Voyages Du Capitaine Robert Lade En Differentes Parties De L Af
Chapter 35
À quatorze lieues de Mexico sont les mines de _Pachuca_; à 22 lieues, celles de _Tusco_; à 22 lieues, celles de _Tmisquilpo_; à 24 lieues, celles de _Talpujaya_; à 18 lieues, celles de _Temazcaltepeque_; à 20 lieues, celles de _Zacualpa_, à 40 lieues, celles de _Zupango_; à 60 lieues, celles de _Guanaxato_; à 67 lieues, celles de _Comanja_; à 18 lieus de _los Angelos_, celles d'_Achachica_; sans parler des mines de _Guatla_, de _Zumatlan_, & de _Saint-Louis de la Paz_. On y entretient habituellement plusieurs milliers d'Ouvriers. Toutes ces mines sont d'argent, à l'exception de celles de Tmisquilpo, qui sont d'étain.
La Province de _Panuco_, qui est au Nord de celle du Mexique, a presque également cinquante lieues dans sa largeur & sa longueur. La partie du Sud est abondante en provisions, & ne manque point de mines d'or; mais celle qui touche à la Floride est d'une misérable stérilité. Elle a trois Villes Espagnoles. _Panuco_, autrement _Sant-Isteran del Puerto_, située au 23e degré de latitude, à 65 lieues de Mexico au Nord-Est, à sept ou huit de la Mer, près d'une Rivière dont l'embouchure forme un Port; _Sant-Jago de los Valles_, à 25 lieues de Panuco, vers l'Ouest; _Saint-Louis de Tampico_, située proche de la Mer, à sept ou huit lieues au Nord-est de Panuco.
_Mechoacan_ est une Province qui n'a pas moins de 80 lieues de longueur au long de la Mer du Sud, & qui s'étend en largeur l'espace de 60 lieues dans l'intérieur des Terres, entre le Mexique & la nouvelle Gallice. On y comprend les Cantons de _Zacatula_ & de _Colima_, tous deux sur les Côtes de la Mer du Sud. La Capitale du Pays est _Mechoacan_, ou _Pazcuare_, un peu au-dessus du 19e degré de latitude, à 45 lieues de Mexico. Ses autres Villes sont _Guayangarco_, autrement _Valladolid_, Siège Episcopal, & _Zinzonza_. À 28 lieues de _Mechouacan_ sont les mines de _Guanaxnato_, où le travail & la garde occupent habituellement 600 Espagnols. _Saint-Michel_ est une autre Ville à 35 lieues au Nord-Est de _Mechouacan_, dans un Canton montagneux. La _Conception de la Salaya_, Ville sur la route de _Chichimecas_. _Saint-Philippe_, Ville à 50 lieues de la Capitale, du côté du Nord, dans un Pays froid & stérile. Le Territoire & la Ville de _Zacatula_ sont sur la Mer du Sud, au 18e degré de latitude, à 40 lieues de _Mechouacan_. Le Territoire & la Ville de _Colima_ sont un peu au-dessus du 18e degré, vers le Sud-Ouest. Ce Pays est chaud, fertile en cacao, en casse, en grains & en bestiaux. Le poisson & les fruits y sont en abondance. Il porte aussi de l'or, de la cochenille & du coton. En général les Indiens du Mechouacan sont de belle taille, industrieux, & capables de travail. Ils ont cent treize Villes. Cette Province ne s'étend point jusqu'à la Mer du Nord, mais elle a plusieurs Rivières qui se déchargent dans la Mer du Sud; & vers l'extrêmité de sa partie Occidentale, elle a, au 19e degré de latitude, le Port de _la Nativité_, dont l'excellence y rend le commerce florissant. Un peu à l'Est du même Port est celui de _Sant-jago_, qui a, dans le voisinage, de bonnes mines d'un cuivre si doux que les Indiens en font toutes sortes de vaisselles. Il s'y en trouve aussi d'un autre cuivre, qui est assez dur pour servir, au lieu de fer, à labourer la terre. Mais les Indiens sont redevables de ces découvertes & de ces usages à l'industrie des Espagnols.
La Province de _Xalisco_, fertile en maïs, mais peu fournie de bestiaux, n'a que deux Villes. _Compostel_, sur la Mer du Sud, à 33 lieues de _Gaudalasara_, & la _Purification_, près du Port de la Nativité. Cette Province est au 22e degré de latitude. Celle de _Chiatmala_, qui la suit au Nord, & qui touche aussi à la Mer du Sud, à 20 lieues de long, sur la même largeur. On y trouve quantité de mines d'argent, & la seule Ville de _Saint-Sebastien_. Elle est suivie au Nord, sur la même Côte, de la Province de _Culiacan_, qui porte toutes sortes de provisions, & quelques mines d'argent. Sa seule Ville est _Saint-Michel_. _Cinaloa_ est la derniere Province au Nord de la nouvelle Gallice, qui est le nom général qu'on donne à toutes ces Contrés depuis celle du Mexique.
_Zacatecas_, dans l'intérieur des Terres, est une Province fort riche par ses mines d'argent, mais qui manque d'eau & de grains. Elle a trois Villes Espagnoles, & quatre mines célébres, dont la plus abondante est voisine de la Ville Capitale, & porte comme elle le nom de Zacatecas. On y emploie constamment 500 Espagnols, 500 Esclaves, & mille chevaux ou mulets. Les autres Villes sont _Xeres de la Frontera_, à vingt lieues au Nord de _Guadolajara_; _Erena_, _Nombre de dios_, & _Durango_, qui est dans un Canton extrêmement fertile. La mine de _Sombrette_ est près d'Erena & celle de _Saint-Martin_, près de Durango.
La _Nouvelle Biscaye_, Province au Nord-Ouest de Xacatecas, est entiérement dans les Terres. Elle ne manque ni de bestiaux, ni d'aucunes provisions, & ses mines d'argent sont estimées. Elle en a trois principales, qui forment autant de petites Villes dans leur voisinage: _Hindebe_, _Santa-Barbara_, & _Saint-Jean_.
_Quivira_ & _Cibola_ sont deux autres Provinces qui suivent la Nouvelle Espagne, mais elles appartiennent au Nouveau Mexique, dont l'étendue n'est point encore connue. Les Espagnols n'y ont qu'une Ville, nommée _Santa-Fé_, ou le _Nouveau Mexico_, pour contenir les Indiens dans la soumission. Quoique ce Pays soit fort beau dans une infinité de Cantons, les habitans en sont encore fort sauvages, & n'ont point d'autres richesses que leurs bestiaux. La Ville de Santa-Fé, ou du nouveau Mexico, est vers le 37e degré de latitude.
Enfin, la Californie commence au 23e degré de latitude, par le Cap Saint-Luc, qui est à l'opposite de la Province de Culiacan, dans la Nouvelle Espagne. Elle s'étend vers le Nord & le Nord-Ouest, plus loin qu'on n'a pû jusqu'à present porter les découvertes. Les Espagnols ont marqué peu d'empressement pour y étendre leurs Conquêtes; mais ils entretiennent quelque commerce au Cap Saint-Luc & à _Puerto Seguro_.
M. Cooke, dans la Relation de son Voyage autour du Monde en 1711, fait une description de Puerto Seguro, qu'on ne trouve dans aucun autre Écrivain. Il paroît surprenant qu'un Pays découvert depuis si longtems porte encore toute les apparences de la plus grossiere barbarie.
«L'entrée de la Baye, dit-il, est pendant l'espace d'une lieue, à l'Est d'un Promontoire rond & couvert de sable, que plusieurs prennent pour le Cap Saint-Luc; mais je suis persuadé que le Cap Saint-Luc est une autre tête de terre qui se présente au Sud-Est de ce Promontoire, à trois lieues de distance, parce que, suivant l'ancienne Relation de sa découverte, il fait la pointe la plus Orientale. Quand on est au large, on prendroit ce Cap pour une Isle. Pour entrer dans la Baye, en venant du côté de l'Ouest, ce qui est presque toujours nécessaire à cause des Courans, on est dirigé par quatre grands rocs, dont les deux plus Occidentaux sont fort escarpés, & s'élèvent en pain de sucre. Le second, c'est-à-dire le plus intérieur, est percé de manière qu'il forme une arche, comme celle d'un Pont, au travers de laquelle la Mer s'est fait un passage. On s'avance ainsi au long des rocs jusqu'au fond de la Baye, où l'on peut jetter l'ancre sur un fond de dix ou douze brasses, jusqu'à vingt ou vingt-cinq. C'est-là qu'on trouve Puerto Seguro, qui n'est qu'un petit amas de mauvaises cabanes, habitées par environ 200 Indiens. Les hommes sont entiérement nuds. Les femmes portent autour des reins une peau de quelque animal, qui leur descend jusqu'aux genoux. L'occupation de ces Barbares est la pêche & la chasse. Ils preferent à l'or & à l'argent, un couteau, des ciseaux, des cloux, une serpe, & nos autres instrumens de fer. Leur taille est droite & bien proportionnée, leur chevelure longue & noire, & la couleur de leur peau fort brune. Les femmes n'ont rien d'agréable dans la physionomie. Elles s'employent à recueillir & à piler entre des pierres differentes sortes de grains, ou à faire des filets pour la pêche. Depuis les Montagnes jusqu'à la Mer, le Pays est rude & pierreux, quoi-qu'entremêlé de quelques plaines & de quelques vallées fort agréables. Mais en général le terrain, dans cette partie de l'Isle, n'est qu'un sable fort sec, qui produit, pour tout bien, quelques arbustes dont les fruits servent de pain aux misérables habitans. Ils sont mieux en poisson. La Baye est remplie de dauphins, de mulets, de bremines, & d'autres especes, qu'ils tuent fort adroitement avec leurs dards, ou qu'ils prennent avec leurs filets. Les bois ne leur fournissent pas moins d'animaux pour la chasse. Ils tuent une prodigieuse quantité de daims, de cerfs, & de renards; sans parler des perdrix, des pigeons, & d'autres oiseaux qui foisonnent dans la campagne. Les ruisseaux leur donnent de l'eau fort pure. Ils ont au long de la Côte beaucoup de crête marine. Les rocs sont couverts d'huitres, qui sont rarement sans perles. Nous trouvames dans le secours des habitans, tout ce qui nous étoit nécessaire pour la réparation de nos Vaisseaux. Ils s'approcherent de nous sans défiance, quoique nous ne pussions nous entendre, s'empressant de nous offrir leurs provisions en échange pour des choses de peu de valeur. Je leur trouvai tant de douceur, que j'ai peine à me persuader, sur le témoignage des Espagnols, qu'il soit impossible de leur inspirer des principes de Religion. Je ne remarquai parmi eux aucune apparence de culte; à moins qu'ils n'adorent le Soleil, vers lequel ils levent souvent les yeux. Les Espagnols racontent qu'au Nord de Porto Seguro, on trouve d'autres Nations plus sauvages, guerrieres & perfides, avec lesquelles on n'a jamais pû former aucune liaison. Pendant le séjour que nous fimes sur cette Côte, l'air fut toujours clair & serein; & la bonne constitution des habitans semble marquer qu'il est fort sain. À notre arrivée plusieurs de nos gens reçurent quelques perles des Indiens; mais je n'en vis plus paroître dans la suite. Quand je leur montrai de l'or, pour leur faire connoître qu'ils auroient à ce prix beaucoup de fer, ils firent des signes vers les montagnes; de sorte que pour tirer apparemment plus d'avantage de leur Pays, il auroit fallu les entendre.»
_Vents & Courans de la Mer du Sud_.
Cet article est un autre extrait des Journeaux de M. Rindekly. Quoique j'aie supprimé volontairement les Ports & les Rades, dans sa description de la nouvelle Espagne, pour ne pas repéter des noms qu'on a déja lûs à la Table de leurs longitudes & de leurs latitudes, je serai obligé ici d'en rappeller un fort grand nombre. Mais l'importance des observations suivantes doit me faire passer sur un inconvenient si leger.
Qu'on tire une ligne imaginaire depuis le Port _Saint Marc d'Arica_, jusqu'à la pointe _d'Aguja_, qui est proche du Port de _Palta_, elle sera de 30 lieues de Mer de l'un de ces Ports à l'autre. Dans tout espace, entre cette ligne & cette Côte, ce sont les vents de Sud-Est & de Sud-Sud-Est qui regnent toute l'année: en hyver ils sont furieux, & plus géneralement Sud-Est. Mais il faut observer qu'à une lieue ou deux de la Côte, ils sont quelquefois Nord & Nord-Est. Ils ne durent pas longtems, mais ils renaissent régulierement chaque semaine, & plus souvent dans les Bayes les plus larges & les plus ouvertes au long de la Côte.
Supposez une autre ligne depuis la pointe _d'Aguja_, jusqu'à la pointe de _Santa Helena_, vous aurez 20 lieues de Mer de l'une à l'autre pointe, & un grand espace dans l'arc de la Côte. C'est le vent du Sud qui regne toute l'année dans cet espace: mais à 5 ou 6 lieues du rivage, les vents Sud-Ouest se sont quelquefois sentir, surtout aux angles de la Côte. Ces vents sont moderés, & ne durent pas longtems.
De la pointe de _Santa Helena_ au Cap _Passado_, l'espace renfermé entre une ligne imaginaire de 10 lieues & le fond de la Côte, est assujetti pendant toute l'année aux vents Sud-Ouest.
Une autre ligne du Cap Passado au Cap _Saint François_, renferme un espace qui n'est encore soumis qu'aux vents Sud-Ouest; cependant comme cet espace n'est que de 5 lieues, il se ressent quelquefois des vents de la haute Mer, & des vents de terre.
Tirez de même une ligne du Cap Saint François jusqu'à _Morro de Puercos_ & tout ce qui est à l'Est du passage de Panama, qu'on a nommé _la Traversia_. Dans ce grand espace l'hyver & l'Été sont réglés d'une manière fort bizarre, & sans aucun rapport à l'éloignement ou à la proximité du Soleil. Suivant le cours de la nature, l'Été dans ce lieu devroit commencer le 25 de Mars, lorsque le Soleil passe l'Equinoctial vers le Nord, du côté duquel sont cette Côte & cette Mer; & l'on y devroit ressentir les effets ordinaires jusqu'au 25 de Septembre, que le Soleil repasse l'Equinoctial vers le Sud. Cependant l'expérience est contraire; car l'Été de la Traversia & de la Côte de Panama, commence au mois de Janvier, lorsque le Soleil, est le plus éloigné au Sud de l'Equinoctial; & l'hyver commence au mois de Juin, qui est le tems où le Soleil est du côté du Nord.
Au long des Côtes de Panama & sur la Mer qui leur est opposée, l'Été & l'hyver sont chacun de 6 mois. L'Été commence au mois de Janvier, & finit au mois de Juin. Pendant cette saison on n'y voit regner que les vents Nord, Nord-Est, & Nord-Ouest, qui sont très-violens dans le cours de Janvier, Février & Mars. Il ne tombe point alors de pluie au long de la Côte de Panama, de Port-Pinas, de Malpelo, de Puerto Quemado, & des autres lieux jusqu'au Cap Saint François. Dans le même tems au contraire, il pleut beaucoup sur la Côte de Manta & de Guayaquil; & la raison naturelle, c'est que ces vents regnans, poussent les nuées sur cette Côte, & que ne soufflant pas plus loin, les nuées qui s'arrêtent sont dissipées par l'action du Soleil & tombent en pluies fort épaisses. Les mêmes vents pendant les trois premiers mois de l'Été s'étendent quelquefois jusqu'à _Manta_, la pointe _de Santa Elena_, _Cap Blanco_, & quelquefois ne vont point jusqu'au Cap Saint François, suivant qu'ils ont plus ou moins de force sur la Côte de Panama.
Dans l'intervalle du même tems, il regne géneralement à Malpelo un vent d'Est-Nord-Est, qui est doux & reglé; mais entre Malpelo & Buonaventura, le vent devient Nord; & depuis Puerto Quemado jusqu'à l'Isle Gorgone, il est géneralement Nord-Ouest, Ouest-Nord-Ouest, & Ouest, avec des pluies très-abondantes.
Ainsi pendant les trois premiers mois de l'Été, rien n'est si varié que le tems, dans ces differens lieux. Mais dès les premiers jours d'Avril, la pluie commence à tomber dans le Golphe & sur la Côte de Panama. Les vents doux y prévalent, avec des calmes fréquens, on les appelle _Virazones_; ils sont Sud, Sud-Ouest, Sud-Sud-Ouest, & quelquefois Nord-Ouest, presque toujours accompagnés de violentes pluies. Cette variété de calmes, de vents doux, changeans, incertains, dure jusqu'à la fin du mois de Juin, qui est aussi celle de l'Été.
Au mois de Juillet commencent les vents que les Espagnols nomment _Vendavales_, & qui durent jusqu'à la fin de Decembre. Ils sont Sud & Sud-Ouest, avec de fortes pluies, du tonnerre & des éclairs. Leur plus grande furie est au mois de Septembre, d'Octobre & de Novembre; mais alors même, Panama & ses environs reçoivent d'assez beaux jours de ceux de Sud-Ouest, qui sont aussi moins nuisibles à la navigation. Quelquefois ils se changent en Nord & Nord-Est, avec des pluies impétueuses, sans s'étendre à plus de vingt lieues dans la Mer.
Pendant la même saison, il s'éleve quelquefois des vents d'Ouest & d'Est-Sud-Ouest, qui poussent les Vaisseaux sur les Côtes du Perou. Les nuits sont sujettes au vent du Nord-Ouest, accompagnés de grosses pluies, mais leur durée est fort courte. Lorsque le vent du Nord s'est établi à Panama, le calme regne ordinairement depuis le Cap Saint François jusqu'au _Cap Blanco_; & lorsque l'Été commence à Panama, l'hyver commence à Guayaquil, où il pleut alors pendant cinq mois; c'est-à-dire depuis le commencement de Janvier jusqu'à la fin de May. Les vents y soufflent de l'Isle de Santa Clara, vers la Rivière; le tonnerre & les éclairs y sont surprenans, particuliérement sur les montagnes de _Cuenca_, qui sont sur la droite en remontant la Rivière; ce qui n'empêche pas qu'ordinairement le tems ne soit calme & serain. Au long de la Rivière Guayaquil, l'Été commence au mois de Juin, & les pluies cessent. Mais le vent d'Ouest, que les Habitans nomment Chanduy, souffle alors avec beaucoup de violence.
Le _Cap Blanco_ jouit d'un air fort serain pendant quatre mois de l'année, qui sont Janvier, Février, Mars & Avril. Tous les autres mois sont sombres & orageux, & les courans prennent alors leur direction de ce Cap vers le Sud.
La connoissance des courans est d'une nécessité si indispensable pour la navigation, qu'il est surprenant qu'on n'y apporte pas plus de soin dans les Cartes Marines. On ne conçoit point assez comment la force de l'eau triomphe de l'art & du veut. Un Pilote qui croit naviguer en droite ligne vers le lieu auquel il veut aborder, est étonné de se trouver insensiblement vis-à-vis d'une autre Côte, sans s'être appercu de rien qui l'ait pû détourner de sa route. Je ne parle pas des courans impetueux, dont le danger frappe la vûë. Il y en a de si imperceptibles, que leur réalité n'étant prouvée que trop souvent par les effets, on est porté à croire que le mouvement se passe quelquefois dans l'interieur de l'eau, tandis que la surface est tranquille. On a les latitudes pour guider la course; mais a-t-on toujours la lumiére du Soleil pour les prendre, & qu'a-t-on trouvé jusqu'à présent qui puisse y suppléer dans les tenebres?
Dans la Mer dont je parle, & qui est aujourd'hui si fréquentée, aussitôt que le Soleil a passé l'Equinoctial vers le Sud, ce qui fait commencer l'Été dans les parties méridionnales, l'eau commence ses courans, Sud & Sud-Ouest, depuis le Cap _Saint François_ au long de la Côte, & les étend en largeur jusqu'à trente & quarante lieues dans la Mer. De même, lorsque le Soleil passe l'Equinoctial vers le Nord, les eaux se meuvent dans le sens contraire, c'est-à-dire que les courans sont Nord & Nord-Ouest au long des mêmes Côtes & dans la même largeur. Observez que comme le mouvement vers le Sud commence au Cap Saint François, le mouvement vers le Nord, commence au Port de _Saint Marc d'Arica_. L'un & l'autre semble tirer sa force du rivage, du moins dans la plûpart des lieux; car il y en a d'autres où l'on remarque absolument le contraire.
Depuis le Cap Saint François jusqu'à Malpelo, il est certain que la direction des courans est à l'Est & à l'Est-Sud-Est vers l'Isle Gorgone, & la Baye de Bonaventura. C'est ce qu'on remarque encore plus fréquemment en hyver. Dans d'autres tems ce mouvement cesse quelquefois tout-à-fait.
De _Malpelo_ jusqu'au Cap _Morro de Puercos_, l'eau n'a jamais de courant sensible.
De l'Isle Gorgone jusqu'au Cap Saint François, le courant prend rarement sa direction vers le Sud-Ouest. Elle est ordinairement vers le Nord-Ouest. Quelquefois elle cesse tout-à-fait, & l'eau n'a point d'autre agitation que celle des vents.
De l'Isle de Gorgone au Cap Morro de Puercos, l'Hyver comme l'Été, le courant est aussi vers le Nord-Ouest.
Lorsque le vent de commerce prévaut, les courants, entre Morro de Puercos & Malpelo, sont vers le Sud-Ouest.
Cette variété dans les mouvemens de la Mer est un secret de la Nature que la raison humaine est incapable de pénétrer; mais elle est prouvée par une expérience si constante, que les Pilotes devroient avoir les yeux toujours ouverts pour en découvrir toutes les différences.
_Fin du Second Tome_.
_APPROBATION_.
J'AI lû par ordre de Monseigneur le Chancelier un Manuscrit intitulé, _Voyages du Capitaine Robert Lade_, & je n'y ai rien trouvé qui doive en empêcher l'Impression, à Paris ce quatre May mil sept cent quarante trois, DE MONTCRIF.
_PRIVILEGE DU ROY_.
LOUIS, PAR LA GRACE DE DIEU, ROY DE France & de Navarre: À nos aimés & féaux Conseillers, les gens tenants nos Cours de Parlement, Maîtres des Requêtes ordinaires de notre Hôtel, grand Conseil, Prévôt de Paris, Baillifs, Sénechaux, leurs Lieutenans Civils, & autres nos Justiciers qu'il appartiendra: SALUT. Notre bien amé FRANÇOIS DIDOT, Libraire, ancien Adjoint, nous a fait exposer qu'il désiroit faire imprimer & donner au Public un Manuscrit qui a pour titre: _Voyages du Capitaine Robert Lade, traduit de l'Anglois_, s'il nous plaisoit de lui accorder nos Lettres de Privilège pour ce nécessaires. À CES CAUSES, voulant favorablement traiter l'Exposant, Nous lui avons permis & permettons par ces Présentes de faire imprimer l'Ouvrage ci-dessus spécifié, en un ou plusieurs Volumes, & autant de fois que bon lui semblera, & de les vendre, faire vendre & débiter par tout notre Royaume, pendant le tems de neuf années consécutives, à comprer du jour de la datte des Présentes; FAISONS défenses a toutes sortes de personnes de quelque qualité & condition qu'elles soient d'en introduire d'Impression étrangere dans aucun lieu de notre obéissance; comme aussi à tous Imprimeurs & Libraires, d'imprimer, faire imprimer, vendre, faire vendre & contrefaire ledit Ouvrage, n'y d'en faire aucun extrait sous quelque prétexte que ce soit, d'augmentation, correction, changement, ou autre, sans la permission expresse & par écrit dudit Exposant, ou de ceux qui auront droit de lui, à peine de confiscation des Exemplaires contrefaits, & de trois mille livres d'amande contre chacun des Contrevenans, dont un tiers à Nous, un tiers à l'Hôtel-Dieu de Paris, & l'autre tiers audit Exposant, ou à celui qui aura droit de lui, & de tous dépens, dommages & intérêts; à la charge que ces Présentes seront enregistrées tout ou long sur le Régistre de la Communauté des Libraires & Imprimeurs de Paris, dans trois mois de la datte d'icelles; que l'impression dudit Ouvrage sera faite dans notre Royaume & non ailleurs, en bon papier & beaux caracteres, conformement à la feuille imprimée attachée pour modéle sous le contre-Scel desdites Présentes; que l'Impétrant se conformera en tout aux Reglemens de la Librairie, & nottament à celui du 10 Avril 1725, & qu'avant que de les exposer en vente, le Manuscrit ou Imprimé qui aura servi de copie à l'impression dudit Ouvrage, sera remis dans le même état où l'Approbation y aura été donnée ès mains de notre très-cher & féal Chevalier le Sieur Daguesseau, Chancelier de France, Commandeur de nos Ordres, & qu'il en sera ensuite remis deux exemplaires dans notre Bibliothéque Pubique; un dans celle de notre Château du Louvre, & un dans celle de notredit très-cher & féal Chevalier le Sieur Daguesseau, Chancelier de France: le tout à peine de nullité des Présentes; du contenu desquelles vous mandons & enjoignons de faire jouir ledit Exposant & ses ayant cause, pleinement & paisiblement, sans souffrir qu'il lui soit fait aucun trouble ou empêchement: Voulons que la Copie desdites Présentes qui sera imprimée tout au long au commencement ou à la fin dudit Ouvrage, soit tenue pour duëment signifiée, & qu'aux copies collationnées par l'un de nos amés & féaux Conseillers & Secrétaires, foi soit ajoûtée comme à l'Original. Commandons au premier notre Huissier ou Sergent sur ce requis, de faire pour l'éxécution d'icelle tous Actes requis & nécessaires, sans demander autre permission, & nonobstant clameur de Haro, Chartre Normande & Lettres à ce contraires; car tel est notre plaisir. Donné à Paris le vingt-huitiéme jour du mois de Juin, l'an de grace mil sept cent quarante-trois, & de notre Règne, le vingt huitiéme. Par le Roy en son Conseil.
SAINSON.
_Registré sur le Régistre_ 11 _de la Chambre Royale des Libraires & Imprimeurs de Paris, n._ 219. _fol._ 181, _conformément aux anciens Reglemens, confirmés par celui du_ 28 _Février_ 1723. _À Paris le_ 9 _Août_ 1743.
SAUGRAIN, _Syndic._
CATALOGUE
_Des Livres qui se vendent à Paris chez DIDOT, Quai des Augustins à la Bible d'Or. 1744._