Voyage à Cayenne, dans les deux Amériques et chez les anthropophages (Vol. 1 de 2)

Part 3

Chapter 33,720 wordsPublic domain

Nous avons passé des crises bien terribles; mais jamais je n'ai songé à écrire à ma tutrice, pour rentrer en grâce avec elle. Ma détresse lui fut connue, et elle m'offrit mon pardon, si je voulois me faire prêtre. La misère et la contrainte n'ont jamais servi qu'à me rendre plus intrépide dans mes résolutions; et si je n'ai pas gagné de fortune par cette tenacité, j'ai donné à mon caractère cette trempe d'acier qui émousse les traits du sort. Les incommodités et les privations des premiers besoins de la vie ont été pour moi des accidens si ordinaires, que mon humeur ne s'en altère jamais long-temps, et l'ami avec qui j'ai acquis ce trésor, doit m'être toujours cher. Que le lecteur qui criera à l'exagération, ne croie pas que cette fermeté s'acquière dans un clin d'oeil, qu'elle soit le lot de tous les hommes probes! Tel richard qui jouit du respect, de l'amour et de la considération de ses voisins et de ses amis, auroit-il été aussi courageux que moi? Certain jour, je me trouvois à jeûn depuis vingt-quatre heures; je n'avois absolument rien à vendre, et la faim me faisoit mordre les lèvres: mon ami étoit avec moi; mais l'épreuve où nous étions étoit si cruelle, que nous ne nous envisagions plus sans pleurer. Nos yeux hagards se tournoient quelquefois vers le ciel; ils étoient rouges et immobiles. Abandonnés de la nature entière, nous gémissions sans rien demander à personne; nous nous promenions pour nous promener. Le hasard nous conduisit sur le Cours-la-Reine; des marchands de comestibles bordoient le parapet; nous les côtoyons avidement. Un d'eux avoit étalé un morceau de pain et un petit cervelas de trois sous, dans un endroit d'où on pouvoit facilement les prendre. Je passai et repassai au moins cent fois; ma main s'alongeoit presque malgré moi; je frissonnois de tous mes membres: enfin, je m'éloignai avec mon ami, à qui je racontai ma tentation. Il me moralisa avec tant de douceur et d'éloquence, que je le reconnus pour mon maître, pour avoir eu le courage de me prêcher dans un moment comme celui-là. La Providence, que nous avions inculpée plus d'une fois, nous prouva bien ici qu'elle forme notre coeur et couronne nos projets quand nous avons rempli notre tâche. En entrant aux Champs-Élysées, je trouvai un billet de dix francs de la Maison de Secours; alors le propriétaire du Pérou ne fut pas plus riche que moi. Nous dînâmes à frais communs. Comme je n'avois ni linge ni vêtement, nous partageâmes également, et pour cinq livres je remontai ma garde-robe, depuis les pieds jusqu'à la tête. Sedaine a fait autrefois une épître à son habit: que j'aurois bien voulu l'avoir le soir en sortant de la friperie! Je n'ai jamais ri de si bon coeur que ce jour-là. Le salon des Tableaux étoit ouvert; j'avois mangé ma suffisance, à bien peu de frais et de bien bon appétit. Libre de ma vieille enveloppe, qui, avec toute ma philosophie, me concentroit dans moi-même plus que je ne voulois, je marchois lestement avec mon habit de dix-sept sous, une chemise de vingt, et le reste de la garde-robe à l'avenant, et j'admirois et je controlois tout. On me questionnoit, on me regardoit, on ne fuyoit plus à mon approche; ou, pour parler plus vrai, je croyois qu'on s'occupoit de moi, parce que j'osois m'occuper de tout le monde. La fierté d'un villageois qui trouve un trésor, n'est qu'une image imparfaite de ma jouissance et de ma vanité.

Le soir, j'osai voir un ami, qui me gronda de ma pusillanimité, et le lendemain mon ami fut placé par le comte d'Angevilliers, et moi chez M. Dup... et au journal Historique et Politique. Oh! que j'y passai un temps heureux! mais il fut bien court. La révolution devint terrible. On retrouvera cette lacune dans le cours de l'ouvrage. Cette année est une des plus remarquables de ma vie. (Voyez page 155.) En 1794, après le 9 thermidor, je fis imprimer le _Tableau de Paris en Vaudevilles_. J'avois tout perdu; je résolus de chanter moi-même[1]. «Le chant réjouit l'âme, me dis-je; le fripier se pare de l'adresse du tailleur; le comédien joue le seigneur, et emprunte le génie du poète: pourquoi rougirois-je plus de vendre mes chansons qu'un libraire un volume qu'il n'a pas fait? Cette propriété est le fruit de mon éducation. Mais si l'ouvrage ne vaut rien? je ne vendrai pas chat en poche.--Mais les convenances, les préjugés même ne s'opposent-ils pas à cette résolution sage en elle-même, qui contraste pourtant avec l'opinion qu'on doit avoir de toi?--le premier devoir est rempli, lorsque je gagne ma vie à la sueur de mon front. Je ne vis pas avec deux onces de pain.» (Nous étions au mois de mai 1795; j'étois rédacteur de la séance aux Annales patriotiques et littéraires; l'agiotage du papier faisoit monter mon traitement à un sou par jour.)

[Note 1: Corneille, pour avoir fait la fameuse chanson, _l'Occasion perdue et retrouvée_, en quarante-un couplets, eut pour pénitence _l'Imitation de J. C._ à mettre en vers. J. B. Rousseau fut exilé et gracié pour quarante-un couplets. L'auteur a passé au tribunal révolutionnaire, pour vingt-un couplets; il a été exilé et gracié pour quarante-un couplets intitulés: _Le Miroir de la Raison, présenté par l'Amour aux aveugles de France, avec la Glace cassée._ Nombre fatal!]

D'après ces réflexions, je me levai un jour à quatre heures du matin; je venois de faire imprimer des couplets contre l'agiotage; je vais les vendre; j'étois confus, mais il falloit manger. Je me mets à chanter: des pleurs rouloient dans mes yeux, pendant que le sourire s'épanouissoit sur mes lèvres. À six heures j'eus gagné cent écus en papier, et je retournai à l'assemblée. Ceux qui travailloient à d'autres journaux, dans la même loge que moi, se trouvoient heureux de partager mon pain; mais la manière dont je le gagnois, donnoit matière à un rire caustique qui me déplut. Au bout de quinze jours je cédai la place, et les laissai jeûner glorieusement. Au reste, la mauvaise honte et la crainte firent place à la tranquillité et à une vie pénible, mais moins austère. La multitude s'accoutuma à m'entendre; on me chercha une origine. Je m'étois prononcé contre les anarchistes: ceux-ci, pour me perdre, inventèrent sur mon compte cent fables plus honorables les unes que les autres. D'abord, ils me firent _prêtre_, pour avoir droit de _me faire proscrire_; puis _attaché à la maison de Rohan_; ensuite _évêque_, _confesseur de nonnes_[2], _gouverneur de l'enfant d'un grand seigneur_. J'ai donné l'énigme de toutes ces exagérations, en offrant l'analyse de ma conduite, imprimée, six mois avant mon exil, dans _le Chanteur ou le Préjugé vaincu_.

[Note 2: Une femme, entre deux âges, m'accoste un jour, après m'avoir entendu chanter, et me dit, d'un air tout scandalisé: «Comment, monsieur, vous chanteur!... Faut-il qu'une de vos pénitentes vous moralise!...» Je souris.... Elle insista....--Mais, madame, ne vous méprenez-vous point?--Oh! certainement non.--Hé bien! _madame, si j'étois aussi indiscret que Santeuil?_ ...--_Que voulez-vous dire?_--Que je pourrois tout révéler à votre mari, sans divulguer la confession....»

Un autre jour, un Prémontré vient chez moi de grand matin, me demander si je ne suis pas de son ordre, et dans quelle maison j'ai étudié. Il y a vingt-cinq ans qu'on voulut m'envoyer à Metz faire mon noviciat chez ces moines: mais comment avoit-il pu savoir cette particularité?

Suivant les uns, je disois la messe tous les jours, et je trouvois même des personnes qui assuroient y avoir assisté. Oh! comme le serment coûte peu à faire, quand il coïncide avec nos vues!...

Le lendemain on vouloit que je fusse maître de musique.... Enfin, j'ai été forcé de faire le médecin malgré moi. Et si je publiois mes scènes à tiroir du temps que j'ai chanté, on jugeroit que j'ai été plus ami de la société et de la joie, qu'ennemi du gouvernement.]

Je passe ici différentes anecdotes plaisantes, dont je me suis bien réjoui avec mes amis: car j'ai trouvé plus d'un homme sensible qui a secoué le préjugé, et m'a favorablement accueilli[3]. J'oserai même dire que je n'ai bien connu le coeur humain que dans cet état que la sotte vanité appelle abject, et que j'ai su honorer par ma conduite. Durant mon exil, j'ai consacré mes loisirs à recueillir tous ces traits; ils tiennent à la révolution, dont j'ai fait l'analyse. Il est prudent de laisser refroidir la lave du volcan. J'atteins le rivage; mon coeur, ivre de reconnoissance, est disposé à prouver au gouvernement qu'il n'a point fait un ingrat.

[Note 3: Mesdames Boisset, Mercier, Cahouet, B..., Frery, sont des amies inappréciables. Mon exil de trois ans et ma nouvelle détention de dix-huit mois, m'ont convaincu que la sincère amitié a autant de force que l'amour. Ô âmes sensibles, que je cesse d'exister quand je cesserai de vous aimer!]

* * * * *

Cet ouvrage ayant été écrit dans les déserts d'une zone brûlante, peut bien n'avoir pas été dicté par une rigoureuse impartialité: les angoisses du malheur auront pu y laisser quelques traits acérés que j'aurois peut-être adoucis en France. J'ai pu, ne consultant que la position des déportés, peindre la conduite des agens sous des traits un peu sombres; je leur ai peut-être trouvé des torts et des délits qui ne seroient que des erreurs involontaires, si je les eusse approfondis en homme d'état, si je les eusse vus dans leur cabinet.

Le malheur des circonstances, la pénurie des moyens, la détresse de la colonie, l'insubordination des noirs et des blancs, l'affreux mélange et le chaos militeront beaucoup en leur faveur. Les chefs ont affaire à des êtres si indolens, si peu conséquens avec eux-mêmes, qu'il faut souvent être un ange ou un Prothée pour se faire tout à tous: cette versatilité continuelle, si nécessaire dans les colonies au moment où nous nous y trouvions, et si incohérente avec le caractère européen, leur a beaucoup nui à nos yeux.

Les déportés qu'on leur envoyoit étoient presque tous des hommes marquants et regardés comme dangereux. Il falloit plaire à la mère-patrie, aux colons, aux noirs, aux exilés, ne point dévier de sa place, et se faire aimer en punissant. L'amour, la haine ou la crainte n'ont point eu de part à cet écrit; je leur en ai donné la preuve en leur présence, quand d'un seul mot ils pouvoient m'ôter la vie, au moment où je leur disois, avec le caractère que mes amis me connoissent, des vérités dures que le danger de la mort ne m'a jamais fait taire. Ici, je leur dois la vérité; la voilà toute entière.

Si je consulte la vérité sur le 18 fructidor et sur ses causes, je conviendrai avec franchise que la déportation, nécessaire pour l'état et pour quelques individus, n'est devenue odieuse que par les proscriptions et les vengeances partiales des hommes exaspérés qui ont substitué leurs intérêts et leurs ennemis personnels à ceux du gouvernement. La France républicaine, à cette époque entre le couteau des royalistes et des anarchistes, fut forcée de mettre en vigueur les loix de Rome et d'Athènes, l'ostracisme, la déportation, le bannissement et l'exil.

Si je voulois, ou flatter les hommes ou pallier les torts des déportateurs, je rapporterois la belle parole d'un des chefs de l'état qui dit, le 19 fructidor, à un énergumène, prêchant la mort des vaincus: Nous ne voulons ni les perdre ni les rendre malheureux; mais priver pour quelque temps de leur patrie les étourdis et les inconséquens qui méconnoissent la liberté et la mutilent, et l'interdire pour jamais à ceux qui l'assassinent.

Je sais bien que la chaleur et l'énergie que j'ai déployées à cette époque ont pu faire croire que j'étois influencé par un parti. Je m'étois mis trop en avant pour espérer éluder la loi: mon exil ne m'a point surpris; je l'ai presque légitimé par ma hardiesse; mais voilà ma religion et le fond de mon âme: la liberté dans le coeur de l'homme est le feu sacré de l'autel de Vesta; les gouvernemens ne peuvent ni l'allumer ni l'éteindre. Je ne suis libre que quand un seul chef commande dans ma famille; je n'en veux pas plus dans un état. L'anarchie est l'ivresse de la liberté; la république est un beau songe, et l'uniformité de l'ordre et l'unité sont l'aliment sacré du premier titre et du droit que l'on ne peut aliéner qu'en voulant l'étendre ou le partager.... Voilà mes principes..... mon erreur étoit bien pardonnable; j'en appelle au témoignage des hommes probes. Aucune faction, aucun parti n'eut jamais de rapport avec moi; je les défie tous sur ce point.

* * * * *

Du 21 fructidor an II.--8 septembre 1805.

TRIBUNAL CRIMINEL DU DÉPARTEMENT DE LA SEINE.

_Extrait des minutes du greffe du tribunal criminel du département de la Seine, séant au Palais de Justice, à Paris._

Au nom du peuple français.

BONAPARTE, premier consul de la République,

Aux membres composant le tribunal criminel du département de la Seine, séant à Paris.

_Le grand juge et ministre de la justice nous ayant exposé que Louis-Ange Pitou, condamné à la déportation, pour avoir tenu des discours tendans au rétablissement de la royauté, par jugement du tribunal criminel du département de la Seine, en date du 9 brumaire an 6, s'est pourvu à fin d'obtenir grâce; nous avons réuni en conseil privé, au palais du gouvernement, le 21 du mois de fructidor an II, les citoyens_ Regnier, _grand Juge et ministre de la Justice_; Dejean, _ministre de l'administration de la guerre_; Barbé-Marbois, _ministre du trésor public_; Roederer _et_ Abrial, _sénateurs_; Bigot-Preameneu _et_ Treilhard, _conseillers d'état_; Muraire, _président du tribunal de cassation_; Viellard, _vice-président du même tribunal; ce dernier convoqué, mais non présent_.

_D'après l'examen qui a été fait, en notre présence, de toutes les pièces, et les circonstances du délit mûrement pesées, nous avons reconnu qu'il y avoit lieu à accorder la grâce demandée._

_En conséquence, nous avons déclaré et déclarons faire grâce à Louis-Ange Pitou, condamné à la déportation, par jugement du tribunal criminel du département de la Seine, du 9 brumaire an 6, pour avoir tenu des discours tendans au rétablissement de la royauté, sans toutefois que le présent acte puisse en rien préjudicier aux droits de la partie civile._

_Ordonnons que les présentes lettres de grâce, scellées du sceau de l'état, vous seront présentées dans trois jours, à compter de leur réception, par le commissaire du gouvernement, en audience publique, où l'impétrant sera conduit pour en entendre la lecture, debout et la tête découverte; que lesdites lettres seront de suite transcrites sur vos registres, sur la réquisition du même commissaire, avec annotation d'icelles en marge de la minute du jugement de condamnation._

_Donné à Saint-Cloud, sous le sceau de l'état, le 21 fructidor an II de la République,_ Signé BONAPARTE.

_Par le premier consul, le secrétaire d'état_, Signé H. MARET.

_Le grand juge et ministre de la Justice_, Signé REGNIER.

_Délivré, pour copie conforme, par moi greffier, soussigné_ FREMIN.

TOME PREMIER.

ANALYSE SOMMAIRE

DE LA PREMIÈRE PARTIE.

_Division de l'ouvrage, pages 1 et 2. -- Causes de déportation de l'auteur. Voyez préface, 3. -- Son départ. -- Des antiquités de Chartres. -- Du séminaire, du collège où l'auteur a fait ses études. -- Il y trouve deux compagnons de déportation, 14, 15 et 16. -- Il passe à Châteaudun, son pays natal. -- Il y voit sa famille, 16, 23. -- Passe-temps comique de Sainte-Maure à Châtellerault, 30, 31. -- Du commerce des couteaux, 32. -- Singulier crime d'une jeune femme de Poitiers, 33, 34. -- À Niort, ils logent dans la prison où naquit mad. de Maintenon, 38. -- À Surgères ils se promènent librement sur leur parole; on veut les faire sauver; pour quoi ils refusent; ils vont visiter les tombeaux: réflexions sur l'immortalité de l'âme; anciennes prophéties sur la révolution, 39, 44. -- Arrivée à Rochefort, 46._

DEUXIÈME PARTIE.

_Entrée à la municipalité, les trois déportés font danser le président, le commissaire se fâche, les fait serrer de près, 48, 49. -- Affreuse prison de Saint-Maurice, 50. -- Évasion de Jardin et Richer-Sérisy, journalistes. -- Comment le concierge les fait sauver par argent, 53. -- Annonce d'embarquement, 56. -- Un vieillard de soixante ans reçoit un coup de fusil au milieu de la prison. -- Départ pour la rade. -- Grand désordre dans la prison. -- Arrivée sur la frégate la_ Charente. -- _Nombre des déportés embarqués, 64. --Description de la nouvelle prison de ce bâtiment, 66, 67. -- Tableau de l'intérieur de cette prison, 68. -- Ration du bord, 70. -- Conduite de l'équipage à notre égard, 71. -- Combien chacun a de lignes d'air pur à respirer_ (ibid). -- _Un déporté se jette à la mer, de désespoir, 73. -- Les Anglais viennent bloquer le port. -- La brume nous donne le moment de sortir. -- Nous sommes poursuivis par trois bâtimens ennemis. -- Terrible combat, 74, 80. -- La frégate est jetée sur les rochers, 82. -- À la côte d'Arcasson nous manquons d'être assassinés par les écumeurs de mer des landes de Bordeaux, 83. -- On nous rembarque sur la_ Décade. -- _On hisse les malades et les vieillards à bord, 85. -- Portrait du capitaine et de l'état-major. --Ration de marine. -- Coq ou cuisinier du bord, 91, jusqu'à 97. --Départ, 98. -- Description des côtes d'Espagne. -- Hymne du départ, 103. -- Testament des exilés. -- Leurs legs aux âmes sensibles et aux directeurs, 105. -- Passe-temps de l'entrepont durant la traversée. --Horrible histoire du capitaine Lalier, 107 et 108. -- La peur des Anglais trouble la vue au capitaine Villeneau; il prend des souffleurs pour une escadre ennemie, 110. -- Suite des passe-temps de l'entrepont. -- Causes secrètes de la révolution. -- Énigme du fameux collier-cardinal, 111, jusqu'à 114. -- Causes de la haine de la reine contre le duc d'Orléans, de la vengeance du duc sur la famille de Louis XVI, 115. -- Causes de la fertilité de l'île de Madère, 116. --Suite des passe-temps de l'entrepont. -- Conte de l'amour suffoqué par la jouissance, 117. -- Résurrection de l'amour. --Sacrifice de l'innocence, 118, jusqu'à 122. Tempête, 123. --Passe-temps de l'entrepont. -- On agite la question du divorce, 124. -- Suite. -- Histoire d'une femme dans le tombeau, exhumée, ressuscitée, épousée par son amant et retrouvée par son mari, 125, jusqu'à 144. -- Passage et baptême du tropique, 145. -- Température de la zone Torride. -- Description des cinq zones, 146, jusqu'à 151. --Observation sur l'aérométrie, 151. -- Passage entre les îles du cap Vert. -- Ce qu'elles produisent. -- Banc de poisson. -- Description d'une belle nuit sur mer, 154. -- Passe-temps de l'entrepont. Événemens les plus remarquables et les plus terribles de ma vie, 155, jusqu'à 165. -- Pompe d'eau, ou trombe; ce que c'est, 166. -- Résumé de la traversée, 167, jusqu'à 169. -- On voit terre, 170. -- Mouillage dans la rade de Cayenne. -- Misère du pays. Mariage impromptu de la colonie de 1763, 174. -- Nous apprenons l'évasion des huit premiers déportés. -- Leurs noms, 174, jusqu'à 177. -- Du port de Cayenne, 178._

TROISIÈME PARTIE.

_Entrée à Cayenne. -- Procès-verbaux de débarquement. -- Réception faite aux déportés, 179. -- Un mot sur les habitans. -- Description générale de l'Amérique. -- Des Guianes, et particulièrement des possessions françaises, 185. -- De la ville de Cayenne. -- Température du pays. -- Peinture des habitans, 204. -- Des agens ou gouverneurs. -- Leur autorité, 218. -- Maladies du pays, 224. -- Départ de l'auteur et de ses compagnons pour le canton de Kourou, 248. -- De la colonie de 1763, en parallèle avec la déportation, 258. -- Leur misère. -- Ils luttent contre la famine. -- Intérieur de leur case. -- Anecdote curieuse sur Terdisien. -- Quel personnage c'étoit, 265 et suiv. --Insectes des cases, 272. -- Plantation, culture, commerce de la Colonie; coton, cannes à sucre, indigo, 289. -- Animaux domestiques et reptiles, caïman, 310._

Fin du premier volume.

TOME SECOND.

ANALYSE SOMMAIRE

DE LA SUITE DE LA TROISIÈME PARTIE.

_Caméléon, phénomène, pag. 1 et 2. -- Cancer guéri d'une manière étonnante, au Diogène du pays, 4. -- Existence de Billaud et de Collot-d'Herbois; leurs caractères, leurs malheurs; mort terrible de Collot-d'Herbois, 16. -- Nos malheurs à la case Saint-Jean; notre abandon; nos camarades meurent, 30. -- Nous sommes sans vivres, sans connoissances. -- Catastrophe terrible de Saint-Aubert, 33 et suivantes; comment nous sortons de cette crise, jusqu'à 56. -- Départ de Jeannet._

QUATRIÈME PARTIE.

_Désert de Konanama. -- Liste des morts dans ce lieu, 59. -- Les déportés sont réunis à Synnamari. -- Seconde liste des morts, 131. --Portrait et agence de Burnel; il est chassé de la colonie, 151. --Voyage chez les mangeurs d'hommes, où l'auteur court risque d'être dévoré, et ensuite empoisonné, 214, jusqu'à 278._

CINQUIÈME PARTIE.

_Notre rappel. -- La corvette qui vient nous chercher est prise sous nos yeux par les Anglais, au moment où nous allions embarquer, 301. --Départ de l'auteur par les États-Unis; il fait naufrage dans le port, 305. -- Liste des déportés partis, restés et réfugiés à la Martinique. -- Retour. -- Nouveaux malheurs et leur fin, 307, et suivantes._

FIN.

VOYAGE À CAYENNE.

_Forsan et hæc olim meninisse juvabit._ Virg. Æneid., lib. I. L'innocent dans les fers, sème un doux avenir.

Les causes de mon exil sont connues; je le suis moi-même par mes malheurs; ils ne m'ont pas été infructueux; j'écris librement ce que je pense, non de mes ennemis, car je n'en connois plus; mais des pays que j'ai vus, des compagnons d'exil dont j'ai partagé la destinée pendant trois ans, des déserts brûlans qui les ont dévorés. Je parlerai aussi des différentes classes d'hommes et de quelques animaux de la zone torride. J'ai obtenu la liberté de voyager dans ce vaste pays; j'ai resté à _Synnamari_ et à _Konanama_; j'en ai tracé le plan sur les lieux, et il n'y a pas une famille de déportés, à qui je ne puisse donner des nouvelles certaines du genre de vie ou de mort des personnes qui les intéressent. Le lecteur saura comment je me suis procuré à ce sujet les pièces authentiques du gouvernement que je mettrai sous ses yeux. J'ai commencé ce manuscrit sur la _Décade_, il appartient plus à mes compagnons qu'à moi. J'ai été assez heureux pour découvrir dans la Guyane une excellente bibliothèque, un peu rongée de vers, mais bien meublée de manuscrits de voyageurs et d'historiens. MM. Gourgue (notaire), Jacquard, Colin, Gauron (médecin) et Terasson ne m'ont rien laissé désirer à cet égard; je leur dois aussi la meilleure partie de mes recherches sur les moeurs des Indiens, des noirs, des blancs, sur la culture du pays, sur les reptiles et autres animaux curieux dont je dirai un mot. Ce préambule est déjà trop long, nous avons du chemin à faire, mettons-nous en route.

Je fus arrêté le _13 fructidor an V_ (_30 août 1797_), pour avoir fait quelques couplets où les Jacobins et le Directoire crurent se reconnoître: traîné à la Force, jugé le 9 brumaire an VI (_31 octobre_) à la mort, puis à la déportation, j'en rappelai pour gagner du temps, je me persuadois, comme plusieurs, que la déportation seroit une noyade, sous un autre nom.

Le _2 novembre_, on me conduit à Bicêtre, où, me voyant seul dans une cellule de huit pieds quarrés, j'esquisse quelques notes sur mes malheurs; j'avois le pressentiment d'une future inquisition. Chaque cahier étoit à peine fini que je le remettois aux personnes qui faisoient tous les jours une lieue pour venir me voir au travers d'une grille de fil-d'archal, aux deux bouts de laquelle étoient des gardes qui coupoient jusqu'au pain qu'on m'apportoit; heureusement que j'avois un porte-clefs qui m'étoit affidé.