guichotte=> de Rossinante l’idéal coursier de Don Quichotte {pg 250}

Les restauraurants servent=> Les restaurants servent {pg 252}

les gares de Londres toute les 24 heures=> les gares de Londres toutes les 24 heures {pg 252}

en frappant de toutes ses force sur une bible=> en frappant de toutes ses forces sur une bible {pg 269}

Le fameux wisky est détestable à mon goût=> Le fameux whisky est détestable à mon goût {pg 271}

ils ont eu pied, et on regagné=> ils ont eu pied, et ont regagné {pg 282}

Voilà probablement pourquoi ont boit tant dans=> Voilà probablement pourquoi on boit tant dans {pg 283}

sur la poitrine de grands écritaux que=> sur la poitrine de grands écriteaux que {pg 285}

dans lequel on mettait des raisins secs et petits=> dans lequel on mettait des raisins secs et des petits {pg 286}

De notre temps les «Snap Dragons» et «Blin Man’s=> De notre temps les «Snap Dragons» et «Blind Man’s {pg 286}

La reine Elisabeth était à table en train de manger de lo’ie=> La reine Elisabeth était à table en train de manger de l’oie {pg 289}

de l’entrée du sancuaire=> de l’entrée du sanctuaire {pg 296}

* * * * *

NOTES:

[1] Je n’avais pas tort. Voici ce que j’ai lu dernièrement dans le _Courrier de Genève_:

=Vaud.=--Le Grand Conseil s’est réuni lundi soir en session ordinaire d’automne. Il a d’abord liquidé deux interpellations, la première de M. Paul Vulliet relative à la disparition, par suite de travaux exécutés au château de Chillon, des traces de pas de Bonivard autour de la colonne à laquelle il avait été enchaîné.

En réponse à cette interpellation, M. Vicquerat donne lecture d’un rapport du directeur de la restauration.

Ce rapport établit que les traces en question n’ont jamais été creusées par les pas de Bonivard; ensuite que ces traces sont rafraîchies chaque hiver, alors que les étrangers sont peu nombreux, à l’aide de pelles et de pioches, et d’ailleurs ces traces ont été rétablies depuis le dépôt de l’interpellation.

Comme on le voit il est aussi fort bon de _raffraîchir_ l’histoire.

[2] Les années ont passé, mais les sentiments que j’éprouvais alors n’ont pas changé. La guerre est une œuvre impie, le plus terrible des fléaux, le plus épouvantable des malheurs, c’est le châtiment de Dieu! D’après des documents réunis depuis, il résulte que la guerre de 1870 a coûté à la France et à l’Allemage: deux cents mille morts, cinq cents mille blessés et quinze milliards de francs!

[3] Autrefois on disait: «Pas d’argent pas de _Suisses_,» aujourd’hui on peut toujours dire la même chose: Pas d’argent pas de _Suisse_, il faut en avoir _beaucoup_ pour y aller. Une statistique de _La Zuricher Post_ constate qu’en 1892, les étrangers ont passé en Suisse cinq millions huit cent cinquante-neuf mille cinq cents journées d’hôtel, ce qui leur a coûté soixante-dix millions trois cent quarante-et-un mille francs.

De plus, on compte que les mêmes touristes ont dépensé environ quarante millions pour leurs voyages en chemin de fer, bateau à vapeur, voie funiculaire et à crémaillère, tramways, etc. C’est un beau denier pour un si petit pays.

[4] Cet admirable monument fut érigé en 1821. Le dessin est du grand maître Thorwaldsen, la sculpture de l’artiste Lucas Ahorn de Constance.

[5] Depuis cette année terrible, le richissime M. Osiris a fait don à la ville de Lausanne de la statue de Guillaume Tell, d’une valeur de cent mille francs, œuvre du sculpteur Antonin Mercié, en souvenir de l’accueil hospitalier fait par la Suisse à l’armée de Bourbaki, en 1871.

«Cette noble figure de Guillaume Tell sera pour les siècles futurs une belle preuve que la France se souvient et qu’elle a voulu le prouver en gravant dans le marbre sa reconnaissance.»

Un autre monument rappelle encore la généreuse intervention des Bâlois et des Zurichois lors du siège de Strasbourg, ce monument est de Bartholdi.

Il a pour inscription «La Suisse secourant les douleurs de Strasbourg.»

Il représente la ville de Strasbourg blessée au cœur, tenant par la main un enfant en guenilles, que la Suisse protège en le couvrant de son bouclier.

[6] Ce manuscrit fait partie des collections de M. Guitton de la Villeberge, d’Avranches.

[7] Expression correspondante à notre expression française, avoir un coup sous le bonnet.

[8] Extrait du _Petit Journal_.

[9] Nous dirions aujourd’hui: au Transvaal, en Arménie, en Egypte.

[10] Hélas! ces beaux jours sont passés; la maréchale Booth est morte depuis et ce fut un évènement. On lut à cette époque dans les journaux:

Une dépêche de Londres nous annonce la mort de Madame Booth, femme du «général» chef de l’Armée du salut.

C’est en 1865 que le révérend William Booth, père de la maréchale, né à Nottingham le 10 avril 1829, eut l’idée de fonder, en prenant modèle sur l’organisation militaire, l’association chrétienne qui, grâce à l’énergie de son fondateur, obtint une si rapide extension.

Madame Booth, avec beaucoup d’enthousiasme, seconda puissamment les efforts de son père. Elle publia plusieurs brochures qui furent répandues dans tous les pays.

Madame Booth, accompagnée de son mari dans ses «campagnes» réchauffait le zèle des prosélytes «officiers et soldats.»

On fait de grands préparatifs en vue de ses funérailles:

La veille un service divin sera célébré à Olympia, où l’on a placé vingt-quatre mille chaises. Tous les soldats de l’armée du salut présents porteront un brassard en signe de deuil.

Le cercueil sera surmonté de la croix de l’Armée du salut et portera cette inscription: «Catherine Booth, mère de l’armée du salut. Née le 17 janvier 1829, morte le 4 octobre 1890. Plus que victorieuse!»

Pauvre femme! Son orgueil de prêtresse nouvelle confinait à la folie. Elle officiait solennellement, mariait et baptisait ses disciples. Elle n’était plus une simple prédicante, elle s’était instituée le grand-prêtre, le pontife suprême de son église.

Que Dieu ait pitié de son âme.

[11] Depuis l’époque où ce journal a été écrit (1885), Londres s’est fort agrandi en population et en étendue. On se moque parfois de la statistique, on a tort, elle rend service. Appuyée sur les chiffres et les faits, elle maintient la vérité et donne une juste idée des choses. A l’heure actuelle, voici les renseignements que _Le Cosmos_ donne sur la ville de Londres.

La surface de Londres est de 441.559 acres anglaises, représentant une étendue de 176.623 hectares 60 ares. Plus grande que celles de Paris, New-York et Berlin réunies!

Tous les habitants d’Edimbourg pourraient s’asseoir dans les théâtres et cafés-concerts de Londres et il y aurait encore 20.000 sièges de libres.

La population de Londres est aujourd’hui de 5 millions et demi d’habitants, elle augmente de 105 000 âmes par an, et l’on a calculé que dans 45 ans elle serait de 10 à 12 millions, en progressant chaque année dans les mêmes proportions.

Il y a 700 abreuvoirs pour les animaux.

Les restaurants servent 950.000 déjeûners par jour.

Il y a 1.000 bureaux de poste, 600 hôtels, 7.600 cabarets qui placés côte à côte, iraient de Londres à Portsmouth, 12.000 bateaux de plaisance sur la Tamise, dont la population flottante s’élève à elle seule, à 300.000 personnes.

La longueur des lignes de trammway atteint 226 kilomètres (et on ne trouve des tramways que dans les quartiers excentriques de la ville); celle des rues mises bout à bout donne le joli chiffre de 11.250 kilomètres.

Les rues sont éclairées par plus d’un million de réverbères.

Il passe devant Mansion House, la résidence du lord-maire, 300 omnibus par heure, et dans Cheapside, la rue principale de la Cité, au bout de laquelle se trouve Mansion House, il défile 23.000 chevaux en 12 heures.

En voulez-vous encore, des chiffres? Voici: 60.000 femmes gratte-papier, 12.000 employés de théâtre, 34 à 35 mille médecins environ, 5.000 dentistes. Hein! 40.000 familles vivant des maladies des autres, sans compter les pharmaciens. C’est assez joli.

Il naît 400 enfants par 24 heures; il y a 100.000 ouvriers de nuit, 200.000 domestiques; chaque jour il est fumé plus d’un million de cigarettes, et plus de 200.000 cigares. On fabrique 90.000 pianos par an.

La quantité d’eau bue journellement formerait un lac de 570 mètres de long, de 182 mètres de large et d’une profondeur uniforme de 1m,82.

On a calculé (comment, les savants vous l’expliqueront), que le vaste nuage de fumée en suspension sur Londres pèse 304.500 kilog. dont 50.750 kil. de poussière de charbon et 253.750 kil. d’hydrocarbure.

2.200 trains quittent les gares de Londres toute les 24 heures. Entre 10 heures du matin et 11 heures du soir, 1600 trains partent chaque jour, pour les divers terminus de l’intérieur de la ville, ce qui représente plus de 120 trains à l’heure ou 2 trains à la minute, non compris les trains du _Métropolitain_ et du _Métropolitain District_.

En chiffres exacts, la capitale de l’Angletere, compte 5.635.332 habitants; plus que le Portugal, autant que la Suède, presque autant que la Belgique.

Londres a deux fois plus d’habitants que le Canada, qui est grand comme l’Europe entière, et un million d’habitants de plus que l’Australie.

[12] On cite comme venant après ce service, celui du palais impérial de Saint-Pétersbourg, et le service à dessert de Sèvres, de Lord Oxenbridge, qu’on estime 250.000 francs.

[13] Dernièrement, le grand juge d’Angleterre (_Lord Chief Justice_), lord Russell de Killowen, qui est Irlandais et catholique, est entré dans la salle d’audience, portant une magnifique touffe de trèfle sur sa robe rouge fourrée d’hermine.