Voyages Dans La Basse Et La Haute Egypte Pendant Les Campagnes

Chapter 25

Chapter 253,644 wordsPublic domain

Également éloignés d'Elfy-Bey, qui avait descendu le fleuve, et d'Osman, qui l'avait remonté jusqu'à Syene, nous nous reposâmes quelques jours à Kous: je fis le dessin du couronnement d'une porte, le seul morceau d'antiquité qui reste de l'ancienne Apollinopolis parva. Ce seul fragment semble plus grand que tout le reste de la ville; il offre un tableau frappant du caractère monumental de l'architecture des Égyptiens; le reste de cet édifice est sans doute enfoui sous la montagne d'ordures, sur laquelle est bâtie, la ville moderne. Je copiai aussi ce qui restait d'une inscription écrite sur le listel de la gorge du couronnement de cette porte: cette inscription était postérieure au monument; je crus voir une adroite flatterie d'un préfet de la Haute Égypte au temps des Ptolémées, qui, après vingt ou trente siècles, s'est avisé, à la suite de quelques réparations, de dédier ce temple à ses maîtres, d'écrire leurs noms sur cette porte, et de charger ce monument de les porter à la postérité: en effet la gloire des rois ne traverse la nuit des temps qu'inscrite sur les monuments qu'élèvent les arts; privés de leur éclat, certains siècles sourds et muets dévorent les événements, ne laissent échapper que des noms ternes dont la mémoire ne veut pas se charger, et que l'histoire répète en vain. Que serait Achille sans le poème d'Homère, qui est aussi un monument? C'est par les monuments qu'on connaît Sésostris; les arts chaque jour nous répètent le nom de Périclès; ils font toute la gloire du beau siècle d'Auguste; celui de Médicis illustre la Toscane, et le tombeau de Laurent rayonne de lumières, tandis qu'on cherche en vain ceux des Genséric, des Attila, des Tamerlan, ces ouragans, ces fléaux de la terre qui renversent, ravagent, passent, et se perdent dans la poussière du tourbillon qu'ils avaient élevé.

Je trouvai dans les champs, près la partie basse de la ville, un fragment d'un tabernacle ou d'un temple monolithe, qui, avant d'être brisé, avait servi d'abreuvoir près d'une citerne; un des chambranles, conservé dans son entier, laisse voir encore une inscription en hiéroglyphes, aussi complète que précieusement exécutée: je la copiai; un petit fragment de cette espèce est à lui seul un monument, une irrévocable attestation des lumières et de la culture de la nation à laquelle il a appartenu.

_Caravanes--Destruction de Bénéadi_.

Nous partîmes de Kous et vînmes à Kéné, où nous trouvâmes nombre de négociants de toutes les nations. En se mettant en communication avec les gens des contrées les plus étrangères, les points éloignés se rapprochent; en comptant les jours de marche, et quand on voit les moyens de les franchir, les espaces diminuent, ils cessent d'être immenses, ils disparaissent, pour ainsi dire, lorsqu'on s'y trouve engagé; la mer Rouge, Gidda, la Mekke, devenaient des lieux voisins du point que nous habitions; et l'Inde semble leur être, pour ainsi dire, contiguë: de l'autre côté, les Oasis n'étaient plus qu'à trois journées de nous; elles cessaient d'être un pays perdu pour notre imagination; d'Oasis en Oasis, par des marches d'une journée ou de deux au plus, on s'approche de Sennar, qui est une des capitales de la Nubie, qui sépare l'Égypte de l'Abyssinie, ainsi que de Darfour, qui est sur la route, et fait le commerce avec les Tomboutyns, le peuple qui est maintenant l'objet de notre curiosité en Afrique, et dont, il y a peu de mois, l'existence était encore problématique: il est vrai que s'il ne faut que quarante jours pour aller à Darfour, il en faut cent de plus pour arriver à Tombout. Mais enfin voici la route de Darfour, où arrivent les habitants de Tombout; un négociant, que je trouvai à Kéné, et qui avait fait souvent ce voyage, me donna l'itinéraire que je joins ici [7].

[7: ROUTE DE SIUT À DARFOUR ET SENNAR, PAR DONCOLA.

De Siut par le désert, en se dirigeant au sud-ouest, quatre journées pour arriver à Korg-Elouah, l'Oasis le plus peuplé, et le plus cultivé: on y trouve de l'eau douce et courante, qui sort de terre et y rentre de nouveau; il y a une forteresse, et un gros village.

De Korg-Élouah à Boulague, qui est un autre Oasis, une demi-journée; il y a un petit village, de l'eau d'un bon goût, mais qui donne quelquefois la fièvre à ceux qui n'y sont pas accoutumés.

De Boulague à êl-Bsactah une journée; de l'eau saumâtre.

De êl-Bsactah à Beris une demi-journée; il y a un grand village et de l'eau assez bonne.

De Beris à êl-Mekh deux heures; encore de l'eau, dont il faut faire provision, parce qu'à êl-Mekh les Oasis cessent, et qu'on ne trouve plus que de l'eau salée tout le reste de la route. Marchant toujours dans la même direction, après six jours de marche, on arrive à Désir.

De Désir à Seiima trois jours; eau salée, mais moins mauvaise.

De Selima à Dongola, où on retrouve le Nil, quatre jours; il faut renouveler les provisions.

De Dongola, se dirigeant plus à l'ouest, à êl-Goyah, quatre jours.

De êl-Goyah à Zagaoné six jours; eau salée, mais fraîche.

De Zagaoné à Darfour, dix journées, sans trouver ni eau ni village.

Arrivé à Dongola, il y a dix sept journées de marche pour aller à Sennar, en se dirigeant au sud; et de Sennar à Darfour douze journées de traversée marchant de l'est à l'ouest.

Il faut penser que, dans une telle route, celui qui ne peut suivre est abandonné, parce que l'attendre serait compromettre le salut de toute la caravane.]

Nous trouvâmes aussi nombre de marchands turcs, maures, et mekkains, apportant du café, des toiles des Indes, venant acheter du blé.

Malgré ces bonnes dispositions et le calcul des gens sensés, la masse de la nation, ceux qui n'avaient rien à perdre, accoutumés à appartenir à des maîtres cruels, prenant pour faiblesse ce que nous leur montrions d'équité, continuaient de se laisser séduire par les beys, qui, profitant du préjugé de la religion, de l'avantage que leur donnait le langage auquel, ces malheureux avaient coutume d'obéir, organisaient encore des rassemblements à huit à dix lieues de nous.

Bénéadi, village de deux milles de longueur, appuyé sur le désert, composé de douze mille habitants toujours rebelles à tout gouvernement, avait appelé les Arabes: une caravane de Darfour venait d'y arriver; Mourat-bey avait saisi cette circonstance; il avait trouvé le moyen, par ses intelligences de soulever les uns, de fanatiser les autres, et de leur faire prendre tout à coup les armes. Le général Davoust fut envoyé avec la cavalerie à Bénéadi; la tranquillité générale exigeait la destruction de ce volcan qui menaçait sans cesse: livré un instant à l'ardeur qu'inspirait le butin que le soldat pouvait y faire, le village disparut; les habitants dispersés se joignirent à ce qui restait de Mekkains, marchèrent sur Miniet, et furent encore battus dans un second combat.

Dans le butin de Bénéadi, il se trouva une quantité immense de femmes, de filles du pays, et d'esclaves de la caravane: les premiers à qui les femmes échurent en partage les négocièrent à grand marché; mais, comme il arrive en certaines villes de l'Europe à certaines femmes que nous pourrions citer, à chaque mutation elles doublaient de prix; toute la différence qu'il y avait avec celles-ci, qu'au lieu d'en devenir plus insolentes, modestement elles suivaient avec une impassible résignation tous ceux à qui l'un après l'autre elles étaient adjugées; jusqu'à ce qu'enfin leur père, leur mari, ou leur ancien maître, sans prendre d'autres informations, vinssent les racheter de derniers enchérisseurs beaucoup plus cher qu'elles ne leur avaient coûté. Cela paraît tout d'abord ne pouvoir s'accorder avec les moeurs et la jalousie musulmanes; mais, ainsi que nous l'avons déjà observé, ils disent à cela très sensément: Est-ce leur faute si nous n'avons pas su les défendre?

Mourat-bey, qui par le désert était venu nous couper la communication avec le Caire, vit attaquer et détruire ses alliés sans oser venir à leur secours; il se contenta de se mettre en mesure pour nous tenir en échec sans se compromettre; il temporisait en attendant les circonstances: ce n'était point encore pour lui le moment d'accepter ou de demander des conditions; rien ne pouvait baser un traité entre nous: quel intérêt politique ou commercial eût pu alors garantir respectivement une mutuelle bonne foi? accoutumé d'ailleurs à voir sa fortune se relever par des événements imprévus, il rêvait des chances favorables; l'absence du général en chef, l'expédition de Syrie qui avait éloigné une partie de nos forces, quelques conspirations ourdies, tout servait à lui rendre de l'espoir; aussi employait-il toute espèce de moyens pour réchauffer les esprits et organiser des partis: il parvint à persuader l'émir Adgi, qui était au Caire, et qui devait aller rejoindre le général en chef en Syrie, de se composer un cortège assez considérable pour tenter un coup de main dans la route, s'emparer de Belbéis, fermer le retour à l'armée, et soulever l'Égypte contre nos forces partagées, nous obliger à nous réunir, et à abandonner l'Égypte supérieure. Ce plan assez beau en apparence ne produisit, faute de base solide, que la ruine de l'Adgi; des mouvements suspects découvrirent ses desseins; au moment d'être arrêté par la garnison de Belbéis, il n'eut que le temps de se sauver par le désert avec quelques uns des siens: cette mine éventée, le massacre de Bénéadi, et la seconde défaite à Miniet de ceux qui s'en étaient échappés, déjouèrent encore les projets de Mourat-bey, et l'obligèrent à se retirer aux Oasis.

_Nouveaux Détails sur les Crocodiles_.

En arrivant à Kéné, j'eus à regretter la mort d'un crocodile, que des paysans avaient surpris endormi, qu'ils avaient lié et apporté vivant à celui qui commandait en l'absence du général Belliard; encore jeune, cet animal ne pouvait être bien redoutable, on l'eût enchaîné avec un cercle de fer entre les épaules et le ventre, et alors nous eussions pu l'observer, et connaître ses habitudes, ignorées dans le pays même qu'il habite, tant il y inspire de peur! et cette peur s'augmentant et se perpétuant par tous les contes qu'elle-même enfante, il eût été si curieux de voir comment cet amphibie mangeait, ce qu'il mangeait, si la mastication lui est nécessaire, comment elle s'effectue avec des dents qui sont toutes incisives, quelle est l'action de son gosier qui lui sert de langue si sa voracité pourrait être un moyen de l'apprivoiser, ou bien, en lui laissant son caractère, de tenter de le faire arriver vivant à Paris, de le livrer aux observations des naturalistes, à la curiosité des Parisiens, enfin d'en faire un hommage à la nation comme un trophée de la conquête du Nil. Errant perpétuellement sur les rives de ce fleuve, j'en ai vu un grand nombre de toutes grandeurs, depuis trois jusqu'à vingt-six ou vingt-huit pieds de longueur; plusieurs officiers dignes de foi m'ont assuré en avoir vu un de quarante: ils ne sont pas aussi farouches qu'on le prétend; ils affectent certains parages de préférence, ce qui prouve qu'ils vivent en famille; c'est sur les îles basses qu'ils se montrent au soleil, dont ils paraissent chercher la chaleur; on y en voit plusieurs à la fois, toujours immobiles, et le plus souvent endormis, souvent au milieu des oiseaux, qui ne s'en inquiètent pas. De quoi peuvent vivre de si grands animaux? On conte d'eux bien des histoires; mais nous n'avons pas été témoins d'un seul fait; hardis jusqu'à l'imprudence, nos soldats les bravaient; moi-même je me baignais tous les jours dans le Nil; les nuits plus tranquilles que me procuraient les bains me faisaient passer sur de prétendus dangers qu'aucun événement ne rendait vraisemblables: s'ils ont mangé quelques cadavres que la guerre leur aura procurés, ce mets ne devait qu'exciter leur appétit, et les engager à une chasse qui pouvait leur promettre une proie aussi friande; et cependant nous n'avons jamais été attaqués, jamais nous n'avons rencontré un seul crocodile éloigné du fleuve; il faut apparemment que le Nil leur fournisse assez abondamment des proies faciles, qu'ils digèrent lentement, ayant, comme le lézard et le serpent, le sang froid et l'estomac peu actif: au reste, n'ayant à combattre dans la partie du Nil qui nous est connue qu'eux-mêmes et les hommes, ils deviendraient bien redoutables pour ces derniers, si, couverts comme ils le sont, d'une arme défensive presque à l'épreuve de toutes les nôtres, ils étaient adroits à se servir de celles que la nature leur a données pour attaquer. Lorsque je partis de Kené, le général Belliard en avait un petit qui avait six pouces; il était déjà méchant: ce général m'a dit depuis qu'il avait vécu quatre mois sans manger, sans paraître souffrir, sans maigrir ni croître, et sans s'apprivoiser.

Ammien Marcellin écrivait au temps de Julien que de toute antiquité les Égyptiens se regardaient comme dupes lorsqu'ils payaient ce qu'ils devaient, sans y être contraints par la force, ou tout au moins par la peur: heureusement pour moi les habitants de Dendera étaient de race antique.

_Second Voyage à Tintyra_.

À Kéné je voyais de ma fenêtre les ruines de Tintyra, à deux lieues de l'autre côté du Nil: ces ruines de Tintyra, dont je me souvenais avec tant d'intérêt, et dont je regrettais particulièrement un zodiaque qui prouvait d'une manière si positive les hautes connaissances des Égyptiens en astronomie!

On ne payait point le miri à Dendera; on y envoya cent hommes; je les suivis; il n'y avait que vingt minutes de chemin de Dendera aux ruines de Tintyra, qui s'appellent maintenant Berbé, qui est le nom que les Arabes donnent à tous les monuments antiques. Nous arrivâmes le soir au village; le lendemain, avec trente hommes, je me rendis aux ruines, que je possédai cette fois dans toute la plénitude du repos et de la quiétude: ma première jouissance fut de me convaincre que mon enthousiasme pour le grand temple n'avait point été une illusion de la nouveauté, puisqu'après avoir vu tous les autres monuments de l'Égypte, celui-ci me paraissait encore le plus parfait d'exécution, et construit à l'époque la plus heureuse des sciences et des arts; tout en est soigné, tout en est intéressant, important même: il faudrait y dessiner tout pour avoir tout ce qu'on doit désirer d'en rapporter; rien n'y a été fait sans objet: mon temps ne pouvait être que très limité; je commençai donc par ce qui était en quelque sorte l'objet de mon voyage, le planisphère céleste, qui occupe une partie du plafond du petit appartement bâti sur le comble de la nef du grand temple. Le plancher très bas, l'obscurité de la chambre qui ne me laissait travailler que quelques heures dans la journée, la multiplicité des détails, la difficulté de ne pas les confondre en les regardant d'une manière si incommode, rien ne m'arrêta; la pensée d'apporter aux savants de mon pays l'image d'un bas relief Égyptien d'une telle importance me fit un devoir de souffrir patiemment le torticolis qu'il me fallait prendre pour le dessiner, en songeant toutefois, que je ne donne cette explication que comme une hypothèse. Je dessinai le reste du plafond, qui est partagé en deux parties égales par une grande figure, que je crois celle d'Isis; elle a les pieds appuyés sur la terre, les bras étendus vers le ciel, et semble occuper tout l'espace qui les sépare. Dans l'autre partie du plafond est une autre grande figure, que je crois ou le ciel, ou l'année, touchant des pieds et des mains à la même base, et couvrant de la courbure de son corps quatorze globes posés sur quatorze bateaux, distribués sur sept bandes ou zones, séparés par des hiéroglyphes sans nombre, et trop couverts de stalactites enfumées pour pouvoir être copiés; j'ai pris aussi une esquisse de cette partie du plafond, pour donner une idée de la forme de ce tableau, et le plan général de ce petit appartement, où sont représentés les objets comme ils sont situés sur les plafonds.

Derrière cette première chambre il y en a une seconde qui ne reçoit de jour que par la porte; elle est de même couverte de tableaux hiéroglyphiques les plus intéressants et les mieux exécutés. Malgré l'obscurité, la difficulté de faire éclairer tout à la fois le bas relief et mon papier, je dessinai cependant presque tout ce que contenaient le plafond et les murailles de cette seconde pièce. Il est bien difficile d'arrêter une pensée sur ce que pouvait être ce petit édifice si bien soigné dans ses détails, orné de tableaux si évidemment scientifiques; il paraît que ceux des plafonds sont relatifs au mouvement du ciel, et ceux des murailles à celui de la terre, aux influences de l'air, et à celles de l'eau. La terre est représentée partout par la figure d'Isis; c'était la divinité de tous les temples de Tintyra, car on en trouve l'emblème de toutes parts: sa tête sert de chapiteau aux colonnes du portique et de la première chambre du grand temple: elle est au centre de l'astragale: elle est gigantesquement sculptée au mur extérieur du fond: elle est l'objet des ornements de la frise et de la corniche: elle est dans tous les tableaux avec ses attributs: c'est elle à qui l'on fait toutes les offrandes, lorsque ce n'est pas elle qui les fait elle-même à Osiris son époux: elle est aux portes qui servaient d'entrée à l'enceinte: c'est à elle que sont dédiés les petits temples qui y sont inscrits; dans celui qui est à droite en entrant, elle est triomphante des deux mauvais génies; dans celui qui est derrière le grand, elle y est à tout moment représentée tenant Horus dans ses bras, le défendant contre tout attentat, ne le confiant qu'à des figures de vaches, l'allaitant à tous les âges, depuis l'enfance jusqu'à la puberté, le tenant dans ses bras comme l'enfant qui vient de naître, d'autres fois lui présentant le sein, qu'il reçoit debout étant déjà presque de la taille de sa mère.

Je consacrais tous les moments où je manquais de lumière pour travailler au planisphère, à mesurer les chapiteaux, les colonnes, à lever les plans, quelques élévations, à dessiner les portes; il ne reste aucun gond ni battants de ces portes qui renfermaient des mystères dont les prêtres étaient si jaloux, qui renfermaient peut-être aussi les trésors de l'état, cachés avec le même soin, car ces sanctuaires ressemblaient à des coffres forts par leur double enceinte précédée de tant de portes, ces chambres consacrées à une nuit éternelle, ce mystère répandu sur le culte, aussi obscur que les temples; ces initiations, si difficiles à obtenir, auxquelles jamais un étranger ne pouvait être admis, dont on n'avait de notions que sur des rapports mystiques: ce gouvernement et cette religion qui perdit toute sa force et tout son empire dès que Cambyse en eut violé les sanctuaires, renversé les divinités, et enlevé les trésors; tout annonce que ces temples contenaient, pour ainsi dire, l'_essence_ de tout, que tout en émanait.

Mes recherches, mes observations, et mes travaux, furent arrêtés par l'empressement du cheikh du village à débarrasser le pays de notre présence; dès le premier jour, il était allé porter sa contribution: le général rappela les troupes; et mon expédition fut terminée.

Je pris encore, en m'en allant, une vue générale du site de Tintyra, du groupe de monuments qui dominent les ruines de la ville, et des montagnes qui s'élèvent derrière. J'avais pris aussi copie d'une inscription sculptée en beaux et grands caractères Grecs, placée, ainsi que celle de Kous, sur les listels de droite et de gauche du couronnement d'une des portes de circonvallation, au sud du grand temple: voici l'inscription, sauf quelques erreurs produites par des lettres dégradées:

ΥΠΕΡΑΥΤΟΚΡΑΤΟΡΟΣΚΑΙΣΑΡΟΣΘΕΟΥΥΙΟΥΔΙΟΣΕΛΕΥΘΕΡΙΟΥΣΩΤΗΡΙΑΣΡΟΤΕΠΙ ΠΟΠΛΙΟΥΟΚΤΑΟΥΙΟΥΗΓΕΜΟΝΟΣΚΑΙ.

ΜΑΡΚΟΥΚΓΩΔΙΟΥΠΟΣΤΟΥΜΟΥΕΠΙΣΤΡΑΤΗΓΟΥΤΡΥΦΩΝΟΣΣΤΡΑΤΗΓΟΥΝΤΟΣ ΟΙΑΠΟΤΗΣΜΗΤΡΟΠΟΛΕΩΣ.

ΙΕΡΩΣΑΝΕΚΝΟΜΟΥΤΟΠΡΟΠΥΛΟΝΙΣΙΔΙΘΕΑΙΜΕΓΙΣΤΗΙΚΑΙΤΟΙΣΣΥΝΝΑΟΙΣ ΘΕΟΙΣΕΤΟΥΣΛΑΚΑΙΣΑΡΟΣΘΩΥΘΣΕΒΑΣΤΗΙ.

Voici la même inscription avec les mots séparés, et les lettres restituées par les personnes que j'ai consultées, et la traduction qu'ils en ont faite.

ΥΠΕΡ ΑΥΤΟΚΡΑΤΟΡΟΣ ΚΑΙΣΑΡΟΣ ΘΕΟΥ ΥΙΟΥ ΔΙΟΣ ΕΛΕΥΘΕΡΙΟΥ ΣΩΤΗΡΙΑΣ ΡΟΤ ΕΠΙ ΠΟΠΛΙΟΥ ΟΚΤΑΟΥΙΟΥ ΗΓΕΜΟΝΟΣ ΚΑΙ.

ΜΑΡΚΟΥ ΚΓΩΔΙΟΥ ΠΟΣΤΟΥΜΟΥ ΕΠΙΣΤΡΑΤΗΓΟΥ ΤΡΥΦΩΝΟΣ ΣΤΡΑΤΗΓΟΥΝΤΟΣ ΟΙ ΑΠΟ ΤΗΣ ΜΗΤΡΟΠΟΛΕΩΣ.

ΙΕΡΩΣΑΝ ΕΚ ΝΟΜΟΥ ΤΟ ΠΡΟΠΥΛΟΝ ΙΣΙΔΙ ΘΕΑΙ ΜΕΓΙΣΤΗΙ ΚΑΙ ΤΟΙΣ ΣΥΝΝΑΟΙΣ ΘΕΟΙΣ ΕΤΟΥΣ ΛΑ ΚΑΙΣΑΡΟΣ ΘΩΥΘ ΣΕΒΑΣΤΗΙ.

POUR LA CONSERVATION DE L'EMPEREUR CÉSAR, DIEU, FILS DE JUPITER AUTEUR DE NOTRE LIBERTÉ; LORSQUE, PUBLIUS OCTAVIUS ÉTANT GOUVERNEUR, MARCUS CLAUDIUS POSTHUMUS COMMANDANT GÉNÉRAL ET TRYPHON, COMMANDANT PARTICULIER DES TROUPES, LES ENVOYÉS DE LA MÉTROPOLE CONSACRÈRENT, EN VERTU D'UNE LOI, LE PROPYLÉE ISIS, TRÈS GRANDE DÉESSE, ET AUX DIEUX HONORÉS DANS CE MÊME TEMPLE: EN L'AN XXXI DE CÉSAR, LE COLLÈGE DES PRÊTRES À L'IMPÉRATRICE.

Il y a une autre inscription sur le listel de la corniche du grand temple, mais je n'ai jamais pu en distinguer assez bien les caractères pour pouvoir les copier; ce peu de caractères Grecs au milieu de ces innombrables inscriptions Égyptiennes paraît extraordinaire et contrastant.

_Keft ou Copthos_.