Voyage scientifique à travers l'Afrique occidentale

Part 4

Chapter 43,731 wordsPublic domain

Les moussos, à cette époque de l’année, sont occupées à piler les fruits de _manan_ (_Lophira alata_ Banks), pour la fabrication de leur savon. Elles vont dans la brousse remplir de grandes calebasses de ces fruits ailés qu’elles cueillent sous les arbres d’où ils se détachent eux- mêmes, après avoir bruni ou roussi, signe de leur maturité. Ces fruits sont d’abord écossés par les femmes et les enfants ; l’enveloppe du fruit se brise facilement d’elle-même, sous la pression des doigts, comme les fruits d’arachides. L’amande blanche avec l’indication très nette de la petite plantule et de deux cotylédons est de la grosseur d’une amande de petite noisette et de la même forme. Ces amandes à amertume très prononcée seraient un poison d’après les indigènes. On les réunit dans un pilon à couscous où on les soumet à un premier écrasement. La poudre résultant de cette opération, qui présente encore des morceaux non écrasés de la grosseur d’un noyau de cerise est étendue sur des nattes au soleil, pour sécher. On écrase de nouveau la pulpe au pilon une deuxième, puis une troisième fois. La poudre impalpable qui en résulte est ensuite placée dans des _canaris_ (marmites en terre) avec de l’eau qu’on porte à l’ébullition. Pendant ce temps, on remue constamment le mélange avec des feuilles de _manan_ ou de _pimpérimané fira_, ce qui a pour effet d’amener la matière grasse à la surface. On n’a plus ensuite qu’à la recueillir. Cette graisse n’est pas bonne pour l’alimentation en raison de son amertume.

Un chasseur de biches du village est rentré ce matin après avoir tué un _coba_ (_Antilope orcas_). Cet animal est énorme ; il a été dépecé dans la brousse. Quatre individus portent chacun un quartier de l’animal, un cinquième porte la peau, le sixième porte la tête surmontée d’une paire de cornes arquées avec de nombreux anneaux en relief. Ces cornes ont environ 70 centimètres de longueur. J’en ai vu qui avaient plus d’un mètre de long.

Le _dougoutigui_ m’offre un gigot ; le reste sera partagé entre les hommes du village et les porteurs.

Le chasseur me dit que les éléphants existent dans la brousse à trois jours du village. Ils ne viennent jamais dans les cultures. Il en a aperçu d’énormes. On n’ose pas les chasser dans le village. Les panthères sont aussi communes : elles ne viennent pas autour des habitations ; on ne les tire pas non plus.

Un _dioula_ maure parti depuis un mois et demi de Siguiri, est de passage ici et il se dirige vers Odjenné. Il achète dans les villages (à l’aide de quatre porteurs) des boules de caoutchouc contre du sel de la Guinée, des kolas, de la toile, mais la plainte d’une femme m’a révélé qu’il trafiquait surtout des captifs et qu’il est venu en réalité, comme beaucoup de ses compatriotes, razzier les malheureux Bambaras que Samory traînait à sa suite et qui regagnent en ce moment leur village natal.

Près du village, je remarque un palmier _ban_ en fruits. Le fond de la végétation du marais qui l’environne est formé par une Composée à feuilles charnues et à fleurs jaunes. J’ai remarqué aussi dans les parties les plus humides un _Marsilea_ qui croît spécialement autour des trous remplis d’eau. Je rencontre de fortes touffes de Graminées formant des monticules analogues à ceux qui sont produits par _Carex paniculata_ L. et _paradoxa_ Benth. en France ; entre ces touffes, croît une plante à fleurs jaunes récoltée au bord des marigots dans la région des convois, ainsi que deux Labiées. On rencontre aussi une Cypéracée en fleurs analogue à _Cladium Mariscus_ R. Br., deux _Cyperus_ et tout un champ de Marantacées. Il existe, en outre, une mare contenant des _Nymphæa_, ainsi que le _Pontederia natans_ Beauv. à fleurs bleues, etc.

Le _coguira_ en fruits est très abondant au bord de cette mare. A la limite des marais, mais sur un terrain sec, inondé peut-être durant l’hivernage, croissent de nombreuses Cypéracées à fleurs groupées en capitules blancs.

Les jardins indigènes contiennent des oignons, l’aubergine indigène (_Solanum Pierreanum_ Paill. et Bois), le _dabé_, les calebasses qui commencent à pousser.

Près des mares, à côté du village, une excavation laisse voir plusieurs blocs énormes se désagrégeant à la surface, de _granit_ à feldspath, teinté en rouge par l’oxyde de fer, analogues à certains granits de Normandie. L’excavation a été probablement creusée pour la recherche de l’or.

Des traces de ces terres granitiques se retrouvent dans le pays, quoique la prédominance appartienne toujours au sol ferrugineux et à l’argile cendrée d’alluvion.

J’ai récolté dans le lougan une petite Euphorbiacée, le _Croton lobatum_ L. qui croît en abondance dans tous les terrains cultivés et serait, au dire des indigènes de la Côte d’Ivoire, un poison très violent (d’après M. Thoiré).

_Iantola._

_28 mars._ — Partis de grand matin, nous arrivons au petit jour au bord du fleuve. Il est assez étroit et peu profond, du moins au gué. Sur le sable, il y a des légions de petites fourmis noires, formant une colonne serrée très longue.

Les fruits du _Ximenia_, semblables à de petites prunes mirabelles, sont toujours très abondants et en pleine maturité. Ils ont une saveur aigrelette très agréable, et les indigènes en cueillent tout le long du chemin.

A environ 2 ou 3 kilomètres de Iantola, on arrive sur l’emplacement d’un très vaste village détruit ; la brousse a réenvahi le terrain où s’élevaient les cases.

A partir de là, sur un plateau ferrugineux étendu, la liane _goïn_ et le _saba_ sont communs et saignés depuis longtemps. J’ai vu aussi le _Strophantus sarmentosus_ D. C. encore en fleurs.

Le _singan_ (_Cassia Sieberiana_ D. C.) à fleurs jaunes est très commun aussi dans les bosquets ; les fleurs commencent à tomber.

Le village de Iantola est situé dans une vaste plaine de 150 à 200 hectares d’étendue, paraissant fertile. C’est l’emplacement d’un très grand village détruit. Des restes de cases et des baobabs dispersés dans cette plaine l’indiquent. Sur ce terrain croît le _fafetone_ qui n’atteint ici que 0 m. 80 de hauteur et dont la tige est herbacée sur toute sa longueur. Il est actuellement chargé de fleurs et de fruits non mûrs.

Ce village de Iantola conviendrait bien pour une exploitation caoutchoutière par suite de l’étendue des terrains cultivables entourant le village.

Un marigot situé à 30 mètres à l’Est du village contient encore beaucoup d’eau claire et en retirant la vase, on pourrait en accumuler beaucoup. Il serait facile d’irriguer toute la plaine cultivable ; de plus le marigot est bordé d’une bande étroite de terres noires d’alluvions, très propre aux cultures potagères et aux semis. La plaine pourrait être élargie par des déboisements. Elle est entourée de coteaux ferrugineux élevés, très propres à la multiplication du _goïn_. Il en existe déjà beaucoup à travers la brousse.

Les bornes pourraient être faites par le fleuve et par le premier marigot qui coupe le chemin allant sur Dieguénikalana. Il ne faut pas perdre de vue que le Balé (grossi du Sankarani) est probablement navigable durant l’hivernage et va se jeter dans le Niger à mi-chemin de Siguiri et Bammako.

La flore des bords du marigot est riche, le _Ceratopteris_ croît dans l’eau aux endroits ombragés. On cultive dans cette région le _n’yaron_ (aubergine), les oignons, le _boron_.

_Diéguénikalana et Kéméné._

_29 mars._ — A partir de Iantola, on suit le chemin de Siguiri à Bougouni, large et bien entretenu.

Dans la nuit, après 3 kilomètres de marche, je remarque des excavations sur les bords ; elles ont peut-être servi à faire des recherches d’or. Au lever du jour nous passons un marigot : une bande de biches s’enfuit à notre approche.

Je traverse Bounonko, après une heure et demie de marche. C’est un grand village, détruit en partie. Il ne reste plus que quelques cases et des pans de _tata_.

En dehors du village, le _dougoutiguia_ fait construire trois cases rapprochées, aidé des habitants des villages voisins, pour recevoir les Européens à leur passage (ordre du Commandant).

Diéguénikalana où je déjeune est un pauvre village très réduit. Au milieu de la plaine où travaille un tisserand, il y a seulement un _gouin_ (_Pterocarpus erinaceus_ Lamk.) actuellement en fruits, donnant très peu d’ombrage. Dans le lougan, je remarque des traces de cultures de coton, de _diefa-diaba_ pour prendre les poissons, des indigotiers. J’observe aussi un pied de ricin.

J’aperçois, pour la première fois, en train de sécher sur une case, dans une petite calebasse tressée avec des roseaux, des feuilles de _ouo_ ou de _gouo_, trouvé le lendemain à Ténétou en fleurs. Ce _ouo_ (_Zanthoxylum senegalense_ D. C.) après avoir été réduit en poudre est mis dans les sauces fabriquées par les _moussos_ pour parfumer le couscous. J’observe aussi, et de même pour la première fois, des femmes en train d’écosser des fruits de _diala_ (_caïlcedrat_) pour la fabrication du savon.

Dans la case de mon hôte, il y a, suspendues ou placées sous les traverses qui supportent le toit, diverses choses bizarres : plumes de différents oiseaux, notamment fragments de plumes d’autruches, coquilles d’anodontes du fleuve, une carapace de tortue de 10 à 15 centimètres de diamètre. Cette tortue appelée _Sora_ se mange, paraît-il.

A deux heures, je me mets en route, pour Kéméné où j’arrive le soir à la tombée de la nuit.

Sur la route, j’ai récolté une petite Labiée assez odorante et j’ai vu en fleurs le _Terminalia macroptera_ Guill. et Perr., arbre à grandes feuilles ovales et glaucescentes.

Je n’ai rien vu de notable à Kéméné, où je suis arrivé et reparti de nuit. Le chef du village me dit que les hyènes et les panthères viennent fréquemment dans les environs, la nuit.

_Faradialé et Souloula._

_31 mars._ — Au village de Faradialé, je revois le _Strophantus_ de Banan. Nous rencontrons une caravane de _dioulas_, composée d’une vingtaine de porteurs, chargés de barres de sel.

Le village de Souloula est composé de plusieurs groupes de cases fort distants les uns des autres ; un seul, celui du chef, est entouré d’un reste de _tata_. Autour du puits est le jonc à rhizome odorant déjà signalé. J’ai remarqué des _nétés_ mûrs. En dehors du village, tout près du _tata_, se trouve une Euphorbe cactiforme qui produit une douleur très vive, pouvant durer plusieurs heures, sur toutes les muqueuses mais surtout sur les yeux. L’arbuste est couvert d’incisions ; il est donc probablement utilisé par les indigènes.

Sur un petit coteau ferrugineux qui avoisine le village, croissent quelques touffes de _goïn_. Elles ont été saignées récemment pour la première fois.

Il y a seulement 10 kilomètres de Souloula à Bougouni. Le chemin est bordé de _yoros_, jolis arbustes de la famille des Polygalées (_Securidaca longepedunculata_ Fres), à fleurs pourpres, rappelant l’arbre de Judée. J’ai rencontré aussi l’orchidée tuberculeuse, le _sinia_, et une très curieuse Aroïdée (_Amorphophallus_). Je remarque que les karités n’ont pas tous des fruits. Dans quelques-uns, les traces des fleurs persistent encore, avortées. Dans d’autres, il y a seulement quelques fruits çà et là bien que l’arbuste soit adulte. Enfin certains arbres sont chargés de fruits ; il en naît plusieurs à chaque inflorescence.

On aperçoit le poste de Bougouni à deux ou trois kilomètres de distance. Ce poste occupe une situation pittoresque. Il est bâti à l’extrémité d’une colline ferrugineuse qui après avoir décrit une courbe ouverte vers le Baoulé, encadrant le village, vient se terminer brusquement dans la plaine où coule le fleuve. Le poste domine ainsi le terrain environnant d’une cinquantaine de mètres. Au pied, se trouvent le village des tirailleurs et le village de Liberté.

_Bougouni_

_Du 1er au 4 avril._ — Une grande route conduit du poste au village de Bougouni. Dans le village ou autour, je remarque quelques banans assez petits ainsi que le _Tomboro_ (arbre à ver à soie, _Zizyphus orthacantha_). La _goïn_ existe çà et là. Sur une longueur de 3 kilomètres, nous marchons dans la plaine entièrement remplie par de hautes Graminées sèches, ayant plus de 2 mètres de haut. Nous atteignons le Baoulé (fl. Rouge) au gué de passage du chemin des dioulas allant à Odienné. Une colline à rochers abrupts s’avance jusqu’à 50 mètres du fleuve. Le Baoulé contient des huîtres, des anodontes. Il présente des schistes (passant parfois aux grès) stratifiés à tranches verticales et dirigés à peu près suivant le fleuve. Ces rochers sont en partie submergés, les autres sont tout à fait secs. Les roches humides sont recouvertes par la plante aquatique dégradée déjà trouvée à Billy et à Bammako.

J’ai vu sur les bords du fleuve le _Polygonum Balansæ_ Boiss. avec des troncs assez gros, toujours plus ou moins tortueux, le petit arbuste à fleurs rouges du lit du Niger et du Sénégal.

_Zandiéla_

_11 avril._ — Nous partons de Ouré vers 6 heures et demie. Les karités et les nétés sont très nombreux sur la route. Le faux jujubier de Bomtyn est aussi commun depuis Bougouni.

Le _mana_ paraît avoir presque disparu ; je n’en rencontre plus. Le _saba_ en fleurs est abondant partout. J’ai vu quelques pieds de _sofara_ dont les fleurs sont passées.

Peu après Faradé, nous traversons le Banifing sur un pont formé de branches d’arbres recouvertes de terre ; le tout est supporté par un échafaudage très compliqué. La rivière est actuellement réduite à un petit filet d’eau, qu’on peut par places enjamber sans se mouiller les pieds. Il n’y a pas de plantes remarquables sur les rives du fleuve. Les caïmans sont très communs dans le Banifing.

A 8 heures et demie, nous passons à Zanabgo, village en partie détruit, encore important. J’y observe un _ntaba_ encore en pleine floraison. Peu après, je rencontre quelques _goïn_ chétifs, jeunes, saignés néanmoins récemment.

A 10 heures, nous arrivons à Zaniéla, village formé de quatre ou cinq groupes de cases, en parties détruits. On y élève des abeilles. J’y ai remarqué un beau pied de coton.

Les _fafetones_ sont très communs dans le lougan autour du village, en fleurs et en fruits. Le _tiga nin guenin_ est cultivé durant l’hivernage. Je n’ai vu qu’un seul papayer.

Il existe une pratique bizarre que j’ai vue ici pour la première fois. Quand un vieil indigène est mort, on badigeonne le côté droit de la porte de sa case en dessinant un caïman en relief, ou simplement sur deux bandes en relief, on applique du couscous de riz pilé. Cela donne l’aspect d’un badigeonnage au lait de chaux. On coupe ensuite un coq vivant en morceaux, et on en barbouille l’entrée de la case. On renouvelle le sacrifice du coq de temps en temps. Ces marques attestent que l’indigène qui habitait la case a été regretté.

_Dialacoro-Bafaga_

_12 avril._ — Nous partons de Zaniéla à 4 heures, et nous arrivons à Farabakoro à 6 heures. Un _doubalé_ très verdoyant croît sur la place du village. Le long de la route, nous observons un petit arbuste à fleurs blanches, commun partout, ainsi qu’un autre arbuste à fleurs jaunes. Les fruits de _sanan_ sont mûrs et tombés. J’ai trouvé aussi pour la première fois, des fruits de _sé_ mûrs.

Nous remarquons sur la route des traces fraîches d’éléphants.

Vers 8 heures et demie, nous arrivons à Bafaga. Près du village se trouve un beau _nongo_ en fleurs, un énorme _tomboro_, quelque beaux palmiers _cébi_ ; déjà quelques fruits sont tombés.

Dans le village, la case carrée du chef est vaste, ornée de piliers externes en relief, qui se prolongent en clochetons. Au delà et tout près du village, on traverse un marigot presque à sec ; les puits creusés aux alentours sont encore remplis d’eau.

Le fond de la végétation de ce marigot est formé par des palmiers _nté_ chargés de régimes. Un Ficus à feuilles larges, luisantes, nommé _cotourou_, se trouve dans cette région. Les _Marsilea_ abondent dans toutes les flaques environnantes.

Les femmes cultivent à proximité du marigot des _n’goys_ et des _borons_. Avant d’arriver à ce village, et au delà, on rencontre de nombreuses plaques de _mica blanc_ assez grandes dans un sable grossier. Çà et là se trouvent des roches granitoïdes et porphyroïdes. J’ai vu quelques _goïn_.

_Tabacoroni. — Koumantou._

_13 avril._ — Nous partons de Dialacoro à 4 heures, et nous longeons, de nuit, le bord d’une sorte de marigot tout bordé de bans. Vers 6 heures, on passe à côté d’un village détruit.

Les bans sont très communs le long du chemin de Bougouni à Sikasso. Le fruit en forme de prune gluante est commun dans les ruines. On revoit cet arbre dans le village de Koumantou qui paraît avoir eu une grande importance, mais qui est maintenant en partie détruit. Les fromagers et surtout les baobabs sont très communs tout autour.

Ce village a été composé de plusieurs groupes de cases, assez éloignées les uns des autres, et dont chacun est entouré d’une tata. Il y a un seul puits pour le village. L’eau, de couleur blanchâtre, est détestable. Une quinzaine de moussos se livrent aux travaux du ménage (lavage des calebasses), de la toilette (lavage du linge) tout autour ; l’eau qu’elles rejettent forme des flaques fétides autour du puits où elle s’écoule.

Nous arrivons à Tabacoro à 10 heures. Il y a deux villages, distants de 200 mètres l’un de l’autre. J’y remarque plusieurs beaux baobabs, des plants de _sosa_. Dans les bas-fonds marécageux, près des jardins, j’aperçois de beaux bosquets de _ban_ avec une grande liliacée, des _Vitis_ à tige ailée ; une Cypéracée à petites têtes blanches. Le _kounocois_ existe dans ce massif en une quinzaine d’exemplaires paraissant spontanés.

=Le Fou.= — Dans le pays, une partie des jeunes gens doivent faire le métier de fou ; ils amusent les habitants et les passants. Leur coiffure consiste en un chapeau surmonté de têtes d’oiseaux plus ou moins mutilées d’où pendent de tous côtés des morceaux d’os, ainsi que des queues de moutons, de chèvres, de singes. Ils sont vêtus d’une sorte de cotte-maille, formée d’un filet qui fut un hamac, et d’une culotte dont les deux jambes sont inégales. Des cornes, des plumes et des fruits divers, sont suspendus autour de lui. Il saute, gesticule et paraît beaucoup s’amuser de la gaieté des autres. Il porte autour du cou un sac immense destiné à mettre le _mil_ qu’on lui donne et qui semble assurer sa nourriture. Il paraît qu’il cultive d’ailleurs un lougan.

Autour des villages de Tabacoro, il y a beaucoup de palmiers ; l’un est le _ban_, le plus commun, formant des massifs entiers ; l’autre est le _cebi_ qui présente seulement des individus isolés dans le lougan autour du village.

_Doucolobougou._

_14 avril._ — Nous partons de Tabacoroi à 4 heures et passons à Bérétiéné de nuit. A Tréféra, je remarque deux _banans_, et aux environs, quelques _goïn_ que l’on a commencé à saigner. De l’autre côté de Tréféra se trouve un puits pour la recherche de l’or. Le long de la route, j’aperçois des plateaux ferrugineux où on trouve de petites boules de fer, de quartz et des cristaux non arrondis de quartz. J’observe çà et là une sorte de granit en blocs isolés. L’Acacia de Bougouni est très commun dans cette région. J’ai revu aussi des _karités_, des _nétés_ et des _oros_ qui sont les arbres dominants de la région. Les fruits des Karités commencent à tomber.

Nous arrivons à Tiégougoba à 10 heures. Le village est situé sur une petite éminence. Les troupeaux ont été volés à diverses reprises par les bandes de Thiéba et de Bademba. Les cases sont construites de façons différentes et précédées d’une véranda. Une tornade très violente s’abat à 1 heure et il pleut abondamment.

Nous passons le Bagoé. Les rives du fleuve sont bordées d’une haute végétation luxuriante, rappelant celle des bords du Niger. Des bancs de sable émergent. On y trouve des coquilles d’huîtres et d’anodontes. La rive de Bougouni est très verdoyante. Elle est occupée par une liane qui domine et enveloppe tout ; la rive de Sikasso est sans végétation comme les rives du Sénégal ; une autre partie est boisée. Au bord du sentier, il y a de nombreuses traces d’éléphants se croisant en tous sens et descendant vers le fleuve.

Depuis le départ de Bougouni, dans la plupart des villages que je traverse, les femmes sont parties dans la brousse à la récolte des fruits de Nété. Dès le matin, surtout après une tornade pendant laquelle il est tombé beaucoup d’eau, une femme se met généralement en route avec plusieurs calebasses ou porte-charges, accompagnée souvent de ses bilacoros de 5 à 10 ans, qui l’aident dans la récolte, et du mari qui ne porte rien que son fusil, son épée ou sa lance. Durant tout le temps que sa femme récoltera les fruits, il se reposera au pied de l’arbre et ne rapportera rien. Dans presque tous les villages que je traverse, il y a de vastes greniers à _nété_, sortes de petites cases rondes bâties sur pilotis. On y entasse les gousses jusqu’au haut et on les recouvre d’un toit en chaume. Ce _nété_ (_Parkia africana_ R. Br.) tient une grande place dans l’alimentation des indigènes qui le conservent d’une année à l’autre. Il peut se manger à l’état nature. Mes porteurs en mangent souvent une calebasse avant l’arrivée de leur couscous. Il entre dans la composition de presque toutes les sauces. On en fait aussi un couscous qui n’est pas désagréable, relevé avec quelques épices. On prépare aussi avec le nété une boisson sucrée qu’on pourrait essayer de faire fermenter[3].

A 3 kilomètres avant d’arriver à Doucolobougou, je traverse un marigot bordé d’une épaisse végétation rappelant celle des marigots du cercle de Kouroussa. On trouve également au bord : le _kobi_ qui porte maintenant des fruits non mûrs, le _coso_ encore en fleurs et des bambous. Dans le _lougan_, les _sés_ ont leurs feuilles recroquevillées par une galle spéciale. Ils sont (même les jeunes) couverts de touffes de Loranthacées. Ces _sés_ ont fleuri plus tard que la plupart des autres que j’ai vus, car les fruits sont encore très jeunes et les corymbes fructifères présentent encore quantité de fleurs desséchées non tombées.

A 1 kilomètre avant d’arriver à Doucolobougou, il y a un petit mamelon ferrugineux couronné par des _sés_ qui portent, dans la partie élevée de leurs branchages, des ruches à abeilles, en paille. Elles sont orientées du nord au sud. Le village de Doucolobougou est assez bien conservé. On n’y parle plus le mandé. La _tata_ présente seulement quelques brèches obturées par des piquets. Il y a beaucoup de cases carrées. Chaque groupe de cases est entouré lui-même d’un mur en terre. Je reçois un excellent accueil dans ce village. On m’apporte du lait, un _dolo_, des œufs, un poulet et du couscous. Le _dolo_ est encore chaud et non fait. On en boit dans tout le pays, seulement le lundi, qui paraît être partout chez les noirs, le jour férié de la semaine, qu’ils soient musulmans ou fétichistes. Durant la nuit, la tornade de la veille recommence ; la pluie fait rage.

_Fantièla. — Natié._

_18 avril._ — Partis de Courala à 4 heures 1/2, nous sommes arrivés à Fantalié à 6 heures. Quelques beaux baobabs et quelques fromagers se trouvent autour du village. Près de la sortie, en allant vers Pédougou, je remarque de jolis bosquets boisés, parfumés par le _Senséré_, traversés par deux petits ruisseaux parallèles, profondément encaissés dans des causses ferrugineuses et formant des cascades. Le sol est très frais, plutôt marécageux. Des Graminées, imprégnées de rosée, couvrent le sol. De nombreux pieds de Sélaginelle poussent à côté. Des mousses croissent là où la terre est nue. Les ruisseaux sont bordés de grands arbres ou de touffes buissonneuses de _coro_, de _cotourou_, arbre à tronc grêle, élevé, présentant seulement à la cime un bouquet de très grandes feuilles comme le palmier.

CHAPITRE II

ANCIENS ÉTATS DE SIKASSO. — RÉGION DE SINDOU. — TERRITOIRES DE LA HAUTE- VOLTA

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_Sikasso_